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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 00:02


A la suite des Trois questions à Michel Bettane les commentaires, pour mon plus grand plaisir, ont éclos comme les Cent Fleurs * chères au président Mao Tsé Doung mais, dans un long lamento, chacun y est allé de son "Que Faire ?" qui, comme chacun sait ou ne sait pas, est l'oeuvre majeure de Lénine, le fondement de ce qu'on appellera le marxisme-léninisme, c'est-à-dire la stucturation d'une avant-garde d'élite, laquelle importera, injectera des idées justes à l'intérieur du prolétariat. On sait où même ce charmant discours...

Et là, la moutarde me monte au nez ! Pas pour Lénine le père du goulag, ni pour Mao qui aimait tant les petites filles, mais pour le bal des hypocrites ou des faux naïfs qui, au temps où il fallait choisir, soit chantaient leurs ritournelles bien rodées, soit attendaient que ça se passe pour que rien ne change. La coupe est pleine, déborde, s'épand en un long fleuve bourbeux où se rejoignent ceux qui, lorsqu'Hervé Gaymard à mis la note stratégique Cap 2010, le défi des vins français, sur le chantier des dirigeants professionnels, se sont drapés dans des postures quasi-léninistes, voulant guider la masse de la base vers des lendemains qui chantent, leur imposer du bonheur malgré eux, élitistes hautains, réformateurs à leur strict profit : réformons les AOC et tout ira bien chantaient-ils dans tous les micros tendus et ceux qui, goguenards, bien calés dans leurs fauteuils directoriaux, tapis dans leurs forteresses inexpugnables, perfusés de CVO, machiavels au petit pied tiraient les ficelles, jouaient des contradictions, alimentaient les rapports de forces entre régions, pour que la main leur revienne et pour que ce soit plus parlant, collaient mon nom sur tout ça, à Bordeaux je roulais pour les pouilleux du Languedoc, dans le Languedoc profond j'étais un stipendié du grand négoce prédateur, à Paris mes origines déplaisaient. Dérisoire !

Berthomeau on s'en fout ! Son rapport n'était qu'un pied de cuve, le point de départ d'une réflexion collective. Il n'y a pas eu de rapport Berthomeau 2 mais une oeuvre collective : la note stratégique Cap 2010. Ce qui importait c'était la méthode de travail pour aboutir à des choix clairs débouchant sur des décisions : la réflexion stratégique ne peut se faire qu'avec ceux qui, de la vigne au rayon de vente en passant par la cave, font le produit et le vendent. Des gens qui savent de quoi ils parlent, même si parfois ce qu'ils expriment est moins léché qu'une belle note d'un cabinet conseil, qui en confrontant leurs points de vue apprennent à se connaître, à s'écouter, à se comprendre. Du chaos initial, des yaka et des faukon, des idées reçues, des postures syndicales, des intérêts contradictoires, des vieilles querelles, petit à petit naissent des compromis acceptables et acceptés, les lignes bougent, ce qui paraissait impensable au départ devient une réalité envisageable. On avance. Bien sûr il y a des résistances, des combats d'arrière-garde, des gens qui ne peuvent suivre le mouvement mais le paysage change, on s'adapte, on relève les défis et lorsqu'on porte un regard en arrière on s'étonne du chemin parcouru, on se demande pourquoi la mise en mouvement ne s'est pas opérée plus vite et plus tôt. Comme le notait Viginie Raisson (chronique du 15 novembre) " le seul déterminisme qui existe, c'est l'action qu'on ne tente pas, les choix que l'on n'ose pas. C'est bien pourquoi une fois encore, l'avenir appartient aux décideurs et aux acteurs que nous sommes, pas aux prophètes."

Alors, que faire ? Ma réponse est connue : faire ! Mais comment le faire ? La réponse est simple : cultiver les proximités entre des gens différents, aux intérêts parfois divergents, mais mus par une volonté commune, comme nous le faisons discrètement au sein du club "Sans Interdit". Nous ne sommes pas une société secrète mais un réseau d'hommes et de femmes qui, chacun à notre place, sans monter sur le tonneau, sans jouer de la grosse caisse ni bénéficier des faveurs médiatiques tentons de faire avancer des dossiers qui nous paraissent essentiels pour le devenir de notre secteur. Nous ne détenons aucune vérité révélée mais l'évolution des choses nous donne raison, prouve que même si notre ouvrage n'était pas parfaite elle avait au moins le mérite d'exister, de proposer aux uns et aux autres des voies en phase avec les réalités. Nos sociétés complexes ne se réformeront pas par décret, à coups de solutions simples et rapides, mais en s'inscrivant dans des processus voulus et assumés. Nous ne sommes pas assis sur un champ de ruines mais si nous voulons, n'en déplaise à certains, assumer notre double statut de vignoble de masse et d'excellence, en acceptant les voies et moyens qui le permettront nous gardeons le rang qui est le nôtre. Car nous savons le faire. Et nous pouvons le faire.

* la campagne des Cent Fleurs
(百花运动/百花運動) est une politique menée en Chine de février à juin 1957. Mao, pour rétablir son autorité affaiblie sur le Parti depuis le VIIIe congrès du Parti communiste et améliorer les relations entre celui-ci et la population dans un contexte international périlleux, appelle à une campagne de rectification. Celle-ci a pour principe de « lâcher la bride » à la population, et plus particulièrement aux intellectuels, qui peuvent critiquer le Parti afin que celui-ci s'améliore.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Ginette 23/11/2007 12:50

Pascal n'a nul besoin d'attaché de presse, ce qu'il sait vendre le mieux c'est lui ! Souvenir, souvenir, d'un temps pas si lointain...

PAYAN Agn�s 21/11/2007 10:26

"L'avenir appartient aux décideurs que nous sommes, pas aux prophètes" Trés juste... sauf que nous, vignerons, décidont à notre échelle dans un environnement imposé par les prophètes ! Et chaque fois, j'entends la même rengaine aux croisées de chemins : "Agnès, qu'est ce que tu veux qu'on y fasse" comme si tout ce qui nous arrive était inéluctable ! Chaque fois qu'une proposition est avancée, on en trouve toujours pour dire "ah ! surtout pas ça !!!" Je fais quelque fois partie de ceux là d'ailleurs, j'avoue. Au lieu de réfléchir sur la segmentation de nos produits qui ne se fait plus, ni par le prix, ni par l'origine... on change la couleur de l'enseigne lumineuse (syndicat en ODG) ; on repeint la façade, ça rafraichit et on fait croire que l'on bouge alors que l'on prend les mêmes et l'on recommence ; et enfin pour répondre aux consommateurs qui soi-disant trouve que notre système d'agrément est un filet à grosse maille qui laisse passer tout et n'im.... dans les AOC, on enlève le filet et l'on veut mettre l'entreprise dans une équation normative. Le plus bel agrément c'est l'acte d'achat régulier, c'est pas la compilation de tableaux d'observations ou de "j'ai fait ce que j'avais dit que j'allais faire"... Car aussi belle que soit la cuisine, quand le cuisinier est mauvais ou que sa matière première ne vaut rien...

alain laufenburger 19/11/2007 17:48

Quel bonheur de démarrer un lundi pluvieux par un si magistral coup de gueule contre les janfoutre de tout bord qui passe leur temps à jouer au mikado (le jeu où le premier qui bouge a perdu). Effectivement vu de notre côté, nous n'avons pas le pouvoir de faire, juste celui de dire. Autant bien le faire et surtout rester humble sur notre portée réelle : nous ne prêchons pas dans le désert, des choses restent, un jour elles bougent. Et nous en serons en partie responsable. Reste que ton leadership sur ce sujet est admirable. Continuons donc, un jour viendra.

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