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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 00:06


Mondovino avec son côté manipulateur, son parti-pris, agaçait les dents de ceux qui connaissaient le dessous des cartes, c'était la mondialisation du vin, sa "standardisation" racontée aux bobos par un Jonathan Nossiter plus roublard que naïf. Dans Paris Ob's, Gurvan Le Guellec - le porte-plume de la branchitude vinique parisienne - nous appâte : " pamphlétaire, il n'aime pas que l'on dise cela. Après "Mondovino", récit drolatique sur la standardisation du vin, le cinéaste est devenu - malgré lui - un icône altermondialiste. Une sorte de Michael Moore, en moins rond et mieux nourri. Cela ne lui plaît pas. On peut le comprendre (...) "Tiens, tiens, mais pourquoi diable notre gringo répugne-t-il à faire cause commune avec José et ses ouailles ? Je crois avoir la réponse, mais je la garde pour moi car tel n'est pas l'objet de ma chronique de ce matin. Ce qui m'amène à vous parler de Nossiter c'est que notre homme vient de publier un livre chez Grasset, " le Goût et le Pouvoir".

A nouveau je cite mon Gégé de l'Ob's de Paname : " Nossiter a voulu prendre le contre-pied de Mondovino. Ne pas faire une géopolitique du vin, avec ses têtes couronnées et ses grands vizirs, mais une anthropologie des buveurs. "Je m'étais intéressé au point de vue des faiseurs de vin, là j'ai adopté celui de ceux qui le reçoivent."  Un "anti-guide", donc, dont les avis sont naturellement "faits pour être contestés". En lisant ça je me suis dit " ce gars de Nouillorc, élevé au grain chez nous, et qui vit'au Brésil, va sans doute nous mettre le nez dans nos franchouilleries. Et le Gurvan de me faire saliver plus encore quand il écrit que Nossiter à propos des belles bouteilles "constate que ce qui devrait être source de plaisir devient trop souvent un objet fétiche, propice à tous les excès de pouvoir". J'atteins alors une quasi-extase qui vire à l'épectase, type cardinal Danielou en final, lorsque notre plumitif en remet une couche sur notre Jonathan qui affirme : " Que le vin derrière le décorum bon vivant génère des attitudes souvent peu conviviales. Que les professionnels parisiens ne brillent pas toujours par leur humilité(...) Je me suis rendu récemment dans une cave. Il y avait trois amateurs qui parlaient pinard. Ca m'a donné envie de boire de la bière. Chacun n'avait qu'une opbsession : montrer la longueur de son zizi."  Stop pour mon vieux coeur n'en rajoutez plus ! Allez je vous livre quelques bonnes feuilles nossithériennes.

chez Legrand (il s'agit de Legrand filles et fils rue de la Banque dans le 2d arr. de Paris)

dans les années 80 :
" Les gars du magasin me faisaient toujours un peu peur (comme, hélas, dans la plupart des caves à vin). Inévitable, la touche d'arrogance, surtout devant un jeune étranger. Mais mon amour des bouteilles venait à bout de mon angoisse face à l'intimidation sociale et je trouvais les grands (mes grands) à des prix abordables. "

en octobre 96 alors qu'il cherchait un producteur et un distributeur pour son deuxième film Sunday :
" Je me souviens d'avoir pris la décision de ne pas passer dans le quartier de Legrand, par peur de dépenser de l'argent que je n'avais pas à l'époque. Je pense aussi que, me sentant un peu abattu, je n'avais pas le sang-froid d'affronter les "connaisseurs" de la cave. Parfois, il faut du courage pour acheter une bouteille. Autant que pour demander le financement d'un film."

à propos du ghetto bio du boboland :

"Cette ghettoïsation bio est-elle dangereuse ? Le plaisir du vin, pour moi, c'est qu'il exprime la relation la plus sophistiquée possible entre la nature et l'homme. C'est une qualité essentielle, surtout pour des gens qui vivent en ville, coupés de la nature. Donc, en principe, je trouve très belle l'idée des vins bio, parce qu'elle nous ramène vers un échange plus juste avec la nature, avec nos natures. Et pourtant, comme dans les marchés bio à Paris, on voit trop souvent des étiquettes collées simplement comme ça pour vendre. Ca devient de l'alter-marketing, de l'alter-escroquerie. Quand on voit une étiquette "vin bio", c'est comme si j'entendais quelqu'un revendiquer d'entrée son intégrité : c'est louche !"

Comme moi je vois les choses par le petit bout de la lorgnette je vous conseille de lire le papier de l'ami Jacques Dupont qui prend un peu de hauteur lui...

"Nossiter lance la guerre du goût"
Jacques Dupont, Le Point, n° 1832, p. 116-118, 25/10/07.

"[...] Jonathan Nossiter nous invite à pousser un peu plus loin la réflexion sur un thème brûlant: le goût et le terroir. Réflexion à haut risque: vouloir définir le terroir et le défendre en tant que valeur fondatrice d'une civilisation, c'est s'exposer aux sarcasmes. Terroir, ringard, franchouillard, etc. L'insulte peut même aller jusqu'à Pétain et sa terre qui, elle, ne ment pas...
"La défense du terroir n'est pas synonyme d'un attachement réactionnaire et obstiné à la tradition. Au contraire. C'est plutôt une volonté d'avancer vers l'avenir en demeurant solidement enraciné dans un passé collectif", répond l'auteur. Une défense qui rappelle curieusement un texte bien connu des historiens, le discours prononcé à la Sorbonne par Ernest Renan en 1882 et qui répondait à la question: "Qu'estce qu'une nation?" "Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentementactuel, le désirde vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis."
Renan, le grand intellectuel du XIXe siècle, philologue, historien des religions, en complicité avec Nossiter, "le juif américain, un peu français, vrai citoyen du monde", qui vit au Brésil et habite cinq langues, cela peut surprendre. Et pourtant: "Le terroir n'est pas une chose fixe, en termes de goût ou de perception. C'est une forme d'expression culturelle qui n'a jamais cessé d'évoluer", dit Nossiter.
Renan avait eu cette formule: "L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie." Nation, terroir, quel est le lien?
"Je n'ai jamais lu ce texte, mais je suis d'accord avec ton ami Renan. Un peuple à qui on vole son histoire, son goût, ce que moi j'appelle son terroir, renonce à sa liberté."
Le danger qui menace le terroir, et donc la liberté, aujourd'hui, serait d'assister à la victoire d'un goût "homogénéisé", universel. Un goût sucré, vanillé, simple, qui l'emporterait sur celui de la complexité qui englobe l'amertume et l'acidité. En clair, de ne disposer dans quelques années que de chablis édulcorés dont l'acidité aura été corrigée grâce à un apport de sucre, ou de bordeaux parfumés comme des sodas ou des bonbons roses. "C'est ce que j'appelle le goût biberon, qui nous infantilise et nous coupe de notre mémoire collective." C'est le vin standard, destiné à plaire au plus grand nombre, que l'on produit dans le Nouveau Monde, notamment en Argentine, une boisson qui répond aux demandes des "metteurs en marché", ennemie de la diversité et de l'effort. "Témoigner, préserver la mémoire est au fondement de toute civilisation. Le vin, c'est la mémoire sous sa forme la plus fluide et la plus dynamique. [...] Les hommes de pouvoir craignent le goût, parce que l'expression du goût replace le pouvoir entre les mains de l'individu, l'éloignant des voix de l'autorité, de la corporation, de l'institution, de 1 Etat. [...] Le politiquement correct n'est rien d'autre qu'une suppression délibérée des goûts qui nous sont propres."

 

 

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