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    Vin&Cie,

             l'espace de liberté

 

 

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Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /Mars /2010 00:09

Anne-Laurence fut pour d’abord pour moi, si elle me permet ce raccourci, « Rouge, Blanc, Bulles... » son blog qu’elle me présentait sitôt né. Belle plume, précise, pertinente, sensible, et je dois l’avouer avec une approche du vin qui est mienne, le professionnalisme en plus : « Il y a les vins qu'on a envie d'aimer parce qu'on aime les hommes (et les femmes!) qui les ont faits. Il y a les vins qu'on a envie d'aimer pour l'endroit où ils sont produits et la beauté du métier. Il y a ceux qu'on a envie d'aimer pour le souvenir qu'ils évoquent. Car le vin, comme la musique, ou un lieu particulier, est aussi un marqueur du temps. » écrivait-elle récemment.
Anne-Laurence de part sa naissance à Quimperlé est une voisine de la belle et grande province du nord de ma petite Vendée : la Bretagne, et il était écrit que nous devions nous rencontrer pour la première fois à Angers là où elle fit, à l’ESA, ses études d’Ingénieur en Agriculture. Ce fut fait au salon des Vins de Loire où elle recevait des lauriers amplement mérités.
Anne-Laurence donc, même si nous ne nous connaissons guère, apporte ce que je souhaite depuis longtemps à notre petit univers du vin : de la fraîcheur, des fenêtres ouvertes sur, un regard porté qui va droit au but. Lui proposer le questionnaire de Marcel Proust allait donc de soi. Ses réponses lui ressemblent bien sûr mais, comme souvent avec ce questionnaire, bien plus que dans un texte construit, les contours de la personnalité se précisent, s’affinent.
J’y ai découvert avec plaisir qu’Anne-Laurence et moi avions une admiration commune, celle d’Edmond Dantès, le comte de Monte-Cristo qui représente, à mon sens, la plus belle porte ouverte sur l’imaginaire, la pure quintessence du héros surmontant la trahison, les pires vicissitudes de la vie avec panache et humilité : l’homme n’oublie jamais d’où il vient et reste fidèle en amitié.
Avec un tel bagage, en sus de celui de ses études et de son parcours professionnel, je suis persuadé qu’Anne-Laurence saura prendre le temps d’explorer et de comprendre la vraie vie qui, comme chacun devrait le savoir, se situe quelque part à l’intersection de ses rêves et de ses choix... Merci Anne-Laurence d’avoir bien voulu vous soumettre à cet exercice pas aussi facile qu’on ne le pense de prime abord.

Tom-1035.jpgVotre vertu préférée : La Sagesse.

Vos qualités préférées chez l'homme : La gentillesse, l'honnêteté, l'ouverture d'esprit, la modestie, l'humour.

Vos qualités préférées chez la femme : Les mêmes !

Votre occupation favorite : Les soirées avec mes amis

Votre caractéristique maîtresse : Entière

Votre idée du bonheur : Une grande tablée, dans une jolie campagne, sous le soleil, avec de bons amis, de bons vins, de bons plats, et des éclats de rire.

Votre idée du malheur : La perte d'un enfant

Vos couleurs et votre fleur préférées : le vert, les tulipes blanches 
 
Si vous n'étiez pas vous-même, qui voudriez-vous être ? : Quelqu’un de zen
 
 
Où aimeriez-vous vivre ? : En Nouvelle Zélande, dans l'Otago 

 
Vos auteurs préférés en prose : J'ai des livres préférés (Siddhârta, Ensemble c'est tout, Des fleurs pour Algernon,...) mais pas d’ « auteurs » préférés

Vos poètes préférés : Baudelaire

Vos peintres et compositeurs préférés : Matisse, Miro, Poliakoff, Soulages. Bach, Beethoven.

Vos héros préférés dans la vie réelle : il y en a plein !

Vos héroïnes préférées dans la vie réelle : ma mère 
 
Vos héros préférés dans la fiction : Le comte de Monte Christo
 
 
Vos héroïnes préférées dans la fiction : Amélie Poulain 
 
Votre mets et votre boisson : Le bar en croûte de sel (de préférence avec vue sur la mer...). Pour la boisson (évidemment le vin!), j'ai bien réfléchi, et malgré mon gros gros faible pour Chave en Hermitage, je crois que le vin pour lequel j'ai le plus d'affectif, c'est incontestablement Léoville Las Cases. En particulier j'ai un souvenir précis du 86, bu plusieurs fois avec des amis.

 Vos prénoms préférés : Jacques

Votre bête noire : L'injustice

Quels personnages historiques méprisez-vous ? : Hitler

Quel est votre état d'esprit présent ? : Ça dépend

Pour quelle faute avez-vous le plus d'indulgence ? : Le retard (modéré) 

Votre devise préférée : « On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière. On ne peut la vivre qu'en regardant en avant. »  (Kierkegaard)Tom-3829.JPG

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 00:05

J’adore les dire d'experts en marketing, des qui ne voient pas plus loin que le bout de leur petit bout de nez, qui enfilent des évidences comme d'autres les perles, qui voudraient doctement nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Pour preuve ce beau titre dans WineAlley.com : « Tendance : l’insolente santé des vins de marques de distributeurs. »
Face à lui je me gondole comme un gérant de tête de gondoles se prenant pour un marchand de vins.
Je m’explique : par construction la « marque de distributeur » est une suceuse de roues, celles des marques nationales qui dépensent à tout va pour leur notoriété alors que les gros pépères malins de la GD avec leurs marques dites de distributeurs y suivent juste au cul les gros cylindres et z'empochent pénard des marges sympas.
Bon plan, sauf que dans le vin les grandes marques nationales ne courent pas les rues, qu’elles sont fauchées comme les blés et qu’en définitive le consommateur captif d’une enseigne se retrouve forcément nez à nez avec les fameuses marques de GD. Sauf que ces soi-disant marques ne sont pas des marques puisque je ne peux les retrouver dans n’importe quel point de vente. Si je veux des Panzani je peux descendre chez mon épicier tunisien d’en face et j’en trouve. Si je veux à tout prix de l'Augustin Florent par exemple pour épater la galerie faut que je carapate chez Carrefour qui positive à nouveau. Et du côté de chez moi y'en a pas! Donc, sans être de mauvaise foi, la fameuse insolente santé des soi-disant marques de distributeurs tient à ce qu’il n’y a pas grand-chose en face : « à vaincre sans périls on triomphe sans gloire ! »

Mais pour nous sauver de nos angoisses y'a l'expert Olivier Dauvers, es-grande consommation, cité par Rayon-boissons.com, « Ces croissances vont à l’encontre des codes traditionnels du vin. Les rosés révolutionnent les codes de consommation, les cépages remettent en cause les codes de la réglementation et les Bib® mènent la vie dure à la bouteille. »
Là j'avoue que je suis estomaqué, époustouflé par autant de pertinence à postériori. Constater les tendances plutôt que de les pressentir rend le métier d’expert très père pénard et me fait dire qu’il y a des « décideurs » qui ont du temps à perdre, et parfois de l’argent, pour s’entendre débiter de telles évidences. Ça doit les rassurer sans doute. Mais bon si y’a de la demande pourquoi pas la cajoler, la consoler, la caresser dans le sens du poil avec des ordonnances à deux balles.
Dernière remarque : l’hyperconservatisme des acheteurs de vins de la GD (pas tous, pas tous mais ceux-là ils ont du mal à se faire entendre dans leur crèmerie) et du fameux marketing d’enseigne me fascine : pour sûr qu’ils regardent les révolutions passer comme les vaches les trains (mais celles-ci assument leur fonction économique : ruminer pour faire du lait).

Enfin pour en finir avec cette chronique hautement jubilatoire je ne résiste pas au plaisir de vous offrir les hautes pensées des « penseurs » du Mammouth essoufflé de la GD qui positive à nouveau pour rassurer ses goinfres d'actionnaires de référence qui piaffent devant leur bas de laine qui a fondu « Les résultats mitigés de Terroir d’Arômes nous ont amenés à revoir notre offre au niveau des MDD premium, explique Jérôme Peter, responsable marketing vins de Carrefour Market. Nous avons alors ressorti la signature Reflets de France qui dispose d’une très forte identité sur ce segment de marché dans le reste de l’épicerie.»
La marque a été repensée. Le rayon vin se distingue par l'absence d'étiquette Reflets de France : on laisse l'étiquette du vigneron, pour renforcer la perception d'authenticité et de terroir, on ajoute le repère Reflets de France, au moyen de la collerette : « C’était déjà le cas auparavant et il n’est pas question de faire des étiquettes dédiées à la marque à l’instar des spiritueux, poursuit Jérôme Peter. En revanche, l’approche pourrait évoluer si un Bag-in-box® venait enrichir la gamme. »  Pour le vigneron, c'est une satisfaction, assortie d'une obligation d'exclusivité à l’enseigne. Les vins Reflets de France sont vendus en moyenne 30 % plus chers que les MDD classiques. Avec une quinzaine de références en vins tranquilles d'AOC, la gamme des vins Reflets de France pourrait donc encore s'agrandir, de Bag-in-box®, mais aussi de vins effervescents. »

Sont bons chez Carrefour : ils ressortent de la hotte de leur aïeule la normande de Bayeux : Promodès des signatures qui fleurent bon le terroir. Rappelez-vous d’Augustin Florent : voir chronique du 9 avril 2009 Signé Augustin Florent «négociant de nulle part» : avec Carrefour je ringardise… http://www.berthomeau.com/article-30017583.html . Pour Reflets de France je serai moins sarcastique que pour le pauvre Augustin car c'est une signature qui en son temps anticipait une tendance de fond : comme quoi les empiriques sont parfois bien plus pertinents que les experts, conseilleurs ou petits génies autoproclamés du marketing, et qui dispose encore d’un beau potentiel mais faudrait-il pour ça passer la surmultipliée du côté des gars de Levallois-Perret. Puisque que Carrefour est de retour, c’est la pub qui le proclame, il ne me reste plus qu’à attendre les résultats car si je comprends bien, après de multiples gamelles, c’est dans les vieux pots qu’on ferait le meilleur vin... C'est d'ailleurs pour cela que j'affiche une bouteille de cidre vu que j'ai fait le président normand, en n'étant pas normand, du côté de Caen...

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 02:00

La fermeté de sa poignée de main rajoutait une touche supplémentaire à sa dégaine faussement décontractée mais le pli impeccable de son pantalon de velours finement côtelé, le chic discret de ses derbys à semelles cousues Goodyear et son accent traînant irlando-bostonien trahissaient le rejeton d’une famille patricienne. Il m’offrait une Lucky Stricke sans filtre et me tendait la flamme d’un Zippo avant de s’asseoir face à moi. Son irruption ne me surprenait qu’à moitié mais, en bon flic un peu parano, je m’interrogeais sur l’étendue de ses renseignements sur mon pedigree. En toute logique, eu égard à l’infiltration des services de renseignements US dans les nôtres, le soi-disant Bob Dole devait posséder sur mon compte une fiche longue comme le bras. Le seul hic pour lui c’est qu’en fonction de la source d’où provenaient ses renseignements, il pouvait me classer comme du menu fretin facilement retournable ou comme un gros poisson qu’il faut ferrer avec soin.
Le mieux pour moi était de prendre un profil bas et de jouer au con. Je lui proposais du café. Son rictus dégoûté tenait lieu de réponse. J’ironisais en français « il est un bon cousin germain du vôtre ». À mon grand étonnement il goûtait manifestement le double sens de ma plaisanterie, en opinant avec un air entendu. Si la grande maison de Langley me déléguait un francophile raffiné ça sentait le coup parti de très loin. Mon très cher Ministre Marcellin, obsédé par la menace internationaliste, m’offrait-il en pâture à la CIA ou était-ce l’inverse : mon petit jeu intéressait-il les américains ? Comme ma marge de manœuvre se résumait à rien je cessais de me poser des questions et me concentrais sur les propos de Bob qui m’apprenait qu’il avait servi pour la CIA au Vietnam.
J’affichais une mine dégoûtée qui le mettait en joie. « Vous les pacifistes ce que vous ne savez pas c’est que c'est pire que ce vous pensez et dénoncez. Là-bas nous tirons sur tout ce qui bouge. Nous y faisons, comme vous dites à Paris, des trucs à faire gerber. Cette guerre est dégueulasse et nous la faisons dégueulassement ». Le Bostonien me prenait-il pour un con ou était-il en train de me tester ? Comme la faim me tenaillait je fonçais tête baissée « Très franchement vos confidences sur vos horreurs au Vietnam moi je m’en bats les couilles ! Soit vous me sortez illico de ce trou à rats et je veux bien que nous en venions à l’essentiel de ce qui vous amène. Sinon je me tais et les teutons seront bien obligés de me laisser sortir sous la pression de mon consulat... »

Je bluffais bien sûr puisque je savais pertinemment que, même si par je ne sais quel hasard mon incarcération revenait aux oreilles du consul, celui-ci ne se précipiterait pas pour me sortir du trou. Bob contemplait ses ongles manucurés avec l’air las d’un type qui a mieux à faire que de « traiter » un petit con de français prétentieux. Son dédain me motivait. Je jouais le tout pour le tout « c’est Sacha qui vous intéresse ! » Mon affirmation lui faisait relever ses sourcils et ses yeux bleus s’allumaient. « C’est un bel appât pour la pêche au gros. Il a tout pour nous plaire ce garçon mais il navigue dans des eaux qui ne nous sont pas accessibles alors nous souhaitons vivement que vous nous l’apportiez sur un plateau... » Ma réponse fusait « et ça justifiait le traitement que m’ont infligé ces nazillons... » Il soupirait « simple préparation psychologique et une couverture en béton vis-à-vis de vos petits camarades : à votre retour ils vous fêteront comme un martyr de la cause... » Je ricanai « je vous trouve bien sûr de vous : qu’est-ce qui vous fait croire que je vais marcher dans votre combine ? »
Sa soudaine gêne, qui se traduisait par un imperceptible dandinement doublé d’un soudain intérêt pour sa chevalière d’officier qu’il faisait coulisser au long de son annulaire, me laissait pressentir qu’il tenait du lourd pour me faire céder. Sa bonne éducation de wasp bostonien devait lui faire chercher les bons mots. Mon corps endolori se cabrait. Je me concentrais. Ce salaud policé, indifférent aux massacres des niakoués, qu’est-ce qui pouvait bien le retenir de me balancer son atout maître ? L’évidence me cinglait. Je gueulais « vous tenez Chloé ! » Sa commisération non feinte me donnait des envies de lui foutre mon poing sur la gueule. Je me réfrénais.   

Ma levée d’écrous se fit dans les formes. Il ne fallait pas me griller. Chloé m’attendait à la sortie et nous prîmes un taxi pour nous rendre dans une villa du Neuilly berlinois de Dahlem. Nous restâmes silencieux tout au long du parcours mais je connaissais suffisamment Chloé pour savoir qu’elle préparait la contre-attaque. Les américains adorent monter des opérations avec un luxe de détails, de précautions, de réassurances et pour ce faire ils mobilisent une flopée de spécialistes en tout genre. Une fois arrivés nous nous retrouvâmes donc entourés d’une bonne demi-douzaine de types que l’on eut dit tout droit sorti d’un roman de John Le Carré.
La séance débuta par un diaporama commenté par Bob. Dès les premières images le doute n’était pas permis : ces messieurs disposaient de taupes dans notre tanière. Seule la pruderie américaine nous dispensa de visionner nos ébats. Sacha y tenait bien sûr la vedette. Très vite je comprenais qu’il entretenait avec l’Est des liens étranges : rendez-vous furtifs dans des cafés, passages réguliers à la Grande Poste où il recevait du courrier en poste restante, discussions dans des parcs toujours avec le même homme, un vieux type boiteux et affublé d’un imperméable militaire. Dans l’obscurité Chloé me glissait un bristol dans la poche de mon pantalon. Quand la lumière se fit, l’un des adjoints de Bob, un petit bouledogue aux yeux exorbités d’hyperthyroïdien, débitait à toute berzingue, en bouffant ses mots, la fiche de Sacha. Je l’interrompais en me levant et en proclamant un « j’ai envie de pisser » qui me valait des regards dégoûtés. La cote de la France et des français, déjà bien basse pour les cow-boys de la CIA, en prenait un nouveau coup derrière la casquette. Je m’en tamponnais bien sûr l’important pour moi c’était de prendre connaissance du bristol de Chloé.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 00:03

Lorsqu’en 1976, Bernard Auberger, tout nouveau directeur à la Direction des Marchés et des Echange Extérieurs, Inspecteur des Finances, me recrutait pour mon premier emploi comme chargé de mission contractuel, pour selon son expression « insuffler de la réflexion économique » dans sa Direction plutôt plonplon, je le fus en tant que spécialiste des productions animales (ma thèse sur le cochon brassait quelques idées iconoclastes).  Je m’installai dans un minuscule bureau du 2d étage de la rue Barbet de Jouy à quelques pas de celui du directeur. Ma première découverte fut celle de l’importance du chef de bureau premier maillon de la chaîne qui menait jusqu'au Ministre. Tout ou presque lui tombait dessus, les gros et les petits dossiers, les interventions, les notes pour le cabinet, les réunions en tout genre : un vrai soutier. Yves Van Haecke, énarque de 32 ans occupait alors les fonctions de chef du bureau de la Viticulture.

7411.jpgVu mon tropisme pour les poules et les cochons à cette époque nous n’eûmes pas l’occasion de travailler ensemble. Nous nous retrouvâmes en 1983 alors que je venais de rejoindre le cabinet de Michel Rocard pour traiter plus particulièrement le dossier de la viticulture languedocienne dans le cadre des négociations d’élargissement de l’Europe à l’Espagne et au Portugal et que lui, après un détour par la Préfectorale, était revenu à ses premières amours en tant que sous-directeur des productions végétales. Yves, passionné, travailleur infatigable, créatif, m’alimentait à jet continue de notes et de réflexions souvent transcrites de son écriture fine et sinueuse. Nous n’étions pas du même bord politique mais notre collaboration fut toujours sans faille, loyale et franche. Depuis, dans les hauts et les bas de nos vies professionnelles, nous nous ne sommes jamais manqué. Estime et fidélité nous liaient et ce billet dominical je le lui dédie car une maladie foudroyante vient de l’emporter.

Jeudi dernier, à l’église Ste Jeanne d’Arc de Versailles, ce qui m’a frappé et réconforté, dès mon arrivée, c’est que quelques membres de ce que je qualifierais, dans un raccourci rapide, de Confrérie des anciens de la Viticulture, étaient présents : Dominique Defrance, Philippe Balny, Christian d'Ornellas qui furent eux aussi chef du bureau de la Viticulture, Robert Tinlot grande figure de la répression des Fraudes puis de l’OIV, PML l’homme de l’Office des Vins de Table, Jean-Marie Domergue de la DIAA, Jean Moulias chef du service de la Production... Sans vouloir idéaliser une époque révolue, sans entonner l’hymne des regrets du c’était mieux avant, force pourtant est de constater qu’au sein et autour de ce petit bureau de la viticulture de la rue Barbet de Jouy gravitaient des fonctionnaires qui s’impliquaient bien au-delà des dossiers, qui se sentaient partie prenante des problèmes, se colletaient aux hommes du vin, les appréciaient, les respectaient. Jérôme qui les a côtoyés pourrait en témoigner.

Par delà cette évocation de la mémoire d’Yves je voudrais au travers de son parcours rendre un hommage appuyé à tous ceux qui, comme lui, ont consacré leur vie au service de la chose publique. Loin de l’image du haut-fonctionnaire, hautain, lointain, déconnecté des réalités, Yves Van Haecke est toujours resté un type simple, souriant, affable, à l’écoute, ne ménageant pas sa peine, courageux. Ses mandats électifs en témoignent : maire d’Avallon (1995-2001), Conseiller Général de l’Yonne (1992-1998), député de la 2ième circonscription de l’Yonne (1992-97). En ce jour d’élections où certains, sous le fallacieux prétexte du désintérêt de la chose publique, vont s’abstenir, permettez-moi, sans donner de leçon à quiconque, de mettre en avant tout ce qui nous séparait Yves et moi et qui ne nous a jamais empêché de travailler ensemble, de nous apprécier, de nous comprendre et de lier une amitié simple et fidèle. Le bien-vivre ensemble par-delà les différences, les oppositions ou les prises de positions, passe aussi par une démocratie apaisée. Salut à toi Yves homme de bonne volonté.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 13 mars 2010 6 13 /03 /Mars /2010 00:09

Lorsque mon ami d’enfance Dominique Remaud rejoignit Strasbourg pour y terminer ses études de pharmacie nous étions persuadés à la Mothe-Achard qu’il quittait la douceur océanique, certes un peu pluvieuse, pour les froidures d’un rigoureux et austère climat continental. Il nous décrivit Strasbourg comme une ville universitaire accueillante et chaleureuse ça nous rassura. Bien avant cet épisode, en dehors de mes connaissances d’Histoire et de Géographie sur l’Alsace – des matières dont je raffolais – mes images de cette province frontalière écartelée se résumaient dans deux de ses symboles, qu’un char de notre quartier, lors de la fête des fleurs, avait reconstitués : la cigogne et la grande coiffe alsacienne avec ses deux ailes de papillon noir (le tout fait avec des fleurs de papier crépon). Du côté des vins, hormis des noms de cépages dont certains se révélaient pour nous imprononçables, en ce temps-là je les rangeais dans une étrange trilogie : les Monbazillac, les Layon, et bien sûr les Alsace. Les puristes vont me fusiller mais que voulez-vous l’ignare, que j’étais et que je reste, ne retenait que la sucrosité. Ma relation au sucre est depuis toujours proche de l’ascétisme, de la dose infinitésimale, je n’aime guère les bonbons, les desserts sucrés et je bois mon café nature. Le sucre masque, alourdit, empâte. Donc, hormis le nez des Alsace qui me plaisait je préférais tremper mes lèvres et égailler mes papilles dans d’autres nectars.

 

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Ensuite je suis monté à Paris et là, surprise, les vins d’Alsace n’étaient guère présents sur les cartes des restaurants. Je passe sur les détails de ma vie mais je dois confesser que si sur cet espace de liberté je n’ai jamais chroniqué sur les vins d’Alsace c’est sans doute de ma part une forme de retenue, de pudeur car j’ai du mal à pénétrer dans l’univers des vignerons alsaciens. En effet, dans mon parcours je n’ai jamais arpenté le terroir alsacien – tant mieux pour lui d’ailleurs car mes chefs m’envoyaient plutôt en terre de mission – et si j’ai tout au long de ma vie personnelle pu apprécier des Grands Vins d’Alsace mon côté semelles de crêpe dans les chais et les vignes, mon goût pour le contact des hommes, n’ont jamais été assouvi. Bien sûr il ne tient qu’à moi d’aller m’immerger un de ces quatre du côté de Ribeauvillé chez Etienne Sipp ou de Bergheim chez Jean-Michel Deiss ou chez quiconque voudra bien me recevoir. Les longs nez et les gorges profondes doivent en lisant ces lignes faire déjà des gorges chaudes « au lieu de nous enfariner de tes angoisses t’as qu’à déguster mon petit c’est le B.A.BA des écrivains du vin... » Ben non, chers éminents collègues, je ne suis qu’un chroniqueur pas un dégustateur, moi j’ai besoin de sentir, de ressentir avant de m’aventurer sur un terrain qui n’est pas le mien.

 

Le titre de ma chronique semble indiquer que je me suis lancé dans le grand bain. Yès et, qui plus est, dans un salon majestueux du Grand Hôtel ce lundi passé. Faisait frisquet sur mon vélo j’avais la goutte au nez. J’y suis arrivé via l’Assemblée Nationale à l’heure du déjeuner et j’ai ainsi pu admirer la population des pique-assiettes à l’œuvre autour des buffets. Des morts de faim ! Faut dire que le troisième âge était fort bien représenté. Autour du foie gras ça se bousculait. Je ne vais pas vous refaire mon petit couplet sur la population de ce genre d’évènements mais permettez-moi de douter de la pertinence de la catégorie étiqueté « professionnels » comme disait le père Joseph S « combien de divisions ? ». Bref, auréolé de mon statut journalistique pendu à mon cou j’ai choisi de me soumettre à une vraie dégustation chez Louis Sipp www.sipp.com de Ribeauvillé sous la houlette d’Etienne Sipp dont j’avais déjà apprécié les vins lors du Grand Tasting de B&D sans pour autant me lancer.

 

De retour at home une première angoisse me saisit : dois-je mentionner dans mon titre le cépage en vis-à-vis du Grand Cru ? Si oui, l’ami Jean-Michel Deiss va me faire les gros yeux (et il aura raison car je pense qu’il pointe la bonne direction pour les Grands Crus d’Alsace) : sur les 27 exposants il est le seul à n’afficher que ses dénominations de Grand Cru Schoenenbourg, Mambourg, Altenberg de Bergheim millésimés 2006. Si c’est non je ne fais pas mon boulot d’info alors je me cale sur le catalogue. Nous rediscuterons de tout ça lors de ma grande plongée dans les terroirs alsaciens. J’ai donc goûté 6 Riesling : 2 Grand cru Osterberg millésimés 2008 et 2007 et 4 Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé millésimés 2008, 2006, 2004, 1999.

 

Tout d’abord les présentations : les vignobles Louis Sipp c’est 40 ha situés uniquement sur les coteaux historiques de Ribeauvillé, à densité élevée, maintien des vieilles parcelles, choix de porte-greffes peu vigoureux, cultivés avec attention et précision, avec je dirais respect des gestes fondamentaux. En 2008 sera le premir millésime certifié Bio. Dans la petite musique de notre conversation avec Etienne Sipp ce qui me frappe c’est cette approche paisible, réfléchie, sans emphase qui traduit une manière de concevoir et d’être qui sait faire partager ce faire de chaque jour patient, soucieux, méticuleux. Le langage est alors un trait union indispensable non pour enjoliver, enserrer le vin dans des enluminures, mais pour traduire son parcours jusqu’au verre pour le boire ensemble. Donc maîtrise, respect des spécificités et des individualités, patience et longueur de temps, douceur, soin. Rien de très révolutionnaire mais une suite de gestes, d’actions pour rechercher à exprimer au mieux l’originalité de ces grands terroirs.


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Osterberg : soleil à l’Est (Ost), pentes douces et terroir marneux

Kirchberg de Ribeauvillé : sud sud/ouest, pentes plus raides, marno-calcaro-gréseux.

 

Une petite brochure très bien faite : Terroirs des Vins d’Alsace et géologie distribué par le CIVA donne une bonne vision de la diversité.

 

J’ai beaucoup aimé les 2 Osterberg pour leur droiture sans raideur, ce sont des vins de grande tenue, rigoureux sans être austère car leur plénitude en bouche est telle qu’ils savent sourire et faire sourire. Pour moi ils illustrent bien la tension chère à mon ami Jacques Dupont Merveilleux du vignoble au sens où dans leur netteté ils vibrent, s’élèvent. Dieu que je suis à 100 lieues de mes souvenirs de jeunesse ! (bravo pour l'échelle de sucrosité sur l'étiquette ça c'est une info consommateur). Le 2007 est un grand séducteur qui ne s’affiche pas mais sait bien mieux que les beaux parleurs faire valoir ses charmes secrets.

 

Pour les 4 Kirchberg de Ribeauvillé nous sommes sur un autre registre, plus d’amplitude, de complexité aromatique, tout en gardant une forme d’élégance faite de fraîcheur mais aussi de rondeur souple. C’est du soyeux sans le côté crissant, lisse, de la soie. Le 2004 est un grand beau jeune homme à l’élégance raffinée, il ne se la pète pas tant il est sûr de son charme. Mais ce qui me frappe le plus c’est que le 1999 est toujours en superforme, il n’a pas pris une ride. Vous ne pouvez pas savoir comme à mon âge j’apprécie cette belle jeunesse du cœur nichée dans un Grand Cru sur qui le temps ne semble pas avoir de prise. C’est tout le contraire du jeunisme triomphant, la mâturité sereine, le potentiel de garde des vins Louis Sipp sont bien les meilleur marqueurs de leur authenticité. Là on ne triche pas !

 

Voilà, c’est fait et même si ça doit faire sourire les dégustateurs patentés écrire ainsi sur le vin est une « douleur ». Je dois forcer ma nature de taiseux. Moi qui aime tant jouer avec les mots, convaincre, ferrailler, je me retrouve dans une position proche du moine cloîtré soumis au grand silence. J’aime le grand silence. Comme je l’ai déjà écrit je déteste m’épancher sur mes émotions esthétiques de quelque nature quelles soient. Je préfère faire ça dans mon petit intérieur. Pour autant j’aime partager le plaisir d’une émotion intense et pour ça je reste persuadé que les mots ne sont guère utiles. Je remercie donc Etienne Sipp de m’avoir permis de m’aventurer sur un terrain difficile mais ses Grands Vins et son affabilité m’ont grandement facilité la tâche.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 18:04

C'est une chronique du 8 février 2006 dédiée à l'ami Régis qui attend son magnum... Bon c'était Gus qui parlait des Rogations mais je me suis pris les pieds dans le tapis car je passais en coup de vent devant mon écran avant d'aller voir un grand film : NORD...
Au temps de mes culottes courtes j'étais un enfant de chœur aux motivations pas très catholiques : le service des mariages et enterrements m'offrait une école buissonnière légale, la soutane et le surplis empesé me seyaient bien, le service des burettes, de la clochette, de l'encensoir, le latin débité, les processions, reluquer les filles pendant la communion, ensemençaient mon imaginaire. Faute avouée est à demi pardonnée.

Dans le calendrier liturgique, outre le lavement des pieds du jeudi saint, la procession des rogations était un must. Pendant les trois jours précédant l'Ascension, nous partions au petit matin avec le curé et nos instruments : croix, chandeliers, aspersoir et goupillon au long des chemins creux, suivis par la petite cohorte des grenouilles de bénitier. L'air vif, le chant des oiseaux, une nature en pleine renaissance, ce transport agreste me transfusait une légèreté fine et dense. Nous allions gaillardement bénir la terre, le terroir dirait-on de nos jours, pour attirer sur lui la grâce divine afin que les travaux des champs et les récoltes apportent un peu de prospérité à notre communauté paysanne.

L'Eglise dispensatrice d'indulgences pléniaires, tenant bien en mains ses ouailles par l'entremise des femmes, a laissé place à une ONG de la commisération. Que les évêques du Languedoc-Roussillon, et même l'archevêque de Montpellier, appellent à la solidarité avec les vignerons, ne me choque pas bien au contraire, leur texte traduit l'inquiétude et le désarroi de beaucoup de vignerons. Ce qui me trouble c'est que la forme suggérée de cette solidarité est l'organisation de réunions d'information entre viticulteurs et autres membres du village. Thérapie collective : nos liens sociaux sont-ils aussi distendus pour qu'il faille attendre du haut clergé un appel à la rencontre pour compatir aux difficultés des autres ?

Solitude, repli sur soi vont de pair avec l'incapacité des élites à prendre la responsabilité de dire, d'expliquer, ici au peuple vigneron qu'une grande mutation se lève, qu'elle n'est pas forcément un risque majeur pour l'avenir si l'on s'y prépare, bien au contraire car le vin de leurs vignes au lieu de s'en tenir à notre beau pays peut finir ses jours, tel est son meilleur destin, dans un verre anglais, californien ou chinois. J'ajoute, que parfois assemblé avec ses cousins d'autres régions de France, il peut porter haut la bannière France et ainsi nos évêques pourront bénir les bateaux emplis de caisses en partance pour le Nouveau Monde des buveurs de vin...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 12:21

Face aux souvenirs de certains d'entre vous à propos de leurs expériences avec le vin de messe je ne résiste pas au plaisir de recycler une chronique de 2007 : le Vin de Messe

Comme beaucoup d'entre vous me suivent depuis les origines de ce blog ils savent, qu'au temps de mes culottes courtes, j'ai occupé les éminentes fonctions d'enfant de choeur à la paroisse St Jacques le majeur de la Mothe-Achard auprès du curé-doyen Bailly. J'ai donc servi la messe, en latin, en soutane rouge ou noire pour les sépultures et surplis empesé, celle du petit matin comme la grande du dimanche, officié aux Vêpres du dimanche après-midi, suivi les chemins de croix de la Semaine Sainte, assuré les processions des Rogations et de la Fête Dieu, officié aux mariages, baptêmes et enterrements, suivi le curé pour les derniers sacrements, lavé les pieds le jeudi saint, porté la croix ou les bougeoirs, agité l'enscensoir, porté le seau du goupillon, sonné la clochette et bien sûr présenté les burettes au curé. Un boulot pris certes sur le temps de loisirs mais aussi sur les heures d'école. J'y reviendrai plus loin mais, comme ce qui m'amène ce matin à égrener mes souvenirs d'eau bénite ce sont les burettes, un petit mot sur le vin de messe.

La sacristie sentait l'anti-mites. Nous, les enfants de choeurs, étions parqués dans une antichambre qui, elle, empestait le jus de chaussette car nous portions des savates avec semelle de feutre. Le service du curé était assuré par soeur Marthe (mon premier amour platonique) Pendant que nous boutonnions l'enfilade de petits boutons de nos soutanes elle préparait les ornements à la bonne couleur, le ciboire, la patère et bien sûr elle remplissait les burettes. Celles-ci se trouvaient placées dans un placard d'angle. Tout le jeu des enfants de choeur consistait à arriver en avance pour aller fouiner dans le placard aux burettes où se trouvait bien sûr la bouteille de vin. Les plus vantards racontaient qu'ils avaient osé s'en siffler une gorgée au goulôt.

Moi, jamais, non par crainte du péché - c'en n'en était pas un d'ailleurs car le jaja n'avait pas subi la transmutation - mais parce que mon esprit déjà critique trouvait un peu fort de café que ce vin fut blanc. Bien sûr, si lors de la consécration le liquide avait pris une couleur vermillon mes doutes auraient été levé. La seule trangression que je me permis fut de le sentir. Il avait une odeur doucâtre qui n'engageait guère aux libations. Lorsque je présentais d'abord la burette de vin au curé celui-ci la vidait intégralement dans le ciboire, pour celle contenant l'eau il se contentait d'une larme. Ma sainte mère qui voulait faire de moi un prêtre n'a jamais su que l'histoire du vin de messe pesa aussi dans mon choix de ne pas embrasser un sacerdoce où le sang du Christ n'était qui liquide blanc jaunasse. Mais la raison profonde était ailleurs.

Alors, comme je suis ce matin en veine de confidences, je vais vous l'avouer. Ce que j'adorais par dessus tout dans mes fonctions d'enfant de choeur c'était la distribution de la communion. En ces temps reculés les paroissiens venaient s'agenouiller à la sainte-table et je précédais le curé, tenant dans ma main un petit plateau en métal doré que je plaçais sous le menton juste avant que le curé n'enfourna l'ostie ou plus exactement la plaça sur la langue tirée. Pourquoi diable ce plaisir ? Tout simplement parce qu'ainsi je pouvais contempler à souhait les beautés de la paroisse, leurs toilettes, leurs audaces parfois : certaines au lieu de baisser les paupières plantaient leurs yeux dans les miens, leurs lèvres faites - suprême audace - leurs mains jointes emmitouflées dans des gants de dentelles où pour certaines flamboyaient des ongles peints - provocation ultime - , j'ose : leurs poitrines si proches, leur façon de quitter la sainte-table sur leurs talons hauts en balançant leurs hanches et en roulant des fesses.

Rien que pour ces pensées impies on aurait du m'excommunier sur le champs. Mais nul ne pouvait soupçonner mes jouissances intimes sauf qu'un jour, las de la pression d'un recruteur de l'Evêché, à sa question sur les raisons de mes attermoiements je lui répondis droit dans les yeux : " j'aime trop les femmes..." ce qui le laissa sans voix de la part d'un moutard de 10 ans de la Vendée profonde.   

    

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 00:05

Lisez ! C’est un ordre. Face à ceux qui qualifient de provocation le simple fait de proposer des initiations à la découverte du vin à de jeunes adultes dans le cadre de la Restauration Universitaire sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait d’une incitation, d’un premier pas menant tout droit au pochtronage. Dans quel monde d’hypocrisie vivons-nous ? De quel droit l’ANPAA, avec sa petite poignée d’adhérents, et la kyrielle d’associations ne vivant que de la manne publique, s’érigent en gardiennes de nos vies et de celles de jeunes gens qui sont à quelques encablures du monde du travail ? Adeptes de la chaise vide, ce qui démontre de leur part une conception « totalitaire » de l’état de droit, ces prohibitionnistes masqués et leurs porteurs d’eaux des médias au crédit en chute libre, n’ont de cesse d’en appeler à l’opinion publique en la cernant de peurs. Arrogance, suffisance, mépris hautain, toute cette palanquée de menteurs : le fameux premier verre de vin, pérore, se moque, discrédite, se complaît dans une stratégie de pure communication. Crédibilité zéro ! Ce sont les mêmes qui ont mené de main de maître la calamiteuse campagne de vaccination contre la grippe H1N1. Nous ne voulons pas d’une société de moutons que l’on terrorise, que l’on mène à une triste vie encadrée d’interdits, de terrorisme intellectuel. Nous sommes des citoyens et nous entendons le rester. Je laisse la plume à Denis Grozdanovitch, hédoniste curieux de tout, rêveur épicurien, qui dans un petit opus gouteux « Minuscules extases » chez Nil nous conte un monde de bien-vivre que nos tristes sires veulent engloutir sous leurs bottes de Diafoirus à la manque.  

« Ayant remporté, au sortir de l’adolescence, un tournoi de tennis à Bordeaux dont le prix comportait une caisse d’excellent Saint-Estèphe – du Cos d’Estournel –, j’avais convié, une fois revenu à Paris, deux camarades à venir goûter le divin nectar. Ainsi qu’il était recommandé, j’avais débouché deux des bouteilles quelques heures à l’avance et prévu aussi quelques zakouskis à grignoter. Dès les premières gorgées, nous fûmes en réalité plus décontenancés qu’autre chose car le goût était d’une telle finesse, d’une telle spiritueuse spiritualité, que nous ne pouvions en apprécier l’excellence supposée. Cependant, dès le deuxième verre, je sentis que ma chimie intérieure subissait un changement notable : une sorte de sourde joie indicible s’emparait de moi, je commençai de trouver une qualité exceptionnelle à cette soirée improvisée et je vis que mes deux camarades étaient à l’unisson de cette croissante félicité.

L’ébriété qui nous avait saisis n’était en rien cette franche gaieté qui précède l’ivresse, mais plutôt, s’il était possible de le formuler ainsi, un discret bonheur à exister, sans autre forme de procédure. La conversation se révéla d’une douceur poétique inusitée et l’habituelle pudeur à deviser des choses les plus simples dissipée. Nous osâmes évoquer des détails supposément insignifiants que seule d’ordinaire la confession littéraire permet d’aborder. Les verres succédant aux verres, nous ne sombrions nullement, en effet, dans la grosse torpeur bachique à laquelle nous avaient habitués nos libations habituelles. Nous évoquions avec délectation tous ces mouvements infimes et irremplaçables dont sont tissés les circonstances et, plus amplement, nous sembla-t-il alors, la réalité effective du monde : la qualité spécifique de la lumière, par exemple, qui, filtrant ce jour-là à travers les nuages venait animer les briques du mur d’en face, la teneur de l’atmosphère printanière, le bonheur à simplement sentir palpiter en nous la discrète et silencieuse santé, le goût des aliments que nous grignotions, le regard interloqué et comique du chat nous observant assis sur la commode... Mais à chaque instant nous ne ressentîmes le moindre désir d’engager l’une de nos coutumières controverses idéologiques et esthétiques, comme si cette funeste initiative eût – nous ne le sentions que trop bien – gâché le moment de discrète euphorie qui nous était accordé par la grâce de la plus civilisée des alchimies humaines : le savoir-faire ancestral d’un grand viticulteur.

La soirée se prolongeant, nous bûmes les deux bouteilles sans ressentir aucunement les habituelles lourdeurs de l’abus alcoolique et, autant qu’il m’en souvienne, l’impression était plutôt celle d’avoir été miraculeusement enveloppé dans un nuage de doux bonheur ineffable. Nous flottions littéralement dans une bulle de mysticisme matériel, au-dessus des contingences triviales, et nous avions, je crois, l’impression (nous étions tous trois encore jeunes) que cette révélation de la délicate structure intime du bonheur serait définitive et stable et que licence nous serait désormais faite d’en user à discrétion à l’avenir...

En y repensant, je crois qu’intervient dans ce type de circonstances le phénomène synesthésique en question dans ces textes, lequel, par le jeu des affinités sensibles, nous entraîne dans le labyrinthe des correspondances spirituelles les plus subtiles. On emploie d’ailleurs, par référence à la distillation de l’alcool, le mot «alambiqué » qui désigne bien cette opération consistant à quintescencier « l’esprit du vin » pour en exprimer le suc le plus volatil, le plus éthéré et le plus ineffable. Il me semble que l’ »écume spiritueuse et ignée », selon la belle formule de Chateaubriand traduisant Milton (1), qui mousse en nous à l’occasion de la dégustation d’un grand cru parvient ainsi à ranimer la chimie transcendante qui nous hante secrètement et que la vie moderne, devenue trop cérébrale, ne cesse d’engourdir. On peut parfois se demander d’ailleurs si les délices physiologiques incomparables que la vie terrestre nous offre parfois ne pourraient suffire à réveiller les morts eux-mêmes ;

 

« Donnez-lui une goutte de « sacré-chien », je garantis que, s’il n’est pas encore bien loin dans l’autre monde, il reviendra pour y goûter.

Effectivement à la première cuillérée de spiritueux, le mort ouvrit les yeux (2) »

 

Que devez-vous faire pour lutter contre « l’engourdissement de nos vies » :

1° acheter ce petit livre.

2° le recommander à vos amis, à vos élus et relations professionnelles.

3° le proposer à la lecture de vos têtes blondes, du moins ce texte.

4° pour ceux d’entre vous qui chercheraient des idées de cadeaux : offre-le !

5° pour les GCC ou autres nectars du haut : l’offrir à vos clients !

6° pour François le Débonnaire voilà un bon client pour la villa d’Este...

 

Réveillons-nous sacredieu !

 

(1) Dans son livre au titre suffisamment explicite en l’occurrence : Le Paradis perdu !

(2) Jean-Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût ou Méditations de gastronomie transcendante, Paris, 1825, p.135.

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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 00:09

Dans une chronique en défense de notre Bojolo National (lors de la création du Comité de Défense du Beaujolais dont il est l'initiateur avec Bernard Pivot) notre inimitable et incomparable Périco Légasse écrivait de sa belle plume chantournée : «Au contraire, les vins du Beaujolais répondent, eux, de façon complémentaire et spontanée, à cet esprit plus démocratique mais non moins excellent, du vin gouleyant, expression bannie du vocabulaire «néobachic». Tout cela révèle le mépris dont fait preuve l’establishment bacchusien à l’endroit de vins jugés trop modestes ou trop médiocres pour son royal palais.»


Ainsi, après consultation des documents que je propose ci-dessous à votre lecture  nous pourrions peut-être voir fleurir des commentaires du type « ce vin qui a du corps est bien en chair, je dirais même plus qu'il a du corsage, de la race, du feu et qu'il n'est point flasque. Belle robe qui laisse entrevoir du ferme, du rond et du soyeux...» ou « c'est un gringalet étriqué, mal bâti, dégigandé, un rustre anémique mal habillé, pointu et qui a le chapeau sur l'oreille...»


Cependant, pour moderniser ce vocabulaire très près du corps, avec des références vestimentaires, il me semble qu'il faille ajouter du  Français tel qu'il se cause aujourd'hui. Par exemple qu'un vin est très bimbo, super bodybuildé, un peu baby-pouffe, absolument bling-bling, vachement caillera, assez teuffeur, plus que jah-jah, pas du tout modasse, gentiment fashionita, un poil pouffe en mules, sublimement Marie-Chantal, salement gouine à mèches, avec aussi toutes les déclinaisons du bobo et dire d'un vin qu'il a de beaux airbags, qu'il a du soutif, qu'il est à donf, à la rue, allumé, à l'ouest ou qu'il a bu l'eau des nouilles (sans intérêt), qu'il a la haine ou la banane ou plus vulgaire : la tête dans le cul ou qu'il a les bonbons qui collent aux papiers. Lui trouver des goûts de Chamalow ou des arômes très chichi-gratin (snob, précieux) ou qu'il est bien dans ses chouzes ou qu'il est très craquant ou qu'il déchire ou qu'il est destroy. En bouche qu'il est donneux (généreux) ou qu'il est raccord ou explosé ou galère ou lourd de chez lourd ou nullache ou border line. Dire : c'est un vin de ouf, de teuf, qui percute grave. J'arrête sinon je vais me faire souffler dans les bronches par les Grands Amateurs.
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 15:27

J’adore Sandrine Blanchard qui est par certains côtés, la « cousine germaine » de l’inénarrable Gérard Blanchard. C’est une vaillante qui ne rechigne jamais à se poser comme «défenseuse» de l’hygiène et de la santé des Français. Passons sur la grippe H1N1 où elle n’a pas mouftée pour défendre ses copains de la Santé qui sont des As comme chacun le sait.

Donc je pressentais que le duo Coffe-Pitte allait en prendre pour son grade sous la plumette mal taillée de l’échotière de la vie moderne du Monde. Bonne pioche :

1° Titre racoleur : La nouvelle provoc’ de Coffe.

2°Le coup de patte hypocrite sur JR Pitte pour ne pas que l’on oublie que le Monde fut un journal de référence avant de tomber dans le racolage : (accessoirement candidat UMP aux Régionales).

3° Détournement de texte : « L’attaque est lancée. Contre qui ? Pas de réponse.

4° Si la réponse est donnée par « l’attachée de presse » des 18 associations qui refusent de siéger au Conseil de la Modération : la susdite Sandrine Blanchard. Ces braves gens agressés, outragés « ont signé un communiqué pour dénoncer vigoureusement la préconisation irresponsable de MM. Coffe et Pitte » Merci Sandrine vous aurez un bon point et 5 indulgences pléniaires de la part du Pr Rigaud.

5° deuxième vacherie limite grave : « à lire ce maigre rapport, on finit par se demander s’il n’a pas été conçu uniquement pour glisser cette proposition provocatrice sur le vin »

6° enfin humour minable de buveuse d’eau en chute « mais franchement, déjà que bon nombre d’étudiants se plaignent des files d’attente dans les restos U et du peu de temps pour déjeuner, vous imaginez l’organisation de séances de dégustation de crus régionaux ? A moins qu’un petit verre de rouge ne soit distribué pour patienter dans les queues ? Les jeunes ne diraient peut-être pas non ! Et après ? Sieste au fond de l’amphi. »

7° l’argumentaire sur les files d’attente et le temps me semble très pertinent pour démontrer le vide de la pensée de Sandrine. Y’a du mépris de petite bourgeoise urbaine dans tout ça vis-à-vis de ces gros ploucs qui font du jaja (peut être mis au féminin) Enfin, la notion de jeunes placée à cet endroit permet d’oublier que ces jeunes gens sont majeurs.

8° Donc, zéro pointé pour la chroniqueuse que j’entretiens par mon abonnement au Monde... Allez Sandrine vous avez bien mérité un triple ban de la part de la cause. A propos êtes-vous membre de l’ANPAA ? Moi si ! Et le Pr Kayhat vous ne connaissez pas son adresse pour aller l'interviewer ? Comme je vous comprends vous risqueriez de vous faire contaminer par ses idées...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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