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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Dimanche 25 novembre 2007 7 25 /11 /Nov /2007 00:07


Les politiques pétaient de trouille face à ce groupuscule sans adhérents revendiqués, cultivant la Révolution en serre comme une plante en pot, étrange cercle d'initiés cooptés, forme vide où, entre la périphérie et le centre va et vient une fluence insaisissable, floue, pas de chef connu, rien d'interprétable, de la bouillie de chiots enragés. A la GP tout semble provisoire, intérimaire, inorganisé au nom de la primauté des masses - des larges masses aussi maigres qu'improbables comme le vocabulaire de leurs tracts était lui aussi boursouflé que prévisible - cette volonté maladive de s'effacer, de laisser les manettes aux prolétaires lorsqu'ils prendraient les armes. Comme l'aurait dit mémé Marie, pour tout ce beau monde calamistré de la place Beauvau, ça n'avait ni queue ni tête car dans les usines les plus dures, en dehors des poches connues et circonscrites d'anarcho-syndicalistes, d'agitateurs de l'extrême-gauche non communiste, toujours les mêmes, aucun élément identifié ne permettait d'accréditer que le couvercle de la marmite allait sauter sous la pression de la base. La base jardinait, piccolait, forniquait sans porter grande attention à ces gamins aux mains blanches faisant le pied de grue aux grilles de l'usine pour leur fourrer des tracts baveux d'encre, illisibles et déconnectés de leur saloperie de vie. En bons flics opportunistes qu'ils étaient, les tenanciers de la Place Beauvau, face à ce nid de frelons qui bourdonnaient dans un creux de mur, calmaient les angoisses de leur Ministre et de son cabinet avec l'opération foireuse baptisée pompeusement : double chevron.

Tout leur bel édifice reposait sur mes improbables épaules. Mes commanditaires, je le sentais, étaient partagés, tiraillés par des sentiments contradictoires. Côté positif, mon profil allait comme un gant à la mission d'agent dormant, ils ne pouvaient pas trouver mieux. J'étais plus que crédible pour me fondre sans éveiller de soupçons dans la mouvance de la GP, pour soutenir des discussions théoriques avec les têtes pensantes, apporter une contribution significative à la logistique merdique de ces intellos et accéder ainsi rapidement au "Comité exécutif", là où étaient censées se prendre les décisions capitales. Ce qui les inquiétait, c'était mon profil psychologique, mon côté je n'espère rien de rien, la facilité avec laquelle j'avais accepté de trahir mes anciens camarades, mon goût pour les femmes aussi, déjà responsable d'une grosse bavure, et surtout cette façon funambulesque de me complaire dans le border line. Ces messieurs cherchaient à avoir prise sur moi et, tout ce qu'ils avaient trouvé pour me tenir, c'était de me fabriquer une nouvelle identité. L'ancienne se retrouvait tout au fond d'un dossier bien pourri au cas où il me viendrait à l'esprit de leur faire un enfant dans le dos. Leur service après-vente de Marc Krank, ma doublure, besognait face à mon attention soutenue qui se voulait bienveillante. Pour détendre l'atmosphère je fis l'intéressant : " Soyez sans inquiétude messieurs je vais dépiauter le moineau...". Leur haut le corps imperceptible me confortait dans ma supériorité : à Beauvau on ignorait tout du langage imagé du Président Mao. 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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