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Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 00:06

 

 

Dans notre petit monde et dans le vaste monde du vin qui ne connaît pas Patrick Léon, pas grand monde. Homme discret, affable, courtois, respecté pour un parcours professionnel remarquable et sa grande disponibilité, il fait parti de ces œnologues qui ont donné à cette profession ses lettres de noblesse. Œnologue et ampélographe, Patrick Léon entame se carrière en 1965, à La Chambre d’Agriculture de la Gironde où il fonde et dirige le « Centre d’Etudes et d’Informations Œnologiques ». En 1972 il entre chez «  Alexis Lichine & Cie » - où il est directeur des achats vins français et directeur technique des vignobles (Château Lascombes – Château Castéra) puis Directeur Technique du Groupe et Membre de la Direction Générale jusqu’en 1985 où il rejoint « Baron Philippe de Rothschild à Pauillac : Directeur Général – Membre du Directoire – Directeur Technique des Vignobles et des Vins du  Groupe : Châteaux Mouton Rothschild – d’ Armailhac - Clerc Milon – le Petit Mouton de Mouton – Aile d’Argent. La célèbre et quasi-unique marque de référence : Mouton Cadet, Opus One en Californie – Almaviva au Chili – Escudo Rojo au Chili – Domaine de Lambert et Baron’Arques dans le Languedoc. Bravo l’artiste ! Patrick Léon sait ce que veut dire surmonter les épreuves que la vie que l’on vit dresse sur notre chemin. Pour ce type le mot retraite sonne faux. Ce n’est un nouveau départ. D’abord, le Domaine Familial à Fronsac : Château Les Trois Croix, ensuite « Léon Consulting » conseiller technique viticole, vinification, stratégie générale, dans différents Vignobles, Domaines, Châteaux, Wineries dans le Monde Viti Vinicole : le Languedoc-Roussillon (Vignobles de Lorgeril), la Provence (Château d’ Esclans), le Chili, l’Espagne, Israël, la Russie, la Suisse… Et même qu’il a trouvé le temps de répondre, avec son cœur, à mes 3 mêmes questions. Merci beaucoup Patrick Léon.

Question N°1 : Supposons que je sois un jeune bachelier passionné par le vin. Je cherche ma voie Sur le site du CIDJ je lis « L’œnologue, grâce à ses connaissances scientifiques et techniques, accompagne et supervise l’élaboration des vins et des produits dérivés du raisin. Sa principale activité concerne la vinification. Il conseille les viticulteurs dans le choix des cépages et la plantation des vignes. Il surveille les fermentations en cave, le traitement des vins et leur conditionnement. Il effectue des analyses et procède à des recherches technologiques visant à l’amélioration des cépages. L’œnologue peut également être chargé de la distillation ou fabrication des alcools à partir des marcs de raisins. Enfin, connaisseur et expert en dégustation, il participe à la commercialisation des vins en France et à l’étranger. En raison de la concurrence rencontrée désormais par la production française de vin sur le marché mondial, l’œnologue remplit une fonction stratégique pour le maintien ou l’amélioration de la qualité des produits de la viticulture française. »

Présenteriez-vous ainsi votre métier à une jeune pousse Patrick Léon ?

Réponse de Patrick Léon : J’adore pouvoir consacrer du temps à des « jeunes pousses » pour les aider à affirmer leur passion sur la vigne et le vin. Probablement des envies de pédagogie mal assumées.

Comme pour s’excuser  aujourd’hui, de ne pas avoir pris le temps de prendre assez de temps, hier.

Les chemins de la passion des jeunes peuvent croiser le « bac » sur leur route, … mais plutôt un bac agricole avec options « viticulture-œnologie ». Cependant je ne suis pas certain que déjà il imagine toutes les facettes des métiers de l’œnologue.

« Œnologue », c’est un diplôme universitaire qui permet d’exercer beaucoup de fonctions différentes autour des métiers viti-vinicoles.

On pense en premier lieu à la vinification : tous ces mystères qui entourent les fermentations et dont les scientifiques recherchent toujours à mieux comprendre les fonctionnements. Mais aujourd’hui, tout bon œnologue ne peut se contenter du merveilleux  précepte prémonitoire de notre Maitre Emile Peynaud : « donner moi d’excellents raisins et je vous ferais d’excellents vins ».

L’œnologue doit s’intéresser non seulement aux raisins, mais à la vigne. Il doit comprendre comment pousse la vigne harmonieusement, et comment arrive-t-elle à mieux produire ces équilibres de goûts déjà dans les baies.

L’œnologue déguste, apprécie, juge des qualités des raisins, des moûts et des vins. Des vins « en naissance », des « vins en élevage », des « vins en maturation », des « vins en pleine expression », et des « vins vieillissants ». Ces jugements techniques cherchent à anticiper sur l’évolution et le devenir afin de prendre les meilleures décisions d’actes œnologiques aux meilleurs moments.

L’art de « L’Assemblage » est à lui seul un véritable métier dont seules les expériences répétées et mémorisées prévalent sur les études : l’apprentissage me parait une étape obligatoire qu’il faudrait remettre en pratique. C’est une grande école de modestie et d’humilité.

De nos jours, on voit de plus en plus d’œnologues concernés par les « marchés » : le marketing, la distribution, la promotion…. ces mots font peur à certains…

Mais, quelle chance pour notre métier ! : de prescripteurs anonymes d’ordonnances œnologiques, nous pouvons devenir créateurs reconnus… Quel progrès.

 

Mais attention à ne pas vendre son âme aux marchés et de rester fidèle à ses origines, sans négliger les attentes des consommateurs. Tous les vins ne peuvent être des trésors réservés à des collectionneurs.

Il faut des vins adaptés aux  différentes circonstances et pratiques de consommation : l’œnologue doit savoir les concevoir et les imaginer dans sa tête, avant de les réaliser dans ses cuves et verres. Il doit pouvoir en parler ensuite aux prescripteurs, aux journalistes, aux acheteurs, aux consommateurs.

Les plus anciens et meilleurs vignerons l’avaient bien compris avec leur bonhomie paysanne et leur faconde vineuse en se souciant toujours de savoir si : « il n’est pas bon mon vin ? » !!! C’était une forme de marketing de l’époque, en se souciant des réactions de l’acheteur. De nos jours, tout va plus vite, donc on veut anticiper sur la satisfaction des plaisirs.

Eh ! Oui, le vin n’est pas fait pour être bu, mais pour procurer du plaisir, ou des plaisirs, et chacun sait que son voisin n’a pas forcément les mêmes que soit…alors il faut aller au devant de son voisin pour savoir ce qu’il apprécie, et si on peut lui procurer ce plaisir.

Vous avez bien compris que l’œnologue dans ces conditions, devrait avoir une fonction plus stratégique et pouvoir influer davantage sur les profils des vins à élaborer, à condition qu’il sache à la fois respecter les caractéristiques originelles des raisins, sans méconnaitre les gouts  des consommateurs.

Dans la compétition internationale qui ne peut qu’augmenter, l’œnologue devra faire ses preuves d’adaptation à ces évolutions, de les comprendre, et si possible de participer à leur anticipation. De part son passé culturel et historique viti-vinicole, l’œnologue de France doit savoir continuer de rester la référence, en toute modestie et ouverture d’esprit.

Question N°2 : « Monsieur Seignelet, qui avait assis Bertrand face à lui, donnait à mi voix des leçons d’œnologie, récitait des châteaux, des climats, des millésimes, émettait des jugements, prononçait du vocabulaire : puis il voulut enseigner à son fils aîné le rite grave de la dégustation. » Tony Duvert « L’île Atlantique » éditions de Minuit 2005. Dans le fameux manga « Les Gouttes de Dieu » «  Le héros est présenté comme œnologue alors que manifestement c’est plutôt un œnophile doué et cultivé.

Quel est votre sentiment sur ce glissement sémantique Patrick Léon?

Réponse de Patrick Léon : Œnologue – Œnophile : aucune opposition. Aucune compétition entre les deux. C’est comme œnologue et sommelier : il n’y a que complémentarité.

L’œnologue a une approche plus scientifique et technique, avec un vocabulaire adapté. Il utilise ses connaissances théoriques et pratiques. Il concourt à transformer les raisins en vin, à élever le vin et à le faire apprécier.

L’œnophile a un comportement d’esthète, de passionné, d’érudit plus livresque, laissant aller ses émotions, ses joies, …. Ses déceptions éventuelles…C’est un hédoniste qui souhaite faire partager sa passion et aime parler de ses découvertes. Sa cave est une de ses destinations de voyage préférée… en plus des vignobles, des chais et de leurs vignerons.

Mais pourquoi donc n’y aurait-il pas des œnologues qui se découvrent aussi des vocations d’œnophile, avec une cave éclectique, qui lui fasse voyager dans l’espace, … dans le temps.

Et l’œnophile peut avoir envie aussi de faire du vin lui-même, et pourquoi ne pas aller ou revenir sur les bancs de la faculté pour devenir œnologue.

Il n’est pas indispensable d’être œnologue pour faire des bons vins, mais l’œnophile, se recommandant de l’œnologie ne doit pas usurper un diplôme qu’il n’aurait pas obtenu.

Ce glissement sémantique n’est pas un tsunami… et les savoirs des uns peuvent retrouver les passions des autres.

Question N°3 : Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ?

Réponse de Patrick Léon : « Amateur » : attention à ce qualificatif qui peut cacher le professionnalisme du véritable amateur chevronné. Dans les vins et pour les vins, la passion est exigeante. Elle vous le rend bien,… c’est comme un cep de vigne : si vous le taillez bien, il vous procure de meilleures grappes.

Alors les comparaisons entre vins, peintures, musiques, …. fussent-elles classiques, sont néanmoins évidentes. La connaissance ne nuit pas à l’émotion devant un tableau. Mais elle n’est pas indispensable à mes yeux. Le tableau est peint pour émouvoir.

Les émotions sont aussi multiples et étranges parfois que les individus, que les personnalités. Ah ! Oui, on parle bien de personnalité  à propos des vins qui vous transmettent des sensations qui ne sont pas perceptibles de la même manière par votre voisin de table, ou de palier.

Et pourtant, ils peuvent avoir tous raison.

Il n’y a pas de certitudes… sauf quand le vin est réellement mauvais ou avec un gros défaut. Sans certitudes, le meilleur moyen de faire le moins d’erreurs possibles est d’être fidèle à soi même, et…..

… de se faire plaisir, avec modération, mais régulièrement, c’est le meilleur moyen d’apprendre : le fameux apprentissage.

« L’œnologue Star » : mais parfaitement et pourquoi pas ? Je ne suis ni envieux, ni jaloux.

Tous les chanteurs ne sont pas des stars, et tous les chefs d’orchestre non plus. Est-ce la star la plus connue qui chante le mieux ? Cela dépend de votre appréciation auditive, visuelle…. gustative.

La starisation est incontournable de nos jours.

On peut la critiquer, ou la susciter, mais elle est là. Dans nos vies au quotidien. A la Télé, dans les journaux. Alors pourquoi pas à propos du vin et des œnologues ? Je trouve que c’est plutôt bien.

Qui disait cet adage « parlez en bien, ou parlez en mal, mais parlez de moi, et les gens s’en souviendront… » : Un de mes « Pères Spirituels » vinicoles me l’a souvent dit : Alexis Lichine qui m’a initié aux marchés.

Je n’irai pas jusque là et préfère que l’on parle plutôt en bien de mes amis œnologues. Mais en principe on ne parle jamais très longtemps des plus mauvais…. Plus que la starisation, c’est son exploitation qui peut paraître parfois déroutante.

L’important est de sentir bien dans ce que l’on fait, avec plénitude et bonheur sincère, comme quand on ouvre, décante, déguste et apprécie une bonne bouteille.

Alors, « Jeune Pousse » si tu lis ces quelques lignes, tu viens me voir pour parler de ton futur métier d’œnologue, et de ta passion d’œnophile.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 10 décembre 2008 3 10 /12 /Déc /2008 00:08

La Savoie ça m’inspire quoi ? Dans l’ordre : le gâteau de Savoie de maman, léger, mousseux, où parfois elle glissait de la confiture d’abricot ; mon seul et unique séjour en colonie de vacances à St Jean de Maurienne avec les enfants de marins de l’Ile d’Yeu ; l’escalade de la Dent d’Oche où je me suis offert (sic)  la plus belle de mes rages de dents ; la chanson niaise d’Hughes Auffray « va doucement c’est tout bon » ; le festival du film fantastique d'Avoriaz l'année où de Niro était président du jury ; un roman de Patrick Modiano « Villa Triste » au bord du lac Leman ; le Reblochon et les cloches des vaches des alpages ; Alain Berger qui a été directeur de l’INAO ; Hervé Gaymard qui a été le locataire du 78 rue de Varenne à qui j’ai remis « Cap 2010 » et qui m’a donné du monsieur le Président avant de m’abandonner en rase campagne ; notre ministre actuel Michel Barnier qui est venu s’exprimer sur mon espace de liberté… Mais j’avoue, en me couvrant la tête de cendres, en battant ma coulpe, que je suis bien incapable de situer le vignoble de Savoie sur une carte de cette belle province.


 

Alors, lorsque j’ai reçu, via mon blog, une invitation de Raphaël Saint-Germain le message suivant «  Plutôt jeunes - ou toujours jeune ? -, nos vins nous ressemblent et nous rassemblent. Tant dans la démarche que dans le niveau de qualité produite. Et du caractère, c’est vrai ! Chacun de nous vinifie avec sa propre sensibilité, sa propre patte des Vins qui se veulent authentiques, des vins de vignerons, mais tous savoyards !

 

Alors…


Rencontrons nous ce lundi 24 novembre de 10h à 19h autour d'une dégustation de Savoie

LES FINES GUEULES ; 43 rue des Petits Champs 2 rue de la Vrillière. » au lieu de me précipiter sur le site des vins de Savoie pour pallier mon ignorance crasse, toujours aussi flemmard je me suis dis « c’est sympa, j’y va ! »


Si j’étais allé sur le site  www.vin-de-savoie.org   je n’aurais guère été avancé car, en dehors de me dire que :


"Si l'on en croit la plupart des publications actuelles, les vins de Savoie sont une aimable anecdote sur fond de carte postale enneigée. Le discours habituel fait généralement état de vins frais et légers, «à boire jeune", dont la principale qualité consiste à accompagner de tristes tartiflettes après une journée de ski."


Pas la moindre trace d’une petite carte pour un ignare de mon espèce. Je ne veux pas être mauvaise langue mais des phrases du style :


 " Un cépage est une variété de plant de vigne, ou raisin. Tel cépage déterminé constitue l'une des composantes d'un terroir viticole. "

 

Ou bien 


" Le terroir est l'ensemble des facteurs naturels -climatiques, pédologiques, géologiques- et humains -usages, savoir-faire qui constituent l'environnement de fait d'un vignoble et président à l'élaboration du vin."


C’est sympa mais on ne vient pas sur le site des Vins de Savoie pour se taper un cours sur la vigne mais pour s’informer sur leur localisation précise et ce qu'ils sont…


Bref, ce lundi frisquet, avec ma canadienne (normal j’ai répondu juste avant à une interview de Radio Canada BC sur la France du vin) je me rendis donc d’un pas alerte jusqu’à la magnifique Place des Victoires. J’avoue que lorsque j’ai pénétré dans le bistrot j’ai eu un peu peur : y’avait que des nez. Des pros, des gars et des filles aussi qui sont des as de la déguste, petit carnet et tout et tout… Par bonheur j’ai croisé un François Morel tout sourire ce qui m’a fait dire qu’il faut jamais dire jamais. Bref, comme y’avait des vignerons dans tous les coins je me suis mis en quête de mon Raphaël Saint-Germain. Il était à l’étage. Grand jeune homme au sourire avenant qui me dit que c’est par Claire Naudin qu’il a trouvé le chemin de mon espace de liberté. Verre à la main, au pied du mur, me voilà plongé dans la perplexité des cépages savoyards. J’aurais du lire le site à la rubrique Cépages (j’ai remis en forme) :


Appellation régionale " Vin de Savoie " :


-         Vins rouges ou rosés : Gamay, Mondeuse, Pinot Noir et pour le département de la Savoie : Persan, Cabernet franc, Cabernet sauvignon.


-         Vins blancs : Aligoté, Altesse, Jacquère, Chardonnay, Velteliner rouge précoce, Mondeuse blanche et dans le département de la Haute-Savoie : Gringet, Roussette d’Ayze, Chasselas.


L'appellation régionale "Roussette de Savoie «nécessite l'emploi exclusif d'Altesse.


Appellation "Vin de Savoie" suivie d'un nom de cru (vins tranquilles) Abymes, Apremont, Chautagne, Chignin, Cruet, Jongieux, Montmélian, Saint-Jean-de-la-Porte, Saint-Jeoire-Prieuré : même encépagement que les vins de Savoie.


La Mondeuse est employée exclusivement pour le cru Arbin.


Pour le Chignin-Bergeron : Roussanne exclusivement.


Pour les crus Marignan, Ripaille, Marin : Chasselas exclusivement.


Appellation "Vin de Savoie" (vins mousseux ou pétillants) :


En vin blanc ou en vin rosé, l'ensemble des cépages blancs de l'appellation " Vin de Savoie " sont autorisés ainsi que le Gamay, le Pinot Noir, la Mondeuse, et pour le département de la Haute-Savoie la Molette.



Répartition par cépages en % (1988)

Appellation "Vin de Savoie" suivie du nom de cru Ayze (vins mousseux ou pétillants et vins tranquilles) :
Sont utilisés le Gringuet, l'Altesse et la Roussette d'Ayze .
La proportion de Roussette d'Ayze dans l'encépagement de chaque exploitation ne doit pas dépasser 30 %.

 

 

Comme vous pouvez le constater je suis un bon élève. C’est grâce à Raphaël Saint-Germain qui m’a fait d’abord goûté son Coutaz 2007. C’est un blanc franc du collier comme je les aime. Vif. C’est fait avec le cépage Jacquère, un autochtone savoyard, hier décrié voir snobé par les vignerons eux-mêmes qui disaient, comme un peu comme les gars du Gers, qu'il était  « vendangé, pressé bu et pissé dans l'année ». Comme me le fait remarquer Raphaël, qui est loin de se douter qu’il s’adresse à un pur greffé-soudé parisien qui a tout oublié des enseignements, dans les vignes à numéros et de Baco du frère Bécot, à l’École d’Agriculture de la Mothe-Achard : «  Étonnement moderne en fait. Du neuf avec du vieux, en quelque sorte  sans repasser par la case départ. C'est parfois bon de louper un train "vinique"... et d'avoir des cépages où la maturité phénolique n'est pas liée à un degré alcoolique élevé… » Je goûte. J’écoute. Je prends même des notes. J’apprends tout sur le cépage Persan, vieux cépage rouge qui subsiste "péniblement"  dans la combe de Savoie Plus que confidentiel,  hyper sensible aux champignons "hôtes"  de la vigne, peu productif... résultat +de 200 ha en 1950, moins de 5 ha sur l'appellation Savoie aujourd'hui. Raphaël dégage une empathie qui me permet d’entrer avec simplicité dans l’univers de ses vins. J’aime beaucoup La Mondeuse « les taillis » 2006, une fraîcheur fringante qui donne envie de s’en régaler. C’est une médaillée : le Bronze à Paris, l’Or à Macon.

 


La dégustation est sympathique : fromages savoyards, jambon, saucisson… J’ai bien fait de venir. De plus, et c’est assez rare pour être souligné, Raphaël me recommande deux de ses confrères présents aux Fines Gueules. Bien sûr, j’irai les voir et je ne serai pas déçu du voyage. Mais comme j’ai été déjà fort long ce sera pour une autre fois. Pour aujourd’hui je vous recommande chaleureusement les vins d’Etienne&Raphaël Saint-Germain, ils sont à l’image de Raphaël qui cite Gide «  les choses les plus belles sont celles qui soufflent la folie et qu’écrivent la raison ».


 

Leur domaine né en 1999, d’une exploitation familiale traditionnelle de 10 ha est situé entre Chambéry et Albertville dans le Parc Naturel des Bauges. 80% de rouge, 20% de blanc. Pour contacter le Domaine Saint-Germain : vinsstgermain1@aol.com tel/fax 04 79 28 61 68 Route du col du frêne 73250 St Pierre d’Albigny.


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 9 décembre 2008 2 09 /12 /Déc /2008 00:05

La scène se passe dans un cabinet médical, le praticien après avoir examiné une radio, hilare, s’adresse à son patient, assis sur la table d’examen, en caleçon et chaussettes : « Une excellente nouvelle, monsieur Ribot : vous n’êtes plus hypocondriaque, vous êtes VRAIMENT malade ! »

 

C’est le dessin de Bouchard dans le dernier numéro du POINT. Dans ce même numéro, le psychanalyste Jacques-Alain Miller décrypte le paradoxe de l’homme occidental qui, «n'a nourri autant d’angoisses, ni vécu aussi longtemps. »

 

Extraits sous forme de 3 Questions :

 

Le Point : Pourquoi, dans nos sociétés occidentales, la peur semble-t-elle progresser plus qu'ailleurs ?

 

Jacques-Alain Miller : Parce que ce sont les plus « technicisées ». Le sociologue Ulrich Beck l'a montré, la technique donne naissance à une « société du risque » : quand vous vous déplacez à cheval, tout dépend de votre habileté à vous, et de votre connaissance de la bête en question ; quand vous prenez l'avion, votre sécurité est hors de vous, car votre vie dépend d'un réseau de systèmes complexes, auxquels vous devez vous fier a priori. Mais la société du risque devient une société de la peur dès que la science cesse d'inspirer confiance. C'est le cas aujourd'hui : chacun est intimement persuadé que le grand « sujet supposé savoir » ne sait pas tout, qu'il est troué comme un gruyère, et qu'il avance et produit à l'aveugle.

 

Le Point : Nos sociétés n'acceptent le risque qu'à condition de le quantifier...

 

Jacques-Alain Miller : En effet. Le sujet supposé savoir est maintenant mis au défi de prévoir l'avenir. Demain, vos maladies, on n'en fera plus seulement le diagnostic, on vous les prédira à partir du décryptage de votre génome. D'où l'émergence de nouvelles peurs, inédites, purs produits du calcul statistique.

 

Le Point : Notre santé, et en particulier notre alimentation, nous préoccupe le plus. Comment expliquez-vous cette peur ?

 

Jacques-Alain Miller : C'est ce qui résulte de la « mise en sécurité » comme attitude fondamentale de l'homme contemporain. Chacun est à lui-même son bien le plus précieux. Chacun se rapporte à soi-même comme à un objet, à un avoir, non à un être. L'impasse, c'est que la santé est parfaitement aléatoire. Il n'y a pas de science de la santé, disait Canguilhem, l'épistémologue de la biologie. La santé, c'est un mythe."

 

À mettre en parallèle avec l’enquête du Credoc qui révèle que 51 % des Français considèrent le vin comme le deuxième produit présentant des risques pour la santé, juste derrière la charcuterie. Cote en chute libre : en 2003, seuls 26 % des habitants de l’Hexagone avait cette perception négative du vin. « Hier produit du terroir, symbole de l’identité gastronomique française, le vin est désormais considéré comme un produit alcoolisé comme les autres », souligne le Credoc. Et il suscite la méfiance au même titre que n’importe quelle boisson alcoolisée… Pourquoi diable ce quasi-doublement en 5 ans ? Bien sûr, je n’ai pas de réponse, mais il est paradoxal que cette peur intervienne alors que le vin quotidien laisse de plus en plus la place au vin occasionnel. Boire moins, boire mieux, disait-on, mais ces nouveaux consommateurs, plus soucieux de leur forme, de leur santé que leurs aînés, placent le vin dans la palette des produits alcoolisés. Cette perception nouvelle devrait faire réfléchir ceux qui pensent que, face aux antialcooliques, le bon discours est celui du vin est bon pour la santé. Dans la mesure où le vin aliment est en voie d’extinction il me semble que ces conseils ne convainquent pas grand monde. En adoptant cette stratégie de bon contre mauvais on entre sur le terrain des conseils de santé publique, aussi généraux qu’inefficaces car ils ne sont pas ciblés sur des populations précises.

 

Pour ma part, en me fondant sur la définition de la santé donnée par le Robert : « bon état physiologique d’un être vivant ; fonctionnement régulier et harmonieux de l’organisme pendant une période appréciable, indépendamment des anomalies ou des traumatismes qui n’affectent pas les fonctions vitales (un aveugle, un manchot peuvent avoir la santé). La santé correspond à une idée de la norme (opposée à la pathologie) ; elle n’est pas seulement l’absence de maladies, de symptômes pathologiques, mais suppose l’absence de menace prévisible et un certain bien-être physique. » et celle de la santé publique : « l’ensemble des techniques propres à prévenir les maladies, à préserver la santé, à améliorer la longévité des individus par une action collective. » la seule voie possible est celle de s’en tenir au produit, le vin, à ce qu’il est, d’où il vient, comment il est fait et affirmer, avec la plus grande tranquillité, sans mauvaise conscience, qu’il n’est pas en soi dangereux ni pour la santé des consommateurs, ni pour la santé générale des populations. Jouer sur les peurs, en les amplifiant ne fait que développer le caractère anxiogène de nos sociétés craintives et, comme le dit Jacques-Alain Miller, « une peur en chasse une autre, il y a des peurs à la mode, on invente des peurs, le public demande de la peur. Mais ce n’est pas un jeu, c’est, en deçà, de ces peurs multiformes et toujours renaissantes, ce qu’elles expriment et camouflent à la fois : une angoisse sociale diffuse et dont l’objet est voilé. »

 

À propos mais où est donc passé le prion qui devait faucher, selon certains grands experts, « plus de 100 000 personnes » ? Plus légèrement, j’entends en boucle « qu’il faut manger des féculents… » c’est-à-dire des patates, des pâtes, du riz… et dire que pendant des décennies les mêmes nous mettaient en garde contre… Alors, comme tout bien portant est un malade qui s’ignore, de grâce laissez moi vivre ma vie comme je l’entends, jouir des plaisirs qu’elle m’offre, même si ça trouble vos statistiques, même si je suis un bon cotisant de la Sécu, car j’ai, comme nous tous pauvres humains, une seule certitude, même si en ce monde de peureux « on rêve de faire descendre l’éternité sur terre », c’est celle de mourir.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 8 décembre 2008 1 08 /12 /Déc /2008 00:08

C’était la fin de journée, je lui avais donné rendez-vous au Sélect qui affiche toujours : bar américain en souvenir des riches heures de Montparnasse  (Le Select ouvre ses portes en 1924.Il ne ferme pas la nuit, d’où son succès auprès des écrivains américains. « Un soir des années 1930, Desnos, Hemingway et quelques autres démarrent ici une discussion sur la guerre d’Espagne, qui se poursuit jusqu’à l’aube chez Desnos et Youki, 19 rue Mazarine ».) Le début de novembre nous offre un peu de douceur alors je réenfourche mon cher vélo pour m’y rendre. C’est à 5 mn de chez moi. De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis vont élire Barak Obama. « I have a dream » 28 août 1963. J’avais 15 ans et j’étais en classe de seconde. Le rêve américain, John Kennedy entré à la Maison Blanche en janvier 1961, sera assassiné le 22 novembre 1963, Martin Luther King le 4 avril 1968. À l’époque, sur les premiers écrans de télévision, à 5 Colonnes à la Une, je suivais avec passion la vie de ce pays qui me fascinait.  Comme l’écrit Le Monde « ça donne un coup de vieux à la politique française. » En terrasse, Jaime Araujo m’attends. Sourire franc, poignée de main énergique, pas besoin de rompre la glace, je peux aller droit au but : « dites-moi Jaime Araujo pourquoi une jeune américaine vient s’installer à Paris pour travailler dans le monde du vin ? »

Elle est, me dit-elle sans façon, ¼ espagnole, ¼ italienne, ¼ irlandaise et ¼ galloise, ce qui nous donne une américaine pur sucre pratiquant un français impeccable ponctué de grand rire. Normal elle a fait des études de langue. Pour le vin, c’est familial, ses parents ont acheté une propriété de 30 ha dans la Nappa en 1988-89. Et pourtant, lorsqu’elle traverse l’Atlantique c’est pour s’installer en Angleterre, le Conservatoire de Birmingham, et elle sera 7 ans comédienne à Londres. Mais, le virus du vin ne la lâche pas comme ça, elle pense puis elle revient à son amour de jeunesse. Jaime Araujo a fait aussi des études d’œnologie en France (DUAD), en Angleterre (WSET) et aux USA (UC. Davis). Son employeur est Moët-Hennessy Europe. Elle est mutée à Paris en 2002, reprend ses études à l’INSEAD de Fontainebleau et décroche un MBA. En 2005, elle créé Terravina, une société de marketing spécialisée dans le vin. www.terravina.fr. À la simple relecture de ce que je viens d’écrire j’entends déjà monter du fond de notre orgueil national un cri du cœur outragé : « Mais où allons-nous, oser donner des conseils aux français ! De surcroît sur le vin, exception culturelle française par excellence… Quelle outrecuidance pour une américaine de 37 ans ! » Moi, je trouve ça formidable. Nous vendons bien de l’eau minérale en bouteille à nos amis américains : beau marketing, alors pourquoi diable ne prendrions-nous pas de la graine d’une jeune américaine pour redonner des couleurs à certains de nos vins en mal de marketing. Au passage, je signale que ce n’est pas un gros mot le marketing (les 5 P de Matthew Dickinson : Product, Price, Packaging, Promotion, Place cf. page 45 du rapport B.), mais c’est une façon de penser qui part du consommateur, s’étend à chaque service de l’entreprise et finalement sa rentabilité tout en offrant une valeur ajoutée au consommateur. Ces fichus clients et, comme le note Jaime Araujo « il est essentiel de dire la bonne chose, à la bonne personne au bon moment ».

Dans la grande majorité des entreprises vinicoles françaises, pas seulement les petites ou les moyennes, comme monsieur Jourdain pratiquait la prose sans le savoir, beaucoup font du marketing sans le savoir, mais comme le fait remarquer Jaime Araujo, ils ont bien du mal à cerner et à formuler leur offre. Avoir tout dans la tête c’est bien mais le traduire en plan d’actions c’est mieux. Son travail c’est de les aider à créer leur propre univers de marque, à prendre conscience de leurs atouts majeurs, à cibler le ou les segments de marché qui sont les leurs, à choisir les marchés les plus efficients pour leurs produits. Dit comme ça semble relever de l’énoncé d’évidences alors que dans le concret, beaucoup de chefs d’entreprise sont au four et au moulin, le nez dans le guidon, et comme ils ne disposent pas de structure ad hoc, ils ont bien du mal à créer un plan marketing, à cibler leurs efforts et surtout à assurer le suivi de leurs décisions. La petite équipe de Terravina, 4 personnes, s’est donc glissée dans cet espace inoccupé ou mal occupé, une niche comme on dit. Rien de très original me direz-vous, des conseilleurs ou des conseilleuses on en trouve à la pelle, y’a qu’à les payer. J’en conviens mais, sans me lancer dans un hit-parade des spécialistes français du marketing du vin, ce qui serait aussi saugrenu que le classement des 100 personnalités qui font le vin en France de la RVF (très people), le profil de Jaime Araujo, son parcours, son réel professionnalisme, alliés à une connaissance et une expertise toute aussi réelle des grands marchés en développement, lui confère une originalité certaine par rapport à la concurrence.

En écrivant cela je ne tombe ni dans l’hagiographie ni dans un féminisme militant mais, pour avoir été l’un des premiers à pointer nos déficiences dans le domaine du marketing, je crois pouvoir me permettre de souligner que trop souvent beaucoup d’entreprises se font « refiler » des solutions toutes faites, cousines-germaines de celles vendues aux voisines, du réchauffé comme dans les restaurants pratiquant le micro-ondes. Une bonne recette ne fait pas forcément un bon plat et, au-delà des panels, des études de marché, l’un des éléments déterminant du choix c’est la connaissance de la réalité du terrain, c’est savoir assurer le lien avec les importateurs-distributeurs, c’est être capable de dire et, de se faire entendre par son client, que fidéliser un client est aussi important que le recrutement. Jaime Araujo me semble, avec une franchise décapante, sa manière très américaine de bousculer les tabous, mais aussi, un réel intérêt pour notre beau pays, pour le vin, apporter un professionnalisme, une rigueur, un suivi, dans une démarche complexe appliquée à un univers hyperconcurrentiel. Entre le dire et le faire, nos amis américains choisissent toujours l’action, ça nous énerve un peu nous français « grands donneurs de leçons » à la terre entière mais ça nous fait aussi du bien, ça nous fait avancer et, pour dire la vérité, notre fierté nationale est plutôt flattée de voir qu’une Jaime Arraujo ait choisi notre beau pays pour y exercer ses talents.

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 : "Brève rencontre avec... Jean-François Moueix Bordeaux : la déprime des primeurs" Jean-Jacques Chiquelin
Le Nouvel Observateur

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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 00:06

La mécanique des « sociétés civiles de placement immobilier », les fameuses SCPI, pompes à fric puisant dans le bas de laine des petits épargnants avides de gains à deux chiffres, transformait la pierre en papier. En effet, pour le législateur il fallait offrir au secteur immobilier en plein boom de nouvelles sources de financement et les petits génies du Ministère des Finances, nichés dans les soupentes du Louvre, rue de Rivoli, jamais en reste de formules pompeuses écrivaient dans leurs Notes bleues  « la mise en place des SCPI vise de surcroît à favoriser une démocratisation de la propriété tout en offrant au grand public une « forme moderne de mobilisation de l’épargne ». Deux mots magiques : démocratisation et moderne qui mettaient tous les prédateurs en chasse de gogos. Comme toujours dans notre beau pays toutes les sécurités sont officiellement en place pour rassurer le petit épargnant : les SCPI ne peuvent se livrer directement à des actes de commerce, acheter et revendre des biens par exemple, elles doivent donc confier leur fond à des sociétés de gérance d’où l’utilité absolue des « hommes de paille ». La formule qui allie, selon les encarts publicitaires, disponibilité : céder ses parts est plus facile que de vendre un immeuble ; rentabilité : les plus « performantes » proposent des taux d’intérêts annuels supérieurs à 10 %, ce qui, en période d’inflation, attire bien plus que le Livret A de la Caisse d’Epargne, et son petit 5%, les rentiers de Romorantin ; sécurité traditionnellement liée à l’investissement pierre ; fait fureur. Et puis, cerise sur le gâteau, une petite niche fiscale : l’exonération de l’impôt sur les Sociétés, qui est en 1969 de 50%, pour les SCPI. Tout le monde est content, la fraîche afflue, circule, fait des petits et, bien sûr, alimente le lubrifiant des affaires immobilières : les pots de vin aux hommes de pouvoir.

Mon cabinet, ouvert avenue de Lowendal, dans le huppé et discret 7ième arrondissement, affichait sur sa plaque : Conseil. En ces temps post-soixante-huitard la fonction gardait tout son mystère face aux besogneux conseillers juridiques ou fiscaux considérés par les avocats et les notaires comme des usurpateurs ou, pis encore comme des « corruptibles », et elle me permettait d’échapper à l’opprobre des professions officielles chapeautées par des Conseils de l’Ordre. De plus, n’ayant nul besoin de générer du chiffre d’affaires pour vivre, je ne m’aventurais pas sur les pâtures favorites de mes concurrents. Je me contentais de conseiller, en clair de manipuler les uns et les autres en duo avec Chloé. En termes de renseignement mon cabinet constituait une superbe couverture. Dans un premier temps, tout en conservant mes connections nocturnes au sein des mouvances gauchistes, la GP tout particulièrement, je me contentais de faire ma pelote. De tisser ma toile. De régaler. D’arroser. De mettre des femmes dans leurs lits. D’assurer les fins de mois de certains. De recueillir des confidences. De diffuser des rumeurs, ce qui m’était facile eu égard à ma double position d’agent dormant de la cellule MR du déjà fouteur de merde de Bertrand Guide petite main de Marcellin au sein des RG. La propension des hommes à se précipiter dans des sacs de nœuds pour du fric et des femmes est fantastique. Dans mon buiseness, le bouche à oreilles fonctionnait à plein régime et, comme j’exigeais une discrétion absolue, ma réputation s’établissait sans que pour autant le Tout Paris des affaires interlopes mettent un nom sur mon visage ou l'inverse. Le téléphone était mon principal outil de travail et je ne menais aucune vie mondaine, mes soirées je les passais soit dans les réunions des « enculeurs de mouche » de la GP, soit dans le lit de femmes dont l’intérêt majeur était de garder le secret.

Très vite je jetai mon dévolu sur la SCPI la plus juteuse en termes de rendement politique : la Garantie Foncière. Créée par Robert Frenkel, un self made man de 35 ans rondouillard à grosse moustache, qui s’était lancé dans l’immobilier à l’âge de 25 ans, la Garantie Foncière se situait au carrefour fangeux du monde des affaires et du monde politique. Nicole Frenkel, son épouse et complice, gèrait la COFRAGIM, la société de gestion des immeubles financés par le blé récolté par la Garantie Foncière en se plaquant sous un homme de paille : André Rives de Lavaysse, plus connu sous le nom de Rives-Henry.  Paravent idéal, c’est un militant gaulliste qui à la Libération représente de Gaulle dans le sud-ouest. Chargé de mission de Chaban-Delmas, président de l’Assemblée Nationale, de 1960 à 62. En 1963, il est l’adjoint de Jacques Baumel secrétaire-général de l’UNR. Élu député du 19ième arrondissement en novembre 62, battu en 67 mais réélu avec le raz-de-marée gaulliste de juin 68. Chaban étant le 1ier Ministre du Président Pompe c'était du lourd donc; du lourd qui arrondissait ses fins de mois dans une myriade de sociétés. Les Frenkel menaient grand train. Ils avaient un goût effréné du luxe et de l’argent. Le Tout Paris bon chic se gaussait des pyjamas en lamé d’or de Robert Frenkel. C’était un bourreau de travail, séducteur et qui savait inspirer la confiance à ses clients. Pour me faire admettre dans le cercle je profitai  d’une « croisière-séminaire » organisée par les dirigeants de la Garantie Foncière sur le luxueux paquebot Mermoz. Quoi de plus favorable que le huis-clos d’un paquebot pour nouer les fils d’une intrigue. Chloé, bien sûr, était de la fête.

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Samedi 6 décembre 2008 6 06 /12 /Déc /2008 00:06

Limoux, ça sonne toujours pour moi comme rugby à 13, Lézignan-Corbières, Quillan, Espéraza, et autres cadors de ce rugby un peu maudit qui, dans ma jeunesse, sur Sports&Musique, par la voix de ses reporters à l’accent rocailleux, qui sous la houlette de … (zut j’ai oublié son nom) m’amenait de l’exotisme dans ma Vendée bocagère. Alors, titrer : Alain Gayda 100% Limoux c’est un pléonasme car avec les Vignerons de Sieur D’Arques, où il a effectué tout son parcours professionnel, il fait bien plus que s’identifier à ce beau terroir, il en est l’une des chevilles ouvrières. Avec l’ami Pierre, vignerons tous les deux, Limoux s’est donné de nouvelles lettres de noblesse : des bulles de la fameuse Blanquette jusqu’aux magnifiques cuvées de Chardonnay de Toques&Clochers, en passant par le Crémant et maintenant un Limoux rouge de belle extraction. Pour moi c’est l’amour du pays, de ce pays porte de la Haute-Vallée de l’Aude, qui motive Alain. Le titre d’œnologue qu’il porte c’est bien plus qu’un diplôme c’est un titre hautement gagné sur ceux qui portaient un regard condescendant sur les nouveaux venus du Languedoc. La présidence de l’Union Nationale des Œnologues d’Alain Gayda représentait à merveille le renouveau d’une région, d’un département et du Limoux cher à son cœur. Reste encore à mener le combat de la notoriété pour que, par-delà le « conservatisme » de ceux qui la font, les efforts de ses vignerons de Limoux soient rémunérés à leur juste valeur. Un beau challenge que l’équipe de Limoux va relever.


Question N°1 : Supposons que je sois un jeune bachelier passionné par le vin. Je cherche ma voie Sur le site du CIDJ je lis « L’œnologue, grâce à ses connaissances scientifiques et techniques, accompagne et supervise l’élaboration des vins et des produits dérivés du raisin. Sa principale activité concerne la vinification. Il conseille les viticulteurs dans le choix des cépages et la plantation des vignes. Il surveille les fermentations en cave, le traitement des vins et leur conditionnement. Il effectue des analyses et procède à des recherches technologiques visant à l’amélioration des cépages. L’œnologue peut également être chargé de la distillation ou fabrication des alcools à partir des marcs de raisins. Enfin, connaisseur et expert en dégustation, il participe à la commercialisation des vins en France et à l’étranger. En raison de la concurrence rencontrée désormais par la production française de vin sur le marché mondial, l’œnologue remplit une fonction stratégique pour le maintien ou l’amélioration de la qualité des produits de la viticulture française. »

Présenteriez-vous ainsi votre métier à une jeune pousse Alain Gayda?

Réponse d’Alain Gayda : Je suis tout à fait d’accord avec la définition que vous donnez de l’œnologue qui peut paraître très complexe mais qui résume toutes les facettes du métier d’œnologue.

Il est important de noter tout de même que ce métier commence à la vigne et se poursuit jusqu’à la dégustation avec le consommateur en passant par la commercialisation tant en France qu’à l’étranger.

Lors de ma présidence de l’Union des Œnologues, nous avons mis en place une accroche qui nous paraissait bien résumer notre métier « Toute la vie du vin ». Je dis métier mais j’opterai pour passion car il n’existe pas de bon œnologue sans passion !

Le jeune bachelier doit savoir que chaque millésime est une nouvelle vie qui commence qu’on ne vinifie jamais un millésime de la même façon et la Passion est un élément primordial pour réussir en œnologie.

Question N°2 : « Monsieur Seignelet, qui avait assis Bertrand face à lui, donnait à mi voix des leçons d’œnologie, récitait des châteaux, des climats, des millésimes, émettait des jugements, prononçait du vocabulaire : puis il voulut enseigner à son fils aîné le rite grave de la dégustation. » Tony Duvert « L’île Atlantique » éditions de Minuit 2005. Dans le fameux manga « Les Gouttes de Dieu » «  Le héros est présenté comme œnologue alors que manifestement c’est plutôt un œnophile doué et cultivé.

Quel est votre sentiment sur ce glissement sémantique Alain Gayda?

Réponse d’Alain Gayda : Je m’insurge contre ce glissement sémantique, on ne doit pas confondre oenologue et œnophile, c’est aux œnologues de mettre leur formation en avant, il faut clamer haut et fort ; Oenologue, c’est un métier !

Il n’est pas normal que dans un document aussi lu que le manga « Les gouttes de Dieu », l’œnophile soit présenté comme un œnologue, ceci nous prouve le travail restant à faire pour la défense de notre métier.

Combien de journalistes confondent encore Œnologue, Œnophile et Sommelier.

Mais la faute à qui ? A nous Œnologues qui ne parlent pas suffisamment du vin avec poésie et enchantement ?

Les termes que nous utilisons pour parler du vin sont trop techniques et rébarbatifs.

Le simple consommateur à une image romantique de l’oenologue, en opposition avec son langage. Inconsciemment le commun des mortels va confondre l’oenologue avec l’œnophile qui utilise un vocabulaire d’hédoniste, et le sommelier qui saura le faire rêver en suscitant l’envie et le plaisir par une superbe alliance mets et vins par exemple.

La connaissance de l’œnologue auprès du grand public passera par une meilleure communication, et quoi de mieux pour communiquer  que de le faire un verre à la main.

 

Question N°3 : Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ?

 

Réponse d’Alain Gayda : Pour moi, l’œnologue devrait être plus lié à son vin dans la compréhension qu’en a le consommateur.

Le terroir est au vin ce que la pierre est à la sculpture ou la lumière à la peinture. La nature sans l’homme n’est que chaos et l’art consiste à la magnifier,  quelque soit l’esprit du temps.

Le vin sans l’intervention de l’homme ne serait que vinaigre.  L’oenologue est l’homme de l’art, le mieux placé pour parler de son vin, de sa technique de vinification et de l’esprit du vin.

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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /Déc /2008 00:02

 

Dans la cour de récréation de l’école Sainte-Marie à la Mothe-Achard, lorsque nous jouions au jeu du drapeau, les grands, certains jours, décrétaient le « chacun pour sa peau » ce qui signifiait que nul ne pourrait se planquer dans le cocon du collectif, c’était le un contre un ou pire le tous contre un lorsque soudain l’esprit de meute prévalait. Les plus faibles, les moins astucieux, les j’en foutre, étaient éliminés les premiers. Ensuite venait un temps de flottement, d’observation, où ceux qui s’estimaient les plus aptes à gagner s’observaient, se jaugeaient, certains lançaient des fausses pistes, des contrats se passaient d’un simple regard : tu sacrifies ta peau en échange d’une poignée de marbres (billes d’argile vernissée), petit à petit la meute fondait comme neige au soleil. Lorsqu’elle atteignait le chiffre 5, en basket on dit un 3 contre 2, avec mon copain Dominique le fils du boulanger, qui jouait arrière au foot, un teigneux, lorsque nous avions décidé de les laisser se bouffer entre eux et que nous étions encore dans le lot, nous activions notre plan d’une grande simplicité. Nous filions au petit trot chacun dans l’un des 2 coins. Les 3 restants hésitaient sur la conduite à tenir : le 1 contre 1 mais alors le troisième économisait ses forces ou le 2 contre 1 pour l’un et le 1 contre 1 pour l’autre. À tout coup ils choisissaient la seconde solution car comme c’était chacun pour sa peau à leurs yeux aucune coalition ne s’avérait possible. Je ne dis pas que Dominique et moi nous gagnions à tout coup, ce serait mentir, mais comme j’étais un assez bon basketteur, dans le dernier un contre un, alors que Dominique se sacrifiait, je mettais souvent, avec mon jeu de jambes, mon adversaire plus lourd et moins mobile dans le vent. Ce qui m’a toujours stupéfait c’est que, notre stratégie étant connue, jamais ces abrutis n’ont pensé à élaborer entre eux un pacte pour nous contrer. À deux unis on peut gagner contre trois qui pensent qu’ils vont gagner tout seul.

 

Le collectif a mauvaise presse. L’action collective est moquée. Le chacun pour sa peau prévaut. Et pourtant, depuis ses origines notre système d’appellation d’origine est une forme d’organisation collective, un bien commun géré en commun. Certains vont me trouver fort paradoxal puisque très souvent je mets en avant des vignerons qui s’écartent du sentier commun. J’en conviens. Aujourd’hui, ayant suffisamment donné pour le collectif, c’est à certains d’entre eux que je m’adresse. L’original, certes, est souvent solitaire mais, hormis le besoin que certains éprouvent de se retrouver à quelques-uns, très vite l’action collective se résume à un esprit de tribu. La tribu a ses codes. La tribu est assez fermée ou du moins pas très ouverte. La tribu se positionne souvent en opposition à d’autres tribus jugées soit trop molles, soit pas assez fermes sur les principes, ce qui vous me direz revient au même mais qui dans ces mouvances peut avoir force d’excommunication. Je force volontairement le trait bien sûr mais lorsqu’on souhaite faire progresser ses idées j’ai la faiblesse de croire qu’il faut savoir s’entendre sur l’essentiel pour tenter de convaincre le plus grand nombre. Se draper dans sa vérité est bien plus commode, plus confortable que de se colleter à l’action collective. C’est aussi plus payant, à titre individuel, dans nos sociétés où la communication prime : les médias adorent les postures individuelles. Le collectif c’est ringard, sauf quand ça fait pleurer les foules ou quand ça permet aux individus de se dédouaner par le don à une œuvre caritative qui s’occupe de tout.  Lisez-moi bien, ce n’est de ma part que le constat d’un simple observateur. Ni producteur, ni vendeur, je ne suis qu’un consommateur de vin parmi d’autres dans la grande ville. Je ne jette donc d’anathème sur qui que ce soit. Toute cette diversité, cette inventivité, ce retour aux sources me plaît mais force est de constater que tant d’énergie, d’intelligence sont gaspillées sur les autels de petites chapelles qui font le miel de l’élite, où de la prétendue telle, mais laisse la base dans sa mouise. Ce chacun pour sa peau, cet entre-soi douillet, m’attriste seulement, ça me navre et je l’écris.

 Que voulez-vous je suis de ceux qui préfèrent le contrat négocié à la loi imposée. La règle générale lorsqu’elle se pique de s’intéresser au détail est carcan alors que le contrat met en forme les avancées des parties, qui bien sûr ne sont jamais en stricte position d’égalité, ajoute ou retranche une pierre à l’édifice commun, tâtonne, s’adapte, c’est la méthode que souhaitait René Renou avec la réécriture des décrets. Certains m’objecteront que c’est se soumettre au diktat d’une majorité pas toujours éclairée. La réponse est souvent oui si la minorité, dite agissante, se situe au-dehors ou si elle refuse toute forme de compromis. Le vilain mot est lâché compromis traduit en langage tribal par compromission. J’adore ! Comme si la vie que l’on vit n’était pas une longue suite de compromis. L’intransigeance c’est la guerre, froide ou ouverte. Le divorce érigé en mode de résolution des conflits. Le mieux est souvent l’ennemi du bien. Alors tout en restant ferme sur ses principes, ceux qu’on s’applique librement à soi-même, je ne vois pas pourquoi il serait « inadmissible » d’admettre que la règle commune soit fondée sur un compromis entre les parties en présence. Dans la sphère publique, tant décriée, ça s’appelle se mettre en position de pouvoir gouverner la collectivité et, comme le disait mon maître, lui aussi vilipendé par les purs et durs, Pierre Mendès-France : gouverner c’est choisir.

 

Allez les amis de mes amis, un petit effort pour faire entendre ensemble votre petite musique en dehors de cénacles choisis…

 

* Au XVIIIe siècle, teinture de tournesol qu’on ajoutait aux vins peu colorés. Le goût de drapeau était fréquent dans les vins de cabaret.

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Jeudi 4 décembre 2008 4 04 /12 /Déc /2008 00:00

 

C’est un peu l’histoire de l’arroseur arrosé. Il y a quelques mois, autour d’un verre de vin, vous m’avez demandé de vous mettre sur le gril des « trois questions à », comme vous le faites avec les invités de votre blog. J’ai accepté avec enthousiasme, puis j’ai reculé, car finalement, la tâche n’est pas si facile. Quand je vous ai rencontré, j’étais journaliste, correspondante des quotidiens Libération et La Tribune en Languedoc-Roussillon, vous étiez commis de l’Etat, assigné aux tâches de pompier du vignoble. J’ai brossé votre portrait – ce qui m’a permis de mieux vous connaître et de nous découvrir des valeurs partagées – quand vous avez rédigé un rapport sur les exportations de vin français, mieux connu sous le nom de rapport Berthomeau. Ce rapport vous a valu les honneurs des medias –c’est la formule consacrée-, des amitiés et des inimitiés solides dans le petit monde du vin et, au bout du compte, une mise au placard.

Néanmoins, depuis ce placard, sans doute parce que grandi dans la culture du travail qui fait se lever le matin avec quelque chose de productif à faire de la sainte journée, vous faites entendre votre voix à travers un blog. Depuis le 23 mai 2005, le rendez-vous est quotidien, fidèle, libre, tonitruant, exploratif (je trouve cet épithète non répertorié plus adapté à ce que vous faites qu’explorateur), touffu, alternant coups de gueule contre ceux que du temps où j’étais journaliste et vous commis de l’Etat appeliez les « grands mamamouchis » (je traduis : les institutionnels) et coups de cœurs, pour des vins, des hommes et des femmes. Comme on le dit familièrement, vous ne mâchez pas vos mots et on sent que vous y prenez un réel plaisir, c’est-à-dire égoïste à son origine et souvent partagé à l’arrivée.

Jacques Berthomeau et Antoine Aréna by Catherine Bernard au Paul Bert

Question n°1 : Comment expliquez-vous que votre employeur, Vinifhlor, c’est-à-dire l’Etat, vous tolère à vitupérer comme vous le faites ? Je pense en particulier à toutes ces gentillesses adressées à l’Inao, du genre, je vous cite : « M, comme médiocratie », « Objet juridique non identifié : o comme inao ».

 

Réponse de JB: Mon employeur n’a rien à tolérer, le blog est un espace privé. Philippe Bilger, avocat-général près de la Cour d’appel de Paris, donc fonctionnaire et magistrat du siège, donc soumis à ce qu’on appelle le devoir de réserve, tient un blog www.philippebilger.com et je trouve que sa plume est bien plus acérée, plus vacharde que la mienne. Pour en revenir à moi, qui ne suis même pas soumis à ce fameux devoir n’étant pas fonctionnaire, j’applique l’adage « qui aime bien, châtie bien… » Pour revenir à votre exemple de l’INAO, des AOC en général, j’ai beaucoup mouillé le maillot pour les défendre au temps où j’étais le bras droit du Ministre – comme on disait dans le Languedoc – alors j’estime légitime de mettre le doigt là où ça fait mal, de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Ce verbe clair, parfois un peu virulent, me vaut certes de solides inimitiés, mais Yves Bénard, le président du Comité Vins et Eaux-de-vie de l’INAO a été l’un des premiers à répondre à mes 3 questions, comme récemment Olivier Nasles, vice-président du CAC, que j’avais un peu rudoyé à propos de la typicité et, preuve que mon espace de liberté est un endroit fréquentable, Michel Barnier, le Ministre de l’Agriculture, s’est soumis lui aussi à l’exercice. Vous savez Catherine, je m’en prends rarement aux personnes, j’ironise parfois, j’ai des têtes de turc comme le « bougon des cépages », mais je préfère m’attaquer aux citadelles. C’est plus excitant !

 

Question n°2 : Vous lisant, j’ai le sentiment que vous avez paradoxalement rencontré le vin, le goût de le boire, de l’apprécier dans sa diversité, d’écouter ce qu’il dit dans le verre, depuis que vous n’êtes plus justement dans l’exercice obligé de la fonction et que cette rencontre a humanisé votre analyse. Est-ce que je me trompe ?

 

Réponse  de JB : Vous avez tout à fait raison Catherine cependant, ceux qui me connaissent depuis longtemps savent que j’ai toujours eu le goût de la conversation, de l’écoute, mais c’était ma sphère privée que je préservais des ingérences de ceux qui gravitent ou sévissent dans la sphère du politique. Lorsqu’on occupe des fonctions d’autorité politique le blindage, la distance, une certaine forme d’arrogance aussi, permettent de survivre, d’avaler des couleuvres, de prendre des décisions qui ne vous font pas forcément plaisir. Vous savez il faut bien comprendre que dans ce type de fonctions on ne choisit pas ses partenaires, ses interlocuteurs, alors on se compose un personnage pour s’éviter de se laisser-aller à livrer le fond de sa pensée. Ce qui m’a le plus humanisé ce sont, bien sûr, mes missions de « pompier » sur le terrain. Là, j’ai vraiment appris l’humilité. J’ai aussi pris conscience des pesanteurs administratives, de l’indigence de certains élus, de l’inertie et du conservatisme de ceux qui se disent représenter la base. Moi qui n’aime rien tant que de convaincre je me suis ramassé de belles gamelles qui font du bien à l’égo. Mais vous vous doutez bien, que ce qui m’a encore plus libéré de mon vernis un peu glacé c’est le traitement que l’on m’a fait subir à la suite de mon rapport et de l’expérience du Groupe Stratégique. Je pourrais rédiger un annuaire des faux-culs et des hypocrites mais je ne le ferai pas car dans cette affaire j’ai gagné de vrais amis, fidèles et c’est l’essentiel. Après ce type de thérapie « à la française » tout me semble possible et, de plus, comme les faits m’ont plutôt donné raison, je ne vis pas cela comme une revanche mais l’accession à la sérénité. Plus je vais et plus je sais dire aux gens que j’aime que je les aime. Quant aux autres, je les ignore.

 

Question n°3 : Je sais l’exercice réducteur, donc un peu bête, mais comme le questionnaire de Proust, il en ressort toujours quelque chose, au moins en creux. Donc je vous propose de vous y livrer. Si votre employeur vous donnait carte blanche, comment, où et quel pompier seriez-vous aujourd’hui ?

 

Réponse de JB : Je vais être très prétentieux Catherine : je lui demanderais sans aucune hésitation et avec mon incommensurable orgueil de me confier, pendant un CDD de 3 ans, le pilotage économique de la part du vignoble capable de relever le défi que nous avions explicité avec mes collègues de Cap 2010. Le plan de vol étant connu alors nul besoin de se perdre dans des discussions pour les bassins et les bassines, les interprofessions d’ici ou de là, uniques ou multiples, les chefs et les seconds couteaux, l’important serait d’aider à créer les conditions pour que nos rares entreprises de taille nationale et celles des entreprises régionales de mise en marché qui tiennent notre vignoble, le redynamise pour élaborer une source vin adaptée, lui fasse gagner de l’argent pour qu’il puisse le réinvestir dans de vraies politiques commerciales et des réseaux de distribution. Á l’heure où la régulation revient sur le devant de la scène, la Vigne France, celle des vins sans IG et d’une partie des vins IGP, a besoin qu’on la pilote. Il ne s’agit pas d’ingérence, de création d’un zinzin national budgétivore mais de faire ce que seule une autorité extérieure peut faire : arbitrer entre les penchants féodaux de certains, décider avec les entreprises d’une stratégie et la mettre en oeuvre. Je suis disponible. La méthode existe. Le terrain est déjà déblayé. Bien des hommes qui sont aux manettes d’entreprises sont demandeurs de ce pilotage. Reste à choisir de changer d’époque, de bien vouloir dépasser les clivages et les oppositions anciennes, à décider de passer du verbe à l’action. Honnêtement, Catherine, je peux tenir, sans prendre beaucoup de risques, le pari que je vais continuer à me contenter de faire progresser ma petite entreprise Vin&Cie et je ne m’en porterai pas plus mal.

Si ça vous intéresse vous pouvez soit cliquer sur ce lien   Pesticides ? Même pas peur !, soit vous rendre sur la rubrique PAGES (en haut à droite du blog) et cliquer sur le N°34 : Pesticides ? Même pas peur ! 20 pages de lecture en provenance de la Mission d'animation des Agrobiosciences cofinancée par la Région Midi-Pyrénées et le Ministère de l'Agriculture.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /Déc /2008 00:01

Mademoiselledont je tairais le nom,

Longtemps je me suis levé de bonne heure pour aller me pencher au chevet de patients – étrange appellation que celle-ci mais pourtant si parlante : personne qui subit – fragiles, mal en point, perclus de maux, sous perfusion, souvent victimes d’une forme d’acharnement économique, inadaptés aux duretés du temps, proches de la sortie, des laissés pour compte de ce que l’on qualifiait de crise alors qu’il s’agissait d’une profonde mutation. Puis, mes commanditaires, soucieux d’un avenir qui ne semblait pas aussi souriant que certains augures le laissaient entendre, m’ont demandé d’ausculter le Patient France du vin. Pendant une année j’ai observé les symptômes pour les analyser, poser un diagnostic et, comme le disent les praticiens, je me suis efforcé de proposer un protocole efficace pour le traitement, seul d’abord, puis avec des confrères.  Sans « revendiquer » l’appellation non contrôlée de « spécialiste » permettez-moi tout de même de mettre mon grain de sel dans une histoire dont raffolent les normalisateurs papivores dont vous êtes  un beau spécimen.

Le Beaujolais n’a jamais fait appel à mes « services » et pourtant comme le disait très crument Jean-Pierre Labruyère en septembre 2007 à la RVF : « la situation est catastrophique. Nous avons la menace d’une crise sociale grave. Près de 45 % du millésime est vendu chaque année sous forme de  Beaujolais Nouveau, en un mois. Il n’y a pas d’équivalent dans le monde. Malheureusement, le Beaujolais est porté par un discours marketing et n’a plus d’image de qualité. Pire, il occulte désormais le marché des crus. Il y a vingt ans, le prix des Moulin-à-Vent était le même que celui des Châteauneuf-du-Pape ou des Mercurey. Aujourd’hui, c’est moins de la moitié. L’interprofession porte une lourde responsabilité dans ce bilan désastreux : elle n’a pas su limiter ses rendements ni contrôler la qualité de ses vins. » Rappelons-nous comme l’écrivait à l’époque Vitisphère : « des prix en chute de 12 à 25%, et des stocks de vin invendu, frappés de plein fouet par la crise. Pour en sortir, l’Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais (UIVB) avait présenté un plan d’urgence, avec en aval la distillation de 110 000 hectolitres pour assainir les stocks, et en amont un renforcement des conditions d’agrément, reconnaissant implicitement que 7% à 10% des 1,2 millions d’hectolitres produits ne méritaient pas l’appellation ». Alors, permettez-moi de vous poser une question simple, mademoiselle… dont je tairais le nom, « qui donc avait agréé ces 7 à 10% de vins indignes de l’appellation ? » Merci de me faire parvenir la réponse par retour du courrier.

Aujourd’hui ce qui m’amène à fourrer mon nez, dont je regrette qu’il ne soit pas aussi prestigieux que celui de mon ami Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, dans un dossier où, mademoiselle…dont je tairais le nom « On servit, pour l'embarrasser, En un vase à long col et d'étroite embouchure. Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ; Mais le museau du sire était d'autre mesure. »*, c’est que, sans doute, pour faire oublier les errements du passé, voici qu’en compagnie des mêmes dégustateurs, type passoire à gros trous non modifiée, vous avez fait plié un original, appelons-le par commodité Mister Blond, vous l'avez obligé à passer sous les fourches caudines de votre prétendue « typicité », pour lui montrer que le nouveau Q de la vieille dame qui vous emploie s’assied sur le jugement des seuls qui vaillent en définitive : les clients de Mister Blond, dont horreur et abomination certains sont d’ « affreux » étasuniens, qui plébiscitent son vin dont la seule destination, d’après-vous, à la suite de votre décision souveraine, sera la même chaudière où les 7 à 10% agréés par vos soins auraient du être jeté sans autre forme de procès. Moi qui ne suis, selon certains beaux esprits de vos amis, qu’un stipendié des « vins industriels », c’est avec un plaisir non dissimulé, un esprit de dégagement hors norme, que je prends le parti de la cause de tous les Mister Blond.  Je ne vais pas m’appesantir sur le fond de l’affaire car, je l’espère, vous en maîtrisez parfaitement les tenants et les aboutissants. Cependant, je vous recommande, miss de dont je tais le nom…, la lecture de la chronique « A Beaujolais Maker’s Pain »  du 24 mai 2008 publiée sur le blog d’Eric Asimov du New York Times « The Pour ».
http://thepour.blogs.nytimes.com/2008/05/20/a-beaujolais-makers-pain/
ainsi vous pourrez constater que vous participez, avec un brio inégalé, à donner de notre patrie l’image d’un vieux pays perclus de bureaucrates obtus. Ça me déplaît profondément car je fais parti de ceux qui pensent que tout système à besoins de règles de régulation et, bien sûr, d’une autorité indépendante pour les faire respecter. Mais que diable avant d’aller chercher des poux dans la tête de Mister Blond faites-moi la grâce de consacrer tous vos efforts à virer les vins de ceux qui rallongent la sauce.

L’acharnement dont vous avez fait preuve, signe d’une certaine forme de désarroi, car je suis sûr de votre intégrité, est d’autant plus étrange qu’il se situe dans le cadre d’un système décrié, condamné, réformé et qui n’a plus court. Croyez-vous vraiment, personne ne vous demande de battre votre coulpe ou d’aller à Canossa, que l’agrément des 300 hl de Beaujolais de Mister Blond ajouterait au « discrédit » jeté par certains sur cette belle appellation que j’ai toujours défendue ?

 

La réponse est clairement non !


Bien au contraire, vous auriez donné un signe, non de bonne volonté ou de laxisme, mais d’intelligence aux amoureux du Beaujolais.

 

Que les vins de Mister Blond soient différents, atypiques, fruit de l’esprit d’un vigneron curieux et inventif, ne constitue pas une tare, un boulet supplémentaire pour le Beaujolais, mais un plus pour capitaliser de la notoriété.  

 

 Dans ma vie antérieure, lorsque je tenais les manettes, que j’exerçais sur vos prédécesseurs la tutelle, que n’ai-je entendu plaider pour que nous tolérions les « agréments sociaux ». Dans le cas présent ce que je plaide, moi, c’est un « agrément économique et commercial ». Le juge de paix, que vous le vouliez ou non, ce n’est pas vous et votre quarteron d’agréeurs anonymes, mais ceux ou  celles qui, après avoir apprécié les vins de Mister Blond,  en redemandent. La toute puissance de la médiocratie nous plombe. De grâce, accordez à ceux qui précèdent le gros du peloton les exceptions qui confirmeront la sacro-sainte règle pour laquelle vous avez dédiée votre vie administrative. Ne prenez pas la vivacité de mon propos pour de l’ironie facile mais comme l’expression de mon exaspération face à une situation qui perdure depuis des années.


  Mon ire à votre endroit peut sembler bien inutile dans la mesure où ce que j'évoque est une affaire classée. Demain sera un autre jour m’objecterez-vous puisque le système d’agrément change. Fort bien, j’en prends acte. Cependant je doute que la liberté et les pratiques de certains vignerons atypiques puissent entrer dans votre moule étroit. Les interrogations et les craintes de Claire Naudin-Ferrand, en attestent. Allez-vous continuer de pourrir la vie de gens qui font bien leur métier, vendent bien leur vin, ne demandent rien à personne, au nom de l’application étroite de textes purement normalisateurs ? Je le crains. Si tel était le cas, la seule voie de sortie de beaucoup serait de quitter votre carcan, de refonder le système sur les principes qui ont été ceux des origines de l'AOC. Je rêve me direz-vous. Bien moins que vous ne le pensez... 


 Voilà, mademoiselle... dont je tairais le nom, j’en ai fini de mon ouvrage et vous prie d’agréer les salutations d’un simple praticien en semelles de crêpe, arpenteur des fins fonds de la France des vignes et du vin, qui appelle de ses vœux qu’en son beau pays l’essentiel prime enfin sur l’accessoire et que, comme au temps des pionniers de l’AOC, les vignerons gardent la main sur la règle qu’ils se sont librement donnée et qu’ils respectent leur patrimoine commun qu’est l’appellation. Bien à vous...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 00:02

 Le vin est un drôle de zèbre. Dans le même mois de novembre à Paris, notre belle capitale un peu encombrée et bruyante, il peut se payer le luxe de se la jouer chic au Carrousel du Louvre, avec le Grand Tasting de Bettane&Desseauve by Floch, et de faire dans le popu à la Porte de Versailles, avec le Salon des Vignerons Indépendants. Ça ratisse large ! Des vieux, des couples, des jeunes, filles et garçons, des bobos, des banlieusards avec caddies, des étrangers qui parlent anglais ou japonais, des acteurs de ciné comme Arditi, des cavistes, mon voisin et ma voisine, des députés et des sénateurs, j’en passe et des meilleurs. Imaginez la gueule que tirent les docteurs de la loi Ledermann face à ces arpenteurs d’allées, verre à la main, qui abomination de la désolation : dégustent du vin. Ça les énerve d’y voir tant de femmes, tant de jeunes gens épanouis et heureux. Va falloir qu’ils réactivent leur boîte à interdit pour que l’ordre et la paix règnent dans notre beau pays. Moi, même si je suis un buveur assis, ça me réjouit de voir tous ces « garçons et ses filles qui ne sont pas de mon âge » venir s’initier, déguster, discuter, prendre du plaisir, en rangs serrés en des lieux aussi divers et opposés.

 

N’attendez pas de moi que je joue de cette diversité et de ces oppositions, ce n’est pas ma tasse de thé. Je laisse cet exercice à ceux qui font profession de maîtres de chapelles. Mon job à moi, si tant est que c’en fusse un, c’est d’être un « humeur » de tendances, pas le genre « avion renifleur », mais plutôt dans le style nez flaireur de l’air du temps. Pour ce faire, la meilleure position, c’est à la fois les pieds sur terre, mais pas le nez dans le guidon, et la tête dans les étoiles sans pour autant se prendre pour une star. Ma première impression face à ces deux évènements c’est que le premier en âge, le salon des vignerons indépendants qui a 30 ans – j’ai inauguré, au temps où j’étais chez Rocard, ce qui était l’un des tout premier Salon des Caves Particulières, quai d’Austerlitz – devient une sorte de must tendance « j’ai mon vigneron près de chez moi… » alors que le tout jeune Grand Tasting lui, sans s’encanailler vraiment, sait se donner des allures décontractées et sympathiques qui tranchent avec le côté un peu coincé de certaines manifestations très Grands Crus ma chère. D’ailleurs, pour preuve que les deux manifestations sentent le « marché », ratissent là où il faut, certains domaines font stands aux deux manifestations. Bref, je me suis donc livré en ces deux « cathédrales » du vin à mon plaisir favori : rencontrer des amis, ceux qui font les vignerons et ceux qui font dans la dégustation.

 

Bavasser debout, un verre à la main moi je veux bien, c’est la loi du genre mais lorsqu’arrive l’heure de becqueter, surtout au Grand Tasting, car au Salon des Indépendants on est plus dans la tradition casse-croutière de la Porte de Versailles, là je suis horrifié. Passe encore pour les sandwiches de Paul et les plateaux sympas « beurre et fromages Bordier » sur pain Poujauran mais ce n’est même pas un pique-nique sympathique où l’on peut prolonger la conversation, boire un bon coup sans s’en jeter sur le plastron, c’est pour moi la désolation, tout le contraire de la convivialité. De grâce, pour l’an prochain, rien que pour ceux qui en ont envie, sans pour autant faire un espace VIP, donnez-nous un pré-carré où l’on pourrait pique-niquer à l’heure du déjeuner. Merci. Bien sûr, comme je n’ai pas le profil type ni de l’esthète du Grand Tasting, ni de l’adepte du salon des vignerons indépendants, je ne vais pas m’amuser à distribuer des bons ou des mauvais points. Ce qui m’intéresse, en tant qu’observateur depuis mon petit espace de liberté, c’est que, chacune dans leur domaine, ces deux manifestations sont au contact direct des consommateurs. Elles peuvent donc servir à mieux prendre en compte leurs préoccupations, leurs désirs. De ce fait, même si elles s’adressent à un public spécifique, qui se déplace pour, elles peuvent jouer un rôle important à la fois dans l’entretien du « stock » des consommateurs de vin et dans le recrutement de « nouveaux consommateurs ».

 

En effet le monde du vin est confronté à un double problème : celui de la transmission et celui de sa perception dans la société. Comment élargir le cercle sans pour autant subir les foudres des hygiénistes ? L’exemple du sujet du journal de France 2 de samedi 29 novembre sur le vin s’embourgeoise et se féminise (http://jt.france2.fr/20h/ cliquez sur samedi 29 puis si vous ne souhaitez pas vous taper tout le journal déplacer le curseur situé sous l'écran pour repérer la séquence qui se situe entre 15:37 et 19:15)  est très parlant. En effet, le reportage se termine sur cette constatation « plus rare, plus convivial qu’il y a 50 ans le vin s’est embourgeoisé mais pour 51% des français il est le deuxième produit à risque pour la santé derrière la charcuterie… » et Laurent Delahouse d’enchaîner « on apprendrait donc à déguster et non plus à se saouler… » en lançant l’interview du Dr Batel médecin alcoologue à l’hôpital Beaujon de Clichy. Tout est dit, le piège se referme, tout y passe : les lieux communs comme dans la bouche de la journaliste l’embourgeoisement, la nouvelle convivialité du vin… la bêtise de l’enchaînement du présentateur… et bien sûr la rhétorique tordue et habile de l’alcoologue : la célèbre loi de Ledermann appliquée au recrutement par le lobby du vin des jeunes et des femmes… Alors, comment faire pour qu’autour d’une approche décomplexée du vin nous puissions faire entendre notre voix sans pour autant être stigmatisé par les grands médias ? La question est posée et, bien plus que des discours, les gens du vin se doivent de réfléchir aux réponses les plus pertinentes à donner. Le long travail de sape des hygiénistes porte ses fruits avec le fameux 51% évoqué (chiffre Credoc), à nous d’entreprendre avec patience la remontée de la pente. Moi dans mon petit espace de liberté je m’y essaie tous les jours et je me tiens à disposition.

 

NB. Je suis abonné au Monde électronique et le jeudi 27 j’ai reçu une proposition : Publiez votre chronique sur le Monde.fr. Alors j’ai décidé de faire une expérience : copier-coller ma chronique de samedi « La surpâture, la goinfrerie et les plaisirs simples de la vie : chronique d’un jouisseur »  http://www.berthomeau.com/article-25231744.html pour voir quel sort la « modération » du Monde.fr lui ferait.

 

Refus. Normal j’y parlais du vin. Le sanitairement correct règne en maître…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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