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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 00:01

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Dans le patelin, un village-rue sans âme, juste avant le carrefour où la N17 bute sur une auberge pour se scinder en deux, Bourrassaud demandait à Dubigeon de se ranger sur le terre-plein d’un hôtel-restaurant à colombages. À mon grand étonnement il décrétait « Nous allons nous hâter lentement. Avant de pointer notre groin là-bas, je vais passer un coup de bigophone à mon pote Mignon. Ne t’inquiète pas mon grand à mon avis ta greluche ne craint rien. Si je puis m’exprimer ainsi le coup de feu est passé et la viande refroidie peut attendre… »
-         Vous causez l’Audiard avec talent commissaire…
-          Marie-Jo me le dit souvent. Que voulez-vous je suis passé à côté du vedettariat mais il y a du Bérurier en moi, je cache bien mon jeu…
Le pauvre Dubigeon déjà fortement perturbé par l’étrange enchevêtrement de révélations sur nos vies privées, sur des chasseurs qui ne savent chez qui ils chassent, sur notre équipée dans un château loin de nos bases banlieusardes, ne put s’empêcher, avec un air de clebs qu’on prive d’affection, de quémander des explications : « ces gars dont vous causer commissaire, ce sont des collègues à nous je suppose ? »
-         Tu supposes juste mon gros, eux au moins y ne se font pas chier dans des commissariats pourris, ils font des phrases…
-         Ha bon et nous on fait quoi ici commissaire ?
-         Les cons Dubigeon, des cons qui vont se foutre dans les emmerdes…
Je le coupais avec vivacité : « Vous n’êtes pas obligés de m’accompagner. Dites-moi où se trouve le château et j’irai seul… »
- Ne prends pas le mors aux dents si vite beau gosse. J’ai peut-être l’air con mais je réfléchis. Allez, venez, on va d’abord se secouer le membre pour avoir les idées claires puis je vous expliquerai la marche à suivre pendant qu’on se tapera des vrais noirs avec une rincette au Calva. Ça nous changera de la pisse d’âne de Marie-Louise… »
 
Depuis son retour des pissotières, Bourrassaud plastronnait. Il en rajoutait des tonnes dans le style polard d’après-guerre revisité par les fabricants de nanars pour accros du cinoche du samedi soir au Rex de la Garenne-Bezons. En s’asseyant il avait coupé court à mes éventuelles objections sur le timing de l’opération en balançant, l’air faraud « j’ai eu Mignon. C’est dans la boîte.  Mon plan lui va comme un gant. Tout baigne… » Dubigeon, largué se contentait d’opiner en dodelinant sa tête de courge ornée d’une moumoute d’un roux jus de chique, ce qui avait pour effet de donner de plus en plus de gite à son postiche. Moi, stoïque j’attendais l’instant où je pourrais reprendre l’initiative. Le café du cru était pire que celui de notre enfilée matinale. Pour tenter d’endiguer les fanfaronnades de mon chef sans froisser son amour-propre je décidais d’une diversion que j’entamais lorsqu’il se jetait son second calva derrière la cravate. Comme toujours, je me crus obligé de basculer dans un pathos qui se voulait vaguement poétique : « ce carrefour, là-bas, avec cette auberge plantée dans le creux du V du Y je lui trouve un parfum de relais de poste… » Bourrassaud s’esclaffait : «  pas mieux mon neveu ! T’as tout bon petit con ! T’es tombé pile poil sur l’avant-dernier lieu de changement d’attelage de boulonnais, les chasse marée, qui se tapaient, à brides abattues, la route du poisson depuis Boulogne pour que le bourgeois de Pantruche puisse se taper la cloche d’un colin au beurre blanc tout juste pêché… » Je restais interloqué. Dubigeon, moumoute en berne me contemplait comme si j’étais le Christ ressuscité le troisième jour. Bourrassaud se gondolait pendant qu’un type, sapé comme un milord, encadrait sa haute silhouette dans l’entrée du bar.
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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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