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21 juin 2008 6 21 /06 /juin /2008 00:01


Avant que ce mois de juin de 40ième anniversaire de mai 68 ne tire à sa fin, même si les ouvrages commémoratifs ont, comme je le craignais dans ma lettre à Régis Debray(1) http://www.berthomeau.com/article-13245857.html déferlé tels des tsunamis mercantis, j’ai envie de dire ce que j’ai sur le cœur. Toute cette récupération, positive ou négative, me gonfle. Ça conforte ceux qui, comme Thomas qualifiait mes propos de radotage d'ancien combattant de mai 68. Récupération et surtout, erreur totale de focus que de réduire le mouvement étudiant à un mouvement de minoritaires « hyper-politisés » Faux ! Archi-faux, nous étions majoritaires, pas du tout manipulés par les groupuscules, même que nous étions allergiques à leur langue de béton marxiste quelquechose. Ce que nous voulions avant tout et par-dessus tout c'était faire craquer les coutures d’une société étriquée, mesquine, hypocrite. Nous étions joyeux, conviviaux, barjots et, n'en déplaise à Thomas, et à tant d'autres, mai 68 a été aussi une grande fête, le retour en force de la convivialité, d'une réelle envie de bien vivre ensemble, un espace de liberté dans une France, dont Vianson-Ponté écrivait dans le Monde, quelques mois avant 68, qu'elle s'ennuyait. L’attitude hostile de la CGT, du PC à l’égard du mouvement étudiant, la sympathie d’une majorité des français, avant qu’elle ne se lasse du désordre et aspire aux vacances, le plantage de la vieille gauche, Mitterrand en tête, la couardise et la débandade des « élites dirigeantes », la grève générale la plus longue et la plus suivie, sont là pour mettre en lumière le caractère, non pas révolutionnaire, mais hors norme de cette éruption. En faire le creuset de toutes les dérives sociétales ou celui du mouvement social, type « gauche de la gauche, celle du facteur ravi mais qui ne se lache jamais, c’est réécrire l’histoire. Comme Cohn-Bendit, le libertaire, j’écris, ça suffit : « Forget 68 » oui, 68, c’est fini et on a gagné…

(1) Modeste contribution aux discours et cérémonies officielles du dixième anniversaire vient d'être réédité sous le titre Mai 68, une contre-révolution réussie Mille et une nuits éditions un peu grâce à des gens comme moi que Régis Debray qualifie dans son avant-propos "d'amicaux fouilleurs des ténèbres".
Pure provocation ? Non, pur constat de faits non fantasmés, d’évènements qui ont certes marqués la mémoire collective - pour preuve, la référence au Grenelle de 1968 à propos de la récente grand-messe sur l'environnement mériterait un examen que l'on n’abrite pas sous cette référence tout et n'importe quoi : ce ne fut ni la nuit du 4 août, ni un modèle de négociation sociale – mais qui s’inscrivaient dans un mouvement dépassant largement notre petit hexagone. Accélérateur d’une évolution sociale, c’est indéniable, mais l’idéologie de « l’enfant roi » provenant des USA a fait bien plus de ravages dans notre système éducatif et à la maison que la permissivité des très minoritaires parents fumant la moquette. Houellebecq est un mythomane. De même, les « pédagogistes »  peuplant l’Éducation Nationale ne sont pas des clones de soixante-huitards mais de purs produits du syndicalisme ossifié si hostile à la chienlit des évènements. Quand j’affirme que nous avons gagné je sors mon Luc Ferry, qui convenez-en, n’a rien d’un soixante-huitard attardé comme moi : " Sans ironie, le plus formidable de Mai-68, c'est son côté émancipateur. Mai-68 a accouché de la victoire définitive du mariage d'amour sur le mariage de raison, disons de la famille moderne, la famille fondée sur l'amour, qui gagne définitivement sur la famille bourgeoise. Aujourd'hui, il est de bon ton d'idéaliser la famille bourgeoise. On entend partout ce discours : tout fout le camp, c'est monoparental, c'est éclaté, recomposé, tout va mal. En effet, 50% des mariages se terminent par un divorce dans les grandes villes européennes. Mais malgré l'apparence c'est un formidable progrès. Que les gens soient pacsés, mariés ou non, ça m'est égal, mais c'est une union fondée sur l'affinité élective et le sentiment qui va l'emporter définitivement sur le mariage bourgeois de raison. Ca c'est le bel héritage de Mai-68. L'idéalisation de la famille bourgeoise était une absurdité, au prétexte qu'on n'y divorçait pas. De ce point de vue-là, l'héritage de Mai aura été un grand progrès, dans la sincérité et dans l'authenticité, qui sont préférables aux mensonges ».

 

Sans vouloir en rajouter une couche, il faut se rappeler ce qu’était le traitement de l’information à la radio et à la télévision publiques dans notre beau pays à cette époque. Le mouvement à l’ex-ORTF est emblématique de ce que mai 68, en bousculant les frontières politico-syndicales, pour mobiliser des journalistes qui en avaient plus que marre de la chape de plomb qui pesait sur eux, a fait souffler un grand vent de liberté et de créativité. Plus qu’un discours, la photo ci-dessous, montre que la majorité n’était pas silencieuse. Elle s’exprimait. Elle prenait des risques puisque des personnes aussi modérées que Zitrone, Chapatte, Rolland, se feront virer pour avoir participé au mouvement. L’oublier ou railler prête à sourire en ces temps où triomphe le « courage fuyons » et le « ce n’est pas de ma faute » Y’avait du panache dans ce beau mois de mai. Des conneries aussi, j’en conviens, mais quand à nous faire porter « tous les péchés du monde », de nous étiqueter comme des « égoïstes patentés », des gus qui ont tourné leur veste pour se vautrer dans la société de consommation, des jouisseurs et autres noms d’oiseaux, c’est nous faire trop d’honneur. La génération du baby-boom, dont je suis, s’est retrouvée à une époque charnière, un temps de basculement, et dans sa grande diversité sociale, géographique, elle s’est inscrite dans son temps, tant bien que mal, avec ses contradictions, ses espoirs, ses combats, ses lâchetés, lui demander des comptes me semble normal mais à la condition de ne pas se contenter de ne noircir que la colonne du passif. Ce pays nous l’avons aussi construit et il n’est pas encore un champ de ruines même si il n’est pas forcément, et c'est peut-être heureux, celui dont nous rêvions en mai 68.

Allez " good bye 68 ! " ça va faire un sacré tas de bouquins pour le pilon. Pour le 50 ième, de grâce, plumitifs de tous poils, lâchez-nous la grappe, j'espère, si je suis encore de ce monde, que vous me laisserez tranquille dans mes charentaises de papy-boomer à fumer mes Boyards maïs et à boire mon petit verre de jaja...

 

 

Pierre Mondy, Philippe Noiret, Claude Brasseur, même le beauf de tonton en ce temps-là rien que des "gauchistes échevelés et dépenaillés" tout comme Michel Drucker, Thierry Rolland, Robert Chapatte, Léon Zitrone et Claude Darget à la télé...

 

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

jlb 24/06/2008 07:16

Cet article (je viensde découvrir ton blog) me fait du bien, il remet beaucoup de choses à leurs places avec justesse.Bonne continuation.

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