Vin&Cie, l'espace de
liberté
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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Dans son Essai des merveilles de Nature, et des plus nobles artifices (1627), le jésuite Etienne Binet * dresse cet inventaire hétéroclite des "façons de vin" :
- Vin aigre pour éveiller et ouvrir l'appétit ;
- Vin dur et âpre pour étancher son altération et piquer la langue en passant ;
- Vin rebelle ou revêche, et qui donne en tête jetant de grosses fumées, et des nuées au cerveau ;
- Vin de garde pour l'arrière-saison ;
- Vin aussitôt fait, se veut boire, et toujours est en sa boîte ;
- Vin qui se passe, et s'enfuit ;
- Muscat qui est du musc liquide ;
- Hypocras, c'est-à-dire, vin sucré et cannellé, miellé, myrrhé, qui sent le fenouil, le myrte ;
- Le Nectar fait de moût et de miel ;
- [Vin] doux, piquant, rude, qui a sa sève (car chaque Vin a sa sève, et son goût à part), blanc, clairet, paillé, rouge, chargé de couleur, jaunâtre et à goutte d'or, d'Arbois, de couleur d'eau
;
- Vin fait sous le pied ou mère-goutte, c'est-à-dire, qui coule de soi et se fait du pur dégoût de raisins non foulés, c'est la crème du Vin.
- Merra gutta fait de marc, des premiers raisins foulés, sans fouler, qui est le vin forcé ou enragé ;
- Vin brûlé et ardent ;
- Vin bouilli, non bouilli, cuit, moisi, tourné, retourné, trépassé, ressucité en le jetant sur la grappe ;
- Vin de dépense, des clercs, des valets ;
- Vinot et demi Vin, Vin de pressurage ;
- Vin bourru (c'est-à-dire, louche,et trouble et obscur)
- [Vin] mixtionné, renouvelé, fleuri, de collines, qui est plein d'esprit et de vigueur, de plaine, qui est plus grossier ;
- Vin de grave et de sable, de pierres et de rochers, de treilles et d'arbres, choisi à la main et fait de raisins d'élite et d'achoison ;
- Malvoisie de Grèce, douce piquante ;
- Vin bien rassi et reposé.
* Les Goncourt dans la préface du 1er tome des Portraits Intimes du XVIIIe siècle datée du 30 octobre 1856 écrivent : " quelle résurection - la lettre autographe - ce silence qui dit tout ! "
Ils avaient emprunté la formule "ce silence qui dit tout" au révérend Père Etienne Binet, un Jésuite né en 1569, mort en 1639, et l'avait trouvé dans Essay des merveilles de Nature, et des
plus nobles artifices. Eux-mêmes avaient noté référence et citation dans leur Journal avant d'écrire cette préface.
Ce livre publié pour la première fois en 1621, fut réédité neuf fois(jusqu'en 1632) du vivant de l'auteur, puis encore après sa mort. Il paraît avec pour nom d'auteur un pseudonyme : rené
François. René comme re-né, qui serait la traduction française de Bi-net, en latin : Bis-natus. François, autant dire Français, qui pourrait être une mise envaleur de la nationalité
(comme on ne le disait pas encore) française d'un jésuite, dont il fallait souligner qu'il n'était ni espagnol, ni surtout italien.
Si vous êtes bibliophile allez sur ce site pour y découvrir un exemplaire original de cette oeuvre de François Binet :
http://www.ilab.org/db/detail.php?booknr=334757162
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