Jeudi 24 janvier 2008 4 24 /01 /Jan /2008 00:05

Galliano-002.jpg Coiffure à la romaine et veste de fourrure de John Galliano... Dior or not Dior : vive le co-branding ! 

Y’a des jours où je me dis, vraiment ces champenois ils ne font rien comme les autres : alors que partout ailleurs dans le vignoble de notre beau pays, face à la surchauffe de la demande, la profession viticole aurait depuis fort longtemps mis en branle la planche à hectares, eux ils nous la jouent cool Raoul. J’adore ! Quand même certains vont m’objecter qu’avec 5% de croissance par an pourquoi ont-ils tant attendu ? Moi je pense que c’est une histoire de couple. En effet, avec le CIVC nous ne sommes pas dans une entreprise, au Syndicat des Vignerons la primauté politique et à celui des Maisons de Champagne la dynamique économique. Répartition des rôles, subtilité des liens créés par leur histoire commune, souvenir des crises, alchimie préalable aux décisions importantes, et celle-ci en est une. Alors on laisse le temps au temps, on se hâte lentement, on rassure la base vigneronne : sa poule continuera de pondre des œufs d’or.

 
Sagesse terrienne certes, mais surtout le constat partagé que la croissance de la demande est tirée par le nouveau positionnement du Champagne dans les produits de luxe. Vin des rois, cuvées impériales, vin des tsars et des boyards, vin des années folles, vin de la Formule 1, aujourd’hui icône de la jet-set et des nouveaux riches, le Champagne est entré dans l’ère du co-branding. À tout seigneur tout honneur, LVMH, avec sa boutique virtuelle où Dior, Vuitton, Dom Pérignon, Krug s’épaulent, se complètent, se boostent, en une synergie du luxe puissante, donne le la, colle à la mondialisation du luxe et change la donne du Champagne. Aspirées, les grandes marques versent elles aussi dans un packaging luxueux et une communication qui a plus à voir avec la Rolex et le bling-bling que le vin. Amplification d’une image où le Champagne, déjà perçu, surtout par les jeunes et les femmes – nouveaux consommateurs que tout le monde courtise – comme des bulles, la fête, se détache plus encore des cycles économiques traditionnels. La persistance du sous-approvisionnement, la bonne vieille gestion malthusienne des vignerons, risquaient alors de se transformer en surchauffe. La croissance régulière et consolidée de la demande exigeait que l’on se décidât à desserrer le carcan de la loi de 1927. Là encore, le modèle champenois, piloté par l’aval, n’en déplaise à mes détracteurs, sans bruit, avec la bénédiction des deux familles professionnelles, voit le SGV, en 2003, prendre la décision politique d’ouvrir une révision.
 
Là, apparemment, rien de nouveau sous le soleil de l’INAO, les commissions d’experts travaillent sur les 319 communes de la zone de l’appellation avant de passer le parcellaire au crible. Je ne vous fais pas un dessin, pour les intéressés c’est une partie de cache-cache, le loto, l’euro millions, le paradis futur des plaideurs, en être, ne pas en être, en avoir été et y revenir, être exclu… quand le coefficient multiplicateur avoisine 100 pour un lopin de terre à betteraves ou un taillis, le facteur temps est essentiel. Le temps est politique. Rappelons qu’il s’agit d’une révision pas d’une extension mais qu’en définitive l’aire va s’enrichir d’un certains nombre d’hectares permettant d’alimenter la croissance. Combien, demande le naïf que je suis ? Pas de chiffres avancés, bien sûr, trop d’hectares ajoutés effraieraient le Monde, pas assez renforcerait l’inflation des prix du foncier et gripperait la belle mécanique. Alors, en un bel euphémisme on me répond que l’adjonction se devra d’être significative. Avec un soupçon d’ironie, on ajoute que cette progression ne sera pas entachée du soupçon de délit d’initié que recelait la distribution des nouveaux droits de plantation et, toujours très sérieusement, on ajoute auprès de moi qui suis bon public, et même si certains puristes de l’AOC, intégristes ou hommes des terroirs, vont rire jaune, que la belle mécanique inaoiste va renforcer le niveau qualitatif du vignoble champenois qui, rappelons-le fut formaté d’une manière très administrative en un temps où ni le raisin, ni l’hectare n’étaient rare. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes en Champagne... 

La suite demain avec ma chronique : 
" je rêve d'épouser la veuve du sacristain de Bouzy" 
Suspens insoutenable chers lecteurs...

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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