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Dimanche 26 octobre 2008 7 26 /10 /Oct /2008 00:02

 

Le soir de l’unique débat entre les deux candidats au 2ième tour je me trouvais à la salle de sport de mon club de gym. Alors que je me tapais mes 5000 mètres à la rame, sur les écrans muets, où d’ordinaire nous avions droit à des images des chaînes sportives, la mise en place des deux protagonistes puis leur simple gestuelle me fit pressentir le drame qui se nouait. Elle sortait ses griffes. Son coefficient de méchanceté naturelle crevait l’écran, effrayait la France modérée dont elle sollicitait le ralliement. Lui, agressé, jouait à la perfection le premier communiant outragé. La messe était définitivement dite. Ce soir-là je battis mon record de temps sur mon rameur. Le jour du meeting de Charléty, Jasmine, qui n’avait jamais pénétré dans un bureau de vote, me tannait pour que nous nous y rendions. Faux-cul je lui servis mon couplet soixante-huitard sur Charléty  ce qui me valait un retour foudroyant : « si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Marie ». Sous le choc je rendais les armes. En chemin, retrouvant mon ironi,e je titillais ma douce et tendre amie « tu t’intéresses à la politique maintenant ? »

-         Non !

-         Alors qu’allons-nous faire à cette grand-messe ?

-         La voir.

-         Pourquoi ?

-         Elle m’émeut…

-         Pourtant elle horripile beaucoup de femmes…

-         Normal elle leur ressemble. C’est Jeanne d’Arc dans la fosse aux lions…

-         En l’occurrence c’était Daniel…

-         Arrête de jouer le mec, ça ne te vas pas, tu forces ta nature…

-         Féministe ?

-         Ne fais pas chier avec tes clichés à la con. Toutes des mal-baisées, moches et frustrées…

-         T’exagères, elles se sont battues contre l’hégémonie des mecs.

-         Ouais mais elles détestent les mecs. Moi je les aime…

-         Tous ?

-         Ouais, j’aurais été capable de tomber amoureuse d’un beau SS.

-         Que tu dis !

-         Tu aimes trop les femmes mon beau tu ne sais pas à quel point de bassesse elles sont capables de descendre quand elles tombent amoureuses…

-         Je ne te savais pas aussi pertinente…

-         Normal, tu m’aimes comme tu aimes de Staël ou Pollock, avec tes couilles et ton imagination délirante. T’es un esthète moi je suis une sauvage…

-         Tu vas voter pour elle ?

-         Oui.

 

Je me suis étendu sur l’herbe de la pelouse. Sur l’estrade la fine fleur de l’intelligentsia parisienne défilait. Ils aiment ça. Des chanteurs chantaient. Jasmine s’était éclipsée. Une femme, la quarantaine rayonnante, vint se poser près de moi. Des seins à damner un saint ! Tout de go je le lui dis. Elle me sourit. Nous restâmes ainsi un long moment sans rien nous dire. La foule se faisait de plus en plus dense. C’était comme si un cocon se refermait autour de nous. Nous nous relevâmes. Je lui pris la main. Elle tressaillait mais ne résistait pas. La candidate était annoncée. Je profitais du mouvement de la foule pour lui enserrer la taille. Elle se cabrait un peu puis se détendait. Doucement, sans brusquerie, je l’encorbellais de mes bras tout en glissant mes mains sous son tee-shirt un peu humide. Elle avait une peau fine et douce. Je le lui disais. Ses mains guidaient les miennes jusqu’à la splendeur de sa poitrine. Autour de nous nul ne se souciait de notre petit jeu. Dans mes paumes ils palpitaient. Avec une rapidité et une dextérité dont je ne me croyais pas capable je les libérais. Elle se haussait sur la pointe des pieds en criant « la voilà » tout en frottant langoureusement ses fesses sur mon sexe dressé. Ses tétons eux-aussi étaient durs et dressés. Nous sommes restés ainsi pendant tout le discours, collés, au bord de la rupture. Ils sont tous partis et nous nous sommes rassis sur la pelouse. L’air était doux. Elle ne disait rien. Puis elle s’est levée. M’a demandé de ragrafer son soutien-gorge. Ce que j’ai fait. Puis je l’ai embrassé. Elle m’a donné sa bouche avec passion. « Il faut que je rentre. Je suis une femme mariée… » J’ai fait un bout de chemin avec elle. Nous nous sommes arrêtés prendre un verre à la Butte aux Cailles. Avec un air de petite fille surprise à se donner du plaisir elle m’a dit « J’ai déjà un amant. Il est jaloux comme un tigre. C’est un vieux. Je ne sais pas rompre. Aidez-moi… » Bien évidemment j’ai répondu oui. Erreur manifeste c’était un oiseau des îles, au corps charmant, qui collectionnait les amants sans n’en quitter aucun. Alors, c’est moi qui ai pris la poudre d’escampette : je voguais vers la Corse sans aucun remords.

 

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Samedi 25 octobre 2008 6 25 /10 /Oct /2008 00:07

Mon père étant bouilleur ambulant – distillateur avec un alambic ambulant – j’ai vécu ma belle jeunesse dans le maquis des acquis qu’on allait chercher chez le buraliste pour enlever et faire circuler les vins, marcs et lies à distiller. Pour les hl d’alcool pur il fallait remplir un registre dit 10 Ter de couleur papier kraft. Comme, bien évidemment, tout le monde fraudait sec vu que le privilège des bouilleurs de cru avait été aboli – beaucoup de morts distillaient – nous vivions dans la hantise des descentes des Indirects. En souvenir de ces temps héroïques je vous offre :

1° Pour les passionnés d’Histoire : « Circulation des vins en Lauragais à l’époque gallo-romaine » :

http://www.couleur-lauragais.fr/pages/journaux/2002/cl46/histoire.htm

2° Pour les amateurs d’illustrations lestes 3 illustrations originales de Dubout extraites d’un CGI original sponsorisé par Vittel en 1957

Article 443. – Aucun enlèvement, déplacement ou transport d’alcools, vins, etc. ne peut se faire sans déclaration préalable.

Article 82. – L’estimation des avantages en nature doit être faite de deux façons différentes.  

Article 264.- Sont assujetties à la TVA les personnes ou sociétés qui font effectuer par des tiers les opérations visées aux alinéas A et B.

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Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /Oct /2008 00:06

Ce matin Vin&Cie l’espace de liberté ouvre une nouvelle rubrique : « Les 3 mêmes Questions à un ou une œnologue… » En effet, il y a une quinzaine de jours j’ai envoyé à plus d’une douzaine d’œnologues les 3 mêmes questions. Aucun, n’a refusé d’y répondre. Certains m’ont transmis un accord enthousiaste mais avec une demande compréhensible de temps. D’autres m’ont déjà répondu. Alors, j’inaugure la session par une jeune femme, Sophie Pallas, c’est elle qui m’a répondu avec le plus de célérité. Au fil des jours, connaissant les questions par cœur, vous n’aurez plus que le plaisir de lire les réponses.


Qui est donc Sophie Pallas ? Je lui laisse la parole : « Premier parcours classique d’école de commerce, diplôme de l’ESSEC, débuts en marketing dans des grands groupes (L’Oréal, LVMH, cabinet d’études marketing)… jusqu’à un BTA Viti-oeno en alternance avec une vie parisienne, deux enfants et le projet d’avoir des vignes un jour, comme celles qui emplissaient le paysage de son enfance en Pessac-Léognan …  Ma première vinification en 1996 - à Haut-Brion- scelle définitivement ma nouvelle vie professionnelle. C’est décidé : je veux être œnologue. D’abord il faut convaincre la faculté d’œnologie de Bordeaux que le rattrapage du niveau scientifique requis pour intégrer les études d’œnologie est possible. Chose faite en 2000 : obtention du Diplôme d’œnologue puis parcours des vignobles pour parfaire l’expérience en vinification (la Bourgogne, l’Afrique du Sud, et bien-sûr le bordelais). »


Je reprends la parole pour marquer les étapes de la vie professionnelle de Sophie Pallas :


-         Tout d’abord elle met sa double culture marketing-œnologie au service du développement international d’entreprises de l’œnologie (Lamothe-Abiet puis Laffort), PME familiales dans lesquelles elle s’attache à insuffler une nouvelle approche marketing en interface avec la science œnologique.


-         Par la suite c’est son goût pour la communication et la création d’évènements qui  finit par s’affirmer, après la création de la Matinée des œnologues en 2002, d’Enoforum en 2007 ou encore des conférences techniques de Vinidea.


-         Aujourd’hui, forte de son savoir-faire de mise en valeur du discours scientifique et hédonique du vin, Sophie Pallas s’apprête à créer une agence de communication et de relations presse exclusivement dédiée au vin… sans oublier de faire du vin, dans son pays d’adoption qu’est le Béarn.


 

 

Question N°1 : Supposons que je sois un jeune bachelier passionné par le vin. Je cherche ma voie Sur le site du CIDJ je lis « L’œnologue, grâce à ses connaissances scientifiques et techniques, accompagne et supervise l’élaboration des vins et des produits dérivés du raisin. Sa principale activité concerne la vinification. Il conseille les viticulteurs dans le choix des cépages et la plantation des vignes. Il surveille les fermentations en cave, le traitement des vins et leur conditionnement. Il effectue des analyses et procède à des recherches technologiques visant à l’amélioration des cépages. L’œnologue peut également être chargé de la distillation ou fabrication des alcools à partir des marcs de raisins. Enfin, connaisseur et expert en dégustation, il participe à la commercialisation des vins en France et à l’étranger. En raison de la concurrence rencontrée désormais par la production française de vin sur le marché mondial, l’œnologue remplit une fonction stratégique pour le maintien ou l’amélioration de la qualité des produits de la viticulture française. »

Présenteriez-vous ainsi votre métier à une jeune pousse Sophie Pallas ?


Réponse de Sophie Pallas : Oui, pour lui donner l’ambition et la passion de devenir demain ce que doit être l’œnologue d’aujourd’hui… et  qui ne l’est pas. Car la vraie mission de l’œnologue est de pouvoir embrasser toutes les dimensions qui font qu’un vin rencontre un dégustateur ou un simple consommateur curieux et hédoniste. Son savoir technologique de la vigne à la bouteille n’a de sens que s’il parvient à créer du plaisir (et du désir). Il est donc l’ambassadeur premier des produits de la viticulture française. Peu d’œnologues ont imposé cette ambition, trop souvent isolés dans leurs chais ou leurs laboratoires … à l’exception de quelques stars qui l’ont bien compris.


Question N°2 : « Monsieur Seignelet, qui avait assis Bertrand face à lui, donnait à mi voix des leçons d’œnologie, récitait des châteaux, des climats, des millésimes, émettait des jugements, prononçait du vocabulaire : puis il voulut enseigner à son fils aîné le rite grave de la dégustation. » Tony Duvert « L’île Atlantique » éditions de Minuit 2005. Dans le fameux manga « Les Gouttes de Dieu » «  Le héros est présenté comme œnologue alors que manifestement c’est plutôt un œnophile doué et cultivé.

Quel est votre sentiment sur ce glissement sémantique Sophie Pallas ?


Réponse de Sophie Pallas : Ce n’est pas un glissement, c’est un terrible malentendu sur le métier de l’œnologue. Par méconnaissance, l’imaginaire collectif confond souvent l’œnologue et l’œnophile, l’œnologue et le sommelier.  Pour rester dans les exemples littéraires, Ioura l’héroïne du joli roman de Yann Queffelec « La dégustation » est « œnologue-sommelière », prolixe en images lyriques qui nous enchantent. L’image romantique de l’œnologue est persistante. Elle est valorisante mais elle est partielle car réduite aux émotions gustatives. L’œnologue parle avant tout de techniques d’extraction,  de cuves, de molécules, de pH. Certes, ceci ne le dédouane pas de trouver les mots pour susciter le rêve !

 

Question N°3 : Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre, du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme, la femme en l’occurrence, de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ?

 

 

Réponse de Sophie Pallas : Attention aux clichés : le marketing, contrairement à ce qu’on croit, n’est pas le mensonge, la déshumanisation et la « grande conso ». C’est simplement l’ECOUTE. Etre en phase avec ce qu’attendent nos consommateurs… qui ne se trompent en général pas sur ce qu’on leur offre (là aussi, attention au cliché du consommateur naïf). Ce qu’ils attendent ? Pénétrer un peu mieux le secret des vins. Qui peut les y amener ? L’œnologue, l’homme de l’art…le mieux placé pour parler de son vin, de sa technologie, de l’esprit du vin…même si parfois il manque de pédagogie ! La starification n’est qu’un épiphénomène qui ne doit pas faire condamner la démarche d’implication de l’œnologue vers son public.  Et tout œnologue sensible est capable d’humilité pour expliquer l’alchimie entre tous les éléments qui s’accordent et qui ne se laissent pas si facilement maîtrisés. C’est la part de mystère. La technologie n’exclut pas le mystère (pas encore).

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 00:05

 L’art du détournement, à la Magritte, « ceci n’est pas une pipe », forme de bras d’honneur aux conventions de l’art officiel, la magie du contre-pied à la Garrincha, geste inné qui ravale au rang de besogneux le commun des autres joueurs, toutes les formes de transgression des règles, surtout si elles ne sont pas que des provocations gratuites, m’attirent. M’enchantent même. Me remettent à ma juste place. Aller par-delà le lac du miroir, se mettre en danger, explorer des territoires vierges, suivre ses intuitions, défricher les marges sans se marginaliser, inventer n’est pas à la portée du premier venu. Dans le monde de la vigne et du vin débusquer ces oiseaux rares n’est pas aisé car lorsqu’on va au-delà l’imposture du discours des stars, « on ne fait pas le vin avec des mots », d’une certaine exploitation médiatique de la position d’exclu, il est fréquent de se heurter au peu de goût pour la publicité de ces originaux. Alors, pour les atteindre, il faut recourir à des subterfuges, venir les mains dans les poches, comme ça, sans cahiers, ni micros, accompagné d’un contact, pour papoter, « bonjour j’ai aperçu de la lumière, et je me suis permis d’entrer… » Je pousse un peu mais, en général, c’est la bonne méthode pour aborder l’oiseau rare.

J’adore me faire conduire. Cet après-midi là le ciel inquiétait affichant de lourds bubons, bas et charbonneux. Mon guide, qui ne se prénommait pas Nathalie, au volant de son 4x4 agricole, après nous avoir fait traverser une cotriade de zones pavillonnaires, virait pour aborder un chemin de terre s’enfonçant dans la garrigue. Loin de l’imagerie des vignobles bien léchés environnant des bastides, des mas ou parfois des châteaux, le paysage évoquait le pastoralisme d’antan. Tel était donc le lieu où le père de Paul – c’est le prénom de notre vigneron – débarquant d’Algérie, s’installait pour élever des moutons. C’est un lieu de bout du monde, une enclave de solitude, de ce genre de beauté qui plaît tant aux esthètes urbains qui n’ont qu’une hâte : revenir bien vite dans le cocon douillet d’un bar de grand hôtel pour en parler. Quel mouche a donc piqué le père de Paul, Alain, de créer de toute pièce un vignoble de12 ha à 150 mètres d'altitude sur ces terres arides, avec bien sûr des rendements très bas et de ne choisir que des cépages blancs ? Je ne lui ai pas posé la question mais, dans l’espace de temps que j’ai passé sur les hautes terres de Camberousse, j’y vois un désir intime, à la fois atavique – Alain est fils de viticulteur – et pionnier, de défricher, de se réapproprier toutes les facettes du beau métier de vigneron en n’empruntant pas les chemins ordinaires. Mais ce souci de singularité, le lieu, la bergerie : haut et vaste hangar ouvert à tous les vents transformé en lieu de vinification et de stockage, le choix des cépages blancs, la patience et l’opiniâtreté de la démarche à contre-courant, ne s’est pas traduit par un isolement hautain : Alain Reder a été un membre actif du Syndicat des Coteaux-du-Languedoc et Paul est aussi partie prenante de la nouvelle ODG.

Paul Reder arrive en compagnie de son chien. Ma mère aurait dit « quel bel homme ! » Le regard est franc, la poignée de main ferme, et, moi qui suis attentif à l’allure des hommes, je ressens de suite chez lui, sous sa réserve naturelle, la tranquille assurance d’un garçon de son temps qui assume l’histoire et la singularité de ce lieu étrange. Il n’a pas de paille dans ses sabots, il porte des Timberland. Nous goûtons l’une des cuves de ce qui deviendra après assemblage, le Roucaillat, la cuvée « star » du domaine, le 2007 d’abord puis le 2006, les préleveurs de l’OI sont passés il y a quelque temps, c’est la nouvelle procédure, nous en discutons. Je dois avouer, qu’il me semble, dans cette nouvelle vertu, le défaut bien français d’une rationalité appliquée à tous ne permettra pas d’éradiquer en priorité les agréments sociaux. Le vieil adage « qui trop embrasse mal étreint » profitera aux traînards et nuira aux atypiques. Nous dégustons ensuite un Roucaillat 2005. Comme l’écrit sur le blog Vino gusto chris 69, que voilà un vin étonnant, une vraie découverte. Moi qui n’ai ni le nez de Jacques Dupont, ni l’expertise de Bettane&Desseauve, j’ose écrire, non comme le guide Hachette sur la forte typicité de cette cuvée car je ne sais pas ce qu’est la typicité, mais comme l’aurait fait le héros des
Gouttes de Dieu que je le situe entre la geste de Jackson Pollock (une belle expo en ce moment à Paris Pollock et le chamanisme www.pinacotheque.com/ ) et la gouaille de Zazie dans le métro. De la profondeur certes, mais sans se prendre la tête, un vin qui ne se prend pas pour un grand blanc et qui pourtant sous ses allures de spadassin révèle des qualités qui le place dans la cour des grands.

* en arrière-plan sur la photo, dessinés par Node-Vérat, dessinateur officiel du Jardin des Plantes de Montpellier quelques cépages séculaires du Midi : de gauche à droite; la Clairette, l'Aramon, le Muscat d'Espagne et le "Piquepoule" in La Garrigue grandeur nature les créations du Pélican.

Mais, le vrai contre-pied de cette après-midi sur les hautes terres de Camberousse, comme toujours est venu de là où je ne l’attendais pas : la découverte de Grigri. Qu’est-ce donc que ce Grigri ? Un vin de table rosé qui m’a enchanté. Si le vin plaisir a une définition c’est Grigri qui en est la première acception. Comme j’étais doté d’un chauffeur je pouvais tout me permettre sans me placer sous les foudres de la gendarmerie. Mais une question me venait à l’esprit : que venait faire ce roturier de Grigri en ce lieu dédié à l’appellation d’origine contrôlée ? Qui lui conférait cette basse extraction ? La réponse à toutes ces questions claquait comme une absolue condamnation, l’abomination de la désolation : l’Aramon ! Le monstre, l’hydre, « variété de raisin au rendement énorme qui donne des vins ordinaires… » écrit Alexis Lichine, le père maudit de la bibine chère à Christian Bonnet, le banni, le relégué au seul rang de l’arrachage primé. Moi, qui ai connu les riches heures de la fine fleur des démagogues de ce qu’on qualifiait de Midi, au seul nom d’Aramon j’en avais des frissons et là, sur ces terres arides, le voilà qui péniblement arrache un rendement de pénitence, une misère : 20 hl pour m’offrir d’autres frissons dont la bienséance m’interdit d’écrire la qualification. Plus jamais je ne jetterai à l’Aramon la première pierre, à tout pécheur miséricorde. J’invite mon ami Jacques Dupont Merveilleux du vignoble à monter jusqu’à Camberousse pour venir tâter du Grigri. Et pour ne pas être en reste du minimum syndical de la provocation j’imagine dans l’avenir ouvert par les gris de gris de l’Union européenne que Paul Reder inscrive sur ses futures étiquettes de Grigri : Aramon, vin de cépage postmoderne. Honnêtement ça aurait de la gueule dans l’univers formaté des cépages internationaux. Pour en terminer, avec ou sans GPS, l’
accès à ce lieu de transgression : traverser Cournonterral en suivant la direction Bergerie communale, puis prendre la D114 vers Gignac. A 3,5 km, prendre le chemin sur la gauche direction Comberousse. Si vous vous perdez dans la garrigue appelez-moi ou mieux, Paul Reder, 04 67 85 05 18 ou sur votre rutilant Black Berry envoyez un message à  
paul@comberousse.com.

Au retour, sous les trombes d'eau, nous avons croisé, derrière de hautes grilles surveillées par des caméras, une winerie froide comme un Beaubourg sans tubulures de couleur, il y avait dans cette vision, derrière le ballet des essuies-glaces et sous les jets de lumières des voitures, un côté Brazil le film culte de Terry Gillian...

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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 00:06

Salvador Dali proclamait : « Je suis fou du chocolat Lanvin » pour ma part, ceux qui me connaissent savent que, je suis fou des pâtes. Mon amour est né dans ma prime jeunesse, aux Sables-d’Olonne, chez une « mama » italienne représentant la maison Linvosges dont le mari, professeur de français, veillait sur ma culture générale. Comme en ce moment je lis le beau roman de Sandro Veronesi « Chaos calme » chez Grasset (Prix Méditerranée et Nanni Moretti en a fait un film) et, l’effet madeleine de Proust, a joué.


 

Mon premier étonnement fut « la cuisson al dente » qui révélait l’âme des pâtes, en l’occurrence des spaghettis ; rien à voir avec la colle d’affiche des nouilles beurrées consommées habituellement. Le second fut « l’irruption de la sauce tomate », merveilleuse révélatrice du goût, dans l’univers jusqu’ici un peu triste des pâtes. Cependant, l’étonnement suprême fut : « la consommation à la romaine des spaghettis » c’était le pendant du spectacle du pépé Louis déglutissant sa soupe. Sur cette trilogie, Veronesi m’a touché au cœur. Reste que, lorsque je suis allé à Rome pour la première fois, au temps où je m’occupais du vin au cabinet de Michel Rocard, j’ai bien sûr donné vie à tous mes fantasmes en écumant les trattorias et en découvrant le Frascati, et comme l’écrivait Alexis Lichine « si les vins de Castelli Romani perdent jamais leur place parmi les merveilles de Rome, c’est qu’il n’y a pas de justice. Ces blancs de des collines d’Albe – alertes, secs ou demi-secs – juste au sud de la ville, offrent le seul moyen d’oublier sa fatigue après avoir passé une matinée à parcourir Rome en touriste. »


 

Je passe la plume à Sandro Veronesi.


 

« Ah ah !  Ça y est ! crie-t-il à travers la porte. Trente seconde de plus et ils n’étaient plus du tout al dente.


 

Par la porte arrive le bruit des opérations qu’il accomplit, si net et précis qu’il me semble voir la scène : les spaghettis qui tombent dans la passoire, la casserole posée dans l’évier, les spaghettis qui tombent dans la passoire, la casserole posée dans l’évier, les spaghettis bien égouttés, transvasés dans la poêle avec la sauce et repassés sur le feu resté allumé. Et il y a maintenant un fumet de sauce tomate qui arrive de la cuisine, me chatouille les narines et sort par la fenêtre, si intense et si délicieux qu’il me semble le voir lui aussi – sous forme d’épais nuage comme dans un dessin animé. »


 

« Il attaque ses spaghettis bille en tête, à croire que son temps est compté. Il ne les enroule pas : il les fourre dans sa bouche comme si c’était du foin, et avec sa fourchette, il se contente de les accompagner au fur et à mesure qu’ils montent. Ça aussi c’est romain, une saine façon de manger populaire – incarnée par Alberto Sordi aux prises avec des macaronis – qu’ici à Milan on prend pour une absence de bonnes manières. »


 

« Ce n’est pas bon pour vous de ne manger que des sandwiches, vous savez ? Une belle assiette de pâtes al dente, avec de la tomate fraîche et un filet d’huile, est beaucoup plus indiqué pour la santé. »


 

Il remplit les deux verres de vin, à ras bord, comme à la campagne.


« Goûtez-moi ça. Ce n’est pas un grand cru, mais c’est un bon petit vin pas trafiqué. »


Il me tend un verre, prend le sien, le lève.


« Santé. »


Il boit une gorgée franche, décidée, et vide la moitié de son vin. J’en bois moins. C’est un de ces vins forts, âpres dont on ne comprend pas s’ils le sont par hasard ou de façon délibérée.


« Il vous plaît ?


-         Oui. Il est bon.


-         Frascati. C’est ma sœur qui me l’envoie, de Velletri. Qui me l’envoyait : dorénavant, j’irai le chercher moi-même. »

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Mardi 21 octobre 2008 2 21 /10 /Oct /2008 00:01

L’ami Jacques Dupont Merveilleux du vignoble, dans le dernier n° du Point 1883, page 164, nous conte l’histoire des vignerons de Marsannay qui, dans les années 30, du fait de leur proximité de Dijon, préférèrent s’en tenir à leur production abondante d’un petit vin de comptoir à base de Gamay et ne pas être classés, comme la plupart des villages de la Côte, Gevrey, Morey, Nuits, Vosne… Quand, dans les années 80, ils se sont décidés à demander une appellation « villages » je les ai vus débarquer dans mon bureau de conseiller de Michel Rocard Ministre de l'Agriculture, galerie Sully, au 78 rue de Varenne, pour que je les aide à surmonter le peu d’enthousiasme, et même l’hostilité, de leurs collègues de la Côte. Leur histoire m’a fait penser aux villes qui ont refusé le chemin de fer, comme la ville de Tours qui semble être la banlieue de Saint-Pierre-des-Corps haut lieu du syndicalisme cheminot. Bref, ils étaient fort désemparés mes braves vignerons de Marsannay et, même si le grand Institut des AOC, toujours jaloux de son indépendance et cultivant la lenteur comme les nonnes la chasteté, n’allait pas me dérouler le tapis rouge, je leur promis de titiller la vieille dame. Ce que je fis via son grand président normand et son directeur plonplon de chez plonplon : Pierre Marquet. Et puis, l’alternance aidant, celle de 1986, je quittai les ors de la République pour les rivages enchanteurs du Port autonome de Gennevilliers, siège social de la SVF et principal site d’embouteillage de cette grande société.

 

Vers la fin de 1987 je crois, alors que j’occupais les fonctions de Directeur du site, le gardien me prévient par téléphone qu’un petit car, disons plutôt le genre Renault Espace, venait d’arriver à l’entrée et que des vignerons de Marsannay souhaitaient me voir. Bien évidemment je les fis entrer dans ce temple du gros rouge et les accueillis. Si mes souvenirs sont bons, la délégation emmenée par le président du Syndicat de Défense vint me remettre, en remerciements de mon engagement à leurs côtés, un carton ou deux, je ne sais plus, de la nouvelle appellation Villages. J'étais tout ému par l’extrême gentillesse de cette démarche et nous sablions le Champagne dans la salle de réunion attenante à mon bureau. René Chaymotti, l’ardent Cégétiste de la SVF, et Guinchard notre faiseur de vins participaient à la petite fête. Bien sûr, l’accession aux premiers crus était leur rêve mais ils savaient bien qu’on n’entrait pas dans le Saint des saints à la première tentative. Ce geste peu ordinaire des vignerons de Marsannay, qui avaient pris la peine de se renseigner rue de Varenne sur mon nouveau job puis s’étaient déplacés jusqu’à ce lieu improbable qu’était alors le port de Gennevilliers, pour me dire merci, reste gravé dans ma mémoire et, à chaque fois que l’on évoque les vins de Marsannay-la-Côte j’y repense avec une pointe d’émotion. Merci Jacques de m'avoir fourni matière à une chronique un peu nostalgique.

 

La zone de production est située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Dijon, plus précisément à l'intérieur des communes de Chenôve, Couchey et Marsannay La Côte dans le département de la Côte d'or. Superficie en production un peu plus de 210 hectares dont un peu plus de 55 hectares servant à produire le Marsannay rosé. La délimitation compte au total 513 ha. Vinifié en blanc, en rosé et en rouge. Pour le côté dégustation je m’en remet au « meilleur nez de la République des vins » notre Jacques Dupont Merveilleux du vignoble : «  Avec des vignerons dont la fourchette d’âge se situe entre 30 et 45 ans, tous solidaires, qui dégustent souvent chez l’un ou l’autre, l’appellation a fait de gros progrès en rouge. Quant au rosé, devenu très tendance ces dernières années, il permet d’écouler la production des jeunes vignes. Les rosés représentent près de 10% de la production actuelle. Les rouges ne sont pas sans presque rappeler le fruit et la fraîcheur des Gevrey-Chambertin. » Et, pour finir, je vais vous faire un aveu, j’aurais grand plaisir à aller faire une petite virée du côté de Marsannay-la-Côte lever mon verre pour de nouveau avoir l’illusion d’être un peu pour quelque chose dans leur accession aux premiers crus.

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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 00:00

Dans la série des A départementaux j'aurais du commencer par le premier l'Ain qui a l'intelligence de sonner comme le numéro de sa plaque minéralogique : 01, mais comme je suis un adepte du bon plaisir c'est l'Ariège qui a ouvert le bal suivie de L'Ardèche. Revenons à l'Ain et au Bugey et sa petite merveille qu'est le Cerdon qui, pour moi, est un vin d'initiation par excellence. Lorsque je l'ai découvert et apprécié, voilà plus de 10 ans, au restaurant du Square Trousseau et que j'ai ensuite entrepris une tournée chez les cavistes parisiens pour m'approvionner je suis revenu bredouille. Pas un seul flacon de Cerdon et, pire encore, certains cavistes ignoraient jusqu'à son existence. Je du, par l'internet, contacter le vigneron, Thierry Troccon pour savoir où je pouvais me procurer son nectar. C'est à Boulogne-Billancourt qu'il se nichait et je dus prendre ma petite auto pour enfin combler mon désir de Cerdon. Depuis, chez moi c'est devenu le must des jeunes pousses. Ils adorent... C'est frais, c'est rouge, c'est peu alcoolisé, c'est désaltérant, c'est joyeux car ça pétille naturellement, que demander de plus...



N'en déplaise aux abstinents seule cette approche, cette découverte d'une boisson alcoolisée que l'on déguste et partage entre amis, en famille, avec ses copains, pour faire la fête au meilleur sens du terme, c'est-à-dire pas pour se murger, se casser, finir le nez dans le caniveau, mais pour aborder sa vie d'adulte dans une société où tout est à portée de mains. Se cacher derrière des interdictions aussi diverses que variées est une façon hypocrite d'esquiver les vraies raisons de l'alcoolisation excessive et souvent brutale des nouvelles générations. Dans l'éducation, le savoir-vivre qu'il ne faut pas assimiler à des comportements surranés, vieillots, c'est comme son nom l'indique apprendre à vivre ensemble en respectant les autres et en se respectant soi-même. Sans jouer les vieux moralisateurs, la vertu de l'exemple reste, bien plus que les discours ou les campagnes de communication, la meilleure arme de persuasion. L'initiation comporte sa part de risque mais refuser les difficultés de l'apprentissage c'est refuser de vivre. C'est confier sa vie à une forme de Sécurité Sociale généralisée. C'est prendre le risque, dès les premiers écueils, de perdre pied.

  

Bien sûr l'Ain c'est aussi la Bresse et ses volailles AOC ; c'est aussi la Dombes et ses étangs ; c'est aussi Georges Blanc à Vonnas... alors c'est vraiment pour reprendre son slogan "le luxe au naturel"


 

CLOS DE LA BIERLE TROCCON
leymiat
01450 PONCIN
Tél.  04.74.37.25.55
Fax  04.74.37.28.82

Le Clos de la Bierle ; issu de cépages nobles, il se distingue par sa palette aromatique des plus variées entre fruits rouges et roses ; sa robe aux nuances rosées, son effervescence naturelle, ses 8° alcool, le rendent souple, léger, désaltérant ; d'un caractère magique au contact du palais, il a le don d'éveiller nos papilles ; ce pourquoi il convient de le servir en apéritif. Tout au long du repas, il entretiendra les mets par sa saveur gourmande, pleine de gaieté ; au dessert, il accompagnera avantageusement glaces et pâtisseries variées. Enfin, pour les moments de détente c'est un délice..., sa couleur diabolo rosé, ses bulles fines et légères, sa longueur en bouche, nous ferons découvrir l'authentique plaisir de ce grand cru.


"Après le film La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet revient sur Le Renard et l’Enfant, qui sort actuellement en DVD. Tourné dans l’Ain, ce film révèle son attachement profond au territoire."
http://www.ain-tourisme.com  

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Dimanche 19 octobre 2008 7 19 /10 /Oct /2008 00:13

Face à une défaite programmée, les haines réchauffées des gentils camarades de la rue Solferino et la navigation au jugé de la candidate ouvraient un boulevard au héraut d’une droite siphonnant le vivier du gros borgne, je m’étais retiré sous ma tente tout en suivant d’un œil distrait les soubresauts de la campagne. Le soir du premier tour tout était plié et l’absolue solitude, dans le décor minable de je ne sais quelle salle des fêtes de Melle, d’une femme aux abois, déjà blessée, désemparée, me donnait envie de lui écrire. Je l’ai fait. Avec une tranquille impudeur je lui confiais les phantasmes qu’elle m’inspirait. Pur produit de mon imaginaire cette cour pleine de douceur et d’attention, de gestes tendres, préliminaires à la pente infernale du désir m’échauffait. Elle se laissait entraîner jusqu’à sa couche glacée. Mes mains la défaisaient avec lenteur, le haut d’abord, puis à l’attaque des hanches elles devenaient pressantes pour déverrouiller ses multiples nœuds et briser ses rugueuses barrières. Je lui parlais. Les mots de ces moments-là ne s’écrivent pas et pourtant je les couchais sur le papier. Rien ne pouvait plus arrêter mes ardeurs. Je la laissais prendre son élan, s’ouvrir, quêter le plaisir, le diriger, avant de s’abandonner. Bien mieux que n’importe quel amant je cédais. Dominé, je la laissais me conduire aux portes de la jouissance. Là, je retrouvais mes instincts de mâle qui, pressentant la débâcle de la petite mort, se laisse aller à l’expression de sa puissance. Épuisé j’imprimais, sans la relire, ma lettre. La nuit m’engloutissait tout habillé. Au matin, un parfum et une douce tiédeur me tirait vers les rives de la conscience. On me donnait du plaisir. Je le laissais s’épandre dans le no man’s land de ce qui allait être une grasse matinée.

 

-         J’ai lu ta lettre…

La voix douce de Jasmine, sans doute calée dans le fatras d’oreillers dont j’adorais m’entourer, ouvrait une fenêtre dans ma douce torpeur. J’étais nu. Elle m’avait déshabillé. La tiédeur de la couette et la proximité de son corps m’incitait à ne pas quitter le délicieux entre-deux où le plaisir m’avait précipité. Je ronronnais de l’intérieur tel un vieux matou empli de satiété. Jasmine, du bout de ses doigts de pieds, réanimait mon désir d’elle. Je l’entendais me dire « c’est beau mais c’est trop tard… » Je grognais tout en saisissant l’une de ses chevilles pour m’attaquer à son point faible : la vallée de son petit doigt de pied. J’y lovais mon index. Elle soupirait « tu es un vil profiteur… » J’allais et venais. Elle relevait ses hanches et gémissait doucement « fais-moi tout ce que tu lui as écrit… » Dans mon demi-sommeil je trouvais l’énergie nécessaire pour lui répondre « entre le Plan et le Marché il y a le socialisme… » La célèbre phrase de Laurent le déplumé au Congrès de Metz laissait Jasmine de marbre. En proie aux premiers désordres qui conduisent à l’orgasme elle me houspillait « te défiles pas immonde salaud… je suis jalouse… une tigresse… je te veux… comme elle… » Le scénario était écrit je le laissai m’investir pour une Jasmine sans frontière. Après je ne sais plus, le silence des abysses m’a fait retrouver les délices de ma matrice première. Le fumet d’un café me fit émerger. Raphaël nous portait un merveilleux petit déjeuner sur un grand plateau en métal argenté. La journée s’annonçait belle, je m’offris une longue marche au long des quais. Avant de partir, je rinçai une bouteille vide de Bordeaux, l’égouttai puis, ayant rouloté ma missive, je la ficelai avec du raphia avant de l’introduire par le goulot. Dans le tiroir de la cuisine je dégottai un vieux bouchon à chapeau qui obstruait fermement l’orifice. La cire à épiler de Jasmine me servit à cacheter hermétiquement la bouteille.

 

Je l’ai balancé à la Seine sous le pont Royal et d’un pas léger je suis allé chez Galignani faire une razzia de livres. Une soudaine fringale de lecture m’était tombée dessus. Je m’offris un hot-dog au pied de la Grande Roue posée dans un jardin des Tuileries plein de poussière, de moutards tirés par de jolies femmes désœuvrées, de hordes de touristes drivés par des guides pressés, de provinciaux et de banlieusards en transit, de minettes court vêtue, quelques vieux aux chaussures avachies, des vendeuses avec de grands sacs d’où émergeait le col d’une bouteille d’eau minérale, des bureaucrates de la place Vendôme aux costumes sombres et cravates pétantes. Le souvenir des ombres furtives d’hommes cherchant un corps partenaire, évoquées par Modiano dans l’un de ses premiers livres, hantant à la tombée de la nuit ce lieu coincé entre quai de Seine et rue de Rivoli, me revenait à l’esprit. C’était bien avant la grande pandémie qui allait saigner à blanc une grosse et infâme tranche de jeunes hommes. Immonde saignée aux traces de cendres marquant une frontière entre deux mondes, l’un engloutit, l’autre, le nouveau atrocement indifférent à la malédiction des pauvres. Ma bouteille à la mer m’apparut ridicule. Ça l’était. Je traversai la Seine sur la passerelle qui fait face au musée d’Orsay pour gagner la rue de Solferino. Le décor kitch poitevin de la cour d’entrée pendouillait lamentablement, tous faisaient semblant d’y croire. Je croisai un vieux compère paysan des Deux-Sèvres qui s’épancha tristement dans mon gilet. La débâcle aurait le goût amer des règlements de comptes familiaux. Inexpugnables rancœurs, du vomi tout chaud, je regardais s’agiter toute cette flopée de jeunes sauterelles en me disant que nous étions vraiment une génération de vieux cons.

 

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Samedi 18 octobre 2008 6 18 /10 /Oct /2008 00:04

 

C’est le mot d’ordre du jour. Il faut « sauver le système ». D’abord sauver le système financier pour sauver le système bancaire pour sauver le système tout court. Dans l’ordre, on n’a pas le choix. Autrement, grosse catastrophe. Pour éviter le chaos, Il n’y a pas trente six solutions: Injecter des milliards de fonds publics dans des puits privés, sans fonds, c’est le cas de le dire. Un fabuleux transfert. Le casse de l’histoire. Nous risquons d’apprendre dans les semaines et les mois qui viennent quelques détails croustillants sur les mœurs de tout ce petit monde et ses méthodes pour faire de l’argent plus vite que son ombre. En attendant, force est de constater tout cela n’a été possible que grâce à la célérité avec laquelle depuis plus de vingt ans les gouvernements ont cédé aux sirènes de la déréglementation des marchés. Résultat ?

 Il serait intéressant, par pure curiosité intellectuelle, de se livrer à  un petit calcul. Combien, mettons depuis dix ans, les banques, les fonds d’investissements, les institutions financières, en un mot tous les organismes présents sur les marchés, tous produits financiers confondus, ont rapporté en profits, stocks options, primes, dividendes, etc. etc. Juste pour comparer la somme des gains privés avec celle des pertes publiques. Ce petit calcul permettrait de mesurer, à des fins purement esthétiques, à quel point nous l’avons, pardonnez moi l’expression, dans le baba.

Aujourd’hui, l’ampleur de la crise nous fait oublier un détail. Les contribuables ne sont pas les premiers à payer pour « sauver le système ». Les transferts de fonds entre privé et public ont commencé bien avant le plan Paulson et ses avatars européens. Aux Etats Unis, depuis Reagan la fiscalité au profit des plus riches a largement contribué aux creusements des inégalités et de la dette publique. Il en va de même pour le partage de la plue value entre le travail et le capital. La financiarisation de l’économie s’est traduite, entre autre,  par des exigences de rentabilité inédite dans l’après guerre. Pendant les années de flambe des marchés la norme de retour sur investissement, si vous préférez la rentabilité minimum exigée par les investisseurs, était de quinze pour cent. C’est ainsi que l’on a vu des groupes supprimer massivement des emplois alors même qu’ils annonçaient des bénéfices records. Un excellent moyen de doper le cours de son action et sa valeur en bourse au prix de quelques chômeurs de plus. Autrement dit, on peut remercier les chômeurs et en particulier les SDF d’avoir grâce à leur sacrifice retardé le moment où il faudrait « sauver le système ». Evidemment que tout cela ait contribué à creuser les déficits des systèmes sociaux et la dette publique pendant que d’autres gagnaient suffisamment d’argent pour arrêter de travailler à trente cinq ans n’a rien à voir. Patron : Champagne pour tout le monde.

 

 

PS : deux citations juste pour faire remonter la bourse.

 

« Le système capitaliste a en lui même, je dirais presque génétiquement, la capacité à tenir compte de l’intérêt de l’ensemble de la société ».

Jean Marie Messier.

 

« Le capitalisme financier n’est pas seulement anglo-saxon. Il est universel et a de beaux jours devant lui tout simplement parce qu’il n’est pas une création arbitraire comme pouvait l’être un système de type soviétique. Ce capitalisme là est l’expression d’innombrables processus spontanés crées pour répondre aux besoins des êtres humains » Pascal Salin, professeur à l’université Paris Dauphine, in le monde du 1° octobre 2008

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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 00:07

À deux reprises j’ai chroniqué sur le manga «  Les Gouttes de Dieu » Tome 1&2 « L’énigme : Vosne-Romanée 2001-Échezeaux 2002 du domaine Gros frère et sœur dans Les Gouttes de Dieu » http://www.berthomeau.com/article-21995629.html et « Lalou Bize-Leroy et le Haut-Médoc de Giscours dans Les Gouttes de Dieu »

 http://www.berthomeau.com/article-22051339.html . Ce matin, je vous propose de vérifier l’effet Gouttes de Dieu en publiant l’interview de Thibault Despagne dans le tome 3 qui est sorti récemment (je viens de recevoir le 4).

 

Explication du phénomène : dans le tome 1 pages 101 à 112 (on lit de droite à gauche) le héros Kanzaki Shizuku, qui n’a jamais bu une goutte de vin, se voit proposé par Shiro Fujieda, propriétaire d’un bar à vin, un verre pour déguster : « la dégustation est en effet le moyen d’entrer dans le monde du vin mais… par nature c’est avant tout une boisson que l’on apprécie en partageant un bon repas avec des amis par exemple… » lui dit-il et d’ajouter « jette-toi à l’eau ». Ce qu’il fait en ignorant l’origine du vin qu’on lui propose. Ça lui fait penser au groupe Queen (rappelez-vous 1998 We are the Champions) et c’est « un château Mont-Pérat 2001 ! » et qui « ne vaut que 2000 yens * figure-toi ! »

 

En annexe du tome 1 : une dégustation du Château Mont-Pérat » par l’équipe du manga car, « comme 50 bouteilles ont été offerts aux lecteurs ayant gagné le concours organisé lors de la publication du volume relié du manga, l’équipe s’est exclamée : »ne serait-il pas nécessaire de le goûter pour savoir ce que nous offrons à nos lecteurs ? ». Ce qui fut fait. Conclusion d’un des membres du comité éditorial « Moi, si on m’avait fait boire ce vin sans me dire ce que c’est *, je l’aurais confondu avec l’un des 5 grands châteaux ! Il est vraiment à leur niveau. Il est riche et il a de la classe ! » * 1er Cotes de Bordeaux.

 

Dans le tome 3 qui vient de paraître en août dans sa traduction française, publié en 2005 au Japon, l’un des auteurs : Tadashi Agi interview Thibault Despagne. Je vous la transcris pour bien montrer l’effet Gouttes de Dieu www.glenatmanga.com ou allez sur www.amazon.com pour acheter la collection complète c’est un beau cadeau de fin d’année pour vos jeunes pousses.

 

TA : Comment est ce nouveau Mont-Pérat ?

Th.D : Les Amants du Mont-Pérat est un vin cultivé dans un coin du vignoble du Château Mont-Pérat, où le raisin croît sur un sol d’argile bleue. Les Japonais qui ont tant aimé le Mont-Pérat pourront le déguster au mois d’août, avant le reste du monde.

TA : C’est un honneur. Pouvez-vous expliquer ce qu’est l’argile bleue ?

Th.D : On l’appelle ainsi car elle a des reflets bleus, et son sol a une structure unifiée typique. Nous avons utilisé un cépage Merlot particulier, au goût différent de celui du Mont-Pérat. Disons que nous avions envie de faire une cuvée spéciale de Mont-Pérat.

TA : Quand je l’ai goûté, j’ai eu l’impression d’une concentration et de grande qualité. À combien pensez-vous le vendre ?

Th.D : Je ne veux pas vendre des vins hors de prix. Donc je pense rester dans les 4000 yens (environ 25 euros), au Japon..

TA : Vous n’utilisez que 6 grappes par cep pour le Mont-Pérat. Comment arriverez-vous à le vendre aussi bon marché en dégageant du profit ?

Th.D : C’est étrange, n’est-ce pas ? (rires). Nous possédons plusieurs cuvées, et nous faisons aussi des vins qui rapportent beaucoup. Plutôt que le bénéfice, ce que je voulais avec le Mont-Pérat est prouver que l’on peut faire un vin excellent, même dans des vignobles village.

TA : Le critique Robert Parker Jr a décerné au Mont-Pérat 2003 une note de 89 à 91 points, et adit à son sujet « Cette excellente cuvée Mont-Pérat 2003 ressemble vraiment à une grande explosion de fruits ». Il est donc encore meilleur que le 2001 et 2002 ?

Th.D : Il est vrai qu’avec la canicule qui s’est abattue sur la France à l’été 2003, le vin est particulièrement concentré et fruité.

TA : Et son prix ne va-t-il pas augmenter par rapport aux cuvées précédentes ?

Th.D : Le marché du vin en général a vu ses prix augmenter en 2003. Le Mont-Pérat de ce millésime va donc être un peu plus cher, mais moi vivant, il ne deviendra pas un vin hors de prix ! (rires).

 

Appellation: Premières Côtes de Bordeaux Contact: Thibault Despagne Adresse: 33420 Naujan et Postiac Tel: 00 33 5 57 84 55 08 Fax: 00 33 5 57 84 53 31  Email: contact@despagne.fr Site www.despagne.fr Surface: 25 ha  Cépages: Merlot 70%  Cabernet Sauvignon 20 % Cabernet Franc 10 %.

«  Mentionné dans l’édition de 1864 du guide Feret le Château de Mont Pérat est un des bijoux des premières côtes de Bordeaux. Ce vaste domaine racheté en 1998, livre après 5 années de travaux des vins d’une puissance peu commune. Les études pédologiques menées par Kees Van Leevin ont permis d'identifier les meilleures parcelles. Les méthodes de vinification employées y sont dignes des meilleurs crus de la région. »

 

Voilà de la belle ouvrage que cette interviewe, datée de 2005, qui me permet d’inviter Thibault Despagne à venir répondre à mes questions sur le grand millésime 2005 du Mont-Pérat. À bientôt je l’espère sur mon espace de liberté cher Thibault Despagne !
Sur le site finestwine.com
http://www.finestwine.fr/acheter-vin-Chateau-Mont-Perat--1eres-Cotes-de-Bordeaux-Red-Wine-2005-wb750-6.html le Mont-Pérat 2005 rouge est proposé à 172 euros pour 6 bouteilles.   

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