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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 00:02

Jean-Louis-Piton.JPG
Exercice difficile et délicat que de s'essayer à faire le portrait d'un ami, trop de complaisance, et c'est lui, soucieux de son image décalée, qui prend la mouche ; un excès de toile émeri, et là certains me taxent de provocation inutile. Mais, puisque le vin est tiré il faut le boire, avec Jean-Louis Piton tout a commencé, chez lui, dans le Luberon, sur les hauteurs d'Apt, entre cerisiers à bigarreaux et vignes, où aux premières lueurs roses de l'aurore ont peu contempler la blanche aridité du Mont Ventoux. Nous discutions beaucoup. Il roulait ses petites clopes à la main et moi, l'urbain, avec ma petite machine. En ce temps-là, le Jean-Louis était très bloc contre bloc, la coopération d'abord, militant pugnace, bien dans la ligne comme un jeune turc qui entend gravir les échelons pour entrer dans le premier cercle. Mais, handicaps majeurs, il n'est point languedocien et il répugne au maniement lyrique de la démagogie chère au bougon des cépages. Donc, en observateur intéressé, je sentais poindre sous la langue de bois officielle, le président de Sylla et du Cellier de Marrenon. Là, foin des discours, face aux dures réalités du marché français et les aléas de l'export, le Jean-Louis se posait les vraies questions.

En compagnie des 5 autres pélerins, sous ma houlette de père prêcheur, avec sérieux et courage, il a fait la campagne Cap 2010, porté et défendu les préconisations de la note stratégique : le défi des vins français. Pris des coups, fait sa mue, endossant sans complexe la tenue non camouflée de chef d'une entreprise de mise en marché qu'il fallait relancer, restructurer comme on dit. Et puis, cerise sur le gâteau, le voilà propulsé à Bruxelles à la tête du comité vins du Copa-Cogeca. A ce poste il donne sa pleine mesure, prend son pied, cherche à élaborer les compromis qui feront avancer les mentalités, pense que Mariann Fisher Böll va être celle qui va vraiment dépoussiérer l'OCM sans forcément tout passer par dessus bord. Hélas pour lui, comme pour la viticulture européenne, la Commission et ses services, adepte des leurres, incapable de sortir de sa vision bureaucratique, enfermée dans son bunker idéologique, va profiter des divisions professionnelles pour jeter aux orties tout le travail fourni. Le déficit démocratique des institutions européennes est patent mais dans cette aventure notre Jean-Louis, avec cette nouvelle casquette, a pris une autre dimension. Mais revenons à sa base, le Luberon, à sa maison : le Cellier de Marrenon.

La fonction de président d'une Union de coopératives, je l'avoue, m'est toujours apparue un peu baroque. En effet, voilà un homme à la tête d'une entreprise de mise en marché, exerçant les fonctions traditionnelles du négoce et qui, liée à des fournisseurs qui sont aussi ses "actionnaires", doit à la fois les satisfaire : rémunération des apports et pérennité de leur entreprise, tout en les subissant parfois comme concurrents sur les marchés. L'exercice s'apparente à la quadrature du cercle. Marrenon, Cellier.Winery c'est en Luberon l'opérateur le plus important, 8000 ha, 80% de la production globale, 2500 vignerons, 2d exportateur en Asie, et ce depuis 40 ans. On comprend mieux au vu de ces données que présider un tel ensemble confère de lourdes responsabilités économiques et sociales. Pas facile de donner à ce type d'Union, géré à l'ancienne, après une analyse sans concession, une nouvelle orientation, d'alléger le navire, de le manager avec fermeté, de changer les hommes, et surtout, de convaincre la base vigneronne de la justesse de cette nouvelle stratégie. Dur donc, Jean-Louis Piton, avec sa pâte d'humaniste, a du trancher, les choix ont été fait et ce n'est pas le lieu ici d'en discuter. Ce qui m'intéresse, au travers des portraits d'entrepreneurs très liés à leur vignoble que j'esquisse, c'est que, les clés du rebond de nos vins sont entre leurs mains, leur savoir-faire technique, leur expertise commerciale et leur capacité à bien positionner et différencier leurs produits. Jean-Louis est dans le cercle des décideurs, à sa place, et le challenge et la réussite de Marrenon sont, certes majeurs pour le Luberon, mais aussi pour la Winery France. On parle beaucoup en ce moment de gouvernance de la filière. Son exercice a besoin d'un socle et ce socle ce sont les entreprises de mise en marché. Renforçons-les ! Accompagnons-les ! Facilitons leur la vie ! Mettons autour d'une table les leaders et réservons les discours pour les fins de banquet.
 

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