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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 00:04


C'est la journée de la femme ce 8 mars alors, en un temps où l'émotion règne en maîtresse absolue sur les écrans de télévision - il faut toucher les gens - on exhibe la misère, la barbarie, l'intime enfoui, en une mise en scène raccoleuse, l'histoire n'échappe pas à ce raz-de-marée de bons sentiments. La chronique de ce matin montre, avec l'irruption de la mode nègre dans les années folles, portée par l'intelligentsia artistique progressiste parisienne, qu'il faut se garder des raccourcis commodes et de tout ramener à notre vision d'enfants gâtés du village mondial.

Au début du siècle dernier, les années 20, appelées "les années folles": après la Belle Époque de l’avant-guerre, voici les années folles de l’après-guerre. La génération qui a échappé aux massacres de 1914 – 1918 veut rattraper les années perdues : elle s’amuse éperdument, elle aime le risque et l’aventure, elle découvre la voiture et les trains internationaux et les autres continents. 


En 1925, l'administrateur du Théâtre des Champs Elysées, André Daven cherche en tant que directeur artistique un spectacle permettant à son établissement de sortir de sa mauvaise passe. Le peintre cubiste Fernand Léger, ami de Daven, qui venait de voir l'exposition d'art nègre au musée des Arts décoratifs lui conseille de présenter un spectacle entièrement exécuté par des Noirs. Peu de temps après la suggestion de Léger, Caroline Dudley, une Américaine globbe-trotter, déboule un beau matin dans le bureau de Daven pour lui présenter un spectacle drôle et authentiquement nègre. Tope là, elle part à New York pour constituer la troupe de comédiens, elle y rencontre Joséphine Baker, très enthousiaste, qui l’accompagne à Paris avec vingt-cinq artistes dont douze musiciens, parmi lesquels Sidney Bechet et huit chorus girls.

Paul Colin, engagé par Daven pour réaliser l'affiche de la revue, durant la première répétition trouve en Joséphine Baker le corps exceptionnel qu'il recherchait. Il décide de faire d'elle le sujet de son affiche et l'invite dans son atelier personnel. Sur l'affiche Joséphine apparaît dans une robe blanche ajustée, entre deux hommes, lèvres épaisses rouges, dents blanches étincelantes, casque de cheveux crépus. La vedette de la revue, poings sur les hanches, avec ses lèvres outrées, ne s'élève guère au-dessus du stéréotype, et les deux faciès noirs qui l'encadrent sont grotesques.
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La première de la Revue Nègre eut lieu le 2 octobre 1925. Le Paris chic se bouscule, dans la salle pleine à craquer, des nouveaux et d'anciens riches, des hommes d'affaires et des aristocrates, des dandies et des débauchés, dans l'auditoire Robert Desnos, Francis Picabia et Blaise Cendrars. On n'avait jamais vu un tel engouement depuis les Ballets Russes, avant la guerre. 

Joséphine Baker se pose en égérie de la libération de son sexe. Par ses attitudes résolument modernes, elle contribue à accélérer cette révolution en la portant comme un symbole. Dans le Paris des années vingt, son nom est synonyme de liberté. Avec ses petits seins, ses hanches dénudées, ses cheveux noirs coupés courts et collés à la gomina, Joséphine incarne un grand nombre de tendances, goûts et aspirations de l'époque. C'est la "garçonne"-type, celle du célèbre roman de Victor Margueritte (on retira à l'auteur sa Légion d'Honneur pour ce livre choquant).

L'affiche publicitaire des années folles illustre quelques-uns des rôles - emplois subalternes - attribués aux Noirs par la société occidentale. Josephine Baker, échappe certes à cette imagerie sulpicienne du bon noir, bamboula placide et jovial, résigné, mais elle participe à l'irruption des "objets" africains dans l'imaginaire de l'avant-garde parisienne dont l'enthousiasme pour l'art africain se développait depuis deux décennies. La mode de l'art nègre pénétre la vie quotidienne des artistes et des milieux mondains. La Revue Nègre vulgarise la mode nègre en France.
 
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