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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 00:06
Dans la gueule d’un petit maquereau, la référence à un gros poisson, et c’en était un, du genre notice longue comme un jour sans pain au Who’s who et chasse en Sologne, bardé de décorations et gavé de jetons de présence dans les plus prestigieux conseils d’administration, je trouvais ça plaisant. Sans rien en laisser paraître je cuisinais Hortz, lui tirant les vers du nez avec une grande facilité. Le vieux squale qu’ils avaient ferré semblait vraiment entiché de Sylvie, prêt à faire des folies pour elle et, en écoutant Hortz me raconter leur dernier week-end à Gstaad, je pensais que cette historiette n’avait rien de très original : le cul reste une valeur sûre pour faire chuter les soi-disant grands de ce monde. Pourtant j’aurais du être plus attentif à la série de soi-disant coïncidences qui avait permis à Hortz et à Dragan d’approcher un tel potentat. Ces deux petites crapules, en dépit des menus services qu’ils rendaient au SAC, ne côtoyaient pas les pointures du régime. Et pourtant, monsieur Henri, le gros poisson, ils l’avaient « croisé » la première fois au très sélect « Tir aux pigeons », le Cercle du Bois de Boulogne, où la fine fleur du monde des affaires et de la politique se la jouait décontracté en futal et veste de tweed de chez Arnys. À ma question « qu’est-ce que vous foutiez là-bas ? » Hortz répondait avec un aplomb qui aurait du me mettre la puce à l’oreille « Dragan et moi on fait dans la protection rapprochée d’un émir saoudien… » mais, comme du tac au tac, quand j’avais ironisé « et Sylvie, qu’est-ce qu’elle protégeait dans cette affaire ? » il m’avait désarçonné d’un « le gland de l’émir, petit père ! » avant d’ajouter, ponctué d’un rire gras, « tu sais elle le pompe dru notre belle Sylvie. Normal, non, quand on se fade le service d’un roi du pétrole… » Bien sûr, si j’avais réfléchi trente secondes, j’aurais trouvé invraisemblable qu’un émir puisse avoir recours à ces deux petites frappes minables pour assurer sa protection mais, comme toujours en cette période de ma vie, mon apathie, mon indifférence, me rendait imperméable à toute initiative de bon sens. Je laissais filer, peu m’importait.
 
Vraiment, il fallait que j’eusse de la merde dans les yeux pour accepter de gober qu’une lope comme Hortz, qui passait son temps à se faire bourrer le cul dans les chiottes des bars de Pigalle, puisse jouer les cerbères pour le compte d’un cousin du roi Fayçal. C’est ce que je ne cessais de me répéter en contemplant son cadavre allongé au fond d’un fossé boueux bordant le chemin vicinal menant au château de monsieur Henri. Son bel ensemble de cuir noir, lacéré par de multiples coups de rasoir, le faisait ressembler à un fagot de sarments carbonisés par la foudre divine. Le jour se levait. Dans son manteau de zibeline Sylvie frissonnait. Bourrassaud posait sa grosse paluche sur mon épaule. « Quoiqu’on fasse, mon petit gars, ils remonteront jusqu’à toi. Alors, le mieux qu’on puisse faire c’est de leur dire la vérité… » En remontant le col de mon blouson je répondais « que c’était aussi mon avis ». Dans ma déposition à la gendarmerie d’Orry-la-ville, face à deux pandores qui me prenaient pour la forme la plus accomplie de la gangrène issue de mai 68, je n’omettais aucun détail.  « À dix-huit heures, hier au soir, j’étais de permanence au commissariat lorsque Sylvie Brejoux, ma compagne (…) », derrière sa Remington, l’adjudant-chef tiquait. Ses yeux bovins et sanguins quêtaient du secours auprès de son collègue. Manifestement, compagne lui semblait une dénomination peu conforme à la réalité. Pour embrouiller plus encore son esprit épais j’ajoutais sur un ton compatissant « je me dois de vous signaler que Sylvie Brejoux est légalement l’épouse légitime du commissaire principal Brejoux, des RG de Nantes.. » Telle une grenade dégoupillée qui vous arrive entre les jambes, ma déclaration, jetait un vent supplémentaire de panique dans le réduit qui servait de bureau aux deux gendarmes.   

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