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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /Déc /2007 00:00

Le texte que je vous propose est tiré de la somme de Louis Stouff "Ravitaillement et alimentation en Provence aux XIVe et XVe siècles. (Ecole Pratique des Hautes Etudes, SORBONNE). Bonne lecture.
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Les archives de Carpentras ont encore, à propos de cette denrée, un autre mérite, celui de faire ressortir les problèmes particuliers posés par le vin des juifs. Dans les livres du souquet *, aucun d'eux ne figure. Ces spécialistes du commerce du blé ne prennent aucune part à celui du vin. A l'automne, la quasi-totalité des feux juifs ont du vin, mais n'en ont jamais beaucoup. En octobre 1422, seuls 21 chefs de famille sur 606 ont acheté toute leur provision ; ils sont tous juifs. Lorsqu'après les vendanges, un juif cherche à constituer des réserves pour les douze mois à venir, il s'adresse soit à l'un de ses coreligionnaires et lui achète du vin, soit à un chrétien et lui achète du raisin.
Les juifs apprécient le vin et en boivent. Ils ont dans leur cave du matériel destiné à sa fabrication et à sa conservation. Pour satisfaire leurs besoins, ils ont plus que les chrétiens recours à des achats, parce qu'ils sont moins qu'eux propriétaires fonciers. Mais ils possèdent aussi des vignes : en 1414, à Carpentras, sur 15 propriétaires juifs, 10 en ont. On peut même dire que lorsqu'ils n'ont qu'une parcelle de terre, c'est de la vigne qu'il s'agit : en 1424, à Arles, sur 43 juifs inscrits au cadastre, 22 ont des vignes, 3 seulement ont quelques éminées de terre, aucun n'a de jardin ou de pré. Décrivant la vie des membres de la juiverie d'Arles, Kalinimos Ben Kalinimos écrit : " Tout le monde va aux vignes et on porte les raisins soit par bateau, soit avec des chevaux...Le temps est très chaud. Les moustiques sont nombreux, ils tombent dans le vin que l'on boit malgré tout..."
Les juifs tiennent à leurs vignes pour des motifs religieux. leur vin doit être fabriqué et manipulé uniquement par des juifs jusqu'à sa mise en fût sous scellés. Lorsque l'un d'eux désire acheter du vin et doit s'adresser à un chrétien, il ne peut acquérir que du raisin et préparer lui-même sa boisson. Lorsqu'il possède une vigne et la fait cultiver par un chrétien, il fait promettre à celui-ci de ne pas vendanger un jour de fête juive. Les juifs de Provence et du Cotat paraissent suivre dans ce domaine les prescriptions de leur religion.
Cette attitude accentue leur particularisme dans la société des XIVe et XVe siècles, contribue à les séparer des chrétiens. Il est interdit à ces derniers d'acheter du vin des juifs. En 1386, la reine Marie interdit aux juifs de Grasse de vendre du vin à leurs concitoyens chrétiens. Le 25 mai 1444 une criée faite à Carpentras dit : "Qu'aucune personne chrétienne n'ose aller boire dans les tavernes des juifs, ni acheter leur du vin, attendu que les juifs ne boivent pas le vin des chrétiens et que les chrétiens ne doivent pas boire le vin des juifs." 

* Le vin jouant un rôle fondamental dans les finances communales il est assujetti le plus ouvent à deux sortes de taxes, l'une porte sur les quantités rentrées dans les maisons après la récolte (le 1/20 du vin à Carpentras), l'autre sur les ventes de vin qui s'effectuent tout au long de l'année, on l'appelle le soquet ou souquet.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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