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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 00:03


Graziani, après notre dernier entretien, en me raccompagnant jusqu'à l'ascenceur, dans le plus pur style des films noirs américains, il se la jouait Bogart alors qu'il se payait un physique à la James Cagney, avait glissé sa carte de visite dans la poche de mon blouson de jeans en me tassant du pur jus de policier à la française : " petite tête bien faite, n'oublie pas, quand tu rentreras de ton pélérinage en terre pétainiste, appelle le numéro que j'ai inscrit au dos de ma carte. Ces messieurs de Beauvau veulent juger sur pièce. Démerde-toi pour ne pas les décevoir les huiles ! Je te dis ça mais je ne suis pas trop inquiet car je sais que je peux te faire confiance. Tu as, comme tous les ex-culs bénis des dispositions pour jouer les Judas. Et puis, sans vouloir te faire de peine, c'est du côté gauche que sont venus les plus ardents collabos, Doriot et Déat entre autres..." Stoïque je le laissais dire et cette roulure aurait pu déverser un plein seau de merde sur ma tête que je n'aurais pas plus bronché. Tout glissait sur moi sans me toucher. Graziani, sans doute impressionné par mon indifférence, me retenait par le bras avant que je ne pénètre dans l'ascenceur. Il se faisait paternel : " tu dois être un bon fils mon garçon. Heureuse mère que la tienne !Quand ça va tanguer dans ton putain de boulot, pense à elle, ça t'éviteras de déraper. Crois-moi, si je t'ai choisi pour faire le salopard, c'est que je sais que chez toi le fond est bon..." Son changement de pied me laissait de marbre, la merde ou l'eau bénite, ça glissait de la même manière sur mon cuir, alors je me dégageais doucement de l'emprise de Graziani et je m'enfournais dans l'ascenseur sans lui dire aurevoir.

Dans le grand bureau lambrissé, tapis de la Savonnerie sur vieux parquet, lourdes tentures damassées, bien calé dans son fauteuil Mies Van Der Roe, l'air grave, le directeur de cabinet, celui qui m'étais apparu le plus jeune mais qui était un déjà vieux bien sapé, trop, me servait d'emblée du service de la France avec délicatesse; ce type, je ne sais pourquoi, voulait me plaire, ses yeux quêtaient mon approbation mais ne rencontraient que du vide. Mon esprit vagabondait sur son visage qui avait gardé les traits de l'enfance mais chacune des pièces était flétrie, avachie, mollasse, seuls ses yeux, bleu de céruléum, gardaient de l'éclat. Etaient-ils durs ? Sans conteste ils se voulaient durs mais... chez ce type je me heurtais qu'à des mais... en dépit de son sérieux affiché, de son désir de plaire, ces mais fendaient la belle armure. Des failles, oui des trous partout sans savoir où... Mes yeux captaient ses mains aux longs doigts osseux, qu'il joignait en parlant. Elles échappaient au désastre, à la décadence. En arrière-fond les mots policés du plein de trous m'effleuraient comme les gouttes fines d'un crachin tiède de l'Atlantique apaisant. Mon attention devait lui sembler extrême alors que je vaguais en un étrange entre deux : à saute-moutons, de la réalité à mes souvenirs, ma tête folle batifolait. " Nous n'avons pas d'autre choix face à la menace que font peser sur l'ordre républicain les éléments les plus extrémistes des groupuscules gauchistes. Vous le savez mieux que moi puisque vous les avez cotoyés. De l'intérieur vous pourrez faire en sorte que nous les éradiquions de la manière la plus chirurgicale possible..." Soudain l'évidence m'éclaboussait : ses cheveux taillés en brosse ! Je souriais. Voilà pourquoi en entrant je lui trouvais cet air jeune : sa brosse ! Celle du grand Mathé de la Chapelière : une brosse de chiendent, jaunasse et drue, posée au sommet de sa tête de vieux gamin. Je réprimais un fou rire. Si ce type plein de trou avait pu lire dans mes pensées il m'aurait étranglé de ses belles mains aux ongles manucurés.  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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