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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 00:10

Bien évidemment, dans mes déclarations consignées par le besogneux pandore Gendron de la gendarmerie de Coye-la-Forêt, nulle trace des digressions sur les ébats de mon commissaire avec Marie-Louise et de moi-même avec Marie-Jo. C’eut été rajouter une couche supplémentaire, bien inutile, à son désarroi grandissant. L’irruption dans sa vie pépère et graillonneuse – sa chemise était constellée de taches et d’auréoles –  d’une pute de luxe, d’un OP quasi-souteneur flanqué de son commissaire qui ne semblait guère en prendre ombrage, d’un grossium marchand d’armes créchant dans une bâtisse de leur circonscription dont il ignorait jusqu’à l’existence, et un tombereau de macchabés aux origines douteuses, bouleversait sa courte vision du monde. Plus je progressais dans mes révélations plus il m’apparaissait au bord de la rupture. Son collègue, plus distancié, ou plus con, je ne saurais trancher, adoptait une forme de pose lointaine, se contentant de ponctuer mes dires de « sa tombe sous le sens » qui enfonçaient plus encore le gendarme Gendron dans la déréliction. Son système lymphatique carburait à plein régime couvrant ses joues de plaques rosacées. Tout était allé si vite pour lui comme pour son collègue alors qu’ils patrouillaient dans leur Renault 4 du côté des étangs de Commelles, leur chef de brigade, alerté lui-même par le directeur de cabinet du Ministre des Armées, bredouillait dans leur radio de bord crachotante, qu’ils devaient se rendre dare-dare au château du Mont-Royal pour récupérer des membres de la Police Nationale.
 
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Pour Gendron et son collègue Buchou, comme pour les gens du cru, le château du Mont-Royal était une ruine désossée par les vandales, inhabité bien sûr, et ils comprenaient mal ce que pouvaient bien foutres des flics là-bas. Disciplinés ils s’y rendirent dare-dare et n’y trouvèrent qu’une harde de biches et de faons qui paissaient tranquillement dans les ruines. Rappeler le chef leur apparut une mauvaise idée. Jean Calisson de la Reynardière, un jeune gommeux arrogant tout juste arrivé à la brigade les prenait déjà pour des brêles alors lui avouer qu’eux, en place depuis plus de cinq ans, étaient incapables de localiser les poulets à récupérer, relevait du camouflet. Ils décidèrent d’aller voir le garde-chasse qui créchait dans l’ancien pavillon d’honneur du château. Bouzeron, le garde, Casanova des chaumières, sautait la fine fleur des femmes mariées du canton. Grand, beau gosse, imbu de sa personne, impeccablement mis, botté de cuir, hormis ses dons évidents d’étalon insatiable, trimballait une réputation d’intouchable. Personne ne savait quel était son employeur mais la rumeur véhiculait que c’était un gros bonnet de Paris. Entre la peste et le choléra, Gendron et Buchou préféraient affronter les lazzis de Bouzeron plutôt que le mépris de leur jeune coq de chef. Arrivés aux abords du pavillon de Bouzeron le spectacle qui s’offrait à leurs yeux les stupéfiaient. Les deux molosses du garde, des dogues allemands, ceux qu’il exhibait en permanence, les autres, les chiens de chasse, étaient au chenil, gisaient sur le pavage de la cour dans une mare de sang brunâtre. Gendron, qui conduisait, immobilisa la R4 près de la voiture de Bouzeron dont les pneus étaient crevés. Les deux gendarmes échangeaient un regard qui en disait long sur leur pétoche. Ils descendaient de leur véhicule, un silence étrange pesait sur la bâtisse, en tremblant dans leur froc ils dégainaient leur arme de service. Buchou s’avança vers la porte du pavillon qui était grande ouverte en faisant signe à Gendron de le couvrir. À l’intérieur, toutes les lampes étaient allumées et ils n’eurent aucune difficulté à découvrir, suspendus par les pieds à la rampe de l’escalier, un Bouzeron saucissonné et bâillonné dont on ne voyait que les yeux exorbités.                         

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Lalau Hervé 21/02/2008 00:29

Cher M. Berthomeau,

Pourriez-vous nous faire connaître votre avis au sujet du regrettable l'amalgame créé entre publicité et journalisme vineux, suite à la décision de justice rendue contre Le Parisien.
Vous me semblez un homme à la fois intelligent et déterminé. Auriez-vous une idée pour une contre-attaque efficace: la liberté de la presse est à ce prix.

Hervé LALAU
Secrétaire Général
Fédération Internationale des Journalistes et Ecrivains du Vin

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