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Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /Jan /2009 00:09

La séquence commence par une interview première semaine de décembre de Jean-François Moueix, dont la parole est rare, dans le Nouvel Observateur.(PAGES N° 35 : Brève rencontre avec JF Moueix). Il n’y va pas de main morte et à la dernière question de Jean-Jacques Chiquelin : « Peut-on imaginer qu'au printemps il n'y ait pas de ventes en primeur ? » la réponse tombe : « On ne peut l'exclure. Les maisons de négoce qui ne peuvent pas s'autofinancer ou obtenir un crédit ne prendront pas leurs «allocations», les caisses qui leur sont réservées par les châteaux. Si trop d'acheteurs font défaut, il n'y aura pas de vente en primeur. Les propriétaires attendront que les vins soient élevés, mis en bouteilles pour les vendre. Or la vente en primeur est le cordon ombilical du négoce bordelais. Les châteaux vendent d'abord aux négociants bordelais, et seulement après au reste du monde. Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. »

 

Elle continue dans les Échos du 19 décembre : « La crise rattrape les vins de Bordeaux » titre le quotidien économique sous la signature de Bernard Brousté. Je laisse de côté la partie des vins gérée par « des sourds ou des malentendants », en effet «  les transactions viticoles entre la propriété et le négoce ont-elles chuté de 37% au cours de ces trois derniers mois. », j’y reviendrai pour évoquer « l’effet dominos » de cette énième crise bordelaise , pour ne citer que ce qui concerne le haut du panier : « Au surplus, à la différence de ce qui s’était passé dans les années 2003-2006, les problèmes risquent à terme de toucher aussi les grands châteaux. Les gains des banquiers de Wall Street et de la City avaient contribué à la folle envolée des plus grands vins vendus en primeurs. Et certains fonds d’investissement les achetaient même à des fins purement spéculatives. Mais la crise rogne leurs moyens et certains Londoniens remettent même en catastrophe des vins sur les marchés. Dans ces conditions, les négociants de bordeaux et les importateurs qui s’étaient chargés en primeurs 2006 pourraient avoir du mal à les écouler. Pour le millésime 2008, une forte correction à la baisse d’une partie des grands crus n’est donc pas à écarter. »

 

Elle se poursuit par l’annonce dans Decanter de la mise en vente de Château Latour par François Pinault et l’hypothèse, justifiant ce désengagement, développée par François Mauss sur son blog : « Je prends une fiction (qui peut-être réelle) avec Arnault :

-         il achète, grâce à un prêt bancaire, pour 1 Mds d’actions Carrefour ;

-         il passe en garantie à la banque un actif équivalent ;

-         l’action Carrefour diminue de moitié ;

-         malgré les excellentes relations entre Arnault et ses banquiers ceux-ci venir lui demander discrètement d’ajouter un nouvel actif de 500 millions pour « garder » la valeur de leur garantie 

Tu appliques cela à Pinault et tu peux comprendre ce qui se passe actuellement chez ces très riches qui ont de gros prêts. »

 

Je la termine avec Jacques Attali – l’un des rares analystes à avoir vu venir la crise – qui sur son blog imagine deux scénarii principaux :

« Le  plus vraisemblable  

verra  le nouveau président  américain réussir à financer de grands travaux publics par l’épargne chinoise et  pétrolière.  L’Europe, démontrant par une campagne électorale  chaotique son incapacité à parler d’une seule voix,  n’attirera pas les capitaux du monde et s’installera dans la récession, pendant que les pays émergents,  pris dans les rets d’innombrables manifestations de violence (en  Chine, en Inde, en Ukraine, au Pakistan, en Corée, au Maghreb) verront  fuir leurs capitaux et leurs élites.

Le moins vraisemblable

verra les responsables des principaux fonds souverains comprendre que le déficit public américain  est intenable, que le système fédéral de réserve est en faillite, que  l’Amérique ne pourra jamais payer sa dette, que placer ses capitaux en bons du Trésor américain est très dangereux, que plus personne à Washington ne contrôle plus rien, entrainant  une hausse du coût de la dette, une chute du dollar et une faillite de l’état fédéral, suivi d’une hyperinflation planétaire.    

Pour mesurer la façon dont on s’approchera de l’un ou de l’autre de ces deux scénarii principaux,

il faudra surveiller la confiance des marchés dans la capacité d’emprunt de l’Etat fédéral américain ; elle  se mesure à court terme par le taux d’intérêt des bons du trésor (les T bills)  et à long terme par le  prix des options de vente à terme de ces  mêmes bons. Plus ce prix monte, plus le second scénario devient probable.

Et ces prix disent tout :

les  investisseurs ont si peu confiance dans les autres placements qu’ils sont prêts à investir aujourd’hui à 0% dans des bons du Trésor américain.  A l’inverse,  le  prix des options à terme sur ces bons ne cesse de monter. Autrement dit, l’Amérique, considérée comme bientôt en faillite, reste pourtant  l’ultime placement encore  acceptable.  Ainsi, les marchés eux mêmes ne croient plus en l'avenir de l'économie de marché. Et pour une fois, ils pourraient ne pas se tromper. »

Chers abonnés,
Désolé hier une chronique ancienne, juillet 2008, s'est éveillée par l'opération du Saint Esprit et s'est remise en ligne, venant ainsi encombrer votre messagerie sans doute déjà surchargée en ce début d'année. Avec mes excuses. Bonne journée.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 00:05

 

Les pots en entreprise : sujet sensible, mais c’est permis avec l'assentiment du Code du travail : en vertu d'un article datant de 1973, sont tolérés le vin, la bière, le cidre, le poiré... et l'hydromel ! Les alcools plus forts (whisky, pastis, etc.) sont interdits. À titre personnel j’ai de bonnes raisons d’y être sensible : tout d’abord parce qu’une jeune femme venant d’arroser son diplôme d’infirmière avec ses collègues s’est tuée devant chez moi, à minuit, sa voiture s’étant encastrée dans la mienne en stationnement régulier ; ensuite parce que j’ai dirigé un établissement où l’on embouteillait et stockait des vins ce qui posait de difficiles problèmes de consommation des salariés sur le lieu de travail. Selon un sondage « réalisé par l'IFOP auprès de 460 salariés et 400 dirigeants, plus de 90 % des salariés y participent au moins une fois par an et un sur trois avoue lever le coude entre collègues au moins une fois tous les deux mois, si ce n'est toutes les semaines (2 %). La tendance serait même à la multiplication des tournées, à en croire l'association Prévention de la sécurité routière en entreprise (PSRE) » Ces chiffres sont donnés par Les Echos, sous la rubrique TENDANCES : « Des pots d’entreprise plus fréquents mais moins arrosés » et le journaliste souligne que : " Très nombreux en fin d'année, les pots d'entreprise sont bien ancrés dans les habitudes françaises »www.lesechos.fr/management/motiver/4811550-des-pots-d-entreprise-plus-frequents-mais-moins-arroses.htm

Je vous livre les résultats de ce sondage IFOP que je vous recommande de lire avec attention car ils sont présentés manifestement pour « promouvoir l’interdiction des boissons alcoolisées tolérées lors des pots en entreprise. » alors que, comme l’écrit le journaliste « certes, les incidents (insultes, indécence, accidents, etc.) liés à l'alcool restent limités : seuls 19 % des employés en ont déjà constaté ou vécu, et les accidents de la route sur le trajet du retour ne concernent que 22 % des cas observés. » (NB. Il s’agit non d’une statistique mais de déclarations des sondés non vérifiables). La mise en avant de 2 arguments qui touchent, à juste raison, l’opinion publique : la violence et les accidents de la route n’est en rien innocente. Que l’on souhaite faire prendre conscience aux employeurs qu'ils ont une obligation de sécurité à l'égard des salariés qui s'étend au risque routier se justifie pleinement : « en cas d'accident d'un salarié quittant un pot en état d'ébriété, la responsabilité civile et pénale du dirigeant peut être engagée, ce que les juges hésitent de moins en moins à faire. » souligne le journaliste. L'association PRSE est une émanation du lobby routier : FNTR, constructeurs de route comme Colas et assureurs comme AXA qui, bien évidemment, veulent démontrer que la voiture a toujours sa place dans la cité et que la route est sûre. Sans faire d'humour : après un pot dans sa boîte il vaut mieux prendre les transports en commun, encore faut-il que ceux-ci existent. Allions-nous à la SNCF, à la RATP et aux transporteurs urbains pour sauver les pots en entreprise. Sinon le lobbying insidieux va continuer de prôner l’interdit et ce sera un pas de plus dans le rétrécissement des liens sociaux, de la convivialité, de l’esprit de fête…

SONDAGE IFOP

Question aux salariés
: Combien de fois dans l’année êtes-vous sollicité pour participer à un pot ou un cocktail dans votre entreprise... ?

 

Moins de 4 fois par an : 57% entre collègues, au sein des services, 69% à l'initiative de la Direction

 

Question aux employeurs : Selon vous, combien de fois dans l’année un salarié de votre entreprise est-il sollicité pour participer à un pot ou un cocktail, qu’il s’agisse de pots à l’initiative de la Direction ou de pots au sein des services, entre collègues, etc. ?

 

Moins de 4 fois par an 56% des employeurs

 

Plus de 9 salariés sur 10 participent à des pots d’entreprise

 

Question : Lors des pots ou cocktails organisés au sein de l’entreprise, des boissons alcoolisées sont-elles proposées ?

OUI 68% pour les salariés

OUI 82% pour les chefs d’entreprise

 

Lors des pots, 7 à 8 salariés sur 10 sont exposés à l’alcool

 

Question : Selon vous, pour quelles raisons des boissons alcoolisées sont-elles proposées dans ces pots ou cocktails ?

 

Un peu d’alcool participe à l’esprit de fête 69% des salariés 49% des employeurs

C’est une tradition dans l’entreprise 51% des salariés 26% des employeurs

 

Avant tout, l’alcool participe à l’esprit de fête

 

Question : De quels types de boissons alcoolisées s’agit-il ?

 

Des alcools tels que du Champagne, du vin, de la bière, du cidre, etc. 89% pour les salariés et 90% pour les employeurs.

Des alcools tels que des apéritifs ou des digestifs (Whisky, Gin, Vodka, etc.) 28% pour les salariés et 26% pour les employeurs

 

Lors des pots alcoolisés, plus d’¼des salariés se voit proposer des alcools forts

 

Question : Votre entreprise a-t-elle pris des dispositions particulières pour sensibiliser vos salariés au risque que peut entraîner une consommation excessive d’alcool ?

O Oui

Oui 42% 4422%

Non 52%42%

 

Question : Quelles sont les dispositions prises par votre entreprise ?

 

La limitation de la quantité de boissons alcoolisées pouvant être consommées au cours de ces pots (par le biais de coupons par exemple) 35%

 

La proposition d’une aide pour le retour à domicile (taxi, raccompagnement, etc.) 35%

 

La mise à disposition gratuite d’éthylotests 12%

 

6 entreprises sur 10 ne prennent aucune disposition particulière lors des pots alcoolisés

 

Question : Vous personnellement, estimez-vous justifié qu’une entreprise prenne des dispositions particulières en matière de consommation d’alcool sur le lieu de travail ?

 

8 salariés sur 10 estiment légitime qu’une entreprise prenne des dispositions particulières

 

Question : Au cours de ces pots d’entreprise, avez-vous déjà constaté ou vécu des incidents pouvant être liés à une consommation excessive d’alcool ?

Total Oui 19% des salariés et 14% chefs d’entreprise

Non, jamais 81% des salariés et 86% des chefs d’entreprise

 

Dans près de 2 cas sur 10, une consommation excessive d’alcool a été à l’origine d’incidents

 

Question : De quel(s) type(s) d’incident s’agissait-il ?

 

Des propos discourtois, voire  des insultes 67% des salariés et 54% des employeurs

Des comportements physiques déplacés, voire agressifs 60% des salariés et 32% des employeurs

 

Des accidents de la route sur le trajet du retour au domicile 17% des salariés et 6% des employeurs

 

Et lorsque des incidents surviennent, 2 salariés sur 10 évoquent des accidents de la route

 

Question : Vous personnellement, seriez-vous favorable ou opposé au fait que votre entreprise interdise les boissons alcoolisées lors des pots ? Salariés

Total Non

51%

Total Favorable

48%

 

Près de la ½des salariés participant à des pots alcoolisés sont prêts à accepter l’interdiction d’alcool

 

Question : Envisagez-vous d’interdire les boissons alcoolisées au sein des pots d’entreprise ?

Non 91%

Oui 9%

 

Seul 1 chef d’entreprise sur 10 envisage d’interdire l’alcool dans son entreprise

 

Question : Avez-vous interdit la consommation de boissons alcoolisées dans votre entreprise ?

 

Lorsque l’alcool est absent des pots, les ¾des entreprises l’ont interdit

 

Question : Diriez-vous que la convivialité des pots sans alcool est meilleure, aussi bonne ou moins bonne que celle des pots avec alcool ?

 

Une ambiance aussi bonne, voire meilleure, dans les pots sans alcool

 

Base : salariés pour lesquels les pots d’entreprise ne comprennent pas de boissons alcoolisées, soit 30% de l’échantillon

 

En conclusion…

1- Les pots d’entreprise sont très majoritairement alcoolisés, une pratique qui participe à assurer un esprit festif.

2- Le risque d’accident de la route pouvant être lié à une consommation excessive d’alcool est avéré. 2

3- La légitimité des dispositions pouvant être prises par l’entreprise à ce sujet n’est pas remise en cause… et la ½ des salariés est déjà prête à accepter l’interdiction des boissons alcoolisées.

4- Lorsque l’alcool est absent des pots, plus de 8 salariés sur 10 assurent que l’ambiance y est aussi bonne, voire meilleure.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 00:09

 

Nous avons terminé la soirée à l’ambassade d’Italie, au 51 rue de Varenne, à deux pas de l’hôtel Matignon. Nos amis italiens adoraient le champagne et nous carburions au Bollinger. Chloé, très à son aise, s’offrit même un long aparté avec Aldo Moro et, lorsque je lui demandai sur le chemin du retour ce qu’ils avaient de si important à se dire, elle se contenta de me répondre : « les affaires italiennes sont compliquées, Moro est le seul à pouvoir imposer le compromis historique aux hiérarques de la DC, ça déplaît aux ultras des deux bords alors j’essaie de nouer des fils entre tous les camps… » Comme j’étais dans les vapes je ne poussai pas plus avant la conversation mais, bien plus tard, lorsque nos affaires prirent une tournure dangereuse, le souvenir de cet épisode italien remonta à ma mémoire. Pour l’heure, au fond du taxi, je caressais les cuisses de Chloé qui m’encourageait dans mon entreprise. Elle murmurait à mon oreille « j’ai toujours eu envie de me faire prendre dans un taxi… » Je soupirais « vu mon état, ma belle, je serais capable de m’endormir pendant l’assaut… » Elle éclatait de son grand rire cascadant. Le chauffeur, aussi plonplon que sa 403, faisait semblant de ne s’intéresser qu’à la conduite alors que son regard, abrité sous des sourcils broussailleux, cherchait le meilleur angle pour contempler nos jeux de mains. « Je vais ranimer ta flamme beau légionnaire… » et, joignant le geste à la parole, elle me débraguettait. Nous roulions presqu’au pas.

Comme pour la dégustation des vins, le vocabulaire utilisé en ce type de circonstance m’a toujours paru d’une grande trivialité et, surtout, inadapté à la réalité. Les mots n’expriment rien, tout est dans l’harmonie silencieuse. Chloé jouait en virtuose. Elle adorait. Au fur et à mesure que mon plaisir s’amplifiait je sentais son allégresse. Aux feux tricolores nos stations se prolongeaient au-delà des alternances minutées par les ingénieurs de la voirie. Dans les temps de pure gestuelle, fermes et ardents, Chloé me parlait de son enfance. Elle détestait les poupées et les dînettes, préférant les voitures aux chromes rutilants, monstres d’acier aux chevaux de feu déchainés « comme je suis gauchère, j’adorais les anglaises. Se saisir en pleine pogne du pommeau du manche de vitesse, jouer à fond des rapports… Rien que du plaisir… Dur… » Même si mon état ne me permettait pas de m’intéresser aux réactions de notre chauffeur je sentais tout de même flotter dans l’habitacle comme une sorte de communion. Attiser, faire rougeoyer les tisons en évitant la flamme, je me consumais avec volupté. Pourquoi diable, à cet instant, pensais-je aux boulevards de ceinture. Sans doute parce que nous devions tourner depuis bien longtemps autour d’un pâté d’immeubles mais aussi parce que je résistais de toutes mes forces pour ne pas mourir. Chloé le sentait. Je la suppliais doucement. Elle ignorait superbement ma détresse. La reddition était proche. Je fermais les yeux en m’abandonnant.

Avec Chloé tout était possible. Elle faisait tout avec élégance et légèreté. Je l’admirais. Qui d’autre qu’elle, à une heure du matin, en robe du soir sur un trottoir du VIIe, aurait devisé gentiment avec un chauffeur de taxi tourneboulé par ce qu’il venait de vivre ? Sous le halo du réverbère reine de la nuit, irréelle, elle s’adressait au petit bonhomme en blouse grise et béret qui, descendu de sa caisse, la contemplait comme si elle était la vierge de Massabiel. Quand il rentrerait dans son pavillon de meulière à Meudon, n’en doutez pas, bien plus que nos ébats, c’est l’image de cette superbe fille qu’il accrochera dans un sous-verre, au-dessus du lit occupé par sa rombière endormie. « Que lui as-tu raconté ? » lui demandai-je dans l’ascenseur. « Tout d’abord je l’ai remercié de son obligeance, puis je l’ai complimenté sur l’entretien de sa 403. J’ai tout de suite perçu dans ses yeux que c’était un brave homme. Tu vois mon beau légionnaire, il ne faut jamais se fier aux apparences, notre homme, sous ses airs de banlieusard pépère, s’est révélé plein de finesse. Il jardine. Des fleurs, pas des navets mon beau, ses préférées sont les roses thés. Il lit du Saint Augustin car il a été séminariste… » Je trouvai la force de ricaner : « un peu voyeur aussi… » Chloé me flanqua une beigne : « sale petit flic de merde tu salis tout. Lui m’a dit que c’était beau. Pour lui la semence c’est sacré… » Je m’agenouillai sur le lino de l’ascenseur : « Crois-tu que nous finirons en enfer ? » Elle me caressa les cheveux : « Nous y sommes déjà mon grand et nous ne sommes pas près d’en sortir… »

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /Jan /2009 00:09


Puisque les classements de crus sont mis à mal par les Plaideurs et que l'empilement de nos juridictions produit des résultats ubuesques je vous propose, sans le doute le plus ancien des classement proposé dans les "Curiosités françaises" Antoine Oudin (1640). C'est une série de proverbes qui classe les vins en fonction de l'effet qu'ils produisent :

- Vin d'âne : qui rend la personne assoupie après avoir trop bu.

- Vin de cerf : qui fait pleurer

- Vin de lion : qui rend furieux et querelleur.

- Vin de pie : qui fait cajoler.

- Vin de renard : qui rend subtil et malicieux.

- Vin de singe : qui fait sauter de rire.

- Vin de porc : qui fait rendre gorge.

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Pour Mr Schott des Miscellanées culinaires : " Cette ménagerie de l'ivresse dérive peut-être d'une parabole talmudique. Lorsqu'après le déluge Noé planta  la vigne, Satan, qui l'épiait, vint lui apporter son aide. Il sacrifia successivement une brebis, un lion, un singe et un porc, et arrosa le cep de leur sang. Satan signifiait ainsi qu'en buvant un verre de vin, l'homme deviendrait doux comme une brebis ; en en buvant deux il deviendrait pareil à un lion, plein d'arrogance ; avec trois verres il ressemblerait à un singe, exubérant et débauché ; et complètement ivre l'homme serait semblable à un porc, vautré dans son abjection."


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Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /Jan /2009 00:06

 

Dédié à tous ceux qui ont fait des excès de table à la St Sylvestre, ce petit opus désuet en diable est plus agréable que l'hépatoum, publié dans la collection Petite encyclopédie portative aux éditions les milles univers est signé Maurice Mac-Nab  né le 4 janvier 1856 dans le château de Fay à Vierzon. Il est le premier né de jumeaux et fils de d’Édouard MacNab dont la mère, Rose-Aimée de Francières est une riche héritière d’une noble famille du Berry et de Louise Penfentenio de Cheffontaines issue d’une famille de souche bretonne. Avec son frère jumeau Donald ils suivent leur scolarité au séminaire de la Chapelle-Saint-Menin d’Orléans. Lui le 19 octobre 1881 il entre dans l’administration de la Poste

Il fréquente assidument le Cercle des Hydropathes à Montmartre, au cabaret du Chat Noir, situé Boulevard Rochechouart, que Rodolphe Salis (fils d’un limonadier de Châtellerault) vient d’inaugurer dans les petits locaux d’un ancien bureau de poste.

Maurice MacNab va donc mener une vie de poète de cabaret. Il est atteint de la tuberculose et il meurt dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 décembre 1889. Il venait de recevoir les palmes académiques quelques jours avant.

 

Si vous voulez un jour faire un petit cadeau original et peu coûteux : 5 euros offrez ce minuscule thèse d’un « bègue, myope, fonctionnaire, réactionnaire, poète, hydropathe, incohérent, zutiste, chansonnier au Cat Noir, illustrateur, spirite… » C’est d’un autre temps, c’est plein de non-sens, de dérision, ça ne ressemble à rien de connu. Je vous offre comme amuse-bouche l’introduction.

 

INTRODUCTION :

 

Grâce à de nombreux travaux, l’étude du mal aux cheveux, commencés seulement depuis quelques années, a fait des progrès très rapides.

Toutefois, l’existence de cette curieuse idiosyncrasie présente aujourd’hui plus d’un point obscur.

Les théories qui attribuaient le développement de ce mal à l’altération du tube capillaire ou a la compression sur les bulbes pileux sont aujourd’hui presque complètement abandonnées. Pour la plupart des auteurs, le système nerveux est le seul en cause, et le mal aux cheveux doit entrer dans le groupe, chaque jour plus étendu, des troubles trophiques.

Pourtant, s’il est possible, dans un très grand nombre de cas, d’affirmer que le mal aux cheveux est un syndrome consécutif à des troubles nerveux évidents, il est d’autres observations dans lesquelles on est obligé de reconnaître le contraire.

N’est-ce qu’une névralgie affectant le plexus cervical ? Peut-être existe-t-il un mal aux cheveux idiopathique, confondu à tort avec la migraine. Cette question ne saurait recevoir une exacte solution tant que l’on n’aura pas séparé le mal aux cheveux des affections qui l’accompagnent généralement : la gueule de bois, la pituite et le poil dans la main.

Avant d’entrer en matière, qu’il nous soit permis de remercier nos maîtres dans les cabarets de leur constante bienveillance. Nous prions M. le professeur Charles D., dit l’intrépide-vide-bouteilles, de vouloir bien agréer tout particulièrement l’expression de votre respectueuse reconnaissance.

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Jeudi 1 janvier 2009 4 01 /01 /Jan /2009 00:06

  Bonne et Heureuse Année

                    2009

L'ancien maître de chai de Château d'Yquem

Une pluie d’or, le seul, le vrai, le nôtre…le vin. Formons et échangeons des vœux pour un peu de douceur dans ce monde de brutes…Vous pouvez faire exploser les commentaires !

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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 00:03

 

C’est une entrée, une belle et bonne assiette qui ajoute au plaisir des yeux celui des papilles et, comme, par-dessus le marché, elle est facile à confectionner c’est le rêve du cuisinier qui ne souhaite pas se retrouver confiné derrière ses fourneaux pendant que ses invités papotent autour de la première coupe de la soirée.

Tout commence au marché :

-         Acheter des coquilles Saint-Jacques entières (4 à 5 par convive) c’est la saison. Se contenter de faire l’acquisition, à prix d’or des noix, c’est se priver d’un ingrédient essentiel : la barbe qui donne du goût au bouillon de cuisson. Bien sûr il vous faudra vous coltiner l’ouverture et le nettoyage des coquilles mais vous préserverez ainsi votre pouvoir d’achat.

-         Acheter du mesclun : une poignée par convive, on apprécie à l’œil la qualité du produit qui doit être de première fraîcheur.

-         Pour la couleur, même si ce n’est pas la saison, vous pouvez acheter des petites tomates grappe.

-         Enfin vous faites l’acquisition de fleurs comestibles : pour moi c’était des mini-œillets roses et de pensées violettes au cœur jaune.  

À la maison, après préparation, faire cuire les cœurs de St Jacques et leur barbe dans un court bouillon, puis les retirer, les saler et poivrer, les arroser d’un filet de vinaigre de Xérès et d’huile d’olive, rajouter du bouillon de cuisson. Laisser mariner dans un lieu frais.

Avant votre déjeuner, dans chaque assiette déposer un lit de mesclun, saler poivrer puis arroser d’un mince filet de vinaigre balsamique puis d’un peu d’huile d’olive. Ajouter les petites tomates coupées en deux. Placer les noix de St Jacques selon votre sens de l’esthétique, saler, poivrer, puis verser quelques gouttes de vinaigre balsamique et un filet d’huile d’olive. Enfin, ajouter les fleurs.

Le résultat est sur la photo ci-dessous. Beau et bon à la fois, ça estomaquera votre belle-mère, si vous en avez une, ça séduira votre fiancée pour ceux qui pensent que la vie à deux est encore l’avenir des humains au 21ième siècle. Bon appétit et là-dessus vous servez le « C » du domaine du Castel chardonnay Jérusalem Haute Judée (35$).

 

« Le Domaine du Castel, un petit établissement vinicole familial dans les collines de Judée près de Jérusalem, s’est attiré une renommée mondiale pour ses vins de qualité supérieure.
Fondé comme passe-temps par Eli Ben Zaken dans un poulailler délabré, l’établissement vinicole est rapidement devenu l’une des plus célèbres boutiques de vins en Israël, incitant à une révolution dans l’industrie locale et s’attirant des acclamations de la part des critiques internationaux. L’établissement vinicole, le seul en Israël à utiliser un savoir professionnel français et des techniques européennes, a déjà trois vins très aboutis sur le marché, et a réinventé la définition du vin «kacher» Les résultats parlent d’eux-mêmes. Castel a, de manière répétée, été reconnu par les critiques internationaux. Le vin de Ben Zaken est le premier vin israélien choisi comme vin du mois par Decanter, la première revue de vin au monde. Il est aussi le premier vin israélien à avoir reçu 90 points dans le Wine Spectator (Spectateur du Vin), dans lequel il est comparé favorablement aux meilleurs vins français. Il est également le premier vin israélien à s’être vu décerné trois étoiles par l’écrivain du vin Hugh Johnson (chose qu’il a reçu régulièrement depuis 2004). »

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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /Déc /2008 00:00

 

On dit de lui qu’après avoir été un grand rôtisseur, il est maintenant un fondu de légumes : « betterave au cacao rehaussé d’un vinaigre de Banyuls ; de radis green meat luisant sous un glacis de beurre salé et escorté de tomates vertes confites ; de tagliatelles de navets boules d’or dans une émulsion de moutarde ; d’une composition Arlequin bigarrée avec courgette blanche de Virginie, radis radis, navet atlantic, carotte purple haze. Un dessert aussi : soufflé de topinambours à la vanille et au chocolat… » Alain Passard, le triple étoilé de l’Arpège, sis au 84 rue de Varenne, est un homme avenant et sympathique. Nous étions, lorsque nous occupions à titre provisoire le 78, des voisins qu’il appréciait. Henri Nallet octroyait, un peu pour faire la nique à Jack Lang, grand pourvoyeur des Arts&Lettres, et avec un plaisir non dissimulé, des poireaux (pour les profanes : le mérite agricole) aux chefs étoilés. Pourquoi pas, ils portaient haut les couleurs de nos produits de terroir mis à mal, comme nous le serinaient nos amis de la Conf’Pé, par l’agriculture productiviste. Sans vouloir être mauvaise langue, notre Henri et sa Thérèse préféraient les douceurs des étoilés aux rudesses de la Conf’Pé, pour preuve c’était toujours moi qui les recevaient et je me faisais avoiner sans moufter par l’inflexible Finistérien : Guy le Fur qui m’aimait bien quand même. Alain Passard, un soir, poussa l’amabilité à venir préparer un dîner pour le 78 dans le cadre du lancement de la première Journée Nationale du Cheval, même que la Cour des Comptes nous fit les gros yeux ce qui est normal car ces gars-là sont des abonnés aux carottes Vichy.

 

Et c’est là où les athéniens s’atteignirent puisqu’au basculement du siècle Alain Passard, tel St Paul sur le chemin de Damas s’est converti « je travaille les découpes, je décortique, je cuis, j’assaisonne, je braise, je flambe : tout mon savoir se reporte sur les légumes.. » déclare-t-il. Mais comme notre homme est un perfectionniste il a acheté un potager à l’abandon, à Fillé-sur-Sarthe, car il veut « faire du légume grand cru. Je veux – dit-il, et c’est le titre de ma chronique – qu’on parle de la carotte comme du chardonnay… » Bon, admettons, même si le Chardonnay sonne plus comme cépage que comme GCC, mais comment transmuter cette brave carotte, d’Escort-girl du pot-au-feu ou du bœuf dit carottes (pas les Dupond&Dupont de MAM qui traquent les ripoux) en star du terroir ? Alors, hue cocotte, pardons Divine, robuste et paisible jument de labour qui sous les brides tenues par Sylvain Picard, ex-animateur pédagogique, lève des billons, travaille en buttes, « plus de 3000 plants par an, à la main (…) le désherbage : une semaine pour un linéaire de 75 mètres de haricots. 400 variétés de légumes, soixante-dix de tomates, dix d’asperges. 5 hommes à plein temps. Huit en saison… » du bio sur mesure mais, comme le concède Sylvain Picard « Je reçois régulièrement des stagiaires passionnés par notre approche rigoureusement bio. Mais je leur précise toujours qu’une telle exigence n’est viable que par l’économie d’un restaurant haut de gamme. » Mais que voulez-vous, oublions les navets ou les panais natures et laissons-nous aller à la poésie du lieu « c’est là qu’un jour, fasciné par les caïeux d’un ail à peine sorti de terre, Alain Passard imagina sa crème brûlée à l’ail nouveau… » C'est beau, proche de l'extatique.

Que faire ? Retourner à l’Arpège vérifier l’art nouveau de Passard, l’érection de la carotte, la béatification du panais ou la résurrection du navet ? Avant de m’aventurer dans cette entreprise très au-dessus de mes moyens j’ai consulté Me François Simon, es-goûteur. Que dit-il en son opus « Aux innocents la bouche pleine » page 131-132 ?

Réponse en 3 temps :

-         « j’ai renoncé depuis belle lurette à suivre les propos éminemment sympathiques d’Alain Passard, chef extra. Loin des autres faisant l’unanimité, il s’agit d’un homme doux, clair, sans ego envahissant. On ne le voit guère. Il ne fait pas de livres, il n’a pas de succursale, il préfère s’occuper de ses légumes et de ses clients. Ce qui est chagrinant chaque fois, c’est le décalage entre un discours et l’assiette. »

-         « Alors que d’autres fameux restaurants sont entretenus comme des courtisanes par de puissants groupes hôteliers, Passard, c’est tout le contraire. Disons que c’est lui qui paie les échéances de la banque, repasse ses chemises, et rétribue ses salariés. De nos jours, c’est joliment déconcertant. Or donc, il a un petit club d’habitués constitués comme vous l’imaginez s’habitués, et, bien sûr, de journalistes lorsque ceux-ci pensent à payer. Cela m’a toujours froissé. Non point que je souhaite faire partie de ce cénacle, mais j’en déduis que pour offrir des tarifs avantageux à ces privilégiés il fallait bien que d’autres clients paient le prix fort. À commencer par vous et moi ; ceux qui n’ont pas la « carte ». Si l’on a bien compris, ce sont les péquenauds qui finalement subventionnent les élites bien-pensantes ».

-         « Et c’est là où l’Arpège devient une table paradoxale. Car trois étoiles au Michelin, d’accord. Mais une assiette de pommes de terre délicatement fumées au bois de hêtre (42 euros) fussent-elles belles de Fontenay, ou un turbot de Bretagne et trois carottes à 100 euros, c’est un peu carabiné. Je ne parle pas de la carte des vins dont c’est devenu un lieu commun de dire que les tarifs sont ahurissants. »

 

Bref, Alain Passard est toujours aussi sympa mais… moi qui ai fait un peu le Ministre des Péquenauds sur les bords… je me suis dit que comme notre converti « propose 4 belles cuisines par an, au rythme des saisons… » il était urgent d’attendre le printemps. Peut-être qu'alors je casserai ma tirelire rien que pour le plaisir de vous faire une chronique sur « des petits pois simplement mijotés avec des amandes fraîches et des pétales de roses du jardin. » et aussi pour jauger la fameuse carte des vins aux prix himalayesques...

Chronique librement inspirée des champs du chef Alain Passard de Bernard Mérigaud de Télérama spécial goût

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 29 décembre 2008 1 29 /12 /Déc /2008 00:01

En France nous n’avons toujours pas de pétrole mais nous avons l’insigne chance de posséder des experts en résistance, des bâtisseurs d’exception, des héritiers de la ligne Maginot. Le dénommé Amalric est de ceux-là. Dans la Journée Vinicole du 9 décembre il lève l’étendard de la révolte contre « une politique de cépage galvaudé ». Pour être honnête j’ignorais qu’il existât en notre beau pays une politique de cépage. Des vins, dit de cépages, ça oui, que notre belle logique administrativo-politique avait territorialisés en réservant cette mention à la catégorie juridique des vins de pays. Tout ça, bien sûr, dans un pur souci qualitatif. En 2001, une poignée d’hurluberlus, dans un PQ, dit « Cap 2010 », proposèrent que les fameux VQPRD regroupassent, les AOC bien sûr, et les vins de Régions Déterminées (une part des AOC régionales et des vins de pays) et que les autres vins, en un « espace de liberté », puissent s’assembler sous la bannière « France » : vins des cépages de France. La suite vous la connaissez, les féodaux n’en voulurent pas. Le mérite de cette proposition c’est qu’elle permettait, n’en déplaise à Robert, Amalric bien sûr, c’est qu’elle permettait l’émergence d’une réelle politique des cépages en France, en alliant territorialité (La France) et la liberté d’élaboration et d’assemblage de vins dit de cépages pour des segments de marché mal couverts par notre système. Je concède au courroux de ce cher homme que la nouvelle OCM est bien plus permissive. En effet, aussi bien les IGP, qui indiquent le lieu d’élaboration du produit et non la provenance du raisin, que les vins sans IG, ouvrent la porte à la concurrence. Pour autant faut-il, comme les Alsaciens pour le Riesling ou le Gewurztraminer, demander des exceptions ?

C’est quoi un cépage ? C’est un cépage, donc une information consommateur et non un signe de qualité. N’en déplaise à mes amis alsaciens, les deux cépages susmentionnés ne garantissent en rien à l’acheteur d’acquérir un produit de qualité. N’est-ce pas un peu hypocrite que de se cacher derrière une phraséologie « qualitative » alors que notre manque de rigueur, aussi bien dans certaines AOC – qui dans la pure doctrine de l’INAO, ne devaient faire aucune mention de leurs cépages, hormis bien sûr les alsaciens et quelques autres – que dans certains de vins de pays, nous a conduit aux résultats que l’on sait. Nous avons ainsi, sans gran effet sur la qualité réelle, dévalorisé la catégorie des vins de table en les dépouillant de tout, des apatrides sans âge, alors que nos concurrents, eux, la réhabilitaient. Le sieur Amalric, dans son inconscient languedocien, assimile vin de table et bistrouille. Croit-il vraiment qu’un mauvais Chardonnay sans IG à deux balles dévalorisera le Chardonnay Grand Ardèche de Latour ou qu’un Chardonnay insipide coiffé d’une belle appellation tiendra la route face à un Chardonnay sans IG défendant une marque mondiale ? La réponse est bien sûr, non. S’accrocher à de telles baudruches et affirmer « que dans l’inconscient collectif des consommateurs de tous les pays, la logique pyramidale qualitative française et européenne du triptyque vins de tables (sans IG), vins de pays et vins de cépage (IGP), et AOC (AOP) est suffisamment ancrée pour qu’on ne la perturbe pas, par des vins de table requalifiés, qui viendront disqualifier leurs voisins d’en-dessus » c’est proférer du n’importe quoi et surtout condamner une grande part de notre vignoble généraliste à la disparition. Dans les années 70-80 ce même discours appliqué au négoce embouteilleur, SVF et Castel, qui certes se bataillaient sur les premiers prix, mais aussi se voyaient concurrencé par les groupements de producteurs du Languedoc, nous a fait passer à côté de la croissance des nouveaux marchés parce que nous avions le nez enfoui dans notre marigot national et ses pratiques soi-disant pures et dures qui savent s'arranger avec le ciel. Nous avons besoin de grands opérateurs et donc d’une capacité à leur donner des marges de manœuvres, ce qui ne signifie pas faire n'importe quoi.

Le couplet d’Amalric sur les subprimes – j’ai l’outrecuidance de trouver les miens bien plus pertinents – pour dénoncer l’ultralibéralisme de la Commission me paraît outré et surtout il permet de faire oublier que, si nous en sommes arrivés là, c’est que notre système très encadré et soi-disant autorégulé a surtout permis de protéger des productions, soient excédentaires, soient invendables. Nous qui nous targuions de ne jamais avoir à distiller nos excédents d’AOC avons donné aux eurocrates des arguments en or.  J’ai interpelé Marianne Fisher-Boël alors qu’il en était encore temps, le 8 août 2007, http://www.berthomeau.com/article-7012042.html . Où étiez-vous Amalric Robert ? Aux abonnés absents ou peut-être vous souveniez-vous de votre silence ou de votre hostilité  lorsque les propositions de « Cap 2010 » se faisaient tailler en pièces ? Hurler aux loups après la bataille ça fait certes du bien aux bronches mais c’est inopérant. Oui, comme vous l’écrivez « gérer c’est prévoir et anticiper », mais, sans vouloir mettre le doigt là où ça fait mal, comme le disait Mac Arthur : « Trop tard ! » La seule bataille qui vaille, celle qu’il faut mener, c’est celle de donner à notre grand vignoble généraliste des perspectives. Faire accroire, qu’en se barricadant derrières des exceptions, des règlements horizontaux, de fausses régulations, on « sauvera » la part volumique de notre viticulture c’est semer l’illusion. Entre les discours des « dérégulateurs fous » et ceux des « règlementateurs obsessionnels » il y a un espace contractuel, qu’à leur manière et en fonction de leur histoire les champenois ont jusqu’ici assez bien géré. Les 10 dernières années ont amplement montré que le conglomérat des « conservateurs » de tous bords, ceux qui s’abritent, se planquent derrière la base, se parent de beaux discours en défense, tempêtent selon l’air du temps contre l’étatisme ou le libéralisme, produisent le pire : l’immobilisme. Alors, " Tout sauf Robert !" comme dirait Lucchini...

Si ça vous intéresse lire à la rubrique PAGES N°38 (en haut à droite du blog) 
 "The Last Glass" Dr. Olivier Ameisen a witness who bothers ...  Traduction de Google : qui c'est qui a dit que le blog était un passe-temps d'ado ? Non c'est un vrai média d'avenir pour qui sait occuper cet espace de liberté pour diffuser ses idées. Les gens du vin, vont-ils, comme d'habitude laisser passer le train ? Même avec la trève des confiseurs les affaires continues sur Vin&Cie l'espace de liberté ou Wine & Co., the area of freedom Je me tiens à la disposition de ceux qui veulent se bouger. Bonnes fêtes et à bientôt sur nos lignes...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 28 décembre 2008 7 28 /12 /Déc /2008 00:07

 

Dans son discours d’investiture du 26 juin 1969, tout juste un an après le déferlement de la peur dans les urnes, le nouveau Premier Ministre du Président Pompe, le sémillant maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas, descendant de son perchoir de l’Hôtel de Lassay, avec son concept de « nouvelle société » tentait de tirer les leçons de mai 68 en desserrant l’étreinte : « Cette nouvelle société, quant à moi, je la vois comme une société prospère, jeune, généreuse et libérée [...] Une société libérée, celle dont nous rêvons, est une société qui, au lieu de brider les imaginations, leur offre des possibilités concrètes de s’exercer et de se déployer. » Derrière lui, une éminence sociale, Jacques Delors venant de la bouillonnante CFDT, pour pacifier les relations du travail toujours dominées par une CGT courroie de transmission du PC et un CNPF ossifié et rétrograde. À la Télévision d’Etat, la trop fameuse et jugulée ORTF, où les purges post-soixante-huit ont écarté les meilleurs, il nomme Pierre Desgraupes sur la 2ième chaîne pour donner le sentiment d’une libéralisation de l’information. Il n’y a plus de Ministre de l’Information dans le gouvernement mais les barons, en rangs serrés, veillent sur la maison gaulliste rebaptisée Union pour la Défense de la République, tout un programme. L’amer Michel, Ministre d’Etat, ministre de la Défense est au premier rang. Un grand absent : Alain Peyrefitte et un petit nouveau qui a fait ses preuves auprès de Pompidou lors des accords de Grenelle : Jacques Chirac chargé de marquer à la culotte le pas encore déplumé de Chamalières qui règne sur le Ministère de l’Economie et Finances : Valéry Giscard d’Estaing. Pauvre Chaban s’il savait ! Auprès du madré de Montboudif la Marie-France Garaud, avec son chignon et ses tailleurs Chanel, et le Pierre Juillet avec ses allures de hobereau du Limousin, lui feront la peau par deux fois.

L’aboyeur à chaîne et queue de pie nous annonçait. Dans la salle des fêtes de l’Elysée qui bruissait des conversations l’irruption de Chloé en robe fourreau de satin blanc de lait, épaules nues, les mains gainées de gants longs immaculés, imposait le silence aux premiers rangs qui s’écartaient tout naturellement pour nous laisser passer. Que des vieux bedonnants et des grosses mémères permanentées, quelques ternes généraux en kaki, le cardinal Daniélou qui mourra chez une prostituée « dans l'épectase de l'Apôtre qu'il était »,  le très droitier Louis Pauwels, un rien dédaigneux, flanqué du sémillant Jean d’Ormesson, l’œil bleu et le sourire gourmant, qui lui s’inclinait légèrement lorsque ma partenaire le contournait sur son flanc droit, et, je vous le donne en mille, dans notre ligne de mire, conversant avec l’inusable René Pleven, Garde des Sceaux, mal à l’aise dans son habit défraîchi et lustré, mon Ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin. Un instant je balançai d’aller lui présenter Chloé mais le bel Albin Chalandon, grand ami de madame mère, se fendait d’un baisemain sous l’œil vigilant de la grande Catherine. Cet intermède me  permettait de m’esbigner pour me diriger vers le buffet qui, dans ce genre de pinces-fesses, bénéficie d’une position idéale pour les fouilles-merdes dans mon genre car on y capte les conversations de types qui ne pensent qu’à y accéder. Les éminences ne s’en approchent pas, les serveurs les abordent avec leurs plateaux, mais les deuxièmes couteaux, très ramenards s’y pressent, et la récolte se révèle souvent de qualité. Les chuchotis d’alcôves, les faiblesses d’untel pour les petites filles, l’adresse de l’appartement où une excellence prend du bon temps pendant les séances de nuit de l’Assemblée, le fétichisme d’un haut magistrat de la Cour de Cassation surpris en talons aiguilles et perruque blonde dans un club privé très sélect… J’enregistrais. Ce soir-là, mon attention fut attirée par l’étrange manège du Ministre des Finances autour de l’héroïne du dernier film de René Clément, Le Passager de la Pluie. Avec sa bouille marrante pleine de son elle semblait l’aimanter.

Alors que je sirotais du Laurent-Perrier Grand Siècle aux abords d’un petit cercle regroupant le Directeur du Trésor, le Gouverneur de la Banque de France, le Secrétaire-Général du Gouvernement et Ambroise Roux, le tout puissant PDG de la Compagnie Générale d’Electricité, en faisant semblant d’écouter un député à qui j’avais eu la stupidité de dire que j’étais l’imprésario de Marlène Jobert et qui me pressait de la lui présenter, une main se posait sur mon épaule. « Alors mon grand on prend goût aux mondanités… » Le père de Marie, le seul dans cette assemblée à pouvoir se permettre de porter une chemise au col largement ouvert sur une sorte de blouse de maquignon bleue marine, me prenait dans ses bras comme s’il accueillait le fils prodigue. Avec un art consommé de la provocation il clamait, en faisant semblant de ne s’adresser qu’à moi « Ce pauvre Chaban n’est qu’un réformateur d’opérette, il n’à pas la dimension d’un Kennedy, ce n’est qu’une pâle copie qui zézaye et pense que porter beau suffit pour incarner le renouveau. Comment a-t-il pu mettre Malraux au rencart ? J’aime bien ce pauvre  Michelet, c’est un honnête et un saint homme mais on ne succède pas à la Culture à un Malraux vivant… » Tout en continuant de parler haut et fort il me tirait par la manche jusqu’au groupe qui s’agglutinait autour de Chloé. Sans ménagement il se frayait un passage jusqu’à elle et lui ouvrait les bras. Elle s’y jetait. « Viens ma grande je vais te présenter au seul véritable homme d’Etat de cette pauvre Italie… » et nous faisions mouvement vers là où se tenaient les officiels italiens. Au milieu d’eux, Olivier Guichard, qui affichait son habituelle tronche de cocker ennuyé, conversait avec un type à la mine austère. Après avoir donné l’accolade au père de Marie, c’est lui qui fit les présentations : « mon ami Aldo Moro… »

 

 

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