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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 00:03
Dans ce chapitre 4, mon héros se jette à l'eau, une eau trouble, bien sûr, où se mêlent, se croisent, s'interchangent, des âmes pures, des âmes damnées, de vrais salauds, des opportunistes, des traîtres, des mouchards, des polices parallèles, des internationalistes de paccotille, ça grouille. Cette période, post 68, est étrange, en Italie on baptisera ces années : de plomb. Les attentats aveugles, la gare de Milan, le cadavre d'Aldo Moro, les brigades rouges et la loge P2. Ici, hors les folies d'Action Directe, Rouillan et Ménigon, l'assassinat de Georges Besse, on occulte ce temps comme s'il était imprénétrable. C'est du dedans que vous allez y pénétrer. Bonne lecture. Pour ceux qui souhaitent lire les chapitres précédents se reporter à ma chronique de dimanche dernier qui vous fournit tous les liens.

Dans mon cas " se mettre dans le bain "  commençait tout au fond d'une fosse du garage central de la Préfecture de Police. Je regardais des carters rouillés pisser de l'huile noirâtre dans un entonnoir, genre écremeuse, vissé sur une bonbonne à roulettes cabossée tout en me bouchonnant les mains avec un chiffon graisseux. Le dessous de mes ongles, en dépit d'un brossage énergique et de la pâte Arma, stockait une pellicule noire. Le métier rentrait. Grabowski, le chef d'atelier, m'avait filé une salopette beaucoup trop ample et j'avais l'air de ce j'étais vraiment, un acteur minable pas du tout fait pour ce rôle foireux. Quand je m'étais pointé, pour une fois pile à l'heure, dans le cagibi vitré de Grabowski, celui-ci m'avait jeté un regard méprisant. Pour lui, avec ma belle gueule, mon tee-shirt blanc, mon jeans et mes baskets, je représentais tout ce qu'il détestait : les jeunes ; plus exactement, ces jeunes cons, casqués et cagoulés, qui avaient brulé des bagnoles et cassé du flic sur les barricades. Sans même me tendre la main et daigner répondre à mon bonjour, il me balançait, d'un ton rogue, en pointant son index, boudiné et poilu, en direction de mes baskets Aigle : " T'as pas autre chose à te foutre aux pieds ? "
- Si, des pataugas...
- Tu les a mis où ?
- Dans les sacoches de ma Mob !
La simple évocation de cet engin de petit loubard lui tirait un soupir si puissant qu'il faisait frémir ses baccantes roussies par le jus de chique de ses clopes roulées dont un exemplaire éteint pendait collé à sa lèvre inférieure. Adoptant un profil bas, empressé et conciliant, j'en rajoutais dans le genre lopette obéissante "Je descends les chercher tout de suite..."
- Prends cette salopette !
D'un coup de menton énergique il me désignait, sous le tableau d'entrées-sorties des véhicules, une main-courante encombrée de paperasses imprégnées de traces de doigts graisseux. C'était la marque de fabrique du lieu, le graisseux, sauf pour Grabowski le bureaucrate. La salopette, pliée en quatre, propre mais usagée, d'un bleu délavé, me donnait le sentiment que j'allais revêtir une tenue de détenu. Relégué, privé de ma liberté d'aller et venir, prisonnier d'une cellule sans barreaux, je gambergeais. Un cadenas jaune était posé sur la salopette. Face à mon inertie Grabowski, qui venait de poser son gros cul sur son minuscule bureau, m'apostrophait  : "  Magne-toi ! Le vestiaire est au sous-sol.  Ton armoire  la 22.  Tu te changes et tu remontes pour que je te file ta  feuille de service..."
- Oui, chef !
Ca m'avait échappé. Grabowski me toisait. " Joue pas au plus fin petit con ! Ici t'es rien. On sait pas qui t'es. Tu ne fais que passer. Du balai..." Sur le pas de la porte je ne pouvais m'empêcher de lui rétorquer, sans éclat de voix : " Que vous le vouliez ou non, Grabowski, on fait le même métier, à la seule différence que vous vous êtes un planqué, moi je vais au charbon..." S'il avait pu me sauter à la gorge Grabowski l'aurait fait. Il se contentait de rallumer sa clope.






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