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12 septembre 2007 3 12 /09 /septembre /2007 00:03

Lors de notre première rencontre, du haut de mes trente ans fougueux, alors que je logeais dans la grande maison d'en face, celle des vins d'en bas, qui n'en finissaient pas de ressasser sur son âge d'or, l'objet s'occupant des vins d'en haut, prit les traits bonhommes d'un brave IGREF plonplon, costume gris incorporé, répondant au nom de Marquet, Pierre de son prénom ; le même que celui de mon directeur énarque, frais émoulu de cabinets ministériels, qui lui avait un nom avec trait d'union, né à Caudéran, et qui tenait Pierre Perromat, qui présidait le Comité des vins d'en haut, pour une caricature de bordelais, ce qui dans sa bouche de natif du lieu ne s'apparentait pas à un compliment. Bonjour l'ambiance ! Avantage à ma maison : les gens d'en haut craignaient une OPA inamicale sur leur vieille boutique poussiéreuse. Bref, on ne s'ennuyait pas au 232 rue de Rivoli (disparu depuis juillet dernier).

 

Je m'égare. Retour au sujet du jour : pourquoi diable Pierre Marquet venait-il consulter dans l'antre de l'ennemi, un obscur comme moi ? La réponse tenait en ce constat : " l'INAO étant un établissement public sui généris, doté d'un personnel sous statut Gaillard (du nom de Félix, l'autre charentais, le plus jeune président du Conseil de la IV em) donc contractuel, les syndicats lorgnaient sans strabisme en direction du statut des personnels de ma maison, l'ONIVIT, un EPIC (établissement public industriel et commercial).

 

Je proposai donc, à mon cher collègue, mes services pour expertise et plus si affinités. L'affaire ne se fit point, trop de méfiance. Il fallut attendre les socialo-communistes, en l'occurence la loi Le Pors sur l'accès à la Fonction Publique de certains contractuels, dont ceux de l'INAO, pour que je retrouve le dossier au cabinet de Rocard en 83, où je convainquis les syndicats de renoncer au statut de la FP, puis à celui de Nallet en 88. Affaire règlée dans les termes que j'avais proposé à Marquet en 78. Dix ans c'est un temps court pour l'administration. J'ai fêté la bonne nouvelle avec les intéressés au château d'Yquem lors d'un CN, en juin 1988 je crois, madame de Lurs-Saluces, qui m'avait placé à sa gauche (la droite étant occupée par le président du CN) était fort en beauté ce soir-là lors du dîner en plein air. 

Tout ça pour dire que l'INAO, en ce temps-là, avait quelque chose d'exotique : un étrange cocktail d'autogestion professionnelle et de gestion publique qui m'a fait le qualifier d'objet juridique non identifié, ce qui pour moi était un compliment. Avec une telle approche, face au goût immodéré des anglo-saxons pour le droit non écrit donnant aux tribunaux et aux lawyers des espaces infinis, nous dressions une muraille immatérielle qui s'opposait à l'uniformisation du monde. Un bel avantage, dix longueurs d'avance, pour parler vulgairement, ils y bitaient que dale nos petits paganinis des prétoires avec Votre Honneur incorporé comme à la télé. Une grande part de la réussite incontestable de l'AOC tenait à ce mariage heureux du droit privé et du droit public. 

 

Les professionnels français pilotaient une multitude de chouettes conduites intérieures, gentiment désuettes, indémodables, inimitables et, par une forme prononcée de suffisance, d'inconséquence, ils se sont engouffrés dans des cars pour voyages organisés. Bien évidemment, comme toujours dans ce type de périple, le micro du cicérone était tenu par le commissaire du gouvernement. A partir de là, on ne savait plus qui faisait quoi, où si, plus exactement, les fonctionnaires se piquaient de faire dans le stratégique, ils pensaient, et les professionnels du Comité National, tout en poussant des cris d'orfraies sur l'insupportable mainmise publique, s'occupaient de l'intendance du quotidien qui plaisait tant à la base et le Ministre disait amen (le mien y compris). Certains ont tenté de ruer dans les brancards, de proposer, de choisir. On leur demanda d'aller exercer leurs talents ailleurs.

Face à cette dérive, les nouveaux entrants : produits laitiers et autres, suite à la réforme de 1990, que j'ai défendu au Conseil d'Etat, après un temps d'observation, constatant la cécité des représentants du vin et ne se laissant pas éblouir par leurs faux-semblants, petit à petit ont pris le pouvoir, puis profitant de leur entregent dans les allées du Pouvoir ils ont fait prévaloir une conception normative de l'AOC. En clair, face à une production agro-alimentaire de masse, formatée, incolore, inodore et sans saveur, l'AOC devient la pointe de la pyramide des signes de qualité.

 

Le tour est joué. On se noie dans les logos : rouge, vert et je ne sais quelles autres couleurs. On érige le contrôle extérieur en principe fondateur. Le directeur du CIVB a raison de confier à Jacques Dupont dans le point : " c'est en quelque sorte une OPA amicale mais ferme, qui donne le sentiment que tout continue comme avant, alors qu'il n'en est rien " Est-ce pour autant une "nationalisation" de l'INAO ? Une mainmise de la machine étatique sur le secteur ? La réponse est clairement non. Il s'agit tout bêtement de la pure insertion du vin dans le grand Meccano de l'agro-alimentaire. Bien plus que les débats récurrents sur l'opposition entre vins artisanaux et vins industriels, les nouveaux tuyaux, si aucun tri n'est fait en amont, vont plus que jamais formater les vins d'AOC. Faut-il le regretter ? Oui, si la nouvelle mécanique confiée à des "experts extérieurs" - l'externalisation ne règle rien si on ne se met pas d'accord sur les règles du tri - exclut les originaux, les non typiques, les francs tireurs, les inventeurs au profit du gros du peloton et des éternels trainards. Non, si les patrons du gros du peloton assument le statut d'un peloton en acceptant de reconnaître qu'il n'est pas homogène. En clair, avant de mettre le vin dans les tuyaux préoccupons-nous de la vigne et du raisin : la ressource ; laissons la responsabilité première à ceux qui font le vin pour le vendre sous leur signature ou ceux qui le font faire pour le vendre sous leur marque pour traiter ceux qui font leur vin sans souci de ceux qui l'achètent...

A suivre ( ayant été acteur je vous livrerai mon point de vue et mes découvertes dans des chroniques à venir)

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

tchoo 12/09/2007 08:48

Ah! cette histoire du statut du personnel, elle empoisonné l'atmosphère pendant longtemps.Et je ne suis pas sur que le règlement de la question de la façon dont elle c'est passée fut un bien.Alors que on leur a refusé le statut de fonctionnaire, celui qui fut appliqué, fut quasiment équivalent sauf dans les avantages, et les services qui auraient devenir plus techniques, sont devenus administratifs, dans l'indifférence méprisante de la profession.Aujourd'hui, on est là, bien loin de la volonté des créateurs de ce "machin" tellement particulier et bien vu....

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