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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 00:00

 Rassurez-vous je vais chroniquer sur un vin de pays de Vendée : Éclipse un rouge 2005 du Domaine de la Barbinière  à Chantonnay mais auparavant je ne peux me retenir d’évoquer le souvenir de nos voyages, maman et moi, en Micheline, pour aller voir ma sœur Marie-Thérèse pensionnaire de l’Institut Ste Marie, tenu par les filles de la Sagesse www.fillesdelasagesse.fr/ . Nous partions au petit matin de la gare de la Mothe-Achard et sitôt monté j’allais m’installer à l’avant de la Micheline, là où j’avais l’impression d’être le conducteur puisque je me retrouvais face aux rails. Le vrai chauffeur, lui, pilotais l’engin dans une minuscule cabine perché sur le toit de l’engin. Patrick Drevet, dans un petit opus publié en 1990, La Micheline  collection Haute Enfance chez Hatier, en parle bien mieux que je pourrais le faire.


« En raison de ses dimensions plus domestiques, de la luminosité de ses deux couleurs un peu triviales, de la physionomie pimpante, joufflue, que lui donnait au-dessus de ses tampons la disposition en V de la peinture rouge d’où les phares écartés saillaient comme des yeux de têtard, en raison aussi de l’insolite verrue que, sur ce type d’autorail, produisait le cockpit du conducteur perché sur le toit, voire en raison de ce que m’inspirait la consonance de son nom qui, pour lui avoir été abusivement attribué par similitudes avec l’engin sur pneumatiques construit par la firme Michelin, ne suggérait pas moins dans ses syllabes le caractère poétique d’un cheminement débonnaire, la nature familière et musarde d’une chenille, sans doute avais-je une prédilection pour la micheline que, à quelque moment de la journée qu’elle passât, je courais contempler à la fenêtre de l’une ou l’autre de nos chambres, alors qu’elle filait à mi-pente sur le versant de la vallée, entre les maisonnettes et les jardins, les boqueteaux et les barrières. »


Quelques années plus tard, alors que j’étais élève à l’École d’Agriculture de ND de la Forêt à la Mothe-Achard, trois de mes camarades partant en vacances, en novembre 1957, seraient les victimes d’une catastrophe ferroviaire juste après la gare de Chantonnay car sur la voie unique le chef de gare avait laissé partir la micheline alors qu’un train de marchandises venait en sens inverse. Ce drame a peuplé mes cauchemars d’enfant moi qui n’avait jamais dépassé la gare de Chantonnay mais qui m’asseyais là où mes petits camarades avaient vu venir la mort en face.


 Pas gai mes souvenirs mais c’est ainsi que va la vie.   Mais revenons à nos moutons, j’ai découvert Éclipse dans le très classieux Régal qui, comme souvent, se la pète un peu quand le chroniqueur ou la chroniqueuse écrit : « Pour gommer son modeste pedigree de vin de pays, il suffira de le servir dans une carafe et de prolonger les vacances avec les amis et une dégustation à l’aveugle. » C’est quoi cette engeance, quand est-ce que toutes ces histoires de dégustation à la con faites par des aveugles vont être ravalées au rang des accessoires inutiles car ce sont de vrais tue-plaisir : le vin on le boit, comme on le veut, où l’on veut, chacun à sa position favorite link  . Mais je m’égare. Après cette lecture j’ai saisi mon téléphone pour appeler le domaine de la Barbinière www.domainedelabarbiniere.com/ pour savoir si je pouvais trouver cette cuvée à Paris. C’est Vincent qui m’a répondu fort plaisamment qu’à son grand regret son « sans pedigree » n’était pas monté à Paris. Nous nous sommes arrangés autrement pour que je puisse acquérir une bouteille de la cuvée Éclipse.


 

Assez curieusement nos grands esthètes de Régal on classé Éclipse dans les Vins du littoral, sous la rubrique Maritime ! Ils sont sans doute un peu brouillés avec la géographie car Chantonnay est à 75 km de St Nicolas de Brem soit à vol d’oiseau à une soixantaine de km de l’océan. Bien sûr, je ne dis pas que les influences maritimes n’exercent pas d’effets sur les coteaux du Lay où le vignoble de la famille Orion étend ses 31 ha mais à trop vouloir faire genre, catégoriser pour faire de beaux titres, on se prend les pieds dans le tapis et on mélange un peu tout. Alors, pour eux, et en souvenir de mon prof de géo le frère Buton, natif de Chantonnay, sous la plume de Jean Huguet, un petit rappel sur les « Vignes et vignerons de Vendée » :


« La Vendée est terre de contraste. La croire issue d’un seul âge, ou figer son peuple dans le pittoresque typique d’une seule tradition, serait une même erreur que l’on évitera de commettre. L’aire du département de Vendée, les sols de ses « fiefs » vinicoles, déploient sans superbe mais non sans fierté, du nord-est au sud-ouest, du haut bocage au rivage atlantique, les quatre âges de la terre.


 Après le Phylloxéra qui détruisit le vignoble vendéen de 1875 à 1897, « Les vignerons modestes, pressés de retrouver leur production familiale, se jettent sur les hybrides d’Outre-Atlantique avec une hâte motivée à la fois par les circonstances et par une propagande effrénée organisée en faveur des plants magiques, immunisés contre tout…


Comment aurait-on pu résister aux Noah, Othello, Jacquez, Clinton, Taylor… ?


La mode dura une dizaine d’années, le temps qu’il fallut aux ampélographes pour expérimenter les hybrides qui allaient concurrencer, sous leurs propres noms – seibel, Oberlin, Seyve, Baco, Ravaz, Léon Millot –, les « envahisseurs » américains.


Ces plants français constituaient un indéniable progrès ; ils n’effaçaient pas pour autant les rangées suspectes de Noah et d’Othello, objets dès le 24 décembre 1934 d’un arrêté d’interdiction dont nul ne peut être aujourd’hui assuré, en Vendée, de sa pleine exécution. »

Tout ça c’est ma jeunesse dans les vignes de mon pépé Louis et pour en finir avec mes souvenirs lorsque l’Arrêté du 27 octobre 1984 officialisant l’accès des Fiefs vendéens à l’Appellation d’Origine Vins Délimités de Qualité Supérieure (V.D.Q.S.), passera dans le circuit des signatures, étant au cabinet de Michel Rocard chargé entre autre de la viticulture, j’ai veillé à ce qu’il ne niaise pas dans les soupentes des Ministères.

Mais revenons à nouveau sur les coteaux du Lay à Chantonnay pour notre Éclipse 2005 Réserve de la Barbinière. Bel habillage, bien dans la tendance d’une nouvelle génération de vignerons qui ne confondent pas paille dans les sabots et expression du terroir. J’apprécie aussi la lisibilité et l’affichage de son identité : Vin de Pays de Vendée, on ne la met pas dans sa poche avec son mouchoir de Cholet par-dessus. Du côté de la conduite de la vigne, de la vinification et de l’élevage, en dépit de mon bref apprentissage auprès du frère Bécot dans les vignes et dans le chai de l’École d’Agriculture de la Mothe-Achard, je préfère m’en remettre en ce qu’écrivent les Orion.


Conduite du vignoble :

-         Âge moyen des vignes : 25 ans ;

-         Enherbement naturel maîtrisé ;

-         Taille très courte (Guyot double) ;

-         Travaux en vert importants (épamprage, effeuillage, éclaircissage…)

-         Protection phytosanitaire raisonnée ;

-         Vendanges manuelles.

Vinifications et élevage :

Le Pinot Noir a effectué une macération de 16 jours avec des pigeages manuels successifs. Le Cabernet Franc et Sauvignon de très belle maturité ont macéré entre 18 et 24 jours. L’élevage de 13 mois en fûts de chêne français (40% de bois neuf) a été réalisé séparément jusqu’à l’assemblage au mois de janvier. Cette nouvelle cuvée a été mise en bouteilles à la mi-mars 2007.

Arrivé à ce stade : choix cornélien, 2005 c’est un très beau millésime, un millésime « exceptionnel », c’est un vin de garde (5 ans et +), vais-je en plein mois d’août ouvrir cette belle bouteille ? Je tergiverse puis, faute de convives à inviter – ils sont tous sortis de Paris – je décide d’attendre et de m’en remettre aux beaux esprits de Régal : « Malgré un sommeil de treize mois en fût de chêne, le boisé est parfaitement intégré au vin, qui se livre frais et digeste (…) Bluffant et délicieux. » Quand j’aurai moi-même, non pas goûté, mais bu – pas tout seul – cette cuvée Éclipse 2005 je m’essayerai non pas à des commentaires mais je conseillerai à mon filleul Vincent Berthomeau qu’il aille, avec mon très cher frère Alain, faire un petit tour au Domaine de la Barbinière St Philbert 85110 Chantonnay 0251343972 domainebarbiniere@wanadoo.fr goûter les cuvées de la famille Orion : Philippe, Alban&Vincent, pour peut-être en mettre une sur la carte de son restaurant l’Abelia 125, Boulevard Poilus 44300 Nantes 02 40 35 40 00. Au passage, ils pourraient récupérer à Antigny mon cher beau-frère René Ouvrard, qu’a gagné tellement de sous en vendant des tracteurs et des machines à vendanger, pour qu’il se fende de l’achat de quelques cartons de vins du Domaine de la Barbinière. Bref, j’en ai fini, un dernier mot : merci aux Orion de leur délicate attention ça me permettra d’écrire une autre chronique sur le vin de Pays du Val de Loire cher à Pierre Aguilas et à Joël Hérissé.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 15:30

 

Chère Catherine M.,

Un ami commun, outré par une de mes chroniques, dont je reconnais qu’elle était un peu tirée par les cheveux, m’a envoyé un sms où il m’écrivait : Catherine M. est un grand écrivain, et il me conseillait de lire « Jour de Souffrance »… J’étais attablé à la terrasse de Terra Cotta, sur le port de Propiano, face à un pavé de Mérou, et un charmant rosé du Sartenais, et je lui ai répondu que je n’avais jamais mis en doute vos éminentes qualités d’écriture, que je lui concédais sans aucune réticence vos talents d’écrivain français, mais que mon irritation provenait du titre de votre opus et de sa médiatisation à la Houellebecq. Face à l'exploitation du marché de la souffrance je suis colère et pour me comprendre je vous recommande de lire ma chronique "Château de la Dégeulardière" (je fus le censeur de l'ARC post-Crozemarie) http://www.berthomeau.com/article-5341360.html

De l’entame de ma chronique, je ne retire pas un mot : « la complaisance, l’exhibitionnisme, l’étalage de ses malheurs, de ses souffrances sont, dans notre époque postmoderne, l’ordinaire des « grands » comme des sans-grades ; les premiers pour ce faire, ambition littéraire oblige, prennent la plume, se confient à Mireille Dumas et, bien sûr, vendent leur rata sur les plateaux littéraires ou au 20 heures ; les seconds doivent se contenter de servir d’attractions de foire, comme les femmes à barbe d’autrefois, chez le sémillant Delarue ou ses clones. Nos contemporains ont besoin d’émotions en barquettes prêtent à être réchauffées sur leur micro-ondes à écran plat. Voyeurisme minable qui sans doute les console de leur propre misère, de leur souffrance, de leur solitude : tous unis dans le malheur. »

Sur France Inter, alors qu’elle vous interviewait, une brave et besogneuse journaliste, s’extasiait à propos de « Jour de souffrance » : « quel beau titre ? » Et oui, chère Catherine M., que la souffrance est belle lorsqu’elle n’est qu’une volute, certes tranchante comme le fil d'un rasoir, sur son bel amour-propre. Je crois, pour avoir vécu ces moments où l’on est pris à son propre jeu, qu’on s’en remet très facilement et que la cicatrisation ne laisse que peu de trace. Petits malheurs que ceux du cœur même si ensuite, plus rien n’est tout à fait comme avant.

Dans ma chronique, je vous avais associé à ce « pauvre Chabalier » dixit notre ami commun. Pourquoi diable me direz-vous ? Je prévenais l’objection : « Millet, Chabalier, quel rapport ? » en ajoutant avec un soupçon de goujaterie : «  Vous avez noté je l’espère tout le suc de ce singulier ». Ma réponse n’a rien perdu de sa pertinence : « Ce sont tous deux des icones médiatiques, des intouchables, des qui passent à la télé quand ils claquent des doigts. Ils font de l’audience Coco ! »

Comme vous, il y a quelque temps, ce cher homme fut omniprésent pour nous vendre sa souffrance, une souffrance bien réelle. Dans son livre « Un dernier pour la route » – qui devrait être porté à l’écran dans les mois qui viennent – il nous a abreuvé pendant des semaines de sa souffrance d’alcoolique pour ensuite, fort de son abstinence toute neuve, se voir confier par le sémillant et inconstant Douste-Blazy la rédaction d’un rapport sur l’alcoolisme dont il avait assuré, avec son beau carnet d’adresses, la promotion médiatique. Omniprésent, repenti vindicatif, donneur de leçons, ce cher homme, investi d’une mission quasi-divine, nous a pris la tête avant de s’en retourner à son biseness de fabricant d’images chocs pour des télés paresseuses et si peu soucieuses de l’héritage des pionniers de 5 Colonnes à la Une.

Vous allez m’objecter, chère Catherine M, que vous mettre tous les deux dans le même sac c’est aller bien vite en besogne et mélanger les torchons et les serviettes. J’en conviens mais, comprenez-moi, les bien-pensants, ceux qui ont poussé des cris d’orfraies face à la « débauche » de la vie sexuelle de Catherine M. nous étiquettent, nous les gens du vin : « pourvoyeur de malheur et de souffrances » en nous jetant à la gueule pêle-mêle : la souffrance des femmes battues par leur poivrot de mari, celle des parents des victimes d’un gus bourré au volant de sa bagnole, celle de l’alcoolique lui-même et de sa famille, le coût social. Amalgame, statistiques orientées, pseudo-loi de Ledermann, qualification de « drogue légale », montrés du doigt par les « n’y touchez jamais… »

Alors, comprenez-moi encore un peu, lorsque je vois la complaisance des médias à l’égard d’un cher confrère, touché de plein fouet par le malheur, je suis exaspéré. Que la souffrance de Chabalier fut réelle, que celle qu’il infligea à ses proches fut sûrement difficilement supportable, j’en suis intimement convaincu. Qu’il veuille en porter témoignage je lui accorde. Mais de là à s’ériger en donneur de leçons alors là je m’insurge. Les ex n’ont pas à se draper dans leur malheur pour pourrir la vie de ceux qui, comme moi, stressés, exposés, tentés, amateur de bonne chère et de vin, n’en sont pas pour autant devenus des alcooliques. Tous ces ex ramenards m’emmerdent. Je trouve qu’ils font peu de cas de leur part de responsabilité, s’exonèrent trop facilement de ce qu’il faut bien appeler par son nom : leur faiblesse. En écrivant ceci je ne leur lance aucune première pierre, nous avons tous des faiblesses, y compris génétiques : nous ne sommes pas égaux face à l’alcool, mais de grâce que ceux qui, pour de multiples raisons sont devenus alcooliques, une fois sortis de leur addiction, restent modestes, nous épargnent leurs prêches sur les bienfaits de la pure abstinence.

Là, je sens, chère Catherine M, que vous vous dites « mais qu’est-ce que je viens faire dans cette galère ? » Dégât collatéral de votre omniprésence médiatique, exaspéré par les chère Aude « passez-moi le sel », les cher Jérôme passez-moi les boudoirs, les Inroks,le NO et tous ces tombereaux de complaisance. Ne soyez pas dupe, et je sais que vous l’êtes pas vous qui connaissez si bien le marché de l’art, votre livre, comme votre précédent l'est devenu, est un pur bien de consommation – et ce n’est pas sous ma plume un reproche mais simple constatation – dont vous faites la promotion. Et, je vous l’avoue, le nombrilisme ambiant dans la production littéraire de notre beau pays m’exaspère ; tout comme l’insignifiance des scénarii des films français. Alors je me vois contraint de lire et de voir la production « étrangère » où l'on rencontre des oeuvres. Avec votre talent de plume, laissez aller votre imaginaire, débridez votre petit cercle, laissez de côté votre cher Jacques, de grâce Catherine M. offrez-nous un grand roman !

Voyez-vous, chère Catherine M. quand j’entends un gus bramer « qu’il est pris en otage » parce que la CGT bloque pour la nième fois le RER, je sors mon Jean-Paul Kaufmann. La valeur des mots, leur poids sont incontournables. Pour moi la souffrance c’est celle des gamins aux crânes lisses de l’Institut Curie, pas la vôtre chère Catherine M., si douce, si soluble dans l’écriture et si facile à promouvoir auprès de la petite république des lettres. Ce n’est pas faire injure à votre talent que de l’écrire mais simplement, dans le concert de louanges, faire entendre une petite musique différente : celle de ceux que l’on n’entend jamais nulle part car ils s’en tiennent à un silence douloureux.

Alors, chère Catherine M., je laisse Chabalier à son nouvel apostolat et, pour combler notre ami commun, je lève mon verre de nectar ambré au plaisir des dieux...   

Jacques Berthomeau

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 00:01

Pendant que certains de mes « camarades » croupissaient déjà dans les geôles de Marcellin, moi, lové dans un peignoir de bain floqué aux armes du Savoy de Londres, pomponné, huilé, je suivais pas à pas Chloé dans sa quête de fringues pour notre sortie de ce soir ; une réception dans un hôtel particulier du VIIe, soit le comble, la quintessence de la vanité et de la vacuité de cette haute-bourgeoisie friquée et honnie que nous étions censée combattre. Nous avions une belle excuse, que nous ne revendiquions même pas d’ailleurs, notre hôte, le totalement foutraque, Jean Edern Hallier, était estampillé compagnon de route de la GP.  La pièce où nous nous trouvions, sans fenêtre, éclairée par des néons pendus à des filins d’acier, tenait de la caverne d’Ali Baba : au centre des enfilades de vêtements pendus à des cintres ; sur tout un pan de mur des boites à chaussures empilées ; en vis-à-vis sur des guéridons, en des corbeilles d’osier, des colliers, des boucles d’oreilles, des ceintures, des bas, des porte-jarretelles, des slips et des soutien-gorge, des guêpières, des chapeaux, des foulards, des boas et tout un attirail sado-maso ; enfin sur une longue planche posée sur deux tréteaux un déluge de fards, crèmes, parfums et autres ingrédients de maquillage dont raffolent les filles. Chloé voletait, je la sentais oisillon paumé en mal de protection, ses grands yeux quêtaient les miens, ses mains parfois tremblaient, hésitaient et son grand corps, comme s’il était face à un obstacle imprévu, se cabrait.  

« Aide-moi beau légionnaire, je n’ai jamais su choisir…

Habiller une fille pour la sortir, l’exposer en public à son bras, relève d’une forme jouissance de la plus haute perversité. D’ordinaire, les femmes décident de ce qu’elles veulent montrer ou cacher et, en dépit des glapissements féministes sur le thème : nous portons des strings pour nous faire plaisir, ce que les femmes montrent c’est ce qu’elles exposent d’elle-même pour que ce soit vu et, ce qu’elles cachent à peine sous des robes moulantes, courtes ou fendues, c’est ce qu’elles offriront à celui ou à celle qui saura leur plaire ou sur lequel elles auront jeté leur dévolu. L’histoire des gorges pigeonnantes, des culottes fendues, des voiles et des bas est là pour en témoigner. Dans le jeu de la séduction la femme tient toutes les cartes maîtresses et surtout, presque toujours, c’est elle qui choisit. Habiller Chloé me comblait. Avec elle je me sentais libre de  mes choix puisqu’entre nous deux le seul lien existant était le n’importe quoi  ou plus exactement comme j’étais allergique à l’utilisation de toutes les formes d’adjectifs de possession, je me contentais de son prénom. Elle, avec son beau légionnaire, avait opté pour la dérision. Le vêtement étant la seconde peau, celle qu’on choisit, je n’eus aucune peine à assembler dans ma tête celle de Chloé. Pour le haut, une pure merveille de chic provoc : un petit débardeur noir tricoté à collier de chien clouté de billes d’acier, dont Vivienne Westwood fera plus tard l’un de ses musts. Je tirais ainsi les regards vers le si beau cou de Chloé, et oublier ses épaules étroites et sa poitrine plate. Pour le bas, un short bouffant en satin noir s’imposait : les compas de Chloé et sa taille de guêpe en étaient magnifiées. Restait le choix des chaussures. Complexe eu égard à la pointure de l’asperge : 40, tout me semblait lourd et emprunté jusqu’à l’instant où, ayant vissé sur les cheveux courts de Chloé un bonnet de feutre noir, l’évidence des ballerines de danse s’imposa.

 

Anna, l’épouse d’Edern, nous reçut avec beaucoup de gentillesse. Italienne comme Chloé, riche héritière, elle se mouvait dans cette étrange assemblée avec un détachement amusé. Elle complimenta Chloé pour sa tenue et s’attira cette répartie : «  Chère Anna, il me voit belle, il me veux belle, alors il me fait belle, il est exceptionnel mon beau légionnaire… »  Avec mon Perfecto et mon jeans je faisais un peu tache à coté d’Edern qui lui arborait ce soir-là une chemise blanche à jabot très Mick Jaeger sous une veste en soie jaune canari, mais ça excitait plutôt la concupiscence d’un cheptel féminin tendance Simone de Beauvoir non révisée, bandeau et morgue incorporée. Le champagne coulait à flot et c’est la première fois de ma vie où j’ai mangé du caviar. Jean Edern proclamait à la cantonade que nous pouvions nous goinfrer sans remord puisque les fameux œufs d’esturgeon lui avaient été offert par un hiérarque du PC à son retour de vacances dans une datcha des bords de la Mer Noire. Avec son intonation si caractéristique et son rire nasillard le grand escogriffe vilipendait les petits maquignons du Bureau Politique qui allaient faire bronzer le gros cul de leur bobonne aux frais des cacochymes du Kremlin et qui en profitait pour se faire sucer le membre pendant la sieste par des jeunes beautés slaves. « Des porcs ! » La cour riait. La cour l’entourait. La cour se bâfrait. Moi je commençais à m’ennuyer. Tout ce champagne me donnais envie de pisser. Un larbin m’indiquait que c’était au premier. Je me paumais. Poussais des portes. M’esclaffait soudain : à quatre pattes sur un tapis de la Savonnerie une quadragénaire, cul à l’air, se faisait tringler par un gros type futal sur les chaussettes. La représentante du « deuxième sexe » approchait de l’extase et le proclamait d’une voix haletante. Le gros boutait ce qui donnait à ses fesses poilues des ressauts ignobles. « T’inquiète pas ma grosse vache quand ça va gicler t’en auras pour ton taf ! J’chui même capable d’en garder un litre pour t’en mettre aussi plein la rondelle… » La voix de l’ignoble Gustave, et surtout son putain d’accent, ne me laissait aucun doute sur l’identité de l’usineur de celle qui se révéla être par la suite une ardente militante du droit des femmes à disposer de leur corps.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 00:05

La complaisance, l’exhibitionnisme, l’étalage de ses malheurs, de ses souffrances sont, dans notre époque postmoderne, l’ordinaire des « grands » comme des sans-grades ; les premiers pour ce faire, ambition littéraire oblige, prennent la plume, se confient à Mireille Dumas et, bien sûr, vendent leur rata sur les plateaux littéraires ou au 20 heures ; les seconds doivent se contenter de servir d’attractions de foire, comme les femmes à barbe d’autrefois, chez le sémillant Delarue ou ses clones. Nos contemporains ont besoin d’émotions en barquettes prêtent à être réchauffées sur leur micro-ondes à écran plat. Voyeurisme minable qui sans doute les console de leur propre misère, de leur souffrance, de leur solitude : tous unis dans le malheur.

 

Mais qu’est-ce que ça à voir avec notre cher nectar me diront certains ?

 

La réponse est simple : nos détracteurs nous étiquettent « pourvoyeur de malheur et de souffrances » en nous jetant à la gueule pêle-mêle : la souffrance des femmes battues par leur poivrot de mari, celle des parents des victimes d’un gus bourré au volant de sa bagnole, celle de l’alcoolique lui-même et de sa famille, le coût social. Amalgame, statistiques orientées, pseudo-loi de Ledermann, qualification de « drogue légale », montrés du doigt par les « n’y touchez jamais… », nous, les gens du vin, avons bien du mal à tenir notre position, sur la défensive nous nous défendons plus ou moins bien – se défendre c’est presque s’avouer coupable aux yeux du bon peuple – et comme nos propos ne recèlent pas la charge émotionnelle suffisante pour convaincre le grand nombre nous subissons en maugréant la dictature du « sanitairement correct ». Injuste mais efficace, que pouvons-nous faire pour être entendu sans pour autant nous défendre ni nous excuser ?

 

C’est dans cette perspective que ma chronique de ce matin a valeur de démonstration : la mécanique médiatique, dans sa logique de part de marché, d’audience, pourvoyeuses de la manne publicitaire, ne met en avant que ceux qui attirent le chaland. Le mariage de la fille de Bernard Arnaud, au Château d’Yquem mobilise les grands médias, comme la maréchaussée d’ailleurs, alors que les propos d’un vague président de nos zinzins du vin, inconnu du grand public, sur l’inutilité de l’apposition du logo femme enceinte sur les bouteilles de vin, passent à l’édition locale de France 3. Tant que tous les intervenants du monde du vin, riches ou modestes, grands, petits, négociants, vignerons, bordelais, bourguignons, languedociens, alsaciens et autres n’auront pas compris que, sur ce sujet, l’unité, la mise en commun de moyens à un bon niveau d’efficacité, la désignation d’un porte-parole identifié et connu (type Bédier pour la Grande Distribution) ne seront pas de mise, notre juste cause restera minoritaire et la logique des politiques restera influencée par ceux qui tiennent le haut du pavé : les cooptés de l’ANPAA, les zinzins étatiques : OFDT, Mildt et INPES qui savent si bien traire la vache à lait des fonds publics sans pour autant obtenir des résultats probants en matière de lutte contre l’alcoolisme.

 

Revenons à mes cobayes du jour : Catherine Millet et Hervé Chabalier.

 

La première, celle qui en 2001, dans "La Vie sexuelle de Catherine M. ", livre devenu un best-seller mondial, écrivait « J’ai partouzé dans les semaines qui ont suivi ma défloraison » ajoutant « on m’attrape et on me tourne en tout sens comme on veut » avouant se livrer « à un nombre incalculable de mains et de verges », « baisant par-delà toute répugnance » avec des hommes anonymes dans des lieux incertains : parkings souterrains, bois de la capitale, cabines de semi-remorques, cimetières, gares, placards de salles d’exposition » fait la une du Nouvel Observateur, sous le titre alléchant : Les femmes, leurs maris ; leurs amants et un sous-titre canon Catherine Millet « La jalousie c’est l’enfer » à l’occasion de la sortie de son nouvel opus « Jour de souffrance » L’hebdomadaire se livre à cette occasion à ce que je notais dans une récente chronique : mettre à sa Une la photo porno-chic d’une Catherine Millet, jeune et belle, fort comestible.

 

Le second qui nous avait abreuvé de sa souffrance d’alcoolique dans son livre « Un dernier pour la route » – qui devrait être porté à l’écran dans les mois qui viennent – pour ensuite, fort de son abstinence toute neuve, se voir confier par le sémillant et inconstant Douste-Blazy la rédaction d’un rapport sur l’alcoolisme dont il avait assuré, avec son beau carnet d’adresses, la promotion médiatique. Omniprésent, repenti vindicatif, donneur de leçons, ce cher homme, investi d’une mission quasi-divine, nous a pris la tête avant de s’en retourner à son biseness de fabricant d’images chocs pour des télés paresseuses et si peu soucieuses de l’héritage des pionniers de 5 Colonnes à la Une. Chabalier paré de sa belle image d’ex du Nouvel Observateur et du Matin de Paris exploite avec Capa son agence le filon du reportage avec une pincée d’insolence qui n’est pas forcément le gage d’un réel professionnalisme. Mais que voulez-vous, en ces temps d’indigence, faute de grives on se contente de bouffer des merles. En juillet, à la terrasse du Sélect, un des collaborateurs de ce cher Chabalier vendait à la table d’à côté l’image maison : une forme d’agressivité de pure pacotille à une nouvelle recrue émerveillée.

 

Millet, Chabalier, quel rapport ? Vous avez noté je l’espère tout le suc de ce singulier.

 

Ce sont tous deux des icones médiatiques, des intouchables, des qui passent à la télé quand ils claquent des doigts. Ils font de l’audience Coco !

 

Catherine Millet, fondatrice et directrice d’ « Art Press », commissaire du Pavillon français à la Biennale de Venise en 1995 est un monument de la Rive Gauche et la chouchoute de la rue de Valois. Incontournable, intouchable, si je puis m’exprimer ainsi, sauf à se voir taxer de n’être qu’un plouc ignare ou un refoulé du terroir profond. Omniprésente, charmeuse, talentueuse, on l’entend et on la voit partout pour promouvoir « sa souffrance » de nouvelle jalouse.

 

Hervé Chabalier lui, c’est pire car c’est un cher confrère de la république des grands médias qui n’aiment rien tant que la contemplation de leur nombril et leur autoprotection.

 

Mais pourquoi diable les vouer, ensemble, aux gémonies ?

 

Pour Catherine Millet, comme vous en vous en doutez, ma réprobation n’a rien à voir avec de la pruderie. Même si je n’ai pas lu son premier opus je dois avouer que j’appréciais son impudique courage et son atonale franchise. C’est l’exposition de sa souffrance dans son dernier opus qui me l’a fait unir au champion toute catégorie de l’exhibition en bandoulière de son enfer d’alcoolique. Que la souffrance de Chabalier fut réelle, que celle qu’il infligea à ses proches fut sûrement difficilement supportable, j’en suis intimement convaincu. Qu’il veuille en porter témoignage je lui accorde. Mais de là à s’ériger en donneur de leçons alors là je m’insurge. Au même titre que cette chère Catherine Millet qui, après avoir abreuvé le monde de ses ébats déconnectés : le plaisir des sens et l’Amour c'est "total étanche", il suffit de le déclarer en douane, s’épanche, avec talent dit-on, dans un nouveau livre sur sa douloureuse jalousie à l’endroit de son mari,  Jacques Henric qui se permet d’avoir une maîtresse, ce type d’indécence me stupéfie. Millet, Chabalier et moi sommes des baby-boomers, et nous avons traversé cette moitié du 20ième siècle dans les mêmes conditions et je me sens légitime de leur balancer que l’exploitation de leur souffrance me navre. M'exaspère. Ils ne sont vraiment pas les mieux placés pour nous émouvoir.  

À Catherine Millet j’accorde facilement l’absolution car elle ne vient pas nous faire la morale, elle se contente de prendre le vent dominant, via un livre, sans doute pour, comme le notait perfidement JL Ezine au Masque et la Plume, reconquérir son homme. Pauvre Henric, encore un ex, inconnu, lui, du grand public en dépit de son statut d'écrivain, le voilà jeté en pâture pour le plus grand plaisir des ménagères de plus de 50 ans qui vont, sans nul doute, se ruer sur un sujet cœur de cible de la collection Harlequin. C'est very good ! Si nos romancières – Christine Angot * nous conte, elle, ses ébats avec Doc Gynéco, « Il me prenait, me mettait dos à la fenêtre, essayait de baisser mon pantalon pour introduire sa queue, en m’immobilisant  contre le mur et la fenêtre. Ou alors, j’étais à mon bureau, il la sortait et la mettait devant ma bouche… » - pensent que le mitan de leur lit est le centre du monde grand bien leur fasse, ça ne mange pas de pain, ni ne fait de tort à personne, même si ça n’est pas forcément de la bonne et grande littérature mais ça fait vendre Coco.
* cf Angot

Pour Chabalier en revanche aucune bienveillance, les ex n’ont pas à se draper dans leur malheur pour pourrir la vie de ceux qui, comme moi, stressés, exposés, tentés, amateur de bonne chère et de vin, n’en sont pas pour autant devenus des alcooliques. Tous ces ex ramenards m’emmerdent. Je trouve qu’ils font peu de cas de leur part de responsabilité, s’exonèrent trop facilement de ce qu’il faut bien appeler par son  : leur faiblesse. En écrivant ceci je ne leur lance aucune première pierre, nous avons tous des faiblesses, y compris génétiques : nous ne sommes pas égaux face à l’alcool, mais de grâce que ceux qui, pour de multiples raisons sont devenus alcooliques, une fois sortis de leur addiction, restent modestes, nous épargnent leurs prêches sur les bienfaits de la pure abstinence. Ils devraient savoir d’expérience que leurs bonnes paroles n’ont que bien peu de prise sur leurs anciens compagnons de chaîne et plus encore sur les jeunes.

A mon ami BD je lance un appel : et si vous convainquiez votre amie Catherine M. de mettre son entregent au service de notre divin nectar ça rendrait blême nos chers hygiénistes et, bien sûr, le pauvre Chabalier en resterait sans voix...

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 00:07

 

J’entends déjà certains me rétorquer avec un sourire entendu : « Okaaay ! Okaaay ! » mais je ne me laisserai pas déstabiliser : j’affirme haut et fort « oui ? même en vacances en Corse, je continue de jouer du clavier ». Face à la mer je peux, grâce à la Wi Fi, vous abreuver de mes chroniques. Ce matin, en dépit d’un titre qui semblerait porter mes hautes pensées vers la Cité des Doges, c’est bien du vin et de la Corse dont je vais vous causer.

 

Mon Casanova à moi, n’est pas Giacomo le grand libertin du XVIII e siècle, né à Venise, mais le domaine Casanova d’Aghione qui produit un joli petit gris, médaillé d’or au Concours Général du Salon de l’Agriculture. C’est un rosé vin de pays de l’Ile de Beauté. Excellent, rafraichissant, un petit 12°5 pour 3,58  euros au supermarché Coccinelle et 3,90 chez le petit épicier où j’achète mes légumes corses, ma charcuterie corse : figatelli goûteuse, mes fromages de brebis corses : un Brocciu passu d’Antoine Ottavi à damner même un membre de l’ANPAA et quelques spécialités corses : comme la bastelle, l’ambrucciata, les canistrelli ou le canistron. Je consomme identitaire.

 

Pour Venise c’est plus compliqué. En vacances, n’en déplaise aux professeurs en blouse blanche qui veillent sur ma santé publique, tels des vieux coqs édentés sur des poules , je ne fais pas que boire et manger, je consomme, bien plus encore, des nourritures spirituelles. Je lis. Le texte qui suis est extrait d’un roman américain d’Harry Mathews « Cigarettes » publié chez P.O.L

« À dix heures, il arriva à l’appartement de Morris qui occupait tout un étage haut de plafond dans un brownstone rénovée de Cornelia Street. Lewis rougit quand Morris le serra dans ses bras. Ils s’assirent dans un coin, au milieu de vastes bibliothèques en désordre. Une carafe et deux verres étaient disposés sur une table basse à côté d’une assiette de sandwiches au roquefort. Morris versa le vin. C’était un vin dont Lewis n’avait jamais entendu parler, doux, français, avec « Venise » dans son nom. La chaleur du vin répandit soulagement et bien-être de sa gorge à son estomac puis jusqu’au bout de ses pieds et de son nez. Il lécha le bord de son verre en fermant les yeux. Quand il les rouvrit, il était assis à la même place, nu, les poignets et les chevilles liés à sa chaise. Morris était debout devant lui, dénudé jusqu’à la taille, portant aux poignets des bracelets de cuir noir décorés d’une clouterie chromée ; sa main droite serrait un coup de poing américain… »

Vous comprendrez sans problème que j’ai choisi ce passage pour la référence au Muscat de Beaumes-de-Venise et non pour le reste plus trash, dans le ton de ce que nos plumitifs nous balancent en cette rentrée littéraire (samedi vous aurez droit à une chronique Millet Angot Chabalier versus Berthomeau pourfendant ceux des porteurs en bandoulière de leur souffrance personnelle, la vendent aux ménégères de plus de 50 ans).

 

Enfin, pour la tête de gondole, comme je lis aussi la presse locale, dans « Corse matin » du 27 août, c’est une interview tonitruante de Michel-Edouard Leclerc, titrée « Une révolution à faire dans la distribution corse ». Je vous en livre un extrait : du pur jus de notre MEL « je communique plus vite que mon ombre ». En Corse on s’en gondole déjà : normal notre MEL a une belle tête de gondole et, comme dirait l’autre, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent

 

Question : Le contexte politique et économique de l’île a-t-il constitué un frein, sachant que les investisseurs ne se bousculent pas en Corse ?

 

MEL : L’arrivée de Leclerc peut être aussi une contribution politique à l’amélioration du pouvoir d’achat. On peut apporter notre pierre à la baisse des prix dans l’île, au bien être des corses. Il y a une révolution à faire dans la distribution corse. Ce sont les entrepreneurs qui étaient en bout de contrat avec système U qui se sont tournés vers nous. Ce n’est pas un transplant du continent sur l’île mais une évolution culturelle et économique d’entrepreneurs qui ont fait acte de candidature. Ce n’est pas Leclerc qui vient en Corse, ce sont des gens du pays, des gens volontaires, dotés d’une vraie force entrepreneuriale qui nous ont sollicités, des personnes déterminées à s’engager dans la logique Leclerc. Nous avons beaucoup discuté, j’ai apprécié la transparence de nos contacts.

 

Question : Votre implantation a entraîné nécessairement une étude approfondie du marché. Que connaissez-vous du terrain, qu’avez-vous appris ?

 

MEL : La baisse du pouvoir d’achat frappe toute l’économie européenne et aussi la Corse dont les revenus sont inférieurs à d’autres régions. C’est vrai qu’il y a des coûts d’approvisionnement mais on constate trop d’aberrations, trop de prix scandaleux en Corse, les enseignes y sont peu nombreuses et il y a peu de concurrence entre les enseignes. Nous avons donné à nos futurs adhérents des objectifs de prix, nous exerceront des contrôles, ils veulent jouer le jeu et nous arriverons à cette efficacité de prix.    

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /Sep /2008 00:09

 

La France adore les classements de toutes natures : ça va du classement à la sortie de ses grandes écoles jusqu’au classement des Crus de Saint-Émilion et, bien sûr, les exceptions, au premier rang desquelles la culturelle et moins connue, œuvre de Napoléon, celle de posséder deux ordres de juridiction : la civile et l’administrative. Nous sommes le peuple le plus intelligent, le plus génial de la planète car nous sommes capables de mettre en place de savantes machines à classer, sous le contrôle éclairé de notre Administration, de méconnaître tout de même chemin faisant « les principes cardinaux du droit administratif que sont l’égalité de traitement des candidats ou l’impartialité de la composition du jury (1), donc de prêter le flanc à des recours de la part des déclassés, de prendre un arrêté interministériel homologuant le 12 décembre 2006 le beau travail de classement pour le voir annulé par une décision du tribunal administratif de Bordeaux le 1ier juillet 2008. Pfutt, plus de classement : en effet l’ancien homologué par arrêté du 8 novembre 1996 « est devenu caduc dix ans après cette publication ». Le premier est caduc et le second annulé : le trou noir. Sauf que dans la nuit du 9 au 10 juillet un amendement présenté par le  Gouvernement (un pur cavalier) au projet de loi de modernisation de l’économie en discussion au Sénat proroge l’ancien classement pour les vins issus des récoltes 2006 à 2009. Ouf, tout le monde est content sauf les promus ! Pas si sûr et je vais essayer de dire pourquoi.


Peut-on vraiment continuer de vouloir fonder la valeur économique d’un Cru sur un classement administratif ? À la suite des derniers épisodes contentieux, quel intérêt présente encore un classement qui tirait sa force et son caractère incontestable de la garantie de régularité juridique que lui accordait le fait qu’il soit réalisé sous le contrôle de l’INAO ? Dans la réalité du commerce ce qui fait la valeur d’un vin est-ce sa place dans un classement issu de dires experts ou le marché ? Dans le cas d’espèce tout le monde sait que des vins plus chers et plus célèbres ne sont pas classés. Mais, comme le classement fait partie intégrante du patrimoine de l’appellation Saint-Emilion et que les mentions : 1ier Grand Cru classé A (2), 1ier Grand Cru classé B (13) et les grands Crus classés (46) sont protégées par le droit communautaire, on ne peut s’en tenir à ce type d’argument. De plus, comme le fait remarquer le Pr Jean-Marc Bahans « ce n’est pas la pertinence du classement qui est stigmatisée par les juges et la légalité interne de l’arrêté n’est pas remise en cause. Aucune erreur manifeste d’appréciation n’a été retenue dans les deux instances évoquées. L’avenir du classement des crus en Bordelais n’est en réalité pas compromis… » Donc, si les principes du sacro-saint droit administratif à la française sont respectés l’ordre pourra régner à nouveau.


Il n’empêche qu’un classement à haute valeur économique qui intègre dans sa procédure une dégustation sera toujours contestable car, par construction, la dégustation est un élément purement subjectif, donc sujet à caution, donc contestable, qui pour avoir une quelconque valeur, doit être pratiquée par des experts ayant une réelle connaissance de l’appellation et qui de ce fait seront souvent juges et parties donc susceptibles d’être accusés de partialité. L’externalisation de la dégustation déporte le problème sans, ni le régler, ni apporter une réponse incontestable. Alors que faire ? À mon avis, l’une des pistes à expertiser, étant donné l’ambivalence du classement, est d’étudier la possibilité de sortir la procédure de classement de la machine infernale du droit administratif et de sa juridiction spécifique. De la privatiser au sens juridique s’entend.

 

Je m’explique.


Les fondements juridiques de la procédure du classement (extrait de l’article du Pr JM Bahans du 21 juillet 2008)


« C’est un décret du 7 octobre 1954 qui a établi les fondements d’un classement des crus de Saint-Emilion, c'est-à-dire un classement des exploitations viticoles bénéficiant de l’appellation d’origine en cause, devant être révisé tous les dix ans. Le classement qui vient d’être annulé était le cinquième depuis l’origine. A l’heure actuelle, les règles présidant à ce classement sont fixées par le décret du 11 janvier 1984 relatif aux appellations d’origine contrôlées « Saint-Emilion » et « Saint-Emilion grand cru » et par le règlement de classement qui lui est annexé (V. A. Vialard, Les classements des vins de Bordeaux, Eurowines, févr. 2005, p. 42-49). L’article 7 du décret du 11 janvier 1984 prévoit que les mentions « Grand cru classé » et « Premier grand cru classé » sont réservées à « des exploitations viticoles ayant fait l’objet d’un classement officiel homologué par arrêté conjoint du ministre de l’agriculture et du secrétaire d’Etat chargé de la consommation, après avis du syndicat intéressé sur proposition de l’INAO ». Il prévoit encore que le classement doit être fait en respectant un règlement soumis à l’approbation des deux ministres en cause. Enfin, il ajoute que « le classement susvisé est valable pour dix ans à compter de la parution de l’arrêté d’homologation ».


Le règlement prévoit que le classement est fait par une commission nommée par l’INAO sur proposition du syndicat intéressé, qui peut avoir à sa disposition l’ensemble des informations qu’elle estime utiles. Ce règlement précise l’ensemble des règles de procédure qui doivent être suivies pour l’établissement du classement. On peut relever parmi celles-ci que les échantillons doivent être prélevés par l’INAO, que les décisions défavorables de la commission doivent être notifiées par le même institut et que les candidats malheureux peuvent s’expliquer devant la commission et solliciter un nouvel examen. »


Les résultats de cette procédure :


Le nouveau classement ne modifiait pas la short liste (2) des 1ier Grand Cru classé A : Ausone et Cheval-Blanc mais accordait une promotion de Grand Cru Classé à Grand Cru classé B à 6 nouveaux châteaux : Bellefont-Bercier, Destieux, Grand-Corbin, Grand Corbin-Despagne et Montbousquet et déclassait dans le sens inverse 13 châteaux : Bellevue, Cadet-Bon, Curé-Bon, Faurie de Souchard, Gadet St Julien, La Clusière, La Tour du Pin Figeac, La Marzelle, Petit Faurie de Soutard, Tertre Daugay, Villemaurine, Yon-Figeac… et aucun petit nouveau n’entrait dans le Saint des Saints. Bien évidemment, n’ayant aucune compétence particulière en ce domaine, je ne vais pas m’aventurer à porter un jugement de valeur sur les promus ou les déclassés mais je vais me contenter de 2 remarques :

-         un classement qui fonctionne en circuit fermé : aucun nouvel entrant et aucun sortant sent le club et la consanguinité. Dans les compétitions sportives, même les plus grands, quand ils ne sont pas à la hauteur, descendent ;

-         les seuls pénalisés dans cette affaire, telle qu’elle s’est dénouée, sont les promus dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils récoltaient là le fruit de leurs efforts. Donc tout ça pour ça : on sauve les meubles mais quelque part nous nous discréditons et nous prêtons le flanc aux critiques, voire aux recours de nos clients.


La justice administrative est une incongruité à la française


Bien évidemment, dans le cas d’espèce, je ne mets pas en cause la compétence des magistrats administratifs du Tribunal de Bordeaux mais, comme l’a fait remarquer Arnaud Montebourg (qui n’est pas habituellement ma tasse de thé)  à l’occasion de la réforme des institutions « la modernisation de la justice administrative devait être posée à l’occasion de la réforme des institutions. Le défaut d’indépendance des magistrats administratifs, qui sont avant tout des fonctionnaires, ainsi que la double compétence du Conseil d’État, à la fois conseiller du Gouvernement sur la rédaction des actes administratifs et juge de la légalité de ces mêmes actes, a conduit ces dernières années à une multiplication de recours contre la France devant la Cour européenne des droits de l’homme qui ridiculisent notre pays[1]. À cet égard, et sans même évoquer la question des nominations au tour extérieur, les fonctions du commissaire du gouvernement, qui ne représente pas le Gouvernement mais s’exprime devant les juridictions en dernier sans qu’il soit possible de lui répondre, sont révélatrices de l’anomalie que constitue aujourd’hui le fonctionnement de la justice administrative française. Il s’est donc déclaré en faveur d’une clarification du rôle et de la situation du Conseil d’État dont la fonction juridictionnelle ne doit pas être consacrée par la Constitution. »


Pour illustrer mon propos je me permets de citer les déclarations de monsieur Pierre Carle associé propriétaire du Château Croque Michotte à Saint-Emilion qui, à défaut d’être toujours juridiquement pertinentes, sont significatives de la défiance du justiciable vis-à-vis de la justice administrative : « Dans ses conclusions le Commissaire du Gouvernement chargé de défendre l’administration, a rejeté toutes les démonstrations des avocats des viticulteurs. Mais il l’a fait avec une prudence de chat et un luxe de précautions. Et surtout il n’a, à aucun moment, fait appel à la loi, aux textes de loi votés par les représentants du peuple. Le Commissaire du Gouvernement n’a pu se reposer que sur des jurisprudences. Saluons au passage la performance de ce représentant de l’Etat qui, voulant à tout prix défendre l’administration, est allé rechercher jusqu’à près de cinquante ans en arrière les jurisprudences les plus inattendues que les juges de l’époque se sont donnés beaucoup de mal à rédiger afin de justifier – quoi ? des erreurs administratives qui auraient dû être annulées par les textes votés par le Parlement ! Ajoutons que nous n’avons pas le loisir d’aller vérifier ces jurisprudences qui concernaient des décisions administratives bien loin de notre problème de classement. Mais il est à parier qu’un examen approfondi de toutes ces décisions montrerait que toutes ces jurisprudences ne sont pas logiquement applicables dans nos affaires. Ces jurisprudences sont censées justifier des mesures de rétroactivité, accepter des conflits d’intérêt, accepter l’opacité des procédures de classement sous le couvert de souveraineté de la Commission ».


Privatiser la procédure de classement est la seule solution moderne


L’INAO n’a rien à faire dans cette galère. L’Institut doit être le garant des règles fondamentales de nos appellations non la caution d’une compétition dont le résultat pèse sur la valeur du vin. C’est donc au Conseil des Vins de Saint-Emilion de remettre l’ouvrage sur le métier, de proposer une nouvelle procédure se fondant sur un contrat privé auxquels les compétiteurs souscriront s’ils souhaitent participer à la compétition et surtout de prévoir en cas de conflits ou de contestations une procédure d’arbitrage, plus réactive et plus rapide, dont les décisions ne seront pas susceptibles de recours au contentieux. La puissance publique n’a pas à s’impliquer dans des procédures qui ont pour résultat d’influer sur le cours économique des choses. Sans doute va-t-on m’accuser d’être totalement iconoclaste et de m’occuper de ce qui ne me regarde pas mais ce n’est que mon point de vue, il n’engage que moi mais une véritable rénovation juridique de ce type de procédure s’impose. Nous qui donnons des leçons à la terre entière, avec un soupçon d’humilité et de pragmatisme, en nous engageant sur cette voie, nous nous épargnerions de nous faire taxer d’inventer des usines à gaz qui accouchent de situations aussi incompréhensibles qu’inextricables et de pénaliser les entreprises qui se retroussent les manches pour porter plus haut leur vin et ainsi l’appellation toute entière.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 00:02

Rassure-toi Jacques en te qualifiant de Merveilleux je ne te range pas dans la catégorie des « incroyables » et des « merveilleux » née sous le Directoire de la frénésie de jouissance post-Terreur. D’ailleurs, la majuscule marque la différence. En effet, enfant et adolescent, dans ma Vendée des maîtres, j’éprouvais une réelle fascination pour leur patronyme à rallonge. Ils sonnaient bien. Montaient et descendaient, tels des montagnes russes : de Tinguy du Poët, Boux de Casson, de Baudry d’Asson, de la Lézardière, Morrisson de la Bassetière…Des noms qui venaient de loin,  de l’Histoire, qui fleuraient bon le fief et le métayage. Paré de tels joyaux je ne pouvais que passer mon bac Philo à l’Institution Amiral Merveilleux du Vignaux aux Sables-d’Olonne. La classe non, ça pète mieux que le LEP de la ZUP de Garges-lès-Gonesse… Alors, lorsqu’il s’est agi de trouver un titre à ma chronique sur mes impressions de lecture de ton livre « Choses bues », chez Grasset, face à la baie de Tiuccia, l’illumination m’est venue plus naturellement que la sobriété à Hervé Chabalier d’accoler à ton patronyme officiel Merveilleux du Vignoble. Ça te va très bien je trouve cher Jacques Dupont du Point.


 

 

Merci tout d’abord d’avoir écrit. Je m’entends et j’espère être compris, ton livre, dans sa forme, révèle de belles qualités d’écrivain, il est comme ces grandes bâtisses d’autrefois, plein de vastes pièces lumineuses et de recoins mystérieux, on s’y sent très vite bien, ta maison d’intérieur, c’est si rare dans ce genre d’exercice, que je me devais de le souligner. Derrière les lignes, au-dessous, tout autour, sous la peau d’un style enlevé, j’ai à tout moment senti ta patte, ton empreinte. Moi qui n’ai pas un nez aussi sensible que le tien, cher Jacques, je pense en revanche avoir le sens de la matière, de sa richesse, celle qui donne de l’épaisseur, de la profondeur, absorbe la lumière et fait la différence entre de la peinture et une œuvre originale. Ton livre, lui aussi, prend bien la lumière. Il a de la tenue, de la retenue, c’est pour moi de la belle ouvrage de plume. Que tu aies participé à l’aventure de la « radio libre » : Lorraine Cœur d’Acier n’a rien d’étonnant, tu es un homme de cœur et de fidélité en amitié. Certains vont ricaner, ironiser qu’en tant qu’ancien enfant de chœur je manie sans vergogne l’encensoir. Procès facile, tout comme celui qu’ont instruit ceux qui m’ont accolé les plus « viles étiquettes ». N’exerçant pas le métier de critique je fais parti de ceux qui n’évoquent, auprès de leurs amis, que ce qu’ils aiment : films, expositions, livres, restaurants, et vins bien sûr. Éreinter un livre minable ou un film « je me regarde le nombril pendant 2 heures » n’est pas ma tasse de thé, je laisse la besogne aux écrivains ratés ou aux réalisateurs rentrés.

 

Ceci écrit, je n’ai « aucune honte » de dire que Jacques Dupont fait parti de ceux, forts rares dans sa profession – beaucoup se sont ralliés depuis – qui dès la sortie de mon fichu rapport, l’a lu et a compris ce qu’il préconisait pour nos vins de France. Comme lui je suis fidèle en amitié mais accordez-moi le crédit que ça n’ôte en rien de la liberté à ma plume. Ce livre promenade personnelle je vous recommande de le lire car il vous donnera envie d’en être, sans être pour autant être un spécialiste, un raseur pédant, et surtout quelqu’un qui s’excuse de son inexpérience, de flâner au gré de votre bon plaisir, de rencontrer des hommes et des femmes passionnés, intéressants, de partager des plaisirs simples avec eux ou avec des amis autour d’une bonne table avec de belles bouteilles dessus. La vie quoi, simple et dépourvue d’affèteries. Certes l’ami Jacques fréquente des gens de la haute, comme on disait chez moi, monsieur le « barong » et autres propriétaires châtelains(en rendant hommage aux maîtres de chai, Jacques donne de la chair à une catégorie qui m’est chère : les vins de salariés) et ses croquis des médocains m’ont rappelé un dîner, chez l’ami Bruno Prats, à Cos d’Estournel, organisé par l’Union des Grands Crus du Médoc à l’occasion d’un déplacement d’une poignée de futurs énarques. C’était sous Giscard et ce fut un long lamento sur la dureté du temps. Même que JL Bourlanges – futur ex-star Bayroutiste – en fut tout bouleversifié.

 

Dans son livre, Jacques Dupont assume des positions que bien peu de ses confrères n’osent même pas aborder comme le « petisme », concept du sociologue Gérard Mermet, « un mal bien français qui fait toujours préférer l’artisan à l’industriel, le malchanceux au veinard et dénigrer la réussite » ou la défense du métier de commerçant « je sais, ce n’est pas poli de mettre en parallèle commerce et vin. C’est en somme brader l’art chez le mercantile. Tout créateur se doit en France de finir comme l’homme à l’oreille coupée, seul et dans la misère. Celui qui réussit est douteux. » Courageux mais aussi pertinent, plus particulièrement sur le terroir « j’ai plutôt tendance à trouver ringards tous ceux qui n’ont du mot terroir qu’une définition naturaliste, comme si celui-ci était le fruit d’une sorte de génération spontanée. Le terroir béni des dieux, créé de toute pièce par Dame Nature qui en aurait fait don aux hommes, me donne envie d’aller me coucher. C’est de la philosophie de syndicat d’initiative. Ou pour dire vrai, ce terroir-là n’existe pas. »Et le Jacques de se référer à Ernest, pas le YOUNG qui vend ses écrits au prix du caviar, mais le RENAN répondant à la question « Qu’est-ce qu’une nation ? » qui procède par élimination pour en arriver à affirmer « l’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours » Alors va pour une définition moderne du terroir comme un « plébiscite permanent » cher Jacques.

 

Aubert de Vilaine, Jean-Michel Cazes, Paul Avril et bien d’autres moins connus, Jacques Dupont côtoie ce qui se fait de mieux dans le monde du vin et c’est un peu malice de ma part que d’avoir titré ma chronique : Merveilleux du vignoble. En effet, moi le tâcheron public, qui aie plus fréquenté ceux qui font profession de « défendre » le vin que ceux qui le font loin des estrades ou des antichambres ministérielles, ma vision du monde du vin est un peu plus proche du terre à terre de la réalité des ODG, des réunions interprofessionnelles, du comité national de l’INAO, des AG des zinzins et des bouzins, et de tout ce petit peuple des coopérateurs bien vite jetés dans le même sac du désintérêt pour leur vin collectif. Les réunions à la salle communale de Maury ou de Matha permettent plus que  la dégustation des primeurs de toucher au plus près la vie des gens d’en bas. À chacun son métier, et sous ma plume ce n’est qu’un léger reproche, cher Jacques, mais les gars de la coopé d’Embres&Castelmaure ou de la coopé de Tain ou de Sieur d’Arques, sont tout aussi valeureux que bien des vignerons qui occupent les feux de la rampe. Mais j’en conviens ton livre n’avait pour vocation d’aborder les « misères » de notre viticulture. Comme je sais que mon combat pour que notre grand pays généraliste du vin fasse bien et bon, à chacun de ses étages, je suis persuadé, comme tu le fais depuis des années dans le n°spécial du Point, lorsque tu reprendras ta plume pour nous offrir un nouveau livre, tu iras aussi à la rencontre de cette France du vin parfois bien irritante.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 2 septembre 2008 2 02 /09 /Sep /2008 00:01

 

Même si certains pensent que je suis le roi du baratin l’histoire qui suit est une histoire vraie. Pour vous prouver ma bonne foi je pourrais citer à la barre des témoins de haute volée qui sont par ailleurs les acteurs de cette histoire. Mais, pour ne pas compromettre leur réputation, je ne les appellerai pas à la rescousse et ne vous dévoilerai pas leur CV. Que du beau monde nous avions, en cette fin d’après-midi-là, invité sur les hauteurs d’Asnières, tout près de la gare de Bécon-les-Bruyères chère au cœur du grand Emmanuel Bove. Au 5ième et dernier étage, sur une splendide et vaste terrasse, notre hôte, homme du vin, compagnon gourmet de mon bref séjour sur le port de Gennevilliers, et son épouse, nous accueillaient pour ce que je voulais être – mégalo je suis – une grande et belle dégustation de rosés d’été. Le panorama nous dévoilait les joyaux de notre ville capitale. Nous nous extasions. Tout le monde était à l’heure, sauf notre Murielle du 15iem. Ça sentait la fin de cycle, tout ce petit monde fourbu aspirait aux vacances et je me disais que le natif d’Asnières avait eu raison de préciser sur l’invitation que la dégustation serait conviviale.

Dans le cercle des invités : 6 mecs et rien qu’une gonzesse, mais quelle gonzesse si je puis me permettre ce type de familiarité. Du caractère, juste ce qu’il faut de provocation de fille, une belle expérience dans le marketing du vin, un zeste de piment dans le monde plonplon des zonzons et un joli prénom qui a une histoire pour moi (lorsque ma sœur attendait son second enfant, persuadée d’avoir une nouvelle fille elle voulait la prénommer Valérie et moi de lui dire : si c’est un garçon ne change pas de prénom. C’est ainsi que mon neveu s’est retrouvé affublé du prénom de Valéry immortalisé par le déplumé de Chamalières). Sur la table, des verres alignés, et la première fournée des 28 bouteilles à déguster. Nous avons adopté une technique de dégustation très innovante, très débridée, speedée, dont bien évidemment je vous tairais les grands principes afin que les grands prêtres qui officient dans les lieux saints ne me vouent pas à la Géhenne et demandent mon excommunication par bulle du souverain professeur Pitte.

L’échantillon était-il représentatif ? La réponse est oui sans contestation. Pourquoi ? Parce que les 2 échantillonneurs sont 2 anciens acheteurs patentés, le premier, un vrai pro, notre hôte, 18 bouteilles, l’autre assez peu fiable, c’est moi, 10 bouteilles. Donc, silence dans les rangs, notre philosophie se résumait à tester des rosés populaires, pas trop chers, ceux que monsieur et madame tout le monde peut acheter au magasin du coin. Tout le contraire de ce que font nos chers confrères qui dégustent des vins qu’il faut aller chercher avec sa petite voiture : pour exemple Régal qui vantait 2 vins dans son dernier numéro et aucun n’était accessible dans la Région Parisienne faute d’être distribué (je n’incrimine pas le vigneron). Bref nous avions 2 vins de table, 18 vins de pays, 7 AOC et 1 espagnol. Au plan régional : Val de Loire 4, Oc 4, Var 4, Ile de Beauté  3, petites zones VdP 2, Bouches du Rhône 1, Bordeaux 2, Sud-ouest 2, Provence 1, 1 Languedoc et 1 Beaujolais. On pourrait nous reprocher la sous représentation des rosés de la Provence AOC par rapport au VdP du Var mais il s’agit d’une pure question de prix (les bons sont chers). Enfin 5 des vins étaient des AB.

Le top départ était donné pour la première série. Le plop des bouchons en cascade, peu de liège, une seule vis, le nectar est servi et les mecs se coltaient au taf dégustatif avec un bel enthousiasme et le professionnalisme qui sied à l’exercice. Et la gonzesse me direz-vous, que faisait-elle ? Elle attendait son heure avec l’air détaché de celle dont attendez une réponse favorable après une cour acharnée et qui va vous éconduire avec le sourire. Allait-elle nous prendre à contrepied ? Aimer les délaissés. Les garçons se délectaient de la lecture de certaines contre-étiquettes qui selon eux raviraient les amis de la CNAOC. Et puis, dans l’entre-deux il y eut un silence, et la sentence de notre « the nana » est tombée, tel un couperet acidulé, sans appel : « moi j’aime que les rosés de mec ! » Emballé c’est pesé. Le message d’une clarté limpide : lâchez-nous les baskets les mecs, cessez d’estampiller le rosé boisson pour filles, ne pensez pas à notre place, faites du vin, point ! Ses très chers collègues, tout en appréciant la beauté du geste, la charriait sur le thème : « tu ne sais pas quoi inventer pour te singulariser… » alors que moi, grand expert es-nana, blanchi sous le harnois, je pensais que l’irruption des femmes dans l’univers bien macho du vin allait vraiment faire bouger les lignes, secouer les certitudes et, comme diraient les mecs, « pas fini de nous en faire baver… »

 

Les séries 2 et 3 furent dégustées sur le même mode endiablé. Votre serviteur collationnait les notes de dégustation. Notre Murielle du 15ème arrivait en compagnie de son mari. Notre hôtesse nous régalait. L’heure était venue de savourer des bulles. J’avais bien sûr apporté du Préambulles. Je prévins notre hôte de son caractère éruptif. Ce fut un geyser qui épandit sa mousse sur le déboucheur qui, avec son humour bien connu, imbibé du nectar sauvage, lâchait « c’est ça les bios… on ne peut pas leur faire confiance… » À notre grand regret nous ne pûmes apprécier le Préambulles qui embaumait la vêture de notre hôte. Par bonheur restait la bouteille de champagne les Rachais de l’ami Boulard. Comme chat échaudé craint l’eau froide on me confiait le débouchage qui se déroulait sans incident. Nous n’étions plus en mode dégustation mais en mode réception : belle surprise, belle unanimité et, que Valérie me pardonne l’appellation un peu triviale que je lui ai collé pour les besoins du scénario, notre gonzesse qui n’aime que les rosés de mec appréciait. Finir en beauté une dégustation débridée me comblait de bonheur. Vacances pour tout le monde et compte-rendu pour la rentrée des classes…

 

PALMARÈS

 

1-     Les préférés (5citations) : Poussin Rose de Sacha Lichine VdP des Sables 2007, le Gamay 2007 de Claude Cogné VdP du Val de Loire, Pink Flamingo 2007 VdP des Sables, Domaine Montrose 2007 VdP des côtes de Thongue, Château Pénautier comte de Lorgeril Cabardès 2007.

2-    Les appréciés (4 citations) : Les Sablonnettes Ceci n’est pas un rosé VdT 2007 Val de Loire, le Grolleau de Joël Hérissé 2007 VdP du Val de Loire, Gris de Gris de Gérard Bertrand VdP d’Oc 2007, Tradition de Buzet 2007 et Château Cajus Bordeaux Clairet 2006.

3-    Les typés (3 citations) : Grenache Grains de cépage Nicolas VdP de l’île de Beauté 2007, En la Tradition Saint Mont 2007, Syrah Un 2007 Caves Commandeur VdP du Var et Domaine la Sauveuse 2007 Côtes de Provence.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 00:00

 

Ce matin je ne vais pas jouer à l'ancien, genre "parrain", celui qui un beau jour de juin 1988 accueillait dans son bureau le jeune et sémillant Alain Berger en provenance de l'INAO pour qu'il prenne en charge le portefeuille des productions végétales, donc la viticulture, au cabinet d'Henri Nallet. Le président de l'INAO m'en avait dit grand bien. Je connaissais le portefeuille puisqu'il avait été le mien avec Michel Rocard et je venais de passer presque trois années à la Société des Vins de France. Les accords de Dublin commençaient à produire leurs effets sur la viticulture languedocienne. Le dossier viticole n'était plus aussi chaud mais se profilait une présidence française à Bruxelles où nous avions l'intention de mettre le dossier de nos AOC en avant. Bref, le jeune homme se révéla plein d'allant et de punch. Il fit son trou avec brio. Son beau parcours le destinait tout naturellement à devenir le directeur de l'INAO. Avec la loi de 1990 nous fîmes le ménage dans nos différentes formes de reconnaissance de l'AOC et intégrions les produits laitiers à l'INAO, puis à Bruxelles les notions d'AOP et d'IGP étaient reconnues pour que nous puissions mettre le dossier sur la table du GATT devenu OMC. Nous avons été des précurseurs même si nos enfants n'ont pas toujours été traités comme nous l'aurions souhaité. Et puis un jour Alain osa dire sur nos AOC vins ce que certains ne voulaient pas entendre dire. On le pria d'aller s'occuper des poissons à l'OFIMER. Par la suite il fit le directeur de cabinet de Jean Glavany Ministre de l'Agriculture qui me passa commande du rapport. Puis ce fut l'Inspection Générale de l'Agriculture, l'Interprofession des Fruits et Légumes et récemment le voici devenu Directeur des Services du département de l'Indre-et-Loire. Beau parcours que voilà et la gentillesse de distraire un peu de son temps pour répondre à mes 3 Questions. Merci Alain.


1ière Question
:
Alain, sans te couvrir de fleurs, car certains m’accuseraient de connivence, tu es considéré, y compris par tes détracteurs, comme un Directeur de l’INAO qui a marqué son passage dans la « vieille maison ». Ta conception de l’AOC t’a value d’aller planter tes choux ailleurs – même si c’était des poissons – alors maintenant que tu fais dans les fruits et les légumes, avec le recul et la distance que ça te donne, livre-nous ton analyse de la dérive des AOC. Pourquoi et comment a-t-on pu en arriver là ?

 

Réponse d’Alain Berger :

J’ai toujours considéré l’AOC comme la plus belle façon de faire parler un territoire, ou, pour être plus techno, un « terroir », fait de son sol, son sous-sol, son climat et de ce savoir faire de générations d’hommes et de femmes qui ont trouvé la meilleure façon de faire vivre en symbiose l’homme et son territoire… La vigne avec ses cépages et ses pratiques viticoles et œnologiques, la production laitière avec ses races de vaches, et ses pratiques fromagères, etc.

 

Mais le respect des terroirs et de l’intégrité de leur expression au travers des produits qu’ils génèrent suppose diversité, hétérogénéité, aléas ; nous sommes trop loin des logiques dites modernes de rémunération qui demandent homogénéité, maîtrise et volume. Cette fameuse mondialisation supposée être l’avenir incontournable de l’humanité a substitué le modèle « Parker » au goût quasi monopolistique, à cette diversité faite d’humilité et d’aléas. Et pourtant, puisque nous sommes plus dans l’univers artistique qu’économique sensu stricto, que de modernité dans ce concept d’AOC. Quand on dit que le principe d’AOC est ringard, ou qu’il constitue un obstacle au développement économique, ce n’est que l’expression d’une profonde méconnaissance de sa réalité : on ne le regarde que selon des logiques « industrielles » de « prêt-à-porter » ! Je maintiens que ce concept reste aujourd’hui le meilleur outil de résistance des territoires à la délocalisation et à la banalisation ; il est le meilleur outil de préservation de la rémunération potentielle de nombreux terroirs.

 

Trop souvent, l’AOC a été décriée alors que son mode d’emploi  n’avait pas été respecté !Quand vous n’arrivez pas à faire fonctionner votre portable, vous ne le jetez pas à la poubelle : vous lisez la notice !

 

2ième Question :
D’après toi, à dire d’expert, de bon connaisseur des hommes et de nos clochers, que faut-il faire pour que notre grand vignoble généraliste puisse conjuguer tous ses atouts, éviter la délocalisation d’une part de la production, boxer à armes égales dans toutes les catégories : des petits aux grands et aux très grands, pour redonner à certaines de nos AOC leur crédibilité ? Les réformes internes engagées vont-elle dans le sens que tu souhaites ? La nouvelle OCM vins va-t-elle profondément bouleverser la donne ?

 

Réponse d’Alain Berger :

J’avoue très sincèrement m’être éloigné de la réalité viticole immédiate et de ses préoccupations du moment. Peut être parce qu’une partie significative de cet univers, comme tu l’as souligné tout à l’heure, m’a demandé de planter mes choux ailleurs. Pour moi, il n’y a pas de solutions universelles, seulement quelques principes de base à respecter : l’AOC n’est pas la solution unique ; elle est, par nature, faite d’exceptions. Le vin « œnologique » a autant de raisons d’être que le vin de terroir. Quand on est « petit », il faut savoir préserver et entretenir son identité sans chercher à vendre sur tous les marchés. La logique de volume doit nécessairement donner la préférence à la marque plutôt qu’au terroir…etc.

3ième Question :
Alain, tu as laissé dans notre petit monde du vin, le souvenir d’un amateur éclairé, d’un bon vivant, dis-nous ce que le vin représente pour toi ? Comment y es-tu venu ? Quels sont tes goûts ? Tes préférences ? Tes coups de cœurs ? Nous allons boire tes paroles. 

Réponse d’Alain Berger :

Comme je l’ai déjà dit, avant d’être un produit, le vin c’est d’abord un terroir, une histoire, des hommes avec leur passion, de la découverte. J’y suis venu par la Recherche, à l’INRA ; je voulais comprendre en quoi le concept d’AOC permettait à des régions de se développer. On me parlait de rente institutionnelle, et j’ai vite compris que c’était beaucoup plus subtil. Il suffisait que des hommes d’un terroir refusent de copier sur leurs voisins, en puisant chez eux leurs potentialités de développement.

 

 Et je suis allé à la découverte des terroirs... En fait, je vais souvent de coups de cœurs en coups de cœurs, même si je reste fidèle à quelques uns. Il s’agit toujours de vins dont je connais le vigneron, en Bourgogne, du coté de la Côte de Nuits, dans les Côtes du Roussillon, en Corse. Aujourd’hui, je découvre de superbes Bourgueil. En revanche, je fuis les vins dits « d’élite », peut être parce que je reste convaincu que la logique du modèle imposé à tous est incompatible avec le respect du concept d’AOC. Je considère que l’univers du vin devrait être une formidable école d’humilité : chacun peut trouver son plaisir, sans être l’amateur dit « éclairé ». 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /Août /2008 00:08

Chloé, après avoir traversé à vive allure la forêt de St Germain et effacé des contrées idylliques telles que Houilles, Bezons, Colombes, sans jamais enfreindre le code de la route, nous fit entrer dans Paris par la Porte d’Asnières. Moi qui l’avais pris de prime abord pour une évaporée déjantée elle se révélait organisée, pleine de sang-froid et surtout très consciente des limites du combat révolutionnaire de nos zozos de la GP. Ma nouvelle liberté, concédée par Marcellin, m’ouvrait des perspectives. Je ne savais pas encore lesquelles mais l’important était d’être disponible pour saisir les meilleures opportunités qui ne manqueraient pas de s’offrir à moi. Pour l’heure je me retrouvais dans ma position favorite : pris en main par une fille border line. Paris, en cette fin d’après-midi, commençait à déglutir ses banlieusards. Telles des fourmis tout ce petit monde des bureaux, en paquets serrés, front bas, regards fermés, se jetait dans les bouches de métro pour gagner les gares de triage. Sans vouloir jouer les sociologues de bazar, je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était eux qui comptaient, que c’était eux qui pesaient, que c’était sur eux que reposaient les contours flous d’une France qui n’avait plus rien à voir ni avec celle des paysans, ni avec celle des ouvriers. Le combat de Flins était aussi imbécile qu’inutile. Nous étions inaudibles, à côté de la plaque, les derniers rejetons dévoyés des grandes croyances du XXième siècle. Tous les angles, les aspérités, le dur se floutaient, les frontières s’effaçaient, le plus grand nombre n’aspirait plus qu’à la bagnole, au week-end, au confort d’un pavillon de banlieue.

 

Les beaux quartiers résidentiels semblent toujours hors la vie, lisses, indemnes du grouillement, de la promiscuité, vides de tout. Nous enfilions des rues paisibles et cossues du Triangle d’or et La Norton, à bas régime, crachotait des sons étouffés. Chloé m’amenait chez l’une de ses copines anglaises, Ossie, qui l’approvisionnait en denrées diverses : fringues et pompes de Carnaby Street et de King’s Road, fragrances exotiques, vinyles des Stones, substances illicites en provenance des States ou d’Amsterdam. Elle me l’avait dit à un feu rouge, place du Maréchal Juin, alors que nous regardions passer une colonne de camions de la gendarmerie mobile qui devait sans doute filer sur le théâtre des opérations. L’appartement d’Ossie, au dernier étage d’un superbe immeuble, immense, lumineux, adossé à une terrasse-jardin embrouillamini de plantes et d’arbres exubérants, donnait le sentiment, avec ses canapés en tout sens, d’être une suite de vastes salles d’attente d’un aéroport futuriste. Peu ou pas de meubles, pas de tables ni de chaises, mais des toiles aux murs, des toiles des plus grands : de Kooning, David Hockney, Jackson Pollock, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Jasper Johns… Ossie trimballait sa grande carcasse très pulpeuse pour une anglaise, dans un sari immaculé. Ses cheveux longs, très noirs, ramenés en une longue tresse qui lui battait le bas du dos, et un maquillage très élaboré, lui donnait un air de danseuse d’un temple dédié à la déesse Jivah. Des bougies et des lampes à huile posées à même le plancher ou sur les plateaux des cheminées, ainsi que des brûleurs d’huiles essentielles, et la musique Rabi Sankhar en boucle, achevaient de nous dépayser. 

 

Chloé me confiait à Ossie avant de se vautrer sur un canapé demi-circulaire pour s’offrir quelques lignes. Ossie affichait une sérénité souriante qui me rendait disponible. J’étais prévenu. Dans l’ascenseur Chloé m’avait gentiment demandé de jouer le jeu. Alors je le jouais avec un réel plaisir. Ossie me conduisit dans la salle de bain, une vaste pièce circulaire dont le centre était occupé par une grande vasque de marbre emplit d’une eau qui exhalait des vapeurs parfumées au bois de santal, et me défit de bas en haut avec beaucoup de délicatesse ce qui m’évita d’afficher une érection. Avec toujours la même grâce elle libérait son corps du sari et la vue de sa nudité charnue me précipitait cette fois-ci dans une vive bandaison. Bêtement je posais mes mains jointes sur mon sexe dressé. Ossie les écartait doucement et, d’une main douce et ferme, elle apaisait mes élancements sans pour autant m’amener à la libération. Nous n’avions échangé aucune parole. Étrangement, une fois que nous nous fûmes plongés dans la vasque émolliente, alors que nos corps étaient quasi enchâssés, je ne ressentais plus l’envie d’aller plus avant. Mon corps relâché se laissait aller à ses caresses et, au risque de vous paraître cuistre, la seule envie qui m’envahissait était celle de dormir. Fort heureusement l’arrivée d’une vraie indienne portant sur un plateau d’argent deux grands verres à orangeade, qui me semblaient emplis de lait, mais c’était du lassi aux pétales de rose, m’évita le ridicule de m’endormir dans les bras d’Ossie. 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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