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    Vin&Cie,

             l'espace de liberté

 

 

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Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 00:05

Lisez ! C’est un ordre. Face à ceux qui qualifient de provocation le simple fait de proposer des initiations à la découverte du vin à de jeunes adultes dans le cadre de la Restauration Universitaire sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait d’une incitation, d’un premier pas menant tout droit au pochtronage. Dans quel monde d’hypocrisie vivons-nous ? De quel droit l’ANPAA, avec sa petite poignée d’adhérents, et la kyrielle d’associations ne vivant que de la manne publique, s’érigent en gardiennes de nos vies et de celles de jeunes gens qui sont à quelques encablures du monde du travail ? Adeptes de la chaise vide, ce qui démontre de leur part une conception « totalitaire » de l’état de droit, ces prohibitionnistes masqués et leurs porteurs d’eaux des médias au crédit en chute libre, n’ont de cesse d’en appeler à l’opinion publique en la cernant de peurs. Arrogance, suffisance, mépris hautain, toute cette palanquée de menteurs : le fameux premier verre de vin, pérore, se moque, discrédite, se complaît dans une stratégie de pure communication. Crédibilité zéro ! Ce sont les mêmes qui ont mené de main de maître la calamiteuse campagne de vaccination contre la grippe H1N1. Nous ne voulons pas d’une société de moutons que l’on terrorise, que l’on mène à une triste vie encadrée d’interdits, de terrorisme intellectuel. Nous sommes des citoyens et nous entendons le rester. Je laisse la plume à Denis Grozdanovitch, hédoniste curieux de tout, rêveur épicurien, qui dans un petit opus gouteux « Minuscules extases » chez Nil nous conte un monde de bien-vivre que nos tristes sires veulent engloutir sous leurs bottes de Diafoirus à la manque.  

« Ayant remporté, au sortir de l’adolescence, un tournoi de tennis à Bordeaux dont le prix comportait une caisse d’excellent Saint-Estèphe – du Cos d’Estournel –, j’avais convié, une fois revenu à Paris, deux camarades à venir goûter le divin nectar. Ainsi qu’il était recommandé, j’avais débouché deux des bouteilles quelques heures à l’avance et prévu aussi quelques zakouskis à grignoter. Dès les premières gorgées, nous fûmes en réalité plus décontenancés qu’autre chose car le goût était d’une telle finesse, d’une telle spiritueuse spiritualité, que nous ne pouvions en apprécier l’excellence supposée. Cependant, dès le deuxième verre, je sentis que ma chimie intérieure subissait un changement notable : une sorte de sourde joie indicible s’emparait de moi, je commençai de trouver une qualité exceptionnelle à cette soirée improvisée et je vis que mes deux camarades étaient à l’unisson de cette croissante félicité.

L’ébriété qui nous avait saisis n’était en rien cette franche gaieté qui précède l’ivresse, mais plutôt, s’il était possible de le formuler ainsi, un discret bonheur à exister, sans autre forme de procédure. La conversation se révéla d’une douceur poétique inusitée et l’habituelle pudeur à deviser des choses les plus simples dissipée. Nous osâmes évoquer des détails supposément insignifiants que seule d’ordinaire la confession littéraire permet d’aborder. Les verres succédant aux verres, nous ne sombrions nullement, en effet, dans la grosse torpeur bachique à laquelle nous avaient habitués nos libations habituelles. Nous évoquions avec délectation tous ces mouvements infimes et irremplaçables dont sont tissés les circonstances et, plus amplement, nous sembla-t-il alors, la réalité effective du monde : la qualité spécifique de la lumière, par exemple, qui, filtrant ce jour-là à travers les nuages venait animer les briques du mur d’en face, la teneur de l’atmosphère printanière, le bonheur à simplement sentir palpiter en nous la discrète et silencieuse santé, le goût des aliments que nous grignotions, le regard interloqué et comique du chat nous observant assis sur la commode... Mais à chaque instant nous ne ressentîmes le moindre désir d’engager l’une de nos coutumières controverses idéologiques et esthétiques, comme si cette funeste initiative eût – nous ne le sentions que trop bien – gâché le moment de discrète euphorie qui nous était accordé par la grâce de la plus civilisée des alchimies humaines : le savoir-faire ancestral d’un grand viticulteur.

La soirée se prolongeant, nous bûmes les deux bouteilles sans ressentir aucunement les habituelles lourdeurs de l’abus alcoolique et, autant qu’il m’en souvienne, l’impression était plutôt celle d’avoir été miraculeusement enveloppé dans un nuage de doux bonheur ineffable. Nous flottions littéralement dans une bulle de mysticisme matériel, au-dessus des contingences triviales, et nous avions, je crois, l’impression (nous étions tous trois encore jeunes) que cette révélation de la délicate structure intime du bonheur serait définitive et stable et que licence nous serait désormais faite d’en user à discrétion à l’avenir...

En y repensant, je crois qu’intervient dans ce type de circonstances le phénomène synesthésique en question dans ces textes, lequel, par le jeu des affinités sensibles, nous entraîne dans le labyrinthe des correspondances spirituelles les plus subtiles. On emploie d’ailleurs, par référence à la distillation de l’alcool, le mot «alambiqué » qui désigne bien cette opération consistant à quintescencier « l’esprit du vin » pour en exprimer le suc le plus volatil, le plus éthéré et le plus ineffable. Il me semble que l’ »écume spiritueuse et ignée », selon la belle formule de Chateaubriand traduisant Milton (1), qui mousse en nous à l’occasion de la dégustation d’un grand cru parvient ainsi à ranimer la chimie transcendante qui nous hante secrètement et que la vie moderne, devenue trop cérébrale, ne cesse d’engourdir. On peut parfois se demander d’ailleurs si les délices physiologiques incomparables que la vie terrestre nous offre parfois ne pourraient suffire à réveiller les morts eux-mêmes ;

 

« Donnez-lui une goutte de « sacré-chien », je garantis que, s’il n’est pas encore bien loin dans l’autre monde, il reviendra pour y goûter.

Effectivement à la première cuillérée de spiritueux, le mort ouvrit les yeux (2) »

 

Que devez-vous faire pour lutter contre « l’engourdissement de nos vies » :

1° acheter ce petit livre.

2° le recommander à vos amis, à vos élus et relations professionnelles.

3° le proposer à la lecture de vos têtes blondes, du moins ce texte.

4° pour ceux d’entre vous qui chercheraient des idées de cadeaux : offre-le !

5° pour les GCC ou autres nectars du haut : l’offrir à vos clients !

6° pour François le Débonnaire voilà un bon client pour la villa d’Este...

 

Réveillons-nous sacredieu !

 

(1) Dans son livre au titre suffisamment explicite en l’occurrence : Le Paradis perdu !

(2) Jean-Anthelme Brillat-Savarin, Physiologie du goût ou Méditations de gastronomie transcendante, Paris, 1825, p.135.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 00:09

Dans une chronique en défense de notre Bojolo National (lors de la création du Comité de Défense du Beaujolais dont il est l'initiateur avec Bernard Pivot) notre inimitable et incomparable Périco Légasse écrivait de sa belle plume chantournée : «Au contraire, les vins du Beaujolais répondent, eux, de façon complémentaire et spontanée, à cet esprit plus démocratique mais non moins excellent, du vin gouleyant, expression bannie du vocabulaire «néobachic». Tout cela révèle le mépris dont fait preuve l’establishment bacchusien à l’endroit de vins jugés trop modestes ou trop médiocres pour son royal palais.»


Ainsi, après consultation des documents que je propose ci-dessous à votre lecture  nous pourrions peut-être voir fleurir des commentaires du type « ce vin qui a du corps est bien en chair, je dirais même plus qu'il a du corsage, de la race, du feu et qu'il n'est point flasque. Belle robe qui laisse entrevoir du ferme, du rond et du soyeux...» ou « c'est un gringalet étriqué, mal bâti, dégigandé, un rustre anémique mal habillé, pointu et qui a le chapeau sur l'oreille...»


Cependant, pour moderniser ce vocabulaire très près du corps, avec des références vestimentaires, il me semble qu'il faille ajouter du  Français tel qu'il se cause aujourd'hui. Par exemple qu'un vin est très bimbo, super bodybuildé, un peu baby-pouffe, absolument bling-bling, vachement caillera, assez teuffeur, plus que jah-jah, pas du tout modasse, gentiment fashionita, un poil pouffe en mules, sublimement Marie-Chantal, salement gouine à mèches, avec aussi toutes les déclinaisons du bobo et dire d'un vin qu'il a de beaux airbags, qu'il a du soutif, qu'il est à donf, à la rue, allumé, à l'ouest ou qu'il a bu l'eau des nouilles (sans intérêt), qu'il a la haine ou la banane ou plus vulgaire : la tête dans le cul ou qu'il a les bonbons qui collent aux papiers. Lui trouver des goûts de Chamalow ou des arômes très chichi-gratin (snob, précieux) ou qu'il est bien dans ses chouzes ou qu'il est très craquant ou qu'il déchire ou qu'il est destroy. En bouche qu'il est donneux (généreux) ou qu'il est raccord ou explosé ou galère ou lourd de chez lourd ou nullache ou border line. Dire : c'est un vin de ouf, de teuf, qui percute grave. J'arrête sinon je vais me faire souffler dans les bronches par les Grands Amateurs.
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 15:27

J’adore Sandrine Blanchard qui est par certains côtés, la « cousine germaine » de l’inénarrable Gérard Blanchard. C’est une vaillante qui ne rechigne jamais à se poser comme «défenseuse» de l’hygiène et de la santé des Français. Passons sur la grippe H1N1 où elle n’a pas mouftée pour défendre ses copains de la Santé qui sont des As comme chacun le sait.

Donc je pressentais que le duo Coffe-Pitte allait en prendre pour son grade sous la plumette mal taillée de l’échotière de la vie moderne du Monde. Bonne pioche :

1° Titre racoleur : La nouvelle provoc’ de Coffe.

2°Le coup de patte hypocrite sur JR Pitte pour ne pas que l’on oublie que le Monde fut un journal de référence avant de tomber dans le racolage : (accessoirement candidat UMP aux Régionales).

3° Détournement de texte : « L’attaque est lancée. Contre qui ? Pas de réponse.

4° Si la réponse est donnée par « l’attachée de presse » des 18 associations qui refusent de siéger au Conseil de la Modération : la susdite Sandrine Blanchard. Ces braves gens agressés, outragés « ont signé un communiqué pour dénoncer vigoureusement la préconisation irresponsable de MM. Coffe et Pitte » Merci Sandrine vous aurez un bon point et 5 indulgences pléniaires de la part du Pr Rigaud.

5° deuxième vacherie limite grave : « à lire ce maigre rapport, on finit par se demander s’il n’a pas été conçu uniquement pour glisser cette proposition provocatrice sur le vin »

6° enfin humour minable de buveuse d’eau en chute « mais franchement, déjà que bon nombre d’étudiants se plaignent des files d’attente dans les restos U et du peu de temps pour déjeuner, vous imaginez l’organisation de séances de dégustation de crus régionaux ? A moins qu’un petit verre de rouge ne soit distribué pour patienter dans les queues ? Les jeunes ne diraient peut-être pas non ! Et après ? Sieste au fond de l’amphi. »

7° l’argumentaire sur les files d’attente et le temps me semble très pertinent pour démontrer le vide de la pensée de Sandrine. Y’a du mépris de petite bourgeoise urbaine dans tout ça vis-à-vis de ces gros ploucs qui font du jaja (peut être mis au féminin) Enfin, la notion de jeunes placée à cet endroit permet d’oublier que ces jeunes gens sont majeurs.

8° Donc, zéro pointé pour la chroniqueuse que j’entretiens par mon abonnement au Monde... Allez Sandrine vous avez bien mérité un triple ban de la part de la cause. A propos êtes-vous membre de l’ANPAA ? Moi si ! Et le Pr Kayhat vous ne connaissez pas son adresse pour aller l'interviewer ? Comme je vous comprends vous risqueriez de vous faire contaminer par ses idées...

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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 00:09

L’agence Sowine dans une étude menée avec SSI montre que le consommateur français de vin a soif… d’informations ! Quelle belle accroche pour ce « produit à part » qu’est le vin pour 75% des français qui l’estiment différent des autres produits alcoolisés. Autre révélation qui devrait ébranler nos grands prêtres de la critique du vin : 63% d’entre eux se disent néophytes ou débutant en la matière. Il serait temps d’élargir votre cercle d’initiés mes chers camarades ! D’autant plus que cette étude vous flanque un sale coup dans votre calebasse : 78% des sondés estiment qu’il est nécessaire de s’informer avant d’acheter du vin et que pour eux Internet devance les guides d’achat ou la presse écrite magazine comme source d’information privilégiée pour préparer un achat de vin.
J’entends déjà pleuvoir comme à Gravelotte les critiques acerbes sur l’autopromotion des petits marrants du web qui, via une étude aux petits oignons faites par des gens du web pour le web, leur remontent leurs belles bretelles. Pas si sûr : allez donc consulter les résultats de l’étude sur le site de Sowine
www.sowine.com Pour ma part ce qui m’intéresse c’est l’opinion des utilisateurs d’Internet qui, pour le vin, « En plus des sites web des producteurs, les blogs et forums s’imposent comme des sources d’informations auxquelles les consommateurs accordent une confiance prépondérante. 45% de ces lecteurs et utilisateurs fréquentent spécifiquement les blogs et forums traitant de vin et de gastronomie : 87% ont une confiance marquée dans l’information qu’ils y trouvent. » Selon Sowine : sur le Net nous avons du crédit, donc j’en conclue derechef que j’en ai ! Est-ce si sûr ? Début de réponse ci-dessous.

Faire crédit à quelqu’un, dans son sens courant, non monétaire ou bancaire, c’est lui accorder sa confiance, se fier à ses opinions, à ses avis, à ses conseils, c’est pouvoir compter sur lui pour guider ses choix, fonder des décisions car cette personne jouit d’un certain crédit, d’une certaine influence. Dans les sociétés traditionnelles et même dans les modernes jusqu’à l’irruption des médias de masse, la crédibilité se forgeait sur la base du savoir, empirique ou livresque, par l’accumulation de l’expérience, par l’acquis d’une forme de sagesse, de hauteur de vue et une concordance intime entre le dire et le faire. De grandes voix, de belles plumes, non pas des gourous mais des femmes et des hommes en qui tout un chacun pouvait placer sa confiance.

L’irruption de la société de consommation de masse, de son bras armé la publicité drainant une manne constituant l’essentiel des ressources des grands médias, a insidieusement et puissamment affadi leur crédit. La puissance des grands lobbies, l’adoption d’un langage de plus en plus politiquement correct, la révérence face aux dits grands de ce monde, la confusion entre l’animateur draineur d’audience et le journaliste, la starification des présentateurs, ont petit à petit jeté le discrédit sur les médias de masse traditionnels.
D'ailleurs les principaux intéressés, des journalistes stars, s'en émeuvent. Ainsi 
« huit journalistes en colère» (Franz-Olivier Giesbert, Arlette Chabot, David Pujadas, Philippe Val, Jean-Pierre Elkabbach, Edwy Plenel, Eric Fottorino, Axel Ganz) filmés sur fond noir, à grands renforts d’images saccadées et de gros plans intimistes, dans un style qui évoque à la fois un film d’espionnage ringard et un clip publicitaire shooté par Karl Lagerfeld » dans un Théma sur Arte « Main basse sur l’info » s'en ouvraient publiquement.  En fait, l’émission se résumait en un petit plaidoyer pro-domo entre potes produit, réalisé, animé par un pote : Daniel Leconte (société de production Doc en Stock). Vraiment pas de quoi élever le niveau de confiance du public.
 

Je ne suis pas un adepte du verbiage du Monde Diplomatique qui verse trop souvent dans le sectarisme crypto-coco ou alter ou gauche de la gauche, pour soi-disant combattre le conformisme mais la description que fait de cette émission Mona Chollet a au moins le mérite d’être jubilatoire « Comme pour mieux inciter à la révérence, Pujadas est présenté comme «une star de l’info»; Arlette Chabot est «à la tête d’un bataillon de deux cents journalistes»; Franz-Olivier Giesbert est «une des grandes figures du journalisme français». Dans les plans de coupe, tous sont montrés en contexte, parés des attributs qui – faute de mieux ? – fondent leur autorité : menant une interview, le casque de radio sur la tête ; marchant d’un pas décidé dans les couloirs de rédactions affairées et cossues ; penchés à plusieurs, d’un air concentré, sur un écran d’ordinateur, en plein processus de production d’une information fiable et impartiale ; ou encore, dans le cas de Philippe Val – car le ridicule ne tue pas –, en pleine conversation téléphonique, le combiné collé à l’oreille. Lorsqu’ils parlent face caméra, ils comptent : «Quatre, trois, deux, un…», avant d’entamer leur discours («Allez, on y va», lance gaillardement Arlette Chabot). Ils regardent le téléspectateur droit dans les yeux, tels des magnétiseurs hypnotisant leur patient. »

Pour autant l’Internet, ses blogs, ses feuilles d’info alternatives, son instantanéité, sa réactivité, ses images volées, ses outrances, ses approximations, ses dérapages, constituerait-il la seule alternative pour redonner du crédit à l’information ou au conseil ?
La réponse est clairement non même si dans le foisonnement actuel de réels espaces de liberté se créent redonnant de l’oxygène à ce fameux 4ième pouvoir. Je mets dans le même sac les patrons de presse qui qualifient le Net de poubelle et ceux qui font de celui-ci l’alpha et l’oméga d’une démocratie de proximité. Comme le dit la parabole de la paille et de la poutre balayons d’abord chacun devant notre porte avant de délivrer des sentences définitives. «Dis-moi la main qui te nourrit et je te dirai qui tu es...» Les médias traditionnels comme l’Internet ne peuvent s’exonérer de leur rapport à l’argent, au pouvoir, qui fonde leur modèle économique. Nul ne vit de l’air du temps pas même les fameuses ONG ni bien sûr les chroniqueurs sur le Net. Pour espérer retrouver du crédit pour certains ou le renforcer ou le sauvegarder pour les autres, la seule position qui vaille est celle de l’affichage clair de ce lien économique vital. Ainsi les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs pourront faire crédit à qui ils jugeront bon. Cessons de nous voiler la face, de nous draper dans des postures de vierges effarouchées, de nous prendre pour des Savonarole aux petits pieds, d’invoquer les mannes d’Albert Londres, de faire accroire que nous sommes des Tintin reporter, jouons simplement cartes sur table, préservons nous des invectives, des chapelles communautaires, aiguisons nos neurones avec humour, cultivons la pertinence et l’impertinence dans le respect des opinions, et surtout tablons sur l’intelligence de nos lecteurs.

Nous sommes bien loin du vin me direz-vous ?  Détrompez-vous chers lecteurs, dans nos sociétés si égotiques, où le sens collectif est devenu un gros mot, le vin ce produit d’absolue inutilité vitale, au sens physiologique, est le symbole même du partage, du savoir-vivre, du bien vivre en société, donc d’une utilité sociale incontestable. Alors de grâce ne le confinons pas dans le petit ghetto des spécialistes, ouvrons nos portes et nos fenêtres, laissons entrer l’air du large, offrons-nous de nouvelles aventures sur ce bel espace de liberté de la Toile ouvert à tous, y compris aux opprimés et aux sans-voix, préservons-le des dérives et des confiscations.

À chacun son métier : faire du commerce est plus que légitime c’est vital pour nos amis qui font le vin mais de grâce, chers tous, puissants ou misérables, n’exigez pas de nous que le parfum entêtant de l’encens mais laissez à notre plume la liberté de blâmer sans laquelle il n’y a pas d’éloge flatteur.
Pour conclure sur un sourire : j’admets parfaitement qu’un pékin ou une pékine qui pointerait son beau museau sur mon blog pour faire ses emplettes de vin risquerait fort d’être déçu du voyage...

Mais, orgueilleux comme je suis, je me dis que tout de même je sers à quelque chose et pour vous le prouver je vous retranscris le message que je viens de recevoir «  Bonsoir, Nous possédons une bouteille de Mouton Rothschild Baron de Miollis de 1918 et un Chateau Petit Village Pomerol 1934  à quel prix pouvons les vendre et à qui ? Merci d'avance  TEL:06 23 20 56 36. »

Répondez donc pour moi à Monsieur Daniel Rivera ! Merci par avance.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 00:09

Savoir recevoir ce n’est pas forcément mettre les petits plats dans les grands pour les grandes circonstances, où celles jugées telles par la vie en société, c’est aussi, au débotté, savoir retenir des amis de passage, comme ça, à la bonne franquette, à la fortune du pot. En de telles circonstances, l’inventivité, l’art d’accommoder les restes, mais aussi la présence d’un bon garde-manger ou d’un cellier bien garni pour ceux de la campagne – désolé le congélateur ne fait pas parti de ma culture – révèlent ceux qui savent faire bien avec presque rien en trois coups de cuillère à pots. L’important dans ce type d’impromptu c’est à la fois de mettre à l’aise ceux que l’on retient en ne passant pas trop de temps à préparer le repas tout en les régalant pour qu’ils sentent tout le plaisir qu’on a eu de les retenir. C’est tout un art, fait de vivacité, de doigté et de légèreté et pour moi le summum du savoir-vivre.

Quoi de plus chaleureux qu’une belle omelette aux oignons bien confits dans du beurre ou de l’huile d’olive, accompagnée d’une salade – toujours avoir dans son bac un petit assortiment de salade, de grâce pas de sachets – précédée de belles sardines à l’huile millésimée (voir ma chronique Sardines et millésimes http://www.berthomeau.com/article-15658750.html ) ou s’il fait frisquet d’une bonne soupe melotte (pain rassis, ajouté au bouillon, rendu velouté ou mitonné par une cuisson à feu doux)  à la cébette (petite oignon très goûteux)  ou s’il fait beau un patchwork de tomates, poivrons de toutes les couleurs, haricots rouges et verts, cœur de palmier ou d’artichauts... Du fromage ensuite parce qu’il y en a toujours dans une bonne maison. Pour le dessert si l’on est en saison des fruits frais de saison ou alors des pommes cuites à la canelle ou si vous êtes un ou une Paganini des œufs à la neige : un petit soufflet au Grand-Marnier. Bien évidemment toutes les variations sont possibles mais toujours avec un impératif catégorique : passer plus de temps avec ses invités qu’à la cuisine. Dans cette optique, moi qui suis un fondu de pasta, la palette des spaghettis à la... permet de contenter les estomacs en un tour de main (voir chronique Manger des spaghettis comme Alberto Sordi avec un petit coup de Frascati http://www.berthomeau.com/article-23526072.html) Reste à avoir du pain, donc de belles miches – François le Débonnaire va encore me vanner – qui permettent d’en disposer en suffisance. Pour le liquide qui va avec la bonne franquette, comme dit la jeunesse d’aujourd’hui :« pas de souci ! »

Certains d’entre vous vont peut-être se demander pourquoi ce matin je disserte, « avec élégance » certes - chez les types du Milieu de l’époque de pépé le Moko ou des Tontons Flingueurs y’avait toujours un type surnommé l’élégant - sur un sujet aussi insignifiant. Ils n’auront pas tort, mais ma réponse va les stupéfier, les ébranler même, les mettre en état d’attrition : « tout bêtement c’est le peu de cas qu’on fait de nous les organisateurs de Vinisud en négligeant les bases de l’élémentaire savoir recevoir. En effet, lundi, alors que le temps était redevenu clément et que je roulais à bicyclette, j’ai repensé à maman qui me disait toujours que c’était dans l’art des choses simples qu’on reconnaissait les vrais seigneurs. À cet instant le souvenir de maman c’était le souvenir de ma Vendée aux dunes vierges, indemnes des ravages touristiques, pas encore massacrées par Merlin-plage et des élus locaux adeptes de la maisonnette à deux balles en n’importe quel lieu. Pardonnez-moi cette digression que vous trouverez peut-être malvenue alors que de braves gens ont perdu la vie ou tout ce qui faisait leur vie mais, quand j’entends ce que j’entends, j’ai mal à ma Vendée.

Oui nous allions le dimanche sur la plage du côté de la Faute s/Mer, de Longeville dans la C4 du pépé Gravouil le père de maman. Nous pique-niquions sous les pins puis nous allions faire trempette 3 heures après, pas une seconde de plus pas une de moins car maman était intraitable. Les villages n’étaient que des villages, les lotissements et les résidents secondaires nous ne connaissions pas. Et puis les centres des bourgs ont dépéri et ce fut le règne des petites maisons partout, si laides, si mal foutues, si peu vendéennes. Jamais de ma vie je n’irai passer des vacances en Vendée car ils l’ont défiguré.(lire l'excellent d'article du Monde du 3 mars signé de Brigitte Perruca La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon, victimes d’une urbanisation galopante) http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2010/03/02/la-faute-sur-mer-et-l-aiguillon-victimes-d-une-urbanisation-galopante-depuis-trente-ans_1313210_3244.html 

Pardonnez-moi, je vais en rester là ! Les morts ont le droit au silence et au recueillement.

Pour revenir à mes propos badins de ce matin, la « morale » de mon histoire de bonne franquette c’est, qu’en toute circonstance, il faut choisir son parti et s’y tenir. Vinisud n’a rien à gagner à singer Vinexpo, qui d’ailleurs lui-même aurait intérêt à se remettre en question, à ne pas jouer le quantitatif pour meubler des m2, alors qu’une approche plus simple, plus qualitative, plus conviviale, une forme de bonne franquette de bon goût, j’ose l’écrire « poussonienne » avec un zeste du sens du détail qui fait la différence de Miren de L, c’est-à-dire un service impeccable et efficace sans les fioritures qu'adorent les communicants et les squatters de tribune. Savoir recevoir c’est le premier geste du bien vivre, du savoir vivre ensemble. Mais je sais que je parle en pure perte, dans le vide et ça me rappelle les remarques que j'avais faite sur les Bacchus au président de cette manifestation se déroulant du côté de Perpignan. A propos qui préside aux destinées de Vinisud ?

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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 11:00
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Avant même de publier cette chronique j’ai mis en balance mon statut d’homme qui aime les femmes pour savoir si je pouvais oser ce titre à l’occasion de la journée de la Femme 2010.

J’ose donc car :

1° il est politiquement incorrect ;

2° il n’est pas plus décalé que ne l’est le contenu du magasine Elle, plein de femmes irréelles, nippées de luxe, support du luxe, avec sa défense de la femme ;

3° j’adore l’humour détourné de Droopy le désabusé de Tex Avery et celui de tous les chiens stars des bandes dessinées : Snoopy le philosophe, Gai-Luron le détaché du monde de Gotlib, Rantanplan le nul, et les éternels Pluto, Dingo, Milou, Idéfix...

4° je trouve que souligner auprès de celles qui partagent ou non notre vie l’immense étendue de notre mauvaise foi masculine c’est faire œuvre utile.

J’embrasse toutes celles qui riront de ce clin d’œil !

En paquet-cadeau pour les adeptes du petit jaune un grand moment de franchouillardise avec cette inoubliable chanson : un Ricard dans un petit verre ballon :

 

 
Et pour me faire pardonner : Julio Iglésias avec sa chanson culte : Vous les Femmes.

 
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 00:09

 

Comment chacun le sais je suis un grand amateur de rapport qui cultive une forte allergie à ceux qui sont confiés à des « peoples » tel que ce fut le cas pour Hervé Chabalier avec le Ministre de la Santé de l’époque Philippe Douste-Blazy. Mes propos sur celui  demandé par Madame Valérie PÉCRESSE, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, à Jean-Pierre COFFE et Jean-Robert PITTE n’en auront je l’espère d’autant plus de crédibilité. C’est de la belle ouvrage. Ils ont bien travaillé même si leur connaissance du monde agricole, parfois un courte, les empêchent de préconiser des mesures encore plus opérationnelles. Mais ne boudons pas le plaisir de cette copie digne d’éloges.

Mais alors me direz-vous pourquoi ce titre racoleur ? Tout bêtement parce que nos deux compères ont eu l’audace d’écrire : « L’initiation à une consommation modérée de vin est un excellent moyen de lutter contre l’alcoolisme et un enrichissement de la culture gustative des étudiants. L’Association « Vin et Société » (12, rue Sainte-Anne. 75001 PARIS) a entrepris un excellent travail d’éducation auprès de nombreux milieux. Signalons son programme de prévention intitulé « À toi de choisir ! », destiné aux jeunes de 13 à 16 ans, à leurs parents et aux enseignants. Cette association mise sur la responsabilisation de l’individu. Le CNOUS aurait grand intérêt à réfléchir avec elle à des programmes destinés aux étudiants. Localement, ses relais pourraient être de jeunes viticulteurs qui pourraient initier lors d’animations ponctuelles à la dégustation de leurs vins. Signalons, par ailleurs, l’existence et les recommandations émises par le Conseil de la modération et de la prévention qui diffèrent sensiblement des discours prohibitionnistes émanant de certains organismes plus ou moins informés et honnêtes. L’enseignement supérieur forme peut-être des savants, mais des indigents du goût et du plaisir ! »

Ouille, ouille, corne gidouille, les faux-culs de Slate titrent : Du vin pour les étudiants à midi? Pécresse est contre et la Ministre de se croire obligée sur Europe 1 de dire non «Il faut adapter la restauration universitaire aux nouveaux modes de vie. Oui au goût, non au vin à midi pour les étudiants. Pas d'alcool à midi.» Bien évidemment Alain Rigaud, président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, est bien évidemment totalement contre et ironise : « Vu le montant du ticket de resto-U (2,90 €), on ne risque pas de faire découvrir aux étudiants les grands crus, mais plutôt d’écouler auprès d’un nouveau public les stocks de vins d’entrée de gamme » Pour faire bon poids, les squelettiques syndicats étudiants se clivent sur le sujet : Jean-Baptiste Prévost, président du syndicat étudiant UNEF, classé à gauche, a regretté que l'on veuille lutter contre la consommation d'alcool excessive chez les étudiants tout en voulant réintroduire le vin dans les restos U. Rémi Martial, président du Mouvement des étudiants (anciennement UNI) classé à droite, a salué la volonté de vouloir «éduquer les étudiants au bon alcool et de promouvoir l’art de vivre à la française».

Sans ironiser à mon tour je me permets de faire remarquer à la gente journalistique et à tous ceux qui colportent des « fausses nouvelles » que la première mesure à préconiser pour eux c’est qu’ils apprennent à lire. Ça en devient chiant que de voir la meute se précipiter sur un os qui ne traîne pas dans la maigre écuelle de nos étudiants. Pas étonnant que l’opinion ne leur accorde plus sa confiance. Ils se dévaluent chaque jour. Pour certains je suis persuadé que c’est pire : ils agitent un chiffon rouge pour faire de l’audience et provoquer la réaction de la Ministre qui ne peut que de dire « halte au feu ! » Notre démocratie est bien malade avec de telles pratiques.
Personnellement je n’aurais pas abordé la question du vin comme l’ont fait les rapporteurs par un biais, sympathique j’en conviens, mais ouvrant la porte aux agités du sanitairement correct. Que je sache les restos U sont majoritairement fréquentés par des jeunes filles et des jeunes gens majeurs, qui ont le droit de vote, alors pourquoi les considérer comme en état de ne pas décider de ce qu’ils veulent ou de ce qu’ils ne veulent pas. En clair, de leur demander leur avis. De les laisser en capacité d’exercer leur libre choix. Bien sûr, beaucoup d’entre eux sont encore dans les jupes de leurs mères, mais en le traitant tel des mineurs nous les enfermons plus encore dans un cocon douillet. Je rappelle aux agitateurs de peurs et de risques que nous étions, ma génération, mobilisables à 18 ans pour aller à la guerre bien que toujours mineurs. Nous laissait-on le choix ? Non, alors de grâce laissez des citoyens qui disposent du droit de vote d'exercer librement leur choix.

Poser ce type de question c’est sans doute prendre le risque d’une réponse majoritairement négative à l’image de la césure entre les buveurs et les non-buveurs dans l’ensemble de la population. Oui mais j’avoue ma préférence pour ce type d’approche qui permet aux parties en présence de se faire une opinion claire sur l’état de la question.
Pour ma part, n’ayant jamais bu de vin au Resto U vu l’état qualitatif de ce qui était dans le carafon, et prenant en compte le fait que nos chères têtes blondes viennent au vin bien plus tard que nous le faisions pour des raisons liées à leur entrée tardive dans le monde du travail, mettre la réintroduction du vin dans les Restos U à l’ordre du jour n’a guère de sens. D’ailleurs Coffe-Pitte ne l’ont pas fait mais leur proposition exogène aux repas, intéressante en soi, devrait faire l’objet, là encore, d’un débat citoyen avec les intéressés : les étudiants. J’attends avec impatience les reportages de mes confrères officiels de la presse du vin sur ce sujet brûlant. Ben oui c'est moins bandant que de faire la virée des Grands Crus Classés...
 


Si vous souhaitez lire le rapport Pitte-Coffe : 
http://www.berthomeau.com/ext/http://gje.mabulle.com/

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 02:00

Le printemps venait enfin d’inviter le soleil et celui-ci s’engouffrait comme un feu follet par la fenêtre de notre tanière pour jeter sur la longue chevelure blonde de Karen de la poudre d’or. Mon moral en berne s’était mué, dès nos premiers transports violents et assouvis, en une euphorie rebelle. Karen se révélait une partenaire insatiable tant au plan sexuel que de la confrontation dialectique. Avec elle, même durant nos ébats les plus frénétiques, les questions essentielles fusaient, impitoyables. Aborder la nécessité de la révolution permanente, chère à Trotski et Bakounine, alors qu’elle me chevauchait, altière, allant et venant avec volupté, que le spectacle de ses seins noyés dans les flots de ses cheveux me transformait en un boyard lubrique, me demandait des efforts qui me lessivaient plus encore que la fourniture de ma semence. Nous échangions en anglais. Couverts de sueur, alors que je tenais à pleine mains ses fesses fermes, Karen me confiait que sa vie ne pouvait être que celle d’une révolutionnaire professionnelle pourrissant la plupart du temps dans les geôles glaciales des porcs. Elle se décrivait enchaînée pour des travaux forcés, ce qui décuplait mes envies de knout et de foutre. Je lui confiais pourtant d’une voix essoufflée mon absolument admiration pour sa longue marche vers la perfection radicale. Ma libido s’en trouvait renforcée car ce petit jeu, où je devais m’extirper de la violence de mes pulsions, me transformait en marathonien du sexe. Quoi de plus efficace pour se réfréner que d’aborder en pleine fornication la thèse de Régis Debray et de Che Guevara selon laquelle « si le prolétariat n’est pas assez prêt ou mûr, l’avant-garde doit se mettre à la place des masses. » Rien, sauf le summum, au bord de l‘extase, de la petite mort, se voir dans l’obligation, alors que votre bien-aimée, juste avant d’entrer dans les désordres de la jouissance, vous a sommé de prendre parti sur la légitimité de la violence, se mouler corps et âme dans le précepte de Frantz Fanon selon lequel toute violence exercée par les damnés de la terre, les opprimés de toutes les couleurs est légitime. Dégoupiller une grenade, alors que l’explosion monte en vous, la balancer sur les tyrans et les oppresseurs, en contemplant le lever de bassin de Karen, sa projection implorante, son retour à sa langue maternelle pour proférer des mots durs, me faisait chavirer dans la forme la plus aboutie de la dictature machiste.

 

Grâce au traitement de Karen je retrouvai le goût de nos manifs, de nos sit-in, de nos occupations de bâtiments universitaires et parfois de l’érection de barricades. Tout ça pour délimiter un périmètre au centre duquel notre leader charismatique, Sacha, juché sur une caisse à savon, vilipendait « les vils laquais américains du soi-disant gouvernement de Bonn de blanchir le passé nazi allemand par le biais du consumérisme et de convertir la génération d’Auschwitz en un troupeau de gros moutons obnubilés par des réfrigérateurs, téléviseurs et Mercédès neufs. » Cet après-midi là, en dépit des confidences inquiétantes d’un flic qui couchait avec Magda un fraülen révolutionnaire, selon laquelle Sacha serait cette fois-ci embarqué, nous nous étions assemblés sur la pelouse sacrée de l’Université libre. L’inégalité des forces en présence était patente et la qualité et la quantité des munitions révélatrices de notre incapacité à traduire notre discours belliqueux en actes. Sacha tenait une forme olympique crachant son mépris et sa haine sur cette Amérique pilonnant les villes du vaillant Vietnam, empoisonnant les moissons des rizières des courageux paysans, napalmisant la jungle. Il en appelait à un nouveau tribunal de Nuremberg pour les dirigeants US afin qu’ils comparaissent pour génocide et crimes contre l’humanité. Il vilipendait le shah et sa Savak, les colonels grecs financés par la CIA, « l’Etat fantoche américanisé d’Israël ». Il adressait son salut fraternel à nos frères activistes de Paris, Rome, Madrid et aux courageux étudiants de Berkeley et de Washington « qui avaient ouvert la voie que nous empruntions tous ». Rien ne le ferait taire ! Nous ne serions plus des enfants sages. Nous avions retenus la leçon de nos parents muets sous les nazis. Et pendant ce temps-là le cercle se resserrait sur nous. Les casqués frappaient sur leurs boucliers avec leurs matraques. Les premières bombes lacrymogènes fusaient. Sacha imperturbable continuait de laïusser. Les canons à eau entraient en action. Pleurant, toussant, les premières lignes s’effilochaient. Le martèlement des sabots des chevaux paniquaient les étudiants. La débandade, les matraques qui cognaient. La masse des uniformes maronnasses nous engluait. Dans un ultime effort, protégé par le Viking armé lui d’une batte de base-ball, j’exfiltrais Sacha sur mes épaules.

 

Vous dire ce qui s’était passé ensuite m’est difficile car j’ai du mal à retracer le fil des évènements. Tout ce dont je me souviens c’est qu’une fois Sacha porté en lieu sûr, je me suis fait alpaguer par la meute policière, rouer de coups de matraques et propulser dans un fourgon où j’ai perdu connaissance. La cellule, comme toutes les cellules du monde, puait la pisse, les excréments et le vomi. Dès mon premier interrogatoire, mon statut de gaulois, me valait un traitement de faveur de la part de mes petits camarades ouest-allemands. Par souci esthétique pas touche à mon portrait mais pour le reste tout y passait avec un raffinement sadique. J’affrontais pour la première fois la torture. Ils me ramenaient périodiquement dans ma cellule pour que j’aie le temps de méditer. Procédure classique pour mettre à mal les dernières défenses psychologiques. Ce qui m’incommodait le plus c’était ma propre pestilence. Saoulé de coups je ne ressentais plus rien. Mon absence de papiers d’identité me permettait de bien jouer mon rôle de pauvre étudiant pacifiste. Les bourres, en dépit de leur traitement de faveur, ne m’apparaissaient pas vraiment soucieux de me faire avouer où se trouvait la planque de Sacha qu’ils devaient sans nul doute connaître. Je bénéficiais de leur part d’une forme maîtrisée d’attendrisseur. Ils me préparaient en n’étant que des comparses minables et je crois que c’était ce statut qui les rendait si féroces. Le matin de mon troisième jour de détention, un teuton faciès nazi en blouse blanche me convoyait jusqu’à l’infirmerie où une teutonne faciès nazi en blouse blanche me calfatait tant bien que mal. Ensuite j’eus droit à une douche puis au barbier puis à un petit déjeuner teuton dans une sorte de réfectoire empestant le crésyl. Alors que j’avalais leur jus de chaussette un grand échalas, cheveux blond roux en brosse, blouson d’aviateur, Ray Ban, sourire étincelant, me tendait sa large main couverte d’un duvet frisotant « Bob Dole ! »  

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 00:04

Ce dimanche matin je vais faire œuvre d’immodestie ce qui, j’en suis persuadé, n’étonnera guère ceux qui n’aimaient rien tant que de me voir moisir dans mon placard. Qui, en dehors du sérail politique, connaissait, avant qu’il fut nommé par le Président de la République 1ier Président de la Cour des Comptes, Didier Migaud ? Pas grand monde en effet avait suivi son impeccable parcours depuis son élection en 1988 comme député de la 4ième circonscription de l’Isère : rapporteur général du budget sous Jospin puis président de la commission des Finances dans la dernière législature. Le type est tout sauf bling-bling, mais sérieux, bosseur, rigoureux, compétent et, comme de le disent ses camarades socialistes qui adorent ce genre de saillies « terne et ennuyeux ».

didier-migaud-un-doigt-leve_1207928615.jpgAlors me direz-vous quel rapport avec moi ? Un seul, si je puis qualifier notre recruteur commun : Louis Mermaz. En effet, lorsque je rejoignais le cabinet du Président socialiste de l’Assemblée Nationale, au début juin 1981, Didier Migaud occupait le poste stratégique de directeur du cabinet du président du Conseil Général de l’Isère Louis Mermaz. Fils d’un notaire de Château-Chinon intime du François de Jarnac, ce jeune homme, il a 4 ans de moins que moi, cultivait la discrétion comme une plante en pot. Loin des ors de Lassay, De part mon goût prononcé pour le terrain je me colletais les dossiers des entreprises iséroises et j’étais souvent en contact avec lui. À l’hôtel de Lassay, mon directeur de cabinet, un énarque flamboyant, cultivait des ambitions électives en Isère et toisait ce pauvre Migaud, si terne, si modeste. L’Histoire a ainsi de ces volées de bois vert : l’autre n’a jamais été ni élu, ni aux cimes publiques et voila Migaud qui se retrouve lui à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République.

Didier Migaud fut un fabiusien zélé et je suis content de sa référence, dans son interview au Monde où il justifie son acceptation, à Michel Rocard lorsque celui-ci dit que la République à intérêt à fonctionner dans un cadre plus apaisé. Bref, j’en reviens après ce long détour, au fond de mon propos dominical : la compétence. Dans l’imaginaire collectif, la compétence est à droite et le monopole du cœur à gauche. Comme me le faisait remarquer un ancien directeur de la FNSEA au dernier Salon de l’agriculture : « vous aviez deux fois plus à prouver... » En effet, le procès en incompétence fait parti intégrante du discours de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Lorsque je dus affronter les charges de certains petits marquis contre le contenu de mon rapport j’eu droit au qualificatif de « haut-fonctionnaire parisien » avec le sous-entendu infâmant « de gauche ». Ça ne m’a jamais ému. Avec mon immodestie naturelle j’ai toujours tracé ma route sans me soucier de tous ceux qui n’avaient jamais mis les mains dans le cambouis. Pour autant suis-je compétent ? Ce n’est pas à moi d’en juger et je regrette que Thierry Jacquillat, l’ancien Directeur-Général du groupe Pernod-Ricard, qui nous a quitté tout récemment, ne puisse répondre à ma place. Fidèle lecteur de ce blog je salue sa mémoire d’Ardéchois discret et fidèle en amitié.entrees-le-21-08.jpg

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 00:05

Chez moi le pépé Louis et Arsène mon père portait en semaine un black béret (traduire béret noir®). Le dimanche, le pépé, très soucieux de son allure, arborait un chapeau feutre qui allait bien avec ses moustaches à la Foch alors que son fils, papa, plus modeste allait tête nue. Pour nous, pauvres bouseux de la Vendée profonde, ce béret était basque. Imposture absolue que continue de colporter le digne Robert en dépit des origines béarno-gasconne du berret qu’il atteste dans sa définition. Si voulez faire sortir sa rapière à tout gascon qui se respecte qualifiez de basque son inséparable couvre-chef. Ayant sévi, dans le cadre de mes missions de pompier volant, là où le bonheur est dans le pré : le Gers, pour exercer mes « indéniables talents » de conciliateur – pensez-donc en provenance du rival honni le Cognac les gascons m’avaient réclamé – j’ai bien sûr rencontré le plus célèbre winemaker gascon : André Dubosc, l’âme de Plaimont. 


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Mathilde Hulot, dans son opus Visages de Vignerons Figures du Vin chez Fleurus, où André figure en couverture en chemisette cravate et black béret, écrit « En fait, André Dubosc est fier, si fier de son pays qu’il ne supportait plus, il y a trente ans, de voir les vins de sa terre vendus une misère – 62 centimes de francs le litre – en Vin de Table de Loire ou de Bordeaux ! On ne disait surtout pas qu’on avait acheté un vin du Gers, la honte ! « Vous imaginez ? Nous les gascons, comment pouvait-on accepter cela ? » Et pourtant, ils s’en accommodaient très bien, les vignerons vendaient leurs raisins à la coopérative du coin et filaient à la palombe. Hors de question de rater la palombe : on vendangeait vite, et tant pis si ce n’était pas mûr ! De toute façon, les jus de la treille partaient au pire, à la distillation. Pour faire de l’armagnac. Ça l’armagnac, on en était fier. Un beau produit, typique de la région, seul problème : « C’est invendable ! »

 

André fut un lecteur pointilleux, gascon pour tout dire, de mon fichu rapport. Même aujourd’hui il promène dans sa serviette une photocopie de quelques-unes de ses pages – la 61 surtout – et si vous voulez bénéficier de sa démonstration sur le force du modèle champenois marque-origine : branchez-le ! Le gascon est un bretteur et le vendéen que je suis un accrocheur, alors imaginez-vous ce qu’une discussion entre nous peut donner. Comme j’adore taquiner André, puisqu’il proclame dans le livre de Mathilde « En bon gascon, je suis fier de ne pas parler anglais. Je suis le personnage qu’on promène. » je lui ai concocté un titre so british. N’empêche, n’en déplaise aux individualistes forcenés, que ce sont des hommes de la trempe d’André Dubosc à qui nous devons l’impact d’un collectif sur l’ensemble d’un vignoble tel que celui de Saint Mont. « Tous pour chacun/chacun pour tous » proclamaient les « vignerons libres » de la « Cave coopérative commune » de Maraussan en 1901. 


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Alors lorsqu’à Vinisud, où les Gascons qui sont à l’Ouest de South of France avaient eu l’audace de présenter aussi leurs vins (Vinisud n’est pas Vini Languedoc), mon regard acéré est tombé sur une bouteille affichant fièrement sur son étiquette : béret noir®, je me suis dit : oui mais bien sûr ! Hommage rendu à André Dubosc qui maintenant a pris du champ et, sans faire de jeu de mots, un beau coup de chapeau à son travail inlassable que d’afficher sur un beau flacon, destiné au réseau des cavistes et du CHR, la symbolique du béret porté, chaque jour que Dieu fait, par des générations de vignerons gascons de Plaimont. Fierté de ses origines, ce béret noir® c’est bien un morceau de son pays qu’il porte fièrement sur ses flancs. Fils du cépage roi de l’appellation : le Tannat (70%) ce Saint Mont, rond et d’une belle fraîcheur, agile comme un bon bretteur, séduisant comme le chevalier de Pardaillan (nostalgie des films de cape et d’épée des années 60)  a tout pour séduire, comme le chantait Françoise Hardy lorsqu’elle avait 20 ans – moi aussi ou presque – « tous les garçons et les filles de mon âge... » Simplicité, convivialité, ce béret noir® vous allez l’adopter pour vos petites bouffes entre amis, chez vous ou au dernier petit bistro que vous venez de dénicher.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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