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4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 00:03


Je livre à votre réflexion matinale ce texte de Gilles Lipovetsky extrait des Nouvelles Mythologies sous la direction de Jérôme Garcin publié au Seuil en référence au recueil de 53 chroniques de Roland Barthes parues au Seuil en février 1957 sous le titre Mythologies. 
Il apporte une contribution intéressante dans nos débats actuels sur le retour des vins d'AOC à leur socle identitaire. Bonne lecture.
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"La société d'hyperconsommation est paradoxale : tandis que triomphent le culte du nouveau et la logique généralisée de la mode (image, spectacle, séduction médiatique, jeux et loisirs), on voit se développer, à rebours de cette espèce de frivolité structurelle, tout un imaginaire social de l'authentique. On en constate chaque jour les effets : c'est la quête des "racines" et la prolifération des musées et des écomusées (pas une petite ville qui n'ait son écomusée, comme ce musée de la Crêpe de Bretagne). C'est le culte du patrimoine, avec ses quartiers réhabilités, ses immeubles ravalés, ses hangars reconvertis ; sans parler du succès des brocantes, un des loisirs les plus prisés des Français. C'est, aussi, la mode du vintage. La logique de l'authentique innerve de nombreux secteurs, y compris alimentaires avec ses appellations d'origine protégée qui assurent le consommateur de l'authenticité des produits. On n'en finirait pas, à vrai dire, de recenser toutes les manifestations de cette soif d'authenticité. Il faudrait parler également du développement touristique des voyages dans des contrées "sauvages" ou de l'intrusion du "parler vrai" dans le politique, ainsi que du succès des discours et référenciels identitaires. Le retour du religieux y participe, en ce qu'il fait signe aux "vraies" valeurs contre la société frelatée, gouvernée par l'éphémère, le superficiel et l'artifice. L'immémorial contre l'impermanence : les deux mouvements, bien sûr, se nourrissent, la poussée du frivole favorisant celle de l'authentique.
Cet imaginaire naît de l'anxiété liée à la modernisation effrénée de nos sociétés, à l'escalade technico-scientifique, aux nouveaux périls pesant sur la planète. Il traduit une nostalgie du passé qu'on idéalise, d'un temps qui ne se dévorait pas lui-même, mais où l'on savait mieux vivre. une illusion, sans doute, qui s'accompagne d'un regard critique sur notre univers insipide, stéréotypé, où sont éradiqués la sociabilité et les sens et où règne en revanche la dictature du marché et des marques. L'authentique compense par sa chaleur, ce défaut de racines et d'humanité. C'est un imaginaire protecteur qui évoque un monde à l'abri de ces désastres.
Cette soif d'authenticité traduit-elle une pensée rétrograde, une revitalisation de l'esprit de tradirion ? Nullement : elle correspond à l'épuisement de l'idéal du bien-être tel qu'il s'est construit au cours des Trente Glorieuses en même temps qu'une nouvelle exigence de mieux-être à l'heure où la voiture, la télé, la salle de bains sont diffusées dans toutes les couches sociales. L'authentique n'est pas l'autre de l'hypermodernité : il n'est que l'une de ses faces, l'une des manifestations du nouveau visage du bien-être, le bien-être émotionnel chargé d'attentes sensitives et de résonnances culturelles et psychologiques. Un bien-être au carré, non plus simplement fonctionnel, mais mémoriel et écologique, qualitatif et esthétique au service de l'affirmation de l'individualité. Ironie des choses : le culte de l'authentique qui remonte à Rousseau, et qui a nourri la contre-culture, via Heidegger, s'est développé dans les années 1960-1970 contre le bourgeoisisme et les conventions "oppressives". Nous n'en sommes plus là : délesté de toute portée protestataire, le culte de l'authenticité apparaît comme la nouvelle manière de rêver et d'acheter de l'Homa consumericus contemporain."

Gilles Lipovetsky

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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pphil 07/01/2008 01:32

BonjourCe commentaire en retard parce que cet article m'a longtemps tourné dans la tête.Bien sur que la réflexion de Lipovetsky est fondée et ce n'est pas moi, pauvre plébéien qui le contredirait.Mais un aspect est occulté dans cette réflexion, le fait que la société de consommation, accumule depuis les trente glorieuses, une couche sans cesse plus épaisse d'accessoires et de pratiques censées améliorer le quotidien. De la machine à laver le linge à la clef usb parfumée toutes les inventions ne se valent pas en terme de progrès pour l'humanité, mais beaucoup on pour seul intérêt de faire tourner la machine économique. Si le retour au naturel est tendance c'est aussi une redécouverte de ce que nous pourrions être sans le verni de la civilisation, c'est-à-dire des hommes un peu plus nu et en contact avec la …nature ( mais quelle nature ? c'est une autre histoire)Saluons cet effort d'exfoliation , même s'il est lui-même générateur de profit et fait tourner la machine au même titre que l'inventeur de la clef usb qui fait aussi aquarium à poisson rouge en plastique ;-)amitiés

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