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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 00:07

 

Si aujourd’hui je me retrouvais dans ce piège à cons je le devais à un étrange enchaînement de petits dérapages que mon inertie n’avait pas cherché à contrôler. Depuis note arrivée à Paris j’habitais chez Sylvie, près du marché d’Aligre. Après ma réussite au concours d’Officier de Police adjoint, selon l’ordre de mes vœux que j’avais pu exprimer vu mon excellent classement, on m’avait affecté dans un commissariat pourri au Blanc-Mesnil. Afin de ne pas attirer l’attention sur mon passé de soixante-huitard j’avais bidouillé mon dossier de candidature en ne mentionnant que mes deux premières années de Fac de Droit et en datant l’interruption de mes études juste avant les évènements. Pour éviter un trou dans mon CV Jean m’avait bidouillé un certificat de travail qui me transformait en un paisible artisan. Du côté passé j’avais bien joué mais, en délaissant des affectations plus confortables dans de bons arrondissements de Paris, pour choisir ce qui se faisait de plus merdique dans la banlieue rouge, je venais de commettre mon premier faux-pas. Ma hiérarchie, loin de m’en faire la remarque, se contenta de le noter en marge de mon dossier. Dans la police, plus que dans toutes les autres administrations, on se méfiait des bons sujets qui sacrifient leur début de carrière pour se consacrer à des terres de mission. Leur attention était d’autant plus exacerbée que toute une fournée de têtes bien faites sortie dans la botte de l’ENA venait de renoncer à choisir les grands corps prestigieux pour se fondre dans le trou du cul anonyme des administrateurs civils. Le ver était dans le fruit au plus haut niveau de la fonction publique, l’entourage de Marcellin veillait au grain même pour un vermisseau de mon espèce.

Le plus drôle dans cette affaire, si je peux l’écrire ainsi, c’est qu’en choisissant Le Blanc Mesnil je souhaitais tout au contraire me fondre dans le gris de la banlieue et surtout me mettre à l’abri d’une trop grande proximité géographique avec le trottoir de Sylvie. En dépit de mes molles objections elle voulait à nouveau bosser, et bosser à l’ancienne, pour accumuler un petit pécule et me gâter. Betty sa copine, la grande bringue qui nous avait accueilli place Clichy et lui avait dégoté l’appartement de la rue d’Aligre, via son homme, l’aida à régler la question de son territoire de racolage, moyennant un forfait mensuel assez léger et surtout, profitant de ma faiblesse, la promesse de ma part de lui faire bénéficier, au cas où, de mes entrées dans la maison poulaga. Betty, mentant effrontément, m’avait présenté comme un jeune loup promis au plus bel avenir dans la hiérarchie poulaga. Le type, qui disait se prénommer Hortz - en référence à Hortz Bucholz, le James Dean allemand qui interprétait Chico le benjamin des 7 Mercenaires, « leur ressemblance est frappante, mais lui est plus viril… » m’avait minaudé la grande Betty – était une caricature de maquereau. Tiré à quatre épingles dans un costume noir à rayures tennis, chemise noire et cravate crème avec une épingle à tête de perle de culture plantée en son milieu, des mocassins croco gris souris, les ongles manucurés, les cheveux calamistrés, une chevalière jaune pétant au petit doigt de la main droite et surtout un air fat, renforcé par un regard fuyant, il goba avec un petit sourire entendu mon baratin d’ex-futur haut fonctionnaire reconverti en flic. Pour me montrer qu’il se portait à ma hauteur il me proposait un job plus à la hauteur du carénage de ma Sylvie.      

 

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