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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 00:06


Le texte qui suit, d'un auteur que son éditeur qualifie de "La Bruyère du temps présent", met bien sûr le doigt là où ça fait mal, mais il le fait "à la Française", avec un goût immodéré pour le petit bout de la lorgnette pointée sur le petit monde de la Rive Gauche de Paris. C'est une tradition "des chirurgiens de l'âme française" : la détestation très célinienne et manichéenne des élites... Si je vous le propose, c'est que les lignes bougent avec l'irruption brutale des "nouveaux riches" des pays émergents et des bénéficiaires de la rente énergétique, la Russie tout particulièrement, et la pression toujours plus forte à nos frontières de migrants qui voient, à juste raison, dans notre mode de vie un eldorado. 
Sur mon "espace de liberté", ouvert au monde, je vais, dans les semaines qui viennent, vous proposer des matériaux pour ouvrir nos horizons, sortir de nos débats récurrents qui n'intéressent plus que nous. Notre cher nectar, produit de luxe pour certains, élitiste pour d'autres, terroir et tradition pour les tenants de l'authenticité, produit mondialisé pour les grandes compagnies, ne peut s'exonérer d'une approche plus fine du bouleversement de la donne mondiale.   

" Même le luxe ne tient pas ses promesses d'exclusivité, il divulgue sa camelote frénétiquement et ouvre des "grands magasins" aux quatre coins du globe afin d'offrir du luxe* à tous, ce qui bien sûr n'a aucun sens, y compris du point de vue marketing puisque c'est justement la rareté qui fait le prix du luxe. Tout le monde ne peut pas aller à la mer mais tout le monde y va quand même. Ainsi, le télescopage estival des populations dans les îles de l'Atlantique offre quelques beaux exemples de "flagrants délits d'insincérité", période pendant laquelle le luxe le plus soyeux côtoie le populo le plus rapeux. La belle société rétaise, peuplée d'intellectuels de gauche (l'intellectuel de droite n'étant pas tout à fait considéré comme vraiment intellectuel) voit sa quiétude, toute sollersienne, troublée par l'arrivée en masse de congés payés, reuteutistes, et autres érémistes (ils ont bien le droit de "partir" aussi) qui déambulent dans les ruelles d'Ars-en-Ré (municipalité de gauche comme chacun sait) en bermuda et en tongs en faisant un boucan d'enfer tout en suçant leurs glaces à l'eau. Ce populo qui n'a rien de moisi, tout à fait vigoureux au contraire, est sans-gêne, bruyant et parfois mal-odorant. Bref, il fait comme chez lui et n'hésite pas à garer sa caravane où bon lui semble pour faire griller quelques merguez en plein air. Le paradoxe est que la bonne société rétaise, qui prend ses quartiers d'hiver à Saint-Germain-des-Prés, n'hésitera pas à se "mobiliser" afin que les sans papiers, les sans domiciles fixes, et autres sans-grade puissent eux aussi venir goûter aux charmes requinquants de l'île de Ré et son air vivifiant, empêtrée qu'elle est dans ses "bons sentiments" (autant dire son fonds de commerce) et ses penchants hédonistes ultra-sophistiqués. La voilà prise au piège de sa schizophrénie (à ce stade on ne peut même plus parler d'insincérité), tel est pris qui croyait prendre, et les escrocs du verbe on désormais bien du mal à trouver un havre de paix qui ne soit pas immédiatement pris d'assaut par des hordes de pauvres assistés en goguette venus s'inviter dans leur arrière-cour. Vraiment, on se demande à quoi, ça sert que l'intellectuel de gauche se décarcasse. Si ça continue, il va devoir se réfugier à St Trop. Pour autant, "que l'intellectuel de droite" ne se réjouisse pas trop vite des déboires de son collègue à l'âme partageuse (on parle d'âme et non de portefeuille bien sûr), car lui non plus n'est pas exempt de reproches pour ce qui concerne l'état du monde tel qu'il est. On lui doit en effet pas mal de délires belliqueux dont le prix fut tout à fait exorbitant, et d'ailleurs toujours en suspens, délires qui faisait dire à Céline (peu suspect de sympathie gauchiste) lors d'une conférence sur la question juive et le pacifisme : " Et la "connerie aryenne", qu'est-ce que t'en fais ?", formule cinglante qui s'adressait à un orateur sans doute un peu trop dogmatique pour ce qui concerne le supériorité de "l'intellectuel de droite" et de ses drôles d'idées. Effectivement, la "connerie aryenne" n'a rien à envier à la connerie en général, elle n'est ni plus ni moins du même niveau, c'est-à-dire extrêmement bas, tout bêtement parce que c'est l'humanité entière qui est globalement conne. On le sait depuis toujours, question conneries il ne faut jamais se relâcher. Déjà, il y a bien longtemps, le crucifié annonçait la couleur : "Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Vingt siècles plus tard, ils ne savent toujours pas."

* note de l'auteur : luxe vient du grec lusis qui signifie dissolution. Ce n'est pas un hasard.

Olivier Bardolle "Des ravages du manque de sincérité dans les relations humaines" éditions L'esprit des Péninsules février 2006

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