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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 00:03
Ce grand con de Hortz, avec mon accord bien sûr, par l’entremise de son copain Dragan Markovic, un serbe doté d’une sale gueule d’oustachi qui traînait ses mocassins vernis dans les officines barbouzardes, plaçait Sylvie dans des soirées qui se terminaient en parties fines dans des suites d’hôtels ou des appartements du triangle d’or. Ça m’arrangeait plutôt, ça me permettait de faire l’autruche, ça me dispensait de faire l’amour à Sylvie puisqu’elle n’était jamais là quand j’étais là. Le dimanche, son jour de relâche, je m’inventais des gardes et je partais rejoindre les Bourrassaud qui me dorlotaient en me laissant flemmarder au lit jusqu’au début de l’après-midi. Après ma douche et ma mise en costard-cravate, exigence absolue de Marie-Jo : le dimanche, même entre soi, on se sape, nous déjeunions sous la terrasse au milieu des plantes et des fleurs que le commissaire bichonnait de sa main verte. Cuisine de femme, vin de mec, table impeccablement dressée, je retrouvais le parfum de maman et je terminais toujours nos agapes dans un no man’s land où se croisaient mes souvenirs heureux et l’inanité de mes jours présents. En fin de repas, il m’arrivait de pleurer, doucement. Les Bourrassaud qui ignoraient tout de ma vie d’avant me contemplaient avec tendresse, comme un enfant inconsolable pour qui les mots sont inutiles. Après le café Bourrassaud s’assoupissait dans son fauteuil. Marie-Jo aurait pu en profiter pour nous inventer un de ses jeux pervers, comme faire l’amour sur la table de la cuisine entre les piles d’assiettes desservies, ce qu’elle ne fit jamais. Non, elle passait son manteau à col de lapin, enveloppait ses cheveux dans un foulard de soie, glissait son bras sous le mien et nous partions marcher en silence dans les rues sans âme des cités du Blanc-Mesnil. Un dimanche, l’un des derniers avant la tempête, alors que nous longions un parking réceptacle de nos ébats nocturnes, je lui ai dit : « Tu me fais penser à maman lorsqu’elle se rendait à l’église… » Marie-Jo a eu la larme à l’œil et s’est fait pesante à mon bras.
 
Depuis plus d’une semaine Sylvie filait le parfait amour je ne sais où avec je ne sais qui. Pas un coup de fil, rien, si ce n’est une visite de cet emplâtre de Hortz qui avait fait semblant de venir aux nouvelles. Je sentais qu’il bichait le salaud. Il venait de s’acheter un long manteau noir cintré avec un col en renard argenté et portait beau. En entrant, d’un geste, qui se voulait distingué, cette petite frappe déposait son petit chapeau tyrolien gris souris, ses gants de pécari et sa canne à pommeau sur l’un des nombreux guéridons enjuponnées dont raffolait Sylvie. Ma tenue négligée, un vieux survêtement, faisait tache. Je profitai de mon désavantage apparent pour le retourner. « Les affaires marchent bien on dirait… » Tel un paon qui fait la roue devant un goret Hortz fit une demi-volte « tu aimes ? »
-         J’adore ! C’est d’un chic
-         Tu te fous de ma gueule.
-         Ai-je l’air de me foutre de ta gueule excellence ?
-         Pas vraiment, je sais que t’as du goût...
-         Un rien t’habille, toi c’est la classe naturelle je t’assure.
Ce con se rengorgeait. Je l’aidais à se défaire de sa pelure de maquereau. Au-dessous le Hortz faisait dans le tout cuir noir, moulé comme une saucisse, je dus faire un grand effort sur moi-même pour garder mon flegme. Pour contenir mon hilarité je continuai mon œuvre de brosse à reluire « Putain de Dieu, t’es mûr pour poser dans Vogue… Tu vas faire des ravages chez les oies blanches, le cuir ça les fait mouiller ces salopes en kilt et collier de perles. T’as tout du prédateur mec… » En déposant son cul sur le canapé, avec des précautions de midinette, je le sentais, le Hortz n’en pouvait plus et dans le pois chiche qui lui tenait de cerveau l’envie irrépressible de me faire plaisir atteignait le point de fusion. À point il lâchait le morceau « Faut que je te dise, avec Sylvie on a ferré un gros poisson, on va se faire des couilles en or… »   

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