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Mercredi 13 août 2014 3 13 /08 /Août /2014 00:09

Un soir que je rousinais chez le grand Cuq, le Philippe du Lieu du Vin, un caviste comme je les aime, un Aveyronnais au grand cœur, et que, comme à mon habitude, je furetais dans son capharnaüm de belles bouteilles je suis tombé nez à nez avec une bouteille de vin de table 2007 du Clos Massotte signée par Pierre Nicolas Massotte à Trouillas dans les Aspres des Pyrénées-Orientales.


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Je questionnais le tenancier du Lieu du Vin : « comment as-tu connu ce Massotte ? » Sa réponse évoqua un jeune homme passionné et des vins qui lui plaisaient. Deux photos et dans l’un des coins encombré de ma pauvre tête une question « quel rapport entre ce Massotte là Pierre Nicolas et le mien : Pierre ? » Trop d’indices le lieu, les prénoms et bien sûr le nom…

 

Trouillas, les Aspres, que de souvenirs du temps où j'arpentais les Pyrénées-Orientales pour l'une de ces missions de médiateur...


Restait que Pierre Nicolas était naturiste.


Le temps passa et puis, comme chez moi rien ne se perd, dimanche soir dernier j’ai envoyé un petit courrier à Pierre Massotte fidèle lecteur et à l’occasion contributeur sur mon blog.


La réponse est venue dans la nuit. Je la reproduis car j’apprécie sa franchise et un grand respect d’un père pour les choix de son fils. C’est une belle histoire, une histoire vraie qui devrait être méditée par certains petits urbains donneurs de leçons.


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Bonsoir Monsieur Jacques.

 

Pierre Nicolas est notre fils.


Après avoir travaillé chez CEGETEL comme ingénieur technico-commercial pendant quelques années il a éprouvé le besoin de faire baisser sa ‘tension’ et a opté pour un retour à la nature.


IL a donc passé un Brevet de « reprise d’exploitation agricole », passé quelques mois à Bordeaux , puis 5 mois en Australie, dans des wineries.


Et... s’est lancé, il y a 10 ans environ.


Sur le plan pratique, nous avons 40 Ha de vignes (GFA Massotte); il en a sélectionné une huitaine  avec Syrah, Grenache blanc et noir, Cinsault, muscat, mourvèdre, etc.


 Il a un très bon nez/palais : Il a eu plusieurs récompenses (Coup de cœur au Hachette), sélectionné par Andreas Larsson meilleur sommelier du monde, etc.


Mais la récompense est pour lui une occasion de s’étalonner,... par forcément pour développer du business.


On pourrait le regretter un peu, mais c’est un pur et j’en suis fier.


Comme les gens du Village étaient incommodés par l’odeur nauséabonde des vins en fermentation, on a donc construit une cave moderne de 400 m2 sur la route de Thuir.


C’est là qu’il élabore ses vins : nature, nature, nature.... aussi bien que le faisaient nos ancêtres sinon de manière plus proche encore des pratiques soutenables.


J’en tremble parfois car :


- dans la vigne on joue sur les défenses naturelles de la nature.


- lors des vinifs, le but est de travailler avec les levures indigènes, sans sulfites, etc.


- Les macérations doivent être douces, longues, ... pas de pompe, tout en gravité, foulage au pied, etc.


Important : il a la foi. Je crois qu’il se plait et dans le monde un peu particulier ou nous vivons, c’est une sorte de démarche en rupture.

 

Quant à moi, je cultive le reste de la propriété en mode ‘raisonné (cette année : 4 traitements) et j’apporte à la Cave Coopérative ‘Sud Roussillon” à Trouillas.


Mais... j’ai trop écrit et je vous prie de m’en excuser.


Très cordialement.

 

Pierre MASSOTTE


Allez donc faire un tour sur le site du Clos Massotte link et si vous n’y allez pas visionnez ce diaporama link il en vaut la peine.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 12 août 2014 2 12 /08 /Août /2014 15:20

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Avant la révolution de la chimie, le développement des industries chimiques et l’arrivée massive de produits phytosanitaires, les propriétés des plantes étaient bien mieux connues et utilisées afin de limiter les dégâts de maladies et ravageurs sur les cultures ou simplement les requinquer. Ce savoir empirique extrêmement précieux, s’est éteint au fur et à mesure que ces «agriculteurs savants » disparaissaient. Aujourd’hui, les écrits sur cette utilisation des plantes font cruellement défaut et le retour à ces pratiques redémarre doucement avec extrêmement peu de références sur lesquelles s’appuyer.


Deux axes peuvent être pris, celui de la recherche du ou des principes actifs des plantes qui ont un effet sur la maladie ou le ravageur ciblé et celui de la recherche de préparation(s) à base de plan te(s) regroupant alors tout un ensemble de principes actifs , pouvant entrer en interaction les uns avec les autres.

 

C’est cette deuxième piste de recherche que nous avons donc adopté, faisant alors le pari de l’intérêt de cet ensemble de principes actifs en interaction, sans pouvoir explicitement expliquer pourquoi cela est efficace pour limiter les dégâts de tel ou tel ravageur. C’est effectivement la grande difficulté de travailler à partir du vivant, ici les plantes.

 

La suite ICI link

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Mardi 12 août 2014 2 12 /08 /Août /2014 00:09

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Chez le Taulier, comme chez Lavoisier, « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… » en chronique dans son garde-manger de fourmi besogneuse. Ainsi, ayant chanté tout l’été au grand désespoir des peine-à-jouir et des envieux, le Taulier s’en est allé puiser dans ses réserves pour alimenter le fil de ses chroniques estivales. « Garder une poire pour la soif  » dit-on :



« M. de Bargeton qui comptait ne plus rien avoir à dire, fut consterné du silence que gardèrent les deux rivaux en s'examinant ; mais, quand il se trouvait au bout de ses efforts, il avait une question qu'il se réservait comme une poire pour la soif, et il jugea nécessaire de la lâcher (…) »



Honoré de Balzac - Les illusions perdues



Bien évidemment j’anticipe les quolibets des mauvais plaisants en soulignant qu’il serait malséant de faire des allusions déplacées à l’auteur de cette chronique même si son humour est en acier inoxydable.



La poire de notre ami PAX je lui trouve un goût de Beurrée Hardy, qui est une poire d'automne sucrée, juteuse et parfumée mais ce pourrait être aussi une bon chrétien d’hiver, une poire du curé, une Doyenné du comice, une Louise Bonne d’Avranches ou une duchesse d’Angoulême. La poire est un fruit délicat, la poire est le fruit juteux et désaltérant, et ce, sans aucun danger pour la ligne.



De plus avec la poire on fait du poiré de Domfront, je n’oublie jamais mes 5 années passées à la tête de l’Interprofession des AOC de la poire et de la pomme…


logo poire domfront


 

Bref, je laisse le clavier à PAX.


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Les années d’apprentissage



Quand on est citadin, s’aventurer dans le monde du vin, pourquoi pas, mais comment ?



Il y a deux moyens d’apprendre. Celui de l’autodidacte sartrien qui procède à la lecture de tous les ouvrages de la bibliothèque, par ordre alphabétique. Vu la position du v et malgré mon grand âge j’en serais encore loin.

 


L’autre c’est l’école mais à l’âge où je me suis décidé je n’avais plus celui permettant la fréquentation des établissements de l’Education Nationale. Dès lors comment faire ? Je ne sais plus de quel bouche à oreille j’ai su qu’il se passait quelque chose d’intéressant à ANDLAU, belle commune viticole de par cheux nous pas trop éloignée de STRASBOURG.

 


Marc KREIDENWEISS qui n’était pas encore le brillant viticulteur qu’il est devenu mais qui, déjà, montrait qu’il savait où il allait, organisait Trois soirées dégustations : le B.A BA. La première sur la technique de dégustation elle-même, comme expérience sensorielle (inodore, salé, sucré, amer etc.) la deuxième soirée consacrée aux vins blancs et la dernière aux vins rouges.

 


Ce fut réussi et cette mise en bouche creusa mon appétit. Avec quelques participants à ces premières soirées nous passâmes à la vitesse supérieure .Ce fut à l’Ecole Hôtelière de STRASBOURG ou Paul BRUNET, premier « Meilleur Sommelier de France », enseignait le vin et la sommellerie avec beaucoup de succès ; ses élèves trouvant très vite un emploi une fois leur diplôme en poche.

Paul BRUNET avait créé, comme on dit aujourd’hui, « un module » destiné aux non professionnels et qu’il dispensait, en cours du soir sur une durée de 20 semaines à l’intention de ceux qui ne voulait pas boire idiot. Ce fut passionnant. L’enseignant savait se mettre à la portée de son auditoire, être didactique sans être ennuyeux, être passionné sans être exalté, être complet sans être pédant.


Il réussit si bien son coup (et son cours) que cette classe s’organisa et prit l’habitude de mettre très vite en pratique l’enseignement reçu. Un » club de vins » fut formé, appelé, avec l’esprit potache que nous gardions évitant de nous rendre au sérieux, Club des Vains.



Un « stammtisch » mensuel fut organisé ainsi que des voyages dans divers vignobles et des soirées accord mets et vins (chocolats, fromages etc.)

 


Cela ne suffit point à calmer ma soif de connaissance. Une inscription à une unité de valeur du CNAM proposée au lycée agricole de WINTZENHEIM, en plein vignoble haut-rhinois (2 heures aller-retour chaque semaine pendant toute l’année scolaire !) nous appris ce qu’est un réfractomètre et à le manier. Nous essayâmes de ne pas confondre SO2 libre, SO2 total, SO2 combiné. Les levures LSA et Saccharomyces cerevisiae n’eurent plus, à l’époque, de secret pour nous ni les macérations carbonique ou les fermentations malolactiques Idem pour les tailles : gobelet, Guillot simple ou double, en courgée etc. « Monsieur l’inspecteur je sais tout ça par cœur » comme au lycée Papillon.

 


Enfin, moi, pas tout à fait. Je n’ai eu mon U.V qu’avec l’indulgence du jury pour éviter d’organiser une session de rattrapage pour le seul cancre de la classe, définitivement brouillé avec les formules chimiques et les manipulations des TP à reproduire à l’examen (sans oublier la nature du grand sensible et sa phobie des examens – 4 tentatives avant d’avoir le bac dont 2 en candidat libre.)

 


Etudier est une chose, pratiquer en est une autre. Tous les élèves qui ont appris par cœur « The daffodils » de William WORDSWORTH en cours d’anglais au lycée ou « Erlkoenig » de GOETHE en allemand savent que sans pratique, tout se perd.

 


A l’époque, résidant strasbourgeois je m’approvisionnais chez Roger DAHLEN, gentil et efficace caviste à l’angle de la rue du Maréchal FOCH et de la rue du Général De CASTELNAU. En bon professionnel ce caviste organisait des soirées dégustation à thème, le soir à 20h dans une salle de classe du collège voisin de sa boutique. C’est ainsi que l’on a pu goûter des vins rares ou chers, pour nos bourses, comme Château GRILLET cette anomalie  des AOC ou ce qui nous apparaissait comme le top du top d’une appellation comme la Coulée de Serrant de Nicolas JOLY avec les informations et commentaires de cet avisé commerçant.

 


Si ce type de d’enseignement permet d’éviter les devoirs à la maison il n’exclut pas de recourir aux manuels scolaires. A mon premier ouvrage l’indispensable « Guide du Vin » de Raymond DUMAY (Livre de Poche 1985) succéda l’ »Encyclopédie des vins et alcools »d’Alexis LICHINE (Collection Bouquin 1980) Avec le premier j’ai longtemps, en rêve, vagabondé sur le kimméridgien de Chablis. Avec le second j’ai découvert le vin jaune et traquai ce qui était rare ou disons moins représentatif tel le pernand vergelesse blanc ou encore le Meursault rouge que je m’imaginais pouvoir accompagner tout un repas. Servi frais avec l’entrée, il se chambrerait tout doucement pour être à bonne température avec le plat principal, choisi bien sur pour s’accorder avec ce vin.

Les exceptions, les originalités étaient les petits cailloux blancs de mon chemin de petit poucet que je m’efforçais de tracer dans ce nouveau monde. J’étais persuadé que les idées générales, les grandes lignes me seraient données par osmose dans la fréquentation des gens du vin ; il suffirait d’ouvrir ses oreilles. Les pépites, les curiosités, par contre, il fallait les chercher et , par effet de contraste, apprendre ce en quoi elles consistaient m’en dirait pas mal non plus sur le reste.

 


Vinrent ensuite les atlas mondial ou non du vin de des vignobles (Hugh JOHNSON par exemple) ou encore les atlas géologiques des terroirs sans oublier les ampélographies.

 


J’ai beaucoup aimé les guides du couple PEPPERCORN (Guide des vins de Bordeaux – Flammarion 1987) et SUTCLIFFE (Guide des vins de Bourgognes - idem) Dans ce dernier on pouvait remarquer les commentaires de l’auteur, qui relatant qu’elle n’est plus en odeur de sainteté « temporairement interdite de séjour pour dénigrement systématique » au Domaine de la Romanée – Conti, alors qu’elle se portaient sur la seule légitimité d’un tel domaine à commercialiser, aux prix que l’on connaît, tous les millésimes indifféremment même les mauvaises années . Cela était formulé en 1986 et j’en partageais la pertinence, alors que semble-t-il cela commence seulement à entrer timidement dans les usages.


 

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Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main, par exemple : « Les bons vins et les autres » SEUIL 1976 de Pierre Marie DOUTRELANT habillement polémique ou de simples mais réjouissants ouvrages comme « Millésimes et campagnes – Les carnets d’un acheteur de vins » (La maison NICOLAS) Pierre BOISSET Robert LAFFONT 1989 ou encore l’exceptionnel « Mes aventures sur les routes du vin »de Kermitt LYNCH PAYOT 2008

 


Mais je m’aperçois que le temps qui m’est imparti est achevé. Alors, au bon plaisir du Taulier, la suite…. par la suite…

 


Patrick Axelroud Strasbourg le18 mai 2014


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Lundi 11 août 2014 1 11 /08 /Août /2014 00:09

Dans ma dernière provende de livres à la Hune j’ai mis la main sur l’un de ces petits livres qui font souvent mon bonheur. Il avait tout pour me plaire, Le grain de ses feuillets, sa couverture rouge sang qui lui donnait des airs du Kill Bill de Tarantino – bonne pioche – sa langue médiévale étonnante que je découvre au hasard de mon feuilletage et puis ça se passe à Chaumont Haute-Marne (écrit pour répondre à l’invitation de Fanette Mellier, graphiste à l’initiative du projet Chaumont : fictions [des livres bizarres]) je ne pouvais que le déposer dans ma gibecière.


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Lu d’une seule traite, texte étrange, surprenant, d’une efficacité redoutable, bien plus qu’une petite curiosité  « Bastard Battle » est « jouissif, truculent et grand guignolesque à souhait, qui ne laisse aucun répit au lecteur et n’oublie même pas d’être drôle. Ciselé avec passion et précision, à la manière d’une miniature médiévale. Un livre vivant, qui le reste longtemps après la dernière page tournée… » écrivait Nolive lors de la première parution de ce livre en août 2008.


« L'atmosphère est à première vue médiévale - en 1437, les remparts de la bonne ville de Chaumont cèdent sous les assauts d'une bande d'écorcheurs, menés par le renégat Bastard de Bourbon -, mais le tissu de mots que déploie Céline Minard, érudite autant que fantasque, pour développer cette geste n'emprunte pas qu'au moyen français du XVe siècle. Sa langue, tout comme son répertoire de motifs, puise à de nombreuses sources géographiques et esthétiques : Villon, la Chine et le Japon anciens, le cinéma (Kurosawa et ses Sept Samouraïs, mais aussi Tarantino...), le manga, l'heroic fantasy, semble-t-il aussi... Bastard Battle n'apparaît pourtant jamais comme une compilation de références, mais plutôt comme un exercice de style virtuose, singulièrement violent et enivrant. »


Je souscris absolument à ce qu’écrivait Nolive « Ce qui fait de Bastard Battle une réussite plutôt qu’un assemblage artificiel d’éléments disparates, c’est la langue. Empruntant vocabulaire, orthographe et syntaxe au moyen français, elle recrée un parler médiéval émaillé de touches d’anglais, d’espagnol, d’allemand [la majorité des personnages sont des mercenaires venant de tous horizons], un faux vieux français qui sonne juste et étaie la construction d’un imaginaire universel. Fortement évocatrice et curieusement poétique, truculente à souhait, la langue est finalement le personnage principal de Bastard Battle, déstabilisante au premier abord mais - pour peu qu’on se laisse porter - tout à fait compréhensible, notamment grâce au parti pris très visuel de la narration.


Le narrateur, qui vit l’histoire aux premières loges Denysot-le-clerc, dit le Hachis et Spencer Five est l’archétype même du « religieux défroqué, expert au maniement du bâton et porté sur le cruchon. »


Pour faire goûter cette langue étrange j’ai bien sûr choisi les passages célébrant le vin :


« Moi, loges Denysot-le-clerc, dit le Hachis et Spencer Five, ramassé deux mois devant le clos des Riceys, non point saoûl et nu comme on l’a dit mais vaillant sur la vigne et bien armé du baston, en défense, épargné… »


Denysot-le-clerc, dit le Hachis, aussi Spencer Five comme illustrateur et copiste. Mais je n’ay maistre mon sieur, je vais où le vin me pousse… »


«  - Bon, il reprend. Mon bastard lève le camp demain pour le sud. Mais moi, je n’ay guère envie de quitter ce pays, la volaille est trop à point. Époisses et Langres et vin, je m’adopte. Qu’en penses-tu mon amy ? »


« C’est ainsi que ce mois de juin mil quatre cent trente-sept, devant un platz de chapon et chaudins fricts arroulsés de vin noir, Tartas scella de demeurer en pays bourguignon pour le bien de son ventre… »


« Jean de Vergy sz courrouça de l’insolence et renversant tout son vin sur la table, dit que les femmes de cette engeance, à l’image de la félonne et adultère et parjurée Isabeau de Flandres espouse déshonneste du duc, étaient toutes plus ou moins rouées et viles bagasses… »


« … Je portai un muid de Gevrey dont je fis sauter le couvercle et les vapeurs espicées me plongèrent dans un charmement délicieux, il me fallut tenir de sauter dans le vin… »


« Enguerrand et le sabreur, tous deux accroupis en tailleur dans un coin de la salle, buvaient en se tendant tour à tour le gobeau, sans parler… »


« Lors puisant une fois encore dans le muid de Gevrey, haut les gobeaux, entrechoqués, nous portâmes la plus belle bride de la soirée, à nous aultres nous-mesmes… »


« Ainsi fut-il, et ainsi en nos murs, aux aguets, aux manœuvres, passa le mois de septembre mil quatre cent trente sept et la saison de vendanger.


Les raisins du coteau des Poutils, moy et Pierrot Fagotin et mes aultres gens de bonne boyte, nous les avions ramassés pour presser et faire ce que nous disions le premier cru de coste-grillée, eu égard à la poterne grillagée qui nous donnait accès aux vignes. »


« Et moy, tastant le vin derechef, je respondais :


-         Ne says-tu pas que ja deux fois dans le mesme fleuve on ne se trempe ? De ce que tu possèdes, qu’en as-tu sinon au mieux l’usucfruit ? Que crois-tu emporter l’heure dite et venue ? masure et tonneaux ? (…)


Sur quoi mes gens de vigne s’écriaient :


-         Hola ! ressers-nous Pierre Fagotin, ce fleuve non plus ne nous trempe ja deux fois pareillement ! Voyons s’il ragouste et comment, sur le fruict ou sur l’espice ?


« Ce matin-là, le ciel plut sur la vigne qui plut sur la terre. Et moy avec eulx. »


« En transformant spadassins et honnêtes bourgeois chaumontais, en communards passés maîtres ès boxe chinoise, Céline Minard nous offre un fabliau joliment libertaire, irrévérencieux en diable, aussi frais et dépoussiérant qu’il est stimulant et intelligent. Politique, sans doute, punk ou presque, joyeusement paillard et anar, Bastard Battle » est un livre à lire absolument !


1440, exécution du bâtard de Bourbon


« La famille de Bourbon est féconde en bâtards. Ainsi, le duc Jean 1er (1410-1434) n'a guère eu de scrupule à trahir son épouse, Marie de Berry, duchesse d'Auvergne. Hors le lit conjugal, il donne naissance à quatre bâtards au moins.


Une descendance reconnue et assumée mais à la destinée diverse. Jean de Bourbon devint évêque du Puy, puis archevêque de Lyon et enfin lieutenant général du Bourbonnais, parcours de prince. Quand son frère cadet, Alexandre, compagnon de Jeanne d'Arc, est porté à la tête de la compagnie des « Écorcheurs » puis soulève les plus puissants seigneurs contre Charles VII avant d'être jugé et condamné à une mort infamante : il est « rué et iétte dans un sac dedans la rivière (l'Aube), tant qu'il fut noyé et que mort fut accomplie et ainsi faicte… » La sentence est exécutée le 31 décembre 1440 à Bar-sur-Aube. Le sac de cuir dans lequel il est cousu porte la mention « Laissez passez la justice », précise Gilbert Béthune (lire par ailleurs) » link

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 07:00

Sans même y réfléchir, face à la situation, je décrétais « l’état d’urgence », je prenais enfin conscience que le temps m’était brutalement compté, il me fallait m’extraire sans délai de ma latence, rompre ma déshérence, l’aimer à me péter le cœur !


«Les amoureux d'aujourd'hui

Savent qu'il reste des bancs dans Paris

 … Tant qu’il y aura des bancs reste un pays de sentiments »


Le hasard, mon fidèle allié de circonstance, fit ce lundi très bien les choses. Il me fallait trouver au plus vite un nid d’aigle, inexpugnable, un refuge où enfin j’écrirais, mes mots pousseraient  comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps. Tom partait en Patagonie, face à mon état il eut pitié de moi et me confia les clés de son chez lui à la Mouzaïa. Dans mes souvenirs d’écolier, la Mouzaïa c’était l’Algérie, le col de la Mouzaïa, le duc d’Aumale, sous les ordres du duc d'Orléans commandant en chef, combattant la Smalah de l’émir Abd-el-Kader qui inspira aux zouaves du maréchal Bugeaud le chant de l’Armée d’Afrique : « La casquette du père Bugeaud » que j’avais braillée au temps de mes culottes courtes. Là, dans le haut du 19ème arrondissement, se nichait une oasis, un petit bout de campagne à Paris, des fleurs, des oiseaux, des voies pavées, 250 maisonnettes habitées à la fin du 19ème siècle par les ouvriers qui travaillaient dans les carrières de gypse et de meulière du quartier. Le gypse des Buttes Chaumont, d'excellente réputation,  chauffé à 120 ° dans des fours, donnait un plâtre de grande qualité et la légende, à tort, affirme que celui-ci fut exporté aux États-Unis pour édifier la Maison Blanche, à Washington. En témoigne une rue des Carrières d'Amérique, celle-ci plongeait à pas moins de 1000 mètres de profondeur, étayée par d’énormes piliers soutenant des voûtes hautes de 15 mètres ; des cathédrales !


Émilie, c’est ainsi : elle se prénommait Émilie, je n’avais plus besoin de farder la réalité, de l’affubler d’un prénom d’emprunt pour la protéger, s’étonnait de ma soudaine décision. Alors je fus très disert sur notre nouvelle maison qui, comme toutes les maisons de la Mouzaïa, fut conçue par l’architecte Paul-Casimir Fouquiau, érigée selon le même modèle sur un terrain en pente, avec façade de brique rouge, porte d’entrée étroite, marquise en fer forgé et cour à l’avant.  Les règles strictes de construction furent imposées par la structure du sous-sol truffé d’anciennes carrières, les demeures ne devaient pas faire plus de deux étages. Les maisonnettes appartenaient autrefois à des voies privées fermées. Aujourd'hui ouvertes ces ruelles sont pavées et éclairées par des lampadaires dont le mât est décoré d'une branche de lierre entrelacée selon le modèle « Oudry ». La nôtre bordait la voie « Villa Émile Loubet », me rappelant la République troisième du nom et ses présidents oubliés : Félix Faure, Sadi-Carnot et Armand Fallières mais aussi les poètes Rimbaud, Verlaine, Monet, Laforgue qui voisinaient avec les rues de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et du Progrès, la République, toujours la République et ses valeurs. Le clin d’œil du destin, Émilie habiterait Villa Émile Loubet…


Nous quittâmes, à vélo, sans trop de regret les mornes plaines des confins du XIIIe-XIVe pour rejoindre notre nouvelle demeure. Il nous fallut grimper, forcer sur nos pédales, pour atteindre les hauteurs de la Mouzaïa. À destination nous étions nimbés de sueur, fenêtre ouverte, face à elle sous la douche, je m’émerveillais « Y’a toujours des oiseaux à la Mouzaïa ». Affleurement, effleurement, nous fîmes l’amour avec délice sur notre presqu’île et le moka d’Abyssinie qu’Émilie prépara, avec les mêmes soins que Chouchou, bien mieux qu’un visa, me conférait le statut de résident. Je jetais mon statut d’apatride aux orties, j’abandonnais le no man’s land complaisant où je me vautrais depuis toujours. « À cette époque, n’ai-je pas toujours été en retrait, dans la position du spectateur, je dirais même de celui qu’on appelait le « spectateur nocturne » *, cet écrivain du XVIIIe siècle que j’aimais beaucoup… » le Modiano de L’herbe de la nuit « J’ai souvent l’impression que le livre que je viens de finir n’est pas content, qu’il me rejette parce que je ne l’ai pas abouti. Comme on ne peut plus revenir en arrière, il me faut alors en commencer un autre, pour aboutir enfin le précédent. Donc je reprends certaines scènes pour les développer davantage. Ces répétitions ont un côté hypnotique, comme une litanie. Je ne m’en rends pas compte quand j’écris, et puis je ne relis pas mes livres plus anciens car ça me bloquerait… Vous savez, il est difficile d’avoir de la lucidité sur ce qu’on écrit. La répétition vient peut-être du fait que je suis travaillé par une période de ma vie qui revient sans arrêt dans ma tête. »


Quête hypnotique d’une femme que ses héros tentent de retrouver de livre en livre : « C’est la même personne qui revient de roman en roman, mais de façon fantomatique, pas parce que j’aime les êtres éthérés, mais comme une photo qui aurait été rongée par les moisissures du temps et par l’oubli. C’est l’oubli qui est le fond du problème, pas la mémoire. On peut avoir été très intime avec quelqu’un, et, des années après, cette personne apparaît comme rongée, avec des pans entiers manquant dans votre mémoire. Ce sont ces fragments d’oubli qui me fascinent. » Comme Modiano mes petits carnets sont remplis de notes, de traces, d’épluchures de vie « Nous pouvions faire le chemin à pied, mais la perspective de suivre l’interminable rue de la Santé et de longer les murs de la prison puis de l’hôpital Sainte-Anne, à cette heure-là, m’a glacé le cœur. » Notre transport sur une presqu’île, paradoxalement rompait mon retrait, cet isolement me projetait dans le monde et j’allais devoir enfin l’affronter les yeux grands ouverts. Et puis, Émilie serait à deux pas de son travail, la rue de Crimée, droite comme un I qui grimpait jusqu’à Botzaris où la rue de la Mouzaïa son affluent venait se jeter après avoir bénéficiée de l’enfilade des Villas rien que des petits ruisseaux accrochés à son flanc.


* Nicolas Edme Restif, dit Restif de La Bretonne : le narrateur des Nuits de Paris se présente en « spectateur nocturne », drapé dans une large étoffe qu’il maintient au niveau du col…


* Lire une très belle chronique sur la Mouzaïa  link j'en ai emprunté le titre

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 00:09

Qui c’est qui a donné cette définition du mot coquille ?


Au choix : Alfred Jarry – Boris Vian – Johannes Gutenberg


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C’est l’été, si vous vous ennuyez pendant vos vacances je vous propose d’avoir le goût des mots et de vous dérouiller les neurones en pratiquant des petits jeux littéraires.


1-      À quel célèbre écrivain américain du début du XXe siècle serait attribuée la plus courte fiction ainsi composée : « À vendre, chaussures bébé, jamais portées » ?


Au choix : William Faulkner – Ernest Hemingway – Francis S. Fitzgerald


2-     Quel poète français du XIXe siècle a forgé le mot « abracadabrantesque » ?


Au choix : Charles Baudelaire – Arthur Rimbaud – Paul Verlaine


3-     Les figures de styles


Allégorie : notion complexe symbolisée par une chose qui l’est moins.


Anacoluthe : rupture surprenante de la syntaxe.


Chiasme : parallélisme syntaxique formé d’un croisement de termes.


Polyptote : répétition du même mot sous une forme dérivée.


Zeugma : rapprochement syntaxique de plusieurs termes grâce à un verbe qui s’applique à ces différents termes.


Baudelaire, Les fleurs du mal, « Le voyage »

 

« Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !

Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! »

 

Réponse : …

 

Guillaume Apollinaire, Alcools, « la chanson du mal aimé »

 

« Mon beau navire ô ma mémoire

Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire »


Réponse : …


Bossuet, Oraison funèbre d’Henriette-Anne d’Angleterre


« Madame se meurt ! Madame est morte ! »

 

Réponse : …

 

Blaise Pascal, Les Pensées


« Le nez de Cléopâtre : s’il eut été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »

 

Réponse : …


Jacques Prévert, Paroles, « Composition française »


« Alors il prit du ventre et beaucoup de pays »


4-     L’argot chez Balzac


« Il buvait… de manière à se … la figure. »

 

Au choix : Cardinaliser –  (se) Chafrioler – Renarder


5-     Qui a dit quoi ?


« L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. »


Au choix : Arthur Rimbaud – Louis-Ferdinand Céline – Goethe


« Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps. »


Au choix : Simone de Beauvoir – Oscar Wilde – Alphonse Allais


« J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire qu’il ne m’en reste plus pour travailler. »


Au choix : André Breton- Pierre Reverdy – Tristan Tzara


6-     Contrepèteries & Jeux de mots

 

Marcel Duchamp

 

« À charge de revanche ; à … de … »

 

Robert Desnos

 

« Est-ce que la caresse des putains excuse la caresse des … ? »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 9 août 2014 6 09 /08 /Août /2014 00:09

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Dans mes petites recherches pour étayer mes dires de taulier autoproclamé – en effet contrairement à certains « couche-culotte » de la Toile qui batifolent dans leur bac à sable pour bâtir des châteaux du même nom, je ne crois pas que l’Histoire a commencé avec moi. C’est un truc de Vieux Con, je sais mais je ne me soigne pas je défouraille – je tombe sur des pépites inexploitées proposées par notre Ministère de la Culture.Auteur : Alban SUMPF.


Double avantage : c’est du sérieux et ça ne me demande pas beaucoup de boulot en ce mois d’août. Je publie de courts extraits pour lire l'inégralité cliquez sur les liens.


1-       Le vin, signe et symbole de la Nation Française link


« Dans Louis XVI avoit mis le Bonnet rouge ; journée du 20 juin 1792, le vin qui sort de la bouteille « parle » de cette nation. Mieux : il s'y identifie. Si les insurgés du 20 juin ont voulu faire boire le roi, c'est aussi pour le resituer (de force) dans la position du citoyen comme les autres. Boire le vin de la Nation (le vin qui est la Nation) est comme un rituel civique, qui fait appartenir à celle-ci. Ainsi, « la conscience collective d'appartenir à une même communauté », qui définit justement depuis la Révolution Française l'idée moderne de nation, peut-elle se « lire » dans le vin. Issu de la France et du peuple, le vin est l'un des vecteurs et des signes de cette communauté d'appartenance ainsi que de l'unité de la Nation. »


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2-     Le vin comme art de vivre link  

 

« Le vin est depuis toujours une composante de la civilisation méditerranéenne et européenne. Elément de l’alimentation, fait culturel, religieux ou mythologique, il est associé à de nombreuses pratiques et représentations. La consommation de vins est courante en France depuis le moyen-âge, mais c’est au XVIIIe siècle que la viticulture française commence à se structurer et à se développer. Le XIXe siècle est considéré comme « l’âge d’or du vin », marqué par l’élaboration de techniques nouvelles, la progression constante et importante de la production et de la consommation, ainsi que par l’amélioration de la qualité, du stockage du commerce et de la distribution. Le vin devient alors plus que jamais un enjeu économique mais aussi une question culturelle, idéologique, politique, sanitaire, sociale et morale.


Parallèlement, les représentations de ce que l’on pourrait appeler « la pratique du vin » se multiplient, aussi diverses que les usages de la boisson et que les avis qu’elle suscite. Le XIXe siècle voit bien se développer de mauvaises « images » du vin, notamment en termes de conséquences sociales (le vin mauvais de l’alcoolique qui lui fait rater sa vie et l’empêche de travailler) et médicales (en lien avec les progrès de cette science et la naissance de la diététique). Mais c’est bien le vin comme art de vivre et de bien vivre qui domine largement l’imaginaire et les consciences. A la suite de la tradition rabelaisienne, le breuvage est associé aux arts, à la fête et à l’amitié, à la gastronomie (plus ou moins fine) et à la gourmandise qui n’est plus vraiment un péché. »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 8 août 2014 5 08 /08 /Août /2014 00:09

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Sur ma flèche d’argent je passe très souvent au flanc de la halle aux vins bardé depuis des années d’échafaudages pour son désamiantage. Ça étonne toujours mes interlocuteurs que je désigne ainsi le campus de Jussieu, la Faculté des Sciences de Paris du doyen Zamansky (voir plus loin, souvenir de mai 68).


Dimanche, à l’écume des pages, je fais une moisson de livres. Parmi eux, un Modiano de 2012 que je n’ai pas lu « L’herbe des nuits »link


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Du Modiano pur jus, à la page 86 je lis :


 « Un portail était entrouvert, qui donnait accès à la halle aux vins, et Aghamouri s’était arrêté devant. 


« Nous pouvons couper par là, me dit-il. Je connais un café, rue Jussieu. Vous n’en avez pas assez de marcher ? »


Je franchis le portail à sa suite pour déboucher sur une grande cour entourée de bâtiments à moitié détruits, comme ceux de l’ancienne halle aux cuirs. Et la même pénombre que sur le terrain vague où je l’attendais tout à l’heure… Là-bas, un lampadaire éclairait d’une lumière blanche des entrepôts encore intacts et qui portaient sur leurs murs  des inscriptions du genre de celles que j’avais remarquées dans les ruines de la halle aux cuirs.


Je m’étais tourné vers Aghamouri :


« Vous permettez ? »


Je sortis de la poche de ma veste mon carnet noir, et je relis aujourd’hui les notes que j’avais prises ce soir-là  d’une écriture rapide tandis que nous marchions vers la rue Jussieu :


Marie Brizard et Roger

Butte de la Gironde

Les Bons Vins algériens

Magasins de la Loire

Libaud, Margerand et Blonde

Préau des eaux-de-vie. Caves de la Roseraie…


« Vous faites ça souvent ? » m’a demandé Aghamouri.

 

Il apparaissait désappointé (…)


« Nous arrivions devant une construction moderne dont le hall était éclairé et qui portait sur son fronton l’inscription : Faculté des Sciences. »


Alors, que voulez-vous, c’est plus fort que moi, je chronique :


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-         La halle aux vins


Les premiers occupants du site où s'élève l'université aujourd'hui étaient les moines de l'abbaye Saint-Victor. Ils cédèrent la place en 1810 aux négociants de la Halle aux vins.


Ceux-ci occupèrent les lieux jusqu'en 1964, date à laquelle ils furent transférés aux entrepôts de Bercy.


« Depuis 1662, il existe une halle aux vins sur le quai Saint-Bernard. La consommation ne cessant d’augmenter dans la capitale, on décide en 1808 de concevoir une nouvelle halle, plus grande et plus moderne. Les plans sont confiés à M. Gaucher, et la construction, débutée en 1811 est achevée aux trois quarts en 1813 (et totalement en 1845). L’édifice occupe une surface de quatorze hectares et est composé de quatorze halles destinées au marché, réparties en deux bâtiments centraux, et un ensemble de 123 celliers en pierre de taille répartis en trois bâtiments, eux-mêmes surmontés de magasins. link » 


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Sur l’emplacement de la Halle aux vins se trouve maintenant le campus de Jussieu, la faculté des sciences construite de 1958 à 1972, inaugurée en 1970 (Paris VII) et en 1971 (Paris VI). Sur l'ancien site a été construit l'Institut du monde arabe inauguré en 1987.


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-         Le Campus de Jussieu


« En 1957 les premiers bâtiments universitaires sont construits le long du quai Saint-Bernard et de la rue Cuvier.


Pour permettre au négoce du vin de continuer quelque temps encore, les architectes eurent l'idée de construire les bâtiments sur pilotis au-dessus des rues de circulation de la halle aux vins.


Mais en 1964 on attend plus de vingt-mille étudiants en sciences ( la génération du " baby-boom" passe son bac).


L'ancienne Sorbonne ne pouvant les accueillir, André Malraux confie alors à l'architecte Edouard Albert le soin de construire rapidement une faculté des sciences à la place des anciens entrepôts. » link


-         Paris Ancien. Jussieu Halle aux vins. Kodachrome 1958.


Cette vue link désormais historique a été prise du dernier étage de la nouvelle fac de la rue Guy de La Brosse, bâtie en toute hâte en 1956, dans l'attente de la démolition de la Halle aux vins, futur site de la Fac de Jussieu.


Alors étudiant en mathématiques générales (avec pour prof' Marc Zamansky link), j'ai même participé à ma première manif' étudiante en criant sur le boulevard St Michel  « Les pinardiers dehors, place à la fac ! ».


-         L'incroyable facture du désamiantage de Jussieu


«C'est un cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire.» Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes n'a pas mâché ses mots jeudi lors de la présentation du rapport pointant la gabegie de la rénovation du campus de Jussieu (Ve) et intitulé «le campus de Jussieu: les dérives d'une réhabilitation mal conduite». En 87 pages, le rapport dresse le constat accablant de quinze ans d'une incroyable dérive, «tant en termes de délais que de coût». Quelques chiffres pour s'en convaincre: lancé en 1996 pour trois ans et 183 millions d'euros, le chantier ne sera pas achevé avant 2015, soit… dix-neuf ans après son démarrage, pour une facture de 1,8 milliard d'euros… Incroyable. Et aucun garde-fou, à aucun moment, ne semble avoir arrêté ce dérapage. En bref, ni pilote ni arbitre. » link

 

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Jeudi 7 août 2014 4 07 /08 /Août /2014 09:30

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J’aurais pu titrer « vos gueules les mouettes ! » mais j’ai préféré faire référence à l’écrivain Maurice Clavel qui le 13 décembre 1971 devait débattre avec Jean Royer maire de Tours dans l’émission « A armes égales ». Un passage où il évoque les relations ambiguës de Georges  Pompidou avec la Résistance est coupé au montage du film introductif. Il considère que c’est de la censure et lance sa célèbre tirade. Pierre VIANSSON-PONTE dans LE MONDE tranche : « Il était d’une rare maladresse de censurer, fût-ce d’un mot, le pourfendeur de la censure ».


Référence outrancière me direz-vous, la réponse est oui car nos petits résistants de salon, à la mode Nossiter, les anars qui bouffent chez Passard, les révolutionnaires en peau de lapin, me gonflent parfois même si j’ai de la sympathie pour certains. J’ai pris le parti de la liberté de plume de Michel Smith et non celui du Tariquet. Bien évidemment je suis au banc des accusés, les procureurs me taxent de vouloir faire du buzz. De la part de certains d’entre-eux c’est plus que risible vu leur constance à aborder des sujets qui se voudraient provocants mais qui sont insignifiants. Moi je me contente d’écrire au fil des jours en regardant la réalité en face, même lorsqu’elle me déplaît, stakhanoviste pour le vieux Gillois, plein de contradictions pour les pioupious du bac à sable : oui et je les assume depuis toujours, et pour ne rien vous cacher ça m’amuse de ne pas me laisser enfermer dans la bonne case. J’ai le cuir très dur et un grand bout de ma vie derrière moi, rien à prouver, rien à vendre…


Bref, je relaie la chronique du jour de Michel Smith :

 

Dictature du goût et devoir d’informer

 

07/08/2014 par Les 5 du Vin      

 

« Ils imposent, dictent, professent, décrètent… et ils indisposent.


Oui, les dictateurs du goût ont la manipulation facile face aux devoirs du journaliste. Bien sûr ce n’est pas le sujet du siècle, mais voilà, il me tient à cœur. Je pensais sincèrement en être débarrassé de ce de débat d’arrière-garde et d’avant-guerre-froide aux relents staliniens nauséabonds. Je croyais bien ne plus les revoir ces petits dictateurs de pacotille qui vous disent comment il faut boire, penser, rire et manger. Que nenni ! Pire que les faiseurs de régimes, ils sont bel et bien là, aussi sournois, vautrés dans leur autosuffisance, drapés de leurs certitudes, aussi présents que les maoïstes en 1968. Et quand ils se collent subitement à vos écrits telles des sangsues sur le mollet, c’est pour ne plus vous lâcher. Facebookiens au long cours, les nouveaux gourous de la toile et du vin réunis sont juges et procureurs à la fois. Leur champ de vision se règle avec des œillères de bourrins qui ne forcent qu’à aller dans une certaine direction. Laquelle ? La leur, celle du «nature», du « bio » pur et dur, celle qui conduit invariablement vers des vins que je connais, que je fréquente, que j’adore et sur lesquels j’écris depuis 30 ans. Qu’à cela ne tienne. Peu leur importe, car leur route passe aussi par le dogme, la pensée toute faite, la vision bien arrêtée. Allez, circulez, y’a rien à voir ! »


La suite ICI : link

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Jeudi 7 août 2014 4 07 /08 /Août /2014 00:09

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Le narrateur dans un roman peut tout se permettre car comme l’écrivait Mark Twain « La réalité dépasse la fiction, car la fiction doit contenir la vraisemblance, mais non pas de la réalité.  »


Ce matin je vous propose 2 courts textes de fiction :


-         le premier tiré du prix Goncourt Les Bienveillantes (lire ma chronique du 16 avril 2007 « âmes sensibles s'abstenir absolument » link


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Le narrateur le Stümbannfhurer Aue, dans la débâcle, réfugié seul dans la maison de son beau-frère, entre ses rêves fous, s'y révèle être un amateur et un connaisseur de Bordeaux.


« Pendant qu'elle cuisinait, je descendis chercher du vin dans la longue cave voutée, poussiéreuse, emplie d'une agréable odeur de terre humide. Il y avait là des centaines de bouteilles, parfois très vieilles, je devais souffler la poussière pour lire les étiquettes, dont certaines étaient entièrement moisies. Je choisis les meilleures bouteilles sans la moindre gêne, ce n'était pas la peine de laisser de tels trésors à Ivan, de toute façon il n'appréciait que la vodka, je trouvai un château margaux 1900 et je pris un ausone de la même année ainsi que, un peu au hasard, un graves, un haut-brion de 1923. Bien plus tard, j'ai compris que c'était une erreur, 1923 ne fut pas vraiment une grande année, j'aurais mieux fait de choisir le 1921, nettement meilleur. J'ouvris le margaux tandis que Käthe servait le repas (...)


« Dans cette lumière chaude et vacillante je voyais et entendais parfaitement notre conversation qui occupait mon esprit tandis que je mangeais et achevais la bouteille de ce bordeaux onctueux opulent, fabuleux (...)


« J'avais terminé le margaux, j'étais légèrement gris, je débouchai le saint-émilion, changeai nos verres, et fis goûter le vin à Von Üxküll. Il regardait l'étiquette. « Je me souviens de cette bouteille. C'est un cardinal romain qui me l'a envoyée. Nous avions eu une longue discussion sur le rôle des Juifs. Il soutenait la très catholique proposition qu'il faut opprimer les Juifs mais les garder comme témoins de la vérité du Christ, position que j'ai toujours trouvé absurde. Je crois d'ailleurs qu'il la défendait plutôt pour le plaisir de la dispute, c'était un jésuite (...)


« Je goûtai enfin le vin : il sentait la girofle rôtie et un peu le café, je le trouvai plus ample que le margaux, doux, rond et exquis (...)


-         le second est l’œuvre d’Olivier Rolin « En révolutions sur le périphérique, Olivier Rolin, trente ans après, raconte à sa jeune passagère les années Mao, quand il était le bras armé de la Gauche prolétarienne. Le «Tigre en papier» n'est pas toujours celui qu'on croit. » link « Le livre dit «tu», apparemment au prétexte de l'adresse à la jeune fille, mais ce «tu» est un «je» superlatif, il s'invective lui-même, comme une manière gourmande de se dire «je», une épreuve de vérité pour visiter un temps où seul le «nous» était de mise. Des années et des années pour se donner le droit de parler d'amour et de beauté. Avec amour et dans une langue de toute beauté. »


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« Une fois, tu te souviens que vous aviez fait une grande réunion, un comité central ou quelque chose comme ça, dans une maison appartenant à une branche de la famille Rothschild. Carrément. La fille, étudiante à Vincennes, était sympathisante de la Cause. C'était du côté de Saint-Cloud, on voyait des golfeurs passer au loin sous des ombrages bleutés, des êtres irréels au fin fond de pelouses avec des massifs de fleurs comme des îles tropicales. Quand il n'est pas haineux, le petit bourgeois est craintif : vous étiez plutôt épatés, impressionnés, craignant de casser quelque chose. Dans vos petits souliers. Mais pas les prolos. Il y avait là Pombalière, Momo Mange-Serrures, Reureu l'Hirsute, la bande d'Issy. Très à l'aise, eux. A leur affaire. Ils avaient fracturé la porte de la cave (Momo tirait son surnom de ses dispositions dans ce domaine) et fauché des dizaines de bouteilles. Des mouton-rothschild, des pétrus, des haut-brion, rien que des bordeaux hors de prix, mais ils n'avaient pas la moindre idée des trésors que c'était. Ils trouvaient que les bouteilles, toutes poussiéreuses, étaient « mal entretenues ». Elles leur salissaient les doigts, à ces délicats... Des richards pareils, ils auraient quand même pu payer quelqu'un pour les épousseter, à leur avis... Ils se doutaient que pour arroser le calendos du matin, ce serait mieux que le Gévéor (ou le Kiravi) en litres étoilés qu'ils s'envoyaient d'habitude, c'est tout. »

 

Château Ausone 1900

« Ne dit-on pas d'un vin qu'il ressemble toujours à son propriétaire ? Cette idée n'a jamais été aussi vraie qu'à Ausone, où l'excellence de la production reflète l'intarissable souci d'exigence d'Alain Vauthier, co-directeur du domaine pendant de nombreuses années et unique propriétaire depuis 1997 » link 


Par JACQUES BERTHOMEAU
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