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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 00:05

 

En ce samedi, premier samedi de soldes, Paris se gèle le cul. Que les bobos, frigorifiés sur leurs Vélib, puissent s’étonner qu’il fît froid en hiver, passe encore, mais que les Neuf Deux (92) à peine sortis du cul de leurs 4X4 pour mener leurs femmes « aux soldes » se permettent de pester contre la soupe grise et salée qui souille leurs Tods impeccables, y’a de quoi virer au Rouge vif. C’est ce j’ai fait, mais en adoptant le Rouge tendance, le seul qui vous réchauffe le corps, l’âme et le cœur, le Rouge du vin Rouge, en me plongeant dans les entrailles d’une de mes librairies fétiches, « Compagnie », 58 rue des Écoles, à deux pas de ce qui fut le Boul’mich de mes jeunes années, et y découvrir, entre autres,  « La coupe d’Eros » qui est le premier tome d’une tétralogie * : L’Or du vin. Le second, me dit-on, sera consacré au vin mystique, le troisième à la vigne et à la vie, quant au quatrième on ne sait pas encore (la tétralogie étant un ensemble de 4 œuvres).

Avant de vous offrir 2 des Vins d’Éros à savourer, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer en amuse-gueules le texte de la 4ième de couverture qui est fort goûteux.

« Plus d’un auteur nous tend ici sa coupe avec le lyrisme d’un qui boit et qui jouit. Si vous êtes de ceux qui croient que toute coupe est bonne à prendre, alors portez cette coupe aux lèvres et passez donc avec gaîté, comme dit l’un d’eux avec une verve un peu raide, « du cul de la bouteille au cul de la beauté ».

Manuelle de Birman a fourragé sous bien des couvertures de toutes les littératures pour nous con, pour nous con, pour nous concocter cette petite anthologie. Elle nous offre en prime à la fin du volume quelques recettes de vins aphrodisiaques qu’elle tient de son vieil oncle, autrefois barman « À la feuille de rose » (maison turque). Les a-t-elle goûtés elle-même tous ces suggestifs breuvages aux noms tentateurs ? Qu’importe ! Nous la croyons sur mots : un vin de figue, un Champagne fulgurant ; ça ne peut-être que foutrement mieux que le vi, que le vi, que le vinaigre. »


VIN FARAMINEUX

 

« Versez dans un broc le contenu d’une bouteille de Faugères. Ajoutez dix grammes de racine de gingembre frais râpée, une pincée de piment (Espelette ou Cayenne), dix grammes de coriandre concassées, cinq clous de girofle, un verre de whisky, deux cuillérées de miel. Laissez macérer dix-huit heures au frais. Filtrez. Servez très frais.

 

CHAMPAGNE FULGURANT

 

Mélangez dans une carafe 2 verres de jus de citron, 2 verres de gin, 2 verres de Cointreau et 2 verres de Champagne. Ajouter une pointe de fenugrec. Servez glacé.

 

Les autres vins d’Éros, au nombre de 4, Vin Noir, Vin de Figue, Vin Jaune *, Vin de Rose sont dans« La coupe d’Éros » publié à L’Archange Minotaure Collection Format du Soleil (Largeur d’un pied d’homme). 10 euros.

 

·        la tétralogie étant un ensemble de 4 œuvres.

·        Le fenugrec plante dont les grains riches en mucilage sont employés en cataplasmes.

 

Petit concours vicieux pour les amateurs, tout aussi vicieux, de vin d’Éros :

1ière Question : quel Faugères conseilleriez-vous pour le vin faramineux ?

2ième Question : quel champagne conseilleriez-vous pour le vin fulgurant ?

Question subsidiaire pour départager les ex-æquo : estimez-vous que je sois un garçon sortable ?

Ne soyez pas raisonnables : répondez !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 00:11

 

Le plus extraordinaire au cours de cette période où se mêlaient le plomb des enragés et l’or pétant des parvenus sur le fond mou d’une classe moyenne désintégrant de l’intérieur ce que les hiérarques néostaliniens du PC, assujettis à la nomenklatura soviétique, et leurs permanents de la CGT, continuaient de qualifier de classe ouvrière, fut le délitement de l’influence de église catholique de France à la fois sur les élites et surtout sur le petit peuple. Les séminaires se vidèrent. Toute une génération de prêtres défroquait. L’irruption du sexe-roi et de l’amour libéré par la pilule autorisée par la loi Neuwirth du 27 décembre 1967 mettaient à mal la chape de sujétion pesant sur les femmes depuis des millénaires. Elles bossaient, revendiquaient le droit de faire des enfants à leur guise, de disposer de leurs corps, de divorcer, de ne plus assurer seule l’élevage des enfants et les tâches ménagères, sapant ainsi les derniers supports de la cellule familiale. Le pompidolisme, avec son enrichissez-vous débridé, ouvrait la voie du déclin des grandes citadelles du contrôle social du peuple : l’Église et le PC. Et pourtant, pour ce dernier, le score mirobolant du pâtissier stalinien Jacques Duclos à l’élection présidentielle de 1969,  4 808 285 voix, 21,27% des exprimés, faisait illusion. Le fiasco du couple improbable Deferre-Mendès-France y était certes pour beaucoup mais les masses amorçaient lentement le grand virage qui allait mener une partie d’entre-elles dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Mitterrand achèverait le travail du côté gauche, Giscard lui, avec son libéralisme avancé, le ferait à droite du côté des bien-pensants quelque peu médusés.

La croisière sur le Mermoz organisée par les fondateurs de la Garantie Foncière : Robert et Nicole Frenkel pour séduire les rentiers de la France profonde, celle qui avait tant aimé Vichy et le Maréchal, de façon caricaturale offrait un échantillon représentatif de cette France éternelle qui osait de nouveau affirmer son attachement aux valeurs du bon monsieur Guizot. Ces petits bourgeois, boutiquiers ou notaires, maquignons ou petits patrons, ralliés bon gré mal gré au grand escogriffe de Colombey, qui après tout, en dépit de son reniement algérien et de ses fantaisies d’indépendance nationale, avait ramené la stabilité et l’ordre, trouvaient en Pompidou un bon syndic de succession. Après la grande peur de mai l’heure était de nouveau au recyclage des bas de laine et des lessiveuses dans la pierre pour les accédants à la propriété.  En embarquant sur le Mermoz je ne pouvais m’empêcher de penser à mes compagnons de mai, les ouvriers des chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire, où le navire fut construit pour l’armement Fabre-Fraisinet et lancé le 17 Novembre 1956 sous le nom du célèbre aviateur Jean Mermoz et, comme avant de passer aux croisières Paquet, en 1965, il fut réquisitionné pour rapatrier les troupes françaises d’Algérie suite aux accords d’Évian, je fis remarquer à Chloé, alias Ingrid Dulong, ma sœur pour les besoins de la cause, que je voyais là un symbole de la France du président Pompe : toute une flopée d’anciens partisans de l’Algérie française allait se goberger sur un rafiot, symbole de la dernière retraite de notre armée d’Afrique, et reformaté par la classe laborieuse en paquebot de croisières d’hiver. En plus, ce pauvre Mermoz en avait perdu au passage son prénom.

C’était l’une de mes dernières lubies, nous allâmes à Marseille, pour nous embarquer, en wagon-lit, un T2, ce qui pour un frère et une sœur n’était pas très convenable. Notre chef de cabine, même si nous ne passions aucune frontière, dans la tradition de la Compagnie des Wagons-Lits, nous avait demandé avec nos billets nos passeports. Lorsqu’il revint préparer nos couchettes il nous gratifiât d’un sourire entendu. Nous dînâmes au wagon-restaurant : potage St Germain, Darnes de saumon Nantua, Brie de Melun, Profiteroles au chocolat, Fourcas-Hostein 70. Servis en gants blancs par un personnel délicieux et attentionné nous engageâmes la conversation avec un couple d’anglais sans âge, les Winslow, plus rosbifs que nature. Ma chère Chloé-Ingrid, jamais en reste dans l’art d’aller au bout de nos rôles,  prenait des airs de petite provinciale évaporée, tout en parlant un anglais très châtié, pour amener Alexandra Winslow sur le terrain des potins de Buckingham. À mon grand étonnement, elles étaient intarissables sur les amours impossibles de la pauvre princesse Margaret avec le capitaine Peter Townsend, pilote de la Royal Air Force, devenu l'écuyer du roi. Tous les ingrédients du scandale, de l’affaire d’État, sont réunis, avec ce roturier de 34 ans, marié et père de deux enfants, qu’elle rencontre à l’âge de 18 ans qui divorcera pour elle. Margaret a alors 25 ans, elle peut dire « oui », mais épouser un divorcé c’est renoncer, au cas où Elizabeth disparaîtrait, à tout droit au trône et aux avantages pécuniaires liés à son statut de princesse royale. Le très coincé Anthony Eden, Premier Ministre, soumis à la pression de  l'Église anglicane, bien sûr hostile à cette union, et au risque de démission d'une partie de son cabinet, temporise car lui est prêt à abolir le Royal Marriage Act datant de 1772, ce qui aurait permis à Margaret d'épouser un homme divorcé. William Winslow, lui, se désintéressait absolument du papotage de ces dames et, en l’observant à la dérobée, je m’apercevais que c’était moi qui l’intéressait.

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Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 00:25

« La femme est l’avenir de l’homme… » écrivait, en parodiant Marx, Aragon, qui aima tant les garçons à la fin de sa vie, dans le bandeau de la première édition du Fou d'Elsa, en 1963. Alors, les Françaises, si belles, si brillantes, si libres… comme le titre Le Courrier International du début d’année, sont-elles l’avenir de notre vieux pays. « Enviées pour leur liberté par le New York Times, admirées pour leur élégance par The Gardian, les Françaises sont un inépuisable sujet de conversation – et de livres * – tant en Grande-Bretagne qu’aux USA » et, comme l’écrit The Independant « en plus elles font des enfants », la France est vice-championne d’Europe de la fécondité juste derrière l’Irlande : « alors que le reste de l’Europe lutte contre la dénatalité, la France assure le renouvellement des générations grâce à une politique familiale généreuse. » écrit le Washington Post.

La bordée de chiffres qui suivent, n’en déplaisent aux hygiénistes compulsifs et aux dispensateurs de peurs en tous genre, montrent à l’évidence, qu’en dépit de ses insuffisances ou de ses débordements, le modèle social français – au sens large, c’est-à-dire incluant les habitudes alimentaires, le mode de vie en général – est pour une large part responsable de la vitalité démographique française. Pour moi, les pousseuses et les pousseurs de poussettes « Mac Laren » que l’on croise partout, enfants de parents baby boomer qui se sont épanouis au cours des foutues « 30 Glorieuses », qui vont certes devoir affronter les effets des ajustements liés à la démission des gouvernants face à la toute puissance de la main invisible du marché, constituent avec leur progéniture un exceptionnel capital humain qui nous permettra de rester un pays sur lequel il faudra compter au sein de l’Union Européenne.

 

Avec 63,392 millions d’habitants, soit 13,6% de la population de l’Union Européenne, la France se maintient au deuxième rang des pays les plus peuplés de l’Union Européenne à vingt-sept, derrière l’Allemagne. Les données de 2006 montrent un excédent naturel record, qui dépasse les 300.000 personnes, « niveau inégalé depuis trente ans » car le nombre de naissances en a connu une hausse (+ 22.500 par rapport à 2005) tandis que le nombre de décès a diminué (- 11.200). Le taux de fécondité, indice stratégique de la vitalité d’une nation, a atteint 2 enfants par femme, tout proche du taux de renouvellement de la population. Enfin, le solde migratoire a légèrement diminué en 2006, avec 90.100 personnes. Notre dynamisme démographique n’enraye pas, pour autant, le vieillissement. En effet la part des moins de 20 ans est tombée de 26,7% en 1994 à 25% en 2006. Tandis que les plus de 65 ans, qui représentaient 15% en 1994, composent 16,2% de la population en 2006. Des tendances qui se poursuivent en 2007 puisque les naissances sont restées vigoureuses (816.500), même si le taux de fécondité s’infléchit légèrement à 1,98 enfant par femme. La population poursuit son accroissement, avec 63,7 millions dont 61,8 en métropole, tandis que le solde migratoire ne cesse de baisser. L’INSEE évoque 71.000 entrées nettes l’année dernière.

Tous les commentateurs le soulignent : « la France présente un destin singulier dans une Europe en prise au malthusianisme. Un destin qui repose largement sur “ces super-Frenchies” que nous envient les USA : des femmes qui font plus d’enfants, travaillent pour la plupart et connaissent une longévité qui impressionne. Leur espérance de vie franchit la barre des 84,5 ans en 2007. Elles sont, avec l’Espagne, en tête des pays de l’Union Européenne ». Face à cette déferlante, la situation des mâles français est moins favorable puisque leur espérance de vie à la naissance : 77,6 ans se situe à peu près au niveau de la moyenne de l’ancienne Europe des Quinze. C’est la Suède qui présente la plus grande longévité : 78,8 ans, devant lItalie et les Pays-Bas. L’espérance de vie des Français se situe au niveau de celle des Allemands, des Irlandais, des Grecs et des Autrichiens. Enfin, sur le versant juridique, le passage devant le maire se raréfie : 274.000 mariages en 2006,  266.500 en 2007 (8 mariages/10 sont des premières unions et les femmes officialisent pour la première fois en moyenne à 30 ans, alors que 10 ans plus tôt, elles se mariaient à 27,4 ans, les hommes eux craquent à 32,2 ans en moyenne. En revanche boom sur les unions libres et le PACS : 77.400 ont été conclus en 2006, 28% de plus qu’en 2005. Entre sa création, en novembre 1999, et 2006, 282.900 pacs ont été contractés et 12,8% ont été dissous. Les divorces ont légèrement diminué en 2006, après le pic de 2005 qui avait accompagné la nouvelle procédure par consentement mutuel. Quand aux risques de rupture sa fréquence est la plus élevée entre la 3ième et la 6ième année du mariage et, à mesure que les unions se défont, la recomposition progresse et contribue, semble-t-il, à la natalité tardive, avec des femmes qui, à l’aube des 40 ans, font plus fréquemment des enfants.

Pour conclure, je laisse la plume à John Lichfield, non soupçonnable, en tant que fils de la « perfide Albion », de nous ménager : « La France est un pays heureux, confiant dans l’avenir, un pays dynamique, qui évolue rapidement, où la société laisse disparaître ses vieilles certitudes sans guère plus de cérémonie qu’un haussement d’épaules typiquement gaulois. Pardon, vous parlez bien de l’hexagone ? […] Le plus étonnant, c’est que lorsqu’on interroge les Français, ils voient majoritairement un avenir calamiteux pour leur nation, menacée par la mondialisation, par une Europe toujours plus tentaculaire, par l’immigration, par la fiscalité, par l’ultralibéralisme et par le réchauffement climatique. Mais ils sont bien plus positifs lorsqu’on les interroge sur leur vie personnelle. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 00:13

Cher Guillaume,

 

Le temps des voyages, des excursions, des balades a-t-il définitivement laissé la place à celui des migrations, celles des fins de semaine, celles des grandes et petites vacances : les fameux chassés-croisés, celles des charters, où, en cohortes serrées, pressées, plus personne ne prend le temps de se poser, de se restaurer ? Alors, dans tous les lieux drainant les grands flux : les gares, les aires d’autoroute et les aéroports, les points de restauration, à quelques rares exceptions, s’apparentent à des boui-bouis, chers, malpropres, proposant le plus souvent une nourriture indigne que même un quelconque Mac Do n’oserait pas servir. Sous le prétexte, souvent justifié, que les voyageurs ne sont qu’en transit, qu’ils ne viennent pas dans ces lieux pour le bien manger, que c’est dans tous les pays pareil, le traitement qu’on nous inflige donne de notre beau pays, qui se vante d’être celui de la bonne chère, une image déplorable.

 Nous qui adorons tant les exceptions, la culturelle surtout, pourquoi – restons modeste laissons de côté les aires d’autoroute, qui me semblent incurables, et les aéroports qui eux ne sont plus que des hubs – ne changerions-nous pas cet état de fait, dans quelques-unes de nos gares emblématiques, des très anciennes si belles comme des nouvelles, ces cathédrales tégévesques labellisées QF, au nom de l’attractivité de la France. Il me semble que ce serait bien plus utile, pour l’image de la France de la bonne chère et du bien boire, que de revendiquer auprès de l’Unesco l’inscription de la Gastronomie française au patrimoine de l’humanité. Vaste programme, belle ambition, mon cher Guillaume, qui ne sauraient buter sur des objections du type : la SNCF a d’autres chats à fouetter que de s’occuper de toutes ces broutilles qui ne sont que des services concédés ou que l’heure n’est pas aux opérations de prestige… car, je te rassure, cher Président du Chemin de Fer Français, dans mon esprit il ne s’agit pas de faire dans le somptuaire – des petits « Train Bleu » en tout lieu – mais de retrouver l’esprit des pionniers des gares et de buffets, d’apporter un plus au service ferroviaire dans la compétition européenne qui s’ouvre. Alors, parlons-en cher Guillaume, réinventons le buffet de gare du XXIe siècle et, peut-être que nous en exporterons le concept.

Afin de te mettre l’eau à la bouche, toi qui es aussi un fin lettré, permets-moi de citer un extrait d’une lettre, qu’Henry James envoyait, le 9 avril 1876, au journal new-yorkais Tribune, dont il était le correspondant, où il dit tout le plaisir que lui a procuré sa halte au buffet de la gare Montparnasse : « J’ai presque honte de dire à quel moment mon amusement commença. Il commença, je pense, dès que je hélai une petite voiture ouverte sur le boulevard et me fis conduire à la gare de l’Ouest – sur l’autre rive, en remontant la rue Bonaparte, d’estudiantine mémoire, puis la rue de Rennes, longue et rectiligne, jusqu’au boulevard Montparnasse. Naturellement, à ce compte-là, avant même que j’eusse atteint Chartres – le trajet dure environ deux heures – j’avais presque vidé la coupe du plaisir. Mais elle s’emplit de nouveau à la gare, au buffet, à l’aide d’une excellente bouteille de vin, que je bus à mon déjeuner. Là, soit dit en passant, se trouve une parfaite excuse pour être ravi par toute une journée d’excursion en France – où que vous soyez, vous pouvez faire un bon déjeuner. Il se peut, certes, qu’il n’y ait pas de buffet, si la gare est très petite ; mais s’il y a un buffet, vous pouvez être sûr que la civilisation – en les personnes d’une sympathique jeune femme vêtue d’une robe noire seyante, et d’un serveur rapide, zélé et reconnaissant – y préside * »

Sillonnant la France des terroirs, des coteaux, des domaines, des châteaux aussi, des climats et des crus, petits et grands,  je suis un grand voyageur habitué de tes lignes mon cher Guillaume et, comme nous sommes au début d’une année qui s’annonce difficile, et que c’est le temps des vœux et des souhaits, permets-moi d’insister sur « le plaisir simple », évoqué par Henry James dans son courrier, que pourrait à nouveau procurer ce lieu d’un nouveau type que sera le buffet des gares du XXIe siècle que nous allons inventer : un atelier du voyage et de la découverte ou de la redécouverte de notre bien manger simple et généreux… Même si, dans ta grande maison d’ingénieurs, on va me prendre pour un farfelu ou un doux rêveur, j’assume auprès de toi qui fus, 127 rue de Grenelle, mon collègue alors que je logeais au 78 rue de Varenne, le caractère iconoclaste de ma proposition. Quel que soit son devenir, plus que quiconque tu sais que « le chemin de fer » a, depuis ses origines, joué un rôle éminent dans « la sainte alliance » entre le tourisme et la gastronomie, alors en ces temps de crise cultiver nos atouts ne peut que nous redonner de l’élan, le moral comme on dit.

Dans l’espoir de te lire, avec mon amical souvenir.

 

Jacques B.

 

* Henry James, Esquisses parisiennes éditions de la Différence, 1994, p.140-141.


Chers lecteurs de Bordeaux et de sa belle région
,

 

Le 13 janvier à 20 h 30 j’animerai en compagnie de : Erik Thévenod-Mottet (Agridea, Suisse), Filippo Randelli, économiste à Florence et Raphaël Schirmer (Bordeaux 3 MA géographe) :

 
Un café géo  qui aura lieu au Café Castan, 2 quai de la Douane (juste à côté de la place de la Bourse, arrêt de tramway du même nom).


Le thème : "Le vin au XXIe siècle, regards sur la modernité (Suisse, Italie, France)"

 

Au plaisir de vous voir. Amenez vos amis, vos copines, votre chef, votre belle-mère, qui vous voulez de toute façon nous lèverons nos verres et nous referons le monde...

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 12:45


Le Vin en 2009    le 2 janvier 2009 par Marc André Gagnon
 
http://vinquebec.com/previsions2009

Que sera le monde du vin en 2009?
Difficile à prévoir? On n'a pas de boule de cristal, mais on détecte des tendances.

La crise économique, la surproduction, les pesticides, les taux d'alcool, les modes, les cépages, les nouveaux emballages, le comportement des consommateurs, voilà autant de sujets d'analyses prospectives. Commençons par celui qui touche le plus le consommateur.

Le vin et la santé

On peut tout de suite dire que les vins d'agriculture biologique prendront un peu plus de place sur notre marché au Québec et en Amérique. La demande est là, mais l'offre est insuffisante pour le moment.

Il y a 87 vins de l'agriculture biologique actuellement dans le stock de la SAQ. Soit 14 de plus qu'en avril dernier. La plupart ne sont pas identifiés comme tels sur les tablettes. Il pourrait y avoir un regroupement ce qui faciliterait grandement la tâche du consommateur.

Toutefois, il semble bien que des gens à la SAQ voient qu'il y a là un marché potentiel en progression. Il se pourrait donc que nous aillions de nouveaux produits bio à nous mettre sur la langue d'ici quelques semaines.

En Europe, devant l'affluence grandissante, le Salon du vin bio de Montpelier doit même déménager dans un édifice plus grand.

Pendant ce temps, les études sur l'effet du vin sur la santé vont continuer à être publiées : on apprend aujourd'hui que trois verres de vin aident à produire des omega-3 (www.winespectator.com).

L'étiquetage, pesticide et collage

Il semble bien aussi que les consommateurs vont exiger d'avoir plus d'informations sur les vins qu'ils consomment. Le vin et la bière sont parmi les seuls produits qui donnent très peu d'informations sur leurs étiquettes. Le consommateur accepte de moins en moins cette exception. Les confitures, même artisanales, doivent énumérer tous leurs ingrédients et autres renseignements alimentaires. Ce n'est pas le cas de nos deux grands breuvages!

Les producteurs et vendeurs de vins disent que leurs produits sont naturels. Ils devront le prouver. On ne les croit plus sur parole.

Est-ce qu'ils contiennent des résidus de pesticides, d'herbicides, de produits de filtration, etc? Les pressions se feront de plus en plus fortes pour qu'ils l'indiquent sur la contre-étiquette. D'ailleurs, les vins européens mis en marché après le 31 mai devront mentionner l'utilisation de produits laitiers ou d'oeufs pour le collage, la clarification ou la filtration. (Directive Commission européenne)

Le nombre de pesticides autorisés dans l'agriculture en Europe a été réduit de 700 à 300 depuis le 1er septembre. Mais 300, c'est encore énorme! Je n'ose m'imaginer ce que ce doit être dans le Nouveau-Monde!

D'ailleurs, les vins bio ne seraient pas exempts de pesticides, surtout si leurs voisins en utilisent. À lire cette information provenant de Belgique qui rapporte la découverte de pesticides dans plusieurs vins, dont certains sont biologiques. (Obiwi) De toute manière, les nouvelles réglementations européennes relatives à la production biologique disent seulement de  «limiter strictement l'utilisation d'intrants chimiques de synthèse aux cas exceptionnels...» (JOEU)

Le soufre

L'utilisation du soufre dans le vin est un sujet qui intrigue énormément le consommateur. L'article de Vin Québec sur le sujet Sulfites dans le vin est d'ailleurs un des plus lus sur ce site.

Les producteurs essaient d'ailleurs d'en utiliser le moins possible. Mais comment le consommateur peut-il savoir qui a été sérieux et qui a été négligent? On va sûrement en discuter encore cette année.

La mode

Dans le domaine de la mode, l'avantage semble vraiment être du côté des vins du Nouveau Monde. Leur marketing était axé sur les vins de cépages depuis quelques années. Ils changent lentement de cap et parlent de plus en plus de vin de terroir. Ils font aussi des efforts notoires du côté de l'emballage, des étiquettes, des capsules à vis et des contenants plus attrayants.

Paradoxalement, la France où il était souvent interdit d'indiquer les noms des cépages sur l'étiquette vient de l'autoriser. On ne sait pas trop comment utiliser ce nouvel élément de marketing. (Une politique du cépage galvaudé). Ne sont-ils pas un peu en retard? Le train n'est-il pas déjà passé?  La France modifie aussi son système des appellations. Système qualifié par plusieurs d'archaïque. Le consommateur ne s'y retrouvait plus. Est-ce que le nouveau système sera mieux?

Dans le monde du vin, il en faut pour tous les goûts. Du fruité sucré au fruité acide, il faut satisfaire tous les palais. On doit produire des vins pour ceux qui recherchent le confort, la continuité, le connu, le régulier; et pour ceux, tels les Québécois, « ces infidèles du vin », comme dit Français Chartier, qui recherchent l'originalité.

Les goûts changent et évoluent. Les modes passent, le consommateur se tanne vite.  Les vins joufflus,  bourrés de fruits sucrés de l'Australie commencent  à lasser, même en Australie.  On se plaint maintenant de la «sameness of Australian wines» (sl.farmonline.com.au), de la routine, du manque de variété... Un vin du Portugal (Setencostas) composé de cépages inconnus (castelao, camarate...) aurait fait tout un tabac en Australie l'an dernier. L'herbacé sauvignon de Nouvelle-Zélande fait même une percée chez son voisin!

En Nouvelle-Zélande aussi on craint 2009. La surface plantée a triplé en 10 ans. Mais en 2008, tout a presque stoppé. (www.nbr.co.nz) De plus, près de 70 vignobles sont à vendre et il y a peu d'acheteurs.

Est-ce la fin de la mode du gros cabernet tannique, du lourd chardonnay boisé et du shiraz confituré? On redécouvre le sauvignon, le riesling, le soave, le sangiovese et les vins plus subtils.

Le blanc pourrait revenir à la mode. À Vancouver, le propriétaire du bar à vin Cru dit qu'il « est facile de reconnaître les connaisseurs à ceux qui commandent du gruner veltliner, du vouvray ou du roussane et marsanne. » (G&M)

Donc, plus d'acidité, moins d'alcool, moins de sucre, plus de finesse. Des vins digestes! Une pointe d'originalité si possible. Un peu de dépaysement.

De la syrah à Bordeaux

Les vins de Bordeaux sont des produits d'assemblage. On pourrait bientôt y ajouter de la syrah et du zinfandel.  Le Syndicat des vins de Bordeaux a en effet demandé à l'organisme de régulation l'INAO de pouvoir tester ces deux cépages en plus du marselan, de l'arinanoa et en blanc du chenin, du chardonnay, du petit manseng et de la liliorila. (Vitisphere)

Le taux d'alcool

Il semble bien que ce ne sera pas en 2009 qu'on verra le taux d'alcool diminué. Il était de 12 % il y a quelques années seulement, il est maintenant de 14 %. Ça en fait des vins quelquefois plus impressionnants en dégustation, mais moins intéressants à table, plus lourds et moins digestes.

En Italie, un oenologue m'a dit qu'il n'y aura pas de retour en arrière. « On ne peut plus produire des vins à 12 degrés. C'est maintenant impossible. On n'a qu'à boire moins. » Les procédés de fabrication, les clones, le climat, les levures, toute la viticulture et la vinification concourent à faire des vins plus alcooleux. « Même si on le voulait, on ne pourrait pas », nous dit ce jeune vinificateur des collines de Toscane.

La crise économique

Le sujet de l'heure! Comment cette crise touchera-t-elle le consommateur? Est-ce qu'il modifiera sa consommation? Possiblement, mais dans quelle direction?

Le producteur, lui, semble déjà touché par la prudence des consommateurs face à une possible réduction des revenus. Les plus affectés pour le moment seraient ceux qui vendent des vins de luxe et étrangement les petits producteurs qui fabriquent les bas de gamme. (Voir Marché du vin - Vers des mutations de production et de consommation, Viti-net) Autre signe : les fabriquant de tonneaux et de planches aromatiques sont aussi déjà affectés par la mévente (blog.charentelibre.com).

Les collectionneurs et spéculateurs du vin se retirent. Ce qui est bénéfique pour le consommateur. Car ces gens font habituellement monter les prix, c'est leur intérêt. Les ventes des encans diminuent. Le prix de certains grands crus de Bordeaux du millésime 2000 a chuté de plus de 50 %, selon le Wine Spectator.

Il est assez évident qu'en cette période d'incertitude économique que le consommateur sera plus prudent. Quelques uns de nos dirigeants nous demandent de consommer plus pour aider à la relance économique. Mais nous ne sommes quand même pas complètement idiots. Aider à la relance économique de qui? De ceux qui ont causé ce marasme?

« Une chose au moins aura été positive, c'est que dorénavant, les banquiers dorment comme des bébés. Oui, parfaitement. Ils se réveillent toutes les deux heures en pleurant. » (closdesfees.com)

Je n'en suis pas certain. Ce sont les premiers que nos gouvernants ont aidés.

Est-ce que le consommateur va acheter moins? Ce n'est pas assuré. Il va sûrement préférer des mousseux à bon prix plutôt que des champagnes (chute de 16 % déjà en octobre). La relation entre qualité et prix va prendre encore plus d'importance. On le voit déjà sur Vin Québec, la section Qualité-Prix est la plus fréquentée. 

«C'est déjà commencé, les consommateurs cherchent des produits de meilleures valeurs à un prix inférieur à ce qu'ils payaient jusqu'ici » dit Shari Mogk-Edwards, vice-présidente de la LCBO. (Citée par Peppi Crosariol du Globe and Mail.) Le succès du vin argentin Fuzion est éloquent. À 7,45 $, il fait un malheur en Ontario depuis son introduction au printemps.  Il est le meilleur vendeur au Québec depuis deux ans.

«Everobody's trading down.» Tout le monde dépense moins, lit-on dans la presse américaine. Mais, ça ne semble pas être toujours le cas. Un article du New York Times d'hier nous rapporte qu'en décembre sur le site de vente en ligne Wine.com que « le prix moyen de vente de la bouteille de vin a diminué de 17 %, par contre le nombre de bouteilles vendues a augmenté de 15 %. » (Buying less expensives wine, and more of it NYT)

En novembre en Ontario, les ventes de vins importés ont diminué de 1 % pendant que celles des VQA ont augmenté de 13 %. (www.stcatharinesstandard.ca)

Certains pays, certaines régions vont tendre à protéger leur maché local et à se fermer aux produits d'ailleurs.

Il y aura un glissement, un déplacement dans les secteurs de consommation. On dépensera moins ici, mais plus ailleurs. En fait, on devrait dire l'inverse : on dépensera plus ici et moins ailleurs; plus à la maison, moins au restaurant. En période de crise, les gens préfèrent maximiser leurs dépenses, donc réduire les dépenses non essentielles. (CFRA)

Surproduction

La surproduction n'est sûrement pas la plus belle chose qui puisse arriver à un pays producteur de vin en période de crise économique. C'est peut-être bien pour le consommateur, mais pas pour le producteur. C'est la situation de l'Australie.

Le président de la fédération des vignerons australiens appelle même à une réduction de la production de 10 à 20 %.

Stephen Strachan affirme qu'on produit trop de vin en Australie « nous sommes en concurrence avec nous-mêmes, nos marges de profits diminuent et la seule façon de ramener nos marges à un niveau acceptable est de réduire le vignoble. » (texte et vidéo sur abc.net.au)

Vente par Internet

Internet va commencer à bouleverser la vente du vin. On pourra acheter des vins via le web dans plusieurs États américains. Au Canada, on pourra faire de même en Ontario et en Nouvelle-Écosse sur wineonline.ca.

L'information sur les vins circule très vite sur Internet. La LCBO dit ne pas avoir fait de publicité pour le Fuzion, l'engouement instantané « grassroot buzz » a été provoquée par les commentaires sur Internet. (G&M)

Que doit faire le chroniqueur en 2009?

Même si vous êtes un adepte de la simplicité volontaire, et s'il faut prendre des résolutions pour 2009, je dirais : recherchez la qualité, recherchez les produits en lesquels vous avez confiance.

Si vous voulez voir des résolutions originales, lisez celles de Fred Tasker du Miami Herald. Il se propose de boire du vin de toutes les régions du monde, même de Cuba et de Colombie-Britannique. Il promet de goûter au vin d'Angleterre. Les journalistes de l'île disent qu'il est bon. M. Tasker répond : « pourquoi pas, s'il est aussi bon que leur nourriture! » Il boira du vin en boîte, du vin des 50 États américains, de l'Alaska, etc.

Des résolutions? Recherchez les vins les plus honnêtes, les moins trafiqués, les plus originaux, les plus « santé ». Cherchez aussi la variété. Comme dans l'alimentation en général : manger un peu de tout, varier. Recherchez les producteurs les plus sincères. Recherchez la qualité. Ne pas se laisser impressionner par le prix. Ne pas baser son jugement sur la première gorgée. Être toujours conscient de la diversité des goûts. Vouloir aimer, toujours douter.

Un beau programme!

Je vous souhaite donc de boire du bon vin et du meilleur en 2009. Bonne année!

  Marc André Gagnon

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /Jan /2009 00:09

Profitant d’un Paris un peu engourdi par la froidure je suis allé voir « Le paysan dans la publicité » une superbe et instructive exposition qu’organisait la bibliothèque Forney abritée dans le magnifique Hôtel de Sens qui est un des rares vestiges de l’architecture médiévale civile à Paris. Il a été construit de 1475 à 1519 sur l’ordre de Tristan de Salazar, archevêque de Sens. Vendu comme bien national, il fut mutilé durant tout le XIXème siècle par les propriétaires successifs : une entreprise de roulage, une blanchisserie, une fabrique de conserves alimentaires, un coupeur de poils de lièvre, la confiturerie Saint James, un dépôt de verrerie… En 1911, la Ville de Paris acheta l’édifice dont l’état de délabrement était extrême. Les travaux de restauration commencés en 1929 ne s’achevèrent qu’en 1961.

En la visitant, j’y retrouvais une part de ma jeunesse : les écrémeuses Alfa-Laval, le tracteur Farmall rouge à roues jumelées, le brabant double de Huard frères et les lieuses des établissements Puzenat du pépé Louis, la moissonneuse-batteuse Class et la presse botteleuse Rivierre-Casalis de mon père, le superguano Angibaud, la potasse d’Alsace, le sulfate d’ammoniaque d’Auby, l’amonitre d’ONIA, et l’Avadex BW « l’assurance orge/escourgeon » de Monsanto distribué par BASF et rodhiagri… Les graphistes, dessinateurs ou photographes nous présentaient « des figures rayonnantes d’hommes de la terre dans des mises en scène champêtres de paysans en couple, d’enfants joyeux et gambadant, de jeunes amoureux, voire d’adultes vieillissants, incarnant tous la joie de vivre, la nature et la famille. Le rapport aux animaux est magnifié… » écrit très justement l’historien Jean-Luc Mayaud dans la préface du catalogue de l’exposition.













L’impôt du sang des soldats laboureurs de la grande saignée de 14-18, les monuments aux morts, la soumission à l’ordre éternel des champs, la « terre qui ne ment pas » chère au cacochyme Pétain, les paysans sont érigés en modèle de citoyenneté, porteurs des valeurs d’un monde préservé, à l’abri des perversions de la ville avant d’être précipités, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans le monde impitoyable de la productivité à l’américaine « si, au milieu du XIXe siècle, un actif agricole nourrit 1,6 personne, son petit-fils en alimente 4,2 en 1910 et ses descendants 5,5 en 1946, 10 en 1960 et 30 en 1983. Cette longue révolution s’opère par la mécanisation et la motorisation du travail agricole, par l’emploi progressivement massif des engrais et des produits phytosanitaires, mais aussi par la sélection des semences végétales et celle du bétail, dont ne sont retenus que les producteurs les plus performants obtenus par croisements avant que soient utilisées les ressources de la génétique et développées toutes les inventions de la nutrition animale. »
















Comme vous pouvez le constater le paysan est un laboureur ou un éleveur, ou les deux à la fois, mais pas un viticulteur ni un vigneron. Le monde de la vigne, du moins dans cette exposition, est absent. Paysan nourricier des habitants des villes, le vin porte encore le poids du cabaret et des classes dangereuses. Lorsque le paysan laissera place à l’agriculteur cher à la « Révolution silencieuse » de Michel Debatisse, père de la cogestion « pour le soutien d’une agriculture conquérante, capable de nourrir le pays et d’occuper, avec les activités de transformation de l’agro-alimentaire, le premier rang parmi les exportations de la France. » Le mythe du petit vigneron, paradoxe de notre secteur que de générer 80% du solde positif de notre balance commerciale agricole tout en laissant accroire, par la vertu de son appartenance à un régime d’exception : les AOC, qu’il est hors du système productiviste. Et puis, à l’orée du XXe Siècle, confronté à des concurrents sans complexe, face au fleuve rouge de certaines AOC régionales, mis en cause par des interrogations sur l’emploi trop massif de produits phytosanitaires, chahutés par les pratiques « modernes » de vinification, le réveil est brutal. Le terroir si souvent chanté enveloppe de sa vaste pelisse une France du vin qui refuse d’assumer ses différences.

Pour ma part, dans la relecture idéalisée que font certains de ce monde engloutit, je ne conteste qu’un point car je l’ai vécu dans ma prime jeune : ce n’était pas mieux avant. Ce monde était dur, inconfortable, le travail y était long et pénible : bécher à la main des billons de betteraves ou de choux n’était pas une geste bucolique, les mauvaises récoltes fréquentes, la cohabitation entre générations difficile, alors quand je lis sous la plume de Mayaud, qui est bien assis sur son fauteuil que « ces images fortes (celles de l’éternel paysan en béret) contrastent avec celles de la facilité que sont censées procurer la motorisation et la mécanisation » je sors mon révolver. Que ça déplaise ou non, aux chantres d’une agriculture paysanne la « modernité » du temps de mon grand-père et de mon père, en dépit de ses excès récents, en ce temps-là libérait les hommes et les femmes des champs. Ils ne recherchaient pas le rendement pour le rendement, ils souhaitaient tout simplement se sortir de leur servitude et de leur angoisse séculaire. La progression continue des rendements du Capelle et des litres de lait de nos braves normandes ont rythmé ma jeunesse alors de grâce ne réécrivons pas l’histoire, assumons-là tous ensemble enfants des villes et enfants des champs, sans stigmatisation outrancière ni naïveté.

Les lois d’orientation de 60 et 62 matrices du « productivisme » ont pour père Edgard Pisani, j’ai fréquenté l’Ecole d’Agriculture de la Mothe-Achard dans ces années-là assis sur les bancs de la même classe qu’un certain Luc Guyau futur président de la FNSEA et maintenant des Chambres d’Agriculture, j’ai commis sur cet espace de liberté une chronique du 21 février 2007 : « l’exploitation familiale »   http://www.berthomeau.com/article-5721595.html  qui explicite à la fois nos oppositions mais aussi ma compréhension de ce qui partait à l’origine d’une bonne intention « la défense de l’exploitation familiale à 2UTH ». Sans vouloir faire de parallèle audacieux : on ne fait la paix qu’avec ses ennemis, et pour ce faire il faut entretenir des passerelles, discuter avec tout le monde, proposer des avancées, j’ose : des compromis, faire progresser des solutions auxquelles adhèrent le plus grand nombre.

J’énerve, je sais !

Mais, pour terminer sur une note plus gaie, comme le disait la mère Denis, présente en vidéo à l’expo, dans la publicité pour la machine à laver Vedette : « C’est ben vrai ça ! ». En codicille de mes regrets catalans : j’ai visionné lors de cette exposition une pub pour les Rivesaltes signée Jacques Séguéla, avec Gérard Lenormand chantant « les gens heureux », rétrospectivement un peu triste…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 00:00

 

Dans ma Vendée crottée, toujours sous l’emprise de la noblesse et du clergé, mes maîtres, qui n’étaient pas les hussards noirs de la République mais les frères de la congrégation de Louis-Marie Grignon de Montfort, dans le cadre champêtre de l’Institution Notre-Dame de la forêt, en m’apprenant à apprendre, sans volonté de faire de moi un singe savant, en mêlant les travaux pratiques à l’étude, m’ont chevillé à la tête une curiosité, des êtres, des choses et des idées, en acier trempé. Chercher, observer, comprendre, réfléchir pour agir… dans tous les moments de ma vie professionnelle je me suis toujours efforcé de suivre cette ligne de conduite.

 

Ma thèse de doctorat, iconoclaste pour un juriste, explorait la distorsion entre le discours de politique économique à propos de la « relance de la filière porc » et la réalité des actions réellement menées. Elle me valut, au retour de mon service national, d’être embauché comme « grouillot » d’une cellule de réflexion à la Direction de la Production et des Echanges du Ministère de l’Agriculture. Moment extraordinaire, où déjà électron libre, mon chef m’envoya d’abord ausculter l’état de la production intégrée de volailles en Bretagne, puis me demanda de répondre à la question : faut-il limiter la taille des élevages hors-sol ? Pour enfin me poser la question à 1000 balles : faut-il instaurer des quotas dans les secteurs du lait et du vin ? Au risque de décevoir les chercheurs « officiels », ceux de l’INRA qui m’ont toujours tenu pour un corps étranger à la communauté scientifique, j’ai toujours répondu clairement aux questions que l’on me posait, non que j’eusse des certitudes, mais parce que s’en tenir à la pure analyse ne produit que de la paperasse.

 

Rassurez-vous je ne vais pas vous infliger le détail de mon parcours mais vous dire :

-         que pour les accords de Dublin sur la viticulture avec Rocard,

-         que pour l’analyse stratégique du négoce-embouteilleur lorsque j’étais à la SVF,

-         que pour la représentativité des syndicats agricoles avec Henri Nallet,

-         que pour la première réforme de la PAC avec Louis Mermaz,

-         que pour l’intégration de la SIDO, que je présidais, à l’ONIC,

-         que pour mes missions de pompiers : Rivesaltes, Cognac… et autres

-         et enfin pour mon rapport suivi du travail de réflexion stratégique « Cap 2010 », je me suis toujours efforcé de : « chercher, observer, comprendre, réfléchir pour agir… »

Pour autant je n’ai pas la prétention d’avoir eu raison seul contre tous, d’avoir mis en avant des propositions intéressantes, d’avoir aidé à faire prendre de bonnes décisions, mais d’avoir toujours mis sur la table de la matière concrète pour la réflexion. Comme me le faisait remarquer un journaliste étranger, à propos de Cap 2010, « vous avez eu le tort de répondre à toutes les questions qui vous étaient posées… » L’inertie, la paresse intellectuelle, le pouvoir des petites et grandes féodalités, le conservatisme de ceux qui ne savent que dire non ou, pire, ne rien dire, stérilisent tout, engluent tout, nous condamnent à subir : « agir plutôt que réagir ! ».

 

Mais me direz-vous pourquoi ce énième plaidoyer pro domo ? Pourquoi cette soudaine effervescence ? Péché d’orgueil, impatience, sans doute un peu des deux, mais surtout exaspération sur deux dossiers : les craintes suscitées par la mention du cépage sur les vins sans IG et l’incompréhension face aux problèmes juridiques inextricables du classement de St Emilion. Entendre à la fois le chœur des pleureuses, qui en temps utile, sur le premier dossier, se sont contentées de ne défendre, confinées dans leurs petites chapelles, que la préservation de leurs droits acquis, et le silence abyssal du club des « on ne peut rien faire » qui se refuse à explorer le champ des possibles sur le second dossier, en effet m’exaspère. Des gens d’en haut et des gens d’en bas, des héritiers qui se chamaillent et mettent le système cul par terre et un petit peuple de vignerons qui subit l’impéritie de ceux qui sont censés mener à bon port leur devenir. Questions d’inégale importance, certes, mais pour les aborder toujours le même état d’esprit consistant à ne pas vouloir faire la part belle à l’intelligence. Pauvreté du temps qui contraste avec l’inventivité, la créativité, l’originalité de celui des pères fondateurs de notre système des AOC. Certains gardiens des temples, qui risquent de devenir des mausolées, vont me tailler un nouveau costard, m’accuser de suffisance, se plaindre que je me pousse du col. Qu’ils se rassurent, mes mots coulent sur du sable sec et, si un jour les faits me donnent raison, je n’en tirerai ni gloire, ni bénéfice mais, à l’heure où l’expertise publique retrouve toute sa pertinence face à la faillite des officines privées, je ne vois pas pourquoi je ne revendiquerais pas le droit d’exercer mon métier.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /Jan /2009 00:09

La séquence commence par une interview première semaine de décembre de Jean-François Moueix, dont la parole est rare, dans le Nouvel Observateur.(PAGES N° 35 : Brève rencontre avec JF Moueix). Il n’y va pas de main morte et à la dernière question de Jean-Jacques Chiquelin : « Peut-on imaginer qu'au printemps il n'y ait pas de ventes en primeur ? » la réponse tombe : « On ne peut l'exclure. Les maisons de négoce qui ne peuvent pas s'autofinancer ou obtenir un crédit ne prendront pas leurs «allocations», les caisses qui leur sont réservées par les châteaux. Si trop d'acheteurs font défaut, il n'y aura pas de vente en primeur. Les propriétaires attendront que les vins soient élevés, mis en bouteilles pour les vendre. Or la vente en primeur est le cordon ombilical du négoce bordelais. Les châteaux vendent d'abord aux négociants bordelais, et seulement après au reste du monde. Si le négoce n'achète plus, adieu la place de Bordeaux, ses négociants et ses courtiers. »

 

Elle continue dans les Échos du 19 décembre : « La crise rattrape les vins de Bordeaux » titre le quotidien économique sous la signature de Bernard Brousté. Je laisse de côté la partie des vins gérée par « des sourds ou des malentendants », en effet «  les transactions viticoles entre la propriété et le négoce ont-elles chuté de 37% au cours de ces trois derniers mois. », j’y reviendrai pour évoquer « l’effet dominos » de cette énième crise bordelaise , pour ne citer que ce qui concerne le haut du panier : « Au surplus, à la différence de ce qui s’était passé dans les années 2003-2006, les problèmes risquent à terme de toucher aussi les grands châteaux. Les gains des banquiers de Wall Street et de la City avaient contribué à la folle envolée des plus grands vins vendus en primeurs. Et certains fonds d’investissement les achetaient même à des fins purement spéculatives. Mais la crise rogne leurs moyens et certains Londoniens remettent même en catastrophe des vins sur les marchés. Dans ces conditions, les négociants de bordeaux et les importateurs qui s’étaient chargés en primeurs 2006 pourraient avoir du mal à les écouler. Pour le millésime 2008, une forte correction à la baisse d’une partie des grands crus n’est donc pas à écarter. »

 

Elle se poursuit par l’annonce dans Decanter de la mise en vente de Château Latour par François Pinault et l’hypothèse, justifiant ce désengagement, développée par François Mauss sur son blog : « Je prends une fiction (qui peut-être réelle) avec Arnault :

-         il achète, grâce à un prêt bancaire, pour 1 Mds d’actions Carrefour ;

-         il passe en garantie à la banque un actif équivalent ;

-         l’action Carrefour diminue de moitié ;

-         malgré les excellentes relations entre Arnault et ses banquiers ceux-ci venir lui demander discrètement d’ajouter un nouvel actif de 500 millions pour « garder » la valeur de leur garantie 

Tu appliques cela à Pinault et tu peux comprendre ce qui se passe actuellement chez ces très riches qui ont de gros prêts. »

 

Je la termine avec Jacques Attali – l’un des rares analystes à avoir vu venir la crise – qui sur son blog imagine deux scénarii principaux :

« Le  plus vraisemblable  

verra  le nouveau président  américain réussir à financer de grands travaux publics par l’épargne chinoise et  pétrolière.  L’Europe, démontrant par une campagne électorale  chaotique son incapacité à parler d’une seule voix,  n’attirera pas les capitaux du monde et s’installera dans la récession, pendant que les pays émergents,  pris dans les rets d’innombrables manifestations de violence (en  Chine, en Inde, en Ukraine, au Pakistan, en Corée, au Maghreb) verront  fuir leurs capitaux et leurs élites.

Le moins vraisemblable

verra les responsables des principaux fonds souverains comprendre que le déficit public américain  est intenable, que le système fédéral de réserve est en faillite, que  l’Amérique ne pourra jamais payer sa dette, que placer ses capitaux en bons du Trésor américain est très dangereux, que plus personne à Washington ne contrôle plus rien, entrainant  une hausse du coût de la dette, une chute du dollar et une faillite de l’état fédéral, suivi d’une hyperinflation planétaire.    

Pour mesurer la façon dont on s’approchera de l’un ou de l’autre de ces deux scénarii principaux,

il faudra surveiller la confiance des marchés dans la capacité d’emprunt de l’Etat fédéral américain ; elle  se mesure à court terme par le taux d’intérêt des bons du trésor (les T bills)  et à long terme par le  prix des options de vente à terme de ces  mêmes bons. Plus ce prix monte, plus le second scénario devient probable.

Et ces prix disent tout :

les  investisseurs ont si peu confiance dans les autres placements qu’ils sont prêts à investir aujourd’hui à 0% dans des bons du Trésor américain.  A l’inverse,  le  prix des options à terme sur ces bons ne cesse de monter. Autrement dit, l’Amérique, considérée comme bientôt en faillite, reste pourtant  l’ultime placement encore  acceptable.  Ainsi, les marchés eux mêmes ne croient plus en l'avenir de l'économie de marché. Et pour une fois, ils pourraient ne pas se tromper. »

Chers abonnés,
Désolé hier une chronique ancienne, juillet 2008, s'est éveillée par l'opération du Saint Esprit et s'est remise en ligne, venant ainsi encombrer votre messagerie sans doute déjà surchargée en ce début d'année. Avec mes excuses. Bonne journée.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 00:05

 

Les pots en entreprise : sujet sensible, mais c’est permis avec l'assentiment du Code du travail : en vertu d'un article datant de 1973, sont tolérés le vin, la bière, le cidre, le poiré... et l'hydromel ! Les alcools plus forts (whisky, pastis, etc.) sont interdits. À titre personnel j’ai de bonnes raisons d’y être sensible : tout d’abord parce qu’une jeune femme venant d’arroser son diplôme d’infirmière avec ses collègues s’est tuée devant chez moi, à minuit, sa voiture s’étant encastrée dans la mienne en stationnement régulier ; ensuite parce que j’ai dirigé un établissement où l’on embouteillait et stockait des vins ce qui posait de difficiles problèmes de consommation des salariés sur le lieu de travail. Selon un sondage « réalisé par l'IFOP auprès de 460 salariés et 400 dirigeants, plus de 90 % des salariés y participent au moins une fois par an et un sur trois avoue lever le coude entre collègues au moins une fois tous les deux mois, si ce n'est toutes les semaines (2 %). La tendance serait même à la multiplication des tournées, à en croire l'association Prévention de la sécurité routière en entreprise (PSRE) » Ces chiffres sont donnés par Les Echos, sous la rubrique TENDANCES : « Des pots d’entreprise plus fréquents mais moins arrosés » et le journaliste souligne que : " Très nombreux en fin d'année, les pots d'entreprise sont bien ancrés dans les habitudes françaises »www.lesechos.fr/management/motiver/4811550-des-pots-d-entreprise-plus-frequents-mais-moins-arroses.htm

Je vous livre les résultats de ce sondage IFOP que je vous recommande de lire avec attention car ils sont présentés manifestement pour « promouvoir l’interdiction des boissons alcoolisées tolérées lors des pots en entreprise. » alors que, comme l’écrit le journaliste « certes, les incidents (insultes, indécence, accidents, etc.) liés à l'alcool restent limités : seuls 19 % des employés en ont déjà constaté ou vécu, et les accidents de la route sur le trajet du retour ne concernent que 22 % des cas observés. » (NB. Il s’agit non d’une statistique mais de déclarations des sondés non vérifiables). La mise en avant de 2 arguments qui touchent, à juste raison, l’opinion publique : la violence et les accidents de la route n’est en rien innocente. Que l’on souhaite faire prendre conscience aux employeurs qu'ils ont une obligation de sécurité à l'égard des salariés qui s'étend au risque routier se justifie pleinement : « en cas d'accident d'un salarié quittant un pot en état d'ébriété, la responsabilité civile et pénale du dirigeant peut être engagée, ce que les juges hésitent de moins en moins à faire. » souligne le journaliste. L'association PRSE est une émanation du lobby routier : FNTR, constructeurs de route comme Colas et assureurs comme AXA qui, bien évidemment, veulent démontrer que la voiture a toujours sa place dans la cité et que la route est sûre. Sans faire d'humour : après un pot dans sa boîte il vaut mieux prendre les transports en commun, encore faut-il que ceux-ci existent. Allions-nous à la SNCF, à la RATP et aux transporteurs urbains pour sauver les pots en entreprise. Sinon le lobbying insidieux va continuer de prôner l’interdit et ce sera un pas de plus dans le rétrécissement des liens sociaux, de la convivialité, de l’esprit de fête…

SONDAGE IFOP

Question aux salariés
: Combien de fois dans l’année êtes-vous sollicité pour participer à un pot ou un cocktail dans votre entreprise... ?

 

Moins de 4 fois par an : 57% entre collègues, au sein des services, 69% à l'initiative de la Direction

 

Question aux employeurs : Selon vous, combien de fois dans l’année un salarié de votre entreprise est-il sollicité pour participer à un pot ou un cocktail, qu’il s’agisse de pots à l’initiative de la Direction ou de pots au sein des services, entre collègues, etc. ?

 

Moins de 4 fois par an 56% des employeurs

 

Plus de 9 salariés sur 10 participent à des pots d’entreprise

 

Question : Lors des pots ou cocktails organisés au sein de l’entreprise, des boissons alcoolisées sont-elles proposées ?

OUI 68% pour les salariés

OUI 82% pour les chefs d’entreprise

 

Lors des pots, 7 à 8 salariés sur 10 sont exposés à l’alcool

 

Question : Selon vous, pour quelles raisons des boissons alcoolisées sont-elles proposées dans ces pots ou cocktails ?

 

Un peu d’alcool participe à l’esprit de fête 69% des salariés 49% des employeurs

C’est une tradition dans l’entreprise 51% des salariés 26% des employeurs

 

Avant tout, l’alcool participe à l’esprit de fête

 

Question : De quels types de boissons alcoolisées s’agit-il ?

 

Des alcools tels que du Champagne, du vin, de la bière, du cidre, etc. 89% pour les salariés et 90% pour les employeurs.

Des alcools tels que des apéritifs ou des digestifs (Whisky, Gin, Vodka, etc.) 28% pour les salariés et 26% pour les employeurs

 

Lors des pots alcoolisés, plus d’¼des salariés se voit proposer des alcools forts

 

Question : Votre entreprise a-t-elle pris des dispositions particulières pour sensibiliser vos salariés au risque que peut entraîner une consommation excessive d’alcool ?

O Oui

Oui 42% 4422%

Non 52%42%

 

Question : Quelles sont les dispositions prises par votre entreprise ?

 

La limitation de la quantité de boissons alcoolisées pouvant être consommées au cours de ces pots (par le biais de coupons par exemple) 35%

 

La proposition d’une aide pour le retour à domicile (taxi, raccompagnement, etc.) 35%

 

La mise à disposition gratuite d’éthylotests 12%

 

6 entreprises sur 10 ne prennent aucune disposition particulière lors des pots alcoolisés

 

Question : Vous personnellement, estimez-vous justifié qu’une entreprise prenne des dispositions particulières en matière de consommation d’alcool sur le lieu de travail ?

 

8 salariés sur 10 estiment légitime qu’une entreprise prenne des dispositions particulières

 

Question : Au cours de ces pots d’entreprise, avez-vous déjà constaté ou vécu des incidents pouvant être liés à une consommation excessive d’alcool ?

Total Oui 19% des salariés et 14% chefs d’entreprise

Non, jamais 81% des salariés et 86% des chefs d’entreprise

 

Dans près de 2 cas sur 10, une consommation excessive d’alcool a été à l’origine d’incidents

 

Question : De quel(s) type(s) d’incident s’agissait-il ?

 

Des propos discourtois, voire  des insultes 67% des salariés et 54% des employeurs

Des comportements physiques déplacés, voire agressifs 60% des salariés et 32% des employeurs

 

Des accidents de la route sur le trajet du retour au domicile 17% des salariés et 6% des employeurs

 

Et lorsque des incidents surviennent, 2 salariés sur 10 évoquent des accidents de la route

 

Question : Vous personnellement, seriez-vous favorable ou opposé au fait que votre entreprise interdise les boissons alcoolisées lors des pots ? Salariés

Total Non

51%

Total Favorable

48%

 

Près de la ½des salariés participant à des pots alcoolisés sont prêts à accepter l’interdiction d’alcool

 

Question : Envisagez-vous d’interdire les boissons alcoolisées au sein des pots d’entreprise ?

Non 91%

Oui 9%

 

Seul 1 chef d’entreprise sur 10 envisage d’interdire l’alcool dans son entreprise

 

Question : Avez-vous interdit la consommation de boissons alcoolisées dans votre entreprise ?

 

Lorsque l’alcool est absent des pots, les ¾des entreprises l’ont interdit

 

Question : Diriez-vous que la convivialité des pots sans alcool est meilleure, aussi bonne ou moins bonne que celle des pots avec alcool ?

 

Une ambiance aussi bonne, voire meilleure, dans les pots sans alcool

 

Base : salariés pour lesquels les pots d’entreprise ne comprennent pas de boissons alcoolisées, soit 30% de l’échantillon

 

En conclusion…

1- Les pots d’entreprise sont très majoritairement alcoolisés, une pratique qui participe à assurer un esprit festif.

2- Le risque d’accident de la route pouvant être lié à une consommation excessive d’alcool est avéré. 2

3- La légitimité des dispositions pouvant être prises par l’entreprise à ce sujet n’est pas remise en cause… et la ½ des salariés est déjà prête à accepter l’interdiction des boissons alcoolisées.

4- Lorsque l’alcool est absent des pots, plus de 8 salariés sur 10 assurent que l’ambiance y est aussi bonne, voire meilleure.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 00:09

 

Nous avons terminé la soirée à l’ambassade d’Italie, au 51 rue de Varenne, à deux pas de l’hôtel Matignon. Nos amis italiens adoraient le champagne et nous carburions au Bollinger. Chloé, très à son aise, s’offrit même un long aparté avec Aldo Moro et, lorsque je lui demandai sur le chemin du retour ce qu’ils avaient de si important à se dire, elle se contenta de me répondre : « les affaires italiennes sont compliquées, Moro est le seul à pouvoir imposer le compromis historique aux hiérarques de la DC, ça déplaît aux ultras des deux bords alors j’essaie de nouer des fils entre tous les camps… » Comme j’étais dans les vapes je ne poussai pas plus avant la conversation mais, bien plus tard, lorsque nos affaires prirent une tournure dangereuse, le souvenir de cet épisode italien remonta à ma mémoire. Pour l’heure, au fond du taxi, je caressais les cuisses de Chloé qui m’encourageait dans mon entreprise. Elle murmurait à mon oreille « j’ai toujours eu envie de me faire prendre dans un taxi… » Je soupirais « vu mon état, ma belle, je serais capable de m’endormir pendant l’assaut… » Elle éclatait de son grand rire cascadant. Le chauffeur, aussi plonplon que sa 403, faisait semblant de ne s’intéresser qu’à la conduite alors que son regard, abrité sous des sourcils broussailleux, cherchait le meilleur angle pour contempler nos jeux de mains. « Je vais ranimer ta flamme beau légionnaire… » et, joignant le geste à la parole, elle me débraguettait. Nous roulions presqu’au pas.

Comme pour la dégustation des vins, le vocabulaire utilisé en ce type de circonstance m’a toujours paru d’une grande trivialité et, surtout, inadapté à la réalité. Les mots n’expriment rien, tout est dans l’harmonie silencieuse. Chloé jouait en virtuose. Elle adorait. Au fur et à mesure que mon plaisir s’amplifiait je sentais son allégresse. Aux feux tricolores nos stations se prolongeaient au-delà des alternances minutées par les ingénieurs de la voirie. Dans les temps de pure gestuelle, fermes et ardents, Chloé me parlait de son enfance. Elle détestait les poupées et les dînettes, préférant les voitures aux chromes rutilants, monstres d’acier aux chevaux de feu déchainés « comme je suis gauchère, j’adorais les anglaises. Se saisir en pleine pogne du pommeau du manche de vitesse, jouer à fond des rapports… Rien que du plaisir… Dur… » Même si mon état ne me permettait pas de m’intéresser aux réactions de notre chauffeur je sentais tout de même flotter dans l’habitacle comme une sorte de communion. Attiser, faire rougeoyer les tisons en évitant la flamme, je me consumais avec volupté. Pourquoi diable, à cet instant, pensais-je aux boulevards de ceinture. Sans doute parce que nous devions tourner depuis bien longtemps autour d’un pâté d’immeubles mais aussi parce que je résistais de toutes mes forces pour ne pas mourir. Chloé le sentait. Je la suppliais doucement. Elle ignorait superbement ma détresse. La reddition était proche. Je fermais les yeux en m’abandonnant.

Avec Chloé tout était possible. Elle faisait tout avec élégance et légèreté. Je l’admirais. Qui d’autre qu’elle, à une heure du matin, en robe du soir sur un trottoir du VIIe, aurait devisé gentiment avec un chauffeur de taxi tourneboulé par ce qu’il venait de vivre ? Sous le halo du réverbère reine de la nuit, irréelle, elle s’adressait au petit bonhomme en blouse grise et béret qui, descendu de sa caisse, la contemplait comme si elle était la vierge de Massabiel. Quand il rentrerait dans son pavillon de meulière à Meudon, n’en doutez pas, bien plus que nos ébats, c’est l’image de cette superbe fille qu’il accrochera dans un sous-verre, au-dessus du lit occupé par sa rombière endormie. « Que lui as-tu raconté ? » lui demandai-je dans l’ascenseur. « Tout d’abord je l’ai remercié de son obligeance, puis je l’ai complimenté sur l’entretien de sa 403. J’ai tout de suite perçu dans ses yeux que c’était un brave homme. Tu vois mon beau légionnaire, il ne faut jamais se fier aux apparences, notre homme, sous ses airs de banlieusard pépère, s’est révélé plein de finesse. Il jardine. Des fleurs, pas des navets mon beau, ses préférées sont les roses thés. Il lit du Saint Augustin car il a été séminariste… » Je trouvai la force de ricaner : « un peu voyeur aussi… » Chloé me flanqua une beigne : « sale petit flic de merde tu salis tout. Lui m’a dit que c’était beau. Pour lui la semence c’est sacré… » Je m’agenouillai sur le lino de l’ascenseur : « Crois-tu que nous finirons en enfer ? » Elle me caressa les cheveux : « Nous y sommes déjà mon grand et nous ne sommes pas près d’en sortir… »

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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