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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 00:04

Méfiez-vous de mes titres de chronique. Je vous ai déjà fait le coup avec « Confusion sexuelle et Cu » http://www.berthomeau.com/article-5337184.html   Mais, comme vous le savez, j’aime les histoires, surtout celles où la pâte humaine transparait. Celle que je vais vous conter ce matin est une histoire vraie. J’ai décidé, avec l’accord de l’auteur, un garçon discret qui me dit guère goûter le côté place publique de la blogosphère, qui n’a nulle envie de devenir un icône de tous les milieux alternatifs du microcosme de la viticulture française, qui ne souhaite rejoindre telle ou telle micro mouvance, qui n'a rien demandé à personne et n’a aucune aspiration de la sorte, de la raconter à ma façon sans en changer le fond d’aucune façon.

Donc, c’est l’histoire d’un mec * qui un jour me dit, comme ça, qu’il mène un peu moins d'1 ha en « agriculture naturelle » (expression française de la méthode de M. Fukuoka) sur une parcelle expérimentale où il ne revendique aucune AOC car pour lui rien ne lui permet d'affirmer que ce type d'agriculture, qui n'autorise pas de forte densité de plantation à l'ha, permettrait de donner une image fidèle, ou plus exactement traditionnelle du terroir sur lequel elle est implantée. Je lui demande :

-          pourquoi, faites-vous ça ? 

-          tout simplement parce que 8 années de viticulture de type bio, ne m'ont pas convaincu du bienfondé de cette approche.

Comme j’en reste coi, il ajoute :


-          si le travail du sol permet de se passer de cette saloperie de glyphosate (nom générique du Roundup) et s'il existe bien des moyens de se passer d'insecticides organochlorés (confusion sexuelle, bacillus thuringiensis, abeilles,...) l'abandon de molécule de synthèse de type folpel, dithane et al pour retourner vers le cuivre sous quelque forme que ce soit me dérange énormément. Le cuivre est un polluant d'une rémanence et d'une toxicité exceptionnelle pour l'environnement et ne devrait d'ailleurs pas tarder à être interdit en agriculture conventionnelle comme bio!...

 

Comme je suis sur la même longueur d’ondes que lui, j’opine du chef et je suis tout ouïe. Je fais bien car ce qu’il me dit, sans élever le ton ni se poser en donneur de leçons, exprime fort bien ce que pense au fond de moi.


-          Dans tous les cas, la plante cultivée reste sous perfusion de l'homme. Et ceci me dérange sur un plan éthique et citoyen. Peut-on justifier qu'une production aussi peu indispensable à l'humanité provoque la mort biologique de sols dont on pourrait avoir un jour besoin pour des besoins vitaux. Rassurez vous je n'y mets pas la Côte d'Or, mais honnêtement, quel est le pourcentage des terres viticoles qui produisent des vins dignes d'intérêt culturel et gastronomique à l'échelle mondiale?

 

Comme pour s’excuser il se croit obligé d’ajouter :


-          Voilà mon idée stupide : moins la production est vitale pour l'humanité ou la planète, et moins son impact sur l'environnement devrait être important. Encore une fois, et bien qu'étant un passionné de longue date et tentant d'en tirer un revenu pour faire vivre ma famille, je ne mets pas le vin au rang des absolues nécessité pour la vie, n'en déplaise à Platon.

 

Et moi pour faire rebondir la conversation je le branche sur la méthode Fukuoka. Intarissable.


-                     Après la seconde guerre mondiale, dans un Japon manquant de tout, M. Fukuoka, biologiste spécialiste du végétal de son état, a développé une agriculture très frugale en moyens aussi bien chimique que mécanique et énergétique Cette agriculture est basée sur une posture éthique : intervenir sur les symptômes apparaissant dans un système trop complexe pour qu'on le comprenne dans son intégralité, peut conduire à des dégâts considérables sur ce système, même si les symptômes initiaux ont disparu. Une sorte de théorie du chaos appliquée à l'écologie agricole, en quelque sorte.  M. Fukuoka a mis au point et appliqué cette méthode sur sa propre ferme étant issu d'une famille de paysans.


       Il y a cultivé du riz et produit des fruits pendant plus de 50 ans jusqu'à sa mort l'an dernier.


       Sa méthode est très simple :


        Pas de labour,

        Pas de compost ou de d'engrais de quelque sorte,

        Pas d'intrant (produits de traitement),

        Pas de désherbage.


Pour préciser un peu, on va occuper le terrain avec un couvert végétal très dense (en trèfle    blanc par exemple), au départ artificiel mais progressivement mi exogène mi endogène. En gros, on va faire sa culture dans un très joli pré auquel on ne touche pas, si ce n'est pour l'entretenir, un peu à la manière d'un fairway ou d'un green de golf : tonte, roulage, aération...Ça, c'est pour pas de labour et pas de désherbage.


Pour pas d'engrais (fertilisation) ni de compost (fertilisation et structuration) : on va semer différentes plantes (en France une céréale rustique pour le printemps et un blé d'hiver) à différents moments de l'année. Plantes qu'on ne récoltera pas mais qu'on couchera ou coupera lorsqu'elles deviendront gênantes pour la culture principale.


On introduit également des plantes à mycorhize de type oignon ail et poireau sauvages, pour favoriser une vie biologique des sols très intense.


En fait, on crée un biotope assez équilibré et autonome dans lequel on va tenter d'introduire une culture...


C'est long, ça demande pas mal de travail et de réflexion... Je crains que le poil dans la main ne soit de trop pour quelqu'un qui voudrait s'y mettre...


Bien entendu toutes ces explications sont très partielles. Il faut aller loin dans le détail pour réellement comprendre la méthode.


L'homme (agriculteur et chercheur) qui a adapté cette méthode en France dans les années 1970 est Marc Bonfils.


Il y a aujourd'hui plusieurs centaines d'hectare de céréales en Beauce qui sont conduits selon ces principes souvent appelés par les technos « agriculture biologique sous couvert végétal permanent ».


Un programme de l'ONU basé sur les résultats de Fukuoka est toujours très actif en Amérique du Sud et en Afrique pour mettre en culture des zones aujourd'hui incultes. Le Brésil compte plusieurs milliers d'hectares de céréales dans le Nordeste menés de la sorte.

On est assez loin de Steiner et de Goethe...

 

Là, pour faire une pause, pour souffler, je lui propose un « blanc limé » Mais il embraye :


-         Pour ce qui me concerne, mes tentatives de convertir un vignoble existant ce sont soldés par de cuisants échecs. La vigne n'arrive pas à s'habituer à une concurrence aussi forte et brutale. Les rendements chutent à un point ridicule, la mortalité augmente aussi vite que les rendements ont chuté. Pas terrible. J'ai ensuite essayé d'établir une nouvelle vigne à partir de plants greffés dans un terrain préparé pendant une saison complète : couvert de trèfle + rotation de céréale + mychorization. Je précise que j'ai planté à un équivalent de 5000 pieds/ha.


Mieux mais là encore, pas mal de problème de croissance et de mortalité. Par contre, une vie sensationnelle et 0 mildiou, les 2 premières années et un tout petit peu sur feuilles uniquement en 2007 et 2008. SANS CUIVRE.


En 2005 rencontre avec un vieux de la vieille qui me fait remarquer que si ça tire trop (en roulant les r) sur les plants, il faut planter les sauvages (le porte greffe) puis greffer en place après 2 ou 3 ans, le temps pour le porte greffe de bien s'implanter.


Et j'ai mis en pratique les techniques de densification progressives que les permaculteurs néozélandais ont mise au point pour les kiwis.

 

Comme je ne suis qu’un « ignare total » je me concentre pour suivre. Gentiment, en trempant ses lèvres dans le blanc, il ajoute «  bon, je me résume : on fait un champ de trèfle. On y fait 2 cultures dans l'année pour la biomasse (fertilisation et structure). On y plante progressivement des porte-greffes (2 x 500/ha/ans) pendant 2 ans peut être trois. On court la campagne pour y récupérer des poireaux et de l'ail sauvage, dont on fait une pépinière en aéroponie (bio SVP) pour accélérer la production. 


On greffe en place le ou les cépages dont on a récupérer les sarments chez les potes (merci à Elian Da Ros, Mathieu Cosse, Ciprien Arlaud et Didier Barouillet pour leur contribution), en massale bio sur des vieilles vignes.


On ne palisse pas. Et oui, tout sur échalas pour pouvoir croiser les passages au tracteur. On appelle les copains apiculteurs pour qu'ils apportent leurs ruches au printemps.


Voilà. 5 ans de boulot pour établir une nouvelle vigne... »

 

Comme l’aurait dit pépé Louis « voilà de la belle ouvrage… » alors je le lui dis. Il sourit mais je sens qu’il a un petit quelque chose sur le cœur, alors je l’encourage à vider son sac. Il y va de bon cœur : «  Si Mr Bizeul s'est autant cassé le fion que moi pour planter 1 ha de vigne il comprendra ma surprise de voir ses commentaires sur une méthode qu'il n'a même pas pris le temps d'étudier 5 mn avant de l'agresser sur le plan du travail fourni. La plume leste de l'ancien journaliste peut être ? » avant d’ajouter bon prince : « Au demeurant je le remercie pour son reportage sur son chantier de surgreffage en fente qui m’a été fort utiles. »


 Moi qui ne suis qu’un plumitif et qui n’aime rien tant que le débat, même un peu vif, Hervé aussi, je suis raccord. Mais, une fois le sac vidé, retour à l’expérience.

 
« Voilà. 2008 est ma première vraie vendange sur environ 1000 pieds de vigne, conduits sans aucun traitement ni aucune fertilisation.


 Une belle année de @#$%& pour une première vendange. Nous avons récolté 1 tonne de raisins avec très peu de perte due au mildiou. Ces raisins étaient murs et sains. Pour une deuxième feuille cette récolte me parait honorable. Il faudra voir la suite.


Maintenant, ma justification principale.


JE NE FAIS PAS CA PARCE QUE JE CROIS QUE MON VIN SERA MEILLEUR QUE LES AUTRES.


Voilà c'est dit. En plus je ne le vends même pas, mais on le picole en copains.
Pour moi il n'y a pas de corrélation entre méthode culturale et expression du terroir ou qualité intrinsèque du vin.


Un terroir de @#$%& reste un terroir de @#$%& même en bio ou en Fukuoka.


Mais je suis heureux et passionné par cette aventure certes agricole mais surtout humaine dans laquelle je me suis lancé un peu inconsciemment. »

 

Et comme dans toutes les histoires vraies il faut une chute. La sienne prend la forme d’une profession de foi.


« Je continuerai ma viticulture en bio matinée de biodynamie (surtout la 500p la 501 et les cycles lunaires). Mais mes prochaines replantations ou nouvelles parcelles seront au moins partiellement conduites en agriculture naturelle, au moins pour voir si des densités de plantation de 2 ou 3000 pieds/ha permettent d'exprimer le terroir comme le font aujourd'hui leur grandes sœurs à 6000.


Je continuerai aussi l'achat de vendange et le négoce pur et dur, parce que j'en besoin pour nourrir ma famille, qu'il n'y a pas que des geeks qui boivent du vin et que 10 euros dans une quille ça fait déjà mal à pas mal de nos concitoyens et pas uniquement parce qu'ils préfèrent le tiercé au pinard.


Il y a aussi l'immense, et crucial au sens de Masanobu Fukuoka, problème de la gestion des ressources foliaires. Dans cette agriculture, la seule source d'énergie mise en oeuvre est l'énergie solaire. Le seul capteur dont on (les plantes, en fait) dispose est les feuilles. Tout part et repose là dessus. Gérer la surface et l'efficacité foliaire de toutes les cultures qui entrent en jeu.


Ce qui revient à explorer un monde quasi inconnu de symbioses mystérieuses et d'enzymes diverses et variées.


Un peu de boulot en perspective apparemment. »

 

Je ne peux qu’approuver, mais il n’a pas fini :


 « Ah oui, j'ai oublié : je taille (gobelet), contrairement aux recommandations de Mr Fukuoka qui, au demeurant, n'ont jamais porté sur la vigne. »

 

Et puis, cerise sur le gâteau, il enfonce le clou :


« Le truc que j'ai vraiment oublié : je ne fais pas de vins "nature" ou "naturels". Même à titre perso, je les évite en général, préférant un bon cidre ou une bonne bière si j'ai des envies d'aromes fermentaires, la volatile et les bretts en moins (encore que dans certains cidres...)


En vinif, je ne m'interdis que les interventions biologiques. Pour le reste, c'est selon, les jours, les lunes... les vins surtout, en fait.


J'ai en horreur la confusion, savamment entretenue par beaucoup, entre méthodes d'agriculture bio ou « naturelle » et vins « nature » ou « naturels ».


 Tout cela est permutable à l'infini et tous les cas de figure sont sur les étagères de nos cavistes préférés : les vins pas natures issues de l'agriculture biologique®, les natures issus de l'agriculture pas naturelle®; les natures naturels (NaNa®)... »


Et c’est la chute finale :


-  Quelles foutaises...


* C'est l'histoire d'un mec : expression Coluchienne


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 00:09

 

Tout nous souriait. Robert Frenkel, qui se présentait comme le simple directeur financier de la Garantie Foncière, animait des tables rondes, où certains journalistes stipendiés de la presse financière lui servaient la soupe moyennant bakchich. Face aux hésitants, le petit homme rondouillard ne lésinait pas sur le calibre des arguments choc « Nous avons parmi nos actionnaires un lauréat du Nobel. Nous avons en portefeuille des décisions de juges des tutelles qui ont autorisé le placement de biens de mineurs à la Garantie Foncière… ». Frenkel ne doutait de rien, il se sentait protégé. L’intérêt de notre position tenait au fait que notre mandataire officiel ignorait tout des nouvelles cartes dont nous disposions maintenant. L’affaire du poker restait pour nos amis de la Grande Maison une affaire purement privée. Nous disposions enfin des explosifs nécessaires pour faire péter le système de l’intérieur. Le Figaro, qui en ce temps-là honorait sa devise, leva le lièvre dès septembre 1969 : « S’il l’on en croyait certaines publicités tapageuses, il existerait, pour reprendre l’expression d’un analyste-financier, des sociétés-miracles. Elles permettraient des rendements nets si élevés – plus de 10% pour certaines d’entre elles – qu’on voit mal comment ils pourraient être effectivement obtenus. On le voit d’autant moins que la gérance prélève le plus souvent une partie des fonds versés par le souscripteur et une partie également des loyers versés par elle. Pour donner du 10%, cela supposerait une rentabilité des capitaux investis de l’ordre de 14 à 15%, bien peu probable, surtout pour des locaux commerciaux d’acquisition trop récente pour qu’une indexation ait pu déjà jouer ; quant aux locaux d’habitation, cela apparaît à peu près impossible. »

Élémentaire mon cher Watson, lorsque les journalistes font leur boulot au lieu de jouer les haut-parleurs du discours dominant, la vie des « copains et des coquins » se révèle plus difficile. Le groin du Prince Poniatowski fouissait déjà la fange, où se vautraient quelques compagnons des gaullistes, pour le compte de son mentor Giscard tenu par la solidarité gouvernementale en tant que Ministre des Finances. En janvier, à la suite d’une lettre du jeune déplumé de Chamalières, le procureur général de Paris avait ouvert une information judiciaire contre X à l’encontre de la Garantie Foncière visant des délits d’ « abus de biens sociaux, abus de confiance et autres infractions à la législation ». Le grand public l’ignorait mais pas nous qui attendions notre heure pour précipiter le processus de décomposition et faire que l’explosion de la bulle éclabousse au maximum le régime. Quand j’écris ces lignes je ne peux m’empêcher de penser que l’adage populaire, selon lequel l’histoire est un éternel recommencement, s’applique toujours à merveille à celle des escrocs financiers. Plus c’est simple, plus c’est gros, plus ça passe comme une lettre à la poste. En rentrant à Paris après notre croisière sur le Mermaz, excités comme des puces, Chloé et moi avions décidé de nous replonger la tête la première dans le marigot de l’ultra-gauche. Elle à Rome et à Milan, moi dans le petit périmètre de la Sorbonne et de la rue d’Ulm.

Nous séparer fut une réelle douleur. Nous nous complétions si bien, sans effort, à l’instinct, que j’en étais venu à penser que rien ne pourrait nous résister. Je déteste les adieux. La vieille du départ de Chloé nous sommes allés passer la soirée chez le père de Marie. Nous ressentions le besoin de ce bol d’oxygène tant nous craignions de succomber aux délices vénéneux de notre vie pleine de tiroirs, de chausse-trappes, de coups tordus. Le sentiment d’impunité génère l’ivresse des cimes, redescendre sur terre permet de se recaler. Le grand homme crachait le feu. Même s’il adorait Claude, la femme du président Pompe, grande protectrice des Arts, son exécration du pompidolisme atteignait un degré de virulence proche des outrances de nos amis de la GP. Notre croisière sur le Mermoz le conforta dans son rejet viscéral du triomphe et de la morgue des nouveaux riches. Au dessert, il toisait Chloé, l’œil acéré, puis, l’empoignant par le bras il l’entrainait vers son atelier. « Ton androgynie me rend fou. Je veux te peindre nue allongée sur un matelas de billets de banque… » Je crus bon d’ironiser « Et si je proposais aux frelons de la GP de prendre d’assaut la Banque de France ça règlerait la question du matelas… » Hautain et narquois, le grand homme me balançait une clé qu’il portait arrimée à une cordelette de jute qu’il portait en sautoir. « La combinaison est simple, c’est la date de naissance de Marie. Tu trouveras ce qu’il faut dans le coffre mon grand » Quand je revins, un cabas empli de billets de 500 francs flambants neufs, Chloé, face à la grande verrière, contemplait Paris endormi.
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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /Mars /2009 22:19

Depuis Elsass Blues  je savais que t’étais né tout seul près de la frontière
Celle qui nous faisait si peur hier
Et que
Dans ton coin on faisait pas d'marmot
car la cigogne faisait tout ‘le boulot…

Maintenant que t’as fait ton bout de route avec nous, pour nous et aussi sans nous, pour toi, pour ceux que t’aimais, pour ce que tu voulais, te voilà installé à ton dernier domicile connu, avenue de la Chapelle, 20e division du Père Lachaise.

Comme l’écrivait Desproges dans sa Somme Vivons heureux en attendant la mort : « Une chose est certaine. Si j’étais Dieu et si je devais créer la terre, je m’y prendrais tout autrement. J’abolirais la mort et Tino Rossi.

En ce qui concerne l’abolition de la mort, elle m’apparaît à l’évidence comme une réforme de première urgence, dans la mesure où la plupart des humains renâclent farouchement à la seule idée de quitter ce bas monde, même quand leur femme les trompe à l’extérieur et que les métastases les bouffent de l’intérieur. »

 

Sic transit gloria mundi...

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Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /Mars /2009 08:00

Dans la période récente nous avons eu droit à l’affrontement entre les seuls défenseurs du Bien Public, les gardiens de notre Santé Publique, juchés tout en haut de leur chaire de hauts dignitaires de la science et de la médecine, drapés dans leur pureté et leur indépendance vis-à-vis des puissances d’argent, qui exhibaient, telles les tables de la loi, une incontestable méta-analyse d’où il ressortait, selon eux, sans contestation possible, que toucher au premier verre équivalait à se jeter la tête la première dans les rets du foutu crabe, et d’affreux mercantis, exportateurs dans le vaste monde de leur produit dangereux, organisés en un lobby puissant, redoutable, insoucieux de la santé de leurs concitoyens, corrupteurs de notre belle jeunesse, des rustauds, des péquenots de la pire espèce, manipulant la représentation nationale pour qu’elle jette dans le caniveau la plus belle part de la batterie de mesures qui feraient, enfin, reculer le fléau de l’alcoolisme.


D’un côté le Bien, les bons bergers, à qui il faut faire confiance, les yeux fermés, de l’autre le Mal, les brebis galeuses, qu’il faut fuir comme la peste C’est commode, le bon peuple comprend. Il a peur. La santé publique progresse. L’alcoolisme régresse…

 

Mais que lis-je dans le journal le Monde daté du 20 mars ?

 

Le titre de l’article  Un « Dr Madoff » de la pharmacie m’intrigue et m’étonne.

 http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/03/20/un-dr-madoff-de-la-pharmacie_1170578_3244.html  

Extraits :

 

« Tout était faux. Les patients supposés avoir testé des médicaments censés accélérer leur rétablissement postopératoire n'ont jamais existé. Les vingt-et-un articles scientifiques où étaient décrits les bienfaits de ces molécules miraculeuses n'étaient qu'un tissu de statistiques sans fondement. Mais, sur la foi de ces résultats frauduleux, des millions de personnes se sont vu administrer des molécules bien réelles, qui ont rapporté des sommes colossales aux compagnies qui les commercialisent, Pfizer, Merck ou Wyeth. »

 

Et pourquoi donc une telle imposture ?

 

« La course aux honneurs, et aux crédits qui les accompagnent, est le moteur de ce type de comportement. Les "travaux" du docteur Reuben étaient en partie financés par Pfizer, qui en avait fait l'un de ses porte-parole lors de conférences scientifiques où ses interventions étaient rémunérées. »

 

Alors suspicion légitime ?

 

« Cette affaire, comme à chaque fois qu'une telle imposture est dévoilée, conduit à  s'interroger sur la fiabilité de l'édition scientifique, et en particuliers médicale. Selon l'adage bien connu "publish or perish", c'est en effet grâce à la publication dans les revues scientifiques que se construit une carrière. »

 

Lobby vous avez dit lobby ?

 

« Une autre étude, parue le 13 février dans le British Medical Journal, montre que certaines revues facilitent, inconsciemment ou non, la publication de travaux financés par l'industrie pharmaceutique. Passant au peigne fin 274 études sur les vaccins grippaux, Tom Jefferson (Cochrane Vaccine Field, Italie) a constaté que celles qui paraissaient dans les journaux considérés comme les meilleurs n'étaient pas forcément les mieux conçues et les plus pertinentes. Ce qui faisait la différence, c'était la nature du sponsor de l'étude. En clair, les grosses firmes pharmaceutiques ont plus de chance de voir les travaux qu'elles financent publiés dans les journaux de haut rang. "Les sponsors industriels commandent un grand nombre de tirés à part des études qui valorisent leurs produits, assurant eux-mêmes la traduction. Ils achètent aussi des espaces publicitaires dans ces journaux. Il est temps que ceux-ci dévoilent leurs sources de financement", note M. Jefferson. »

 

Bien évidemment je ne fourre pas tout le monde dans le même sac, la grande majorité des chercheurs sont des hommes honnêtes, œuvrant pour faire avancer la science,  mais je demande simplement à ces messieurs les grands communicants de notre système de Santé Publique de bien vouloir balayer un peu devant leur porte avant de nous asséner que leurs études scientifiques compilées sont irréfutables, de baisser un peu le son de leurs certitudes absolues et de cesser de nous faire accroire qu’ils sont à cent lieux des basses préoccupations matérielles dont ils taxent avec hauteur ceux qu’ils stigmatisent. Franchement, que pèse le malheureux lobby viticole face aux Pfizer, Merck, Sanofi Aventis, Hoffmann Laroche, Novartis,  GlaxoSmithKline et Abbott… Que dalle ! C’en serait risible si les forces en présence bénéficiaient d’un égal accès aux grands médias qui façonnent, voire manipulent une opinion publique peureuse et versatile.

Le secrétaire perpétuel de l'Amicale des Bons Vivants

Jacques Berthomeau

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /Mars /2009 00:05


" Mieux instruits de ces choses, les Romains, contèrent qu’ils consacraient leurs vignes à Bacchus. On était au déclin du paganisme, et alors que tous les dieux tombaient, Bacchus chancelait à peine – Et encore était-ce après les libations.

Les Parisiens lui dressèrent donc un autel, auquel succéda dans le haut de la rue Saint-Jacques, une première église qui resta entourée de vignobles jusqu’au XIe siècle. Pour concilier la présence d’un ancien dieu avec la ferveur du culte nouveau, les Parisiens s’avisèrent d’un curieux stratagème : ils baptisèrent Bacchus. Ils le découronnèrent de ses pampres. Ils le coiffèrent d’une auréole, et en firent saint Bacchus – nom que l’église Saint-Benoît en raison de cette tradition, porta très longtemps.

La fête de la saint Bacchus tombait le même mois et le même jour que la fête des vignerons des environs de Paris qui s’est perpétuée jusqu’à nous. En combien de lieux de France, à cette époque déjà, saint Bacchus n’eut-il pas mérité qu’on lui dressa des autels !

Par sa position géographique, par la nature de son sol, la variété de ses expositions et le nombre de ses abris, la France est, plus qu’un autre pays, favorable à la culture de la vigne. Charlemagne qui la rencontre dès les bords du Rhin, et la retrouve à Fronsac quand il séjourne en Aquitaine, étend sur elle sa protection. Il est sobre, il limite à trois coupes, à chaque repas, ses libations. Il condamne sévèrement l’ivresse, mais il approuve l’usage du vin.

Les saints aussi, Grégoire de Tours raconte qu’un pauvre pêcheur n’ayant plus une seule goutte de vin pour se ranimer au travail, se mit à prier Saint Marti de lui faire la grâce d’une pêche heureuse. Au premier coup de filet dans la Loire, il prit un poisson magnifique ; revenu bien vite sur le bord, il entra au cabaret le plus voisin, et le poisson pêché par l’entremise du saint fut le prix du vin qu’il y but.

Cette légende n’a pas eu affaire à des ingrats : les buveurs, à l’époque médiévale, ont pris pour patron saint Martin, alors que les vignerons, de leur côté, se plaçaient sous le patronage de saint Vincent, auquel ils sont restés fidèles.

La plus dure punition que Charlemagne inflige à ceux de ses serviteurs en retard dans l’accomplissement de ses ordres, c’est l’obligation de s’abstenir de vin pendant autant de jours qu’ils en auront retardé l’exécution. Il suffisait, paraît-il, de la rigueur de ce châtiment pour ramener la discipline. En ce grand empereur, à qui rien n’est étranger de ce qui fait la prospérité d’une nation, la vigne a un défenseur éclairé ; ses capitulaires le prouvent. »

Texte de Georges Montorgueil et illustrations de Marcel Jeanjean


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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 00:02

Mon histoire de ce matin est un deux en 1, car avec moi tout commence souvent par une lubie, un grain de folie, pour finir non pas par des chansons mais sur le même petit refrain : tiens voilà un joli vin. Aujourd'hui c'est un vin diablotin du "domaine de la femme allongée" C'est parti !
 
En le découvrant, au lendemain du Second Conflit mondial du XXe siècle, haut perché, un peu gauche, frêle et dégingandé comme un gamin qu’aurait poussé comme une asperge, rouge vif comme un puceau timide et hésitant, lui qui venait de traverser l’Atlantique, un beau modèle du Nouveau Monde, dans ma Vendée crottée et étriquée, les paysans du bocage, bien aidés en cela par leurs pieuses épouses, pensaient que le malin, ce diable fourchu et cornu dont le curé leur rebattait les oreilles, s’était travesti dans ce petit monstre agile qui allait, ça ne faisait aucun doute, les foutre dehors de leurs métairies. Trop de bras, pas assez de terre, les chevaux-vapeurs poussaient les jeunes gars à s’engager aux chemins de fer et les filles à se gager chez les bourgeois des grandes villes. Les grandes bâtisses allaient se vider. Les familles s’éparpiller. Un nouvel exode, rapide et sans retour, le début d’une « Révolution » qu’un petit gars du Puy-de-Dôme, pur produit de la JAC, qualifiera de « Silencieuse ».

 

Dieu qu’il était beau ce diable rouge ! Un beau rouge vermillon qu’aucune femme d’ici n’aurait jamais osé se parer. Un rouge de fille de mauvaise vie, pulpeux et lisse tel le rouge baiser de Bourgeois. Présenté au Salon de l'Agriculture à Paris en 1935, le Farmall F12 d’International Harvester (littéralement « tout pour les fermes ») Illinois, surprit les agriculteurs français par sa roue avant unique et ses grandes roues arrière dépourvues de garde-boue. Bien peu de ces étranges engins, avant la guerre, pénètreront dans une Vendée encore fidèle à ses bœufs et à ses Parthenaises de labour. Trop cher à l’achat, avec lui on mangeait du bel argent alors qu’avec nos ruminants, lorsque sonnait l’heure de leur retraite, le prix de leur viande arrondissait le portefeuille. Mon Farmall à moi, le modèle H, avec ses roues avant jumelées, né en 1946, est un tracteur du baby-boom, un enfant du plan Marshall bien adapté à l’exigüité et à la sinuosité de nos champs bocains enserrés de hautes haies. Et, comme promis, tout en bas, il est là : " le diable rouge "

 

Étrange télescopage entre un monde englouti, immobile, routinier, où dominaient le noir et le gris et ce bel objet rouge vif, pétaradant, dessiné par le grand designer Raymond Loewy, un français qui a fait ses études au lycée Chaptal, naturalisé américain en 1938, créateur de logos célèbres pour les plus grandes marques : Coca Cola, Shell, LU et dessinateur en 1953 de la fameuse Studbaker. Irruption d’une modernité belle et séduisante dans un monde qui exècre le paraître. Loewy est un perfectionniste, attentif au moindre détail – il redessinera le logo pour renforcer la puissance de la marque IH – ses efforts porteront sur l’ergonomie du poste de conduite : il regroupe les instruments de bord pour qu’ils soient facilement lisibles, il place les leviers et les pédales à bonne portée pour qu’ils soient faciles à manier. Pour moi le Farmall des années 50 est le seul et unique beau tracteur que l’on n’a jamais créé. C’est un objet rare, mythique, le symbole d’un temps conquérant, celui de ma jeunesse sauvageonne en culottes courtes où je rêvais de poser mes fesses dans le baquet de ce Farmall haut sur pattes, de manier son grand volant tel un Fangio du bocage, de partir sur les chemins de terre conquérir un peu de liberté. Péché d’orgueil, déjà, mes pieds n’atteignant pas les pédales je devais me contenter d’un humiliant sur-place au milieu des poules et des poulets indifférents à mes rêves de gloire.Et, comme promis, tout en bas, il est là : " le diable rouge " allez-y, descendez si vous voulez monter au ciel avec le diable...


C'est un Saint-Chinian Le Diable rouge 2007 45% grenache, 30 % Syrah, 25 % mourvèdre, qui va comme un gant de velours à ma chronique, il provient du " Domaine de la femme allongée ", une appellation qui me comble d'aise, il est l'enfant de  Fabienne et de Jean-Paul Gracia à Villespassans 34 360  Tel : 04 67 93 51 16 / 06 50 59 11 24 mail : jean-paul.gracia@wanadoo.fr acheté à la Cave des des Martyrs, au 39 de la rue, c'est le IXe arrondissement, à 7,30 euros www.lacavedesmartyrs.com . Je ne l'ai pas encore eu le temps de le goûter mais la maison où je l'ai acheté est une maison de confiance alors, faites comme moi, qui ai ce matin du rouge plein les yeux, achetez-le les yeux fermés...

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Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /Mars /2009 00:06

À la mi-carême, mémé Marie faisait des crêpes de deux sortes :

- les bretonnes classiques que nous mangions avec du sucre ou de la confiture,

- les vendéennes : les mêmes passées dans de la friture ce qui les doraient, les boursouflaient, les rendaient craquantes et nous laissaient les doigts bien gras.

En plus elle nous faisait des tourtisseaux qui sont l’équivalent des oreillettes du Sud en plus bourratifs.  

Tout ça avec plein de sucre dessus mais pas de cidre !

La Vendée ignorait le cidre. Normal la Vendée ignorait beaucoup de choses.

 

Ce 19 mars c’est la Mi-carême alors parlons cidre !

 

Au temps de ma présidence – et oui, nul n’est parfait – de l’interprofession des AOC, normandes et bretonnes, issues de la pomme et un peu de la poire, le cidre, dont nous représentions qu’une faible part de la production, me semblait vivre hors du temps, en état de survie. Trop de paille dans ses sabots et une image scotchée à la trilogie chandeleur, mardi-gras, mi-carême : le temps des crêpes, et aux incontournables galettes de sarrasin – chez moi on disait blé noir –  jambon-œuf-fromage bolée de cidre des abords de la gare Montparnasse. En dépit des efforts de certains, tel Eric Bordelet, pour le rendre tendance, ou de la seule grande entreprise du secteur : CCLF pour monter en gamme avec sa marque Intense, il est peu probable qu’un de vos invités arrive dîner chez vous avec une bouteille de cidre sous le bras ou que vous ayez l’idée d’en servir à vos convives. Et pourtant, lorsqu’il est bien fait, et c’est souvent le cas, lire ou relire « Les cidres "industriels" » raflent la mise... » http://www.berthomeau.com/article-15766220.html « Poulet au vinaigre de cidre augeron » http://www.berthomeau.com/article-21223208.html c’est un très beau et bon produit, sympathique, rafraîchissant, des fines bulles et un faible degré ce qui faire devrait de lui une boisson moderne. Tout pour plaire à des consommateurs à la recherche d’un produit festif, simple, et pourtant, sauf revirement récent de la consommation, ça ne décolle pas.

 

Le vin de pomme – traduction littérale du mot basque sagarnoa désignant le sydre introduit, au VIe siècle, depuis la Biscaye, par des navigateurs dieppois en Normandie – n’en finit plus d’espérer retrouver une place plus permanente sur les tables françaises. Le cidre est donc, et reste, essentiellement normand mais, sa popularisation et sa diffusion, sont liées aux crêperies qui sont d’abord bretonnes. À Paris, dans le périmètre de la gare Montparnasse, le cidre résiste, et il est plutôt breton, alors qu’autour de la gare Saint-Lazare, dans les bars, où l’on était petit Calva, et on ne l’est plus. Avant que la SNCF ne naisse, la Bretagne comme la Normandie étaient desservies par le réseau de l’État, mais ces deux belles provinces, voisines pourtant, s’ignorent, se tournent le dos et pour ce qui concerne le cidre, gardent leur particularisme. L’une des marques les plus populaires est bretonne : Loïc Raison. Bref, avec 2 Interprofessions, l’une pour la grosse cavalerie drivée par la Groupe coopératif Agrial, marques Ecusson et Loïc Raison, l’autre pour les AOC, le cidre français ne me semble pas sur le chemin du renouveau et je le regrette.

 

Mais le jour de la Mi-carême je ne vais pas être bonnet de nuit mais vous proposer une confrontation tout à fait pacifique entre l’Ancien Monde représenté par le cidre bouché du Père Jules – Léon Desfrièches était membre de mon Conseil – et le Nouveau Monde, nos cousins de la Belle Province, le Québécois, les inventeurs du cidre de glace, le cidre léger rosé mousseux de Michel Jodoin. Ce n’est qu’un simple face à face, une présentation visuelle, non que je ne veuille pas prendre parti pour ne chagriner qui que ce soit. La raison est beaucoup plus simple : pour que ma chronique soit en ligne pour le jour de la Mi-carême je dois l’écrire la veille donc comme les crêpes et le cidre c’est pour le lendemain, la messe est dites. De plus, je ne suis pas un dégustateur, mais un buveur en situation, je n’allais pas infliger l’exercice à ces 2 belles bouteilles. Bref, je vais, comme d’habitude, blablater pour la plus grande gloire du cidre.

 
















À tout seigneur tout honneur, d’abord : la TRADITION : LE PERE JULES
Maison fondée en 1919 Léon Desfrièches, fils et petit fils, Clos de la Pommeraye propriétaire-récoltant en Pays d’Auge www.leperejules.com/  La bouteille de cidre bouché présentée je l’ai acheté à LAVINIA, 6 euros 10 et elle est à l’image de Léon Desfrièches augeronne sans concession. Chez les Desfrièches le cidre est une passion familiale. En effet, c’est au retour de la 1ière guerre mondiale que Jules Desfrièches s’intéresse au cidre  en vendant essentiellement du cidre en vrac à Lisieux, ses alentours, Rouen et Le Havre. Puis il se met à distiller. En1949, Léon son fils rejoint l'exploitation familiale qu’il reprendra quelques années plus tard et créera la marque “ LE PERE JULES ” en hommage à son père. En 1976, Thierry le fils ainé de Léon (troisième génération) rejoint l'exploitation familiale et en 1979 c’est au tour d’un autre de ses fils Hugues de se joindre à eux. Enfin, en 2002, Guillaume, la quatrième génération, permet à la maison d’afficher Léon Desfrièches, fils et petit fils. À Caen, à l’Interprofession, j’ai bien sûr connu Léon et son fils Thierry qui en étaient membres. Léon me racontait qu’il venait livrer son cidre à Paris, en camionnette, avec son petit-fils. La proximité, la perpétuation d’un savoir-faire familial, le Père Jules est une marque et ce n’est pas pour rien que Lavinia le met en avant. C’est une approche qui se défend et qui, contrairement à ce que certains pensent et écrivent, n’est pas antinomique de celle qui suit. L’important pour un produit, s’il veut garder sa place, se développer, c’est de savoir garder, fidéliser ses consommateurs tout en créant de nouveaux.
























La MODERNITÉ c’est le Québécois
Michel Jodoin : « 
D'abord initié à la cidriculture par son père et son grand-père qui, comme tant d'autres pomiculteurs produisaient du cidre en cachette avant qu'il ne soit légalisé (entre 1921 et 1970), Michel Jodoin parfait ses connaissances en Bretagne, en Normandie, à l'Institut d'œnologie d'Épernay et à l'université de Stuttgart (Allemagne). Michel Jodoin est considéré comme un pionnier de la cidriculture québécoise et sa renommée, vingt ans plus tard, ne fait plus aucun doute.
Toujours à l'avant-garde, il est reconnu pour son sens de l'innovation, ses produits originaux et raffinés ainsi que pour ses installations exceptionnelles. » Pour plus de renseignements reportez-vous à www.kanata.fr/terroir/cidrerie_jodoin.php . Le produit présenté ici est « un cidre léger rosé mousseux, produit selon la méthode champenoise à partir de pomme à chair rouge Geneva, vieilli sur ses lies pendant 15 mois » 7% alc. /vol , acheté à la Cave des Martyrs, au 39 de la rue, 17 euros 50.

 

Comme promis je m’en tiendrai là. Lorsque vous lirez cette chronique j’aurai préparé ma pâte à crêpe puis viendra l’heure du petit coup poignet pour les faire sauter de la poêle. Tout un art ! Et puis, je ferai péter le bouchon. Dans quel ordre ? Secret d’État, l’important : « c’est le Cidre ! » et comme vous êtes des gens curieux vous pouvez, en d’autres occasions, le faire découvrir à vos amis : Ancien ou Moderne ? Les deux mon capitaine !

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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 00:03

Dans notre société frileuse, craintive, perméable aux grandes peurs, où les individus, tout en revendiquant haut et fort le respect de leur liberté personnelle, rejettent toute forme de responsabilité individuelle pour se réfugier dans un système où la loi s’immisce dans les moindres replis de leur vie, s’il est un mot largement galvaudé c’est bien celui de qualité. L’irruption, dont je ne conteste pas les principes, des normes d’hygiène dans notre univers alimentaire fait que, le plus souvent, un produit dit de qualité en possède bien peu. Le camembert Président est un produit de qualité mais est-ce un camembert ? Mais à contrario, le camembert Président dit de « campagne » révèle bien plus de qualités que certains camemberts de Normandie d’appellation d’origine contrôlée. Rien d’étonnant à cela beaucoup de ceux-ci sont fabriqués à partir de lait de vaches qui ruminent de l’ensilage.
Puisque nous français, nous nous revendiquons comme cartésien, souvent de façon indue en confondant rigidité et rationnalité - n’oublions pas que Descartes fut le plus grand des premiers mathématiciens modernes et que sa méthode était fondée sur le doute - je m’en remets au philosophe pour explorer cet aspect sensible et non mesurable qui s’oppose à la quantité. Dans ses Méditations Métaphysiques il écrit « Quand aux autres choses, comme la lumière, les couleurs, les sons, les odeurs, les saveurs, la chaleur, le froid, et les autres qualités qui tombent sous l’attouchement, elles se rencontrent dans ma pensée avec tant d’obscurité et de confusion, que j’ignore même si elles sont véritables, ou fausses et seulement apparentes, c’est-à-dire si les idées que je conçois de ses qualités, sont en effet les idées de quelques choses réelles, ou bien si elles me représentent que des êtres chimériques. »

Ça devrait rendre modeste certains dégustateurs patentés, à qui des responsables professionnels ont étrangement conféré un droit de vie ou de mort « économique » au nom d’une soi-disant référence aux qualités de leur appellation. Exclu, carton rouge, interdit de jeu : pourquoi ? Aurais-je violé les règles fondamentales de l’appellation ? Non ? Suis-je alors un mauvais sujet, un bad boy qui nuit par son comportement ou ses pratiques à la renommée de l’appellation ? Silence gêné ou indifférence. Mais je ne comprends pas, mon vin plaît à mes acheteurs, à leurs clients, ne sont-ce pas eux les vrais juges des qualités de mon produit ? Comme c’est étrange, combien de vins sans qualité, mais bien abrité dans la médiocrité normée, passent avec facilité au travers de ce crible subjectif ? En ce début du XXIe siècle, dans la lignée de ses mots valises : brunch,drunch, nous adorons les mots fourre-tout qui rassurent le bon peuple, lui font accroire que l’on veille à sa place sur son bien-être. Étrange transfert que celui-ci, où l'on mélange joyeusement dans le même grand sac des signes, dit de qualité, des produits venant d'univers antinomiques, et que notre vieil Institut de l'origine se pare d’un Q pour emboîter le pas de ceux qui cultivent l'ambigüité. 
Lors de la grande transition du vin quotidien vers le vin plaisir occasionnel, lorsque les Vins dit de Consommation Courante en déclin se sont vus inexorablement remplacés par les Vins d’Appellation d’Origine Contrôlée, notre génie français de la catégorisation nous a fait vendre à l’Europe naissante le génial concept des vins dit de qualité sous le sigle élégant de VQPRD (Vins de Qualité Produits dans une Région Déterminée). En faisant ce constat, je ne me dédouane pas de ma propre responsabilité car j’ai aussi, à ma manière, participé à l’édification de ce monument. Ainsi, nous avons, en creux, jeté dans les ténèbres extérieurs tous les autres vins qui, dans notre esprit cartésien, ne pouvaient être que des produits dépourvus de qualité. Au-delà de ce débat sémantique, certains grands encenseurs de la qualité, à leur corps défendant, j’en suis persuadé, ont donné des armes à nos adversaires hygiénistes. Tout consommateur d’un produit de non qualité ne saurait être qu’un ivrogne ou un individu peu soucieux de sa santé. Nous sommes-là dans l’univers des échelles de valeurs « ce qui fait qu’une chose est plus ou moins recommandable, par rapport à l’usage ou au goût humain, qu’un autre de même espèce. »

C’est fait, le mot est lâché : le goût, notre goût. Je n’entrerai pas dans l’inextricable débat entre le bon ou le mauvais goût mais me contenterai de faire référence à l’une de mes passions : la lecture. Depuis ma tendre enfance je suis un très gros consommateur. Selon l’épaisseur de 4 à 6 livres par semaine. J’en consomme plusieurs à la fois, bien sûr pas en même temps, mais en alternance. Dans mon métier, j’ai du aussi beaucoup lire, non pour mon plaisir, mais pour tenter de comprendre, des notes, des rapports, des lettres, des projets de loi et autres joyeusetés. Pour en revenir au lire plaisir j’ai toujours été frappé par l’ostracisme des milieux intellectuels ou littéraires français face aux livres à grand tirage américains ou aux romans policiers. Ce dernier genre est devenu aujourd’hui tendance grâce à certains auteurs, Fred Vargas, Arnaldur Indridason entre autres, mais pendant tout un temps il fut considéré comme un vil produit à peine plus estimable que les romans à l’eau de rose. Moi j’ai lu des romans de Delly quand j’étais en culottes courtes et je trouve que c’est très initiatique la bluette. Dans le monde du vin le small is beautiful apparaît pour certains comme le seul gage de cette fameuse qualité. Entendez-moi bien, en écrivant cela je ne prêche pas pour la daube, je ne dénigre pas les vins de vignerons, bien au contraire, mais je revendique le droit à l’éclectisme de mes goûts, donc celui d’apprécier des vins roturiers eux aussi parés de belles qualités. Comme dans la palette des livres que je lis chaque jour, j’aime varier les plaisirs. Je ne consomme pas que du génie. Je consomme aussi des talents plus modestes, plus simples, mais qui n’en sont pas pour autant dépourvus de qualités.

Nous vénérons le supérieur, alors que dans la géographie de mon enfance, dans la liste de nos départements nous avions droit à ces pauvres Inférieurs : la Seine-Inférieure, la Loire-Inférieure et la Charente-Inférieure ; à ces malheureux du Bas : le Bas-Rhin, les Basses-Pyrénées et les Basses-Alpes, la modernité a poussé, comme les titulaires de noms jugés ridicules, les élus à les faire changer d’appellation. Ceux d’en haut : Haute-Marne, Haute-Saône, Haute-Savoie, Haut-Rhin, Hautes-Alpes, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Haute-Vienne, bien sûr, sont restés sur leur piédestal : en France on ne déchoit jamais. Reste le cas des Côtes-du-Nord qui, sans rejeter ce patronyme chti comme infamant, se sont accolées à l’Armor plus porteur du fameux soleil breton. Nous, dans les vins, nous eûmes droit aux VDQS : Vins Délimités de Qualité Supérieure, forme d’antichambre d’attente pour l’accès au Saint des Saints et aux Vins de Pays, dénomination sympathique pour sortir de l’anonymat des Vins dit de Table - comme si la consommation à table avait quelque chose de vulgaire - mais sans ticket d’accès pourl'accession à la catégorie du dessus. La nouvelle phraséologie européenne est plus juridique, plus de référence à la qualité mais à l’origine : Appellation d’Origine Protégée, AOP, Indication Géographique de Provenance, IGP, Vin sans Indication Géographique. Y perdrons-nous ? Je n’en sais rien mais, ce dont je suis sûr, c’est que dans le domaine alimentaire, contrairement à l’idée reçue et répandue, la mauvaise monnaie ne chasse pas la bonne, bien au contraire les produits normalisés, aseptisés, de qualité certifiée, renforcent chaque jour qui passe le retour en force des bons produits, encore faut-il que ceux-ci soient accessibles au plus grand nombre.

 En guise conclusion très provisoire, pour ceux qui aiment se remuer les méninges, je vous livre ce qu’écrit Arnaud Milanese dans la notice du Robert sous le titre la fragilité des qualités « Les qualités, si difficiles à attribuer à une « nature » qui nous échappe, sont en fait rapportées les unes aux autres et deviennent relatives. La nature des choses qu’elles qualifient indirectement ne semble évocable que par une hiérarchisation de leur attribution. Alors s’explique que la notion de « qualité » puisse glisser jusqu’à ne désigner qu’une valeur relative. Admettre cette ambiguïté entre « identité » et « valeur », que manifeste le langage ordinaire, serait renoncer à la notion même de « qualité, soit au profit de celle de « valeur », soit, pour s’y soustraire, à celle de « quantité » requise par la connaissance scientifique.

* référence au livre de Robert Musil "L'homme sans qualités"

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Mardi 17 mars 2009 2 17 /03 /Mars /2009 00:08

La maison Vin&Cie, comme vous le savez, innove en permanence, cherche de nouveaux angles, hume les tendances, batifole, vous sollicite, vous provoque, aime sans aucune modération vous conduire sur les chemins de la découverte. Alors, ce matin, pour celles et ceux apostrophé(e) par leur conjoint sous la forme d’un post it collé sur la porte du réfrigérateur « chéri(e) surtout n’oublies pas d’acheter le vin », qui les plonge dans une perplexité proche de l’angoisse, j’ouvre une nouvelle rubrique, que j’aurais pu baptiser « SOS Vin ».

 

Je l’inaugure mais, mon souhait le plus cher c’est de la faire tenir par des experts qui viendraient vous sauver du genre de réflexion auquel on s’expose lorsque, faute de s’y retrouver dans le maquis de nos vins petits et grands, on a choisi au pif, pour le prix, l’étiquette ou je ne sais quel souvenir de ce qui se buvait à la table familiale, « t’as encore acheté n’importe quoi ! » Avec nous, même si pour l’heure je suis un peu seul, plus de lazzis, nous vous livrerons les commentaires compris. Ainsi vous pourrez briller en société, pérorer, en mettre plein la vue à votre beau-père qui se pique d’être un expert, savourer avec délectation l’étonnement et la stupéfaction de tous les garçons et les filles de votre âge face à tant de connaissances œnophiles (prononcer zen ‘ô).

 

Comme sur le fronton de la maison ça n’est pas écrit la Poste – surtout depuis que le facteur de Neuilly est considéré selon un sondage* BVA-Leo Burnett pour BFM et La Tribune, publié samedi dans le quotidien économique qu’avec Nicolas Sarkozy, il est l’homme politique que les Français estiment le plus capable de faire bouger les choses et qu’il fait presque jeu égal avec le chef de l'État en obtenant, pour les mêmes questions, respectivement 35 % et 36 %. – nous nous contenterons de vous conseiller un vin par mois.

 

J’ouvre le bal avec « Les petits pas » un Coteaux du Languedoc 2007 du Domaine du Pas de l’Escalette qui doit être le digne continuateur de la cuvée « Le premier pas »
définie par ses concepteurs, Julien Zernott&Delphine Rousseau comme « Un clin d’oeil au premier pas de leur fils, Jules. » qui doit grandir en âge et en sagesse. Pour plus de détails – ceux dont vous aurez besoin pour river le clou de vos détracteurs es-experts en bouche en cul de poule et langage fleuri – allez visiter le site du domaine www.pasdelescalette.com/ vous y serez accueillis par les sourires avenant de Delphine et de Julien.

 

Le Pas de l'Escalette est, depuis la haute antiquité, un lieu de passage emblématique entre la Méditerranée et le Plateau du Larzac. Au cours des siècles, il s’est transformé en fonction des divers moyens de transport pour aujourd’hui être transpercé par un tunnel autoroutier. Le percement du Pas de l'Escalette, afin « d’aménager une route a été réalisé en 1860-1861 par l'entrepreneur MIALANE qui a utilisé pour la première fois en France la dynamite. Ainsi disparut le sentier muletier avec ses nombreux lacets donnant une impression d'escalier, d'ou le nom "Escalette". »

 

J’ai découvert et apprécié, les vins du Domaine du Pas de l’Escalette dans un charmant bistro de la place du Marché St Honoré : « le Point Bar » d’Alice Bardet, aujourd’hui fermé car celle-ci a ouvert un nouvel établissement  Le Boudoir au 25, rue du Colisée – 75008. Samedi dernier, pour célébrer mon appétit revenu, je suis allé slalomer dans le temple de la Rive Gauche : la Grande Epicerie du BM en quête de quelques délices solides et liquides. Pas besoin de cliquer pour mettre une bouteille dans mon panier : « Les petits pas » 9,30 euros, à propos Jules ça te fait quel âge aujourd’hui ?

 

Le plus dur, pour moi, reste à faire : « causer avec les mots qu’il faut » de ce nectar dont Julien&Delphine disent qu’il « assemble harmonieusement l’ensemble des cépages du domaine ». J’chui pas doué pour ce genre d’exercice mais je me soigne pour atteindre la perfection du Guide des Vins Paquet&Paquet « Le buveur en col blanc » link. Non vraiment ce n’est pas mon truc, je ne trouve pas les mots. Je préfère vous dire, à ma manière, pourquoi « les petits pas » me plaisent et m’enchantent.

 

C’est tout d’abord une affaire très personnelle car, en ce moment, j’ai envie de manger sur le pouce : des rillons, de l’andouille, des pieds de cochon et, pour faire couler la miette, il me faut choisir le vin qui va avec. Un vin plein de vitalité, de légèreté, qui aiguise les papilles. Du plaisir simple avec un chouia de gourmandise, c’est ce qui m'a plu de suite avec « les petits pas » : un nez frais et fringant, une belle couleur rouge franche qui scintille, et la première gorgée qui vous emplit de bien aise. Manger à la bouchée, avec son couteau, assigne au verre de vin une fonction essentielle : il doit ne pas s’imposer, être présent tout de même, se lier, se fondre, aller à l’essentiel pour que chaque gorgée soit une parcelle de plaisir. En plus, ce « garnement » va bien avec tout mon repas jusqu’à mon bout de fromage : en ce moment je suis très Neuchâtel fermier. Ceci écrit, vous pouvez le servir aussi, sans problème, à votre belle-mère ou au patron de votre moitié (e), sur un repas plus conventionnel, ce jeune homme sait se tenir. Comme dirait nos enfants avec lui y’ a pas de souci !

 

Voilà, c’est fait, et j’entends déjà l’écho de votre voix « Chéri(e), tu ne vas pas en revenir j’ai déniché un vin super, de « derrière les fagots » comme le disait mon père. Surprise ! »

 

J’entends certains me dire que les parigots sont un peu saoulant avec leur manie de croire qu’on trouve tout partout. J’en conviens, le vin que je vous conseille je l’ai acheté à la Grande Epicerie du Bon Marché, qui n’est certes pas un discounter, 9,30 euros. Comme je ne veux pas vous laisser dans l’embarras, outre le fait que vous pouvez commander directement au domaine, vous pourrez peut-être aussi trouver « Les petits pas » chez Laurent Baraou www.lesvinsdesaintantoine.fr qui propose des vins du Domaine du Pas de l’Escalette. Bonne recherche et à bientôt pour un autre choix.

 

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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 00:09

Sauf, bien sûr, à être beurré comme un Petit Lu, à toute heure du jour et de la nuit, ce qui, vous le savez, n’est pas notre philosophie de la vie à l’ABV, cette citation que certains attribuent à un journaliste belge, va comme un gant à une large part de ceux dont le regretté Coluche disait que « si on leur vendait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu’ils achètent du sable ailleurs. » Cependant, afin de ne pas nous dédouaner de notre propre connerie, je me réfère à « L’autopsie de la connerie » de Denis Faïk, une chronique très complète et très savante publiée le 30 janvier 2009
 
www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=1094 
  
« 
Quand on a défini un con, alors on a l’illusion d’être soi-même prémuni. La « cible » donne le sentiment que nous sommes en face d’elle, donc hors du champ de la connerie… » Afin de bien cerner le champ de la connerie, de ne pas s'en exclure car, comme le fait justement remarquer Frédéric Dard " Traiter son prochain de con n'est pas un outrage, c'est un diagnostic"  je vous livre quelques extraits de cette chronique.


« Un con, en effet, ne tire aucune conclusion de son échec et continue. Il persévère dans son comportement, de même que l’attitude dogmatique fixe l’individu dans une croyance constante qui le met complètement à l’écart des faits […] La connerie est une insistance établie que rien ne peut déstabiliser […] Un con a tendance à généraliser : il élargit son ego au reste du monde, pensant alors que chacun doit penser et agir comme lui.[…] L’ego, trop fort, finit dans la psychorigidité. Têtu, il ne bouge pas d’un iota. Mais parfois le nombril est trop petit, alors un con, loin d’être enraciné, flotte aux quatre vents, il change sans cesse d’avis, prêt à suivre les propos du premier beau parleur venu. C’est alors sans doute dans les extrêmes que l’on trouve le plus de cons. […] S’il fallait une devise à la connerie, celle-ci lui irait à ravir : Un point c’est tout. ‘Un point c’est tout’  [
3] désigne que tout l’Être est dans le jugement énoncé et qu’il est alors impossible de rajouter quelque chose. ‘Un point c’est tout’ signifie en d’autres termes : « Taisez-vous ! » j’ai « métaphysiquement » raison. Or cela va de pair le plus souvent avec une certitude suffisante, arrogante, dédaigneuse, méprisante. Le con est un gros-plein-de-satisfaction : « Avez-vous réfléchi quelque fois (…) à toute la sérénité des imbéciles ? La bêtise est quelque chose d’inébranlable, rien ne l’attaque sans se briser contre elle. Elle est de la nature du granit, dure est résistante. » (Flaubert, Lettre à Parain, 6 octobre 1850). »

 

Fort bien, mais pourquoi diable m’en prendre une nouvelle fois à ces « pauvres dégustateurs » pas à tous d’ailleurs, qui n’aiment rien tant que de se référer à la fumeuse « typicité » et de condamner à mort des vins qui selon eux ne sont pas dignes de faire partie de la famille, serait-ce de l’acharnement malsain pour gonfler mon tirage ?

Nullement, je n’ai aucun goût pour ce type de pratique et je ne tire ni sur les ambulances ni sur qui ou quoi que ce soit. À l’image du petit peintre de la marque Valentine je me démultiplie pour tenter de faire barrage à ceux qui vont contre l’esprit de la réforme en s’accrochant comme des chancres à leurs mauvaises habitudes et leurs vieux réflexes. N’oublions pas que c'est dans le plan d'inspection qu'il faut définir la place et le rôle que l’on veut donner à cette commission de dégustation.

Le problème ubuesque de la situation actuelle c'est que beaucoup d’OI se retrouvent à ne faire pratiquement que du contrôle produit parce qu’ils n'ont encore ni plan d'inspection, ni de cahier des charges. Alors que l'esprit, et même la lettre, de la loi privilégiaient les contrôles plus importants en amont, revenant en cela à la philosophie de l’appellation d’origine contrôlée, au respect des fameuses conditions de production, dans la pratique certains font exactement le contraire avec le risque de voir se professionnaliser la dégustation. La directive du CAC est claire cette commission de dégustation doit être composé de différents collèges. Donc, si vous m’avez bien suivi, beaucoup de décisions de suspension du bénéfice de l'appellation sont à ce jour juridiquement mal fondées et ne résisteront pas à un recours devant le tribunal administratif.

 

Le problème c’est que pendant ce temps-là, des vignerons ou des vigneronnes en butte à ces décisions couperets se trouvent confrontés à des situations économiques et commerciales qui peuvent prendre des tours dramatiques. En effet, détail d’importance, ces vignerons sont des chefs d’entreprise qui vendent et exportent leurs vins à des clients qui les ont dégustés et appréciés. Qui s’en soucie ? Il est vrai que la situation économique est en ce moment un long fleuve tranquille, les banquiers sont sympas, les clients empressés, les consommateurs euphoriques et que je suis un « emmerdeur » qui s’occupe de  ce qui ne le regarde pas. De qui se moque-t-on ? Des hommes et des femmes qui n’entrent pas dans les clous, ceux-ci étant par ailleurs inadaptés à ce que doit être un vin d’AOC. Ces pratiques sont des insultes à l’intelligence. Elles font de nous la risée de tout ce qui compte dans le monde du vin dans notre vaste Monde. Que par 5 voix contre 4 des « censeurs étriqués»  puissent faire jeter au caniveau un vin sélectionné par ceux qui font que ce vin existe, c’est-à-dire qu’il soit acheté, proposé, vendu, bu et apprécié, ça dépasse l’entendement. Le concept de connerie touche là des sommets himalayens, à la différence près que ceux-ci sont beaux alors que dans le cas présent nous pataugeons dans la médiocrité.

 

Moi je le dis tout net, même si comme l’écrivait le regretté Desproges « Dieu est peut-être éternel, mais pas autant que la connerie humaine. » je suis assez con, mais je me soigne, pour continuer de croire que l’intelligence triomphera un jour de la connerie et que Jean-Pierre Amoreau, dont le Château le Puy, un Côte de Franc, est cité comme le « choix de Dieu » dans le Manga « Les Gouttes de Dieu », passe à la télé japonaise, pourra se sortir du pétrin où certains « dégustateurs » l’ont précipité en retoquant ses 2005 et 2006 en Vin de Table. «  Il faut sauver le soldat Amoreau » vigneron d’une famille vigneronne de père en fils depuis 1620, et bien aux actes les citoyens !  www.chateau-le-puy.com/ cliquez !

Cette chronique écrite je suis sorti et en passant à la Madeleine je suis entré chez Lavinia. J'aime aller humer la cave des vins rares et fragiles au sous-sol. Là, sur la gauche, sur plus d'un mètre linéaire : que du Château le Puy, des vieux millésimes, des grands flacons aux noms qui me fascinent : jéroboam, nabuchodonosor... : impressionnant ! Mon petit doigt me dit que les ventes Château le Puy sont l'un des plus beaux chiffres de Lavinia, en France comme à l'export, comme c'est étrange ! La première réflexion que je me suis faite : est-ce qu'un jour 4 ou 5 petits mecs dans un labo retoqueraient un Latour ? Hilarant ! Vin de Table ! Cuvée François Pinault ! Je ne galèje pas car, là, sous mes yeux, toute petite, elle est là, orpheline, la bouteille cuvée Marie-Cécile 2006 Vin de Table qui est un Château le Puy privé de son nom. Entre nous je trouve l'affaire plus que saumâtre. C'est une mise à mort que de priver "de jure" une entreprise de sa "marque", de son identité. Intolérable ! Quand on pense aux agréments à la Bordelaise qui ont amené certains, lors de la dernière crise, à demander la distillation, même le père UBU trouverait que c'est ubuesque. Proposition iconoclaste : et si on faisait une vidéo des conditions de la dégustation que l'on pourrait visionner en cas de litige ?  

 

 Pour ceux qui, comme moi, aimaient Alain Bashung, une chronique de nuit avec paroles et musique :

« Un jour je parlerai moins, jusqu'au jour où je ne parlerai plus » Bashung Alain parti sans laisser d’adresse… http://www.berthomeau.com/article-29041206.html

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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