Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petitespace de liberté,
une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."Bon appétit ! Diffusez le message autour de vous.
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Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Pour les amoureux du bien vivre à la française l'adhésion àl'Amicale des Bons
Vivantss'impose afin d'affirmer notre engagement et notre détermination face aux provocations des
prohibitionnistes.
Plongé dans « L’entrée du Christ à Bruxelles » un merveilleux et jubilatoire livre de Dimitri Verhulst, déjà
auteur en langue néerlandaise du best-seller « La Merditude des choses » adapté au cinéma link, je lis à la
Station 14 (le livre est calé sur le chemin de croix) que l’auteur note très justement qu'« Être bruxellois et belge n’est pas un mérite, et pour être honnête je me
suis toujours méfié des gens qui arborent leur nationalité comme un label de qualité, un signe distinctif qui leur revient parce qu’ils ont tout bonnement été choisis pour voir le jour en un lieu
aux coordonnées géographiques nobles. »
Ce gars-là, ce Verhulst, devrait plaire à notre Léon, alias Luc Charlier, lorsqu’il affirme « Je suis ce
fou inoffensif qui rêve doucement d’un monde sans nationalités, sans drapeaux. Un monde sans passeports, comme c’était encore le cas avant la Première Guerre mondiale. Un monde sans argent, ça
aussi. Et si je mets tout cela bout à bout, je dois reconnaître, je le crains, que je rêve sensu latiore d’un monde sans êtres humains. »
Ceci écrit, il dit « Attention je me sens bien dans mon superbe biotope belge, entouré de choses et de valeurs qui me sont
chères : les boulettes liégeoises (.. .) les asperges à la flamande au mois de mai (…) le délire cycliste qui se répand partout lorsque s’annoncent au calendrier les courses de
printemps… » mais il y a un mais, qui est un mets, de taille.
Que nous avoue-t-il ?
« Si je devais passer un examen en tant que Bruxellois, où l’on me servirait un morceau d’authentique fromage maigre
bruxellois, soit le ettekis (une flaque puante, si vous voulez tout savoir, une chose qui ressemble au dégueulis frais d’un chien agonisant, mais une friandise selon d’autres),
eh bien, je serais recalé à cet examen. Je pourrais raconter à mes examinateurs que ce fromage à l’aspect de méduse échouée est fabriqué rue de la Potence, what’s in a name, et rappeler d’autres
curiosités concernant ce produit du sadomasochisme culinaire, mais en avaler une bouchée comme preuve de mon origine : non, plutôt mourir ! C’est le genre de chose dont on dit qu’il
faut « apprendre à en manger ». Et ça en dit long. »
Vexé de voir ma fromagitude prise en défaut, vexé comme un poux de ne pas avoir été mis au parfum par l’ami Léon et
ses faux-frères, je me jetai dans une recherche fébrile et difficile sur la Toile vu que je ne maîtrise pas le néerlandais.
C’est fait avec du lait de vache écrémé, donc 0% de MG, qui subit un emprésurage de longue durée (48 heures
minimum), puis est égoutté dans des sacs en nylon pendant 24 heures puis salé dans la masse et affiné pendant 4 mois. Des micro-organismes locaux, les mêmes que pour les bières Lambic,
prolifèrent sur la croûte et en assurent son goût prononcé, et sa forte odeur. Ce fromage est reconnu par le VLAM comme un produit régional flamand. Très salé, il donne soif ce
qui est bon pour attiser la consommation de bière.
Ayant étanché ma curiosité j’ai tout de même continué à fouiner et là, patatras, que lis-je ?
La deuxième mort du fromage de Bruxelles
« Il n’y a plus de vrai fromage de Bruxelles. Fini. Den ettekeis es duut
“De Ster”, fromager à Lubbeek, était le dernier producteur dont les fromages avaient les caractéristiques organoleptiques dignes
d’être associées à l’appellation de “Fromage de Bruxelles”.
La production a malheureusement connu le même sort que celle de la fromagerie Vander Gucht de Leeuw-Saint-Pierre, elle a été
revendue avec la marque à Herve Société.
Tous les fromages de Bruxelles disponibles sur le marché sont donc produits par Herve Société. Et il faut reconnaître que ce n’est
plus la même chose.
Finie la croute blanchâtre, craquelée devenant translucide avec le temps. Fini le nez profond et fort qui sentait la vache. Fini
aussi le goût salé très très prononcé (10% du poids du caillé en sel dans les recettes originales) qui convenait si bien au pain noir et au café. » Suite ICI link
Tout ça datait du 28 janvier 2009 mais pourtant la résistance s’était installée :
« Ce dimanche, le 27/04/2008, nous avons mis en route le train de la confrérie du Ettekeis. A 11 heures nous
étions conviés à la salle paroissiale de l'église St Pierre à Jette. Robert Delathouwer, un des rédacteurs du journal électronique 'De Gazet van Brussel', journal écrit à 100% en Bruxellois et
pour les Bruxellois, avait organisé, dans le cadre de la semaine Bruxelloise, un mini brunch autour du Ettekeis. Il y avait du pottekeis (mélange d'ettekeis, de plattekeis (fromage blanc) et
échalotes) sur du pain à la Grecque, du pottekeis dans des feuilles de chicon crus et naturellement de la gueuze et de la kriek de la bonne brasserie Boon. Je remercie ici encore le prêtre de la
paroisse qui nous a permis d'utiliser sa salle pour cela.
Après cette introduction sympathique, un petit speech pour placer le sujet du jour: l'ettekeis. Les personnes
présentes et volontaires pour être membre de cette probable future confrérie, pouvaient laisser leurs coordonnées. Et déjà pas mal de gens se sont portés volontaires pour sauver (si ce n'est pas
encore trop tard) de l'extinction ce dinosaure de notre culture gastronomique locale, et tellement lié avec la culture bruxelloise en général. Suite ICI link etICI« L’heure est
grave »link
Angoissé des suites de ce combat hautement identitaire j’ai erré sur la toile et j’ai enfin découvert la bonne nouvelle sur
le blog BRUXELLONS linksamedi 20 octobre 2012 B.O.E.F.
« Aujourd'hui, seule une poignée d'artisans fabriquent encore l'ettekeis (ou fromage de Bruxelles) selon la recette
originale. Le 27 avril 2008 à Jette, pour empêcher sa disparition totale, un groupe de volontaires a appelé à la formation d'une confrérie, le Brusselse Orde van de Ettekeisfretters (B.O.E.F. ou
Order bruxellois des bouffeurs d'ettekeis).
Le plattekeis (ou maquée de Brabant), consommé depuis longtemps en région bruxelloise, se déguste sur des tartines, salé, poivré
et agrémenté de radis et de petits oignons. On obtient le Pottekeis en mélangeant à part égale de l'ettekeis avec du plattekeis préparé."
Extrait de Miscellanées bruxelloises, Editions Le Castor Astral, 2009
Pour en goûter, rendez-vous chez Moeder Lambic, rue de Savoie 68 à 1060 Saint Gilles ou
Saint-Gilles-lez-Bruxelles est l'une des 589 communes de Belgique et une des 19 communes de Bruxelles-Capitale. Elle est officiellement bilingue comme toutes les communes de
Bruxelles-Capitale.
Si vous souhaitez faire l'essai vous-mêmes, on trouve de l'ettekeis sur la plupart des marchés, notamment place
Flagey le samedi et le dimanche. »La place Flagey (Flageyplein) est une des plus grandes places de Bruxelles. Elle est située dans lacommune
d'Ixelles, au croisement de plusieurs axes importants : chaussée d'Ixelles, rue Lesbroussart, chaussée de Vleurgat, avenue De Gaulle, avenue des Éperons d'or, rue Malibran... ce qui en fait
un des carrefours les plus importants de la ville et un pôle majeur d'échange de transport en commun (tramway et bus). Elle tient son nom de l'avocat Eugène Flagey, député et premier magistrat,
ancienbourgmestre d'Ixelles de 1936 à 1956.
J’accuse donc les sieurs Lalau qui a une excuse, Vanhellemont et Charlier qui n'en ont pas, d’avoir lâchement
esquivé le vrai combat du sadomasochisme culinaire en informant pas le Taulier des menaces pesant sur l'ettekeis et par avance je remercie Magalie Fromi, fromi, dable de me
réserver un ettekeis, un vrai bien sûr, pour ma prochaine venue à Bruxelles.
Marcel Mouloudji, Paris, le Paris de Francis Lemarque avec les paroles de l’une des plus belles
chansons d’amour… « Comme un petit coquelicot », l’amour impossible, l’amour sans espoir qui fera peut-être sourire les petits louves ou les petits loups comme un
produit périmé ayant dépassé sa DLC. M’en fous ! J’assume mon côté fleur bleu de vieil amoureux. Loin du Like de Face de Bouc, bien avant d’ailleurs, avec mes tout petits mots je m’étais
essayé à la recette du bonheur, un bonheur plus rieur… Si ça vous dit vous pouvez déguster. Pour s’aimer nul besoin de pièce-montée avec 2 petits mariés au sommet…
Le myosotis et puis la rose/Ce sont des fleurs qui disent que ‘que chose/Mais pour aimer les coquelicots/Et n'aimer qu'ça, faut
être idiot/T'as p’tète raison, oui mais voilà/Quand j't'aurai dit tu comprendras/La première fois que je l'ai vue/Elle dormait à moitié nue/Dans la lumière de l'été/Au beau milieu d'un champ de
blé/Et sous le corsage blanc/Là où battait son cœur/Le soleil gentiment/Faisait vivre une fleur/Comme un p'tit coquelicot, mon âme/Comme un p'tit coquelicot…
Recette du bonheur
Cueillez
deux mots
abricot
et
coquelicot
Nichez-les
au cœur d’une fontaine de fleur de farine de blé tendre
Mon esprit d’escalier bien connu me fait associer Jean-Pierre Raffarin au lundi de Pentecôte, allez savoir pourquoi ? Alors
lorsqu’hier, Guillaume Tabard, laissait échapper un Tweet @GTabard Il y a 39 ans aujourd'hui, Giscard était élu président. #PointHistoire, je ne pouvais que chroniquer sur
« Raff » qui avec « Bubusse » menait les jeunes turcs giscardiens de Génération Sociale et Libérale. Pour les ignorants de la chose parisienne riche en éditorialistes,
proportionnellement autant que de petits Chinois, le sieur Tabard est Rédacteur en chef au Figaro et éditorialiste politique au Figaro et sur Radio classique.
« Le 19 mai, la France avait un nouveau président. Ce soir-là, sur le trottoir de l’avenue de Messine, trois d’entre nous* se
faisaient épingler par un petit groupe de « maos » ; plus que jamais, bien sûr, ils voulaient casser la baraque au nom du marxisme qui, vite fait, bien fait, les aurait conduits au
Goulag dans les pays où il est religion d’État.
Le 27 mai nous regardions V.G.E se rendant à pied à l’Élysée pour la cérémonie solennelle d’investiture. Il faisait très beau, il
souriait. « À dater de ce jour, commence une ère nouvelle pour la politique française. »
Dès le 15 juin, Dominique Bussereau nous remettait en piste. « Inspirons le changement,
contribuons à lui donner une âme autant que nous en serons capables ; menons le combat pour l’équité, pour les exploités, les exclus, les oubliés, pour affronter les défis lancés à notre
génération. Tant pis si certains nous accusent de vouloir aller trop vite !
Aujourd’hui nous sommes quarante mille, rats des villes et rats des champs, filles et garçons, d’origines, de professions, de
sensibilités aussi dissemblables possible, remuants, mobiles, fonceurs, généreux. Si nous ne le disons pas, qui le dira à notre place ? »
Ce petit compliment, du Mélanchon soft à la mode 74, est extrait d’un livre « La vie en jaune » relatant
l’épopée de 7 jeunes giscardiens, de Génération Sociale et Libérale, emmenés par Dominique Bussereau, en Chine Populaire.
Dans les 7, discret, il y avait notre Jean-Pierre, notre poitevin, qui après force de keimpei lancé en se
sifflant de l’alcool de riz, lors de l’étape à Tatsin, à l’extrême-nord de la Chine, pays de l’or noir, dans le minibus du retour « fredonne quelques mesures d’En passant par la
Lorraine. Et notre camarade interprète d’entonner à tue-tête les paroles de cette vieille mélodie française. Un instant interloqués, nous l’imitons. C’est parti : serrés les uns
contre les autres, au fin fond de la Chine, sept Français un peu éméchés accompagnent les accents de camarades locaux capables de tenir une vingtaine de minutes sur les chansons populaires de
chez nous. Tout y passera, y compris une tentative bilingue de l’Internationale. Avec quelques fausses notes, quand même ! »
Pour la petite histoire un banquet avec le Comité révolutionnaire de Tatsin attendait nos joyeux drilles et se taper six
kempei, tous à l’alcool de riz.
Bref, quelques remarques du Taulier :
1- En mai 1974 le changement c'est maintenant était déjà à l’ordre du jour « Il
faut que tout change pour que rien ne change…
2- Il faisait très beau le 27 mai jour de l’investiture de VGE
3- 3 extraits pour vous faire comprendre que notre Raffarin est un vrai Mandarin en
Chine.
Nos 7 larrons sont arrivés à Shanghai qui, selon l’ambassade de France, « est Marseille, la bouillabaisse en
moins… et neuf millions d’habitants en plus ! » Ils sont logés au Jin-Giang « grande bâtisse rétro d’un luxe victorien qui a de quoi laisser rêveur dans ce
pays spartiate. Rien ne semble avoir bougé depuis 1949… » Accueillis par le camarade Yang Shi-kuang, vice-président du Comité Révolutionnaire de Shanghai ils ont
droit :
- à un petit discours de bienvenu « L’étranger a longtemps écrasé notre
malheureuse ville sous son talon de fer. Il était le maître tout-puissant, les lois venues de la capitale valaient moins que rien. Savez-vous ce que vendait le premier commerçant
non-Chinois ? De l’opium, camarades ! Puis il est devenu chemist sans le moindre diplôme naturellement, et il a bourré de « médicaments » ceux qu’il n’avait pas complètement
empoisonnés. Jusqu’aux bouddhistes, aux lamas, aux catholiques, aux protestants, aux mormons qui se querellaient pour ce qu’ils appelaient « le salut de l’âme des
Chinois. »
- à un déjeuner au dernier étage du Jin-Giang « Enfin nous passons à table
où l’on nous servira « à l’ancienne » avec un raffinement anglo-saxon caricatural. Tout de noir vêtu, un butler, visage glabre, nobles bajoues à la Forsythe, les mains derrière le dos,
nous regardera dévorer. Ou bien les Anglais, en partant, ont dû l’oublier là, ou bien ils en ont fait cadeau aux Chinois qui l’entretiennent comme un élément de mobilier. Nous allons, pour une
fois, faire un déjeuner à la cantonaise du tonnerre : poissons mandarins, langues de canard accompagnées de bourgeons de bambou, oranges confites. »
Plus sérieusement, en novembre 1976, une délégation du patronat français conduite par François
Ceyrac était arrivée à Pékin avant de se rendre à Shanghai. C’était le temps où la « bande des 4 » était vilipendée et honnie, mais nos grands patrons,
étonnés, avaient entendus des propos où se glissaient des mots étranges : productivité, commerce extérieur… Dans le livre de la « bande des 7 jeunes giscardiens sociaux et
libéraux » je ne sais qui a écrit ce passage, peut-être notre Jean-Pierre ? Mais, je l’avoue il ne manque ni de sel, ni de prescience dans le questionnement mais reste enfermé dans le
schéma de l’heure.
« La Chine devra passer son Rubicon. Pourquoi refuse-t-elle la division du travail, qui est le premier élément de tout
processus de développement technologique ? Pourquoi les soldats que nous avons vus s’entraînaient-ils autant à fabriquer des chaussures qu’à élever des porcs, l’arme en
bandoulière ?
C’est que la technologie engendre forcément une classe nouvelle, celle des techniciens, propriétaires nombreux d’un savoir que
personne ne peut leur confisquer, propriétaires d’un savoir qui les conduit tout droit et vite au pouvoir. Mao a rejeté la technologie parce qu’il en redoutait les effets sociologiques. Voilà
pourquoi il ressassait dix, vingt fois par jour sa citation apparemment anodine, mais qui, en fait, est un mot d’ordre pour 900 millions d’individus : « Compter sur ses propres forces
et travailler dur. » En foi de quoi le gouvernement chinois refusera la moindre aide extérieure lors des épouvantables tremblements de terre et s’acharnera à reconstruire vite, mais
mal, ce qui a été détruit.
Si Teng revient, aura-t-il avec lui ses chats de toutes les couleurs ? Et pour attraper quelles
souris ?
Ces questions, nous nous les sommes posées en regardant travailler Des Chinois. Nous nous les posons toujours, car elles
conditionnent pour une large part l’avenir du monde.
Que deviendrait ce monde si la Chine, lasse à la fin de ne pouvoir compter que sur ses propres forces, venait soudainement à
s’entendre avec d’autres puissances, elle qui méprise le mot « détente » et perçoit mal celui de « coopération ».
Teng, Deng Xiaoping ou Teng Hiao-Ping ou Teng Hsiao-Ping, 鄧小平, 邓小平, est revenu en 1978 et dirigera la Chine de
facto jusqu’en 1992 avec sa célèbre maxime « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, s'il attrape la souris, c'est un bon chat » (« 不管黑猫白猫,捉到老鼠就是好猫。 » La suite vous la connaissez ou
presque…
Un temps pourri, glacé, à rester sous la couette, je suis donc resté sous la couette à rêvasser une fois que Jasmine m’eut fait
œuvrer pour la grandeur de la France. Souvenir de the Big Lebowski lui aussi dans ses œuvres avec une féministe débridée ; Jasmine a beaucoup ri lorsque je le lui ai dit. « Tu veux que
je fasse comme elle » m’a-t-elle sitôt dit. J’ai répondu « Oui ». Nous avons fait monter une bouteille de champagne pour fêter notre œuvre mais il était si mauvais que nous dûmes
le confier au lavabo. Faussement sérieuse Jasmine, toujours en position optimale, m’a rassuré « Normal, il ne faut plus que je boive une goutte d’alcool » Et puis, elle s’est
rhabillée et a repris le RER sous la pluie. Moi je me suis recouché avec pour seul compagnon le fil de Twitter. Ça me fascine Twitter. Les accros surtouts, politiques et journalistes,
toujours sur la brèche, contrant, relançant, ferraillant, dérapant, lassant… exposant leur vacuité, leur envie d’exister. Comme l’actualité était féconde je me laissais aller dans ce jardin
d’enfants, ça me reposait, ça me débarrassait des scories du jour, me redonnait envie d’écrire. C’était mon terreau. Mes vieux complices me bombardaient de sms à propos de notre Grand Guéant. Ils
bichaient les drôles, se gondolaient et moi je ne pouvais m’empêcher de penser « Et plus dure sera la chute » de l’orgueilleux qui, sous ses faux airs modestes de Grand Serviteur de
l’Etat. Je l’imaginais se passant en boucle, comme thérapie, The Harder They Fall, le film américain de Mark Robson, pour supporter son lâchage par ceux qui l’ont tant
craint. En première ligne la Boutin, l’inqualifiable Boutin, l’ignoble, la stupide Boutin qui se vautrait dans ses abjects tweets avec bien moins de grâce qu’une bonne vieille truie :
Christine Boutin ✔ @christineboutin « pour ressembler aux hommes ? Rire ! si ce n'était triste à pleurer ! » osait-elle après l'annonce par
Angelina Jolie de sa double mastectomie. Par bonheur la veille lui flanquait sur son groin @christineboutin et une ablation du cerveau vous y avez pensé.
C’est le fric tiré de la rançon de l’armateur Costa, enlevé à Gênes à l’automne 1977, plus d’un milliard de lires, qui a permis aux
BR de monter l’enlèvement d’Aldo Moro et de le loger au 8 via Montalcini tout au long de sa « détention » du 16 mars au 9 mai. Pas facile, avec la pénurie d’appartements, de
trouver des planques à Rome, et même si la règle de base de la clandestinité consiste à changer de planque avec une certaine régularité, les BR gardèrent leur premier point de chute dans la
capitale, le 96 via Gradoli, jusqu’à l’arrestation de Moretti. Régulièrement les flics investissaient les planques mais celle-ci, que Moretti avait louée sous la fausse identité d’ingénieur
Borghi venu de Gênes, échappa à la règle. Bien évidemment aucune mention de cette adresse ne figurait sur les papiers d’identité avec lesquels se baladait Mario Moretti ce qui évitait, lors des
contrôles, de mettre la puce à l’oreille de la police. Du côté des propriétaires l’important restait de payer régulièrement le loyer. Pour planquer Moro les BR avait acheté l’appartement du
premier étage du 8 via Montalcini pour y faire les travaux nécessaires. Le choix de cet appartement fut réfléchi. En effet, il fallait que la planque soit dotée d’un garage souterrain où
chaque locataire dispose d’un box fermé par un rideau de fer et que celui-ci ne soit pas trop éloigné de l’appartement par les escaliers. De plus, il fallait que l’appartement soit
assez grand pour pouvoir diminuer l’une des pièces sans que cela saute aux yeux au niveau des proportions.
L’appartement de la via Montalcini répondait à ces critères et convenait parfaitement. Nous étions dans une zone résidentielle de la
moyenne bourgeoisie et l’appartement en en L avec un bureau pas très grand qui permettait de dégager un espace le long du mur qui le séparait du salon. Comme j’ai un excellent sens des
proportions et l’œil d’un architecte d’intérieur je les ai conseillés pour que l’empiètement sur le bureau ne se remarque pas trop. Des meubles bien disposés et un grand miroir agrandissaient
l’espace. C’est Prospero et Moretti qui ont réalisé les travaux en posant des panneaux de placoplâtre et en insonorisant les murs avec du papier peint. Ensuite, nous avons placé une bibliothèque
montant jusqu’au plafond le long de la cloison. De l’extérieur c’était totalement invisible ; à l’intérieur c’était l’horreur d’une étroite galerie meublée d’un lit de camp, d’une minuscule
table de nuit, d’un WC chimique avec un conduit d’aération pour l’air conditionné. Pour communiquer avec l’extérieur et enregistrer tout ce que Moro pourrait dire, un micro fiché dans le mur.
Enfin, pour des raisons de sécurité, nous avions placé des barreaux aux fenêtres car nous étions au premier étage et une terrasse faisait le tour de l’appartement. Un détail d’importance,
l’appartement de la via Montalcini avait été acheté par Laura Braghetti, peu connue des services de police, elle était employée dans une entreprise d’import-export donc tout à fait raccord avec
ce type de logement. Comme elle était jeune et jolie les BR l’avaient flanqué d’un fiancé officiel, le fameux Altobelli, de son vrai nom Germano Mascari, plombier de son état. Je me dois à la
vérité de vous dire que Laura fut ma maîtresse tout au long de son séjour dans l’appartement. C’était une fille formidable qui s’occupait merveilleusement d’une dame très âgée logeant au-dessous.
Ce bon prétexte nous permettaient de nous rencontrer sans que les coincés du slip des BR en soit informé. C’était torride !
Le premier, mon ami François link, est sis à
Saint-Emilion, dans le bourg comme on dit chez moi, au 11 rue du Clocher, en un lieu magique, l’Envers du Décor. Lui et moi, même si nous sommes un peu gris, de poils bien sûr, sourions sur le
bandeau de mon Face de Bouc, alors que nous exercions le meilleur de nous-même chez Jean-Luc Thunevin, pas dans son garage, et qu’Armand Borlant
nous immortalisait en une pause conquérante link. Deux années se sont écoulé sous le pont de
Saint-Emilion, celui de la Barbanne, et pour « une partie de campagne » – un parcours en 8 expositions d’art contemporain organisé par ses soins au tout début
d’avril de cette année, François, dans sa lettre à ses amis galeristes, évoquait « une lumière qui, après avoir percuté la surface de la rivière toute proche, est renvoyée sur terre par
le dessous des nuages. Cette lumière a vraiment fait le chemin le plus long, le plus improbable et le plus mystérieux. Elle semble porter en elle un peu
d’éternité et des reflets bleus de sels amenés par les marées. »
Le dessous du ciel, Dieu que c’est évocateur, ces nuages vaporeux, froufrouteux, cotonneux, voluptueux… mais je ne
m’aventurerai pas sur les rimes d’Alain Souchon et de Gainsbourg sur les dessous même si Jean-Luc m’attendait au virage. Ce qui m’intéresse en ce matin de Pentecôte ce sont les chemins
longs, ceux désertés par les pressés, les chantres de l’instantanéité, les petits marquis des saillies sur Face de Bouc qui compensent l’ennui de leur vie. Notre
« vigneron-aubergiste », en 2006, à un journaliste de l’Express venu enquêter en terres bordelaises pour écrire un énième papier sur le « mal être » de notre
viticulture nationale et la thérapie qui va avec, répondait : « Pendant des décennies, le consommateur moyen - français ou étranger - a dû subir la loi simple du «prenez le précieux sang de
la terre travaillé avec art, amour et tradition, payez (au prix fort), buvez (avec ou sans modération) et taisez-vous» et «Sur la carte routière du vin, il y aura des autoroutes et des
départementales. Pourvu que je puisse toujours rouler sur les chemins de traverse, les autoroutes ne me dérangent absolument pas.»
Ces chemins de traverse sont les grands frères de mes petites rues parisiennes que je sillonne sur
ma flèche d’argent et qui me mènent en des lieux où il fait bien vivre, soit bien manger et bien boire. Des tavernes avec des taverniers accueillants tels Tim Johnston du
Juvéniles, rue de Richelieu link. Comme François Tim est
un « tavernier-vigneron » puisque chaque année il produit un vin Purple avec l’ami Marcel Richaud à Cairanne et fait son propre
assemblage de Beaujolais primeur avec le domaine du Vissous. Son antre vineuse et accueillante est ouverte depuis 1987, une éternité donc, et « au milieu des années 90 est
devenu ce qu’on appelle un bistro à vins dont « le principe est toujours le même aujourd’hui : essayer de mettre sur la table des vraies valeurs, la cuisine est droite, pas de chichi,
simple mais sur la base de bons produits que nous essayons désespérément de ne pas tordre dans tous les sens. Le vin évidemment, continue d’être le plat principal, et par bien des chemins nous
sommes revenus aux vins de pays français, qui sont toujours de grande qualité. Ma théorie est simple : si on ne peut pas se payer une seconde bouteille de vin, c’est que c’est trop
cher. »
Voici une bien belle parenté entre Tim et François par les liens de la vigne et de l’amour du vin. Chez eux le vin est le plat
principal et un goût prononcé pour la liberté de pensée et de dire. Sans doute inspiré par les langues de feu qui volètent dans les cieux lourds de cette Pentecôte fraîche 2013, lendemain de la
proclamation républicaine d’une Union entre adultes consentants, j’ai décrété qu’il me fallait, sur mon espace de liberté, afficher les bans du mariage des bons vivants. Comme il est de tradition
en ce genre d’occasion d’offrir des cadeaux au couple, voici les miens.
- La carte postale de l’Envers du Décor de François des
Ligneris
- Les croisades à mener selon Tim Johnston
« … il y a encore des croisades à mener. Par exemple pour les bouchons vissés, que j’adore pour de pures questions de qualité,
et contre les vins natures que je ne peux pas sentir. Pour moi, un bon vin, un grand vin, est naturel, et le vigneron, s’il est honnête, fera tout ce qu’il a à faire durant les années difficiles
pour sauver sa récolte, même si cela implique l’usage des sulfites. On a tendance ces jours-ci à prendre pour des vins naturels des trucs pas bons, pas finis ou morts. En créant des labels
un peu partout, on se trouve des excuses pour épargner aux vignerons certaines médiocrités. Heureusement, il y aura toujours des bons et des grands vignerons qui n’ont pas besoin de ces
étiquettes et de ces modes, qui sont des autoroutes offertes au marketing. »
Extrait de « Manger ensemble » mars 2013 éditions du CNRS Les Cahier européens de l’imaginaire 30€.
It’s like Home Tim Johnson.
Chroniquer sur le lait pour bébé sur un lieu dédié au vin devrait plaire aux hygiénistes qui n’aiment rien tant que nous chercher
des poux dans la tête. 3 raisons à l’intérêt de votre Taulier :
- Ses vaches bien sûr, elles sont
auvergnates en ce moment et pourquoi leur bon lait n’irait pas nourrir les petits Chinois ?
- La Chine bien sûr qui exerce une force d’attraction
phénoménale sur les matières premières alimentaires (voir l’histoire du blé Udon au Japon link
- Le rationnement qui, imaginez un instant, s’il touchait le
petit peuple des pousseurs de poussettes de notre beau pays qui fait tant d’enfants, provoquerait des émeutes dans les pharmacies et je vous fiche mon billet que JF Copé réclamerait la démission
d’une flopée de Ministres du Gouvernement, dont le mien, François Fillon, plus modéré, se contenterait de demander que l’on rechercha les responsables de ce scénario digne des Pays de l’Est.
Quant au Merluchon, pour une fois au ton juste, en appellerait à Mendès-France le père du lait dans les écoles. J’ignore les braiements de la Marine pour privilégier la réaction des Verts qui en
appelleraient au patriotisme des vaches bios. Reste François Bayrou qui, en bon centriste, avant de prendre position irait consulter le mandarin Raffarin le plus chinois des Poitevins.
Je plaisante mais c’est pour tenter de vous faire, de nous faire, prendre conscience de l’énormité des enjeux alimentaires auxquels
nous sommes, et nous allons l’être de plus en plus confrontés. Dans un pays où nos dirigeants cherchent désespérément à relancer la croissance il serait important, puisque les quotas laitiers
vont disparaître en 2015, d’anticiper et d’investir dans les outils de valorisation du lait que nous produisons. C’est stratégique et il nous faut, si nous voulons être dans le jeu, dépasser les
discours convenus trop hexagonaux. Oui, faire des choix difficiles mais vitaux, pas simple mais ça vaut beaucoup plus que les discours volontaristes.
Bref, je ne vais pas vous prendre la tête, ni vous cailler le lait braves buveurs et buveuses de vin, mais notre incapacité
française à choisir et à agir lorsqu’il est temps prend des tournures inquiétantes.
Merci à Magalie l'ambassadrice des fromages français chez nos voisins belges, néelandais et anglais, qui m'a refilé
le tuyau : elle est Fromi, Fromi, dable link
Voici résumé les faits :
Les marques étrangères de lait en poudre pour bébé sont extrêmement populaires en Chine, après quelques grands scandales liés au
lait en poudre produit par des entreprises nationales. Le marché chinois représente un chiffre d’affaires d’environ 11 milliards de dollars par an (8,4 milliards d’euros).
« Cette demande en hausse est exploitée par certains Néerlandais, qui y ont vu une opportunité de gagner
énormément d'argent. Ils achètent autant de lait en poudre que possible dans les supermarchés pour ensuite les acheminer vers la Chine, où il peut être revendu à un prix deux fois plus élevé
qu'aux Pays-Bas.
Les exportations néerlandaises de produits d'alimentation pour les bébés vers la Chine étaient de 190 M€ en 2009. Elles se sont
établies à 520 M€ en 2012.
Le phénomène a également touché d'autres pays d'Europe, comme l'Allemagne et le Royaume-Uni, et l'Australie, où les ventes ont
également dû être limitées. »
« Outre-Manche, les stocks de lait en poudre dans les grandes surfaces diminuent depuis le début du
mois. Plusieurs producteurs de lait en poudre - dont le français Danone - ont demandé aux chaînes de supermarchés de limiter la vente de leurs boîtes à deux unités par personne. En effet, une
filière parallèle exporte massivement le lait en poudre vers la Chine. » Selon Danone, les seules familles chinoises qui font des stocks pour leur famille éloignée ne sont pas uniquement
responsables, il y a aussi la vente illégale sur internet.
« Les pharmacies parisiennes prises d’assaut. Pour se rendre compte de cette razzia sur le lait, il suffit
d’entrer dans une pharmacie parisienne des quartiers touristiques: les touristes chinois viennent en groupe y faire leurs emplettes. A tel point que toutes les pharmacies ont maintenant leur
employée parlant couramment le chinois. «Les touristes chinois achètent tout le temps du lait en poudre, témoigne Glwadys, pharmacienne près des Grands magasins. En moyenne, ils en prennent
quatre pots par personne et nous avons dû augmenter les quantités disponibles en rayon. Par rapport à l’année dernière, nous avons presque doublé nos approvisionnements.»
« Pas de rationnement en France, mais de possibles «arbitrages» Pour les Chinois qui n’ont pas la possibilité
d’acheter leur lait dans les pharmacies européennes, la solution pour ne pas risquer d’empoisonner leur bébé est de s’en remettre aux produits importés. Et toute une industrie est en train de
muter à cause de cette demande exponentielle. Ainsi, à Carhaix, en Bretagne, le troisième producteur chinois de lait en poudre pour bébés, la marque Synutra, va créer une usine de séchage en
partenariat avec la première coopérative française, Sodiaal. 90 millions d’euros en échange de 288 millions de litres de lait par an. »
Les autorités chinoises, notamment à Pékin, ont décidé d'interdire depuis le 1er avril la vente internet de ce
produit de tous les jours transformé en mine d'or pour les trafiquants » ICI Beijing Evening News.link
LIRE :
Le lait en poudre est-il en train de devenir le nouvel or blanc?link
Royaume-Uni : le lait en poudre rationné après un trafic avec la Chine link
Pays-Bas : les trafiquants chinois dévalisent les rayons de lait en poudrelink
Dans la vigne France, je sais, j’en énerve plus d’un, les chefs surtout, ce n’est pas nouveau, mais j’ai aussi
beaucoup d’amis dans tous les grands et petits et beaux plis de nos terroirs, en Bourgogne par exemple, sauf sans doute monsieur Gotti et ce cher Patrick Essa que j’ai tant déçu
avec mes amours naturistes, mais j’en ai aussi à Bordeaux qui, selon le grand Bob Parker, « donne incontestablement le plus grand vin du monde » au
Monde mondialisé, et produit « la plus grande quantité de grands vins sur la planète », même que selon lui Bordeaux « ne perdra jamais cette aura ». Bref, je ne vais pas vous
bassiner avec la liste de mes amis sur Face de Bouc et ailleurs, mais vous confier ce que j’ai encore sur le cœur. Comme le faisait dire à ses acteurs, Michel Audiard, « ils
ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. »
Qu’est-ce-à-dire ? Où veux-je en venir, chers lecteurs ? Tout bêtement que certains de nos amis Bordelais, les gens du vin
bien sûr, surtout ceux des étages élevés, ou supposés tels, ont souvent l’art et la manière de s’ingénier à se faire détester de leurs collègues des autres régions. En paraphrasant de Gaulle ils
ont un petit côté « sûr d’eux et dominateur » pour de vraies et bonnes raisons, la bonne image de leurs grands vins est incontestable et ils contribuent très largement à la notoriété
des vins français mais, là où le bât blesse, c’est qu’ils n’assument pas toujours dans leurs pratiques, avec la rigueur souhaitable, leur éminent statut. Les dernières réformes des AOC, loin de
l’esprit d’excellence que voulait insuffler René Renou, en se contentant d’habiller le système, je dirais même de l’enserrer dans l’illusion des contrôles externalisés, n’ont eu souvent qu’un
effet cosmétique qui masque les bonnes vieilles habitudes. Qu’on ne me fasse pas dire ou écrire ce que je n’écris pas : je ne jette aucun opprobre sur Bordeaux, tout Bordeaux, et surtout je
ne circonscris pas mes critiques à Bordeaux, ce qui n’aurait aucun sens, je me contente de souligner que le statut de ce grand bloc d’AOC devrait déboucher sur beaucoup plus d’exigences. Je
pourrais mettre en avant l’exemplarité, mais comme je n’ai aucune vocation moralisatrice je préfère être beaucoup plus terre à terre : si nous n’en revenons pas, à Bordeaux, comme dans
d’autres AOC, à l’esprit des origines nous viderons le système des AOC de sa substance et une grande part de nos vins, dit d’AOC, concurrencés par des vins mieux adaptés aux exigences de la
concurrence, trouveront de plus en plus difficilement preneurs, ou à des prix de braderie. Je sais qu’on « ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » mais l’afflux massif de
concurrents plus que sérieux sur les marchés en expansion va continuer de bousculer la donne.
Qu’on ne me taxe pas d’être un oiseau de mauvais augure que je ne suis pas, mais chacun sait, ou devrait le savoir, que c’est dans
les périodes d’embellies qu’il faut savoir être courageux, mettre en place des mesures qui porteront leurs fruits lorsque les vents seront contraires. La crise venue c’est toujours le
sauve-qui-peut. Alors me dira-t-on je devrais battre des deux mains face à l’initiative du Conseil des Vins de Saint-Emilion de resserrer les boulons de ses Grands Crus. Ce que je
n’ai pas fait. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout commence pour le vin l’excellence dans les vignes, plus encore pour un vin qui se pare de la mention valorisante de Grand Cru. Tous
les systèmes de contrôles a posteriori, aussi sévères qu’ils soient dans la lettre, ne sont que des rustines sur des jambes de bois. En effet, les mauvais vins reconnus comme tels lorsqu’ils sont
dans les chais, on en fait quoi ? Bien sûr on ne les versera pas dans le caniveau, ils se replieront en désordre et créeront le désordre chez ceux du dessous ce qui sera injuste si ceux-ci,
eux, ont fait dans leurs vignes et leurs chais ce qu’il fallait. Lorsque le vin est fait, il se retrouve tôt ou tard sur le marché, sauf à le brûler avec subventions comme au bon vieux temps des
distillations communautaires. Mieux vaut ne pas avoir la mémoire courte, y compris et surtout à Bordeaux.
Tout ça est bien loin, très loin, m’objectera-t-on. Tout va bien, ou presque. Je veux bien mais si je chante le énième couplet d’une
vieille chanson c’est que, parodiant l’initiative d’Alain Juppé le maire de la ville éponyme ICI link , comme
Bordeaux j’aime le vin et nul ne pourra me faire prendre des vessies pour des lanternes car comme le disaient ces deux farceurs de Pierre Dac et Francis Blanche car « ça brûle ! »
Et puis, pour ne rien vous cacher, si j’ai pris la liberté de jeter, une fois encore, ces quelques réflexions sur la Toile c’est que j’ai reçu dans mon courrier électronique, suite à ma chronique
sur le nouveau dispositif de contrôle appliqué aux Grands Crus de Saint-Emilion, une confirmation de taille provenant de quelqu’un qui n’est pas tout à fait rien à Saint-Emilion. Bien évidemment,
comme tout journaliste, même si je n’en ai pas le statut, je protège l’anonymat de ma source, mais je puis vous assurer que ce qui suit ne sort pas de ma petite tête de chroniqueur compulsif. Il
s’agit que d’un extrait car le reste mettrait de l’huile sur le feu et j’estime, comme mon correspondant, que puisque la majorité du Conseil des Vins de Saint-Emilion telle qu’elle est
constituée, ne veut pas mettre en place un réel différentiel de rendement entre l’AOC tout court et les Grands Crus, le ver restera dans le fruit.
« (…) Une délimitation étant exclue car elle serait politiquement et pratiquement irréalisable restent des artifices pour
que l'utilisation du terme très valorisant « Grand Cru » puisse perdurer.
En effet 70 % de la superficie est déclarée en Grand Cru (30 à 40 % il y a 30 ans) et beaucoup d'autres AOC souhaitent pouvoir
utiliser ces mots.
Le Languedoc, Bergerac, Montagne-Saint-Emilion, Lalande-de-Pomerol, etc....
Les Bordeaux souhaitant obtenir aussi la dénomination « 1ier Cru ».
Saint-Emilion est donc attaqué de toutes parts et, de plus, d'après les contrôles effectués, 30% de Saint Emilion Grands Crus
seraient qualitativement insuffisants.
Il faut reconnaître que le fait de porter le terme « Grand Cru » sur une étiquette fait gagner environ 2€.
En gros et HT, une bouteille de Saint Emilion est vendue 3,5€ alors qu'une de Grand Cru est vendue 5,5€.
Le différentiel de rendement autorisé est assez faible 55 hl / 49 hl en 2011.
Le syndicat de Saint-Emilion pense que la dégustation est capable de régler tous les problèmes et dit que 70 % en Grand Cru, si
le vin est de qualité, est un pourcentage raisonnable.
Je ne partage pas cette opinion car, pour pouvoir présenter de belles bouteilles, il est nécessaire, surtout en année difficile,
de trier.
Souvent le rejet n'est pas à la hauteur de l'image portée par le terme « Grand Cru ».
A Saint-Emilion les densités sont plus faibles qu'en Médoc. Pour avoir 49 hl très bon il faut se positionner à un rendement
agronomique de 75 hl ce qui pose problème sur les petits terroirs en année compliquée.
Mais nous n'avons plus de petits terroirs à Saint Emilion ! »
Nos chers magistrats SM, ceux qui roulent à gauche, qui s’ennuyaient tant au Palais de la Justice, s’amusaient en leur local
syndical à épingler leurs cons sur un mur. N’y voyez pas à mal puisqu’il ne s’agissait que des tronches de ceux et celles qui ne faisaient que les embêter. Ce faisant ont-ils dépassé le mur du
con ? Je ne sais car qu’est-ce donc qu'un con sans qualification ? Un être ordinaire, un brave type qu’il est de bon ton d’inviter à un dîner de cons. Alors qu’un sale ou un pauvre ou
un méchant con il est de bon ton de lui balancer « casse-toi pauvre con ! »
Frédéric Dard, très justement faisait remarquer que « Traiter son prochain de con n’est pas un outrage, mais
un diagnostic. » et Michel Audiard faisait dire à Bernard Blier dans Les Tontons Flingueurs « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » avant de balancer
« J’parle pas aux cons, ça les instruit. » Bref je crois que l’on est toujours le con d’un autre et comme le chantait Brassens « Le temps ne fait rien à l’affaire ; quand on
est con, on est con »
Reste deux catégories extrêmes et si proches : les jeunes et les vieux cons.
Nul ne sait qui a le premier rendu cette sentence « Le problème, à notre époque, c’est que les vieux cons sont de plus en
plus jeunes… » mais il est sûr que le temps qui passe n’arrange rien à l’affaire « Une bonne vieille bouteille de vin est aussi rare, aussi miraculeuse qu’un vieux pas con. Ça
arrive, mais mieux vaut ne pas trop y compter. » c'est Topor.
Bref, je dois vous avouer qu’à mon âge, « les chiens aboient et la caravane passe ». Je m’applique le « bien
faire et laisser-dire… ». Je débranche pour écouter la Lolita aux dents du bonheur la Vanessa qui me susurre sa nouvelle chanson « Les Vieux Cons » (les paroles
ICI link ) tiré de son dernier album Love
Song.
Yves Legrand, un toujours jeune homme, agitateur d’idées au grand cœur, qui me précède d’une courte encolure sur le
versant de l’âge, vend du vin et cultive la vigne en territoire santinien aux Chemins des Vignes. Passeur d’Histoire, fin et cultivé, intarissable sans le bagout lassant du
commerçant, Yves a le coffre du marathonien et la tête dans les étoiles. C’est un juste qui s’enflamme comme de l’étoupe lorsqu’une cause lui tient à cœur. Les déboires du Muscadet le désolent,
prix en berne et notoriété en charpie. Que cela ne tienne, il monte à l’assaut, ferraille argumente, il convainc ses collègues cavistes de se mobiliser pour la cause du Muscadet mais, patatras,
la grande maison des vins de Loire leur claque la porte sur le pif. Tout autre qu’Yves aurait rendu son tablier, baissé les bras pour aller aux champignons avec le maire – fine allusion que seuls
les habitués pourront goûter.
Que nenni, le petit père Legrand, casque lourd et bandes molletières, remonte à l’assaut pour vendre son idée :
« confronter une sélection de Muscadet à quelques très bons vins blancs d’autres régions de France, dégustés à l’aveugle. » à la fois à ses confrères cavistes et a un
jury de journalistes. Comme ce bon Yves persiste à me considérer comme une fine gâchette de la dégustation il m’avait invité le 18 avril au beau milieu des meilleurs. J’avais eu beau
protester de ma nullité j’avais cédé. Mentalement je me préparais au désastre de Sedan mais j’en fus sauvé par une circonstance de la vie indépendante de ma volonté. Je n’y suis donc pas allé et
j’avoue que ça m’a chiffonné. La dégustation portait sur 17 vins blancs, dont 7 Muscadets. David Cobbold écrit « Les vins étaient issu de différents millésimes et tous
vendus par Yves dans ses boutiques, sauf 6 des 7 Muscadets. Les prix variaient de 8€ à 100€, avec les 7 Muscadets occupant le créneau bas, entre 8€ et 13,50€. Tous les vins étaient mis en carafe
à bonne température identique, numérotés, et les dégustateurs fixés sur deux objectifs : (1) Noter son plaisir sur 20 et (2) Indiquer le prix que nous pensions mettre sur chaque vin dans le
commerce. »
David précise « Nous ne savions rien de l’origine des autres vins, et le but, bien souligné par Yves, n’étaient pas de dire que
le Muscadet écrase tout, ou bien le contraire, mais simplement de donner sa chance à ces vins dans un univers concurrentiel large et ouvert. On l’a découvert pour certains vins pendant le
dégustation, pour d’autres après : cet univers (hors Muscadet) était aussi large sur le plan géographique, allant de L’Alsace au Roussillon en passant par la Bourgogne et la Loire que sur celui
des prix (10 à 100 euros) ou même de l’âge des vins (1985 à 2011). » La suite ICI link
Le sieur Legrand compatissant m’a expédié, par coursier électronique, les petits crobars agrégeant les résultats des 2 dégustations.
Ils sont très instructifs. Comme les supers pros de la dégustation le Taulier se serait fait piéger par le ressenti sur le prix des vins présentés. Cet exercice me semble être la base même de
l’exercice de dégustation professionnelle. Du côté des cavistes de toutes tendances il est évident que l’on sélectionne pour revendre des étiquettes et des prix en fonction de sa clientèle, ce
qui est parfaitement logique et normal. Mais, et c’est là où ce coquin d’Yves, avec son sourire enjôleur et ses yeux rieurs derrière ses petites lunettes, a fichtrement raison. Les cavistes sont
aussi des prescripteurs de prix, ils peuvent contribuer auprès de leurs clients à faire comprendre que des vins sont sous cotés et c’est le cas du Muscadet. Pour les journalistes critiques de vin
c’est aussi un exercice salutaire car il participe à une approche consumériste trop souvent oubliée dans le milieu. Bien évidemment je ne porte aucun jugement de valeur sur qui que ce soit dans
la mesure où d’une manière générale il est clair que l’exercice de dégustation, dit à l’aveugle, est révélateur des limites de la dégustation.
Quelques remarques sur les tableaux qui suivent :
1- Du côté des cavistes : ils surcotent tous les Muscadet présenté et tout particulièrement les 3
affichant les plus petits prix. Ils placent en première position le Muscadet 2005 n°2 Domaine de l’Ecu 15/20 note plaisir et au plus haut niveau des prix ressentis 19,2€ en
moyenne. Ils n’apprécient guère le Château de Fieuzal 8/20 et 9,25€ prix ressenti pour un prix réel de 100€ et le Pinot d’Alsace 2005 n°1 9,1/20 en lui
attribuant un prix identique à la réalité. En revanche, tous les autres vins en compétition avec le Muscadet sont très nettement sous-cotés en termes de prix.
2- Du côté des journalistes aucune note plaisir inférieure à 11 et supérieure à 14,6 (prudents les
gars). Ils mettent six 14, quatre13, six 12 et un seul 1. Pour les prix la grosse décote, hormis le château Fieuzal, est le n°3 Chablis 1er cru 2007 de Dauvissat coté
9,38€ pour un prix réel de 34€. Leur fourchette de prix ressenti, hormis celui du Chablis, est très ramassée : de 10,13€ à 17,75€ (des prudents je vous dis). Tous les Muscadet sont
surcotés, sauf un le n°13, mais du fait de leur prudence dans une moindre proportion que les cavistes. Ils sous-cotent les autres sauf le n°1 coté à 15,13€ face au 10€ prix public. À
nouveau c’est un Muscadet, le n°11, un Sèvres et Maine 1999 Château du Coing 14,635/20 note plaisir et un prix estimé de 16€ juste devant le domaine de l’Hortus 2010
(une IGP) n°8 note plaisir 14,4375 et prix estimé 16,08€. Le château de Fieuzal est mieux traité 14/20 mais à 16,50€ au lieu de 100.
Le bel Antonin qui sévit sur Rue 89 via NO WINE IS INNOCENT, l’une des Tronches de
Vin, ce fait GO d’une manif où les vignerons et vigneronnes, issus d’une « minorité délicieuse » battront le pavé parisien en un haut lieu symbolique : la
Bellevilloise. Flattant mon vieil ego de 68 huitard révisé au 65e km, le jeunot affiche « Sous les pavés, la vigne ! » pour u »ne quarantaine de vignerons réunis, des centaines de
vins, venus de France pour la plupart (et de Serbie aussi). Ce ne sera pas un simple salon des vins, mais 48 heures dédiées aux vins actuels, alternatifs, naturels... » Militant sincère,
idéaliste et minoritaire, l’Antonin joint le geste à la parole en défendant « les valeurs artisanales et humanistes de l’agriculture ou du commerce » et c’est tout à son honneur. Je
l’ai gentiment titillé sur le côté entre-soi de la manif avec des débats entre convaincus mais l’important c’est le faire. Et puis, imaginez-vous que ce sera la première fois que l’ami Francis
Boulard fera l’article pour ses Rachais dans Paris intra-muros. Pas sûr pourtant qu’il m’offrira un petit tour du périf sur son Loiseau car les autorités de la PP sont en ce moment sur les dents
(c’est la faute au PSG).
Vous êtes donc tous invités les 2 et 3 juin prochains au « salon Rue89 des vins » à La Bellevilloise
Ménilmontant 19-21 rue Boyer, 75020 Paris le plan ICI via Face de Bouc link
Pour plus de détail adressez-vous au Taulier de NO WINE IS INNOCENT ICI link
Le Taulier se hissera donc les 2 et 3 juin sur les hauteurs de Ménilmuche pour exercer ce qu’il sait le moins bien faire :
déguster mais il s’abstiendra de faire ce qu’il croyait si bien faire aux temps héroïques : débattre. Ce n’est plus de son âge car sous les pavés de Paris qu’il sillonne sur sa flèche
d’argent il ne sent plus la Plage… Dommage, dommage, mais il a une certitude chevillée au cœur : le vaillant N de R viendra porter haut la contradiction aux hérauts des vins nus. Promis,
juré je prendrai des photos et pondrai une petit chronique néo-68… hard…
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