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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 00:06


Le monsieur Jourdain du storytelling : c'est un peu moi !

Depuis 2001, sans le savoir, je fabrique des histoires et on me lit. Rassurez-vous chers lecteurs, même si j'aperçois de mon balcon les hauts murs de l'hopital Ste Anne, je ne suis pas encore atteint par un délire de prétention aiguë. Pour tout vous dire, je suis le premier étonné et pourtant, le premier symptome de cet étrange manie, celle d'écrire, je l'ai constaté sitôt la publication de mon fichu rapport. L'ami Jean-Louis Piton, qui sait avoir la dent dure quand il le faut, me dit au téléphone : " Ton rapport il ne ressemble à rien de connu..."et moi de répondre, normal je l'ai écrit..." s'ensuivit un blanc au bout du fil - même si nous nous servions de portables - et moi d'enchaîner : "l'as-tu lu jusqu'au bout ?" la réponse fusait : "oui!" et de répondre : " c'était mon seul objectif, être lu ". 

 

Tout ça pour vous dire que, sans préjuger de la qualité ou de la pertinence de mes écrits, la forme adoptée : narrative, le vin raconté à un Ministre, mis sur le Net, a fait que ce document, bâti de bric et de broc, pas très conforme aux codes documents des chercheurs ou d'Ernest Young, a été lu, photocopié, traduit, diffusé et m'a assuré un référencement en béton sur Google. D'une certaine manière je suis devenu le rapport Berthomeau car celui-ci correspondait vraiment à ma manière d'être et, sa relative notoriété, bien plus qu'à la valeur du fond, est liée à ce qu'un jour de juin, en rentrant de Vinexpo, je me suis assis dans le petit bureau sur cour du 232 rue de Rivoli, devant mon écran, entouré de piles de documents, et je me suis lancé, comme ça, sans garde-fous, dans l'écriture d'une histoire. Bien sûr je savais où je voulais aller mais j'ignorais totalement comment j'allais y parvenir. Chaque jour je m'astreignais à l'écriture et, au bout d'un petit mois, les 80 pages étaient là. J'entends déjà des sarcasmes : voilà t'y pas qu'il se prend pour un écrivain maintenant ! Non, je me suis contenté de vous conter une histoire, j'ai fait du storytelling sans le savoir.



Mais me direz-vous, en quoi cette technique " apparue  aux Etats-Unis au milieu des années 1990, le "storytelling" ou l'"art de raconter des histoires" est-elle nouvelle ? C'est tout simplement parce qu' "elle a été déclinée partout depuis sous des modalités de plus en plus sophistiquées, dans le monde du management comme celui de la communication politique. Elle mobilise des usages du récit très différents, du récit oral tel que le pratiquaient les griots ou les conteurs jusqu'au digital strorytelling, qui pratique l'immersion virtuelle dans des univers multisensoriels et fortement scénarisés" in Storytelling de Christian Salmon éditions La Découverte www.editionsladecouverte.fr (à lire)


Certains d'entre vous vont sourire, le récit est aussi vieux que le monde, comme Roland Barthes l'écrivait " sous ses formes presque infinies, le récit est présent dans tous les temps, dans tous les lieux, dans toutes les sociétés ; le récit commence avec l'histoire même de l'humanité..." J'en conviens aisément mais c'est qui est nouveau, comme l'écrit Ch.Salmon c'est l'ampleur du phénomène et surtout par son utilisation comme "une technique  de communication, de contrôle et de pouvoir [...] Popularisé par le lobbying très efficace de nouveaux gourous, le storytelling management est désormais considéré comme indispensable aux décideurs, qu'ils exercent dans la politique, l'économie, les nouvelles technologies, l'université ou la diplomatie." Et d'ajouter : " Les grands récits qui jalonnent l'histoire humaine, d'Homère à Tolstoï et de Sophocle à Shakespeare, racontaient des mythes universels et transmettaient les leçons des générations pssées, leçons de sagesse, fruit de l'expérience accumulée. Le storytelling parcourt le chemin en sens inverse : il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l'espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l'expérience passée, il trace les conduites et oriente les flux d'émotions. Loin de des "parcours de la connaissance" que Paul Ricoeur décryptait dans l'activité narrative, le storrytelling met en place des engrenages narratifs, suivants lequels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles". 


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Je sais, je vous prends le chou avec mes histoires mais, croyez-moi, sur mon petit blog de rien du tout - les blogs sont le nouvel espace de contagion écrit Salmon -, minable confetti perdu sur l'immensité de la toile, je fais de la résistance à ceux qui vendent la dream society, où le travail sera dirigé par des histoires et des émotions et où  nous achèterons plus seulement des marchandises mais les histoires qu'elles racontent.

 

Mes histoires, mon histoire, vos histoires, notre histoire commune, pour nous les gens du vin qui sommes si attachés à l'origine, à une forme d'authenticité, chantres de la convivialité, sont un contre-poison efficace à la prolifération du formatage des esprits. Vous allez me trouver bien prétentieux mais j'assume au niveau qui est le mien, individuel, ce combat qui n'est pas une bataille d'arrière-garde mais bien au contraire un outil puissant d'affirmation de notre identité, de notre pérennité car, loin d'être des ringards, nous sommes l'expression la plus affirmité de la modernité : le bien vivre...  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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