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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 07:54

Ce journaliste scientifique suit sur son blog ce dossier depuis l’origine et, pour avoir lu ses écrits précédents, je trouve que son approche et ses analyses sont pertinentes, bien documentées et dépourvues de tout manichéisme. Je vous propose donc de lire ce qu’il écrit à propos du texte de la fédération Sud-recherche (ici en pdf.) sur la destruction des ceps de vigne transgénique de Colmar.

 « Il ne comporte aucune appréciation négative sur la destruction de l'essai, ce qui est déjà étrange. Mais sa lecture montre surtout à quel point la dérive idéologique - au sens du refus catégorique d'examiner en pratique les problèmes posés mais à se contenter d'une phraséologie générale - rend tout débat public sur la transgénèse végétale utilisée en agriculture (rien que la formule OGM utilisée sans précision signale, chez les partisans comme chez les opposants, la volonté de s'évader du côté de l'idéologie...) quasi impossible.

Ainsi, le texte de Sud-recherche ne comprend aucune information sur la maladie visée par l'essai (même pas le nom), et surtout le présente dans les termes suivants : «SUD-Recherche EPST a toujours soutenu que les OGM ne constituaient pas une solution d’avenir pour l’agriculture en France, comme ailleurs. Outre les risques sanitaires et environnementaux non maîtrisés, le modèle agricole dans lequel ils s’inscrivent est celui d’une agriculture toujours plus intensive, de type industrielle, qui est destructrice pour l’environnement mais aussi pour la profession d’agriculteur. (...) Nous avons constamment interpellé le ministère de la recherche et la direction de l’INRA pour qu’ils affichent comme priorité le développement d’un autre modèle agricole, basé sur le respect de l’environnement, des consommateurs, qui refusent les OGM dans leur assiette, et de ceux qui produisent ces ressources. Alors que d’autres voies de recherche sur les pratiques culturales restent sous-exploitées, l’utilité des essais sur les vignes transgéniques est aujourd’hui contestée par des viticulteurs qui ont aussi compris que l’image du vin en souffrirait. (...) Plus largement, nous sommes inquiets de la brevétisation du vivant, centrale dans la stratégie OGM, au même titre que la logique d'innovation marchande à court terme imposée par le gouvernement

Quels problèmes posent de telles affirmations ? D'abord la phrase «les OGM ne constituent pas une solution d'avenir pour l'agriculture». Elle est complètement vraie et complètement absurde. Vraie parce que d'innombrables problèmes de l'agriculture française n'ont rien à voir avec les OGM, donc leur solution non plus. Et absurde parce que personne, absolument personne, ne pense que les OGM puissent constituer une telle solution générale. Idem pour le modèle d'une agriculture «intensive de type industriel, destructrice pour l'environnement.» Ce modèle existe, par exemple la grande culture du blé, du maïs, de la betterave, l'élevage industriel de poulets.... Mais : quel rapport avec les vignes transgéniques de Colmar ?

L'idée selon laquelle de telles vignes puissent transformer la viticulture française en activité agricole de type industriel est indéfendable. La structure agraire de la viticulture, son usage des produits phytosanitaires et son intensité (production à l'hectare) ne peuvent en aucun cas être affectées dans le sens craint par Sud Recherche au cas où des pieds ou porte-greffes transgéniques résistants au  court noué seraient utilisés (et de toute façon, la vigne étant une culture pérenne, son renouvellement est particulièrement lent).

Quant à la crainte de la brevétisation du vivant, je n'ai jamais vu de plante transgénique manifester pour exiger d'être soumise à un brevet. Cette technologie est compatible avec toutes les formes d'organisation existantes et imaginables des systèmes agraires, du collectivisme total au modèle Monsanto. Qu'elle soit utilisée par tel ou tel acteur économique à son profit, qu'elle facilite ou défavorise son intérêt dans un cadre donné est évident... mais le cadre lui même résulte de rapports de production, donc de l'organisation des sociétés et in fine de la politique. Pas de la technologie. Il est assez piquant de voir des scientifiques réunis dans Sud recherche développer un point de vue sur les relations entre technologies et organisation sociale qui relève de la vulgate stalinienne du matérialisme historique.

Que les vignes transgéniques de Colmar puissent être utilisées à des fins de conviction auprès de la population par les partisans de l'usage massif de la transgénèse végétale dans des stratégies de domination et de profits financiers est une évidence. Mais faut-il répondre à ce risque par un discours similaire, symétrique, au mépris de la vérité ? Est-il nécessaire pour dénoncer les risques agronomiques, environnementaux et l'effet sur les structures agraires des semences de Monsanto tolérantes à son herbicide au glyphosate  (la majorité des plantes transgéniques actuelles) de raconter des sornettes sur un essai de vignes transgéniques résistantes à un virus aujourd'hui traité par des méthodes chimiques brutales ? Une maladie dont les dégâts se chiffrent en centaines de millions d'euros chaque année pour la France affirme l'INRA. Est-il honnête de cacher que l'INRA de Colmar a entamé un programme de recherche de dix ans sur une stratégie alternative à la transgénèse - l'usage de plantes tuant les nématodes transportant le virus - ce qui permet de comparer avantages et inconvénients des deux méthodes ? Est-il honnête de cacher que l'INRA expose sans tricher ses résultats, y compris que les trois premières années d'essai ont montré que le porte-greffe transgénique ne fait que retarder de 1 à 3 ans l'apparition de la maladie ?

On peut trouver des arguments autrement plus précis, sur le site de la Confédération paysanne, ici sous la plume de Guy Kastler. Ces arguments doivent alimenter un débat... mais la destruction de l'essai interdit de savoir qui a raison. Par exemple Kastler affirme que le transgène va se transférer spontanément du porte greffe au greffon puis au raisin et au vin. L'INRA affirme que la surveillance n'a montré aucun transfert sur la période de l'essai. Peut-être que sa continuation aurait donné raison à Kastler... mais on ne le saura pas puisque les vignes sont détruites. Idem pour toutes les discussions sur un éventuel transfert ailleurs ou des recombinaisons génétiques. On peut dire que la stratégie des faucheurs est d'évoquer tout une série de risques possibles, puis d'interdire leur vérification, ou non, en détruisant les essais qui permettent de savoir. Qui a peur des résultats ? Après tout, l'INRA pouvait très bien observer que le transgène n'était pas si protecteur que cela - l'essai en champ a déjà démontré que la résistance est moins bonne que dans un essai en serre... et donc démontrer que ce n'était pas une bonne piste.

Le plus gros problème posé par la stratégie de lutte des "faucheurs" n'est pas qu'ils puissent être efficaces. L'évolution des cultures transgéniques dans le monde et surtout l'explosion du nombre des plantes sur lesquelles sont conduites des recherches utilisant la transgenèse en Chine par exemple, montrent que le blocage de cette technologie n'est pas à leur portée. En revanche, elle contribue (modestement, Monsanto ou les fanas des OGM, y compris des politiques, en sont bien plus responsables) à empêcher un débat public rationnel : "nous voulons bien de cette plante transgénique là, mais nous ne voulons pas de celle-là" fondé sur les avantages et inconvénients de chacune. Or seule cette approche rationnelle peut déboucher sur l'interdiction de telle ou telle plante transgénique, justement parce qu'elle en autorise d'autres. Et que cette interdiction soit fondée sur les effets agronomiques, environnementaux, sanitaires ou sociaux. »

 

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/08/vignes-ogm-de-colmar-divergences-syndicales.html#tp

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 00:09

Investi de la haute mission de vous cultiver chers lecteurs estivaux, si assidus, si fidèles, je vous propose en 2 leçons, l’art et la manière d’accorder plats et vins par l’écrivain Eugène Sue. Ce texte tiré du livre Les 7 péchés capitaux est publié dans la cuisine des écrivains de Johan Faerber aux Editions Inculte. C’est savoureux, donc à lire avec délectation.

Eug-C3-A8ne_Sue.jpg

Bientôt le majordome reparut.

Il marchait d’un air solennel, portant sur un plateau un petit réchaud d’argent de la grandeur d’une assiette, surmonté de sa cloche.

À côté de ce plat, on voyait un petit flacon de cristal rempli d’un liquide limpide et couleur de topaze brûlée.

Pablo, tout en s’avançant, approchait parfois son long nez de la cloche comme pour aspirer les miasmes appétissants qui pouvaient s’échapper ; enfin, il plaça sur la table le petit réchaud, le flacon et un petit billet.

« Paolo, - demanda le chanoine en indiquant du geste le réchaud surmonté de la cloche, - qu’est-ce que cette argenterie ?

-         Elle appartient à M. Appétit, seigneur ; sous cette cloche est une assiette à double fond, remplie d’eau bouillante car il faut surtout, dit ce grand homme, manger brûlant.

-         Et ce flacon, Paolo ?

-         Son emploi est indiqué sur ce billet, seigneur, qui vous annonce les mets que vous allez manger.

-         Voyons ce billet, dit le chanoine, et il lut :

Œufs de pintades frits à la graisse de caille, relevés d’un coulis d’écrevisses. N.B. Manger brûlant, ne faire qu’une bouchée de chaque œuf, après l’avoir bien humecté de coulis.

Mastiquer pianissimo.

Boire, après chaque œuf, deux doigts de ce vin de Madère de 1807, qui a fait cinq fois la traversée de Rio-de-Janeiro à Calcutta.

Boire ce vin avec recueillement.

Il m’est impossible de ne pas prendre la liberté d’accompagner chaque mets que je vais avoir l’honneur de servir au seigneur dom Diego d’un flacon de vin approprié au caractère particulier du mets susdit.

-         Quel homme ! s’écria le majordome avec une expression d’admiration profonde ; quel homme ! Il pense à tout. » [...]

Après la note qui annonçait les œufs de pintade, se déroule successivement le menu suivant, dans l’ordre où nous le présentons.

 

« Truites du lac de Genève au beurre de Montpellier, frappé de glace.

Envelopper hermétiquement chaque bouchée de ce poisson exquis dans une couche de cet assaisonnement de haut goût.

Mastiquer allegro.

Boire deux verres de ce vin de Bordeaux (Sauternes 1834) ; il a fait trois fois la traversée de l’Inde.

Ce vin veut être médité.

-         Un peintre ou un poète eût fait de cette truite au beurre de Montpellier, frappé de glace, un portrait enchanteur, avait dit le chanoine à Pablo. Vois-là, cette charmante petite truite à la chair couleur de rose, à la tête nacrée, voluptueusement couchée sur un lit d’un vert éclatant, composé de beurre frais et d’huile vierge, congelés par la glace, auxquels l’estragon, la ciboulette, le persil, le cresson de fontaine ont donné cette gaie couleur d’émeraude ! Et quel parfum ! Comme la fraîcheur de cet assaisonnement contraste délicieusement avec le haut goût des épices qui le relèvent ! Et ce vin de Sauternes !

Quelle ambroisie si bien appropriée, comme dit ce grand homme de cuisine, au caractère de cette truite divine qui me donne un appétit croissant ! »

Après la truite vint un autre mets accompagné de ce bulletin :

 

« Filets de grouse aux truffes du Piémont (émincées crues).

Enchâsser chaque bouchée de grouse entre deux rouelles de truffe, et bien humecter le tout avec la sauce à la Périgueux (truffes noires), servies ci-joint.

Mastiquer forte, vu la crudité des truffes blanches.

Boire deux verres de ce vin de Château-Margaux 1834 (il a aussi fait le voyage des Indes.)

Ce vin ne se révèle dans toute sa majesté qu’au déboire. »

Ces filets de grouse, loin de l’apaiser, excitèrent jusqu’à la fringale l’appétit toujours croissant du chanoine, et sans le profond respect que lui inspiraient les ordres du grand homme de cuisine, il eût envoyé Pablo devancer le coup de sonnette et chercher un nouveau prodige culinaire.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 11:00

* la formule est attribuée par les auteurs à Pierre Le Grand qui boit brutalement « à la cosaque »

 

« ....... ........  nous apparaît comme un amateur de bonne chère et de valeurs fleurant bon la France rurale, celle de la gastronomie et des vins qu’ils soient grands crus ou simples vins de terroirs. Il aimait autant les repas pris à la campagne que les dîners mondains. Selon les tables, il s’y montrait en dégustateur averti de grands crus ou curieux des plaisirs gouleyants de vins robustes ou d’appellations régionales […]

 

[…] C’est ainsi que sous sa présidence en 1973, le Château Mouton-Rothschild bouleversera l’ordre immuable du classement de Grands Crus du Médoc en se voyant autorisé à passer au rang de 1er Grand Cru de Pauillac sur arrêté ministériel, signé alors par Jacques Chirac en charge de l’Agriculture. »

 

19ième Question Quel est le nom et le prénom de ce Président de la République et quel était son vin préféré selon Corinne Lefort et de Karine Valentin : « Grands Palais 2500 ans de passion du vin » ?

L-Esprit_de_Pennautier_Rouge_2003.jpgimage001 P Pour cette 19ième Question de vrais entrepreneurs du Languedoc sur de beaux terroirs du Languedoc : Miren de Lorgeril Château de Pennautier en Cabardès, Gérard Bertrand château l’Hospitalet La Clape et Château d'Anglès La Clape de la famille Fabre.

Ch-Hospitalet-ADV-Rose-sm-detoure.jpgLogo-Gerard-Bertrand-72dpi.jpgChateaudAngles-Gamme_exterieur.jpgLogo_800x600.jpg

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Concours
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 07:15

Par les bons soins de Samuel Passarini, j’ai lu sur le site d’Europe Solidaire le point de vue de la Confédération Paysanne que je verse au dossier. Je signale que j'ai ouvert pour débattre et comprendre, les allergies anti-Bové ou autres ne sont pas de mise. J’ai pris contact avec l’INRA de Colmar pour que ses chercheurs s’expriment, pour l’heure sans succès. Tous les points de vue seront publiés. Qu’ils s’expriment ! N’attendez pas le mien, je joue ici le rôle de modérateur, j’ai cependant publié une chronique le 30/05/2010« Reprise de l’essai sur porte-greffe OGM de vigne à Colmar et les OGM en débat ouvert en Chine : étonnant non ! » http://www.berthomeau.com/article-les-ogm-en-debat-ouvert-en-chine-etonnant-non-46743339.html Enfin, les arrachages dit sauvages, même par un commando pacifique, fortement médiatisés relèvent d’une démarche qui n’est pas mienne : je désapprouve ! « Dura lex sed lex » sinon les anti-IVG, que ça plaise ou non comme parallèle, seraient eux-aussi justifiés dans leurs actes de « résistance » à loi commune.    

 

La manipulation génétique ne modifie pas que le porte-greffe mais l’ensemble de la vigne cultivée, le raisin et le vin.

 

Conscient de la catastrophe commerciale que cela pourrait engendrer, les vignerons ne veulent en aucun cas courir le risque du moindre soupçon d’une possible présence d’OGM dans leurs vins. Pour leur faire accepter son expérimentation, l’INRA prétend que la manipulation génétique du porte-greffe ne modifie pas la vigne qui produit le raisin (le greffon). Pourtant, dès 2008, Jean Masson, directeur de la station viticole de l’INRA de Colmar, reconnaissait dans le journal Les échos ses doutes sur lesquels il n’est bizarrement jamais revenu : « Les chercheurs estimaient il y a quelques années impossible que le transgène passe du porte-greffe au cépage. Nous ne l’excluons plus. »

Il est vrai qu’il ne pouvait pas ignorer les travaux de ses collègues de l’INRA de Versailles qui dès 1997, soit bien avant le début de son expérimentation à Colmar, avaient montré sur le tabac la transmission très importante de « produits » du transgène du porte-greffe au greffon [1].

Il ne pouvait pas non plus ignorer les soucis de la société civile sur ce problème clairement évoqué dans la publication du collectif CCC-OGM : « OGM-Vigne, Opinion Grossièrement manipulée ». Depuis, de nouveaux travaux ont confirmé la fréquence de ce passage [2]. Le Comité Scientifique du HCB a pointé lui aussi ce problème en soulignant que les analyses réalisées par l’INRA de Colmar sont insuffisantes pour le documenter correctement (annexe 1).

Toute manipulation génétique engendre de nombreux risques aujourd’hui non maîtrisés.

Au-delà de l’impact sanitaire ou environnement du transgène lui-même, toute insertion par transgénèse provoque des réarrangements non intentionnels du génome ou de ses relations avec son environnement (épigénétique), générant des effets non intentionnels pouvant passer inaperçus. La plupart des problèmes sanitaires engendrés par des OGM et aujourd’hui documentés ne sont pas dus directement au transgène, mais à ce type de réarrangement.

La manipulation génétique du porte-greffe de l’INRA de Colmar engendre des risques de recombinaison virale particulièrement importants

Christian Vélot, Docteur en Biologie et en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud explique : « Le véritable danger de cette vigne (comme toutes les plantes transgéniques résistantes à des virus), c’est qu’elle est un véritable réservoir à virus recombinants. Il s’agit de plantes transgéniques dans lesquelles le transgène est un gène viral. La présence de ce transgène les protège contre le virus en question ainsi que contre les virus apparentés (sans qu’on n’en connaisse vraiment les mécanismes intimes). Or, les virus ont une très grande capacité à échanger spontanément leur ADN (phénomène de recombinaison) : les séquences d’ADN viral sont très recombinogènes. Par conséquent, quand cette plante est victime d’une infection virale, il peut se produire très facilement des échanges entre l’ADN du virus infectant et l’ADN du transgène, ce qui conduit à l’apparition de virus dits recombinants dont on ne maîtrise rien et qui vont pouvoir se propager dans la nature. Il est là le vrai danger avec ces plantes, ! Avec des plantes conventionnelles, une telle situation ne peut se produire que si la plante est infectée simultanément par deux virus. Avec ces plantes transgéniques, au contraire, un seul virus suffit et on augmente donc considérablement la probabilité de ces évènements. Tout ceci est expliqué en détail dans mon livre (OGM : tout s’explique) aux pages 140 à 142. »

L’expérimentation menée à Colmar générait des risques importants et non maîtrisés de dissémination dans l’environnement

A la demande du Comité de Liaison et de Surveillance (CLS), l’INRA a annoncé avoir pris toutes les précautions nécessaires pour les risques de dissémination dans l’environnement. On peut déjà s’interroger sur la durée de l’efficacité d’une bâche enfouie dans le sol pour empêcher le passage hors du périmètre de l’expérimentation de tout nématode porteur du virus du court-noués, ou de tout microorganismes du sol, bactérie ou virus… modifiés par la vigne OGM. La suppression des fleurs empêchait toute dissémination éventuelle par le pollen. Mais elle n’empêchait pas la dissémination par les insectes piqueurs-suceurs dont le rôle important dans la dissémination des maladies virales dans la vigne est largement connu. Le responsable d’une station viticole de l’INRA ne pouvait pas ignorer ce risque depuis que la flavescence dorée, maladie transmise par un de ces insectes piqueurs suceurs, a justifié l’obligation réglementaire de nombreux traitements insecticides dans le vignoble français. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes de disséminer des éléments du transgènes ou les produits d’éventuelles recombinaisons génétiques ou virales provoquées dans le porte-greffe et/ou le greffon. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes à contaminer l’ensemble du vignoble à partir de l’échappement d’un seul agent pathogène. Il est curieux qu’il n’en ait informé ni les « citoyens » consultés lors de la première expérimentation sociologique précédant le premier essai, ni le CLS.

Le déroulement de l’essai en milieu ouvert empêchait de répondre aux questions scientifiques les plus importantes

L’INRA de Colmar prétend qu’il était indispensable de mener cet essai en milieu ouvert pour que le sol et la vigne puissent subir directement les influences du climat afin de vérifier « en conditions réelles » l’efficacité de la transgénèse vis-à-vis de la maladie et d’évaluer les risques de dissémination dans le sol. Ces deux questions sont certes importantes, mais méritent-elles de courir les risques qui ont été pris ? Les sommes dépensées par l’INRA pour faire semblant de « sécuriser » cet essai au prétexte qu’il se déroulait en milieu ouvert ont en effet largement dépassé ce qui aurait été nécessaire à la construction d’une serre simulant correctement les influences climatiques les plus pertinentes. Et surtout, ces deux questions sont-elles pertinentes tant qu’on n’a pas répondu aux questions des risques de recombinaison génétique ou virale, de passage du porte-greffe au greffon, au raisin ou au vin, de dissémination dans l’environnement de parties ou de produits de l’OGM, et des conséquences sanitaires, environnementales ou commerciales de tous ces risques ? Or, en coupant les fleurs avant floraison, non seulement il devenait impossible de vérifier un éventuel passage au raisin et au vin, mais en plus on a modifié le métabolisme de la vigne en supprimant l’induction florale (première étape de la maturité), ce qui rendait peu pertinent tout résultat scientifique concernant l’efficacité du transgène sur le développement du court- noué dans la vie de la vigne. Il est clair que les questions scientifiques primordiales posées par un tel essai ne peuvent être correctement étudiées qu’en milieu confiné, en gardant les fleurs.

Le but du déroulement de l’essai en milieu ouvert était avant tout commercial et non scientifique

Le syndicat Sud-Recherche dénonce avec justesse les intentions commerciales de l’INRA mal camouflées derrière les discours sur une recherche prétendue neutre : « La communication développée aujourd’hui par la Direction de l’INRA sur le sujet nous interpelle :elle affirme simultanément que cet essai sur la vigne vise à maintenir « l’existence d’une expertise impartiale au-delà de celle des entreprises internationales », mais aussi que sa destruction fait prendre le risque de « voir la France incapable de développer des produits alternatifs à ceux des grandes firmes ». Alors, nécessité (bien compréhensible) de connaissances nouvelles ou objectif (déjà annoncé) de valorisation commerciale ? C’est justement le débat de fond ! »

Le premier essai mené en champagne avait révélé une profonde irrégularité de l’efficacité de la manipulation génétique pour conférer une bonne résistance au virus du court-noué. Le but de l’INRA de Colmar était de repérer les clones réellement résistants et de se donner les moyens d’améliorer la production de tels clones dans les conditions exigées pour l’obtention de l’autorisation de commercialisation (essai CTPS en milieu ouvert pour l’inscription au catalogue). Cette précipitation mercantile s’est faite au détriment d’une recherche en milieu confinée indispensable pour se donner en préalable le moyens de répondre aux questions scientifiques que pose l’acceptabilité sanitaire, environnementale, économique, sociale ou éthique d’une telle production.

Les travaux de l’INRA sont destinés à conforter les profits de Monsanto ou d’autres entreprises qui exploiteront les brevets protégeant la technologie utilisée

Christophe Bonneuil et Christophe Thomas indiquent dans leur ouvrage « Gènes, pouvoirs et profits » (édition Quae-FPH) : « En 1985, Monsanto dépose une demande de brevet sur une stratégie de résistance des plantes aux virus par introduction du gène de la protéine capsidaire. A cette date, seule est réalisée expérimentalement l’insertion du gène de protéine de la capside d’un virus de TMV, dans le tabac. Mais cette première application est mise en avant pour démontrer la validité générale de la stratégie. Monsanto ne revendique pas simplement ce qui est réalisé au moment du dépôt du brevet, mais demande que le brevet couvre l’utilisation de cette stratégie de résistance aux virus pour toutes les plantes et tous le virus ! Quand dans les années 1990, un consortium réunissant l’Inra, le Cnrs et LVMH développe des porte-greffes de vigne résistants au virus du court-noué, Monsanto se signale à leur attention : Monsanto les prévient que dès lors qu’une commercialisation des vignes transgéniques serait envisagée, il faudra obtenir une licence car ils travaillent sous la dépendance du premier brevet. (Joly P.B., 2002) »

La stratégie de résistance virale utilisée pour la production des porte greffe résistants au court-noué n’a donc pas été inventée par l’INRA, mais avait été mise au point et protégée par un brevet avant le début de son essai. Ce premier brevet s’épuisant en 2005, Monsanto en a déposé un nouveau en 2003 dont la protection s’étend jusqu’en 2023. En 2010, l’Université de Cornell a déposé un nouveau brevet concernant une stratégie de protection virale spécifiquement ciblée contre le court-noué de la vigne. Il est clair que les travaux menés par l’INRA de Colmar ne serviront pas « le public » ou « la Science », mais avant tout ceux qui exploiteront ces brevets et/ou un éventuel nouveau brevet déposé par l’INRA lui-même.

Le court noué est une « maladie commerciale » aggravée par la politique agricole

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA (communiqué du 27 mai 2010), le virus du court noué n’est pas une maladie qui « provoque la mort des vignes et rend les terres impropres à la viticulture ». Le court noué est sans incidence sur les vignes françaises plantées sans porte-greffe (actuels greffons). Ses dommages ne se manifestent que dans les vignes greffées sur porte-greffe américain suite à l’épidémie de phylloxéra depuis bientôt un siècle. Ces vignes ne sont pas mortes et les terres où il s’est manifesté ne sont pas devenues impropres à la viticulture. Son incidence n’est économiquement insupportable que dans les vignes à haut rendement qu’il pénalise trop. Dans les vignobles de qualité conduits avec des méthodes naturelles, notamment en biodynamie, il ne menace pas la survie de la parcelle et est au contraire un régulateur de rendement qui permet les années trop productives de conserver une bonne qualité du vin. Dans les vignobles de production de masse, les vignerons ont depuis longtemps appris à vivre avec en pratiquant des rotations de culture suffisamment longues (8 à 10 ans) entre deux plantations afin que les nématodes qui le propagent disparaissent tous, avant de replanter avec des plants sains. Seuls ceux qui veulent replanter vigne sur vigne sans aucune période de repos du sol n’ont pas aujourd’hui de solution sanitaire satisfaisante face au court noué. A l’heure où la viticulture européenne se trouve confrontée à une crise permanente de surproduction, on peut s’interroger sur la pertinence de la Politique Agricole Commune qui dépense chaque années des milliards d’€ pour diminuer le potentiel de production. Elle élimine ainsi de nombreux vignerons qui vont directement ou indirectement grossir le rang des chômeurs, alors qu’une aide au repos du sol entre deux plantations aurait la même incidence sur les surfaces en production, tout en aidant les vignerons à faire face aux maladie de la monoculture comme le court noué et en maintenant un nombre de paysans bien plus nombreux. La « solution magique » de la vigne OGM résistance au court-noué n’est qu’un expédient destiné à encourager des pratiques viticole anti-agronomique, anti-sociales et anti-économique.

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA, il existe de nombreuses alternatives à la solution OGM

Il y a longtemps que les vignerons ont appris à vivre avec le court noué grâce à une multitude de pratiques agronomiques de respect des sols et d’assainissement des plants de vigne, chacune adaptée à chaque terroir et à chaque type de conduite du vignoble. En 2009, l’INRA de Colmar a découvert l’une d’entre elles et communique depuis sur ses importants efforts de recherche sur les alternatives aux OGM, alors qu’il n’a installé qu’une petite parcelle d’essai chez un vigneron bio. Il s’agit de l’implantation de plantes nématicides, certes intéressante mais dont l’efficacité nécessite la complémentarité d’autres pratiques comme le repos des sols, la conduite à rendement modéré favorisant la qualité des vins, ce que les vignerons savent depuis longtemps… En effet, ces plantes n’agissent que sur la premières couches superficielles du sol alors que le nématode vecteur du court-noué peut se réfugier jusqu’à plus d’un mètre de profondeur. Contrairement aux recherches officielles d’un pays comme la Suisse, jamais l’INRA n’a daigné s’intéresser à la globalité des pratiques de chaque vigneron qui seule permet de vivre avec la maladie, pratiques toutes gratuitement disponibles pour tous. Il ne s’intéresse qu’à quelques recettes brevetables et toutes totalement insuffisantes dans la plupart des situations.

Le plus surprenant reste l’absence totale de communication de l’INRA sur la mise au point par pollinisation dirigée et non avec des OGM d’un porte greffe résistant au court-noué par un chercheur de l’INRA de Montpellier, Alain Bouquet, porte-greffe qui disposera très prochainement d’une autorisation de commercialisation démontrant l’inutilité totale de la solution OGM.

Les citoyens et professionnels participant à « l’expérience pilote de co-construction de ce programme de recherche » qui a précédé cet essai, puis du Comité de Liaison et de Surveillance, n’ont jamais été informés des réelles questions scientifiques posées. On les a laissés (volontairement ?) ignorants des résultats scientifiques déjà connus sur le passage du porte greffe au greffon, sur l’instabilité des transgènes, sur les rôle des insectes piqueurs suceurs dans la transmission des maladies de la vigne, sur les enjeux commerciaux découlant de la Politique Agricole ou des brevets déjà existant sur ces manipulations génétiques et sur l’existence de réelles alternatives. L’entêtement de l’INRA et du gouvernement à poursuivre cet essai, n’ont pour but encore une fois que de manipuler l’opinion publique afin de forcer l’acceptation des OGM par des vignerons, des citoyens et des consommateurs qui n’en veulent pas.

Guy Kastler, le 23 août 2010


Annexes 1 : extrait du rapport du Comité scientifique du HCB

3.3 Matériel faisant l’bjet de dissémination

Le matériel proposéau champ correspond aux porte-greffes transgéniques G68, G77, G206, G219 et G240 sur lesquels sont greffés des scions, ou greffons, provenant de la variété non transgénique Pinot Meunier de vigne cultivée (Vitis vinifera L). Les greffons ne contiennent donc pas de transgènes, mais il serait vraisemblable d’en retrouver certains des produits de transg鈩èns (mRNA, siRNA, protéines) par circulation dans le phlo ?e1 à partir du porte-greffe où ils sont initialement produits (Mlotshwa et al., 2008 ; Palauqui et al., 1997). Les analyses réalisées par le pétitionnaire par ELISA et RT-PCR n’ont pas mis en évidence d但RNm ou de protéines dans les feuilles ou les inflorescences de scions, analysées après leur arrachage.

Concernant la détection des protéines, le CS indique que les analyses ELISA effectuées ne sont pas les plus sensibles. En effet, si un tel transfert avait lieu, il s’effectuerait par le phlo鑪e, qui représente une portion infime (de l弛rdre de 2 à 3 %) des extraits qui ont été analysés par le péitionnaire.

Le seuil de détection de protéines dans le phlo鑪e par la méthode utilisée n’est pas préisé mais il semble inadapté au CS. Des méthodes permettant de pallier l’effet de dilution des protéines seraient plus appropriées. Le péitionnaire projette judicieusement de faire une analyse par immuno- localisation

.1 Tissu conducteur dans lequel circule la sève 駘abor馥, transportant entre autres des acides aminés et des sucres, et également des peptides et des acides nucléiques.


 Guy Kastler

Notes

[1] Palauqui J.-C., Elmayan T., Pollien J.-M. & Vaucheret H. (1997) Systemic acquired silencing : transgene specific post-transcriptional silencing is transmitted by grafting from silenced stocks to non- silenced scions. EMBO J. 16, 4738-4745
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/art...

[2] Exchange of Genetic Material Between Cells in Plant Tissue Grafts Sandra Stegemann and Ralph Bock, Science 1 May 2009 : Vol. 324. no. 5927, pp. 649-651

* Guy Kastler représente la Confédération paysanne au CEES du HCB.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 00:09

Comme je n’ai point de fils nul ne pourra me soupçonner d’être l’auteur de ce libelle provoquant sous le pseudonyme de Laurent Léguevaque. Le susdit existe et je ne l’ai jamais rencontré sauf sur une page de Libé. Son portrait brossé par Luc Le Vaillant m’a de suite incité à tomber dans ma maladie chronique : chroniquer. Dès l’entame du papier savoir que ce quidam, revendiquant un alcoolisme libérateur, fut pendant treize longues années juge d’instruction ça ne me disait rien de bon. Certes y’a pas de sot métier mais y’en a quand même des où jamais je n’aurais jamais osé pousser mon bouchon. Faire son Droit n’oblige pas à endosser les oripeaux des « petits juges » versus Bruay-en-Artois et là où coule la Vologne. C’est un peu comme si moi je m’étais laissé aller à embrasser le « beau métier » d’Inspecteur des Impôts (un de ces jours je vous raconterai l’histoire).

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Mais à tout pécheur miséricorde, Le Vaillant plaide pour lui « il commence à se fatiguer de « la fréquentation de la misère humaine ». Il finit par se défier de cette justice qui « protège les riches et s’acharne sur les pauvres ». Et, atypisme aidant, il reste en marge d’un milieu qu’il décrit comme « docile envers les forts et sévère à l’égard des faibles » et le voilà démissionnaire pour écrire. D’abord un polar dans la série noire chez Gallimard Accusez, couchez-vous publié en 2003. Débouché normal pour un ex-juge qui honnêtement « admet que la vérité se double souvent d’un plaisir voyeuriste peu ragoûtant. Vous allez me dire : l’éreintage va-t-il continuer ? Fichtre non, car Léguevaque, dixit Le Vaillant, « justifie ainsi cette adresse transgressive, perturbant une époque où les papas se font plus de tracas que d’œufs aux plats : « Pour moi, éduquer, c’est apprendre la liberté. Apprendre aux enfants à décider de leurs actes. Et donc de leurs ivresses. »

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Vous ne connaissez, transgression, responsabilisation, apprentissage de la liberté ça me plaît alors qu’est-ce je fais : j’achète l’opus du sieur Léguevaque 13 euros au Cherche Midi. Je le lis bien sûr et, je dois l’avouer – normal face à un ex juge – comme le dit le principal intéressé, son fils aîné, auquel le libelle est adressé « C’est très convaincant ». Oui, c’est convainquant même si, toujours comme son fils, face à ce plaidoyer pro domo, je ne peux m’empêcher de mettre un bémol sur « son cas » dont l’extrémisme sympathique, chaleureux, ne m’apparaît pas comme le seul à opposer à celui des hygiénistes. Pour avoir commis une chronique « Au risque de choquer : modération et tolérance ne sont guère mes tasses de thé … j'suis tendance bon vivant et accueillant... » http://www.berthomeau.com/article-29416108.html je ne crois pas que se bourrer la gueule avec constance, être un « pochard invétéré » soit le fin du fin de la libération. Comme dirait l’autre, si t’as besoin de te désinhiber avec l’alcool Léguevaque c’est que t’es inhibé alors ne fait pas de ton cas un cas d’école sinon tu verses dans un forme le moralisme qui stigmatise le bon vivant que je suis.

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Ceci écrit, cette adresse est emplie de morceaux de bravoure que j’ai apprécié avec délectation, c’est jubilatoire, franc, j’m’en foutiste, plein de verve, allègre, c’est libertaire et que voulez-vous lorsqu’il affirme que boire lui réussit c’est pour moi la quintessence du bras d’honneur à nos sinistres hygiénistes. Ça vaut son pesant de provocation et je trouve que ça aère, ça ventile les neurones, et j’estime que le coût de l’achat du livre de Léguevaque : Lettre à mon fils lui expliquant les excellentes raisons de boire devrait être remboursé par la sécurité Sociale car il est, à sa manière, d’utilité publique.

 

Un beau morceau «  Oserais-je te rappeler que le vin est fondateur de l’humanité telle que nous la concevons ? Demande à tes profs : sans la viticulture, nous serions condamnés au nomadisme. Parce que la vigne, à la différence d’autres plantations, met quatre années avant de donner ses fruits. C’est grâce à elle que les chasseurs-cueilleurs-cultivateurs ont été forcés de s’implanter durablement sur un sol. Vinification et civilisation sont sœurs jumelles depuis bien avant Rome... »

 

Une belle histoire « Tiens à propos de ce dernier – Hervé Chabalier – je participais récemment à un tournage avec des reporters et techniciens de l’agence Capa – dont Hervé Chabalier est le boss. Une fine équipe. Hors caméra, je dis à l’un d’entre eux, pour rire, l’admiration que je voue à Hervé Chabalier depuis sa croisade contre son alcoolisme surmonté. L’autre me coupe et lâche :

-         On voit bien qu’il n’est pas votre patron. Nous, on aimait mieux quand il buvait. »

 

Une brève de comptoir plus drôle que celles de Gourio « ... Perdre des heures au bistrot du quartier. Tu as dû t’interroger : qu’est-ce papa fait donc de si passionnant là-dedans ? C’est que, mon fils, voilà le seul endroit du monde où je peux entendre un préposé des postes en uniforme, droit comme un « I » derrière le comptoir, son courrier dans le besace et un monaco en main, à onze heures du matin, dire :

-         C’est malheureux de payer autant d’impôts, avec le peu que je bosse ! »

 

Le premier verre J’ai huit ans. Quelle est la raison de ce banquet ? La communion solennelle de ta tante – ma sœur – je crois. Deux tréteaux reliés par une large planche couverte d’une nappe jonchée d’assiettes et de verres, une table désertée : les adultes s’étaient éloignés pour consommer digestifs et cafés à l’intérieur de la maison. Demeuré seul dans le jardin, je prends une décision : essayer. Je me lance, avale en catimini quelques fonds de vin blanc, rouge, et de porto. Puis cours me cacher pour guetter l’effet produit sur moi. Garçonnet déjà enclin à la rêverie – comme toi, d’ailleurs –, je fais alors connaissance avec la méditation. L’ineffable délectation de contempler ses pensées. Les sentir défiler dans la torpeur euphorique de mon corps alcoolisé, l’esprit extatique : un éblouissement. Je crois n’avoir jamais éprouvé de nouveau une telle plénitude physique et morale, sinon la fois, où, bien plus tard dans ma vie... avec cette fille-là... Passons. »

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Je m’en tiens là. C’est un livre à lire car le père Léguevaque il n’est pas du genre à se ménager, à se présenter sous son meilleur jour « Soyons sérieux toutefois. Tu es mon fils, je te dois la vérité. L’ivrognerie, c’est aussi les misères du corps. Pas forcément la dégénérescence cérébrale et le delirium tremens, mais au moins : les oublis qui agacent, les lapsus qui dérangent, les sphincters qui trahissent et le coude qui dérape. Vomir, déféquer quand on ne s’y attend pas. Bafouiller. Ou trembler. On fait avec, en artiste, plus ou moins péniblement, Au risque de te choquer, je me suis déjà retrouvé à quatre pattes. J’ai déjà parlé à quelqu’un comme si c’était quelqu’un d’autre. Gênant... quand il d’agissait de ta mère... »

Voilà, vous êtes prévenu, mais croyez moi ce type au nom à coucher dehors, même si on ne sait pas par quel bout le prendre, tient un discours qui vaut la peine d’être tenu. Et pour finir la dédicace de son livre :

« La parfaite raison fuit toute extrémité

Et veut que l’on soit sage avec sobriété. »

Molière, Le Misanthrope

 

Pour ceux qui s'étonneraient de voir au frontispice de mon Espace de liberté se pavaner une vache je leur signale qu'il s'agit d'une vache allaitante primée by UE arpentant la D1, en compagnie de quelques consoeurs, du côté de Vico et que j'adore les vaches, et plus encore les vaches en liberté qui occupent les départementales, que haïssait tant Jean Yanne, pour démontrer leur existence aux grands méchants bureaucrates de Bruxelles qu'adore Périco Légasse.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 11:00

« Condrieu au sud de Lyon (cinquante kilomètres pile) a tout simplement de la veine, s’y écoule un vin de rêve, le condrieu précisément. Vin blond, du soir, de fleurs blanches, pamplemousses, légèrement toasté, beurré pour tout dire, une petite merveille, gentiment ignoré, surcoté pour les spécialistes, bah, ces derniers ont probablement raison, laissons-les à leurs thermomètres, leurs températures trop chaudes, à farfouiller dans les durites et les pistons, l’inox et les polyphénols, la glaise et le glaive ; les chais moroses, les caves froides, debout, une main dans la poche, le buste en avant, le verre dans le nez ; pour ma part, ma religion est toute faite, le vin, c’est à table. Ou en bibliothèque, sur une nappe de pique-nique, dans un lit, dans la cabine d’un train, sur la banquette arrière d’une automobile. »

 

18ième Question : Quel est l’auteur de ces lignes. Pour trouver toujours chercher dans la cave de mon blog.

 

Bons voisins Cave de Tain Hermitage rouge cuvée Gambert de Loche 2001 offert par Julie Campos pour la 18ième QuestionHER_TP_01_.jpg

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Concours
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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 09:23

J’ouvre le débat à la demande de lecteurs. Mon titre est explicite et restreint le champ du débat à la finalité très spécifique de cette recherche. En l’espèce, si nous voulons bien débattre le préalable est que nous puissions nous entendre c’est-à-dire nous écouter pour nous comprendre. Dans mon esprit il ne s’agit en rien d’instruire ici un dossier à charge et à décharge, et encore moins de confronter les plaidoiries de procureurs ou d’avocats d’une quelconque cause. Mon souhait c’est que nous puissions donner sa chance à un vrai débat citoyen, passionné certes, mais débarrassé des postures, des à priori idéologiques, ouvert, respectueux des opinions, permettant ce que je qualifierais de « respiration » de notre démocratie que je trouve trop souvent asthmatique.

Comme je suis en vacances je prends la liberté de lancer le débat en empruntant les réponses d’Olivier Lemaire, chercheur à l’INRA de Colmar publiées dans 20minutes.fr. Pour la suite nous verrons : commentaires certes mais aussi contributions écrites envoyées sur mon adresse e-mail berthomeau@gmail.com.  

article_lemaire.jpgOlivier Lemaire, chercheur biologiste de l'INRA de Colmar présente, le 07 septembre 2005, un plan de vigne génétiquement modifié. AFP PHOTO FREDERICK FLORIN 

 

 

Pourquoi utiliser des OGM pour lutter contre la maladie du court-noué?

Le virus du court-noué est la maladie la plus grave et la plus ancienne étudiée à l’Inra. On la connaît depuis une soixantaine d’années et on a exploré plusieurs stratégies. On a notamment recherché des gènes de résistance naturelle au virus et on a utilisé la prémunition, qui est une forme de vaccination. Le problème, c’est que nous ne travaillons pas avec un seul virus, mais avec un mélange de variants viraux qui rendent la prémunition inefficace à terme. Nous nous sommes donc orientés vers la transgénèse. Celle pratiquée à Colmar s’apparente à de la thérapie génique.

En quoi consistent ces expérimentations?

On ne modifie génétiquement que la racine de la vigne, appelée porte-greffes, pour qu’elle s’oppose au virus qui vient du sol. Le greffon, toute la partie aérienne qui produit le raisin, n’est pas transgénique. Le greffon n’est pas contaminé par le porte-greffe transgénique: on a suivi ces risques et les résultats se sont avérés négatifs. Quant aux risques de contamination des cultures environnantes par les fuites de pollen, on s’est engagé à éliminer toutes les inflorescences, qui de toute façon étaient sur la partie non OGM de la vigne.

Quel est votre état d’esprit après le saccage des vignes d’expérimentation?

Nous sommes en colère et très déçus. Les OGM arriveront un jour ou l’autre en France, il faut que nous ayons les connaissances pour les refuser ou les accepter. Les gens qui ont fauché se sont tiré une balle dans le pied car nous étions prêts à répondre point par point à leurs interrogations. Aujourd’hui, les plantes sont définitivement perdues mais il nous reste le sol dans lequel on a le virus et la microflore, ce qui nous permettra de continuer à travailler sur l’impact environnemental des OGM. Mais quand bien même nous continuerions, ce serait dans quelles conditions? Serait-ce pour que des extrémistes reviennent labourer ce champ? Il faut arrêter les amalgames, les OGM sont une technologie à réfléchir au cas par cas, et surtout il faut dialoguer. La violence n’a jamais élevé le débat, et s’attaquer ainsi au travail d’autrui est d’une violence extrême: ce matériel vivant a été haché menu par des outils tranchants, la vigne a été coupée en tous petits morceaux, elle saignait littéralement et mourait. Nous sommes avant tout des biologistes qui aiment le vivant, et c’était douloureux pour nous.

Propos recueillis par Audrey Chauvet

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 00:09

Dimanche, « Puces d’Ajaccio » sur le front de mer, un peu de chine, des livres pour titiller mes neurones chroniqueurs, mon œil attrape un titre alléchant « Cuisine Inspirée », l’audace française. Belle jaquette, inspirée : citron soleil, je suis piégé. Si je l’ouvre je cours deux risques, être déçu et je n’achète pas ; être emballé et j’achète quel que soit le prix. Paradoxe du chineur qui, dans la même minute, peut se sentir soulagé de ne point trouver chaussure à son pied pour sitôt claquer tout son liquide. Là je feuillette. Séduit. Superbe iconographie, belle mise en pages, textes de qualité même si la typographie est un peu touffue. Question habituelle : un de plus, que vas-tu faire de ce bel ouvrage ? Le glisser entre beaucoup d’autres, l’oublier... Oui, mais un jour, je ne sais pourquoi, à la surface il remontera. Dilemme classique du chineur soudain tranché par la découverte de Pierre-Henry Gagey soumis à la question. Je lis toutes ses réponses. J’achète : 15 euros pour un prix unique affiché de 49 euros.

 

Dans ma tête tout s’est aussitôt enclenché, j’allais être le metteur en scène d’une chronique sur un scénario nickel chrome d’Ingrid Astier, l’auteur de l’ouvrage susnommé publié en 2007. Que du bonheur, je bichais ! Bien sûr j’allais me permettre d’emprunter « un texte » sans l’habituel copyright mais ce faisant, n’allais-je pas lui redonner une seconde vie sur la Toile, donner envie à des lecteurs potentiels d’acheter l’ouvrage : « Cuisine Inspirée », l’audace française d’Ingrid Astier, photographies d’Hervé Nègre publié chez Agnès Viénot éditions. Clap ! Moteur, silence on tourne.

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Vous présenter Pierre-Henry Gagey sur cet espace de liberté pourrait s’apparenter à une faute de goût si Ingrid Astier, dans le portrait qu’elle trace de lui, ne le faisait bien mieux que je n’aurais su le faire. « Rarement une maison n’a ressemblé autant à l’homme qui la dirige. Élégance, mesure et faux classicisme campe le personnage : il produit des vins d’honnête homme [...] Pierre-Henry Gagey a la sagesse de se situer hors jeu : l’opposé du vieux jeu cependant... Je le crois au-delà. Rien d’arrogant à cela : il se tient au-delà comme un homme qui aurait la vanité d’une course inutile, et règle sa montre sur la nature. »


Je confesse ma grande proximité avec cette ligne de conduite mais comme je ne suis pas bourguignon et comme « La Bourgogne a distillé quelques traits à Pierre-Henry Gagey. Une fausse distance observatrice, une méfiance face à l’importun, un recul lucide. Et le goût de la patience » je ne puis me permettre d’aller au-delà de cet aveu même si je partage avec Jacques Lardière une origine vendéenne.

Cependant, à mon sens, savoir concilier, comme le fait la maison Louis Jadot, entreprise moderne et cousu main devrait imprégner l’ADN de notre industrie du vin. Loin du « fast wine », proche de l’emblématique escargot de Bourgogne, « pas de grand vin, pas de vin noble sans prendre son temps » car « le temps qui passe joue pour nous tous un rôle essentiel qui affine, assouplit, qui révèle, qui exulte »Et corollaire de ce sens du temps celui de la nature « Nous avons le devoir, en respectant notre terre, en la faisant vivre, de préserver tout ce que la nature et l’homme ont construit ensemble. Cette responsabilité doit être notre première préoccupation car l’homme peut commettre des erreurs irréparables. » Alors, quoi de plus naturel que « Pierre-Henry Gagey refuse les « vins d’apparence », où l’homme ne sait pas s’effacer. Il n’est ni pour la douteuse ostentation, ni pour le masquage, ni pour la sucrosité, mais pour des vins de parole ; sa sensibilité le porterait vers ces vins « assaisonné d’esprit » de Saint-Simon. »

 

Le Sommaire de ce livre : Avant-Goût par Pierre Richard, puis Abécédaire d’une hédoniste récidiviste, Portraits d’Esthètes-Gourmands, Questions pour Esthètes-Gourmands, Sous leur regard : Envie de recettes, Les mots pour le dire index des termes, Un monde idéal Carnet d’adresses... 25 personnalités dont Bartabas, Alain Passard, Pierre Richard, Michel Bras, Pierre Hermé, Michel Troigros, Olivier Baussan, Pierre Gagnaire, Hervé This etc. et pour nous Pierre-Henry Gagey. À lire avec gourmandise car dans la famille Gagey on naît et on n’est gourmand de père en fils...


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QUESTIONS  POUR ESTHÈTES-GOURMANDS : PIERRE-HENRY GAGEY

 

1-      Un plat traditionnel qui vous est cher ?

Bien évidemment, c’est une recette de ma mère ! Recette typique de la Bourgogne où je puise mes racines : c’est une daube, mais pas ordinaire, ni banale – la viande de bœuf marinée dans une lie de grand vin juste tirée du fût, crémeuse, violine, et si délicieusement parfumée. Quand ma mère recevait un grand chef à la maison, il avait toujours droit à ce plat chez nous mythique.

 

2-      Un ingrédient qui vous remonte le moral ?

Un ingrédient je ne sais pas...mais un  bon sandwich jambon-beurre (avec le pain exquis de la Meulière à Chalon-sur-Saône et du vrai jambon), quelques cornichons, une bonne bière me donnent un bon coup de fouet en cas de baisse de régime.

 

3-    Ce qui crée selon vous l’harmonie d’un plat ?

Sa simplicité, le bon dosage des ingrédients et une cuisson parfaite.

 

4-      Les critères qui déterminent la réussite d’un repas ?

Ils sont nombreux, mais quatre d’entre eux dominent : la qualité de la matière première, les convives, les vins, la manière dont la table est décorée.

 

5-   Une saveur dont vous ne sauriez-vous passer ?

L’huile d’olive toscane qui agrémente tous nos repas.

 

6-   Un dessert où vous appréciez l’association du sucré et du salé ?

Le bon gâteau au chocolat dont chaque famille croît posséder la meilleure recette, réalisé avec du beurre salé, indémoulable et bien « taqué » au milieu.

 

7-    Un plat audacieux ?

Des cuisses de grenouilles exquises, légèrement aillées, servies à Londres à l’occasion du Conseil d’administration d’une grande banque anglaise.

 

8-      Un plat que vous cuisinez à l’infaillible puissance de séduction ?

C’est ma femme qui cuisine et cela marche à chaque fois : selon l’inspiration du jour, sans recette, à la dernière minute, avec les bons produits qu’elle a sous la main.

 

9-   Une saveur acide que vous appréciez ?  

J’adore l’acidité dans les plats, dans les vins, qui exulte tous les arômes. Cette acidité doit être naturelle et provenir des produits eux-mêmes, par exemple un Puligny-Montrachet Premier Cru les Pucelles 1996 de mon amie Anne-Claude Leflaive : pur sang, minéral, expriment si bien le calcaire de Bourgogne.

 

10-  Une association courante de saveurs qui vous semble vulgaire ?

Un gratin de chou-fleur trop cuit : l’aspect, la couleur, l’odeur, la texture et la saveur sont le comble de la vulgarité.

 

11-   Un plat dont vous parlez encore ?  

Pour fêter ses 20 ans de fourneaux, Jacques Lameloise nous a préparé (pour 100 personnes !) un foie chaud poêlé, subtilement salé, croustillant, délicieux, inoubliable... J’en salive encore !

 

12-  Un plat qui a de l’humour ?

Le fameux cigare de Michel trama (Les Loges de l’Aubergade à Puymirol) aux incomparables saveurs de havane.

 

13-  Un légume que vous appréciez au dessert ?

Aucun. Par contre, je mange chaque fois que c’est possible une glace à l’estrgon accompagnant une fine tarte chaude aux pommes.

 

14-  Le plat qui vous a le plus surpris ?

Celui que je mangerai demain...

 

15-  Une astringence plaisante ?

Comme l’acidité, j’aime l’astringence, la vraie, la noble, porteuse de terroir et de caractère. Je déteste bien sûr l’astringence sèche, mais une bouteille de Château Lafite parfois un peu ferme et astringent est tellement supérieure aux vins trop tendrs et acidulés que le monde moderne produit aujourd’hui.

 

16-  Une pâtisserie d’enfance que vous ne remangerez plus ?  

Malheureusement, le gâteau à la peau de lait de mon enfance dont j’ai encore le goût à la bouche.

 

17-  Un mets érotique ?

Le baba au rhum. Pourquoi ?

 

18-  Une amertume intéressante ?

Là encore, comme l’acidité et l’astringence, j’aime une légère amertume dans les plats. La cuisine japonaise lorsqu’elle est bien contrôlée peut donner parfois une amertume délicate exquise.

 

19-  Le lieu le plus insolite pour se délecter d’un dessert ?

J’adore les desserts et j’en mange tous les jours en tous lieux.

 

20- Un plat triste ?

Les carottes Vichy : on m’en réservait jusqu’à je finisse mon assiette lorsque j’étais enfant et ce cauchemar est toujours présent dans mon souvenir.

 

21-  En quoi l’imaginaire participe de votre plaisir gastronomique ?

L’imaginaire, pour moi, c’est le futur plus que le passé. J’aime imaginer ce que je mangerai et boirai demain et j’essaie (c’est parfois difficile) d’éviter la nostalgie. Bien sûr le souvenir du goût est un sentiment délicieux.

 

22-  Quelle est la place du rêve dans votre métier ?

Dans mon métier, le rêve est pour nos clients. Produire un grand vin, c’est faire confiance à la terre et parfois à des éléments que nous ne dominons pas et ne comprenons pas. L’irrationnel fait partie intégrante de notre vie et c’est franchement ce qui nous excite le plus.

 

23-  Un mets ironique est-il possible ?  

Un hamburger au foie gras poêlé... Qui fait un pied de nez à Mac Do.

 

24-  En voyage à l’étranger quelle part de la gastronomie française vous manque ?

Les fromages sans aucun doute.

 

25-  Quelle importance accordez-vous à la dernière bouchée ?

La dernière  bouchée, c’est comme la dernière bouteille d’un grand vin que vous buvez pour la dernière fois. J’aime à penser que c’est un moment unique qui ne se reproduira plus. C’est aussi pour cela que je l’aime.

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /Août /2010 11:00

Il est américain comme Parker et un film l’a rendu célèbre, il dit de lui « je ne pense pas être uniquement le produit de ma classe, d’un cosmopolitisme urbain. Ça fait partie de ce que je suis, certes, mais ça ne détermine pas mes goûts. J’aime vivre à la campagne, loin des villes, avec les paysans, les vignerons ». Dans Télérama il déclarait :

 

« En matière de vin, c'est pis. Le vin terrifie les gens, parce qu'il est lié à l'identité de la France. Chaque Français pense qu'il se doit d'avoir un avis, alors que le vin ne fait plus partie du quotidien de beaucoup de gens depuis une trentaine d'années. Les gens ont d'autant plus peur qu'ils n'ont pas de repères et doivent affronter, en plus, snobisme, prétention, imposture...

Et puis, on ne peut saisir d'un vin que des expressions momentanées, jamais son essence. Ce vin d'Anjou qu'on est en train de boire est affecté par l'ambiance de ce bar, surchargée d'egos, d'effluves climatisés contraires à l'essence d'un vin naturel. On est tous aplatis, ici. On l'aurait bu tranquillement à la maison, entre amis, avec peut-être un peu de vent passant par la fenêtre, il aurait été tout autre... C'est pour ça que les jugements définitifs sur les vins, sans parler des notes de Robert Parker, sont parmi les plus grosses conneries de la planète. »

 

 17ième question : Nom et prénom de ce charmant garçon ?

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Voir la vie en rose avec que des belles choses pour cette 17ième  Question : , le rosé d'une nuit du Château de Corcelles en Beaujolais de Corinne Richard-Saier, la Lampe de Méduse rosé 2009 Côtes de Provence d’Aurélie Bertin du château Ste Roseline et Le Gris Blanc 2009 de Gérard Bertrand et une surprise Corse.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Concours
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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /Août /2010 00:09

Bordeaux, paradis de mes anges

Olympe de mes Dieux, Bordeaux,

J’irai te chanter des louanges,

La besace homérique au dos...

Toujours aussi porté sur la poésie que sur le vin voilà donc notre bourguignon chevauchant Pégazou aux portes de Bordeaux. Il a pris tout son temps, la Charente, le Périgord, il affute sa plume « Et saint Jean me rappelait le principe fondamental : « Ne laeseris vinum ». Ne faites pas mal au vin ! Il fait style « je dirai donc que je suis entré dans le Bordelais sous un arc de triomphe : Montaigne était la première colonne, Saint-Émilion fut la seconde. Il n’y a pas de déshonneur à aimer le vin. Comme Villon, j’avouerai un jour que...

             de la grosse bouteille...

J’ay maintes fois tiré l’aureille.

Dumay déclare qu’il n’est pas venu à Saint-Émilion chercher et lire les œuvres du poète local : Ausone dont Thibaudet dira qu’il fut, quoique latin, « le vrai doyen de la littérature française ». Ironique notre bourguignon note que l’opinion d’Ausone sur ses œuvres est empreinte d’une qualité rare à Bordeaux, la modestie, «Si l’on vendait cela aux enchères, Afranius n’en donnerait pas un zeste, ni Plaute un pépin. »

Invité par le syndicat d’initiative de Saint-Émilion, notre Replongeard redoute la fanfare et un triste déjeuner puisqu’on l’a prévenu qu’il aurait « monsieur le maire, monsieur le premier adjoint au maire, monsieur syndicat... » Il se trompait, à midi pétante « quand Pégazou vint se ranger sur la petite place de l’église d’où l’on a une si jolie vue sur la ville, récif doré accroché dans le vignoble vert. Ni musique ni pompiers, mais trois hôtes charmants qui m’installèrent près d’une fenêtre d’où j’avais vu sur les vignes. »

Parmi ses hôtes M.Capdemourlin, président du syndicat vinicole, et tous de parler « de Stendhal, des danseuses du Grand Théâtre de Bordeaux, de l’histoire de Saint-Émilion et, par accident, semblait-il, des vins du Bordelais... pas de Bordeaux. Dumay est un coquin, il met le pic de sa plume toujours au bon endroit. Et voilà que notre et ses hôtes de livrent aux plaisirs de l’histoire « Le vin, connu et célébré depuis si longtemps, est en réalité une création récente. Pendant des siècles, il fut but jeune et frais » Suivent deux belles pages sur lesquelles je reviendrai dans une prochaine chronique estivale.

« Nous avions commencé par un clos-Fourtet corsé, presque rugueux, un peu trop jeune. Adolescent, le vin de Saint-Émilion est dur, « casse gueule », dit-on dans le précis langage vigneron. L’âge lui donne cette souplesse de velours qui se révéla au cap-de-mourlin et devint  pâaamante, comme eût dit une héroïne de Colette, avec le château-Ausone (gloire moins discutée que ses vers latins) dont la source appartient à l’un de mes hôtes, M.Dubois-Challon. »

Suis un morceau de choix dont nos présents littérateurs viniques devraient méditer «En silence, nous faisions tourner la liqueur rouge dans nos grands verres. Elle se creusait au centre, montait à ras-bord. Une rose charnue et souple semblait éclore entre nos doigts. Elle avit plus qu’un parfum, un fumet un peu sauvage qui plaît fort aux gens civilisés. Devant cette bouteille ténébreuse, nous eûmes un instant de recueillement qui dépassait le plaisir de boire. Une phrase    liturgique de Mauriac me revenait à la mémoire. « Le soleil est réellement dans chaque grain de chaque grappe. » Pas seulement le soleil, mais un long passé plein de luttes, de déboires, d’erreurs, de succès, de travail et d’intelligence. Un chef d’œuvre comme le château-Ausone appartient à la race toute entière. À travers lui, on rend hommage à tous les Français et si tant de poètes vont puiser leur esprit dans les bouteilles, c’est que des millions de paysans taciturnes y déposèrent le leur. »

Dumay est grand et je suis sûr que l’ami François le Débonnaire, en goûtant ces lignes, sera proche de l’extase !

Après cette belle envolée Le Bourguignon s’interroge « Vais-je rouvrir la fameuse querelle des bordeaux et du bourgogne ? » Qu’il est révélateur ce pluriel et ce singulier... Sa réponse, comme toujours, est tout en finesse. « Un mien compatriote, président de quelque parlement, se refusait à rendre une sentence dans ce procès, ayant trop de plaisir, disait-il, à examiner les pièces. Outre mon incompétence, j’arguerai d’une sorte de malchance. Si j’ai tant apprécié le Saint-Émilion, c’est qu’il ne m’a point surpris. Il passe pour le bourgogne de Bordeaux. Vin mâle, il s’oppose aux vins femelles du Médoc. Et puisque, dès qu’il s’agit de verres et de bouteilles, nous avons toujours la ressource de faire donner la garde poétique, j’appellerai à mon secours le cher Monselet :

Au seul Bordeaux toujours fidèle

Buveur d’hier et d’aujourd’hui,

J’admets que pour plus d’un rebelle

L’éclair d’un autre vin ait lui.

 

À quoi bon fuir le parallèle

Avec un loyal ennemi ?

Disons que le Bordeaux c’est Elle

Et que le Bourgogne c’est Lui.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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