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Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 00:04

Les écrevisses sauce Nantua mettaient Ange Poli en difficulté, sa cravate réceptionnait en pluie fine les éclaboussures provoquées par un décorticage maladroit. Contrucci, comme les radicaux de la grande époque, ceint de sa serviette de table dont il avait glissé un coin sous son col de chemise, continuait de s’empresser auprès de Chloé comme un sexagénaire en voie d’andropause cherchant désespérément à raviver sa libido. Le Pouilly-Vinzelles manquait de tenue. Franchey d’Espéruche digérait mal la claque d’Angéline mais, en bonne culotte de peau disciplinée, pour qui le chef à toujours raison, fusse-t-il une femme, s’efforçait de ne rien en laisser paraître en cherchant à nouer une conversation suivie avec moi. En dépit de mon aversion naturelle pour ce type de personnage je l’encourageais en acquiesçant poliment à ses propos à l’emporte-pièce. Pour lui, la République, restait toujours la gueuse, alors, sans préméditation, en faisant semblant de prendre Angéline à témoin, je lâchais : « les colonnes infernales de Louis-Marie Turreau, dans la Vendée militaire, ont perpétré un véritable génocide… » Bien sûr, je me gardais bien d'ajouter, car le d’Espéruche devait vomir le communisme plus encore que la gueuse, que le premier à l’avoir écrit, dans « Du système de dépopulation, ou la vie et les crimes de Carrier », c’était Gracchus Baboeuf, père du communisme. Face à la soudaineté et à la brutalité du choc de mes propos à contre-courant, l’ex-lieutenant colonel du 2ième régiment de spahis marocains avalait de travers et virait au cramoisis. Je lui tendais un verre d’eau. Petit à petit, avec dignité et raideur, il retrouvait sa mine blême et la force de me dire d’une voix sourde et éraillée « Vous me surprenez jeune homme, vraiment je suis très heureux de constater qu’il existe encore de vrais nationaux… »

 

À l’instant du choix de notre pitance de luxe, Contrucci, tout en nous laissant consulter la carte, nous avait déclaré avec sa mine de prélat ascétique masquant à peine ses penchants lubriques « si vous voulez bien m’accorder cette confiance je vous propose de suivre mes suggestions… » L’approbation qu’il sollicitait n’était que de pure forme car il était évident que ce cher homme cultivait l’autoritarisme patelin. D’ailleurs, avant même que nous ne répondions, il ajoutait « ici c’est comme à la maison, j’aime que mes convives apprécient ce que j’aime… » avant d’ajouter onctueux « mais si notre belle italienne souhaite choisir elle-même je me rangerai à ses désirs… » Chloé, jamais prise de court, claquait un « mon cher Paul, nos pays – elle se référait à la Corse et à la république de Gênes bien sûr – ont des liens si anciens que ma confiance va bien au-delà de la pure courtoisie, c’est un point d’honneur… » Contrucci gobait avec délice le miellat hypocrite de ma rouée complice. Le badinage semblait être la méthode choisie par monsieur Paul pour nous faire mariner. Ça me convenait bien car, contrairement ce que pensait Contrucci, je n’étais pas demandeur. La vieille fouine du le comprendre car, alors que nous attaquions le lapin à l’Istrettu, arrosé – si j’ose m’exprimer ainsi pour un tel nectar - d’un Château Latour 1947, abandonnant ses assauts, il m’entreprenait sans prendre de gants « mettre Leblond dans notre orbite est vital pour nos affaires. Vous sentez-vous de taille à le mettre au pas ? »

 

Chloé se repoudrait le nez. Un ange passait. Je n’allais pas rendre les armes à monsieur Paul sans lui faire sentir que je détenais, moi aussi, des atouts majeurs dans ma donne « monsieur Contrucci…

-         Paul je vous prie…

-         Paul, sans vouloir vous offenser, un Latour 47 sur un lapin, fusse-t-il à l’Istrettu, n’est pas de bonne politique. Trop méprisant, trop hautain, pour ce petit roturier, sans une once de graisse, fleurant bon le maquis. Voyez-vous, un Côte Rôtie, bien vigneron, sang du terroir, aurait été un bien meilleur compagnon.

Mes deux voisins, je le sentais, n’en croyaient pas leurs oreilles, ce devait être la première fois qu’ils entendaient quelqu’un, un blanc-bec de surcroît, tenir tête à leur inflexible patron. Angélina, elle, appréciait. Contrucci, lui, sans être interloqué, me fixait avec un certain étonnement. « Voyez-vous, mon cher Paul, si vous souhaitez vraiment que nous entamions une longue et belle collaboration sous les meilleurs auspices, il vous faudra me laisser parfois le choix des armes. Si vous estimez que je ne suis pas de taille je n’en ferai pas une maladie, bien au contraire, tout en respectant vos méthodes, j’ai les miennes et je n’entends pas en changer. Je n’ai jamais porté la serviette de qui que ce soit. Paul, vous êtes un pro que je respecte mais sachez que nous ne pouvons travailler que dans la même cour, d’égal à égal. Pour Thomas Leblond, c’est du menu fretin, nous vous apporterons sa tête et sa signature sur un plateau… »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 00:01

Selon le psychiatre Boris Cyrulnik, spécialiste du comportement animal, la crise financière que nous vivons « trouverait son origine dans la surpâture, une hyperprédation qui a décimé de nombreux mammifères. « En 1916, écrit-il dans le Point, cinq cerfs Sika sont implantés sur l’Ile Saint James près de Vancouver. L’île se révèle un paradis car la nourriture est abondante et l’on n’y croise aucun prédateur. Si bien que, quarante ans plus tard, les cerfs sont au nombre de 500. Jusqu’au jour où brutalement, ils se mettent à mourir au point de presque disparaître. Sans même qu’ils aient été victimes d’une maladie ou d’une catastrophe écologique. C’est un endocrinologue français qui va percer le mystère en découvrant que les cerfs meurent par hémorragie surrénale, provoquée par un excès de stress. En fait, les cerfs se sont tellement bien adaptés qu’ils sont devenus trop nombreux. Le nombre de rencontres fortuites a grimpé en flèche et généré chaque fois du stress, les animaux n’ayant plus le temps d’effectuer les rites de salutation ou les brames indispensables à une coexistence pacifique. »

« Un phénomène analogue est l’origine de l’actuelle crise financière […] La recherche du toujours plus a entraîné la surpâture. L’extraordinaire vitalité de l’économie américaine s’est retournée contre elle en provoquant une fuite en avant financière : on emprunte -on construit -on s’endette ; on monte des entreprise - on se casse la figure - on recommence…A force de mettre du charbon dans la chaudière, on la fait exploser. »

La goinfrerie donc, alors que la séquence médiatique qui a immédiatement précédé l’éclatement de la bulle financière semblait découvrir, avec l’envolée du prix des matières premières d’origine agricole, la réalité de la crise alimentaire : les émeutes de la faim titrait-on. La récession aidant cette grande question est rangée dans les oubliettes de nos préoccupations de bien nourris.

La période qui s’ouvre, celle des fêtes de fin d’année, où la ligne de partage entre la convivialité des petits cadeaux dans les petits souliers et des réveillons entre parents ou amis et la pure goinfrerie d’une consommation purement ostentatoire n’est pas très facile à tracer.

Comme notre beau produit, aussi inutile que nécessaire, participe grandement aux festivités, nous ne pouvons faire l’économie d’une petite réflexion sur ce sujet difficile.

N’étant pas un ascète, ni un cul pincé, et encore moins un père la morale, mais plutôt un jouisseur, je crois pouvoir me permettre de donner, non pas une réponse, mais une manière d’être qui tente de concilier le vrai plaisir et la responsabilité.

Adepte pour les plaisirs de bouche des plaisirs simples : une pomme de terre nouvelle à l’eau avec une noix de beurre salé, un œuf mayo, une tartine de bon pain avec des sardines à l’huile, un plat de coquillettes au beurre, une tomate de saison avec un fil d’huile d’olive, de l’Ossau Irraty avec de la confiture de cerises noires, une Reine de Reinette cuite au four, du riz au lait de vache jersiaise, la liste n’a pas de limites… je revendique le droit, en certaines occasions, qui ne sont pas forcément des fêtes obligatoires, de gravir les échelons pour apprécier des produits d’exception, des produits à l’image de ceux qui les font, des produits où la main de l’homme, présente et précautionneuse, laisse encore sa trace. Je revendique aussi, dans ce monde gris, le droit à la fête. Alors, vous comprendrez, qu’entre les plaisirs simples et ceux que l’on qualifie de plus raffinés, un compagnon s’impose toujours, le vin. Lui aussi, comme la nourriture, n’a nul besoin, pour acquérir ses lettres de noblesse, d’être issu de la cuisse de Jupiter.

Vivre avec nos contradictions, les assumer, à la différence du monde animal pour qui la surpâture est souvent fatale, nous pouvons nous adapter, tirer parti de nos excès et comme l’écrit Boris Cyrulnik « je crois que la grande différence est que l’homme s’adapte au monde qu’il invente jusqu’à la surpâture, alors que l’animal s’adapte au monde qu’il subit et invente beaucoup moins. C’est pour cette raison que nous allons encore une fois nous en sortir. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 00:06

Chers collègues,

 

J’ose vous apostropher ainsi car même si je ne suis, ou plus exactement n’était pour vous, qu’un clanpin avec de la paille dans ses sabots, représentant les péquenots, plutôt porté sur le piccolo qui fait rentrer beaucoup de picaillons dans votre panier percé. François le florentin de Jarnac qu’aimait tant les arts vous a bouté hors du Louvre, malgré les efforts désespérés d’Édouard le byzantin du XVIe, pour vous installer dans un grand machin bâti par un néostalinien, sur l’ancien territoire du pinard : Bercy.


La suffisance fait parti de vos gènes et, les meilleurs d’entre vous sont allés exercer leurs talents en nos belles banques, Daniel Bouton par exemple. Face à nos arguments de représentants d’une économie si réelle, si besogneuse, si bouseuse, vous opposiez la toute puissance de votre credo de la libération des entraves à la concurrence. Ne jamais inquiéter les dieux du marché. Avec les gnomes de l’Union, tels les cabris du Grand Charles, pour nous renvoyer dans nos dix-huit mètres, nous clouer le bec, vous psalmodiez à l’envi : « l’Europe, l’Europe, l’Europe… » Au nom de la non faisabilité communautaire vous avez étouffé dans l’œuf des initiatives qui seraient, en cette période où votre caquet est un peu cloué, d’une grande utilité pour nos entreprises.


Je m’explique. Que lis-je dans le très libéral Figaro : « Il est né le «Fonds stratégique d'investissement français». Doté de 20 milliards d'euros, détenu majoritairement par la Caisse des dépôts, avec l'appoint de l'État, sa vocation sera double : conforter des entreprises saines malmenées par la crise et «sécuriser le capital d'entreprises stratégiques». L'effondrement de la Bourse est en effet propice aux prédateurs. »


Que proposait en juin 1993 les très libéraux rédacteurs de Booz Allen Hamilton dans leurs recommandations pour assurer le développement de la filière vin : « la création d’un fonds d’investissements baptisé FIDEVI »

 

En 2001, page 69, dans mon rapport j’en remettais une louche.

 

Plus récemment j’ai soutenu, sans aucun succès, une initiative de Fonds d’Investissement Interprofessionnel du Vin.

 

Bref, en 15 ans, avec la complicité de certains dirigeants professionnels, chers collègues visionnaires, vous avez réussi à bloquer une initiative qui nous aurait permis d’accumuler une pelote bien utile en ces temps difficiles.

 

Voilà de la belle ouvrage à porter à votre crédit et je ne résiste pas au plaisir de citer la brillante analyse, datant de mars de 2007, de l’économiste en chef de Natixis, Patrick Artus, l’un des vôtres, « les marchés financiers croient n’importe quoi : la liquidité va se raréfier, l’économie chinoise va fortement ralentir, il peut y avoir une récession aux USA, la profitabilité va se retourner à la baisse, la crise du crédit immobilier « subprime »(et les crédits à taux variables) aux USA va déclencher une crise bancaire te financière.

Or toutes ces affirmations sont fausses. La crédulité et l’absence de sang-froid des marchés financiers sont donc remarquables (…) Toutes ces frayeurs sont sans objet. »

 

Comme dirait l'ignoble Bigard au féminin « vraiment vous êtes bons ! »

 

Je vous demande aussi de méditer la lettre qu’adressait à ses investisseurs, en septembre dernier, Andrew Lahde, 37 ans, dirigeant d’un petit fonds californien qui spéculait sur un effondrement des subprimes.

 

« Aujourd’hui je n’écris pas pour jubiler. Eu égard aux souffrances endurées en ce moment par presque tous, ce serait totalement déplacé de ma part. Je n’écris pas non plus pour faire encore quelques prédictions, puisque la plupart de mes prévisions se sont réalisées ou sont en cours de l’être. En fait, je vous écris pour vous dire adieu […]

 

Récemment, en première page de la section C du Wall Street Journal, un gestionnaire de hedge fund qui était lui aussi en train de fermer boutique était cité : »Ce que j’ai appris avec les hedges funds, c’est que je les déteste », disait-il. Je souscris totalement à cette déclaration…Si je me suis lancé dans ce buiseness, c’était uniquement pour l’argent […] Le fait que j’ai pu trouver des idiots à qui leurs parents avaient payés les meilleures écoles et un MBA à Harvard pour être de l’autre côté de mes transactions n’a fait que facilité ma tâche. Je bénis le système qui a propulsé ces gens aux plus hauts postes d’entreprises comme AIG, Lehman ou Bear Stearn et à tous les niveaux du gouvernement […] Aujourd’hui, j’ai décidé de ne plus gérer de l’argent, que ce soit celui d’individus ou d’institutions. La gestion de ma propre fortune me suffit. […] Je cède ma place à ceux qui tentant d’amasser des sommes à neuf, dix ou même onze chiffres. Pendant ce temps ils mèneront des vies minables. Avec leurs réunions qui s’enchaînent les unes derrières les autres, leur agenda rempli pour les trois mois à venir, ils attendront avec impatience leurs deux semaines de vacances en janvier pendant lesquelles ils resteront collés à leur Black Berry. Pourquoi faire ? De toute façon, dans cinquante ans personne ne se souviendra d’eux. »

 

Dur, dur, chers collègues de se faire mettre ainsi le nez dans sa mouise. Bon Prince, je vous dis : « passons tout cela par Pertes&Profits et attelons-nous à bâtir dans le cadre du Fonds souverain, un Fonds Vin pour le développement de nos entreprises du vin, petites, moyennes ou grandes… Je ne vais pas vous faire un dessin tout est écrit : le Crédit Agricole, Unigrains, Sofiprotéol, la Caisse des Dépôts pour constituer le pied de cuve puis, à la grâce des grands chefs du vignoble et du négoce, pour ériger un vrai Fonds Interprofessionnel…du vin » Profitons de l’élan donné, sortons de nos petits pré-carrés insignifiants, donnons-nous les moyens de tenir notre vignoble en confortant ceux qui vont défricher les marchés. Le vin est un produit stratégique.


Je suis têtu. Je n’aime pas perdre lorsque la réalité me donne raison. J’attends votre appel pour que nous remettions sur le métier l’ouvrage. Vous connaissez ma raison sociale, vous avez mes coordonnées, reste plus qu’à passer à l’acte. Je reste à votre disposition. Merci par avance de ce que vous allez faire.

 

Bien à vous.

 

L’ex-pompier de service

 

Jacques Berthomeau

 

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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 00:03

Lorsque je suis arrivé en 1978 à l’Office des Vins de Table, ONIVIT, au 232 rue de Rivoli, rue prestigieuse s’il en était en ce temps-là car elle abritait dans les soupentes du palais Louvre le tout puissant Ministère des Finances. Nous, nous n’étions que les préposés à l’extinction d’un produit en voie de disparition : le vin de table, pompiers impuissants et vilipendés. Dans le tour de table du Conseil de Direction, un homme à l’accent rocailleux de l’Aude, se distinguait en contre-point de l’incontournable Antoine Verdale, président de la CN des Coopératives Vinicoles, audois lui aussi, de Trèbes, il s’agissait d’Yves Barsalou, de Bizanet. L’homme pesait déjà lourd à la tête de la puissante Fédération du Crédit Agricole et en étant l’inspirateur du Val d’Orbieu naissant. Comme j’étais un jeune loup plein d’ambitions - J les 2 audois, chacun à leur manière, me cultivèrent comme une plante en pot. C’est donc Yves Barsalou qui le premier me parla de Marc Dubernet et de l’œnologie et ce nom s’identifiera, d’une certaine manière, pour moi, à la transformation du Midi rouge campant sur son passé en un Langued’oc croyant en son avenir. Je suis sûr que l’ami Pascal Frissant, audois d’adoption, contestera, avec sa plume lyrique, son verbe fleuri, ce souvenir sans doute politiquement incorrect mais absolument pas irrespectueux de l’histoire de ce pays. La parole est donc à Marc&Matthieu Dubernet.


Question N°1
 : Supposons que je sois un jeune bachelier passionné par le vin. Je cherche ma voie Sur le site du CIDJ je lis « L’œnologue, grâce à ses connaissances scientifiques et techniques, accompagne et supervise l’élaboration des vins et des produits dérivés du raisin. Sa principale activité concerne la vinification. Il conseille les viticulteurs dans le choix des cépages et la plantation des vignes. Il surveille les fermentations en cave, le traitement des vins et leur conditionnement. Il effectue des analyses et procède à des recherches technologiques visant à l’amélioration des cépages. L’œnologue peut également être chargé de la distillation ou fabrication des alcools à partir des marcs de raisins. Enfin, connaisseur et expert en dégustation, il participe à la commercialisation des vins en France et à l’étranger. En raison de la concurrence rencontrée désormais par la production française de vin sur le marché mondial, l’œnologue remplit une fonction stratégique pour le maintien ou l’amélioration de la qualité des produits de la viticulture française. »

Présenteriez-vous ainsi votre métier à une jeune pousse Marc et Matthieu Dubernet ?

Réponse de M&M Dubernet : La première chose à dire, c’est que le diplôme d’œnologue reste aujourd’hui un sésame reconnu pour les cadres qui veulent travailler dans la filière vin en France en particulier.

La définition que vous donnez, que nous partageons volontiers, montre avant toute chose la grande diversité des métiers exercés par les œnologues. Ces métiers font appel à des compétences très différentes. On peut alors se demander quel rapport y a-t-il entre l’œnologue analyste de laboratoire, manipulant des techniques analytiques de souvent sophistiquées, et l’œnologue parlant 4 langues, agent commercial d’une grande marque de Champagne ?

La réponse est simple mais bien large: le vin ! , et dans une certaine mesure l’exercice de la dégustation.

En fait le titre d’œnologue est devenu un socle commun générique, auquel pourront se greffer de nombreuses spécialisations, qui sont nécessaires au jeune diplômé qui désire postuler aux postes les plus intéressants.

La conséquence de cette situation est l’indispensable évolution et l’enrichissement du cursus même de la formation des œnologues, qui doit désormais inclure des spécialisations très fortes dans les domaines de la vigne, de la chimie analytique, de l’assurance qualité, du marketing, du droit, ou de l’ingénierie etc.…La réforme engagée récemment qui pousse la formation de 2 à 3 ans (niveau master) va dans ce sens.

Dans une entreprise de laboratoire conseil comme les laboratoires Dubernet, nous sommes fortement concernés par ce besoin fort de spécialisation. Les compétences de notre entreprise sont ainsi multiples :

-         Œnologue conseil : expert en technique de vinification, de travail et assemblages des vins, il a une connaissance précise des marchés, il est une force de proposition accompagne les vignerons et les négociants, dans l’élaboration et le travail de leurs vins.

-         Analyste : les techniques d’analyse œnologiques ont fortement évolué ces 30 dernières années et utilisent des technologies hautement sophistiquées et performantes. D’importantes connaissances en chimie analytiques, et un savoir-faire très pointu sont devenus indispensables pour répondre aux sollicitations d’un marché du vin toujours plus exigeant en termes de sécurité alimentaire.

-         Recherche et développement : nous sommes en permanence attelés à des projets de recherche appliquée pour améliorer sans cesse l’outil de laboratoire, et apporter un service analytique toujours plus complet, rapide, économique et précis.

-         Qualiticien : les laboratoires d’œnologie sont aujourd’hui pratiquement tous accrédité ISO 17025 (équivalent ISO 9000 pour les laboratoires dans le monde entier). Cette accréditation est une marque essentielle de garantie sur la qualité et le professionnalisme des laboratoires d’œnologie, reconnue dans le monde entier.

 

Question N°2 : « Monsieur Seignelet, qui avait assis Bertrand face à lui, donnait à mi voix des leçons d’œnologie, récitait des châteaux, des climats, des millésimes, émettait des jugements, prononçait du vocabulaire : puis il voulut enseigner à son fils aîné le rite grave de la dégustation. » Tony Duvert « L’île Atlantique » éditions de Minuit 2005. Dans le fameux manga « Les Gouttes de Dieu » «  Le héros est présenté comme œnologue alors que manifestement c’est plutôt un œnophile doué et cultivé.

Quel est votre sentiment sur ce glissement sémantique Marc et Matthieu Dubernet ?

Réponse de M&M Dubernet : Savoir parler du vin est un art qui ajoute une dimension culturelle et profondément humaine aux métiers du vin. Il n’est pas réservé aux œnologues qui cependant doivent le faire leur. En revanche, son seul exercice n’autorise pas celui qui le met en œuvre de revendiquer le titre d’œnologue.

Question N°3 : Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ?

Réponse de M&M Dubernet : Cette dimension culturelle et humaine du vin ne peut pas s’accorder durablement avec une forme de pensée unique qui nous serait imposée par telle ou telle forme de globalisation. En prenant du recul, on voit bien que le système de starification n’est finalement qu’un phénomène mis en exergue par la loupe des médias. S’il a permis à quelques domaines de spéculer à la hausse le prix de leurs vins, c’est une bonne chose ! Mais ne nous arrêtons pas qu’à cela…

Les grands vins sont le fruit de la rencontre de cépages, de terroir, d’un millésime, d’un travail de longue haleine du vignoble, et d’une œnologie qui arrive en fin de compte pour aider à révéler les potentialités déjà présentes dans le raisin mûr. Pour nous, il est donc exagéré de dire l’œnologue conseil est « l’homme d’un vin » : il est un élément d’une chaîne de savoirs faire dont chaque maillon est indispensable. L’homme du vin, c’est le vigneron qui a su trouver les justes équilibres, et s’entourer des bons conseils, depuis l’implantation de son vignoble jusqu’à la mise en bouteilles. L’œnologue conseil, en coulisse, accompagne le vigneron dans l’élaboration de son vin, en lui apportant son savoir technique et scientifique.

Une fois le vin fait, le juge suprême reste le consommateur. Si certains peuvent penser que tout est sur l’étiquette, à terme c’est bien le vin dans la bouteille qui compte. Là encore, pas de pensée unique qui tienne. Le bon vin, c’est celui qui donne du plaisir à boire et à partager, au bon moment, et avec les bonnes personnes…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 00:00

"La vente d'alcool sera interdite dans les stations services à tout moment, et non plus seulement entre 22 heures et 6 heures du matin. "

La question posée par cette mesure envisagée par le gouvernement est simple : est-ce que le lieu d’achat influe sur la consommation excessive ?

Le commun des mortels se rend dans une station-service pour faire de l’essence ou du gazole, vérifier la pression de ses pneus, acheter de l'huile ou du liquide pour son lave-glace. Il est rare que madame dit à monsieur ou l'inverse : " chéri va chez Esso acheter du Bonnezeaux..."  Alors, dans quelles circonstances, lors du paiement du carburant, l’automobiliste peut-il être « tenté » d’acquérir une ou plusieurs bouteilles d’alcool ? Pour sa consommation personnelle à domicile car il rentre chez lui, ou pour ne pas arriver les mains vides chez des amis, ou si c’est sur une aire d’autoroute pour profiter d’une offre régionale… Bien sûr, ça n'exclu pas les biberonneurs en solitaire mais le fait d’être au volant ne confère aucune dangerosité à l’acte d’achat car, si c’était le cas, il faudrait interdire aux Grandes Surfaces soit de vendre du carburant, soit de vendre de l’alcool car les consommateurs y viennent avec leur petite auto. La consommation in situ, dans la voiture, en solitaire ou en bande, n’est pas liée au lieu d’achat : l’alcool consommé peut-être acheté n’importe où. Sauf à entrer dans un système de prohibition, ou d’instaurer un permis de consommation, raréfier les lieux d’offre d’alcool n’aura aucun effet sur la consommation excessive : un addict, étant donné la nature irrépressible de son besoin trouve toujours le produit pour l’assouvir. L’exemple des pays à monopole démontre que ce système n’a que peu d’effet sur le développement de la consommation, bien au contraire. À trop jouer sur des associations de pensée simplistes : achat d’alcool par un automobiliste/chauffard à taux d’alcoolémie élevé on détourne l’opinion publique des véritables causes de la consommation excessive.

Dans le même ordre idée j’ai du mal à comprendre que l’interdiction des « opens bars », que j’approuve, se fasse sous une forme qui interdirait « toute proposition gratuite du produit » ce qui équivaut à interdire toute forme de dégustation. Que les « open-bars » soient un « classique des soirées étudiantes qui favorisent le binge-drinking », c’est une évidence. Cependant les données de l'enquête Escapad qui a révélé qu' « au cours des 30 derniers jours, près de la moitié des jeunes de 17 ans disent avoir bu au moins cinq verres d'alcool en une seule occasion », ce qui est la définition du binge drinking", ne signifient pas que ce soit le monopole des soirées étudiantes. Cette d’alcoolisation violente touche tous les jeunes en des lieux les plus divers : caves d’immeubles, la rue, les fêtes privées…etc. à la campagne, dans les bourgades comme les villes. En revanche, le fait de proposer de déguster gratuitement, dans une manifestation commerciale ou au domaine, un produit alcoolisé, en l’occurrence dans la majorité des cas : du vin, outre qu’en général on recrache le produit, ne peut en aucun cas s’assimiler à une incitation à l'alcoolisation excessive ; à l'extrême de ce raisonnement : servir du vin à des amis lors d'un repas à la maison ou offrir une bouteille lorsqu'on est invité pourrait s'assimiler à une pernicieuse incitation à s'alcooliser.

Bref, quand en finira-t-on de laisser à penser à l’opinion publique qu’une lutte efficace contre l’alcoolisme peut se réduire à des mesures de ce type ? L’obsession de la communication : une mesure annoncée occupe l’espace médiatique pendant une période donnée puis est chassée par une autre ou par un évènement et tout le monde l’oublie jusqu’à l’irruption d’un nouveau leurre. Pour exemple, le logo femmes enceintes sur les étiquettes : à quoi sert-il, qu’elle est son efficacité ? Comme le montre si bien le récit du Dr Olivier Ameisen, http://www.berthomeau.com/article-24275011.html

 http://www.berthomeau.com/article-24403391.html ce n’est pas l’accès au produit, ce n’est pas le flacon qui provoque la consommation excessive. C’est l’angoisse, le stress, le mal être, la solitude, les accidents de la vie, l’exclusion qui poussent certains de nous à chercher, à se réfugier, à tomber dans le piège d’un ailleurs qui serait meilleur. Nous ne sommes plus au temps d’un alcoolisme des classes « dangereuses », mais face à une société éclatée, peu solidaire, confrontée aux contradictions de la consommation excessive de tout et, comme le temps que nous vivons, la première crise de la mondialisation, est anxiolytique, substituer à la responsabilité individuelle une responsabilité collective basée sur l’interdit produit plus d’effets pervers que de résultats probants.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 26 novembre 2008 3 26 /11 /Nov /2008 00:02

Le nouveau est arrivé proclame-t-on, sur les murs, cette année. C’est signé Ben la star des trousses, des cahiers, des classeurs, de nos chères têtes blondes, le grapheur du Jaja de Jau. Mais ce nouveau c’est t’y un bizuth, un jeunot qui pointe le bout de son nez en ce 20 novembre ? Pas vraiment, c’est un gars qu’à 57 balais, donc un encore jeune ou un pas encore vieux vu que la retraite chalute maintenant avec les 70 printemps. Oui mais le gars, après avoir connu l’ivresse des stars, ce l’est même pété grave avec banane incorporé, à depuis quelques années, un coup mou, comme Bigard à Hébertot, le trou d’air. Y’ a même des gars de Lyon, un comble, qu’ont écrit un gros mot, qui pour un litron le rapprochait plus de l’étron que des exhalaisons de bonbon : fraise tagada et tout le tralala. En mots plus choisis, même si la bibine du père Bonnet n’est pas très loin, Guirec Gombert, dans le Figaro Vins écrit, lui, « Le beaujolais nouveau a souffert très certainement aussi de sa mauvaise image et sa piètre qualité. Vendu à peine quelques euros dans les grandes surfaces, son image de piquette lui colle à la peau. » Donc, lifting et, comme seuls les communicants savent le dire : « Pour rajeunir son image de marque et limiter la baisse de ses ventes, le beaujolais nouveau s'offre une campagne de publicité géante, signée par l'artiste français Ben » Moi je veux bien qu’il suffit de se faire tirer la peau pour paraître jeune mais il ne faut pas totalement pousser le pépé dans le caniveau. Du Beaujolais Nouveau y’en a du bon, y’en a toujours eu, et ceux qui jettent la « pierre » à Georges Duboeuf sont bien oublieux de tout ce qu’il a fait, et qu’il continue de faire, pour la belle région du Beaujolais. Revenir au plaisir simple, sans excès de fard, de parfums exotiques, du vin quoi, du qui fait la fête, pas chichiteux pour un rond, celui qu’on boit avec du saucisson…

 

Alors, comme vous connaissez mon goût immodéré pour la contradiction alors, ce 20 novembre, après mon labeur épistolaire, je me suis rendu dans le quartier des Grands Magasins, pour goûter le Nouveau de l’Ancien. Rassurez-vous je n’ai pas forcé sur le liquide – je ne suis pas passible d’un carton rouge par les gardiens de ma santé publique – tout bêtement je suis allé à Lafayette Gourmet déguster le Beaujolais Nouveau de Jean-Paul Brun « Terres Dorées » : L’Ancien. L’anecdote que je vais vous conter est authentique et elle rend modeste. Alors que nous goûtions le Nouveau de l’Ancien un monsieur, retraité bien mis, amateur éclairé, accompagné de sa dame, déguste et, à la question de JP Brun « qu’en pensez-vous ? » répond tout de go « je préférais l’ancien… » Nous lui demandons d’expliciter. La réponse est sans ambiguïté : notre homme aimait le goût de banane, de groseille, de cassis… Les goûts et les couleurs ne se discutent pas dit l’adage populaire. Jean-Paul et moi, par acquis de conscience, nous lui indiquons que, l’Ancien, qu’il vient de déguster c’est un certain retour aux origines. Notre homme n’est pas convaincu. Le consommateur est roi alors… En passant, je donne le bonjour à Robert Tinlot qu’il me dit bien connaître. Pour en revenir à L’Ancien, pas celui dont on veut oublier aujourd’hui jusqu’à l’existence, non, celui de Jean-Paul Brun, si vous souhaitez réconcilier vos amis et vos connaissances avec le Beaujolais Nouveau, prescrivez leur une cure du nectar de JP Brun. Il est gaillard son Ancien, pas besoin de lifting, bon pied bon œil, frais comme un gardon, et son nez et son goût de fruit il n’est pas allé les chercher dans une pochette-surprise. Je suis reparti avec la collection complète : le roi du jour le BN (j’adore les clins d’œil : Lu, Brun, BN…) l’Ancien millésime 2007 (dites cuvée des AA par moi, c’est une énigmee de mon cru pour voir si vous êtes attentifs, patience vous aurez la réponse dans une prochaine chronique) et le Côte de Brouilly 2007 Terres Dorées, car je rappelle à tous ceux qui l’auraient oublié le Beaujolais et ses crus on peut en boire tout au long de l’année.   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 00:03

 

Ceux qui me suivent sur cet espace de liberté connaissent mon goût immodéré pour les fenêtres qu’ouvre le hasard sur de belles rencontres. Il en fut ainsi le 10 novembre avec Claire Naudin et Jean-Yves Bizot à Vosne-Romanée. J’en ai même oublié mon écharpe rouge. Sans vouloir me pousser du col je trouve que plus j’avance sur ce nouveau territoire qu’est mon blog plus je suis comme les vieilles vignes : mes racines plongent au plus profond et mes fruits me semblent plus l’expression de moi-même. Donc, à mon retour sur mon cahier d’écolier éléphant j’ai transcrit 3 questions à Jean-Yves Bizot. Restait à les pondre et à convaincre Jean-Yves qui est avenant mais réservé, comme le disent les gamins : il ne se la pète pas. Bien au contraire. Un petit échange de correspondance et les œufs à la neige ont pris (je ne suis pas très mayonnaise sauf pour les œufs mayo). Le résultat dépasse mes espérances. Vraiment c’est du bon. Ceci écrit, Jean-Yves Bizot jusqu’à 14 ans a été « de la ville », Dijon, puis sa famille a aménagé à Vosne-Romanée dans une maison qui servait de maison d'exploitation pour le domaine de des grands-parents, en métayage. Première confrontation, et grand intérêt avec la production du vin. Jean-Yves fait remarquer que pour le vin c’était déjà fait : « merci à mes grands-parents d'avoir su imposé le petit verre à liqueur à chaque repas de famille ». Ensuite ce sont les études universitaires : géologie à Dijon et hydrologie à Lille (DEA). Recherche du boulot et, reconversion en œnologie en 1992 (par bonheur ce ne fut l’informatique…). Première vinification en 1993 et reprise de la part de ses parents en 1995 avec création du domaine Bizot. Ainsi va la vie et merci pour ces réponses Jean-Yves.

 

Question 1 : Jean-Yves Bizot, comme vous le savez je suis un lecteur attentif des Gouttes de Dieu et dans le troisième opus parut récemment en langue française, votre modestie naturelle dusse-t-elle en souffrir, vous êtes cité parmi les meilleurs producteurs de Bourgogne. Je rapporte les propos des auteurs : « Voisin du génial Henri Jayer. Il emploie des méthodes de production naturelles, dont il tire des vins profonds, moelleux et racés. Son « Vieilles Vignes », produit à partir de ceps ayant entre 50 et 70 ans, a un fort potentiel. » Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces méthodes naturelles ?

 

Réponse de Jean-Yves Bizot : Je n’ai encore pas lu les Gouttes des Dieux. Mais s’ils ont des idées comme celle-là, il va falloir que je m’y mette !

Méthodes naturelles : comment peut on élaborer un vin (ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs) suivant des « méthodes naturelles » ? La définition du terme « naturel » dans ce cas s’éloignerait radicalement de la racine du mot. Mais comme il semblerait que personne n’en soit à un antagonisme près dans une locution, il existe déjà depuis longtemps le « naturel dans l’art », voire même « art primitif » qui s’en rapproche puisqu’il est sécrété par les « naturels ». Mais si sous ce vocable il faut comprendre « interventionnisme minimal » sur le vin je suis d’accord. Mais il y a probablement d’autres sens, tout aussi acceptables, et certains contesteront certainement  celui  que j’ai choisi.

Lorsque j’ai repris le domaine de mes parents en 94-95, la question que je me suis posé est celle ci : qu’est ce qui est absolument nécessaire pour faire du vin (rouge) ? J’ai supprimé progressivement tout ce qui était interventions inutiles, habitudes techniques (égrappage, foulage, remontage, pompage, sulfitage...) toutes corrections hypothétiques à des erreurs survenues en amont. Pour finalement me dire qu’aujourd’hui le seul outil vraiment indispensable, c’est la cuve. Et la réflexion, bien sûr. Tout le reste est totalement superflu.

Pour en arriver là, il ne m’a pas fallu qu’un millésime, bien sûr. C’est une approche qui a mûri lentement, basée à la fois sur une formation scientifique et la lecture et l’analyse de vieux textes. J’ai aussi la chance d’avoir un père qui n’a jamais fait de vin, ou plus exactement qui a mis les pieds pour la dernière fois dans une cuverie au milieu des années 50. C’est une source extrêmement intéressante d’informations non altérées par la transformation radicale des moyens de production des années 60-70.

Partant de là, j’ai essayé d’élaborer une méthode très peu interventionniste, assez linéaire, et dont la simplicité apparente cache très bien les pièges cruels qu’elle nous réserve. Il n’y a pas d’égrappage, pas de sulfitage, pas de foulage à l’encuvage, pas de remontages, pas de contrôles (physiques) des températures, pas d’enzymage, pas de levurage, pas de pompage.... juste des pigeages durant les fermentations.

Pour l’élevage, pas de soutirages, pas de filtrations, pas de collages. Un peu de sulfite durant l’élevage si nécessaire, autrement juste avant la mise en bouteille.

 

Question 2 : Dans Bourgogne Aujourd’hui n°47, un titre : Vosne-Romanée : vers un vignoble Bio ? Je vous sais très attaché aux démarches collectives et comme « Il n’existe pas de vin ordinaire à Vosne-Romanée » pouvez-vous raconter aux lecteurs de Vin&Cie comment à partir de 2002, ce qui était alors le syndicat de Vosne, s’est engagé dans la mise en place progressive de la lutte en confusion sexuelle ? Où en est-on à ce jour, avez-vous l’espoir d’une complète éradication ?

 

Réponse de Jean-Yves Bizot : Toute l’appellation Vosne-Romanée est encore protégée contre les vers de la grappe par cette technique. S’ajoute à ce bloc  la partie nord de l’appellation Nuits-st-George, le Clos Vougeot, les Musigny,  et une partie de l’appellation Chambolle-Musigny. Ce doit faire un ensemble d’environ 400 ha.

Cette méthode utilise les phéromones sexuelles des femelles des papillons des vers de la grappe. De ce fait là, les mâles tournent un peu en rond ! Il y a peu de fécondation. La méthode est efficace à 80% voire un peu plus.

Il n’est pas question d’éradiquer ces « parasites » : aucune méthode ne le pourrait. Mais l’intérêt principal, est l’absence d’utilisation d’insecticides. Ceux ci sont souvent toxiques pour d’autres organismes, qui contrôlent par exemple les populations d’acariens phytophages (on se passe aujourd’hui d’acaricides) ou les populations de papillons eux-mêmes.

Je ne sais pas comment cela évoluera à terme, mais peut-être que par ce biais un équilibre naturel pourra se recréer

 

Question 3 : Lors de la conférence de presse qui s’est tenue avant la 148ième Vente des Hospices de Beaune, Rolland Masse, régisseur du Domaine des Hospices, a indiqué que ses vignes étaient en reconversion bio et que « ce n’était pas un choix philosophique, mais une obligation » tout en précisant que le mildiou et l’oïdium restaient des maladies difficiles à gérer dans les conditions climatiques vécues en 2008. Pensez-vous que l’ensemble du vignoble de Bourgogne, comme on le disait dans ma jeunesse à propos du Plan, soumis « à l’ardente obligation » de s’engager sur la voie de pratiques respectueuses de l’environnement ou est-ce le privilège des villages renommés, des 1ier Crus et des Grands Crus ?

 

Réponse de Jean-Yves Bizot : La question me paraît très intéressante, comme je vous l’avais déjà dit. Mais à mon avis, elle comprend deux parties.

Pour répondre à la première partie de la question : je répondrais oui, il me semble que le vignoble est soumis « à l’ardente obligation » de s’engager dans cette voie.

Le choix de Rolland Masse, en dépit du bémol qu’il ajoute, est bien philosophique (quitte à me faire arracher les yeux par les bio purs) : Si l’on considère les risques liés à l’utilisation des produits de traitement, à court terme comme à long terme, a-t-on le droit des les utiliser pour une production qui est totalement inutile ? La question devrait se poser déjà pour les productions vivrières, alors pour le vin ! En réponse à celle-ci, les entreprises de phytopharmaceutiques inventent des molécules efficaces à des doses extrêmement faibles. On arrive aujourd’hui à traiter par exemple 1 ha de culture avec 200g de produit. Mais ce choix stratégique n’est finalement qu’un leurre, une fuite en avant. Les résidus sont non dosables aujourd’hui, mais les molécules sont dans les faits beaucoup plus actives ; en outre inévitablement, elles seront détectables à l’analyse un jour ou l’autre. Il y a bien évidemment une « reconversion » (je n’aime pas trop ce terme qui a ne connotation religieuse, alors quand on parle de philosophie...) à faire, mais on ne pourra pas nier que des progrès ont été fait ces dernières années, au niveau des producteurs eux-mêmes, et des pouvoirs publics : évolution des pratiques, catalogue de produits qui a vu disparaître les plus toxiques ces dernières années. Mais il y a une reconversion à faire aussi au niveau e la recherche elle-même : l’axe principal est la destruction des organismes via une molécule. J’oserais dire que les OGM s’inscrivent aussi dans cette approche : une vieille démarche maquillée de modernisme et de science (et c’est un des deux points essentiels qui me font m’opposer à leur développement).

En 40-50 ans, aucune maladie n’a été éradiquée. Elles ont juste été contrôlées. D’autres voies sont possibles, et personnellement je crois assez aux équilibres biologiques par exemple, sans être totalement utopique. Il n’en reste pas moins que quelques maladies sont difficiles à contrôler, et ce quelque soit le choix du type de traitement.

Mais à quelle échéance ? J’ai quelques doutes que ce soit rapide au regard des formations - formatages dispensés dans les établissements et les commentaires des jurys d’examen vis à vis de toute approche technique qui sortirait un peu des sentiers battus. On pourrait aussi s’interroger sur la pertinence des choix de l’INAO dans les nouveaux cahiers des charges qui imposent 70 % de feuillage sain à la vendange. Sain est un terme non défini, mais si pour arriver à Le satisfaire, il faut passer 12 ou 15 fois dans l’année, et ce qu’elle que soit l’approche technique, nous sommes très loin des orientations du Grenelle de l’environnement. D’autre part, au regard de la sanction, il est bien évident que la prise de risque va diminuer.

C’est la deuxième partie de la question selon moi. Il me semble difficile de prétendre élaborer des produits haut de gamme sans  notion de prise de risque, à tous les niveaux. Sans ce risque, on tombe en plein dans le système de rente et de privilège. La seule justification de nos appellations, finalement c’est que chacun aille chatouiller un peu la queue du dragon. Et économiquement, ce sont effectivement les grandes appellations qui devraient être en tête.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 00:05

 

C’est le Chili qui décroche la timbale du Top 100 du Wine Spectator’s. Les esprits chagrins diront que c’est une entreprise française qui nous détrône (l’an dernier c’était le Clos des Papes Châteauneuf-du-Pape). Pour ma part je trouve dans ce classement que le résultat est bien meilleur que celui de l’an dernier et je me suis livré à quelques acrobaties chiffrées que j’ai présentées sous forme colorée. Bonne lecture en cinémascope. Le classement est consultable sous la rubrique PAGES (en haut, à droite du blog) N°32

 

L’ordre des pays est celui de leur entrée dans le Top. Les chiffres de couleur indiquent le nombre vins dans chaque rang classement. Le dernier chiffre donne le total des vins classés dans le Top 100.

 

RANG de 1 à 10 /de 11 à 20/de 21 à 30/de 31 à 40/de 41 à 50/de 51 à 60/de 61 à 70/de 71 à 80/de 81 à 90/de 91 à 100

 

Chili :                 1+1+0+0+0+0+0+0+0+0  =      2

  

   France :               5+3+5+2+2+3+1+4+2+4  =    31

 

Portugal           1+0+0+0+0+1+0+0+1+1   =     4

 

Italie                 1+2+1+1+2+2+1+3+2+1  =     16

 

Australie         1+1+0+0+1+1+0+0+0+0  =       4

 

Usa                        1+3+4+3+4+0+4+1+1+1  =     22

 

Autriche             0+0+0+1+0+0+0+0+1+2 =       4

 

Espagne               0+0+0+2+0+1+1+1+1+0 =        6

 

Argentine          0+0+0+1+0+0+0+0+0+0 =       1

 

Afrique du Sud  0+0+0+0+1+0+0+0+0+0 =       1

 

Allemagne          0+0+0+0+0+2+0+1+0+0 =       3

 

Nlle-Zélande     0+0+0+0+0+0+1+0+0+0 =        1

 

Canada                  0+0+0+0+0+0+0+0+1+0 =       1

 

Israël                   0+0+0+0+0+0+0+0+0+1 =       1

 

Rappel du Top 2007 même base que ci-dessus :

-         France :           4+2+1+3+2+1+2+3+4+2     = 24

-         Usa :                  3+4+5+3+3+4+3+2+1+3    = 25

-         Italie :               2+1+1+0+0+4+2+2+0+1    = 13

-         Australie :       1+0+0+1+1+0+1+1+1+0      =   6

-         Espagne :         0+2+0+0+0+0+0+0+0+2     =   4

-         Allemagne :     0+1+0+0+1+0+0+0+0+0     =   2

-         Nlle Zélande : 0+0+0+1+0+0+0+0+1+0     =   2

-         Argentine :      0+0+1+0+1+0+0+0+0+0     =    2

-         Chili :                 0+0+1+0+1+0+0+0+0+0     =    2

-         Espagne :          0+0+0+1+1+0+2+0+1+2    =    7

-         Portugal :          0+0+0+1+0+0+0+0+0+0 =     1

-         AFS :                   0+0+0+0+0+1+0+0+1+1   =     3

-         Autriche :         0+0+0+0+0+0+1+0+0+0   =    1

-         Grèce :               0+0+0+0+0+0+0+0+1+1   =    2

 

COMMENTAIRES :

-         la France plus présente : 31/100 au lieu de 22 en 2007 ; présente dans toutes les classes ; 5 dans les 10 premiers (4 en 2007) ; 17 dans les 50 premiers (12 en 2007)

-         les USA en retrait : 22/100 au lieu de 25 en 2007 ; 1 dans les 10 premiers (3 en 2007) ; 15 dans les 50 premiers (18 en 2007)

-         l’Italie progresse : 16/100 au lieu de 13 en 2007 ; 1 dans les 5 premiers (2 en 2007) ; 7 dans les 50 premiers (4 en 2007)

-         l’Australie stagne : 4/100 au lieu de 6 en 2007 ; 1 dans les 10 premiers (1 en 2007) ; 7 dans les 50 premiers (3 en 2007)

-         l’Espagne est stable : 6/100 au lieu de 7 en 2007 ; 0 dans les 1à premiers (idem 2007) ; 2 dans les 50 premiers (idem en 2007)

-         le Chili décroche le trophée mais ne progresse pas : 2/100 comme en 2007 ; 1 dans les 10 premiers contre rien en 2007 ; 2 dans les 50 premiers comme en 2007.

-         l’Argentine confirme : 4/100 (3 en 2007) ; 1 dans les 50 premiers contre 2 en 2007 -

-       l'Autriche avec 4/100 dont 1 dans les 50 premiers confirme sa percée de 2007

-         Le Canada et Israël les petits nouveaux comme l’an dernier la Grèce.  

LES VINS FRANÇAIS :

-         Bordeaux retrouve des couleurs 11/31 dont 3 dans les 10 premiers et 10 dans les 50 premiers (en 2007 3/24 dont 2 dans les 50 premiers)

-         Le Rhône à toujours la cote mais Châteauneuf-du-Pape moins à la fête : 11/31 (10/24 en 2007) dont 2 dans les 10 premiers et 6 dans les 50 ; pour Châteauneuf 3/31 contre 5/24 en 2007 mais 2 dans les 10 premiers.

-         La Bourgogne un peu plus présente : 5/31 (3/24 en 2007) mais le premier n’est qu’à la 26ième place.

-         Le Languedoc place 2 vins dans les 50 premiers.

-         Le Champagne régresse : 1/31 et n’est que 77ième (en 2007 2/24 et un une 10ième place.

Les abonnés : Vieux Télégraphe qui passe de la 20ième place à la 5ième, Château Pontet-Canet de la 34ième à la 7ième, Château Pipeau de la 83ième à la 43ième et le Chablis de William Fèvre de la 96ième à la 87ième

LES PRIX MOYENS des 50 premiers français, américains et italiens :

-         France : 93 $ la bouteille (les Bordeaux tirent la moyenne vers le haut)

-         Italie : 62,5 $ la bouteille

-         USA : 60,5 $ la bouteille

-         Le gagnant Casa Lapostolle : 75$ la bouteille.

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 00:07

Contrucci tenait table ouverte chez Ledoyen. Le personnel le bichonnait, monsieur Paul par ci, monsieur Paul par là, le petit homme sec et noiraud appréciait d’être traité comme un homme d’influence. Vêtu sobrement, arborant quelle que soit la circonstance une cravate noire signe de l’éternel chagrin qu’il éprouvait d’avoir du, il y avait maintenant bientôt dix ans, porter en la terre sacrée de Vico, où reposait tout le clan, sa chère et irremplaçable mère, Laetitia Colonna épouse Contrucci, l’homme qui nous conviait à sa table, n’affichait aucun des signes extérieurs habituels, chevalière, gourmette, montre en or jaune pétant,  des gens de son espèce. Sa seule coquetterie, une Maserati noire, prototype « Frua », conduite par Jo Antonetti son fidèle homme à tout faire. Paul Contrucci se flattait d’être, avec l’Agha Kan et le roi d’Espagne, le seul à posséder une telle limousine. Un peu poussive la mémère avec son petit V6 de 3 litres, celui qui équipera la SM, pour charroyer sa tonne 6. La collaboration chaotique entre les ingénieurs de Modène et ceux de Javel, le double chevron contrôlait le trident, accouchait d’un gros veau. La rumeur traînait dans les milieux bien informés, et le milieu tout court, que, monsieur Paul, se fichait pas mal des chevaux fiscaux de sa conduite intérieure, ce qui motivait son goût pour la « Frua » c’était le moelleux de la banquette arrière, en cuir au grain si fin, si tendre, où il adorait se faire pomper par des nymphettes dont il collectionnait les petites culottes. Avec Chloé, sapée NAP, Neuilly-Auteuil-Passy pour les non initiés, tailleur Chanel, corsage col officier, double rang de perles de culture, sac et escarpins Céline, avec juste ce qu’il faut de piment : ongles carminés, maquillage léger mais rehaussé de lèvres rouge baiser, gourmandes et sensuelles, et surtout, sous sa jupe droite la trace, lorsqu’elle s’asseyait, d’un porte-jarretelles symbole pour les mâles de plaisirs d’alcôve débridés et torrides, nous prenions place à la table favorite de Paul Contrucci qui, sans gaucherie, avait esquissé un baisemain furtif avant de placer Chloé à sa droite.

À quelques pas de nous, le sommelier, très chien truffier bourgeonnant, bedaine pendante, couperose et œil sanguin, grappe d’argent à la boutonnière, déclenchait les premières salves : brut impérial de Moët en des flutes col de cygne accompagné de figatelli tranchée en gros bouts. Contrucci, tout miel, se penchait jusqu’à presque effleurer l’oreille de Chloé tout en lui tendant, entre son pouce et son index manucurés, une rondelle de figatelli « profitez d’un tout petit privilège mon enfant, cette figatellu vient du village, goûtez-là, fermez vos beaux yeux, et c’est la châtaigneraie de Vico qui viendra à vous… » puis, alors que ma compagne, bonne fille, elle qui n’appréciait qu’à demi la cochonnaille, l’enfournait avec entrain, avec une componction d’évêque, il déposait sa petite main velue sur celle de Chloé. À mes côtés, les deux lieutenants de Contrucci, le long et sec François Franchey d’Espéruche, très jugulaire-jugulaire, et le tout rond Ange Poli, plus bonasse, se contentaient d’apprécier en silence le nectar champenois. La seule qui ne goûtait guère le manège de Contrucci, et qui tirait une gueule de trois pieds de long sous sa permanente impeccable, c’était Angéline Labrousse reléguée à la gauche de son cher monsieur Paul. Étrange personnage que cette élégante quinquagénaire, ancienne résistante, patronne inflexible, femme d’influence, intrigante, officiellement maîtresse de Contrucci, mais le Tout Paris savait fort bien que leur relation n’avait rien à voir avec l’oreiller. Ils étaient associés. Associés en montage de coups tordus. L’irruption de notre petit couple dans leur petit jeu, je le sentais depuis l’instant où Contrucci nous avait présenté à elle, manifestement lui déplaisait. J’allais devoir user de tout mon charme pour renverser la tendance.

 

Face à un tel défi il me fallait éviter l’attaque frontale, ruser, déceler le point faible, avant de jouer, tel un adepte du billard, avec les bandes, pour atteindre mon objectif. Cette réflexion me tirait un léger sourire car monsieur Paul avait la haute main sur les salles de jeux de la capitale. Ce bref instant d’hilarité intérieure n’échappait pas à l’œil acéré d’Angéline qui m’entreprenait sur un ton badin : « Vous semblez de belle humeur jeune homme…

-         C’est le Champagne chère madame… il m’inspire…

-         Et si ce n’est pas indiscret, il vous inspire quoi le Champagne ?

-         La légèreté des femmes, le plaisir des dieux, le bon vouloir des rois…

-         Pour vous les femmes sont légères !

-         Pas toutes mais dans ma bouche c’est un compliment.

-         Suggèreriez-vous que les hommes soient lourds ?

-         Ils le sont chère madame…

-         Angéline je vous prie…

-         Pesants, pachydermiques, Angéline, ils pensent avec leurs burnes, sans finesse…

-         En seriez-vous jeune homme ?

Franchey d’Espéruche, la bouche mauvaise et l’œil méprisant, s’agitait à mon côté.

-         Non cher monsieur, j’aime trop les filles, mais ma part féminine m’évite la tentation du tableau de chasse et la mesure de la longueur de ma gaule…

-         Bien envoyé jeune homme…

-         Benoît pour vous Angéline…

-         D’Espéruche vous n’êtes qu’un butor mal dégrossi tout juste bon à apprécier les plaisanteries de corps de garde.

Ange Poli pouffait. Ses gros doigts imprégnés du gras de figatellu marbraient sa flute de champagne. Adepte du Casanis il absorbait, à grandes lampées bruyantes, la cuvée Impériale comme un gamin se siffle de la limonade. Contrucci, tout en malaxant la main de Chloé, semblait apprécier mon côté mauvais garçon propre sur lui. Mon groin, lui, qui n’aime rien tant que fouiner dans la fange bien gluante, transmettait dans le coin le plus reculé de mon cerveau reptilien une intuition qui, au fur et à mesure que l’échange avec Angeline avançait, se transformait en certitude : l’associée de monsieur Paul aimait les femmes.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 00:03

 

« Le Bien public » de Dijon titre : - 26,42 %  la pièce : dans l’incertitude du marché. En un temps où la scansion de l’information  épouse les cours des Bourses de valeurs qui descendent aux enfers la Vente des Vins des Hospices de Beaune en serait-elle réduite à n’être que le pouls des futurs cours des vins de Bourgogne ? « Charité ou marché ? » s’interroge en fin d’article le rédacteur ? Alain Suguenot, maire de Beaune, et président du CA des Hospices, rappelle que « la vente des vins est avant tout une vente de charité. Il ne faut pas l’oublier. » Pour ma part, sans m’aventurer sur un terrain un peu difficile, je partage l’analyse judicieuse d’Albéric Bichot – acquéreur de 70 pièces – qui souligne que l’on revient à des cours plus raisonnables. En effet, souligne-t-il «  les rouges avaient augmenté de 37% en 2007 et on avait constaté une hausse de 54% au cours des trois dernières années. » Pour clore ce chapitre mercanti, dans un système d’enchères internationalisées, en temps réel, par Christie’s, la morosité relative des enchères me semble être à l’image des incertitudes qui planent sur l’économie mondiale.


 

Le grand moment de la Vente, reste, et c’est heureux, la vente à la bougie – comme au bon vieux temps - du tonneau que, depuis 1945, les Hospices de Beaune mettent aux enchères pour soutenir une ou plusieurs œuvres caritatives. On la dénommait « pièce de charité » c’est désormais la « pièce des présidents » : cette année Jean-Pierre Marielle et Michel Blanc, flanqués de Sophie Vouzelaud 1ière dauphine de Miss France, une frêle et volontaire jeune fille affectée d’une surdité de naissance. Cette année cette pièce était un Pommard 1er Cru « Dames de la charité ». JP Marielle soutenant la Ligue contre le Cancer et Michel Blanc lui l’association Enfants d’Asie qui vient en aide à plus de 8000 enfants, orphelins ou en situation de détresse au Cambodge, au Laos, au Vietnam et aux Philippines. Des deux, Michel Blanc, fut celui qui trouva les mots et parut réellement ému lorsqu’il évoqua son voyage à Phnom Penh pour rendre visite à sa filleule de 20 ans.


 

 

Mon voisin, de l’autre côté de l’allée, avait bien avant l’interruption pour la vente de la « pièce des présidents » avait attiré mon attention. L’homme, comme seul savent le faire les écossais, arborait sans ostentation mais avec une élégance surannée, le traditionnel kilt des Highlands, les grandes chaussettes sur des Richelieu gold impeccables. J’avoue que, en loucedé, avec mon IXUS, je l’avais photographié. À ma  décharge j’ai toujours eu un faible pour les écossais lorsque j’allais assister aux matches du Tournoi des V Nations au temps où ils se déroulaient au Parc des Princes. Les France-Écosse se déroulaient toujours dans une ambiance bonne enfant, avant, pendant et après. Les supporters écossais, pour la plupart en costume traditionnels, sont parmi les plus gros buveurs de bière paisibles de la planète. De plus, à l’époque, leur maillot bleu marine frappé du chardon était avec celui des All Black, l’un des plus beaux. Enfin, toujours dans l’élégance « gentlemen farmer » Sean Connery m’a toujours fasciné. Et puis, je dois l’avouer, même si je suis anglophile, leur histoire avec l’impériale Angleterre, tumultueuse puis apaisée, puis de nouveau un peu chahutée me passionne. Et puis arriva le moment fort. Alberic Bichot vint s’accroupir près de mon écossais. Je pressentais que je me trouvais au bon endroit au bon moment. J’avais raison.

 

Les enchères virevoltaient, 20 000 devant, 35000 ici, 40 000 au fond, le commissaire-priseur se prenait pour Karajan, je retenais mon souffle comme si par je ne sais quel sortilège je prenais le parti de mon énigmatique voisin écossais. Ils n’étaient plus que deux, dont mon favori. Un blanc, le temps suspendait son vol, l’enchère à 50 000 et, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que ce serait le prix de marteau de la pièce que je préfère appeler « pièce de charité ». Adjugé à : James Thomson, mon inconnu récupérait une identité. À la tribune, entouré des deux présidents, notre homme, se fendait d’un bref petit speech en anglais. Manifestement mon favori n’était pas du genre à faire étalage de sa générosité. Il avait déjà acquis, en 2004, la pièce de charité, un Mazis Chambertin Grand Cru " Cuvée Madeleine Collignon". Pour ceux d’entre vous qui aimez les comptes sachez que le prix de marteau est HT, s’y ajoutent les frais d’acheteur 7% HT), le prix du fût 520 euros, le prix de l’élevage payé au négociant qui élève le vin et le met en bouteille, qui peut être fixé forfaitairement ou correspondre à un pourcentage du prix de marteau, par exemple 30%. Peu importe, en ce milieu d’après-midi à Beaune une légende était mise à mal, pas celle du monstre du Loch Ness, mais celle que l’on prête à nos amis écossais d’être près de leurs sous. La vente reprenait. Mais qui est-donc ce discret et généreux James Thomson ? J’ai trouvé la réponse sur le Net. Le vous la livre, en anglais of course.


Dr James Thomson O.B.E.


Described by Clarissa Dickson as 'the best restaurateur I know', James Thomson has developed an enviable reputation for creating some of Scotland's most unique hotels and destination restaurants including the Witchery by the Castle, the rooftop Tower and the Prestonfield.


Born and educated in Edinburgh, hospitality was an early passion that saw him open the Witchery in a neglected part of the Old Town in 1979. Despite the demands of his growing business, James is actively involved in a range of quality improvement and charitable initiatives in the wider tourism and hospitality industries. His drive for quality and innovation saw his independent restaurants become the first in Scotland to be accredited as Investors in People and as Company of the Year in addition to a large and ever-growing raft of other awards.


James continues to be an active and enthusiastic ambassador for Scotland, Edinburgh and the wider tourism industries.


Pour les plus curieux d’entre vous la biographie complète de James Thomson http://www.thewitchery.com/bio.html

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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