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    Vin&Cie,

             l'espace de liberté

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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 00:44

Le Tome 5 des Gouttes de Dieu est arrivé.
Je vous en offre un petit aperçu sous la forme d'une histoire  dont le
pitch est le suivant : son nom est Kaori Mizusawa et cela fait bientôt 8 ans qu’elle s’est réveillée sur un lit d’hôpital avec pour seul souvenir celui d’une bouteille de vin. Souvenir qu’elle a exprimé sous la forme d’un tableau dans lequel le héros Shizuku reconnaît la quête de son père décédé : « la description du premier apôtre » alors il déclare à la jeune femme « vous allez me trouver égoïste. Mais je dois absolument connaître ce vin prisonnier de vos souvenirs… » Le mari s’interpose, sa femme a retrouvé la sérénité, elle n’a nul besoin de se souvenir du passé. Shizuku insiste et madame Mizusawa passe outre aux réticences de son mari.

 Déclaration de Shizuku : « mais ce tableau qu’elle aime… C’est sans doute un vin qu’elle aimait dans un passé heureux… De toute façon, heureux ou pas… Pour un humain, le passé est la terre où l’on s’enracine, et permet de vivre au présent. Même bénie du « ciel » et « aimée » des hommes… Une vie, si elle ne s’enracine pas dans « la terre » ne sera jamais fructueuse. C’est comme un vin fabuleux qui ne peut naître qu’une fois… Que le ciel, la terre et les hommes sont tous rassemblés. »

 

Ensuite autour d’une table, c’est le carrousel des vins. Quelques extraits…

Mme Mizusawa : délicieux… Meilleur que tous les vins que j’ai bus jusqu’ici…

Shizuku : n’est-ce pas ? Je pensais que vous auriez envie de goûter ce genre de vin…

Mme Mizusawa : lequel est-ce ?

Shizuku : c’est encore un secret. Toutefois ces trois vins ne sont pas du Bordeaux mais du Bourgogne.

[…]

Le sommelier : le vin est vraiment une boisson étrange. Ce n’est pas un simple alcool ou un ornement de luxe. Il sauvera la vie d’une personne… et pourra faire basculer celle d’une autre.

[…]

Shizuku : ce petit tour divin qu’est le vin… pourrait tout changer, son passé comme son futur.

[…]

Mme Mizusawa : c’est merveilleux… si le verre précédent ressemblait à une petite mais vigoureuse cascade dont le bruit de la chute résonne au cœur d’une vallée pleine de fleurs écloses… celui-ci est un cours opulent… sa surface brille de mille feux et d’innombrables fleurs pourpres s’y reflètent. Quand j’en puise entre mas mains, elle est limpide… et un arôme de roses, ainsi que l’acidulé un peu douloureux des fraises fraîches… se rapprochent, venant de je ne sais où.

Le sommelier : fantastique description… On voit que vous êtes une artiste… on dirait que le paysage se dessine devant mes yeux.

Le premier «était un « Nuits-Saint-Georges » premier cru de chez Henri Gouges… et le second un Vosne-Romanée de chez Yves Bizot *, un vin village de grande qualité où figure le nom du vignoble.

Voici le dernier verre.

Mme Mizusawa : Mais c’est… (Elle hume)

Le sommelier : on dirait que tu ne t’es pas trompé Shizuku.

Shizuku : oui… le vin de sa mémoire est sans doute…

 

Mystère ! Suspens ! Si vous faites plein de commentaires, même juste en écrivant : c'est qui ? Je vous donnerai la réponse.

 

* c’est Jean-Yves Bizot lire ou relire : 3 Questions à Jean-Yves Bizot vigneron à Vosne-Romanée  http://www.berthomeau.com/article-24981570.html

Domaine Bizot
Jean-Yves Bizot
 21700 Vosne-Romanée

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 09:37

Hier, sur i-Télé j’ai vu la bouteille de Goldeneye, 2005 Pinot Noir, Anderson Valley et son étiquette bleue « Obama-Biden » qui a été servi lors du premier diner officiel qui a réuni 230 personnes : le Président, son Vice-président Joe Biden, leurs épouses et des membres de leur famille, les membres de la Cour suprême, le Conseil des ministres et les leaders du Congrès… Menu «simple et élégant » servi avec des vins représentant l'ambition de l'industrie viticole américaine. Cependant je ne l’ai pas retrouvée en photo sur le NET. Si vous la débusquez merci de nous en faire profiter

 

The 2009 Inaugural Luncheon Menu

First Course

A Brace of American Birds (pheasant and duck), served with Sour Cherry Chutney and Molasses Sweet PotatoesSeafood Stew
Duckhorn Vineyards, 2007 Sauvignon Blanc, Napa Valley

It's billed as a wine with a rich, creamy taste, with bright acidity and a long, refreshing finish.

 

Second Course


Goldeneye, 2005 Pinot Noir, Anderson Valley

It's described as a medium-weight wine that's delicate and understated, with a rich aroma that's evocative of dark cherries, nutmeg, caramelized apple, cinnamon and clove.

Third Course


Apple Cinnamon Sponge Cake and Sweet Cream Glacé

Korbel Natural “Special Inaugural Cuvée,” California Champagne

 

The menu

The menu, created by Design Cuisine, a catering company based in Arlington, Virginia, draws on historic ties to the Presidency of Abraham Lincoln. Growing up in the frontier regions of Kentucky and Indiana, the sixteenth President favored simple foods including root vegetables and wild game. As his tastes matured, he became fond of stewed and scalloped oysters. For dessert or a snack, nothing pleased him more than a fresh apple or an apple cake.

The Wines

The wines to be served during the luncheon were produced by some of the finest winemakers in California, the home state of Senator Dianne Feinstein, the Chairman of the Joint Congressional Committee on Inaugural Ceremonies. Each wine was selected to complement the flavors of the luncheon ingredients.

2005 Goldeneye Anderson Valley Pinot Noir

Harvest Notes

The harvest of 2005 was slow and steady, the result of moderate temperatures and ideal ripening conditions in the Anderson Valley. Overall quality was exceptional as we were able to harvest the Pinot Noir grapes block by block at near perfection. We believe that our small lot winemaking techniques add layers of structure to the wine, which highlight the depth and complexity of the 2005 vintage.

Comments from the Winemaker

This well-balanced, medium-weight wine offers bright acidity and a long, satisfying finish. The aroma is rich and evocative of dark cherries, nutmeg, caramelized apple, cinnamon, and clove. On the palate, it is full of plum, spice, cherry, strawberry, and vanilla oak layers. Though delicate and understated, this wine’s compelling force of flavor, weight, and potent spice create a depth and density that cannot be missed. Drink until 2015.


Petit cadeau

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 00:03

 

Le titre de ma chronique de ce jour est emprunté à François Simon dans son « N’est pas gourmand qui veut » où, sur la quatrième de couverture, il écrit : « Le restaurant n’est donc plus ce havre consigné, cette salle des plats perdus, cette réserve de notables. C’est devenu le dernier théâtre des vies qui maraudent aux heures ultimes du jour, de la semaine. Comme si allaient apparaître le plaisir soudain, la révélation du sens enfoui, l’ivresse magique d’un Condrieu sur une chair blonde… » Ha ! le Condrieu, je suis sûr de l’avoir aimé d’un amour éthéré, car inaccessible, bien avant d’y avoir trempé mes lèvres ; un peu comme en mes jeunes années je fondais d’amour en contemplant, depuis le remblai des Sables-d’Olonne, les premières et rares, elles aussi inaccessibles, Suédoises venant se dorer sur la plage de sable blond.

En mes temps Viennois, j’aurais pu pousser jusqu’à Condrieu, et pourtant en dépit de ce que je viens de vous confier, je n’y suis jamais allé. Pourquoi ? Sans doute parce que mon métier, contrairement à celui de François Simon – même si pour moi goûteur s’apparente plus à une sinécure qu’à un boulot où il faut se lever tôt le matin –  menait plutôt mes pas vers des lieux moins accueillants. Irais-je un jour ? Je ne sais, mais avant même que ce jour existât, je me devais de trouver le prétexte pour vous faire part de ma flamme juvénile, et jamais éteinte, pour cette blonde – l’appellation, bien sûr – toute d’or vêtue, un peu comme Charlize Théron pour la pub de Dior J’adore. C’est donc à François Simon, Figaro ci/Figaro là/Je suis fameux autant qu'un roi/ nul n’est parfait – Mougeotte mon dieu ! L’imprécateur Lapaque du Littéraire doit en manger son black béret – dont j’apprécie le talent de plume et l’éthique professionnelle, que vous devez l’accouchement de cette chronique. Bien mieux que moi, qui en serais resté à mes fantasmes féminins, d’extase et d’épectase, il sait trouver les mots pour chanter ce vin quasi-divin.


« Condrieu au sud de Lyon (cinquante kilomètres pile) a tout simplement de la veine, s’y écoule un vin de rêve, le condrieu précisément. Vin blond, du soir, de fleurs blanches, pamplemousses, légèrement toasté, beurré pour tout dire, une petite merveille, gentiment ignoré, surcoté pour les spécialistes, bah, ces derniers ont probablement raison, laissons-les à leurs thermomètres, leurs températures trop chaudes, à farfouiller dans les durites et les pistons, l’inox et les polyphénols, la glaise et le glaive ; les chais moroses, les caves froides, debout, une main dans la poche, le buste en avant, le verre dans le nez ; pour ma part, ma religion est toute faite, le vin, c’est à table. Ou en bibliothèque, sur une nappe de pique-nique, dans un lit, dans la cabine d’un train, sur la banquette arrière d’une automobile. » Quel régal ! Cependant, je me dois d’avouer que je suis un sournois car, pratiquant la même religion que lui, avec les mêmes rites, je lui ai confié le soin de chanter la messe en mes lieux et places. Certes, j’ai commis une chronique : les positions du vin : debout, assis, couché, qui plaidait la même cause http://www.berthomeau.com/article-21377653.html mais lui le dit avec une vacherie fort pertinente.

En rester « au vin blond du soir », décolleté vertigineux, ongles carminés et fleur de jasmin dans les cheveux, m’exposerait aux lazzis des experts et, comme je n’aime rien tant que de céder aux délices de la provocation, j’ai décidé de confier la chute de cette chronique à Susy Atkins, une anglaise experte en vin qui écrit dans le Sunday Time, qui fait de la télé sur la BBC2, qui en 2004 a été nommée par l'International Wine & Spirit Competition  «Communicateur de l'année», qui a de l’humour, du peps et de la fraîcheur. Sa question sur le Viognier : « Viognier, the « New Chardonnay » ? » , dont le Condrieu est la maison-mère, et sa réponse me ravissent.
 

« Utterly, fantastically, fashionable daahhling. As hip as Gucci, as chic Agnès B. Why? That’s a bit like asking why hemlines rise and fall, though we reckon a lot of it is down the fact that Viognier’s original stomping ground, the Northern Rhône, has itself become one of the most fashionable wine region in the world. When the Rhône star was in the ascendant, everything associated with it rose in people’s estimation, even a half-forgotten, obscure variety like Viognier. Equally, it has such an incredible aroma that after one sniff, winemakers around the world fell under its spell. Whatever the case, Viognier has been plucked from chorus line like Alice Faye * in a 1920s musical»

* Alice Faye est une actrice, danseuse et chanteuse américaine. Elle fut une des reines des comédies musicales de la 20th Century Fox. www.alicefaye.com/
 

C’est bien beau tous ces mots mais pour boire y’a pas photo il faut dénicher le bon flacon chez le bon vigneron. Que faire ? Me plonger dans un guide ? Ce n’est pas ma tasse de thé. Alors me vint une idée : consulter des gens du coin, leur demander leurs préférences. Ce que je fis. Par retour, il me fut donné 3 noms. J’ai, par commodité, commencé par téléphoner au premier vigneron conseillé. S’il me permet l’expression, je suis tombé directement sur lui. Présentation faites je m’enquis auprès de lui de là où je pourrais trouver un flacon de son vin à Paris. Christophe Pichon – c’est le nom de mon vigneron – avec beaucoup de gentillesse chercha à me donner l’adresse la plus proche de mon domicile. Et puis tout au bout de notre conversation, sans façon, il m’a proposé de m’envoyer une bouteille. J’ai accepté car ce geste m’a honoré moi qui ne suis ni un critique à gros tirage ni une star de la note mais un petit bloggeur solitaire. J’ai remercié Christophe Pichon. L’homme dégage une réelle empathie et mon impression a été  confirmée par ce que j’ai lu par la suite sur la toile : « Christophe Pichon est un homme respectueux. Calme et pondéré il envisage son métier de vigneron avec philosophie et humanisme et ne prétend pas révolutionner le petit monde viticole du Rhône septentrional autrement qu’en persévérant dans la voie rigoureuse qu’il s’est tracée depuis ses débuts en 1985. » J’ai reçu la bouteille. Je l’ai photographiée. Je vous la propose avant même de l’ouvrir car déboucher un Condrieu au débotté pour le déguster debout dans sa cuisine constituerait une désinvolture inacceptable. Comme je suis un buveur assis, je le proposerai lors d’un repas entre amis et, bien sûr, je trouverai l’occasion de chroniquer sur lui. N’attendez-pas pour autant, notez les coordonnées de Christophe Pichon   36 les Grands Val, Verlieu, 42410 Chavanay 0474870678  cliquez sur le lien ci-après www.cote-rotie.com/vignerons-c... . Comme au cinéma ou les livres rien ne vaut le bouche à oreille ( merci aux amis de Tain qui m’ont donné les adresses) pour faire les plus belles découvertes et sortir des sentiers battus des critiques.

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Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 00:00

Le titre de ma chronique est extrait d’une libre expression du Dr Michel Marty, psychiatre, psychanalyste, président de l’ANPAA 64 : « Le cardiologue et les alcoologues » à propos du livre d’Olivier Ameisen : « Le dernier verre ». C’est publié dans « Addictions » revue de l’ANPAA de décembre 2008 (je suis adhérent de l’ANPAA). Très intéressant, que dit-il ?

 

Tout d’abord, bien évidemment que « la parution du livre du DrAmeisen a déclenché des réactions diverses et contradictoires dans le monde de l’alcoologie » et même « chez un certain nombre de médecins et tout particulièrement d’alcoologues. » à une franche opposition. Ensuite, il note à juste raison que les « médecins ne croient pas au Père Noël, et qu’ils ont quelques raisons d’être méfiants,  car l’histoire de la médecine est jalonnée de découvertes éblouissantes de médicaments miraculeux… » Donc attention aux « charlatans qui jouent avec le désespoir des malades… » mais la suite est à lire dans son intégralité.

 

TOUT SEUL, ENVERS ET CONTRE TOUS.

 

« Le Dr Ameisen a découvert un traitement qui l’a guéri. Auparavant, il avait tenu en échec une quinzaine de médecins spécialistes, et de centre de traitement, parmi les meilleurs du monde à n’en pas douter, aussi bien américains que français, et voilà que tout seul, envers et contre tous, il trouve un traitement fabuleux de cette forme d’alcoolisme. Il y a de quoi être agacé quand on est alcoologue et qu’on a consacré sa vie à soigner des malades de l’alcool. Les alcoologues sont un peu comme ces maris ou ces femmes trompés depuis des années, ils ne croient plus aux promesses de leur conjointe (conjointe). Le Dr Ameisen a élaboré une théorie pour expliquer sa guérison, il livre un travail on pourrait dire prémâché. Non sans avoir proposé au Pr X de procéder suivant l’expression consacrée, à une étude randomisée du baclofène chez les alcooliques présentant la même symptomatologie que lui. Mais le professeur a mis toute sa force d’inertie à faire échouer cette étude. Alors le Dr Ameisen a décidé de publier son livre et de commencer sa croisade pour imposer son traitement. Il mènera ce combat avec la même détermination qu’il a mise à lutter contre son alcoolisme.

Je vous ai parlé de ces charlatans ou de ces vendeurs de faux espoirs mais j’aurais pu vous parler de Pasteur ou de Jenner et d’autres qui, tout seuls de leur côté, ont lancé des traitements qui ont profondément modifié la pratique de la médecine, malgré l’opposition du corps médical et contre le conservatisme de l’Académie de médecine.
Alors, que penser ?

Le Dr Ameisen est-il un futur bienfaiteur de l’humanité ? L’avenir nous le dira mais il y a une chose sûre et certaine, ce baclofène, qui bénéficie d’une autorisation de mise en marché (mais pas dans l’indication de sevrage alcoolique), sera prescrit. Etudes randomisés ou pas. »

 

Réconfortant, non, d’autant plus que dans le même numéro, dans son éditorial, le Pr Pierre Carayon, trésorier de l’ANPAA conclut : « Même si le médicament est à manier avec précaution et même s’il ne s’adresse pas à toutes les formes de dépendance alcoolique, nous pourrons malgré tout nous réjouir d’une avancée substantielle et, à mon avis, être plutôt reconnaissant à Olivier Ameisen qui, prenant le risque d’une auto médication, a ouvert la voie à une recherche clinique fondée scientifiquement. Puissent la communauté sanitaire, et d’abord les responsables publics, mais aussi les laboratoires concernés, faciliter le mise en place des travaux qui s’imposent afin d’éclairer les soignants et permettre, nous l’espérons, de soulager les personnes piégées par l’alcool. »

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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /Jan /2009 00:04

Féministes patentées, culs bénis confits, chastes glacés et glacées, pudibonds et bondes assorties, esprits étroits et sectaires de tous poils, censeurs de toutes obédiences, passez votre chemin car ce qui suis, écrits lestes et autres gâteries, outrageraient votre regard et troubleraient votre esprit de cilice.



Ce matin mon espace de liberté se veut libertin


 
pour honorer notre seigneur le vin


et vous donner un peu d’ivresse,


sans risque de contrôle gendarmesse,


en ces temps


bien pesants.

Les illustrations sont d'époque...


 

 

Vin Papal*


« Paul III…, l’instigateur du concile de Trente, l’homme qui approuva en 1540 l’ordre des Jésuites, qui confia l’exécution des fresques de la Chapelle Sixtine et dont la jeunesse inspira à Stendhal le personnage de Fabrice del Dongo, Paul III donc aimait tellement le vin de Crète qu’il s’en baignait les genitalia tous les matins. On pourra s’étonner d’un tel souci. Était-ce pour les rafraîchir ou pour les enflammer ? »


Jean-Luc Henning  Érotique du Vin


* San Antonio aurait titré : « Vin de Popaul »


 

 

 

Vin Seigneurial



« Les jeunes seigneurs qui étaient à table avec elle la firent boire du vin dont elle s’enivra. Ensuite, elle dansa presque nue, puis ils la livrèrent dans une antichambre à des valets qui en firent leur plaisir. On l’entendit dire :  " Ah ! la bonne journée. "



Mathieu Marais à propos de madame de Gacé


 

 

 

Vin en Vers de Verlaine



« Heureux qui, profitant des plaisirs de la terre,


Baisant un petit cul, buvant dans un grand verre


Remplit l'un, vide l’autre, et passe avec gaieté


Du cul de la bouteille au cul de la beauté. »


 

Les commentaires peuvent se faire sous le manteau...

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Dimanche 18 janvier 2009 7 18 /01 /Jan /2009 00:01

 

Le XO de Hennessy déliait enfin la langue de William Winslow. Sans se préoccuper le moins du monde du babillage de nos compagnes – qui dépiautaient toujours la vie agitée de Margaret : elles en étaient à l’île Moustique dont un de ses riches chevaliers servants, l’écossais Tennant, lui avait offert un « morceau » : un caillou sans eau, ni gaz et électricité, même pas une piste d’atterrissage – il m’entreprenait sur l’idéologie marxiste qui, d’après lui, gangrénait la France et ses élites. Même de Gaulle qui en quittant l’Otan faisait le jeu des rouges ! Par bonheur, martelait-il – même si la notion même de bonheur ne me semblait pas consubstantielle aux citoyens de la perfide Albion –, la Grande-Bretagne, en refusant d’entrer dans le Marché Commun, se préservait du cancer communiste. Comme je souriais en affichant un air narquois son teint de rouquin s’empourprait : « Vous en êtes ! » éructait-il entre ses dents jaunies par la nicotine. Sans même réfléchir, du tac au tac, je lâchais avec un grand sourire, en français, « désolé je ne suis pas de la jaquette qui flotte… » Ses gros yeux injectés de sang me contemplaient, intrigués et il balbutiait : « jacket, jacket… ». J’enfonçais le clou, en piochant dans mon maigre stock de slang : « queer… une pédale… un pédé quoi…» Son dentier fut à deux doigts de choir sur la nappe blanche. À nos côtés, les récents déboires de Margaret avec Antony Armstrong-Jones, un photographe qu’elle avait épousé en mai 60, semblaient occuper tout l’espace de Chloé et d’Alexandra car elles ne prêtaient aucune attention à notre passe d’armes.

 

Piqué au vif, William Winslow qui, je n’en doutais pas, lui en était, amorçait un virage à 180° en embrayant sur les vertus du Cognac qu’il sirotait en prenant des mines extatiques. Sa compagne officielle gloussait en confiant, à une Chloé plus vraie que nature en petite dinde du Berry, que Margaret ne carburait qu’au Famous Grouse, ajoutant, en français, que la pauvre chérie, dotée bien sûr d’un humour en béton, affirmait, en tirant sur l’une de ses 60 cigarettes quotidiennes, que c’était le seul gibier qu’elle supportait. Le recours au français m’allait bien, j’en profitais pour lancer une contre-offensive éclair totalement improvisée : « vous êtes un ancien du MI 16, cher William ! » affirmais-je sur un ton ne souffrant pas la contestation. Le dit William manquait de s’étouffer en régurgitant la lampée de XO et, cette fois-ci, Alexandra sursautait. Chloé, oie blanche parfaite, ne cillait pas et, alors que William tentait dignement de remonter la pente, elle entreprenait de se poudrer le nez. Sans médire sur nos amis anglais, force est de constater qu’ils sont prévisibles. Plutôt que de le convaincre de la véracité de mon propos je le laissais patauger dans des explications aussi compréhensibles que les règles du cricket. Mon silence l’usait. C’est Alexandra qui dénouait la situation en confiant à Chloé « votre frère me semble être, comme vous dites en France, un fin psychologue alors que ce cher William sonne aussi creux qu’un tambour du régiment écossais de la Reine. Donnez-lui votre carte de visite, je crois que ce jeune homme fait lui aussi parti de votre corporation de « fouilleurs de cul de basse fosse » Elle le disait, à mon grand étonnement, dans un français impeccable.

 

Comme toujours le hasard s’avérait mon meilleur allié et cette vieille raclure de William Winslow, accessoirement, et surtout la charmante et subtile Alexandra, une ancienne du 10 Downing Street, francophile et folle de Paris, me permettraient bien plus tard de sortir au mieux d’une mauvaise passe. De retour dans notre T2, Chloé et moi, pelotonnés dans le sac à viande sur l’étroite couchette du bas, nous mesurions l’inanité de ce que nous étions en train de faire. Le no man’s land que nous disions occuper existait-il vraiment ou n’étais-ce qu’une invention de pure justification ? Nulle part où aller alors nous fuyions en nous réfugiant, chacun à notre manière, dans les interstices qui s’offraient à nous. En Italie, les historiens parleront des années de plomb, grises et sales, éclaboussées d’un sang innocent, que bien des années plus tard les Battesti&Cie, idéologues aux mains souillées, n’auront même pas le courage d’assumer. Les fascistes de la Loge P2, tout aussi maculés de sang qu’eux, auront le dos large pour donner appui au verbiage auto-justificateur des idéologues « repentis ». Nous ne voulions pas en être mais nous ne pouvions pas non plus couler des jours paisibles avec les repus d’en face. Pas le choix entre les établis en usine comme Pierrot Overney, les délirants de la GP, les vieilles badernes du PC et la nouvelle bourgeoisie triomphante du président Pompe et de ses alliés naturels, toutes les issues étaient verrouillées. Que ça étonne les jeunes générations qui affublent si facilement les soixante-huitards de toutes les tares de la jouissance égoïste, les années 70 furent des années de grandes désespérances. Sur le quai de la Gare Saint-Charles, François Franchey d’Espéruche, flanqué de la capiteuse Angéline Labrousse, nous attendaient tout sourire. Ce cher Contrucci voulait nous tenir sous contrôle, ça nous motivait à nouveau.  

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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 00:02

Rappelez-vous le slogan « Au secours la droite revient ! »

Aux législatives de 1986, où le François de Jarnac, pour brouiller les cartes, au lieu d’instiller de la proportionnelle dans notre célèbre scrutin majoritaire à deux tours d’arrondissement, avait carrément joué la totale ce qui avait provoqué la démission de Rocard du gouvernement Fabius au beau milieu de la nuit. Par la grâce de ce scrutin, Henri Nallet, le successeur de Rocard, parachuté dans l’Yonne sera élu et s’implantera à Tonnerre et, au lieu d’une déroute annoncée, le PS sauvera les meubles ce qui ouvrira les portes de la 1ière cohabitation de la 5ième République avec Jacques Chirac à Matignon. Dans son dernier livre "Mémoire" *, Catherine Clément, raconte que le 9 mai 1981, Chirac lui donne rendez-vous à l’Hôtel de Ville de Paris, et lui confie d’un air inspiré : « Admettons que Mitterrand soit Président. Il dissout l’assemblée, que feriez-vous à sa place, vous ? Il dissout, évidemment. Dans cinq ans, il perd les élections. Il ne peut pas les gagner. Vous qui le connaissez bien, pouvez-vous lui dire de ma part que je suis prêt à devenir son Premier Ministre dans cinq ans ? »


L’affiche du PS pour cette campagne de 1986, avec le slogan choc « Au secours la droite revient ! », va faire florès et plaire aux futurs tontons maniaques, ceux de la « Génération Mitterrand ». Elle sera suivie par l’affiche d'un grand méchant loup, très Tex Avery, aux allures chiraquiennes : «Dis-moi, jolie droite, pourquoi as-tu de si grandes dents ?». Bonne pioche que d’avoir confié la communication de campagne à Daniel Robert l’inventeur de formules choc comme : « Un verre ça va, trois verres, bonjour les dégâts ! » « Tu t'es vu, quand t'as bu ? » « BNP : pour parler franchement, votre argent m'intéresse. » C'est aussi le père de « Bison Futé » et du fameux "Monsieur Plus" pour une marque de biscuit. J’avoue que j’avais trouvé ça revigorant car pour une fois une campagne électorale, plutôt que de se complaire dans les slogans éculés et les clichés convenus, se risquait dans  l'humour vache et la dérision. Bref, ce soir en rentrant chez moi ma petite machine à reconnecter le temps passé au présent a fonctionné et je vous livre le tout dans un désordre complet.


Tout commence par ce que je vois sur les colonnes Morris et les vitrines des kiosquiers : la Une de l’hebdomadaire le Point « La conscience de gauche de Sarkozy »


Ensuite, ça continue par la lecture  d’un portrait de Bernard de la Villardière, journaliste sur M6 - le magazine « Enquête exclusive » - et toujours en vrac je vous cite ce qu’il a confié à la journaliste Mariella Righini. Il se dit « contre la culture du consensus ». Il avoue que « de temps en temps, pour régler les problèmes, mieux vaut un bon conflit. » Contre qui se bat-il ?« contre l’injustice, sous toutes ses formes. Contre les gens qui se comporte mal. Les salauds. Les organisations criminelles. Les mafias. La corruption. Le blanchiment. Les paradis fiscaux. Le capitalisme sans morale. » Pour quoi, pour qui se bat-il ? « Pour ceux qui, dans les circonstances les plus dramatiques, luttent contre pour que les choses changent, ceux qui vous donnent des messages d’espoir, qui vous réconcilient avec la nature humaine » Et d’ajouter : « Moi qui étais profondément libéral, je suis en train de devenir de gauche. »


Enfin je chute avec Michel Rocard qui a annoncé mercredi qu'il allait quitter prématurément, fin janvier, son poste de député au Parlement européen et ne briguerait plus aucun mandat. « Je prends ma retraite parlementaire, mais je ne me retire pas de la vie civique », a annoncé Michel Rocard, qui va fêter cette année ses 79 ans, et qui n'entend pas rester inactif. "Je ne vais pas cesser de réfléchir, je vais continuer à lire et à m'inquiéter", a-t-il précisé.


La morale de mon histoire : à vous de la trouver ?
Peut-être qu'il n'y en a pas car comme y'avait 2 gauches y'en a peut-être plus du tout ou peut-être qu'avec Obama la "gauche américaine" va renaître de ses cendres ou je ne sais pas moi... Bonne fin de semaine et il ne vous est pas interdit de commenter très chers lecteurs…


* " Mémoire" Catherine Clément Stock 592 pages 24 euros


Vous pouvez lire à la rubrique PAGES en haut à droite du blog le N° 40 de la Wine News :  " Pesticides : l’UE interdit 22 substances dangeureuses sur le champ " c'est très complet...

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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /Jan /2009 00:01

C'est la suite d'hier, toujours aussi "politiquement incorrecte" en effet, dans son « Petit Manuel du Parfait Suicidé », Jean Bruller dit Vercors écrit : « Le suicide est l’acte qui consiste à se donner la mort de sa propre main. Il est généralement mal jugé, et l’opprobre qui s’attache au nom du suicidé s’étend jusque sur sa famille. Je ne connais point de préjugé à la fois aussi stupide, néfaste et malsain. Aussi ai-je résolu de consacrer ma vie à combattre et à le vaincre, et ce livre est le résultat de mes recherches et de mes travaux. Il tombera sur le monde comme un roc dans l’eau dormante, et je ne doute pas que les ondes ne s’en propagent jusque dans les plus lointaines contrées.

Mon but n’est pas de réhabiliter le suicide*. Ma tâche est plus haute, et d’une portée autrement étendue. Je n’ai pas consumé une vie entière en d’ingrates compilations pour obtenir seulement qu’on laissât les suicidés tranquilles. Le rêve que je poursuis est plus absolu : je voudrais que la lecture de mon livre fît admettre à la Société que l’anormal est, non point qu’on se suicide, mais bien qu’on ne se suicide pas.

Il est peu de personnes qui ne regrettent de n’avoir pu choisir le lieu, l’époque et les circonstances de leur naissance. Or, il a été donné à l’homme de pouvoir mourir, s’il le veut, quand il lui plaît, et comme il lui plaît. Or, loin de profiter d’un avantage aussi merveilleux, non content de laisser, par une surprenante paresse, le hasard se substituer à sa volonté, il dit des sages qui osent attenter à leur vie qu’ils sont fous, et les accablent de son mépris. Cela dépasse l’esprit ! Conçoit-on un dîneur qui, après avoir soigneusement composé le détail de son menu, confierait le choix de l’entremets et le moment de le servir au goût de son cuisinier ? Cela semblerait extravagant. »

  * L’auteur serait d’ailleurs bien tard venu. Il y a beau temps que les stoïciens, Zénon et Chrysippe en tête, en avaient fait une vertu (N.de.É.).


16ième recette : du suicide par excès hydraulique

« Cette forme de suicide, inspirée d’un supplice fameux de l’Inquisition, n’est plus guère employée. Elle ne manque point pourtant de caractère, et mérite un meilleur sort. Très favorable aux hydropiques, qui n’auront que quelques gouttes à absorber pour obtenir l’effet désiré, très plaisant pendant les rigueurs de la canicule où l’on ne saurait manquer d’apprécier l’agrément d’un tel trépas, très attrayant en tout temps pour les amateurs de bon vin qui pourront remplacer l’eau par le produit d’un cru renommé, cette méthode regorge d’attraits qui me font espérer qu’elle rencontrera, à l’avenir, les nombreux adeptes sur lesquels ses qualités lui donnent droit de compter. »

 

Commentaire de l’auteur (lors de la réédition en 1977 par Tchou)

« Hélas, cinquante années d’observation n’ont pas permis à l’auteur, si incroyable que cela paraisse, de constater le plus humble succès de cette méthode pourtant exquise, et en laquelle il mettait ses plus grands espoirs. Les statistiques, de plus en plus sûres n’ont toujours pu signaler aucun suicide par ce moyen et ce dans aucun suicide recensé comme tel : car si l’excès de boisson a souvent causé des morts, il n’est pas prouvé que celles-ci fussent volontaires) ; et de leur côté les sondages d’opinion, qui n’existaient pas encore en 1926, ne révèlent aucun goût de la population à recourir à cette méthode. Pénible déchéance, si l’on pense en quel honneur ce procédé é été tenu non seulement au Moyen Age mais, depuis, par diverses polices. C’est pourquoi, sans nous décourager, nous persistons à le faire figurer dans cet ouvrage, dans l’espoir qu’il finira par convaincre les hésitants. »

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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 00:07

Peu de gens connaissent Jean Bruller, moi le premier jusqu’à l’acquisition de sa version américaine de 1930 « 21 Delightful Ways of Committing Suicide ». En revanche qui ne connaît pas VERCORS, le très sérieux auteur du « Silence de la Mer » qu’il avait rédigé pour la revue clandestine la Pensée libre, et qui ne put paraître car la Gestapo avait mis la main sur la revue et l’imprimerie, et qu’il édita lui-même – ce qu’il avait du faire en 1926 pour la version française des « 21 recettes pratiques de mort violente », entièrement souscrit et donc « épuisé d’avance » – ce qui donna naissance aux célèbres Éditions de Minuit, comme l’écrit son éditeur : « petites causes, grands effets. »

http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=livAut&auteur_id=1662

Ce texte, la recette n°16, que je vous livre d’abord en anglais – demain vous aurez droit à la fois à un texte de Vercors, la version française et un commentaire de l’auteur pour la réédition de 1977 – peut choquer. Il est « politiquement incorrect » et, comme il arrive souvent sa conception est due à des circonstances tout à fait fortuites : « Dans les années 20, Bruller poursuivait encore ses études d’ingénieur. Il fait la connaissance d’une demoiselle qui lui accorde de l’amitié, mais rien d’autre. Un jour – pour l’avertir du risque que comporte cette cruauté – il griffonne devant elle un homme qui se brûle la cervelle. Sans s’émouvoir, elle esquisse à son tour un homme qui s’asphyxie, raide comme balle, sur un poêle à charbon. Il réplique par un homme qui se noie. Elle, par un homme qui se pend. Ainsi encouragé… »

 

 
" This form of suicide, which owes its inspiration to one of the more lingering tortures of the Inquisition, is not without a certain intrinsic charm. It is eminently suited to persons of dropsical tendency, since it is only necessary to absorb a small quantity of liquid in order to achieve the desired results. It is very attractive during at heat wave, when such a death could not fail to be refreshing. In addition, it is pleasing in any weather for true connoisseurs of wine, who may substitute for water, some noted vintage of the proper year.

 
" This form of suicide, which owes its inspiration to one of the more lingering tortures of the Inquisition, is not without a certain intrinsic charm. It is eminently suited to persons of dropsical tendency, since it is only necessary to absorb a small quantity of liquid in order to achieve the desired results. It is very attractive during at heat wave, when such a death could not fail to be refreshing. In addition, it is pleasing in any weather for true connoisseurs of wine, who may substitute for water, some noted vintage of the proper year.

Incidentally, it is this form of suicide which slowly but surely is becoming the outstandingly popular pastime in America, under the present Prohibition regime. (Also cf. Chap. 8: Suicide by Means of Poison.)"

à demain pour en savoir plus...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 00:00

 Mon père, Arsène Berthomeau, possédait un alambic mobile, il était un « bouilleur ambulant », son père, mon grand-père Louis,  propriétaire de quelques ares de vignes, en vertu de ce qu’il qualifiait du « droit de bouillir » ses lies*, une liberté fondamentale à qui les opposants, qui considérait ce droit comme une tolérance, donnait le nom de privilège, le fameux « privilège des bouilleurs de cru ». Louis Berthomeau était donc un « bouilleur de cru ». Mon père installait son alambic dans un atelier public établi en un lieu déclaré aux Indirectes, généralement près d’un point d’eau où l’on déversait les effluents). Donc la « goutte » je connais, les 10 ter, « la volante », les bonbonnes et les baricauts de gnôle issus de droits de défunts (le privilège n’était pas transmissible après les lois Mendès-France) en transit dans le grenier, le petit doigt sous le mince filet translucide, la vapeur de l’alambic dans les petits matins d’hiver, les briquettes de coke dans la gueule rougeoyante de la chaudière, la canadienne de mon père, le casse-croute sur le pouce des hommes…

  

* (tout propriétaires, fermiers, métayers ou vignerons pouvait distiller des vins, des cidres ou poirés, marcs, lies, cerises, prunes et prunelles provenant exclusivement de leur récolte personnelle à la condition de ne pas se livrer au commerce des alcools)

 

 

« Ce mercredi, Léon Bouillard et Gustave, son commis, n’avaient pas gaspillé la plus petite miette de temps. Ils s’étaient levés dès potron jaquet. À peine debout, ils avaient assurés l’essentiel du travail du matin. C’est qu’il y avait, avant toute chose, le bétail à soigner, les vaches à traire, les chevaux à conduire au pâturage puisqu’il était dit qu’ils seraient au repos tout le jour.

 

Par-dessus tout, ce mercredi-là, Léon l’avait décidé, on ferait chauffer la « bouillotte » sans désemparer. La veille, le bois avait été entassé près de la chaudière. Un fagot de coudrier bien sec et de belles bûches de ce châtaignier du pays qui fait les flambées convenables. Les seaux et l’entonnoir en fer-blanc, les brocs en bois de chêne, les bonbonnes clissées et la futaille avaient été rassemblés sous un hangar voisin. Et puis, les deux hommes avaient commencé à préparer l’appareil. Gustave avait rempli comme il convient le réfrigérant, sorte de long tonneau vaguement cylindrique dépourvu de fond supérieur, dressé debout tout près de la chaudière déposé à même le sol. Il avait « tiré » l’eau glacée du puits, seau après seau (…) Il puisait ainsi consécutivement deux seaux qu’il allait vider dans le réfrigérant dont une échelle lui permettait d’atteindre le sommet. Il fallait près de mille litres pour emplir suffisamment le tonneau. Cela représentait un assez gros travail.

Tandis que Gustave avait puisé, Léon avait vérifié que les tuyaux s’emboîteraient aisément. Tout était prêt. Il ne restait plus qu’à verser dans la cucurbite le cidre vieux, à assujettir soigneusement le chapiteau, à assurer l’étanchéité des jonctions au moyen d’argile. À allumer l’habituel feu paisible dont les flammes domestiquées mettaient toujours le cœur de Léon en gaieté. Et à attendre.

Ce mercredi-là, dès huit heurs, le cidre, tourmenté par l’ardeur du feu, se prit à prononcer ses premiers gargouillements. Bientôt de courtes mèches de vapeur s’échappèrent autour du chapiteau. Paisiblement, Léon Bouillard qui, à l’image d’un vitrier malaxant son mastic, pétrissait une boule d’argile, en préleva une noisette dont il renforça le colmatage insuffisant. D’autres mèches ébouriffées jaillirent aux endroits de raccordement des tuyaux. Puis le travail retrouva sa sérénité. Prisonnières du serpentin enroulé à l’intérieur du réfrigérant, les premières vapeurs utiles, refroidies, transformées, condensées en larmes, commencèrent à venir mourir à sa sortie. Léon attendit. Comme l’exigeait une coutume soucieuse de qualité, il abandonna les premières mesures à la terre. Puis, sans se hâter, il plaça un seau pour collecter le meilleur produit.

À présent, les deux hommes, assis sur des billots, surveillaient le feu, observaient le filet de liqueur légèrement louche. Il en allait toujours ainsi. « L’eau blanche », en un mince filet, coulait vers le récipient métallique comme une huile impure. L’eau blanche (ou petites eaux, ou brouillis), produit de la distillation directe du cidre, portait ce nom en raison de son manque de limpidité et de sa légèreté. Elle titrait entre 25 et 30° d’alcool. L’obtention du produit fini nécessitait une repasse. Les eaux blanches récoltées au terme de plusieurs distillations directes – généralement deux « chauffes » étaient rassemblées dans la cucurbite pour une ultime opération durant laquelle le filet qui s’échappait de l’orifice terminal du serpentin s »avérait d’une lumineuse transparence. Tout semblable à une belle eau de puits. On l’appelait « la goutte ». Elle titrait au moins 65°.

Les deux hommes en étaient à la fin de la première « chauffe ». Léon se mit en devoir de peser « l’eau blanche ». Il plongea précautionneusement l’alcoomètre au centre d’un seau rempli. Il se mit à genoux pour mieux lire. Il approuva de la tête. Le produit lui plaisait (…)

(…) Léon abandonna la bouillotte, laissant la fin de la distillation s’épuiser dans la terre. « Ni la tête, ni la queue », c’était ainsi qu’on obtenait la meilleure goutte.

 

Extraits de « Bouilleurs de cru » Hippolyte Gancel (professeur de lettres honoraire fils de bouilleur de cru) et Jacques Le Gall (inspecteur des Impôts et descendant de contrôleur des Indirectes) éditions Ouest-France pages 11 à 13.

Dans le Nouvel Obs de cette semaine Jérôme Garcin recommande chaleureusement un petit opus de Jean-Loup Trassard " Sankasi" Le temps qu'il fait 86 pages " Qu'on ne s'y trompe pas, Sankasi n'est ni le titre d'un manga ni la marque d'une moto japonaise. C'est le nom donné, par les gendarmes de Chantrigné (Mayenne), à un cultivateur, Léandre Marceau, suspecté de trafic illégal d'eau-de-vie"

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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