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Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /Juil /2010 00:09

Depuis 1976, l’Union Européenne en matière de plantation nouvelle de vignes vit sous un régime général d’interdiction de planter qui souffre des exceptions, gérées au niveau des états membres (en France via les syndicats de défense devenus des ODG et l’INAO et l’ex-ONIVINS fondu dans FranceAgriMer), pour les vignobles de vins à Indication Géographique : AOC et Vin de pays dans l’ancienne terminologie. L’organisation commune des marchés (OCM unique) prévoit, qu’au-delà du 31 décembre 2015, avec possibilité pour les Etats membres de le maintenir pour tout ou des parties de leur territoire jusqu’au 31 décembre 2018, le régime dit des droits de plantation sera supprimé.

 

Cette décision communautaire, outre qu’elle permettra aux Vins sans Indication Géographique – auparavant dit Vins de Table – qui n’en bénéficiaient pas, de faire croître leurs superficies plantées, va aussi induire une dérégulation qui peut s’avérer dommageable dans les aires d’AOC où les surfaces non plantées sont, dans beaucoup de régions, équivalentes à celles plantées. Le Ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, en confiant à Madame Vautrin, députée de la Marne, une mission sur « les voies et moyens d’une nouvelle régulation » a remis l’ouvrage sur le métier. Ayant participé à ce travail je ne puis m’exprimer sur la question.

 

Pour vous informer j’ai donc décidé de donner la parole à 2 acteurs majeurs de la vallée du Rhône : Christian Paly et Michel Chapoutier. Deux fortes personnalités qui se côtoient au sein d’Inter Rhône. Le questionnement a été réalisé sans communication entre les deux interviewés et j’ai attendu la réception des deux avant publication. L’ordre de passage est celui de l’arrivée des réponses. Il va s’en dire, mais ça va mieux en le disant, que les propos que vous allez lire aujourd’hui et demain, n’engagent que leurs auteurs et les organisations qu’ils représentent. Telle est la fonction de mon « espace de liberté » et, bien évidemment, il reste ouvert à tous ceux qui souhaiteraient contribuer au débat.

 

Aujourd’hui donc, la parole est donnée à Christian Paly qui a présidé au devenir de la CNAOC juste avant l’ami Pierre Aguilas. Etant donné que c’est un jeune homme, et que je suis moi une barbe grise, nos routes ne se sont que peu croisées lorsque j’étais aux manettes. Christian Paly a du talent, pugnace, il fait parti de ceux qui aiment mener les combats difficiles. Vigneron à Tavel, il préside aux destinées de la cave de cette appellation bien connue. Depuis décembre 2008, Christian Paly a été élu pour trois ans à la présidence d’Inter Rhône ce qui fait de lui un des grands acteurs du monde de la production. Au plan international Christian Paly est l’un des dirigeants d’une nouvelle organisation : l'Efow qui regroupe la Confédération nationale des producteurs de vins d'appellation d'origine (Cnaoc) pour la France, ses équivalents italien (Feferdoc), espagnol (CECRV) et hongrois (HNT), ainsi que l'Institut portugais des vins de Porto et de Douro. Le président de l'Efow, l'Italien Riccardo Ricci Curbastro, lors de la création a souligné la communauté d’intérêts sur certains sujets et tout particulièrement la suppression programmée du système de contrôle des droits de plantation des vignes. Il était donc tout désigné pour donner le point de vue des producteurs sur le dossier des droits de plantation. Merci beaucoup Christian Paly d’avoir accepté mon invitation sur mon Espace de Liberté.

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1ière Question : Un de mes lecteurs, Daniel Berger, grand amateur de vin, mais aussi bon connaisseur de notre réglementation, me posait la question l’autre jour : cette histoire de droits de plantation c’est encore une histoire française, un truc de défense de droits acquis. Christian Paly vous êtes SG de l’EFFOW alors expliquez lui en quoi votre combat pour le maintien de l’interdiction de planter sur le territoire de l’UE, exception faite des AOP-IGP, est soutenu par les autres pays producteurs de vins à Indication Géographique.

 

Christian Paly : Tout D’abord, je voudrais préciser à votre lecteur, Daniel, que je ne connais pas d’activité économique ou d’entreprise privée qui libéraliserait sa production manufacturière lorsque les marchés sont tendus ou à peine équilibrés. La régulation a toujours fait partie de la donne économique, y compris libérale. En second lieu, il ne s’agit pas d’une « coquetterie » française, l’ensemble des pays producteurs membres de EFOW sont sur la même longueur d’onde : les droits de plantation sont un outil privilégié de régulation à part entière et à sauvegarder.

 

2ième Question : Après l’épisode : seul le marché décide, l’heure est à la régulation. En quoi dans le modèle AOC où les producteurs ont la main au travers de l’INAO sur leur rendement, la gestion administrée des droits de plantation constitue-t-elle un outil de régulation de la production ? Quels sont les arguments que vous avancez Christian Paly pour, qu’avant l’échéance de 2015, la Commission fasse une proposition au Conseil des Ministre afin que celui-ci revienne sur le Règlement de l’OCM Vin qui libéralise la plantation de la vigne dans l’UE ?

 

Christian Paly : Il faut le dire haut et fort, il n’existe pas de secteur économique fort, ou la plus value est équitablement répartie, sans un minimum de régulation. Ce n’est pas être un enfant de Karl MARX que d’affirmer ça. L’économie libérale a besoin d’outils d’équilibre. Les droits de plantation en font partis. Il faut savoir que de milliers d’hectares en Appellation sont potentiellement plantables du jour au lendemain en Europe. Vous pouvez imaginer les risques de déstabilisation des marchés qui pèseraient sur notre filière. De plus, la gestion des plantations se situent très en amont du marché. Elle anticipe, donc, les risques de déséquilibre entre offre et demande. Elle n’est pas couteuse pour le contribuable, contrairement aux outils de régulation a posteriori (arrachages, distillations…). En fait, il ne faut pas confondre liberté et anarchie.

 

3ième Question : Christian Paly, cette fois-ci en tant que Président d’Inter-Rhône vous avez pris des positions très tranchées sur la ligne de partage entre AOP et IGP dans votre bassin de production. Comme les vignobles ne sont pas étanches pouvez-vous rappeler à mes lecteurs vos propositions et surtout leur expliquer en quoi elle permettrait de mieux réguler et segmenter le marché des vins de la vallée du Rhône ?

 

Christian Paly : La France a la chance de pouvoir développer en parallèle deux types de viticulture : celle des indications géographiques et celle plus « industrialisée » des vins sans indication géographique. Le RHONE est une région mixte ou l’on retrouve tous ces types de vins : AOC, IGP, VSIG. C’est un atout, à la condition de gérer, de travailler de concert dans le cadre d’une segmentation claire. Le rapprochement des travaux des deux interprofessions, INTERRHONE pour les AOC et INTERVINS SUD EST pour les IGP doit nous permettre d’améliorer la lisibilité de l’offre des vins rhodaniens, de mieux segmenter nos positionnements commerciaux et de dégager des synergies marketing et commerciales entre nos AOC et IGP. Il s’agit également de créer une capacité interprofessionnelle à gérer les volumes mis sur les marchés en cohérence entre AOC et IGP. Le monde des AOC et des IGP sont condamnés à travailler ensemble afin de mieux expliquer à nos clients l’offre de nos vins régionaux et leurs respectifs positionnements sur les marchés.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 00:02

J’ai beaucoup de respect pour le talent d’Enrico Bernardo élu en 2004 meilleur sommelier du monde à l’âge de 27 ans, pour preuve j’ai offert son livre « Savoir Goûter le Vin » chez Plon à Cédric jeune amateur de vin.

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Ce jeune homme distingué et raffiné se veut le héraut des grands vins, des vins de terroir qu’il met en avant dans son restaurant IL VINO 13, boulevard de La Tour Maubourg dans le VIIe arrondissement de Paris ouvert en 2007 et étoilé au Michelin dans la foulée.

enrico-bernardo.jpgJusqu’ici tout va bien, notre sommelier-restaurateur se situe dans une posture conforme à son statut de « coqueluche » d’un petit monde parisien qui n’aime rien tant que d’aller dans lieux où il faut aller afin de se donner le sentiment d’en être. C’est un marché fructueux et je n’aurai pas la mauvaise manière de reprocher à Enrico Bernardo de le cultiver.

 

Et puis, au détour d’une interview entendue lors de l’émission « On va déguster » sur France Inter voilà que cette star du VIIe arrondissement s’érige tout d’abord en juge inflexible : pour lui 90% des vins français valent au mieux le caniveau pour ensuite mieux se dresser en un procureur impitoyable pour qui les producteurs de ces vins feraient mieux de cultiver des carottes, pour enfin délivrer du haut de sa suffisance une sentence sans appel : 10% des vins français sont dignes d’être admis dans le Gotha des petits marquis du vin.

 

C’est beau comme l’antique non ! La foule des esthètes applaudit l’Imperator ! J’adore ! Je trouve que ce cher jeune homme atteint les sommets de la vulgarité. Mais bon c’est l’époque qui veut cela : plus c’est toc plus ça rapporte.

 

Et puis au fil des communiqués de presse estivaux que lis-je ?

Que le petit producteur italien, bien connu, Martini®, lance son SPUMANTE PERLA.

Fort bien me direz-vous mais que vient faire ce petit vin de terroir dans l’univers merveilleux d’Enrico Bernardo ?

 

Voilà la réponse :

 

L'EXPERTISE D'ENRICO BERNARDO

 

Elu en 2004 meilleur sommelier du monde à l'âge de 27 ans seulement, Enrico Bernardo a collaboré avec les œnologues dédiés aux produits MARTINI, Luciano Boero et Franco Brezza, pour créer Spumante Perla.

 

COMMENTAIRES DE DÉGUSTATION D'ENRICO BERNARDO

 

A L’OEIL

Une robe rose saumonée aux reflets étincelants

AU NEZ

Un bouquet raffiné aux notes finement mêlées de rose et de fruits rouges, tels que la framboise et la fraise des bois

AU PALAIS

Une saveur délicieusement douce et sucrée, ponctuée en fin de bouche par une note de fraise.

Une acidité bien maîtrisée confère à ce vin un bel équilibre.

 

C’est t’y pas beau ça braves gens ? Pour augmenter votre plaisir je vous livre la littérature qui va avec le produit. C’est beau à faire pleurer dans les chaumières des Corbières. Vraiment je propose un triple ban pour ce cher Enrico Bernardo jamais avare de donner un coup de main au petit producteur de terroir qui sue sang et eau pour extraire de la terre ce qui pourra devenir peut-être un jour le sang du Christ ou même ses larmes...

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UN SAVOIR FAIRE ITALIEN EXCEPTIONNEL : LA METHODE MARTINOTTI

En 1895, Federico Martinotti met au point une méthode révolutionnaire pour élaborer un nouveau type de vin italien équilibré et finement pétillant. Ce processus consiste à réaliser une seconde fermentation dans une petite cuve au lieu de le mettre à refermenter directement en bouteille. Grâce au contrôle du processus de fermentation, Martinotti obtient un vin d’une qualité constante et exceptionnelle. L’arrêt de la fermentation au milieu du processus – avant que le sucre du raisin n’ait eu le temps de fermenter complètement – confère au produit une saveur naturellement douce et légère.

Authentique hommage aux terres ensoleillées de la Méditerranée, SPUMANTE PERLA célèbre la rencontre d’une nature prodigue et d’un savoir faire ancestral, cultivé et enrichi par MARTINI® depuis 1863.

DES INGREDIENTS DE QUALITE

Issus de producteurs locaux soigneusement choisis par MARTINI® pour la qualité de leurs raisins, les vins sont sélectionnés selon un critère “d’équilibre parfait” entre les quatre saveurs fondamentales (sucré, salé, amer, acide) puis délicatement assemblés jusqu’à obtenir cette harmonie aromatique complexe qui confère à SPUMANTE PERLA sa saveur incomparable, à la fois intense et agréablement fruitée.

SPUMANTE PERLA, DES AROMES RAFFINÉS DÉLICATEMENT FRUITÉS

Sous son étincelante robe rosée perlée de fines bulles, SPUMANTE PERLA dévoile un éventail aromatique tout en finesse et en élégance, exhalant des arômes délicats de fruits rouges et de fleurs.

 

À votre avis serais-je le bienvenu à IL VINO lorsque j’y pointerai mon nez de « dégustateur imposteur » en costar Victoire ? Dites-moi tout ! Rassurez-moi, j’angoisse !

 

Pour ceux qui voudraient déguster comme je suis bon zig et que je ne touche aucune royaltie  :

 

OU RETROUVER SPUMANTE PERLA ?

SPUMANTE PERLA est disponible :

- chez Monoprix, Monop' et Auchan

- chez certains cavistes des grandes villes

- dans les épiceries fines parisiennes : Lafayette Gourmet, la Grande Epicerie de Paris, le Publicis Drugstore.

Dans le circuit CHR (Cafés Hôtels Restaurants), Spumante Perla sera à la carte des restaurants italiens Fuxia et d'établissements tels que le Mood, le Café Etienne Marcel, le Cineaqua, le Bus Palladium, le Saut du Loup...

Prix moyen observé : 11.63 la bouteille de 75cl.

Source: Nielsen

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 00:09

De doctes experts se penchant sur le berceau des vins dit de qualité décrètent, sans possibilité d’appel, « au-dessous d’un prix de vente de x euros – le chiffre variant en fonction du poids spécifique médiatique du dit expert – un vin n’est pas digne de se voir décerner le titre d’AOC ». Ça a le mérite de la simplicité, ça frappe les esprits simples mais c’est pourtant souvent une idiotie. En effet le prix de vente au consommateur n’a, parfois, que peu de corrélation avec le prix de revient du vin.

Je rappelle à ceux qui s’en soucient comme de leur première chemise que dans la valeur du vin, comme dans toute activité économique, il y a la valeur du travail de celui qui cultive la vigne, fait le vin, le vend, la rémunération du capital engagé pour le foncier, l’exploitation. Quelle que soit sa dimenssion une entreprise vigneronne se gère, a un banquier, des clients, des fournisseurs. Bref, au bout du bout le prix des vins qu’elle propose sur le marché va bien sûr, autant que faire se peut, dépendre de ce qu’il lui a coûté mais aussi de bien d’autres facteurs qu’elle ne maîtrise pas forcément : notoriété de l’appellation, sa notoriété propre, le volume global de la récolte, la qualité du millésime, l’état de la demande locale, du marché domestique ou d’exportation, sa présence commerciale, sa politique de prix...

Ce que beaucoup de ces messieurs qui ne s’intéressent qu’à la bouteille ignorent ou feignent d’ignorer c’est la marge très large qui existe entre la survie d’une entreprise, son pur maintien juste au-dessus de la ligne de flottaison, sa prospérité et somme toute sa pérennité.

Combien de vignerons rémunèrent-ils correctement la somme de travail engagé, tout particulièrement dans l’acte commercial ?

Combien sont en capacité de le faire pour leur capital d’exploitation ?

Je n’ose aborder la question du foncier où le faire-valoir direct mine beaucoup de nos exploitations viticoles.

L’avenir étant à une viticulture de précision, soucieuse à la fois de l’environnement, de la qualité sanitaire de la vigne et du raisin, minorant ainsi les intrants et leurs coûts afférents, le prix du vin doit être appréhendé par rapport à sa capacité, dans un système de production donné, à permettre à une entreprise vinicole d’assurer sa pérennité. Donc au-delà des approximations, des points de vues à l’emporte pièce, du toujours moins de rendement comme seule variable qualitative, des interdits collectifs sur l’appréhension du stress hydrique, ce qui importe c’est la capacité de notre viticulture, segment de marché par segment de marché, à faire accepter un positionnement prix lui permettant d’assurer son développement.

Et c’est bien là où tout ce complique. En effet, le vieil adage, « Le cher est toujours meilleur marché » qui m’a servi de titre, qui signifiait que le niveau du prix était à coup sûr gage de qualité, qu’ainsi une bonne paire de chaussures valait mieux que 3 paires de godasses à deux balles, n’a plus vraiment cours.

Parfois les prix sont tombés sur la tête, ou plus précisément ceux qui les fixent ou ceux qui les acceptent l’ont perdue comme le dit avec son bon sens charentais, Alfred Tesseron de Pontet-Canet « Si j’annonce un prix trop bas, on traduit que le vin est mauvais, si j’affiche un prix trop haut, on me prend pour un cinglé. Le job des courtiers est de dire ce que je viens de dire en des termes diplomatiques » C’est fabuleux, inouï, stupéfiant, qu’en ce début du XXIe siècle dominé par l’instantanéité électronique il faille encore des missi dominici, des hommes en chair et en os, qui jouent les intermédiaires entre une petite poignée de propriétaires et une grande brassée d’acheteurs.

Et pendant ce temps-là « Plus de la moitié des producteurs de Bordeaux sont en difficulté financière », titrait le magazine Decanter. À côté des 700€ la bouteille des douze grands châteaux, « le prix de la barrique de 900 litres – 1200 bouteilles- fixé par les courtiers et négociants de l’AOC Bordeaux est tombé à 600€ », écrit Jane Anson à Bordeaux. La journaliste cite Bernard Fargues, président du Syndicat de Bordeaux : « Les producteurs qui sont en difficulté ne sont pas en mesure de résister à la pression de chute des prix ». 

Si je cite les difficultés de la viticulture bordelaise c’est pour des raisons de proximité géographique mais, sans atteindre de tels écarts, le fossé se creuse dans toutes les grandes régions entre une viticulture en capacité de capter de la valeur sur le marché en le persuadant que « le cher est toujours meilleur marché » et une autre qui subit, d’enfonce, bataille encore en tirant toujours plus sur les prix, vit d’expédients ou de fuite en avant.

Et qu’on ne vienne pas me dire que, même elle y a aussi sa part, c’est le pur résultat de la mondialisation. En effet, ces vins du bas – aussi bien des AOC que des vins de Pays – qui garnissent largement les rayons de la GD et du hard-discount se bataillent sur le marché domestique français où la concurrence se fait essentiellement entre les grandes régions de production. Bien sûr la crise mondiale, qui a frappé très fort les vins exportés, a provoqué un effet de repli de vins d’en haut vers le marché français, à des prix cassés, qui n’a fait qu’empirer la situation.

Comme nous avions tenté de l’expliquer dans notre note stratégique Cap 2010 ce que nous allions devoir affronter n’était pas une simple crise d’ajustement mais un changement d’ère. Nos concurrents produisaient du vin alors que nous continuions de nous accrocher à un modèle tout AOC générateur de nivellement et d’absence de réelle gestion de notre ressource raisin. Certains, les tenants de l’immobilisme, ont amusés la galerie en laissant accroire que nous voulions saper le bel édifice des AOC alors que nous souhaitions lui redonner tout son sens. Ce n’était ni pour faire joli, ni pour faire plaisir aux docteurs de la loi mais tout bêtement pour que notre viticulture, dans toute sa diversité, puisse vivre.

Pourquoi cette nième piqure de rappel ? Tout bêtement pour répondre au questionnement de beaucoup – je l’ai vérifié lors de l’émission de France Inter « On va déguster » – mais cette histoire européenne d’AOP et d’IGP et de vin sans IG ça sert à quoi au juste ?

Ma réponse est sans ambigüité : à strictement rien si certains de nos vignobles, par la voix de ceux qui en ont la charge, se refusent à adapter leurs conditions de production aux vins qu’ils veulent mettre sur le marché.

En clair produire le raisin dans les conditions économiques optimales par rapport au segment sur lequel le vin sera vendu : mieux vaut faire un bon vin de pays qu’une AOC ni bonne ni mauvaise mais qui n’intéresse plus grand monde. De même certains vins de pays volumiques seraient bien inspirés d’aller chercher leur salut du côté des vins sans IG. Le temps de la bistrouille, des raisins voyageurs, des acrobaties diverses et variées, des assemblages incertains devrait être derrière nous.

L’AOC est certes toujours un droit que l’on peut revendiquer pour ses vins mais se faisant elle se dénature en laissant la porte ouverte à ceux qui veulent à Bruxelles la noyer dans le grand tonneau des IGP ou à ceux qui en tireront des dividendes en produisant des vins de qualité dans de biens meilleures conditions économiques. Ainsi va la vie, la France peut très bien abandonner sa position de grand pays généraliste du vin tout d’abord à ses voisins espagnols et italiens mais aussi à ceux des nouveaux venus qui sauront mieux que nous conjuguer le Vin dans tous ces états. Pas grave diront les grands maîtres du vin mais à propos « de quoi vivrons-nous demain ? »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 02:09

Après une bonne heure d’escale, lorsque nous remontâmes dans l’appareil l’une des hôtesses, avec une prévenance et un large sourire qui nous étonnaient, nous pris en charge pour nous conduire tout au fond de l’appareil où, derrière une cloison, une cabine de 4 sièges couchettes était aménagée. « À qui devons-nous ce luxe ? » Elle me répondait en nous tendant des couvertures « Au commandant monsieur...» Sa réponse, bien évidemment, ne me surprenait guère mais la soudaine sollicitude du chef de bord continuait de m’intriguer. L’hôtesse très à l’aise – nous la sentions heureuse,  pour elle refaire des gestes, qu’elle avait du faire des milliers de fois en Première Classe au temps où elle servait dans une grande compagnie, lui redonnait un peu de sa dignité perdue – déposait sur nos fauteuils un nécessaire de toilette et des masques oculaires. Je réattaquais « Mais pourquoi maintenant ? » Son sourire s’élargissait, ce qui donnait à son visage flétri un peu de sa splendeur passée. « Un message radio monsieur... » Pas de doute, ce tordu de Bob Dole avait tout manigancé, premier acte la loi commune afin de nous mettre en condition, nous laisser présager un voyage d’horreur au milieu de la piétaille ; acte deux les privilèges d’une cabine de 1ière. Avant de prendre congé l’hôtesse nous indiquait que nous disposions à la fois de sanitaires personnels, d’un petit réfrigérateur contenant des boissons et qu’elle viendrait une heure avant l’atterrissage nous prévenir et nous porter un petit déjeuner. Nous la remerciâmes avec déférence.

 

Chloé et moi, depuis nos retrouvailles impromptues, n’avions guère eu le temps d’échanger. La touffeur tropicale nous ayant transformé en serpillière nous allâmes nus comme des vers faire nos ablutions dans le cabinet de toilettes. Par je ne sais quel miracle l’eau était fraîche et, contrairement à la réaction ordinaire où le froid provoque une rétraction, le petit zizi sucre d’orge, là je triquais comme un cerf. Chloé s’en réjouissait avec une pointe d’ironie « C’est sans doute pour te faire pardonner ta longue liste d’infidélité mon beau légionnaire. Je sais, tu étais en service commandé. Tu travaillais pour le rayonnement et le prestige de la France. Mais, en bonne italienne que je suis, j’estime qu’il va te falloir te racheter une conduite. Me prouver ta flamme, ton ardeur et surtout, à partir de cette minute, zéro écart. » Elle paraissait aussi sérieuse qu’une mère supérieure, sauf qu’elle était nue. J’adoptais le profil le plus veule du repenti en allant frotter mon ardeur entre ses belles fesses. « Cette pétasse de Jeanne, elle baisait bien ? » Là je sentais que c’était du sérieux Chloé ne jouait pas la comédie, elle sortait ses griffes de tigresse. Plutôt que de me lancer dans un malheureux plaidoyer je me résolvais à la manière forte. Elle se débattait. Je la soulevais pour la déposer sur le lavabo. Mon assaut fut bref mais intense, sauvage, jamais un sexe de femme ne me parut aussi dur, aussi résistant, pour, dans les quelques secondes qui suivirent, se transformer en une onction lubrifiée. Je retins mon éjaculation, la dosais, il me fallait mâter Chloé. Ne pas la lâcher une seconde, je la transportais sur son fauteuil couchette pour attiser son sceptre dressé. Nous traversions une zône de turbulences, pleine de trous d’air, ce qui me donnait un avantage supplémentaire. L’orgasme de Chloé fut cataclysmique. Quand elle revint sur terre, laconique, je lui balançais, « Tu aimes trop les filles ma belle ! » Chloé se contentait de réveiller mon ardeur.

 

Lima quatre du matin, dans le hall de l’aéroport nous croisIons des français qui eux allaient rembarquer : la fine fleur d’intellos de gauche de province pour qui le Nouvel Observateur avait organisé une virée dans le Chili d’Allende. Ils râlaient, même s’ils étaient bronzés, je les sentais crevés, au bord de la crise de nerfs. Chloé ne passait pas inaperçue, surtout auprès des quadragénaires de son sexe, des groupies de Simone de Beauvoir, qui lui arracheraient sans nul doute avec plaisirs ses beaux yeux et tout et tout pour se venger de son insolente beauté. À l’écart une grande bringue qui avait vécu quelque temps avec nous dans notre phalanstère de Berlin-Ouest nous hèlait. Elle revenait de Cuba. Elle nous présentait son compaňero, un petit Colombien taciturne. Autour de Coca tièdes, Ida nous apprenait que celui-ci filait vers le Chili en autocar le lendemain. Sans même consulter Chloé, rien que pour bouleverser le plan de Bob Dole qui prévoyait qu’un de ses agents viendrait nous déposer une voiture à notre hôte je proposait de l'accompagner. Calum notre bolivien de service connaissait un hôtel pas cher du côté de la Plazza de Armas. Bonne pioche, chambre sans fenêtre avec vasistas pour la volée de moustiques goulus, colonie de cafards en procession, lits défoncés, chiottes pestilents, Chloé restait de marbre et, enduit de jus de citron, nous nous endormions en dépit des piqués des escadrilles de buveurs de sang. Le matin tour en ville, des policiers, des petits Indiens, partout, bottés, exhibant de vieux P.M allemands. Au milieu de la Place d’Armes une monstrueuse statue de Francisco Pizarro González, marqués de los Atabillos, François Pizarre en français, l’un des plus fameux conquistadores espagnols venu soumettre l’Empire Inca, mort à Lima, avec son socle des têtes d’Indiens, « SOMOS LIBRES », du n’importe quoi. La garde du palais du général-président était granguignolesque : des petits Indiens en uniformes de lanciers, culotte rouge, veste bleu-roi. Nous échouions enfin dans la grande rue commerçante bordées de vitrines qui se voulaient un échantillon de notre luxe occidental.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 00:04

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L’Algérie, lorsque j’usais mes fonds de culotte sur les bancs de l’école primaire Ste Marie à la Mothe-Achard, dans nos livres d’histoire et de géographie, était française : 4 départements : Alger, Oran, Constantine et un peu plus tard celui de Bône (redécoupage du département de Constantine) et les Territoires du Sud. En 1941, ils furent numérotés à la suite des départements français de 91 à 94. Ironie de l’histoire, le 93 fut attribué au département de Constantine qui fut le foyer de l’insurrection du
1er novembre 1954. C'est la «Toussaint rouge». Les seules victimes européennes sont un couple de jeunes instituteurs Guy et Janine Monnerot. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Le ministre de l'Intérieur de l’époque François Mitterrand, promet de mettre tout en oeuvre pour arrêter les «hors la loi» et il déclare le 12 novembre 1954 : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement. C'est la Constitution et c'est notre volonté». Le gouvernement de Guy Mollet va y envoyer le contingent. Le service militaire va être porté à trente mois et les effectifs engagés dans ce que l'on appelle les «opérations de maintien de l'ordre» ne tardent pas à atteindre 400.000 hommes.

Contrairement au conflit indochinois où ce n’étaient que des « engagés volontaires » cette sale guerre qui n’en portait pas le nom nous touchait de près : nos voisins, nos frères partaient en Algérie. Mon frère aîné, Alain, affecté sur la ligne Morice, sera de ceux-là. Nous attendions ces lettres avec angoisse et plus encore nous redoutions de voir le maire ou les gendarmes s’encadrer dans la porte pour annoncer une funeste nouvelle. Nous ne comprenions pas trop les enjeux de cette Algérie française, si lointaine, avec ses colons, grands et petits, sa population européenne bigarrée, ces « indigènes » dont nous ne connaissions pas grand-chose et ces « fellaghas » contre lesquels nos frères allaient en opération dans le djebel. Mon frère est rentré. Il n’a guère parlé de sa « guerre », c’était une tradition familiale Louis mon grand-père : 4 années de guerre s’ajoutant à 3 de service militaire et Arsène mon père blessé en 1939, ne nous ont jamais abreuvé du récit de leur temps sous les drapeaux.

Moi je n’ai jamais porté l’uniforme mais j’ai effectué mon Service National comme VSNA, 18 mois à l’Université de Constantine comme maître de conférences. J’ai donc vécu deux années en Algérie sous le régime « socialiste » du colonel Boumediene affligé de toutes les tares de la bureaucratie et de la toute puissance des militaires. Comme dans tous les régimes dictatoriaux à discours marxisant la dérision entre 4 murs était le seul oxygène de mes étudiants et étudiantes ( parmi lesquelles il y avait la petite fille de Ferrat Abbas le pharmacien de Sétif) : la plaisanterie la plus prisée étant, lorsque nous faisions la queue pour obtenir une bouteille de gaz, « pour qui sonnait le gaz ? » en référence à la Société Nationale en charge du Gaz : la Sonelgaz qui, dans un pays recelant de fabuleuses ressources de gaz naturel trouvait le moyen de créer la pénurie. Pour mettre un peu de gaîté dans l’atmosphère pesante il nous restait plus qu’à faire partager à nos invités le verre de l’amitié en débouchant une bouteille de cuvée du Président achetée chez le seul entrepositaire de Constantine qui ne pouvait le vendre qu’aux coopérants.

Pourquoi me direz-vous revenir sur cette histoire douloureuse en y rajoutant des souvenirs personnels ? Tout simplement pour ne pas verser dans un penchant bien français de réécrire l’Histoire ou de porter sur des évènements, sommes toutes proches, un regard contemporain. Dans l’histoire du vignoble français, le vignoble algérien des années coloniales a joué un rôle capital dans l’émergence d’un grand négoce assembleur, embouteilleur de place, à Paris tout particulièrement. La « saga du gros rouge » s’appuyant sur un vignoble moderne, industriel, une sorte de préfiguration du vignoble du Nouveau Monde, est une réalité qui a modelé l’image du vin dans notre pays en créant une césure, que nous n’avons pas encore effacée, entre le litre syndical 6 étoiles et la bouteille de vin bouché, les Vins de Consommation Courante et les Vins Fins. Nos concurrents du Nouveau Monde et les consommateurs qu’ils ont créés n’ont pas eu à surmonter ce handicap. N’oublions pas que dans Mythologies lorsque Roland Barthe écrit « le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre. » il fait référence au vin de tous les jours « pour le travailleur, le vin sera qualification, facilité démiurgique de la tâche (« cœur à l’ouvrage »). Pour l’intellectuel, il aura la fonction inverse : « le petit vin blanc » ou le « beaujolais » de l’écrivain seront chargés de le couper du monde trop naturel des cocktails et des boissons d’argent. » Réduire ce « vin populaire » à une affreuse piquette relève de l’erreur historique, il était dans sa grande majorité d’une qualité correspondant aux attentes de ses consommateurs. Vin de tous les jours et vin du dimanche et fêtes, l’examen des magnifiques Catalogues de la maison Nicolas montre qu’à cette époque les marchands de vin vendaient du Vin, des Grands, même des très grands et des Petits, sans se prendre le chou...

À suivre...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 17 juillet 2010 6 17 /07 /Juil /2010 00:09

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Il fumait des « Disque Bleu », beaucoup. C’était un fou de foot. «Il a même offert des maillots à la Jeunesse sportive lourmarinoise ». En 1958, avec le chèque du Prix Nobel, il s’offre une ancienne magnanerie à Lourmarin. «Il a retrouvé ici la lumière et les couleurs de son Algérie natale». Chaque fois que je séjourne sur le plateau des Claparèdes un matin je descends à Lourmarin. Il y ait enterré. Le restaurant Ollier, où il avait coutume de boire son pastis, n’est plus tout à fait ce qu’il était. Chaque matin, de très bonne heure, il partait faire son « tour de plaine » sur la route de Cavaillon « dans cette campagne austère, lumineuse, paisible, qui a bien peu changé en un demi-siècle » Lors de mon dernier passage, j’ai acquis à la librairie « Le Thé Dans L'encrier » rue de la Juiverie un petit opus de José Lenzini « Les derniers jours de la vie d’Albert Camus » publié chez Actes Sud.

  

 

À lire absolument !

 

Le domaine viticole Le Chapeau du Gendarme

 

« Tout avait passé si vite depuis le 7 novembre 1913. Albert était né à 2 heures du matin. Beaucoup de souffrances par une nuit froide et boueuse, dans cette charrette qui n’en finissait pas de s’enfoncer et de gémir sur des chemins détrempés. Et puis il était venu. Sagement. Sans pousser le moindre cri. Un deuxième garçon après Lucien qui avait déjà trois ans... C’était bien ! Le père était content. Elle aussi. Tout était prévu pour accueillir le bébé dans la petite maison de Mondovi. C’est là, au domaine viticole Le Chapeau du Gendarme que le père travaillait comme caviste. Ce village agricole situé dans l’Est de l’Algérie, près de Bône, était bien agréable. On y vivait bien. On avait le bon air de la campagne. Et il n’y avait presque plus de malaria »

 

Le foot

 

« Il quitte la grande maison sans éteindre le poste de radio qui crachote des informations sportives « ...ah ! vraiment une belle rencontre que celle qui a opposé le Racing à Angers, malgré... » Il sait, pour avoir entendu un précédent bulletin, que le terrain était gras, que les Parisiens ont largement dominé grâce à Ujlaki, Majhoub ou Bollini.

« Pas sûr qu’ils renouvellent l’exploit aujourd’hui contre Strasbourg ! »

(...)

« Ce sera sans doute un beau match, lance Camus dans une volute de fumée.

- Et vous voyez quel score ?

- Pas facile... Mais actuellement le Racing est en jambes : 72 buts en 22 matches, c’est un record ! Par contre, faudrait voir du côté d’Angers... Ils risquent de tenir la dragée haute au Stade de Reims !

- Vous croyez ? Avec Kopa, Fontaine, Piantoni ou Jonquet... ça devrait être une balade de santé !

- Pas sûr, au foot, il ne suffit pas d’avoir des vedettes, il faut se battre. Et en équipe ! »

 

La danse

 

« C’était un après-midi où le mois de mars précédait un printemps de glycines. Moins casanière qu’à son habitude, sa mère avait accepté de l’accompagner pour une balade au grand air, du côté de Sidi-Ferruch. Mais à peine avait-il dépassé les Bains Padovani qu’il avait souhaité s’arrêter « juste un moment » dans une de ces salles où les grands animateurs du moment, Dany Romance ou bien Lucky Starway et son Grand Orchestre de Radio Alger, menait la cadence. La halte se prolongea jusqu’à la fin de la soirée, pour la plus grande joie de Mme Camus qui, pourtant, était restée sur sa chaise immobile, mais qui le lendemain confia à une de ses voisines : « L’Albert, c’est que... il dansait bien ! », joignant le geste d’une main virevoltante à sa parole saccadée pour se faire bien comprendre. Albert était fier et ému. Faute de pouvoir apprécier ses qualités littéraires, sa mère avait dit son admiration pour le danseur. Elle était même sortie de son mutisme pour le dire. »

 

Le Nobel et son pantalon froissé

 

Marcel Camus entreprend de raconter à sa mère « ces journées mémorables » de la remise du Nobel « Il extirpait de sa serviette des coupures de presse, lui montrait des photos... Là, c’était lui en habit, avec un col cassé et un nœud papillon... »

 

« (...) Soudain d’un geste de la main, elle lui fit signe de s’interrompre, se leva et lui dit de sa voix hésitante : « A’bert...ton pa’talon froissé. Faut repasser. Enlève ! »

Alors que la vieille installait sur la table de la salle à manger une couverture et un vieux drap jauni des stigmates du fer brûlant, il défit sa ceinture et enleva son pantalon qu’il tendit à sa mère. Bientôt le fer, au contact de la pattemouille, se mit à souffler comme un chat énervé, libérant des odeurs de roussi et de chemin d’hiver. Il était là, en chaussures, chaussettes et slip, finissant sa cigarette, un sourire aux lèvres : il imaginait l’un de ses détracteurs parisien découvrant la scène.

Son repassage terminé, la mère posa délicatement le pantalon sur un dossier de chaise. Albert savait qu’il lui fallait attendre un peu pour éviter qu’il ne se fripe à nouveau s’il l’enfilait trop vite. Il retrouva cette hâte d’adolescent avec les habits propres et repassés du lundi matin qu’on s’empressait de revêtir pour humer la bonne odeur  chaude du propre qui, une fois par semaine, sentait le neuf. »  pt24880.jpg

« Le 6 janvier 1960, une foule d’anonymes et quelques amis se retrouvent devant la grande maison de Lourmarin où le corps d’Albert Camus a été transporté dans le nuit. Quatre villageois portent le cercueil que suivent son épouse, son frère Lucien, René Char, Jules Roy, Emmanuel Roblès, Louis Guilloux, Gaston Gallimard et quelques amis moins connus, parmi lesquels les jeunes footballeurs du village. Le cortège avance lentement dans cette journée un peu froide et atone de ce « pays solennel et austère » - malgré sa beauté bouleversante. »

 

« Je commence à être un peu fatigué de me voir, et de voir surtout de vieux militants qui n’ont jamais rien refusé des luttes de leur temps, recevoir sans trêve leurs leçons d’efficacité de la part de censeurs qui n’ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l’histoire, je n’insisterai pas sur la sorte de complicité objective que suppose à son tour une attitude semblable. »

 

En janvier 1960 je n’avais que 11 ans mais par la suite, vous le comprenez en me lisant chaque matin, entre Camus et Sartre, pour moi, « il n’y a jamais eu photo ».

 

 

 

 

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /Juil /2010 00:09

Soit Gary Vaynerchuk un fils d’émigrés soviétiques, « un gamin du New Jersey, un gars de la côte Est des Etats-Unis avec une grande gueule, qui ne sait pas être discret, qui frise l'odieux », qui ose poser des questions aussi subtiles que « Quel vin prenez-vous avec vos céréales ? », qui dirige l'un des dix premiers réseaux de distribution indépendants de vin aux Etats-Unis, qui énerve les puristes mais qui, au travers de son émission vidéo quotidienne, « tente de mettre le vin à la portée de tout le monde, de le démystifier, de le rendre moins intimidant. Le plus important pour moi n'est pas de faire le pitre mais de faire comprendre que le vin ce n'est pas seulement le Bordeaux et le Cabernet. Ma démarche va bien au-delà de la volonté de m'amuser en parlant du vin. Il y a un effort délibéré de ma part de sensibiliser le palais du public américain. »

Et moi, modeste chroniqueur freenchie du vin. Qu’avons-nous en commun ?

À priori rien, face à sa gouaille new-yorkaise j’ai vraiment l’air, en dépit de mes efforts pour jouer dans la cour de l’humour, d’avoir avalé mon pébroc. Certes y’a chez lui du Michaël Young mais comme il le souligne « je suis dans le business du vin depuis l'âge de 15 ans, je sais aussi que je maîtrise mon sujet. Et que lorsque je parle d'un Chinon ou d'un Bourgueil, je sais de quoi je parle. » Gary est donc tout sauf un bouffon. Certes il en fait des tonnes mais il renouvelle le vocabulaire de la dégustation « des arbres brûlent dans votre nez quand vous reniflez ce vin ! » tout en s’essuyant la bouche d’un revers de manche. Bien sûr, les belles âmes vont me reprocher de céder à la vulgarité, de verser dans une forme de démagogie populacière. Je suis prêt à en convenir mais il y a un mais, un gros mais.

En effet, Gary Vaynerchuk et moi partageons la même ambition, même si nous n’empruntons pas les mêmes sentiers : « L’extension du domaine du Vin » Que déclare-t-il en effet ? « Grâce à l'utilisation des réseaux sociaux - j'ai 850 000 fans sur Twitter ! - et aux émissions de télévision grand public, j'ai accédé à la "culture pop" aux Etats-Unis. J'atteins ainsi des gens qui n'avaient jusque-là jamais été exposés au vin. Et j'en suis fier. Je suis fier aussi du fait qu'il n'y ait pas beaucoup d'autres acteurs aux Etats-Unis qui ont créé autant de nouveaux amateurs de vin. Je dis bien créer car le secteur du vin a tendance à recycler les mêmes individus. On voit toujours les mêmes spécialistes, dans les mêmes forums, qui parlent toujours aux même gens. J'ai réussi à toucher les 20-30 ans et à amener au vin des gens qui ne le connaissait pas. »

Que voulez-vous moi ça me plaît bien plus que les jérémiades de ceux qui psalmodient « nous ne pouvons rien faire à cause de la loi Evin », que les recettes éculées de ceux qui nous servent et resservent les mêmes baratins. Tant que nous n’aurons pas compris, comme le note très justement Gary que nous recyclons toujours les mêmes individus, ce que j’appelle moi en bon fils de paysan la surpâture, nous continuerons de nous réconforter dans nos petites chapelles ou nos grandes cathédrales, de nous plaindre que le monde entier nous en veut, que nous sommes des incompris, de camper sur notre haute conception du vin.

Ecoutons encore notre déconoclaste à propos des vins français aux USA « Quand les gens pensent aux vins français, ils pensent aux grands crus comme Lafite, Latour ou les Châteauneuf-du-Pape. Toutefois, ils représentent une infime minorité des vins produits en France. En revanche, quand je pense à la France, je pense plutôt aux Languedoc, aux Madiran, au Cahors et à Gaillac. Pour moi, un Morgon ou un Moulin-à-Vent sont parmi les meilleurs rapports qualité prix au monde. Pour environ 120 dollars, on peut se procurer un grand cru du Beaujolais, c'est incroyable ! Même parmi les Bordeaux, il y a tellement de petits châteaux dont le prix ne dépasse pas 20 dollars la bouteille. A mon avis, les vins français sont très mal promus aux Etats-Unis car ils sont perçus comme étant chers. Qui sait que l'on peut acheter un Côte du Rhône 2007 pour dix dollars ? C'est prodigieux pour un aussi bon cru. »

Attention, lisez-moi bien, je ne pratique pas le sport national français : la division en laissant à penser que le style Gary Vaynerchuk doit devenir la norme. Bien sûr que non, c’est un plus, une autre voie, un autre style : quand saurons additionner nos forces, admettre la puissance de la différence assumée ? Ma réponse est sans appel : lorsque ceux qui se disent en charge de la promotion du vin français : interprofessions ou grands opérateurs auront l’audace de soutenir en pur mécénat des initiatives innovantes sur le Net. Des trucs qui décoiffent, qui sortent des sentiers battus, autre chose que des messieurs propres sur eux qui ont l’air d’avoir des balais dans le cul ! Suis-je vulgaire ? À mon sens bien moins que le sommelier Enrico Bernardo qui déclare du haut de sa suffisance que 80% des vins français ne valent pas mieux que le caniveau et que beaucoup de vignerons feraient mieux de cultiver des carottes... »

Je suis remonté et candidat déclaré pour produire un truc du genre « la minute de Monsieur Cyclopède » revisitée par les Gary Vaynerchuk français sur le Net. Merci aux décideurs de ne pas trop se bousculer pour me répondre...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 00:09

Cette importante interrogation, certes formulée sous une forme triviale, disons populaire, m’a été inspirée par le « Ben moi parfois je me dis « c'est en buvant n'importe quoi, que l'on devient n'importe qui » de Jean-Baptiste posté en commentaire sous ma chronique inoubliable du 14 juillet « C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui » que j’avais confiée en images à l’inimitable Rémi Gaillard.

  

En effet, puisque Jean-Baptiste, au plus profond de lui-même, pense que ceux qui boiraient n’importe quoi deviendraient des n’importe qui, laisse à penser que la nature de la boisson, sa qualité, même plus encore – je pousse la logique à l’extrême – son authenticité, transforme les hommes.

 

Attention, j’exclue de mon champ d’investigation à la fois les boissons non alcoolisées afin d’éviter la facilité du « Coca rend con » et les enfileurs de degrés, les grands avaleurs, les adeptes du shoot, qui bien évidemment boivent souvent n’importe quoi. Pour autant, même si ça déplaît aux prohibitionnistes, je n’utiliserai pas à l’appui de mon exclusion le célèbre adage « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » car il y a ivresse et ivresse. Je reviendrai dans une prochaine chronique sur l’Ivresse.

 

Mon buveur à moi, c’est monsieur et madame tout le monde, pas un pilier de bistrot ni une alcoolique mondaine, pour qui boire un verre fait parti des petits plaisirs de la vie. Au risque de les froisser je fourre dans mon grand sac les grands amateurs de vins qui, après tout, eux aussi, même s’ils sont passés maîtres dans les figures imposées de la dégustation, boivent.

 

La population de mon étude étant cernée – je cause riche ce matin – il ne me reste plus qu’à circonscrire son rayon d’action. Pour faire bref, pour ne pas vous prendre la tête, je vais laisser de côté la bière et tous les alcools TGV (Tequila-Gin-Vodka) pour m’en tenir au Vin et aux quelques bouteilles qui traînent dans le bar de votre beau-père pour l’apéritif et le digestif.

 

Me voilà maintenant au pied du mur et, pour tout vous dire, bien embarrassé par l’extrême flou des concepts utilisés : c’est quoi le n’importe quoi et c’est qui le n’importe qui. Croyez-vous qu’avec un tel vocabulaire je pourrais postuler pour une chaire au Collège de France ? Comme vous vous tamponnez de mes hautes ambitions, afin d’affiner, comme dirait mon fromager, je vais commencer par tenter de vous dire qui est le qui du n’importe qui ?

 

Le n’importe qui c’est le premier venu, l’inconnu, le tout venant, le beauf, ou pour rester dans le vulgaire le premier con venu. Le père Sartre, toujours sympa, le souligne « C’est dur, hein, de se sentir n’importe qui ? »

 

Pour le n’importe quoi c’est plus simple puisqu’il s’agit d’une tendance lourde des temps présents : dernier exemple la grève de l’entraînement des joueurs professionnels de l’équipe de France annoncée par leur entraîneur lisant un communiqué soi-disant rédigé par eux dans un car.

 

Mes concepts étant à point comme le dit mon fromager de son Pont-l’Evêque et de son Livarot je vais tenter de pousser le bouchon du n’importe quoi vers les rives agitées de nos vins. Pour ce faire je vais soumettre 5 cas pratiques à votre réflexion pour que vous puissiez insérer le produit et ceux qui vont le consommer dans la bonne catégorie :

 

1° Marcel et sa Ginette sortent de leur supérette avec leur pack de « Vieux Papes », de « Listel » et quelques bouteilles de « Kriter » dans leur cabas, y z’ont aussi tout ce qu’il faut pour leur barbecue du dimanche dans le jardin du pavillon. Y sont contents pour une fois que tous les gamins seront là avec leur marmaille.

 

2° Paul-Henri et son épouse Hildegarde achètent leur GCC de Bordeaux en primeurs, ça les excite, c’est vraiment bien mieux que la Bourse avec ses produits toxiques ou pourris, ils s’en donnent à cœur joie même que pour le millésime 2009 c’est de la folie. Vont-ils être obligés de vendre l’un de leur Dufy ou de céder la moitié de leur pur-sang à l’Aga Khan ?

 

3° Chico et Pâquerette, lui est dans la pub, elle dans la mode, sont dans tous leurs états, ils viennent de jeter leur dévolu – acheter est vulgaire pour des alter – sur une superbe petite lignée de vins natures que leur a déniché Paul-Louis un ancien trader reconverti en courtier de vins non-sulfités. Ils bichent, au prochain croque carottes avec leurs potes ceux-ci seront verts...

 

4° Marin et César sortent du salon des VIF de la Porte de Versailles, ils ont fait une belle moisson de petites bouteilles de petits vignerons de petites appellations et ils sont vraiment contents de leur virée. Leur chien Droopy frétille lui aussi. Bonne pioche encore cette année.

 

5° Dumichon qui vit seul sort de chez Lidl avec son BIB de vin de pays d'Oc. C'est un monsieur bien propre, discret, qui lit le Parisien et écoute les Grosses Têtes sur RTL. Son petit verre lui égaie un ordinaire bien ordinaire. Moumousse son gros Persan, lui, il lui offre du Sheba. Et dire que ses enfants ne l'appellent même pas. 

 

Donc, chers lecteurs, que des gens heureux, ou presque !

 

Exemples tendancieux, excommunication immédiate par les zélotes de Bourdieu, je cours et j’assume le risque. Et, pour ceux qui pensent que je n’ai pas répondu à la question de mon titre: « boire bon rend-il moins con ? » ils n’ont pas tout à fait tort mais ils peuvent convenir avec moi que c’était vraiment une question à la con.

 

En effet, derrière tout ça, en parodiant François Mauriac et sa célèbre phrase à propos du « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es », « il est vrai. Mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis » ce qui est sous-jacent est bien le besoin de représentation sociale que beaucoup cherchent dans le vin et sur laquelle beaucoup de gens du vin surfent et il facile d’arriver jusqu’au « Si tu bois et rebois n’importe quoi c’est que t’es n’importe qui... »

Détrompez-moi, Benoît !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 00:09

Sacré gaillard que ce Rémi Gaillard, sans nul doute un proche parent d'une de nos plus importante célébrité vinicole nationale :  François Gaillard du couple Gilbert&Gaillard. Afin de fêter dans l'hilarité notre nationale fête du 14 juillet je vous propose deux séquences cultes du Rémi : l'une consacré au poil à Poil dans la Nièvre chère au père François - pas Gaillard mais Mitterrand - et l'autre au Tour de France du côté du Pic St Loup. Bonne dégustation, bon feu d'artifice et : « C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui» comme braillent Rémi et ses amis...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 00:09

Dans Terre de Vins un journaliste de Sud-Ouest, Christian Séguin, se pose une question à lui-même « Pourquoi Bordeaux serait-elle objectivement la capitale mondiale du vin ? » avant d’y répondre avec une certaine pertinence « il existe des raisons de penser que le titre est juste. Le titre de capitale mondiale n'a pas été attribué à Bordeaux par la viticulture internationale reconnaissante. Il s'est imposé localement comme une intime conviction. Une suffisance bordelaise de plus, disent les envieux. » 

  http://www.sudouest.fr/2010/07/06/bordeaux-capitale-mondiale-du-vin-en-toute-objectivite-133223-2780.php

 

Si je me permets d’affirmer qu’il se pose une question à lui-même c’est qu’une rapide revue de presse sur la Toile montre que majoritairement ce sont les journalistes qui décernent dans leurs titres les brevets de capitale de... J’y reviendrai.  1951344264.jpg

Mais avant ce petit voyage je ne résiste pas au plaisir de citer mon homonyme, Patrick Berthomeau (présenté comme un sociologue, barbu – ce qui est un pléonasme pour un sociologue post-soixante-huitard – amoureux du vin « ce qui lui fait pardonner bien des choses » qui « promène sa gentillesse et son ironie, chacune corrigeant l’autre, à travers les grands procès et les reportages pour le journal Sud-Ouest », qui dans un N° Spécial du Crapouillot de l’automne 1980, chroniquait avec gourmandise, « Le Winegate de 1973 » épingle la capitale mondiale du Vin. Donc un collègue de Christian Seguin officiant comme médiateur à Sud-Ouest.

 

Je cite Patrick Berthomeau « L’été 1973 était radieux. Le monde politique avait déserté Paris et l’on parlait moins de l’état de santé de Georges Pompidou. Depuis dix-huit mois, le bordeaux ne cessait d’augmenter mais le super valait encore 1,20 F et nul ne se doutait que la guerre du Kippour allait avoir lieu. Un seul feuilleton demeurait régulier : il racontait les aventures de Richard Nixon, pris au piège de Watergate.

EN ce début de juillet, Bordeaux sommeillait. C’est à peine si la ville se souvenait qu’un an auparavant, lorsque Jacques Chaban-Delmas avait quitté Matignon, un coup de tonnerre l’avait sortie pour deux ou trois jours de sa torpeur. Bordeaux avait perdu son Premier Ministre.

En juillet 73, rien n’annonçait une telle déroute en surface au moins. Car, dans les milieux professionnels, chez les courtiers et les négociants, on savait que Pierre Bert était « tombé » fin juin et que la brigade de la Répression des Fraudes s’agitait comme jamais. Du côté des Chartrons, une nervosité certaine se manifestait ; ça grouillait et grenouillait, rien encore n’émergeait.

Il fallut attendre le mois d’août pour que les premiers échos de ce qu’un journal anglais baptisa « Winegate », apparaissent dans la presse. Ce n’est qu’au mois d’octobre que furent signifiées les premières inculpations et, le secret de l’instruction aidant, l’escalade des rumeurs se calma quelque peu.

Cependant, l’essentiel de la fraude était connu : porté par le climat d’euphorie et de spéculation qui régnait sur le marché de bordeaux rouge depuis la fin71, une manière d’homme providentiel, Pierre Bert, avait mis en circulation des vins qui n’avaient de bordeaux que le nom et qui, dans le meilleur des cas, venaient du Midi. Il avait trouvé preneur chez plusieurs négociants et comptait notamment pour client une des plus anciennes et des plus prestigieuses maisons de Bordeaux, la maison Cruse dont les deux principaux dirigeants, Lionel et Yvan, allaient partager avec lui la vedette su procès d’octobre 1974. »

 

Tout ça à presque 40 ans donc c’est a rangé au rayon des vieilleries, et il n’y a de ma part aucune malice, mais comme un scandale des vins de Bordeaux ne pouvait que se voir attribuer une étiquette prestigieuse en référence à la capitale Washington de la plus grande puissance mondiale, c’était à noter. De plus, Patrick Berthomeau, visionnaire, dans sa conclusion, écrivait « On voit d’ailleurs apparaître ici et là le vin des technocrates que définissent, à partir d’études de marché, des petits jeunes gens buveurs de jus de tomate et de Coca. Ils repèrent des « créneaux de goût » (sic). Les œnologues font le reste. » puis plus loin « Avec un peu de pessimisme ou de lucidité, on imagine ce que sera demain le meilleur des mondes pinardiers ; on fabriquera des vins, comme des bébés-éprouvettes, le mot lui-même ne sera plus qu’un signe pour repérer une marchandise ; les couleurs et les saveurs ne seront qu’un souvenir bientôt effacé par les standards. Il est permis de cauchemarder : il y a déjà pas mal de temps que le pire est toujours le plus probable. » et de finir « «En attendant ces jours sinistres, les vins français aurons à faire face à d’autres dangers qui pourraient bien les aider à faire face à trouver la voie du salut

Depuis toujours, la contemplation de notre nombril vinicole nous a ravis, et du même coup détourné de notre visage. A force de répéter qu’aucun terroir au monde ne vaudra jamais le sol de notre beau pays, nous sommes exposés à toutes les déconvenues. »

 

Comme dirait l’autre, y’a boire et à manger dans la prose de l’autre Berthomeau, très caractéristique d’une forme de journalisme d’opinion à la française, un peu péremptoire, catastrophiste, le temps est parfois bien cruel avec les textes. Les miens subiront sans doute un sort identique, pour l’heure celui qui ma valut le titre envié de rapport Berthomeau tient le choc. Mais moi je ne suis pas journaliste...

 

Pour l’attribution du titre envié de capitale mondiale ci-joint ma glane :

 

Quand Bordeaux était une capitale mondiale de l'art contemporain le 24 mars 2010 ... Le Monde.fr

« Cette exposition fleuve vient rappeler que Bordeaux, dans les années 1970 et 1980, quand une bonne partie de ces œuvres fut achetée, était à la pointe du combat de l'art » actuel, dans une France alors timorée en la matière. La réputation de la ville fut même mondiale... Cette réputation a été construite par Jean-Louis Froment. »

Genève, capitale mondiale du journalisme d’investigation La Tribune de Genève 18 avril 2010

 

CONFÉRENCE | Des journalistes en provenance de plus de 80 pays doivent se retrouver à Genève dès jeudi pour parler de leur métier. Avec, en invités-vedettes, Roberto Saviano, Seymour Hersh et Baltasar Garzon.

 

Paris, capitale mondiale des maths le Journal du CNRS

 

« Avec un effectif de près de 1 000 chercheurs, la Fondation Sciences mathématiques de Paris (FSMP), dans laquelle est impliqué le CNRS, constitue le plus grand vivier de mathématiciens au monde. Tout aussi impressionnant que le nombre de ses chercheurs : son niveau d'excellence, couronné par de nombreuses distinctions internationales.»

 

Au Pakistan, la capitale mondiale des ballons de foot Mardi 16 Mars 2010 Slate

 

« Sialkot, au Pakistan, est le reflet d'un des nombreux visages de la mondialisation: 40 millions de ballons de football, soit environ 70% de la production mondiale, y sont cousus à la main chaque année, un chiffre qui peut grimper à 60 millions les années de Coupe du monde. »

 

Téhéran capitale mondiale du rouge à lèvres le Monde 11 avril 2010 11 avril 2010 blog le Monde : « Dentelles et tchadors »

 

« Durant mes deux années iraniennes, à chaque fois qu’un collègue ou ami français a posé un pied en République islamique, il était tout d’abord frappé par une seule et unique chose (hormis la chaleur de la population): le maquillage ultra prononcé des Iraniennes, malgré le voile qu’elles sont obligées de porter depuis plus de trente et un ans. Ainsi, à chaque fois qu’elles apercevaient une de mes amies françaises à Téhéran, les Iraniennes étaient tout estomaquées. “Mais qu’elles sont pâles! Elles sont encore moins maquillées que certains de nos garçons! Où sont passés les Audrey Tautou et Catherine Deneuve? “. »

 

Cyber-espionnage : la capitale mondiale est chinoise Clubic.com mars 2010

 

« Ville de l'est de la Chine comme capitale du cyber-espionnage. Shaoxing, c'est son nom, se taille donc une solide réputation de paradis des pirates »

 

Arles, capitale mondiale de la photographie Françoise Bare RTBF.be info

 

« Arles se sont donc des promenades dans les vieux cailloux, un Rhône lent et large, la Camargue au bout et des photographes connus, moins connus, des amateurs et des professionnels.

Etrange mélange car les premiers grands noms sont aussi arrivés pour les rencontres photographiques. Les 41ème du nom. Ils prennent le frais sur la place du Forum. Là on croise un Jean-Marie Perrier qui est venu parce ses photos de Mick Jagger sont exposées avec des dizaines d'autres talentueux portraitistes dans un événement qui s'appelle simplement MICK. C'est la première exposition de ce type et le Jagger a accepté pour Arles. Au détour d'une ruelle, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, là-bas Marin Karmitz qui a laissé sa belle collection se montrer dans l'église des frères prêcheurs. Et bien-sûr dans les fameux ateliers de réparation des locomotives, les plus grands ateliers de France, une belle friche réinvestie après la fermeture de nombreuses années, des jeunes qui montent ... »

 

Le titre de Capitale mondiale du livre est accordé à une ville chaque année par l'UNESCO en reconnaissance de la qualité des programmes municipaux pour promouvoir le livre et la lecture. 2010 : Ljubljana (Slovénie Slovénie) et depuis l’origine en 2001, jamais une ville française. C’est sans doute parce que le siège de l’Unesco est à Paris. Et si Bordeaux candidatait ?

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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