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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 00:09
Nous sommes dimanche, je ne suis pas allé à la foire du Niolu, à Casamaccioli, je lis. 

Et pourtant, si j'avais été plus courageux pour affronter le parcours sinueux, au lever du jour, je serais allé à la plus vieille foire de Corse qui, tel Janus, elle a deux visages : l’un sacré et l’autre mercanti. Comme chez notre ami Norbert le Forestier avec ses cloches, l'évêque sera présent mais sans montgolfière, pour la procession ancestrale en l’honneur de la Vierge et la Granitula où les pénitents marchent en cercle tout autour de la place centrale du village en portant la statue de la Santa. L'ambiance est pesante soutenue par des chants sacrés, nous ne sommes pas en Corse pour rien. Ensuite place à la foire pour les produits du terroir.

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Non, je lis.

Je lis que les partisans de l’indépendance de l’Ecosse sont pour la première fois en tête dans un sondage qui doit être publié dimanche, à onze jours du référendum, par le Sunday Times.

Selon ce sondage YouGov/Sunday Times, le camp du oui, favorable à l’indépendance, remporte 51% d’opinions favorables alors que le camp des opposants n’en compte que 49%.

Je lis aussi, et ça fait quelques jours que je suis attelé au second opus du très lettré Bruno Albert : Le conclave de Bordeaux. Notre homme adore les longues tirades, nous sommes loin de la Sicile de la même épopque et de l'insolence de Camillieri. J'y reviendrai lorsque j'aurai mené à bien ma lecture.
Pour l'heure j'en suis à la page 128 et notre cher Bruno Albert lâche un peu la bride à son héroïne Bérénice de Lignac, jeune veuve ayant épuisé le délai de viduité. La belle, «soucieuse d'échapper au péril de consanguinité si répandu en Médoc avec son cortège de débilités... projète d'élargir son «territoire de chasse»

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Diantre, sous le sage Bruno se cacherait-il un libertin ?

« Bérénice fut saisie d'une idée burlesque qui lui fit brièvement secouer les épaules puis aussitôt s'esclaffer...»

En effet, le mâtine a sélectionné 2 beaux partis : le séduisant Ryan Driscoll, marchand de vin irlandais installé à Podensac, et en second rang Iniacio Felix de Verdugo un héritier.

Qui choisir sur sa carte du tendre ?

«Naturellement, il y aurait bien une voie d'apaisement mais cela nécessiterait de tirer de chacun le meilleur !» songeait Bérénice séchant deux petites larmes de rire au coin des yeux : Driscoll pour le grand amour et Verdugo pour la particule. Le second pour le salon, le premier pour le lit ? Et malgré toute sa bonne volonté, elle ne parvenait aucunement à éprouver de la honte pour ce démoniaque dispositif.» Bah, une fois l'an, l'abbé Champion m'entendra en confession !»

Les bras m'en tombaient, je restais baba face à une telle audace, certes à mille lieux de Houellebecq et Camillieri réunis, j'imaginais les frissons parcourant les salons, Mgr Ricard haussant le sourcil et Norbert Le Forestier envisageant même de plaider maintenant qu'il est abonné aux prétoires.

Bref émoustillé, je poursuivais fébrilement ma lecture, me disant que, même si Driscoll n'était pas Ecossais mais Irlandais, l'anglomanie suffisante du Bordeaux des Chartrons en prenait pour son grade.

Je bichais grave sans S.

Mais le gai luron Bruno emporté par son élan me sortait sa botte de Nevers : la dégustation à l'aveugle comme moyen de drague féminine.«Bérénice... engagea Ryan Driscoll dans une dégustation à l'aveugle de vins de Bas-Médoc comparés à d'autres crus situés plus au sud»

En voiture Simone (fine allusion bien sûr au Deuxième Sexe)

« Après avoir laissé l'officer irlandais recueillir sa part de gloire, déclinant avec brio une verticale de Sociando-Mallet depuis un quart de siècle, Bérénice était conquise lorsque Driscoll lui-même proposa à son hôtesse d'identifier le contenu d'une bouteille qu'il avait pris soin de masquer d'un papier journal. Un vin bouché bien sûr, odorant et subtilement coloré. bérénice concentra toute son attention sur l'effet du liquide roulant sur la paroi du verre, le tourna délicatement entre deux doigts, le huma et livra un premier sentiment :

- Une belle robe tirant sur le violet. un bel éclat, il a tout d'un philtre. Peut-être un sortilège...

Puis reposant le verre, elle observa le vin notant une légère présence de pourriture noble en suspension, ces impuretés descendant lentement : « Ce vin a juste passé ses vingt ans. Il est le fruit d'un grand travail. C'est un vin d'un bon coteau correctement orienté. Ses baies ont discerné de loin l'estuaire, ses racines ont tracé leur identité dans une généreuse terre de grave. Deux tiers de Cabernet Sauvignon, le reste réparti à parts inégales entre Merlot, Cabernet Franc et Petit Verdot à peine suggéré mais décisif à l'assemblage. C'est un Saint-Julien. C'est un Léoville postérieur au démembrement. C'est donc un Léoville Poyferré 1823 » acheva-t-elle sans même goûter au vin.

Révélant l'étiquette, Ryan Driscoll, perdu d'admiration, se leva et applaudit quasi frénétiquement l'exposé de Bérénice qui, de fait, avait vu parfaitement juste.»

Fermez le ban, Bob est carbonisé, le père Bettane sur le cul, Norbert Le Forestier envisage de la faire jouer dans le prochain film où il exhibera sa cloche, mon Jacques Dupont bluffé, moi j'avoue préférer L'éteignoir à chandelles, de Taninè mais je suis un canaillou dévergondé.

Affaire à suivre donc, que nous réserve la suite :
Allons vers des ébats ou notre cher Bruno Albert va-t-il privilégier les débats entre Bérénice et ses hommes ?

Je ne sais...

Je suis en conclave avec moi-même.
Je lis.  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Jean-Marie Faivre 12/09/2014 10:59


En fait, Driscol était déjà séduit et avait laissé bâiller l'emballage, et l'autre n'avait plus qu'à monter une "argumentation" ! Et comme elle n'avait pas bu, nous sont épargnés des monceaux de
"connerie" comme celle que je viens de lire dans une annonce : "impeccable de justesse, avec sa matière droite, souple, rayonnante..." and-so-on, comme n'a pas eu à dire l'Irlandais !

Michel Smith 09/09/2014 08:16


Les observations de la Bérénice et son commentaire sont confondants de connerie et d'ignorance. Je n'ai jamais vu de pourriture noble dans un verre. Surtout dans un verre de rouge. Pourriture
grise peut-être, mais ça ne se voit pas, ça se ressent et le palais averti rejette le vin d'office.En revanche, il peut y avoir des particules de tannins de peau et des traces de bitartres de
potasse issus du dépôt d'un vin vieux mal ou pas décanté.


Et puis l'encépagement qu'elle énonce  ne me semble bien farfelu et ne pas correspondre à un vin de cette époque. Sans être expert, il me semble que le merlot n'était pas (ou peu) présent
dans le Médoc, tandis que le cabernet franc et le petit verdot devaien l'être beaucoup plus.


Bref, tous ces clichés grossiers autour du vin émanent visiblement d'un écrivain qui n'est pas un connaisseur de la chose.

Alain Drillat 08/09/2014 21:40


Je suis d'accord avec ta conclusion, taulier. M'enfin si tu croises Bérénice, y faudrait lui suggérer d'évoquer avec Brian O'Driscoll, plutôt qu'une dégustation de bdx, la date du 19 mars 2000...
Voire du 15 mars 2014 où ton serviteur avait l'honneur d'être dans les tribunes. Même s'il n'en garde malheureusement pas grand souvenir, à cause de la zéro-ième mi-temps passée en compagnie
d'amis irlandais aux Caves Parisiennes, 1 rue Muller dans le XVIIIème, chez mon excellent ami Radu Darie (prononcez Darié, please. Si vous cherchez la Marestel de Dupasquier, le meilleur vin de
Savoie du monde, c'est chez lui qu'il faut aller).

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