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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 00:03

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Dans les dîners en ville, on boit bien, parfois on boit sec, il me semble donc de la première importance de se pencher sur ce marché à la fois porteur et prescripteur.  J'ai donc acheté le "Manuel de survie dans les dîners en ville" de Sven Ortoli et Michel Eltchaninoff, un petit opus, noir et argent, très chicos.

Le dit Manuel est doté d'une Préface et, comme je déteste les préfaces car, d'ordinaire, le préfacier en fait des tonnes pour paraître intelligent. Sa prose est si lourde, souvent prétentieuse et besogneuse, comme dans certains restos les petits trucs servis pour vous faire patienter, que son office de mise en bouche se révèle contre-productif : au lieu de me donner envie de lire l'ouvrage le côté bourratif me reste sur les neurones, et indisposé j'abandonne le banquet.  

Pourtant, celle-ci, dès la première phrase se réfère à la rencontre aussi étrange qu'improbable des auteurs et du préfacier, lors d'un dîner organisé par une bizarre "Association pour l'amitié entre les philosophies continentales et analytiques", dans une trattoria de Naples jouxtant la Biblioteca del Conventino, qui pourrait bien être une maison de rendez-vous. Le ton est donné, d'infimes détails  jouent dans ma tête une petite musique du "méfie té". Cette préface est légère, enlevée et savoureuse, rare.  En voici un extrait sur ce qu'on peut dire de certains dîners. 

"Quoi de plus juste ? L'histoire de la pensée occidentale est en effet jalonnée de repas mémorables : il y a le banquet de Platon et celui de Kierkegaard, où l'on mange peu mais l'on boit beaucoup - in vino veritas. Il y a le festin de pierre, qui voit Don Juan défier la statue du Commandeur, et le banquet des Cendres où Gordiano Bruno expose à ses hôtes londoniens la théorie copernicienne. Il y a la célébration de la Cène et celle du Seder ; il y a Voltaire qui régale ses invités de Ferney de bons mots autant que de bons mets et, plus près de nous, au cinéma, il y a La Grande Bouffe, Le Festin de Babette ou Festen. D'une manière ou d'une autre, il n'y a pas de grand repas sans construction d'une histoire et, parfois, d'une révélation. Et puis il y a ce qu'on appelle communément les "dîners en ville".

On pourrait juger que les commérages des Verdurin d'aujourd'hui ne valent pas les répliques acérées d'Aristophane aux brocards d'Alcibiade. Grosse erreur. En termes de platitudes ou de vacheries, les libations athéniennes ne cédaient certainement en rien aux dîners en ville contemporains. Autant de petits snobismes, faux paradoxes, affèteries diverses et avariées, contrefaçons conceptuelles et théories définitives qui vous clouent le bec avec la finesse d'un B52 larguant son chapelet de bombes. Pourtant, lorsque Socrate apparaissait dans la salle du festin, il apportait tout le contraire : l'aiguillon du doute, le refus des évidences, la faute de goût et la contradiction. N'importe qui, finalement, peut tenir ce rôle dès lors qu'il refuse de se laisser impressionner par les sophistes d'aujourd'hui, c'est-à-dire tous ceux qui se servent de la philosophie ou des sciences pour asséner un coup de massue dialectique qui masque (douloureusement pour l'agressé) leur absence de sincérité intellectuelle."   

Nos deux auteurs sont donc de joyeux drilles, ils nous donnent des clés pour survivre dans les dîners en ville. J'en cite quelques unes :
- Le rock a des fondements présocratiques,
- Le paradigme des flots bleus, 
- Etes-vous carbon neutral (mademoiselle) ?
- Le principe de Popper est-il aphrodisiaque ?
- In vino veritas (qui fera bien sûr l'objet d'une chronique),
- Je ne prends pas de dessert, je suis épicurien (...)

Pour en finir, le signataire de la Préface est un gus doté d'un prénom italien : Marcello et d'un patronyme Ecosso-Georgien : Yashvili-Mc Gregor (Jr), affublé d'une floppée de titres aussi fantaisistes les uns que les autres : 
- prix Nobel de philosophie (1987), 
- professeur invité au Corleone Collège (Cambridge), 
- professeur associé à la madrasa Michel-Foucault (Qom), 
- titulaire de la chaire de métaphysique quantique au Mexico Institute of Transdiciplinarity (MIT)
- son seul ouvrage : Ontologie du hasard , est publié par  les Presses académiques de Rostov-sous-le Don, 1979.

C'est une joyeuse imposture dans le mesure où le Nobel de Philosophie n'existe pas, ainsi que le Corleone Collège de Cambridge, que Qom, ville sainte du chiisme en Iran, n'a bien évidemment aucune Madrasa Michel-Foucault et, qu'enfin, c'est la physique qui est quantique et non la métaphysique. De plus Rostov n'est pas sous le Don mais sur...
   
J'adore ! 

Je ne suis pas sûr que nos brillants critiques littéraires aient pris le temps de relever la supercherie. Bravo les artistes car si nos philosophes s'adonnent à la légèreté : " l'essence du gruyère, c'est le fait d'être menacé, de l'intérieur, par une néantisation, c'est-à-dire les trous. Comme l'expliquait un amoureux des syllogismes tordus : "Plus il ya de gruyère, plus il y a de trous ; plus il y a des trous, moins il y a de gruyère ; donc plus il y a de gruyère, moins il y a de gruyère." nous allons pouvoir les accueillir à l'ABV. 

 Adhérez à l'A.B.V c'est bon pour la santé...image005-copie-1.gif

 

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