www.berthomeau.com

    Vin&Cie,

             l'espace de liberté

berthomeau1.jpg

Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

Pour recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter, colonne de droite, c'est gratuit. 

Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.

Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme à ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.   

 

 

 

 

 




 

Dimanche 30 novembre 2014 7 30 /11 /Nov /2014 00:09

41433050.jpg

 

Je suis tombé en arrêt, tel un épagneul breton, devant la recette d’Henri Gagneux chef à la Palette à Wettolsheim link


Pensez-donc la pâte sablée c’est mon truc à moi avec mes secrets de la main qui fait !


Le Salers je vous en ai causé dans une chronique du 18 décembre 2012 : link


photo-Salers-empreinte--4-.jpg

 

Les chinchards « Les chercheurs l’appellent Trachurus trachurus, les Anglais, horse mackerel ou scad. Le chinchard est un poisson fusiforme de la famille des Carangidae présentant deux nageoires dorsales presque jointives, trois épines à la nageoire anale, une ligne latérale arquée recouverte de hautes écailles et une tache noire près de l’opercule. Il atteint 30 à 40 cm et peut peser jusqu’à 2 kg. »


Pourquoi manger du chinchard est bon pour la planète ?


« Les scientifiques étudient chaque année l'état des stocks, c'est-à-dire la quantité de poissons adultes que l'on peut pêcher en préservant un nombre suffisant de poissons qui vont se reproduire. En consommant davantage de chinchards dont la chair est peu calorique, nous consommerons moins d'espèces dont les stocks sont déjà surexploités. Attention, il faut consommer des chinchards dont la taille est d'au moins 20 cm (calibre minimum de consommation), car ces animaux ont eu le temps de se reproduire au moins une fois ! »


En France, il est peu consommé (211 tonnes) par rapport au maquereau et autres poissons vedettes (saumon 33 579 tonnes, lieu noir 7 269 tonnes …).


Les chinchards, à chacun sa technique pour se protéger des prédateurs.


Les jeunes s’abritent sous l’ombrelle des méduses quand ils en ont l’occasion. Ils s’enduisent du mucus de ces dernières ; cela stoppe les décharges de toxine et les jeunes chinchards s’accoutument ainsi au poison.


Les aînés, eux, préfèrent le « ton sur ton ». Avec leur ventre clair, ils se confondent avec la mer vue par les prédateurs du dessous tandis que leur dos, sombre comme les profondeurs océaniques, les rend inaperçus pour les prédateurs du dessus. »


Source Nausicaa link


Le vin rancio  Les vins rancios secs ont traversé des siècles d’histoire et constituent un témoignage de la culture viticole de cette région. Bien avant que ne soit réglementée la production des Vins Doux Naturels avec l’apparition du mutage, et bien avant que le grenache ne devienne un cépage emblématique des vins de Collioure et des Côtes du Roussillon, les vignerons élaboraient, avec leurs grenaches, carignans ou maccabeu, des vins secs de fort degré (plus de 15% d’alcool) qu’ils conservaient sans ouillage dans des pièces de bois, donc au contact de l’air ambiant. Dans un recoin de leur chai, au cours de cet élevage, dit oxydatif, qui pouvait durer de très longues années, naissait le bouquet d’arômes très particulier que l’on appelle le «rancio » et qui évoque la noix fraîche et le menthol. Ces rancios secs sont très éloignés de la conception moderne du vin. Ils présentent généralement des robes topaze plus ou moins claires. Au nez l’arôme rancio domine et il est complété de notes de vanille ou de réglisse. En bouche, des attaques nerveuses et fines laissent la place à une explosion aromatique soutenue par une rafraîchissante amertume. Les anciens consommaient ces vins comme vins de soif, souvent coupés d’eau… » link


En plus y’a du Houmous : 300g de pois chiches qu’il faut mixer avec 0,5 dl d’huile d’argan en ajoutant 8 abricots secs coupés en dés.


Pour faire les petits sablés au Salers il faut bien sûr mélanger la farine 80 g avec 1 jaune d’œuf, le beurre ramolli 55g, le salers râpé 55g malaxer avec vos petites mains pour obtenir une pâte sableuse à laquelle vous rajoutez des petits morceaux de 3 abricots secs.


Former un boudin de 8 cm de diamètre, enveloppez-le d’un film alimentaire et laissez reposer au frais pendant 3 heures minimum.


Ensuite vous découpez des rondelles de 5 mm d’épaisseur que vous déposez sur du papier sulfurisé et que vous cuisez au four à 200°C pendant 10 mn.


Les chinchards sont levés en filets et poêlés côté peau dans une poêle antiadhésive avec 1 filet d’huile d’olive.


Émulsion de vin rancio : ¼  de litre d’eau, ¼ de litre de vin rancio et 10 g de lécithine de soja.


Vinaigrette de vin rancio 2 dl de vin rancio, 5 dl d’huile de pépins de raisin, 1 dl de vinaigre rancio.


La suite est simple vous tartinez vos petits sablés au Salers tièdes de houmous, vous déposez vos filets de chinchards, vous nappez de vinaigrette rancio. Ajouter l’émulsion de rancio sur le dessus.


Bon appétit !


Merci à Élisabeth Tempier auteur de POISSONS  publié chez Libre&Solidaire et au Henri Gagneux le chef de la PALETTE.


barracuda

 

Il ne vous reste plus, même si c’est aujourd’hui le jour du Seigneur, qu’à travailler pour nous dire ce que nous devons boire avec Sablé de Salers aux filets de chinchards poêlés ?


Merci par avance de vos réponses.


Pour acheter des chinchards aller sur le site Le Poisson Volant livraison de poisson à domicile link  c’est 3€ le kg

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 29 novembre 2014 6 29 /11 /Nov /2014 00:09

Yves Legrand

 

Avec ta crinière blanche, tes petites lunettes cerclées, tes yeux vifs et ton franc sourire accroché à tes lèvres, cher Yves, tu ne fais pas ton âge, c’est un autre vieux qui te le dit, et plus encore tu as une forme  d’élégance que je ne rencontre plus guère en ce monde formaté et aseptisé.


Tu as l’élégance du peuple, tu fus chaudronnier dans ta jeunesse du côté de chez Citroën, même adhérent à la CGT. Pedigree étonnant et détonnant pour le boss d’un syndicat de cavistes professionnels. 

 

Pro tu l’es assurément mais avec une forte dose d'indépendance.


En ton Chemin des vignes, au fin fond d’Issy-les-Moulineaux, avec tes ceps accrochés au flanc du RER, ta guinguette et ta caverne d’Ali Baba, tu cultives avec bonheur l’art et la manière de magnifier le vin.


Normal me rétorquera-t-on tu es marchand de vins.


Certes, mais il y a en toi un mécène qui sommeille. Mieux que quiconque tu sais que l’âme du vin a besoin de lieux où sa magie se révèle, s’épanouit. Alors, tu te fais à la fois metteur en scène, producteur, chef d’orchestre, régisseur… pour nous faire aller d’un verre partagé à un superbe concert après nous être extasiés face à l’exposition de 30 ans de photos de Pierre Parcé et des toiles géantes de Jean Emmanuel Parcé. À peine remis de notre extase musicale tu nous accordes une petite station pour que nous dégustions quelques cuvées de la Rectorie : l’Argile et Barlande. Tes invités sont à ton image ouverts et diserts.


unnamed--13-.jpg

Parce.jpg

unnamed--12-.jpg

 

Mais, avant d’aller plus avant dans cette soirée, permets-moi Yves de te remercier de m’avoir offert cet instant rare que fut le concert avec Thierry Parcé au piano, Pedro Soler à la guitare, Gaspard Claus au Violoncelle et Carla Pallone et Christelle Lassort aux violons.


Transporté !


Parce1.jpgParce2.jpgParce3.jpgParce4.jpgParce5.jpg

 

Les 3 jeunes pousses de Vacarme link Gaspard, Carla et Christelle…  osent tout avec une audace extrême, une fraîcheur insolente et une sensualité puissante. Oui je fus transporté, élevé, extirpé du gris de la grisaille du temps, hors du temps pour un moment de grâce. Rare. Ils iront loin c’est tout le mal que je leur souhaite.


10394469_1490295447867716_3513058689590528887_n--1-.jpg

 

Cette mise en exergue de la jeunesse ne me fait pas oublier Thierry Parcé dont la sobriété d’interprétation a transfusé à la minéralité froide du lieu une chaleur charnelle, celle de la vie. Le sentiment d’être chez moi, intimité subtile, communion.


 À propos de Pedro Soler et Gaspard Claus j’aime beaucoup cette citation de Richard Robert « Grande est la tentation de mettre l’accent sur les liens du sang qui unissent Pedro Soler humble géant de la guitare flamenco, et son violoncelliste de fils Gaspar Claus funambule reliant par la voie des airs musiques expérimentales, électroniques ou traditionnelles. Mais ce sont d’abord les liens du son, l’alchimie des timbres et la magie tellement humaine de l’écoute que célèbre leur association. Jouant la carte de l’épure contre celle du purisme, leurs échanges hors catégorie ont été fixés et sublimés en 2011 sur l’album “Barlande”. Ils ne cessent depuis de se réénergiser et de se réinventer dans le contexte imprévisible de la scène : un périmètre où ces deux feux follets convoquent les fantômes prégnants du passé et les beautés volatiles de l’instant, la mémoire et le désir, les racines profondes et la vie comme elle vient. Autant dire que dans les lieux publics qu’ils investiront au gré de leur inspiration, il se jouera plus qu’une histoire de famille recomposée par la musique : l’aventure de deux êtres libres, parvenus à l’essence même de la parole et du geste musicaux. »


parce6.jpg

 

Toutes ces émotions nous avaient donné faim mon cher Yves et l’heure était au dîner 4 plats préparés à quatre mains par Masashi Lijima (le 5ème péché à Collioure) link et par Mathieu Legrand (Issy Guinguette à Issy les Moulineaux) proposés en accord avec les vins du Domaine (Collioure blanc Argile 2011 – Argile 2008 -Collioure rouge Barlande 2013 – Coté Montagne 2012 – Banyuls Voile d’Argile – Léon Parcé 2012 – Thérèse Reig).


Dans la douce chaleur de la guinguette ce fut ce qu’un repas apporte à la convivialité, ce plus que nous devons cultiver, la subtile alliance entre une cuisine d’excellence, l’intelligence de la main, des vins de la Rectorie eux aussi fruits de l’harmonie d’un lieu et du travail des hommes, et bien sûr la conversation.


Avec toi Yves le temps ne paraît jamais long.


Dans ce dîner de haute tenue permets-moi Yves de saluer la lotte en écailles de chorizo, risotto de pépinette à l’encre de seiche de Masashi Lijima.


Grand !


Mais pourquoi ce jeune chef japonais s’est-il installé à Collioure ?


« Tout simplement pour la qualité de la pêche locale et les produits du terroir pyrénéen…. bien sûr catalan !


Ces produits sont essentiels pour la base de ma cuisine, c'est le mélange de la cuisine française gastronomique et des saveurs japonisantes.»


Pourquoi le 5eme Péché? «Lorsque j'ai lu une phrase écrit comme « la gourmandise est le cinquième péché de l'homme, » je l'ai trouvé sympa comme un nom de restaurant....»


Ma cuisine s'affirme par sa simplicité. Les plats privilégient des poissons pêchés du jour, des viandes issues d'élevages de la région et des légumes cultivés localement. Les clients me demandent souvent quel est le type de ma cuisine. Je leur réponds toujours : « c'est ma cuisine ». Si j'utilise des épices de tous horizons, des épices françaises, italiennes, espagnoles mais aussi asiatiques, la base de ma cuisine reste française. Dès le début de ma carrière, j'ai toujours voulu avoir mon propre restaurant, présentant un cadre original, pour passer des moments riches en saveur. Avec l'ouverture de mon nouveau restaurant, j'ai réalisé mon rêve. »


Sur le coup de 01h et des poussières, le ciel déversait des sauts d’eau et j’étais allé à Issy-les-Moulineaux à vélo. Que faire ? Affronter la douche céleste avec la certitude de me voir transformer en serpillère ou rechercher un taxi à cette heure avancée de la nuit ?


Par bonheur dans le monde du vin il y a de bons samaritains et Thierry bravant la pluie m’a ramené, mon vélo et moi, à Paris dans son fourgon. Merci, grand merci.


Dans mes mercis j’associe cher Yves, Matthieu et Aude Legrand, jeunes gens plein d’allant et de talents, sans qui ces 30 ans de la Rectorie n’auraient pas ce charme discret d’une belle fête de famille.


Enfin, au-delà du plaisir procuré par cette belle soirée ce qui me plaît dans ta démarche, cher Yves, c’est que tu pousses les cloisons qui enserrent trop souvent le petit monde du vin, tu ouvres des fenêtres sûr, de l’air, levons le nez de nos verres ! Au-delà des habituels discours sur la culture du vin tenus par de doctes intervenants tristounets place à un patchwork mêlant des talents, de tous âges, des deux sexes dans un monde du vin si mâle, mixant musique et fourchette, verres emplis et clichés de vie immortalisés, la fête dans tous ses états.


Encore une fois merci Yves de m’avoir téléphoné pour m’attirer dans tes rets d’amoureux du vin. J'espérais retrouver chez toi l'ami Marc Parcé compagnon de moults combats mais il était sur ses terres. Me reste donc pour le voir qu'à descendre à la Rectorie avec belles amies qui adorent le terroir et plus encore son nectar...


Avec ma sincère fidélité et chaude amitié.


Parce8.jpg

Parce9.jpgparce10.jpg

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Vendredi 28 novembre 2014 5 28 /11 /Nov /2014 00:09

Je suis un tout-nu, le tout-nu s’opposant à l’être qui se croit indécrottablement rationnel.  


« ... j'étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s'opposant à lui, au lieu d'aller avec lui, de se fondre en lui, d'abord, et d'obéir ensuite à ce que décide le corps. » (1)


Nudité originelle qui n’a rien d’indécente mais que de tout temps nous avons enfouie sous nos vêtements, les fards à la fois pour cacher nos imperfections et nous faire plus beau que nous sommes.


Les temps modernes ont inventé la correction : la correction physique par la chirurgie esthétique, les implants, la correction de l’image par l’effet Photoshop.


Eternelle jeunesse, plaire, séduire, le vin n’échappe pas à la tendance emporté qu’il est par le flux marchand qui exige qu’il s’aligne sur les normes des produits de grande consommation. Lisse. Constant. Plaisant. Sans défauts.


La fin justifiant les moyens un long exorde monte : pour leur plaisir faites-leur des vins à leur goût, pas du sur-mesure mais du prêt-à-porter marqueté.


Pourquoi pas, c’est un choix tout à fait respectable et défendable mais que devient alors le couple vin&terroir ?


Pour l’auteur des lignes ci-dessous la messe est dite :


cure1-installation.jpg

Gravure du 19e siècle à l'occasion de la nomination d'un nouveau curé les paroissiens donnaient une grande fête au cours de laquelle on lui offrait « chasuble et surplis brodés en de saintes nuits ».

 

« Peu de sujets concernant le vin enflamment ou abrutissent autant les esprits que le couple vin et terroir. Les « terroiristes » me font penser aux talmudistes qui inlassablement essaient de rationaliser ce qui relève du mystère ou de la foi, ce qui est peut être utile sur le plan moral et philosophique mais n’a aucun sens en matière de plaisir et de goût, et encore moins d’agriculture, malgré le mot culture ».


Le lien du vin à son terroir est un mystère et relève de l’acte de foi.


Amen !


J’ai du mal à comprendre où se situe la morale dans ce qui se veut une condamnation sans appel des illuminés et des abrutis qui, pour beaucoup pratiquent une agriculture où la main de l’homme retrouve sa place loin des béquilles et des cataplasmes des Diafoirus modernes et font du vin sans le secours de process de correction. C’est de leur part une philosophie de l’action qui surpasse largement celle de l’auteur.


« Il n’y a qu’une seule chose que nous aimions à voir partager avec nous, quoiqu’elle nous soit bien chère, c’est notre opinion. » notait avec férocité Talleyrand.


Au nom de quoi, cet éminent goutteur, homme de plaisir sans doute, de tous les plaisirs j’espère, peut-il avoir la prétention de nous taxer de rationnel parce que nous exaltons l’intelligence de la main, celle qui a su magnifier un terroir en sachant conjuguer tout ce qui lui a permis de faire son vin. Nul mystère, nulle foi, rien que la trace de l’histoire des hommes qui n’a que faire des jouisseurs hors-sol face à leur verre.


Face à temps de prétention comme l’écrivait Alain Gheerbrant dans La Transversale los Racionales y los Pelados  (1)

 

« Quelques coups de pagaie et je m'aperçus que nous allions donner droit sur un vaste entonnoir, creux d'un bon mètre en son centre. J'eus une seconde d'hésitation : barrer à droite, à gauche ? Ma tête me dit de barrer à droite, pour écarter la pointe de cette cible où nous allions nous planter.

 

Mais c'était aussi offrir le flanc à la force d'attraction croissante, qui nous happa par le travers. Toutes les têtes se tournèrent vers moi. J'allais perdre le contrôle de l'embarcation et nous basculerions inexorablement au fond de l'entonnoir dans un tête-à-queue.

 

La voix du capitaine lança un ordre bref, cinglant, courroucé, et ma pagaie se redressa, visant le tourbillon ; nous l'effleurâmes de la pointe et il nous lança au loin comme une flèche en tangente, de toute sa force devenue centrifuge. C'était cela qu'il fallait faire, aller dans le sens du danger, le toucher du bout du doigt de telle façon que sa force elle-même nous rejette après nous avoir attirés.

 

Eussé-je écouté le corps de la pirogue, accepté spontanément que mon propre corps en fût partie intégrante, je n'aurais pas fait cette faute. Au lieu de quoi, placé dans une situation nouvelle, je m'étais précipitamment réfugié dans ma tête close, et ses raisonnements abstraits, et nous avions failli naufrager. Six mois à l'école des Indiens n'avaient donc pas suffi : j'étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s'opposant à lui, au lieu d'aller avec lui, de se fondre en lui, d'abord, et d'obéir ensuite à ce que décide le corps. »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 27 novembre 2014 4 27 /11 /Nov /2014 00:09

1--1-.jpg

 

Le sanglier, la seule fois que je l’ai vu chassé c’était dans la forêt de Chambord lors d’une chasse du Ministère organisée par l’ONF. J’accompagnais les rabatteurs, des lycéens du lycée agricole de Vendôme « Gestion des Milieux Naturels et de la Faune ». Le prélèvement annuel dans la population des sangliers est une nécessité pour préserver les équilibres de la forêt. Les chasseurs qui étaient postés derrière des panneaux végétaux ne pouvaient tirer, vers l’aval, qu’à partir d’un coup de trompe et cesser à un nouveau coup  de trompe.


En revanche je n’ai jamais assisté au dépeçage du sanglier. C’est pour cette raison que je vous propose de lire ce qu’écrit Aurélien Bellanger dans son roman « L’Aménagement du territoire » prix de Flore.


aménagement

 

En scène : André Taulpin, le patriarche, un Francis Bouygues illuminé, et les deux enfants de son beau-frère Pierre et Yann Piau. Ce dernier « excellent tireur invité dans l’une de ses chasses les plus giboyeuses et accompagné de ses meilleurs veneurs, avait comme prévu abattu un sanglier, d’une balle en pleine tête, et lui avait apporté dans l’heure. »


Âmes sensibles s'abstenir ! Surtout de visionner la vidéo ci-dessous.


« La bête était à présent suspendue au plafond de la salle de découpe du château par des crochets qui passaient derrière les tendons de ses pattes arrière.


Pierre était arrivé presque en même temps qu’elle.


« Cher Yann, vous me seconderez. Cher Pierre, ne perdez pas une goutte du spectacle. Je suis comme un vieux chirurgien au faîte de sa carrière,  après des centaines d’opérations, dont un certain nombre conduites en plein champ de bataille dans des conditions d’inconfort extrême. Car l’éviscération du gibier doit être presque immédiate, surtout si la blessure fatale est intervenue au niveau du  ventre – ce qui n’est ici heureusement pas le cas. Dès  la première heure, le ventre de la bête gonfle et les bactéries prolifèrent. L’intestin perd son étanchéité. Tout va alors très vite, et la viande, en seulement deux ou trois heures, devient inconsommable – on parle d’un million de bactéries par gramme de viande souillée. Par bonheur, nos ancêtres nous ont légué des techniques de conservation d’une robustesse à toute épreuve. Prenez note de la précision de ces gestes ancestraux. »


Taulpin commença à trancher, d’un geste sûr, les testicules du sanglier, puis il incisa l’abdomen. Les poils foncés s’écartèrent, laissant apparaitre un univers beaucoup  plus propre, fait d’organes irisés et brillants. La bête, déjà vidée de tout son sang était lumineuse et précise. Le vieillard sectionna le morceau de cartilage qui unissait les deux parties du bassin et le fit jouer comme une charnière, afin  d’accéder aux entrailles. Il retira la vessie et se mit à couper les membranes dentelées qui retenait l’intestin ; celui-ci glissa doucement jusqu’à une bassine, expulsant avec lui l’estomac hors du corps. L’étape suivante, l’une des plus délicates, consistait à détacher, à la pointe du couteau, la vésicule biliaire sans la percer. Venaient ensuite le foie, les reins, les poumons et le cœur.


« Même les spécialistes de l’anatomie mettraient quelques secondes à  déterminer l’origine, animale ou humaine, de ces nobles organes. Nous frôlons ici les terres dangereuses de l’homicide et de l’anthrophagie, dit-il en regardant Pierre. Tenez, ajouta-t-il en tendant  le foie, les rognons et le cœur à Yann,  réservez cela pour nos invités de ce soir, qui auront l’honneur de les déguster poêlés et accompagnés d’une sauce aux échalotes et à la gnôle. Je vais aussi vous demander de prendre le relais. »


André Taulpin, épuisé, dut s’asseoir pour assister à la fin des opérations.


Yann enfila des gants en maille et, jouant avec un couteau dans la couche graisseuse qui séparait les muscles de la peau, dépeça l’animal avant de le décapiter et d’attaquer, à la scie, un pénible travail de découpe à travers la colonne vertébrale. Enfin l’animal se sépara en deux parts égales qui oscillèrent un instant, avant d’entamer un double mouvement de torsion symétrique.


« Jeune homme, c’est du beau travail. Quant à vous, mon cher Pierre, j’espère que cela vous aura éclairé. La découpe des êtres vivants, contrairement aux pénibles leçons des écologistes, est un processus très pur et très beau, qui n’a rien de barbare. C’est depuis des millénaires l’un des actes les plus achevés de notre civilisation. »


Les abats furent soigneusement cuisinés pendant que les trois hommes se préparaient, en se lavant les mains aussi minutieusement que s’ils avaient commis un crime, Yann Piau et André Taulpin par application des procédures d’hygiène cynégétique, Pierre avec un étrange sentiment de culpabilité. »


[…] L’arrivée du ragoût d’abats de sanglier à la gnôle, parfaitement assorti à un romanée-conti de 1971, détendit l’atmosphère du dîner. »


Une seule question pour les grands amateurs : est-ce que vraiment une romanée-conti 1971 va bien au teint d'un ragoût d'abats de sanglier ?


Credit photo link


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 26 novembre 2014 3 26 /11 /Nov /2014 00:09

allees-paul-riquet.jpg

 

C’est un court récit de Didier Daeninckx édité chez Verdier Retour à Béziers. Houria, à sa retraite, aussi épaisse qu’un fil à couper le beurre 917 euros, quitte Montreuil pour revenir à Béziers la ville de son enfance. Elle trouve facilement à se loger dans un immeuble haussmannien avec vue sur les Champs Elysées biterrois, les allées Paul-Riquet. Ensuite le choc est rude : il ne reste plus grand-chose de l’ancienne capitale du Midi viticole…


Beziers.jpg

 

L’extrait ci-dessous est intéressant car il éclaire bien l’antagonisme violent qui explique beaucoup de prises de position futures loi Evin compris.


Françoise l’interrompit.


-          C’est sa marotte qui le reprend… Depuis qu’il a décidé d’être abstinent, il ne parle plus que de vin!


Il avait soupiré mais on voyait que leur numéro était bien réglé.


-          Pour ce que je buvais ! Personne ne peut nier que c’est le jus de treille qui a fait l’immense richesse de Béziers. Les immeubles des allées Paul-Riquet, les châteaux pinardiers de la rue de la République, les halles, le théâtre, la gare de triage, la Caisse d’Épargne ! Tout vient des alignements de ceps qui striaient le paysage ! Jusqu’à la guerre de 14 qui a, elle aussi, été source de profits quand le pipeline de gros rouge alimentait les tranchées. Il pèse bien 10% du sang répandu à Verdun sur le chemin des Dames… Cette ville est bâtie sur le crime ! Tenez, lisez ce texte, il date seulement de 1961, vous n’allez pas en croire vos yeux !


J’ai saisi la feuille pliée de la Dépêche du Midi où se détachait en lettres grasses le titre « S.O.S ». L’article que j’avais sous les yeux était signé d’Émile Claparède, ancien ministre, sénateur, maire de Béziers, et avant tout président du Comité national des Vins de France :


claparede_emile000060.jpg

 

La défense de notre boisson nationale est devenue une nécessité vitale, impérieuse. Au départ, en novembre 1954, la lutte anti-alcoolique avait été organisée dans un esprit louable. Ensuite, beaucoup plus récemment, les coups les plus durs – des coups bas – furent portés au vin. De tels moyens étaient déjà inadmissibles, révoltants. Aujourd’hui la situation s’aggrave considérablement. Le vin, selon certains, ne serait plus UN des facteurs de l’alcoolisme, mais le SEUL responsable du fléau. Il est temps de réagir énergiquement contre de telles aberrations. Il faut, sans plus attendre, mettre en place, avec des moyens puissants, une véritable « force de frappe » qui touchera les masses. C’est alors, mais alors seulement, que triomphera la vérité, celle que criait avec autorité et bon sens, sous la IIIe République le président Raymond Poincaré : « Mais is le vin était nuisible, eh bien !on le saurait. On le saurait depuis les Latins, depuis les Grecs, depuis Homère, depuis la Genèse… C’est un très vicieux procès. C’est un procès jugé depuis Bacchus. » Croyez-moi, amis vignerons, et vous tous qui vivez du produit de la vigne : la vague anti-vin se développe de façon très inquiétante. Il est relativement facile de l’endiguer. Mais attention il n’y a pas une minute à perdre.


Jean-Claude s’était rapproché pour lire par-dessus mon épaule.


-          C’est incroyable, non ? Ils ont organisé des caravanes de promotion de la boisson hygiénique » dans toutes les fêtes de village, au moment du Tour de France, sur les plages. Résultat, des cirrhoses du foie comme s’il en pleuvait… »

 

Photos extraites de La caravane publicitaire VINS DE FRANCE link


56-195X-Vins-02.JPG 56-195X-Vins-04.JPG

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 09:18

Depuis que le Tribunal de commerce de Paris a homologué le  plan de continuation, entraînant la clôture de la procédure de redressement judiciaire d’Héraclès, société faîtière du groupe 1855 - CHATEAUONLINE - CAVES DE LA TRANSAT - CAVE PRIVÉE ! J’entends certains pousser des cris d’orfraies, parler même de journée noire de l’e-commerce.


Il faut savoir raison garder la clôture de la procédure de redressement judiciaire n’éteint en rien les autres procédures judiciaires. En effet, c’est Héraclès lui-même qui, en octobre 2013, s'était placée sous la protection du Tribunal de Commerce de Paris afin de mettre en place « un plan de traitement global et équitable des derniers clients attendant des Bordeaux Primeurs. »


Le Tribunal de commerce de Paris a donc homologué ce  plan de continuation et avec le soutien de son partenaire financier historique Héraclès « estime qu'elle a désormais l'opportunité de reprendre sereinement le développement de l'activité de vente de vins des différentes marques du groupe »


Et c’est là qu’il faut faire la part entre le traitement du passé et l’activité de ce groupe.


Sur le premier point il faudra vérifier si Héraclès a vraiment apporté « une solution permettant à tous les clients concernés d'obtenir soit le remboursement intégral et progressif du montant de leur commande, soit une livraison garantie d'une sélection de vins de Bordeaux de qualité ». Selon les intéressés : « À ce jour, plus de 500 clients concernés ont choisi une livraison de vins en remplacement de leur commande initiale de Bordeaux Primeurs. »


Affaire à suivre !


Pour l’avenir, en dépit du bel optimisme affiché par les petits génies de l’e-commerce de 1855 and Co reste pour eux à rétablir avec leurs clients le lien de confiance quelque peu effiloché. De plus, à eux aussi d’être en capacité de faire des offres crédibles et attractives par rapport à leurs concurrents de l’e-commerce.


L’avenir des marques d’Héraclès est donc entre les mains à la fois de ses clients et de ses fournisseurs.


Aux premiers je dis tout simplement : donnez-moi 1 bonne raison d’aller acheter votre vin chez 1855 - CHATEAUONLINE - CAVES DE LA TRANSAT - CAVE PRIVÉE ?


Aux seconds, je ne dis rien, à eux de juger de l’opportunité de commercer avec les marques du groupe Héraclès.


UlnhnJ4Up9WOxFttkWz6jC42oKc.jpg

 

Bref, dans ce genre d’affaire, un homme averti en vaut deux alors :

 

Apprenez que tout flatteur


Vit aux dépens de celui qui l'écoute :


Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.


Le Corbeau, honteux et confus,


Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.



Coluche_-_Un_homme_averti par jejeandco1

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 00:09

Goode_anorak.jpg

 

Dans une chronique du 21 novembre 2014 Jamie Goode s’interroge « Whatever happened to wine journalism? »link


Certes Jamie Goode est anglais, docteur en biologie végétale, mais comme d’entrée il cite Sartre, l’homme de l’enfer c’est les autres « In his play No Exit, Jean-Paul Sartre outlines a vision of hell. It consists of three people who don’t like each other confined together for eternity» et que du vin on en trouve un peu plus de ce côté-ci du Channel, son point de vue mérite qu’on s’y arrête un instant car il met en lumière l’une des ambiguïtés de la presse du vin.


En effet, lui qui s’estime être un journaliste du vin, c’est-à-dire quelqu’un qui aime visiter des vignobles, prendre son temps, le temps rencontrer des vignerons pour écrire des histoires, de goûter des vins tranquillement, soit tout le contraire d’un critique de vin qui lui reçoit des échantillons dans un bureau ou va déguster, à Bordeaux ou ailleurs, à la chaîne pour pondre des brèves notes de dégustation accompagnées de notes chiffrées sur 100pts, a peur d’être aspiré par ce modèle dominant et ça le déprime.


« And instead of spending time in the vineyards, getting to grips with the culture of a wine region, I’ll be stuck in an air-conditioned office, tippy tapping into my laptop as I work through a flight of 120 Douro reds before lunchtime. Welcome to my version of wine hell. »


Comme je le comprends!

 

À qui la faute ?

 

Au modèle Parker dominant ?


Sans aucun doute mais, à mon avis, pas que. Le journalisme du vin, tel que défini par Jamie Goode, doit aussi se pencher sur sa part de responsabilité dans la désaffection de son lectorat. Cette remise en question des lignes éditoriales suivies, de certaines proximités avec les annonceurs, de la pertinence de certains contributeurs, d’un certain mélange des genres, me semblerait salutaire à l’heure où la presse du vin, comme le presse tout court, ne jouit pas d’une santé très florissante.


Quant au fameux modèle Parker on peut légitimement se poser la question : survivra-t-il au maître qui a passé la main en cédant son entreprise tout en continuant à peser encore de toute sa notoriété sur la critique du vin ?


Nul ne le sait et l’espoir de Jamie Goode de voir ce modèle régresser du fait de la foultitude de critiques, qui se bousculent au portillon sans avoir la notoriété de Parker, ainsi que l’inflation de leurs notes, me semble vain.


« But in this increasingly competitive wine critic landscape, an important part of the model is that your score appears in marketing material such as shelf-talkers and bottle stickers. It’s one of the ways that you build your brand. The irony fo this is that most consumers have never heard of most of the many critical voices – it’s the score they notice. And the score that will be used in this context is invariably the highest. This creates an upwards pressure on scores, and soon we will be running out of points. The situation is particularly bad in Australia, where even a modestly good wine is ranked in the mid-90s by the leading critical voices. »


Certains vont m’objecter que ce qu’écrit Jamie Goode ne concerne pas la presse du vin en langue française où la césure entre notateurs et écrivains du vin n’est pas aussi nette. Je suis tout prêt à en convenir mais n’est-ce pas là aussi une des raisons du peu d’audience dont bénéficie cette presse comme du poids très relatif des notes de nos critiques dans les décisions d’achat du plus grand nombre des consommateurs ?


Bien évidemment Internet est pour beaucoup dans ce phénomène. Le consommateur avisé peut aller chercher des informations sur la Toile, les croiser et se faire une opinion personnelle mieux fondée que le pur suivisme de notateurs. Et la situation de la presse du vin en France, ne vivant que de publicité et d’organisation de salons ou d’évènements lucratifs, ne s’améliorera pas tant que le traitement sur le Net ne sera qu’une simple transcription de ce qui se faisait avant dans la presse papier.


Les blogueurs vin de langue française, se contentant de se caler sur le modèle existant, n’ont pas effectué une percée notable sur la Toile eux aussi et leur contribution au renouvellement de la presse du vin et de la critique est infime.


Alors l’horizon d’une vraie presse du vin, indépendante et suivie, est-il totalement bouché en France  comme chez nos voisins ?


Je ne le pense pas car beaucoup de nouveaux arrivants sont friands de contenu. Pas le énième reportage sur la saga de Tartempion ou de Tartemolle, ni des papiers recyclés pour des numéros spéciaux vin de la presse généraliste sous-traités aux 2 boutiques qui ont encore pignon sur rue. Aborder de vrais sujets, même ceux qui fâchent, les traiter avec rigueur, ouvrir des perspectives, intégrer bien mieux que par les éternels accords mets&vins les autres produits de bouche dans le monde du vin.


S’ouvrir quoi !


Le confinement et l’entre-soi du monde du vin français est source de confusion qui pèse sur la crédibilité des notateurs-prescripteurs. Dans ce domaine il ne suffit pas de plaidoyer pro-domo ou de bordées d’insultes à l’endroit de quiconque ose faire entendre une opinion discordante pour rétablir la confiance dans l’indépendance de certains critiques

.

Investigation vous avez dit investigation ?


Triste époque que la nôtre que de voir se pavaner des laquais… Oui je préfère être traité de grouillot de Michel Rocard par un courageux anonyme sur le blog du bedeau d’Hubert et, que je sache, être à la retraite n’est ni un choix, ni une tare, un fait tout simplement… Après cela il ne faut s’étonner  de voir nos hommes publics abaisser le débat au degré zéro car ils satisfont une demande d’une part de nos concitoyens.

 

Le 23 novembre Jamie Goode complète sa chronique Wine critics and wine writers

 

“There’s been a lot of response to this article, so I thought I’d attempt to clarify my stance here”.link 

 


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 24 novembre 2014 1 24 /11 /Nov /2014 00:09

TDV2_couv2-e1415609885676.png

 

Dans cette chronique mon objectivité « reconnue et légendaire » va être prise en défaut : Catherine d’abord ma voisine car née sur un arpent de la Vendée militaire où coule le Muscadet fut d’abord mon intervieweuse de choc pour la Tribune à propos du rapport éponyme, elle me tira même le portrait, avant d’émigrer dans les vignes à Saint-Drézéry dans cet Hérault macho – souvenir du bougon  des cépages son perfecto, ses ray-ban, ses santiags et son double langage – est aujourd’hui une grande amie au sens de Montaigne et de La Boétie.


Catherine c’est Catherine Bernard en sa Carbonnelle où j’ai eu cette année le plaisir de pique-niquer, dans l’obscurité, au milieu de ses vignes, afin de finaliser et de porter son nouveau projet : sa cave ouverte à tous les vents.link


722215082.JPG

cave-catherine.jpg  

 

Comme j’ai, contrairement à elle, un égo surdimensionné, Catherine me voue une reconnaissance éternelle, qu’elle renouvelle chaque année, puisqu’elle élabore une cuvée Vin de France en rosé.


372590.jpg

 

Je m’enivre de mon propre encens alors que notre Catherine fait une entrée remarquée dans la Bible des naturistes : la saison 2 des Tronches de Vin. Consécration suprême pour elle que de recevoir l’onction du Pape des vins nus Olivier Grosjean, dit Olif pour les intimes de son blog jurassien, aussi vieux que le mien.  


979925_10202564519303871_1899013144_o.jpg

 

Bien sûr je ne déflorerai pas les lauriers tressés par notre Olivier à Catherine me contentant de dévoiler un énorme scoop : à Montaud grâce à plusieurs plantiers de terret bourret, cépage autochtone languedocien, Catherine va revenir à ses amours de jeunesse faire du blanc, enfin !


Donc, comme vous pouvez vous en douter c’est officiel, Tronches de vin 2 – le guide des vins qu’ont d’la gueule sortira dans toutes les bonnes librairies le 13 mars 2015 !


Au menu :


-         120 portraits inédits de vigneron-ne-s issu-e-s de quelque 12 pays différents,


-         un sixième auteur : Patrick Böttcher, amoureux fou des Vins Libres, j’atteste !


10296131_10202479599524745_7308356248841412572_o.jpg

 

-         un préfacier qu’a d’la gueule Jonathan Nossiter, réalisateur de Mondovino ou, plus récemment, de Résistance Naturelle, suis pas très fan…


-         un carnet de cavistes très largement consolidé, avec plus de 250 adresses en France, en Europe et dans le monde,


-         une nouvelle couverture  toujours conçue et réalisée par Michel Tolmer himself… et pas mal d’autres surprises !


Vous avez la possibilité de précommander dès à présent un ou plusieurs exemplaires de notre ouvrage, en téléchargeant et renvoyant ce bon de souscription ICI link


Vous bénéficierez ainsi d’un tarif préférentiel (17 euros franco de port, contre 22 euros) et contribuerez directement au succès de ce deuxième opus !


Souscrivez, souscrivez, faites du crownfunding c’est très tendance, ouvrez les cordons de votre bourse largement, placez votre argent dans l’éloge des vins nus vous pourrez ainsi dire à vos petits enfants émerveillés : j’en étais !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 23 novembre 2014 7 23 /11 /Nov /2014 07:00

L’opération mobilisation des réseaux de gauche pour faire voter massivement Juppé à la primaire de l’UMP fut baptisée, à mon instigation : « opération Chartrons ». Je convoquai ma fine équipe vendredi soir au Lapin Blanc rue de Ménilmontant. Prévenus ils étaient tous en jeans et perfecto, des vrais loubards d’opérette versus 9 cube. Claire nous fit du Parmentier de canard et nous nous rinçâmes abondamment au Lestignac. Comme amuse-bouche nous visionnâmes la prestation de Sarko devant les militants du Sens Commun. Avant la projection je gratifiai mes troupes d’un petit speech qui fut très apprécié.


Mes chers collègues,

 

Pour ne rien vous cacher j’ai bu du petit lait…


Rires


Façon de parler bien sûr… Comment aurais-je pu ne pas goûter avec délice la performance de notre Ex ? Notre matamore nous a gratifiés d’une prestation quasi-unique dans l’histoire des meetings politiques. Exceptionnel que de découvrir enfin sous le petit Sarko une pauvre baudruche à la Benito, dégonflée en moins d’une minute chrono, le coup de ce pauvre Conducator Nicolae au balcon de son immeuble bunkérisé, éberlué par l’audace de la piétaille…


-         Z’êtes chaud bouillant patron !


-         Normal je suis amoureux Stéphane… Énorme jouissance que de voir notre Nico, le mec au karcher, tétanisé par la pugnacité des énervés de son camp, soudain paniqué face à la bronca, « abolition, abolition… », qui perd pied et qui, croyant se sauver, tout à trac lâche tout, plie ses petits genoux cagneux, concède, se couche. Dans son langage de maquignon qui se croyait madré il s’humilie. S’enfonce. Coule…

 

-         Ok mais la bête n’est pas morte chef. Elle n'en est que plus dangereuse.

 

-        Bonne remarque, ne nous laissons pas aller au péché mignon de notre proie : la suffisance. Rien n’est jamais gagné avec lui. Même à terre il mord. Nous pouvons faire confiance dans la capacité de cet homme à utiliser toutes les astuces, les plus grosses ficelles de la communication marchandisée, pour séduire, plaire. Certes il s’essouffle, toujours aussi agité il lasse et surtout il perd de plus en plus le contrôle de lui-même. Ses points faibles nous les connaissons mais l’important pour nous est de repérer les traîtres en puissance, ceux qui quitteront le navire à la première voie d’eau. Comme notre bateleur raille en permanence ses « amis » bien plus que ses ennemis, tous des cons, des nuls, lui le beau, l’élégant, qui a une belle gonzesse, le petit rouleur de mécaniques sur talonnettes portant des costards griffés qui se croit bien sapé alors qu’il n’a pas plus d’allure qu’un pingouin pataugeant sur une banquise molle. Nous jouerons le centre d’accueil et de recyclage des déçus du petit Nico. Je suis persuadé qu’ils ne vont pas manquer…


 

-         Le pingouin sur la banquise celle-là je la replacerais… Patron on peut faire les fonds de chiottes ?


 

-         Tout est permis mais moi seul décide des suites à donner à la collecte. Compris ! Pour l’heure jouons dans la cour des culs bénis et balançons dans les présentoirs d’églises des feuilles de choux où nous nous offusquerons qu’un mec, qui collectionne les divorces, trois femmes au compteur, des enfants en pagaille, vienne nous faire la morale sur le mariage socle de notre société pour plaire à ceux qui croient en son indissolubilité. J’ai pondu un édito au vitriol « mariage outragé, mariage brisé, mariage martyrisé. Ça devrait plaire aux chaisières…


 

-         Ouais je trouve que ça a un petit côté film de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil qui pillait les troncs en soutane…


 

-         Un peu de sérieux, pour l’heure la tendance est bonne pour nous puisque dans le sondage Odoxa pour i>Télé et Le Parisien/Aujourd’hui en France d’aujourd’hui : 63% des sympathisants UMP, contre 73% il y a un mois, souhaitent voir Nicolas Sarkozy élu à la présidence de l’UMP, contre 31% (+5) qui préfèrent Bruno Le Maire et 5% (+4) Hervé Mariton (1% sans opinion). Auprès de l’ensemble des Français, Bruno Le Maire dépasse largement Nicolas Sarkozy : 48% contre 34%, tandis que 12% préfèrent Hervé Mariton (6% sans opinion), pour cette élection à laquelle ne participent toutefois que les adhérents de l’UMP (et non les sympathisants).


La cave du Lapin Blanc termina sa nuit à sec même que sur le coup de trois heures du matin une brave patrouille de la Territoriale pointa son museau enfariné dans le terrier. Elle fut accueillie par un mur de cartes tricolores qui la fit refluer dans un désordre penaud. Je bloquai tout ce petit monde pour leur offrir une tournée de bulles. Nos collègues en uniforme levèrent le siège à 5 heures et ils raccompagnèrent Claire chez elle avec leur voiture de service. En cette soirée je pense avoir bien contribué à la compréhension entre notre belle jeunesse et la Police nationale.


De retour at home face à un café brûlant je fis part à Émilie d’une proposition qu’elle accueillit avec une grande stupeur. Après l’avoir prévenu, qu’en dépit de mon taux d’alcoolémie élevé, mes propos étaient tout ce qu’il y a de sérieux, je déclinai mon projet :


-         Je suis marié…


-         Oui je le sais


-         Je suis marié devant le maire…


-         Rien de très original.


-         J’en conviens mais je ne suis pas passé devant le curé.


-         Ça n’est pas obligatoire.


-         Bonne remarque mais ça m’ouvre une perspective…


-         Laquelle ?


-         De te mener à l’autel.


-         C’est quoi ce délire ?


-         Je veux faire avec toi un mariage en blanc…


-         Un mariage blanc ?


-         Non, en  blanc, tu sais une belle robe de mariée avec un voile, une traîne et tout le toutim.


-         Tu es cinglé !


-         Non très sérieux. Je suis allé voir le curé de Saint-François Xavier dans le 7e et tout est au carré.


-         Je refuse !


-         Tu ne peux pas Émilie !


-         Pourquoi ?


-         Les faire-part sont déjà expédiés.


-         M’en fiche !


-         Ne monte pas sur tes grands chevaux même si ça te va bien. Ce mariage ne t’engage en rien. Le soir même après la fête tu seras libre comme l’air…


-         Alors pourquoi tout ce cirque ?


-         Pour faire une grande fête pour que je puisse tirer ma révérence en beauté.


-         Et pourquoi veux-tu tirer ta révérence en beauté ?


-         Parce que je t’aime comme un dingo Émilie !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 23 novembre 2014 7 23 /11 /Nov /2014 00:09

ecole-Ste-Marie.jpg

 

Sur cette photo de classe de l’école Sainte-Marie à la Mothe-Achard, avec le frère Pothin, en 1957, j’avais donc 9 ans, beaucoup de mes petits camarades, une bonne dizaine, fils de paysans disparaissaient de l’école lorsque les bras manquaient à la ferme. Nous, les gars du bourg, nous ne nous en étonnions pas car pour beaucoup de parents en ce temps-là aller à l’école c’était perdre son temps et les temps étaient durs en ces années d’après-guerre.


Alors, lorsque j’ai lu la nouvelle de l’immense auteur suédois Stig Dagerman, « la voiture de Stockholm », la première du recueil « Le froid de la Saint-Jean » chez Maurice Nadeau, j’ai de suite eu envie de chroniquer pour le souvenir des gars qui en revenant en classe « n’avaient pas les mains propres ».


J’ai découvert Stig Dagerman lorsqu’une amie m’offrit, il y a 6 ou 7 ans, un minuscule opus « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » publié en 1952 dans la revue Husmoden numéro 13.


telechargement--27-.jpg

 

« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui- ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier. »link


Vous pouvez aussi écouter le texte déclamé par les Têtes Raides (vidéo ci-dessous)


telechargement--28-.jpg

 

Extrait de la nouvelle « la voiture de Stockholm »


« Quand vient l’époque du ramassage des pommes de terre, on tombe régulièrement malade et il faut qu’on reste deux ou trois jours à la maison, sans aller à l’école. Chez les enfants de petits paysans c’est là une maladie incurable. Alors après notre maladie quand nous revenons à l’école, les enfants des gros propriétaires et les enfants des ouvriers d’usine nous chuchotent, mais quand même suffisamment haut pour que le maître puisse entendre, qu’en passant sur la route ils nous ont vu ramper dans le champ de pommes de terre. Ce n’est pas vrai, ils ne nous ont pas vus, car au moment où les enfants qui ont le droit d’être des enfants passaient, nous, on s’allongeait dans les sillons. Mais autrement, ce qu’ils disent est vrai. Impossible d’ailleurs de cacher de quelle maladie nous étions atteints, car nous n’avons jamais les mains propres en automne. Nous avons beau frotter, gratter avec les brosses de chiendent, la terre d’octobre reste là où elle est, dans les plis des articulations et tout autour des ongles »

Croyez-moi, ces « enfants qui ont le droit d’être des enfants », j’en étais un dans mon bas-bocage en ces années 50, un qui se souvient des mains tachées par l’étêtage des betteraves, des ongles noirs de terre, de mes copains : le gros Grollier de la Durandière,  les frères Tenailleau de la Ste Marie, le grand Mathé des Chapelières, le petit Bironneau de Villeneuve qui mourut si tôt, le Bouron tout rond de la Giraudière, le Delaire du Chiron et quelques autres dont j’ai oublié malheureusement le nom.

Tout au long de ma vie professionnelle, ils m’ont, à leur manière, rappelé à l’ordre au cas où j’aurais oublié d’où je venais.


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Derniers Commentaires

Archives

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés