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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 00:01
image_39245057_144_108.jpgFrançois Cluzet, dans l’excellent film « Les liens du sang » qui vient de sortir sur les écrans, baccantes et cheveux longs, joue un taulard minable, plutôt sympathique, qui pour transformer sa conditionnelle en libération définitive accepte un boulot de manutentionnaire à l’Intermarché du coin. Nous sommes dans les années 70, la préhistoire des grandes surfaces, elles sont bordéliques, sans paillettes ni musique d’ambiance, la clientèle pousse le chariot, mâles y compris, pour se désennuyer en des lieux qui vont devenir les temples de la consommation populaire. Après « le dimanche à Orly » de Gilbert Bécaud c’est le temps où Dutronc, le play-boy décalé débite sur un tempo goguenard   : « le dragueur des supermarchés »

Le chéri des libres-services
Qui libère les prix et les cœurs
D'un petit tour, d'un petit tour, d'un petit tour de tournevis,
L'amoureux des grandes surfaces,
Celui qui, au rayon d'en face,
Vend des attrapes, vend des attrapes,
Vend des attrapes et fait des farces.
Il est sympa et attirant
Mais, méfiez-vous: c'est un truand
70130430_L-copie-5.jpg
Reste le dernier acte du périple grandsurfacien, en file indienne c’est le passage à la caisse. Le choix de la file, pour la gente masculine, ne doit souvent rien à la rationalité : longueur de la queue, rythme du débit, mais s’apparente aux manœuvres d’un prédateur : jeter son dévolu sur la proie la plus appétissante. Combien d’idylles se sont nouées en ce couloir où, en surplomb les regards masculins cherchaient sous les blouses courtes, on était au temps des mini-jupes, les appâts des belles et girondes caissières qui s’échinaient à déchiffrer les étiquettes. Un sourire, un lieu de rencart griffonné sur un bout de papier, un compliment chuchoté, et comme on le disait avec finesse en ces temps reculés : « emballé c’est pesé… » Cluzet, dans le film, séduit une oie blanche romantique avec le panache des mauvais garçons.
Et puis les supermarchés encore coincés dans le cœur des villes ont été supplanté par les hypermarchés, hors la ville, parkings immenses, galeries marchandes et tout, ou presque, à portée de chariots. L’enfilade des caisses sous le scialytique des néons a un parfum des « Temps Modernes » de Chaplin. Tout pour la productivité et, le code barre aidant, nos caissières, en une rythmique syncopée, forme encore humaine du robot, devenaient transparentes. Tout le monde, où presque, est pressé. Plus de temps à perdre, les canapés attendent les culs posés devant la télé. Sans doute reste-t-il encore quelques vieux briscards de la drague grandesurfacienne mais, tels des Dutronc amortis, Perfecto, Ray Ban et santiags obsolètes, ils traînent leur ennui et leurs souvenirs au rayon lingerie avant d’échouer sur la rive des caisses, frôlés par de jeunes patineurs qui zigzaguent, ignorés par les jeunettes qui n’ont d’yeux que pour leurs idoles de carton-pâte de la Star Academy.
 
George J.Laurer, ingénieur électricien, engagé par IBM, en 1969 se voit attribuer la tâche de créer un code et un symbole d’identification des produits pour l’Uniform Grocery Product Code Council, organisme regroupant des gros épiciers américains. Sa solution, l’Universal Product Code (UPC traduit en français par code universel des produits) bouleverse le monde de la distribution. Il améliore ensuite ce code en lui ajoutant un 13ième caractère, créant ainsi le Code-barres EAN, qui est devenu le standard mondial. Il est connu en France sous le nom de GENCODE, à tort, puisque GENCOD était le nom de l’organisme français chargé de sa régulation nationale. L’EAN est composé de 8 ou 13 chiffres représentés sous forme de séquences de barres noires et blanches formant un code à barres. Les codes EAN 8 sont réservés à l’usage sur des produits de petite taille, les EAN 13 sont utilisés sur tous les autres produits.
180px-Ean13.gif
 
Bref, la cérémonie du 30ième anniversaire a été célébrée en grande pompe devant plus de 700 personnes par les grands prêtres de la consommation : Jérôme Bédier de la FCD et Olivier Desforges président de l’ILEC (organisme regroupant les grands de l’industrie de Consommation) – à noter qu’Olivier Desforges fut au temps où je sévissais à la SVF le directeur du marketing de cette société. Il est aujourd’hui la tête à claques de Michel-Edouard Leclerc – et dans une grande envolée, Pierre Georget, directeur de GS 1 l’organisme qui gère le code à barres, déclarait « avec l’Internet, le code à barres restera probablement l’une des plus grandes inventions du 20ième siècle… »  et moi je pensais, avec tristesse, que ce petit machin tout noir, en réalité, n’était que la page de garde du faire-part de décès de nos caissières chéries. Vive l’Internet des Objets ! Mais c’est une autre histoire que je vous conterais, pour l’heure, délaissant le champagne et les petits fours de la commémoration, je me rends dans le dernier bistrot du coin siroter un vin chaud en rêvant du temps où un simple bonjour pouvait être le premier pas d’un grand amour… 

  
http://caissierenofutur.over-blog.com/

Ouest-France.JPG

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

olivier DESFORGES 26/11/2011 20:04


Bonjour


Je tombe par les hasards de google sur quelques lignes me concernant ......


Challenger les propos de Michel Edouard LECLERC est une activité stimulante qui permet de rester jeune malgré l'enchainement des années !


Je salue Jacques BERTHOMEAU croisé à l'époque de mon passage au sein de  la société des vins de france dans les années 80 , une époque où il était possible de bâtir un grand opérateur du vin
concurrent du groupe castel !


Bien cordialement


Olivier desforges


 

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