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Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 00:04

A-t-on tout dit, tout écrit sur le pain et le vin ? Je ne sais mais si vous voulez bien me suivre, avec des mots simples, ceux qu’un grand esprit de son temps, un maître de la leçon de choses, nous allons faire sur eux un bout de chemin ensemble. Connu surtout comme un entomologiste de talent Jean-Henri Fabre, dont Jean Rostand disait qu’il était « Un grand savant qui pense en philosophe, voit en artiste, sent et s'exprime en poète »[][] s’exprime dans « Les causeries d’Aurore avec ses nièces sur l’économie domestique » sur le Ménage. Bien sûr, des esprits chagrins, me feront remarquer qu’il s’adresse aux filles mais, comme nous sommes en 1892, tel était l’esprit du temps.

Ce qui m’intéresse ici c’est le langage, simple et direct, à l’usage des enfants, loin des insanités distillées par le pédagogisme militant. Revenir à l’essentiel, donner à comprendre, ce doit être ringard mais comment structurer la pensée, donner des bases à l’analyse, si les choses de la vie restent ignorées de nos jeunes pousses. Nous fabriquons trop de singes savants, alors en revenir à la leçon de choses, expliquer pourquoi le pain lève, le vin se fait, me semble un acte de santé publique bien plus important que ceux dont les gardiens de nos corps nous bassinent. Reste le Briochin, ça c’est si je puis m’exprimer ainsi, la cerise sur le gâteau ou les grains de sucre sur la brioche.

Aurore donc : « Si l’on se bornait à pétrir la farine avec de l’eau et à mettre au four la pâte telle quelle, on obtiendrait une galette serrée, compacte, une sorte de colle durcie, qui rebuterait l’estomac par sa digestion laborieuse. Il faut au pain, pour être facilement digéré, ces trous innombrables dont il est criblé à la manière d’une éponge, ces yeux enfin qui fragmentent la mie en parcelles et rendent plus facile le travail d’extrême division accompli dans l’estomac (...)

C’est par une fermentation pareille à celle du moût de raisin que la farine devient le pain, le véritable pain, cet aliment précieux entre tous, dont l’usage ne lasse jamais.

Il y a dans la farine, je viens de vous l’apprendre, d’abord de l’amidon et du gluten. Il y a aussi une petite quantité de sucre, comme le prouve la légère saveur douce d’une pincée de farine mise sur la langue. Or cette faible proportion de sucre est précisément la matière qui fermentera dans la pâte, c’est-à-dire se décomposera en alcool et en gaz carbonique, ainsi que cela se passe dans la fabrication du vin.

Marie : La préparation du pain et la fabrication du vin ont alors un point de ressemblance dans le travail qui s’accomplit ?

Aurore : C’est plus que de la ressemblance : il y a de part et d’autre parité complète dans la manière dont le sucre se décompose en gaz carbonique et en alcool ; il y a parité enfin pour la fermentation. La pâte du pain fermente, comme fermente le moût qui doit devenir le vin.

Reste à savoir comment est provoquée cette fermentation. Rien n’est plus simple : on mélange à la pâte fraîche un peu de vieille pâte mise en réserve lors du pétrissage antérieur et appelée levain. Cette vieille pâte a la propriété de faire fermenter le sucre, de le décomposer en gaz carbonique et en alcool. Levain vient du verbe lever, parce que, à la faveur du levain mélangé avec elle. La pâte se soulève, gonflée par le gaz carbonique produit.

Le levain, je viens de vous le dire, est une pâte fermentée provenant du pétrissage qui précède. Il est tiède au toucher à cause du travail de décomposition qui se continue dans sa substance.

Claire : Ainsi s’échauffe tout seul le moût de raisin qui fermante (...)

Sur le soir, le pain revenait du four, tout doré sur la croûte, et embaumait la maison d’une douce odeur. Claire, Augustine et Marie lui trouvaient une saveur meilleure depuis qu’elles savaient comment se fait le pain. »

J’entends d’ici les railleries mais peu me chaut. JH Fabre consacre 5 pages au vin, il place dans la bouche d’Augustine cette charmante remarque « Ainsi l’alcool, lui si fort, vient du sucre si doux. » et il fait dire à Marie « C’est compris. Le moût ou jus de raisins noirs fermenté avec les peaux donne du vin rouge ; fermenté sans ces peaux, il donne du vin blanc. » Il décrit l’effervescence du mousseux mais ne dit pas un mot du vin rosé (ne riez pas !)     

Je pourrais en rester là mais, pour « faire genre » j’ai titré : du pain, du vin, du briochin, alors il faut que je m’en explique. Ça n’a rien à voir avec le schmilblick mais ça fait parti chez moi, au même titre que la miche de pain de 4 livres payé avec la coche et le vin du pépé Louis qui bouillait, de ma part d’enfance.

Allez, posez la question à votre entourage : c’est quoi au juste Le Briochin ?

Pas une petite brioche comme il me fut répondu à Cucuron lorsque je posai la question.

Les ceuss d’entre vous qui répondent : un habitant de St Brieuc n’ont pas tout faux, ils brûlent, mais j’ai dit : c’est quoi et non pas c’est qui. Donc ce n’est pas une personne mais une chose en l’occurrence un produit, une Marque déposée ® vieille de 91 ans fabriquée par une PME de St Brieuc et qui vient de se faire estampillée Ecocert.

Là ce sont les anti-verts qui vont pousser des hurlements. Moi je crie « halte au feu ! » car mon père et les ouvriers quand ils revenaient de tripatouiller dans l’huile de nos machines agricoles c’est au Briochin : pur Savon Noir qu’ils se lavaient les mains. Pour faire comme les grands moi aussi je me tartinais les mains au Briochin. J’aimais son odeur 100% huile de lin, son côté abrasif doux. Le voilà qui retrouve les têtes de gondole. Qu’il soit mou ou liquide y sait tout faire le Briochin : curer vos tommettes, laver le linge, nettoyer vos meubles en bois...etc. Même qu’il ressort en collector série limitée notre Briochin. Je vais m’y remettre rien que pour faire genre. Bon si ça vous dit les gars et les filles, même si vous n’êtes pas de mon âge, c’est ICI www.lebriochin.com 6,95 € la boîte et comme moi vous aurez une surprise !  

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 6 juillet 2010 2 06 /07 /Juil /2010 00:09

En Une du Parisien Dimanche même pas le Tour de France mais un gros titre « Alcool chez les Jeunes »  L’alerte « Selon de récentes études, 25% des jeunes de moins de 17 ans ont des ivresses répétées. Un constat qui alarme les spécialistes en addictologie qui pointent du doigt la publicité pour les alcools qui fleurissent sur Internet. »

 

« Boire de l’alcool est-il en train de devenir le geste symbole de la cool attitude chez les jeunes ? Alors que les vacances commencent et que les apéros géants vont se multiplier sur les plages et les campings, plusieurs spécialistes de santé publique tirent la sonnette d’alarme devant le phénomène. Le docteur Olivier Phan, psychiatre au centre Emergence à Paris, spécialisé dans les addictions, note que « boire un coup pour faire la fête est tout à fait normal, mais pas les beuveries systématiques. Or, on voit de plus en plus souvent dans nos consultations des jeunes qui évoquent un rite quasiment incontournable pour être dans le coup ». En écho, le nombre d’ivresses des jeunes est en forte progression et concerne un quart d’entre eux.

Selon les associations anti-alcool c’est la faute à Internet ! « L’autorisation de la publicité pour l’alcool sur le Web depuis un an, dans le cadre de la loi Hôpital, patients, santé, territoires, a changé la donne. Les alcooliers sont maintenant très créatifs pour cibler les jeunes » indique le professeur Gérard Dubois, à la tête de la nouvelle association Alliance prévention alcool.

Ce médecin dénonce de façon plus large une « offensive en cours pour démanteler la loi Evin, qui protège la santé publique. » Il prend comme exemple la future « chaîne de télévision consacrée uniquement au vin », qui, selon lui, ouvre une brèche dans laquelle vont s’engouffrer d’autres chaîne de télé »

Et Philippe Batel, chef du service d’addictologie à l’hôpital Beaujon de Clichy de renchérir « Un des principaux facteurs d’explication est qu’il existe un mouvement organisé qui vise à valoriser le statut de l’alcool auprès de la cible jeunes. Et ça marche. Pour les jeunes, l’alcool, c’est devenu la cool attitude » et de dénoncer la publicité sur le Net, les bureaux des Grandes Ecoles subventionnées par les marques d’alcool qui fournissent de grandes quantités d’alcool pour leurs soirées étudiantes et aussi, cerise sur le gâteau, les 800 groupes de discussions sur Facebook qui font la promotion de l’alcool. « Ils détournent ironiquement les messages sanitaires en disant par exemple : « A consommer avec modération, mais qui c’est ce modération ? »

Affligeant ! A trop vouloir prouver ces messieurs se ridiculisent. Réduire la cause essentielle de ces beuveries à la publicité ou aux groupes de discussions sur Facebook est à la hauteur de leur compréhension profonde de ce qui se passe réellement autour d’eux. S’il y a des groupes alcooliers qui abusent, détournent la loi, mais qu’ils les trainent devant les tribunaux et ils seront condamnés. Ici, j’ai dénoncé il y a fort longtemps le phénomène du binge-drinking et je ne vais me laisser fourrer dans le grand sac d’opprobre de ces messieurs. De plus, je leur signale que la loi n’a fait que combler un vide juridique de la loi Evin vis-à-vis de l’Internet en France et qu’avant sa promulgation les grands annonceurs ne se privaient pas sur la Toile. Alors attribuer les beuveries à la publicité sur le Net n’est guère pertinent. L’obsession de l’interdiction tient chez eux de thérapie face à leur échec patent dans la lutte contre l’alcoolisme. Ils se trompent. Persistent et signent avec leur croyance dans leurs gri-gri des messages sanitaires. C’est dramatique.

Pourrions-nous un instant, un seul instant, en remisant aux vestiaires les effets de manche, les fonds de commerce, mettre sur la table tous les éléments du dossier « alcoolisation des jeunes », en étudier l’étendue, les ressorts profonds, les causes, afin d’élaborer une stratégie réaliste et efficace pour combattre ce fléau ? A force de vouloir tout interdire, d’enserrer les individus dans des corps de règles qu’ils n’ont de cesse de transgresser : vitesse au volant par exemple, de ne jouer que la carte d’un moralisme sans éducation, de ne croire qu’en la communication, de nous enfumer dans les seuls visions des seuls spécialistes, le résultat est là, bien là, les formes d’alcoolisme évoluent avec l’état de nos sociétés sans que nos autorités sanitaires soient en état de lutter efficacement contre elles. Nous n’avons que les alcoologues que nous méritons, accrochés à leur « spécialité », réparateurs de dégâts d’une société sur laquelle ils n’ont que peu de prise et qui s’accrochent à leurs courtes visions des choses : supprimons la vision du flacon et nous aurons moins d’alcooliques (le Dr Craplet médecin délégué de l'ANPAA signe un édito dans le bulletin Addictions : Vive les apéros géants... sans alcool. Et oui tout serait simple si les choses de la vie était simple... Vraiment une telle approche témoigne de bons sentiments mais ça ne peut tenir lieu de politique de santé publique).  Si c’était vrai ça se saurait. Alors un peu d’humilité, un peu moins de bruit médiatique, un peu plus d’ouverture d'esprit, un peu plus de dialogue avec nous les affreux défenseurs d’un monde de responsabilité où la consommation, le plaisir du vin, font parti de notre bien vivre ensemble. Je m'arrête car j'ai déjà beaucoup écrit sur le sujet simplement à titre d'information je vous joins les chiffres d'une étude européenne sur la consommation d'alcool par les jeunes.  

 

EUROPEAN SCHOOL SURVEY PROJECT ON ALCOHOL AND OTHER DRUGS (ESPAD)

(26.3.2009, LISBON) La consommation de drogues illicites parmi les jeunes de 15-16 ans semble stabilisée ou en faible diminution, selon le rapport de la dernière étude ESPAD. Cette étude, menée dans 35 pays européens, révèle également une diminution de la consommation de tabac (au cours du mois dernier) parmi les jeunes collégiens-lycéens. Cependant, les consommations massives d’alcool sont alarmantes et doivent attirer toute notre attention.

Rapport (version anglaise)


This is the fourth data-collection wave conducted by the ESPAD project, with multi-national surveys carried out in 1995, 1999, 2003 and 2007. Over 100,000 school students took part in the latest survey. Of the countries participating, 25 were EU Member States. The 2007 ESPAD report : substance use among students in 35 countries, available in English, will be complemented by a multilingual summary produced with the support of the EU drugs agency (EMCDDA). The EMCDDA includes ESPAD data in its annual reporting on the drug situation and the two bodies work closely together under a cooperation framework signed in 2007. One of the aims of this accord is to broaden access to the information and expertise gathered by the project.


La consommation d’alcool chez les jeunes en Europe est préoccupante : 3 pays sortent du lot, le Royaume-Uni, l’Ile de Man et le Danemark.

1. Il y a des pays où la quantité d’alcool consommée par occasion est faible ET une fréquence de consommation élevée :

- l’Autriche,
- l’Allemagne,
- la Grèce.

2. Il y a des pays où la quantité d’alcool consommée par occasion est élevée ET une fréquence de consommation moindre :

- le Royaume-Uni,
- les pays nordiques (Finlande, Islande, Norvège et Suède).

3. Et il y a des pays où la quantité d’alcool consommée par occasion est élevée ET une fréquence de consommation élevée :

- le Danemark,
- l’Ile de Man.

En général, les garçons boivent plus et plus souvent que les filles, sauf en Islande.

Les garçons boivent surtout de la bière et les filles des alcools forts.

4. En terme d’ivresses au cours de l’année et des 30 derniers jours, tout comme pour les épisodes de binge drinking (5 verres ou plus par occasion), sont surtout concernés les jeunes :

- du Danemark,
- de l’Ile de Man,
- du Royaume-Uni,
- d’Autriche.

Ce comportement est plus fréquent parmi les garçons, sauf en Norvège et au Royaume-Uni.

5. Entre 2003 et 2007, les épisodes de binge drinking (5 verres ou plus par occasion de boire) ont augmenté de manière très importante dans les pays suivants :

- Portugal (+ 31 points en %),
- Pologne (+16 points en %),
- France (+15 points en %),
- Croatie (+14 points en %),
- Bulgarie (+12 points en %).


En ce qui concerne les jeunes français, 9% déclarent 6 épisodes ou plus de binge drinking où cours des 30 derniers jours :

- ils sont au-dessus de la moyenne européenne (7%)
- ils sont au 5ème rang, comme en Bulgarie,
- ils sont derrière l’Ile de Man (16%), Malte (15%), l’Estonie (14%) et le Royaume-Uni (13%).

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Les garçons français sont au 4ème rang (13%) :

- bien au-dessus de la moyenne européenne (9%),

- comme le Royaume-Uni (13%),

- et derrière Malte (18%), l’Estonie (17%) et l’Ile de Man (16%).

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Les jeunes françaises sont au 6ème rang (6%) :

- dans la moyenne européenne (5%),

- comme les Tchèques et les Slovaques (6%),

- derrière l’Ile de Man (18%), Malte (13%), le Royaume-Uni (12%), l’Estonie (11%), la Norvège et les Iles Faroe (8%).

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 00:09

« Conservez ! » était le « Ne quittez pas ! » des standardistes vendéennes et ce matin je le reprends à mon compte pour vous exhorter à lire cette chronique qui en dit bien plus que beaucoup de discours sur le handicap des vins languedociens d’aujourd’hui, leur défaut de notoriété se lamente-t-on. Ils reviennent de loin.

 

En 1953, notre Replongeard, venant de Paris « arrive à Carcassonne à six heures trente-deux. Il a troqué sa Terrot « 100 » pour une « 125 » et il va entamer son périple dans le plus grand vignoble du monde afin d’y rencontrer, non des vignerons, mais des gens de plumes.

 

Dumay évoquant le sculpteur Bourguignon Pompon, installé dans un hôtel, qui n’en finissait pas de fignoler la copie d’une statue, raconte le secret de ce zèle excessif « la patronne n’excellait pas qu’à la cuisine. Belle chère et chair consentante, que fallait-il de plus à un Bourguignon ? » embraye dur « L’anecdote peint 2 provinces : la Bourgogne où, même en présence de la mort, on ne pense qu’à la vie et le Languedoc, triste terre ensoleillée. Son plus grand poète, Valéry, a chanté un cimetière. Brûlée de soleil, au cœur d’une rose des vents qui n’a pas d’équivalent en France, ravagée par les passions et les guerres civiles, cette terre refuse la joie. »

 

Pour faire bon poids, le Replongeard note aussi que « Le Languedoc et le Roussillon ont été longtemps des provinces creuses. En huit siècles de vie française, on n’y voit pas presque pas d’écrivain. On a cherché des explications : le français n’est pas la vraie langue du Midi, les persécutions contre les Albigeois ont détruit l’élite, le climat engage à la paresse... »

 

Et le vin dans tout ça ! Même si un vieux Languedocien lui fait cette remarque « Notre pays est sec, mais il est heureusement irrigué par trois fleuves : le Vin, la politique et l’Opéra. » sur les 208 pages de Ma route de Languedoc, jamais Dumay ou presque n’évoque le fait qu’il ait bu un verre de vin. C’est étrange mais si  représentatif de cet océan de vignes dont le vin, coupé avec celui de l’Algérie, n’est que dédié à la consommation populaire.

Bien sûr, au détour d’un chapitre, notre Replongeard évoque le vin, mais si peu.

 

Seul Limoux sauve l’honneur « Nous devons à Limoux deux produits connus : la blanquette, vin blanc délicat, un peu sucré et les romans de Magali » et c’est grâce à Joseph Delteil, natif de Pieusse, que notre Bourguignon nous avouera boire. « Delteil s’arrête, sourit, redevient humain, très humain.

 

-         Vous boirez bien un verre de blanquette ? C’est le vin de mon pays, mais celui-ci est fabriqué ici. (l’entretien se passe à Montpellier).

 

Nous allons chercher à la cave une bouteille au verre épais.

 

-         Elle ne vaut pas celle de Limoux, bien que ce soit les mêmes plants. Je crois que c’est à cause du climat.

 

Delteil ne boit qu’une goutte de ce vin doux. Je m’aperçois alors qu’il ressemble à Gandhi. »

 

C’est tout, même si tout à la fin, en évoquant le village gardois d’Aramon

« nom qui sonne médiocrement aux oreilles des buveurs », Dumay à trois belles pages sur l’Ordre de la Boisson. J’y reviendrai dans une prochaine chronique car il ne faut que je vous habitue à trop de riches nourritures matérielles. Joignant le geste à la parole je vous convie à lire la première visite de Dumay au poète Joë  Bousquet.

 

« Nous étions à la fin août 1940. J’étais venu d’Agde à vélo, à travers les vignes qui croulaient sous les raisins. La France flottait comme une banquise détachée du pôle et cherchait à jeter quelques ancres. L’une d’elles tomba au milieu de la chambre de Bousquet, sur le lit qu’il n’a pas quitté depuis qu’en 1916 une balle allemande lui immobilisa la colonne vertébrale. Aragon, Benda, Paulhan, Mistler, René Nelli, d’autres écrivains et quelques dames étaient là. Au moment où j’entrai, Joë Bousquet parlait de sa chance et de la prédiction d’une cartomancienne alors qu’il était élève-officier à Saint-Maixent : il devait à un grave accident de pouvoir réaliser sa vocation. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 4 juillet 2010 7 04 /07 /Juil /2010 02:13

Notre zinc, en provenance de Zurich, se payait un retard non chiffré. Au-delà de deux heures d’attente tout mon beau plan risquait de s’effilocher : nos gardes-chiourmes allaient s’apercevoir de notre absence. Ce petit con d’Ernesto, excité comme un pou, pelotait le cul de Jeanne sans se soucier de la pudibonderie de nos amis communistes. Le cocktail devenait explosif. Je décidais de faire diversion : « Jeanne, il est où ton placard à balais ? » Eberluée elle se libérait des pognes révolutionnaires pour me désigner du doigt une porte de service. « Embarque ton bouc et suivez-moi ! » Jeanne obtempérait en empoignant le bras d’un Ernesto dont la lubricité se devinait sous la ceinture de son jean moulant. Notre équipage, pourtant voyant, n’éveillait aucun intérêt du troupeau qui attendait fébrilement l’arrivée de notre aéronef comme on dit dans le langage de l’IATA. Le réduit sentait le renfermé avec une pointe de crésyl. Ernesto semblait avoir compris le but de la manœuvre car il débouclait prestement son ceinturon. Je l’interrompais avec une certaine violence tout en l’interpelant en anglais « Tu travailles pour la CIA petit con ! » Ernesto ne feignait même pas la surprise, il opinait. Jeanne qui se préparait au pire tombait des nues « Mais comment tu sais ça toi ? » Connement je prenais un air supérieur « Une petite visite domiciliaire chez ton « amant des Andes » m’a permis de découvrir, dans la doublure de sa valise, un beau passeport vert à ses nom et prénoms... » Jeanne balbutiait « Mais alors tout ton beau plan n’a existé que grâce aux ricains... » J’acquiesçais en ajoutant « Je me suis contenté de mettre mes pieds là où il fallait... »

« Baise-moi ! C’est nerveux » Agitée par un rire cataclysmique Jeanne relevait sa jupe. Ernesto, résigné, passait ses petits doigts boudinés sur sa chevelure luisante. Je laissais Jeanne se délester de son minuscule slip avant de lui avouer « Désolé mais je ne suis pas en état » C’était faux, je triquais comme un cerf un soir de brame mais l’heure n’était pas à une partie de jambes en l’air même à but thérapeutique. Alors, face à un Ernesto chaud bouillant, Jeanne entreprit de se masturber sans aucune espèce de retenue. Même si ça peu vous paraître incroyable, invraisemblable, ce fut ainsi. Réfugiés avec deux espions en peau de lapin dans un placard à balais de quelques mètres carrés, derrière le rideau de fer, Jeanne s’octroyait un orgasme d’enfer mais silencieux face à un petit chilien qui s’épandait, marquant son jean d’une superbe auréole. En remontant son bout de dentelles au long de ses beaux compas de sportives elle me confiait sans rire « Tu as bien fait de me mentir, grâce à toi, pour la première fois, je viens de comprendre ce que jouir veut dire... » Derrière notre porte le timbre aigu d’une voix annonçait, dans un anglais guttural, que notre vol SAS 2050 était annoncé pour la demi-heure qui suivait. Je tendais mon mouchoir de Cholet à Ernesto « essuies-toi ducon et va faire un tour aux toilettes avant d’embarquer sinon tu vas nous offrir tes fragrances de bouc mal lavé. Mon humour le chagrinait mais il m’obéissait.

Notre retour au milieu des passagers, tous ou presque debout pour assister à l’atterrissage de Mac Donnell Douglas, s’apparenta à un non-évènement. Jeanne s’accrochait à mon bras avec une violence inouïe. Elle murmurait d’une voix blanche « Tu me largues où ? » Pour la rassurer je me faisais tendre, attentionné « Nulle part, ma grande, nous sommes en voyage organisé alors confions-nous à la main de Dieu... » Ernesto nous rejoignait la queue basse. Ses collègues chiliens, grands amateurs de Pilsen, avachis sur les banquettes, somnolaient la bouche ouverte. Sur le tarmac les passagers en provenance de Zurich, une petite vingtaine, en file indienne, comme crachés par le gros tube d’acier, progressaient en direction du hall d’accueil. Un camion-citerne allait se placer près du flanc droit de notre Mac Donnell. Dans une petite demi-heure nous devrions être en bout de piste, prêt à décoller. Sauf évènement de dernière minute l’opération « extraction de Jeanne du guêpier » se solderait par un succès. Dans cette affaire j’avais pleine conscience que, même si j’avais eu de bonnes anticipations, l’essentiel des initiatives, des décisions venaient d’ailleurs. Dans le monstrueux panier de crabes des Services opérant dans le Berlin coupé en deux, Jeanne et moi n’avions été que des marionnettes entre les mains plus ou moins expertes, plus ou moins bien intentionnés, d’une foultitude de gens bossant pour des maisons à succursales multiples. Dans cette noria, cette vis sans fin, l’important restait l’instinct de survie. Ne jamais se laisser à croire que la situation se trouvait sous son propre contrôle. Toujours se mettre dans la peau des manipulateurs. Je commençais à devenir un bon expert en coups tordus.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 4 juillet 2010 7 04 /07 /Juil /2010 00:09

Il est né, le 17 décembre 1931, à Colombières-sur-Orb dans l’Hérault, dans une famille de viticulteurs, tout ce que touche Jean-Claude Carrière : littérature, cinéma, théâtre, se transforme en « trésor ». Nous nous sommes croisés en 2000 lors de la parution de son livre « Le vin bourru » et nous avons échangé, devant je ne sais quel public, nos réflexions sur le vin. Je n’en menais pas large moi le « technocrate » pondeur de rapport face à l’auteur connu qui emporte l’empathie par la chaleur de ses mots, leur enracinement, leur capacité à faire rêver, à relier ce foutu monde mondialisé aux délices d’un monde de l’enfance englouti. Mais la vie que l’on vit nous la vivons au présent, au jour le jour, et mes mots à moi, désagréables, bien terre à terre, je tentais de les glisser dans les plis de cette foutue réalité qui dérangeait tout le monde.

 

Aujourd’hui Jean-Claude Carrière (je viens de l'acheter mais il date de 2007), dans un livre au titre évocateur « Les mots et la chose » répond à une jeune comédienne qui, pour gagner sa vie, fait du doublage de films pornographiques et qui se plaint de la pauvreté du vocabulaire qu’on lui impose. J’ai choisi ses réponses à la question : comment dire prendre son plaisir ?

 

« En apparence, c’est bien simple : on dit jouir et cela dit tout. Jouir est un mot merveilleux, qui remplit la bouche et le cœur. «  Notre condition dans ce monde est de jouir et non pas de connaître », dit un personnage de Marivaux, contre qui d’ailleurs, certains jours, je m’inscris en faux. »

On dit aussi venir, qui est un anglicisme, et aussi rupiner, reluire et prendre son pied, son panard, son pied bleu, son grand pied d’acier.

De toutes les manières, on se donne de la joie, du bonheur ou de l’allégresse.

L’homme fait jouir une femme, il la fait reluire, il la fait briller, scintiller, il lui met les doigts de pied en éventail, les pieds en bouquets de violettes. Elle fait les yeux blancs. Elle se pâme, elle entre en pâmoison et pour ainsi dire en extase. Une expression digne des grands poètes mystiques : elle arrive au noir.

J’aime aussi beaucoup la fausse souffrance, la peine qui n’en est point une, le cri sans mal.

Quand une femme atteint ce qu’on appelle en anglais un climax, et dans le français ordinaire un orgasme, alors elle perd la tête, elle bat l’air, elle fait la carpe, elle en oublie de respirer, elle hurle à la vie.

On dit qu’elle est montée au septième ciel, qu’elle est allée dire bonjour aux anges. Elle chante, fait l’anguille, elle est comme un poisson hors de la mer, elle a sa clameur, elle étincelle. »

 

Si ça vous dit « Les mots et la chose » le grand livre des petits mots inconvenants de Jean-Claude Carrière c’est chez Plon 15 €.

Pour les très coquins lire ou relire la chronique  link   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 3 juillet 2010 6 03 /07 /Juil /2010 00:02

Jeudi j’ai joui ! L’extase ! Je me sentais dans la peau d’un Pierre Lazareff mâtiné d’Alain Ayache, le meilleur de France Soir et le pire du Meilleur, car je venais de réussir mon coup : vous réveiller ! Depuis quelques jours je vous trouvais mous. Etait-ce le temps lourd ? Bien sûr que non, tel Ducros il fallait que le Berthomeau il se décarcasse ! Qu’il jetât de l’huile sur les braises ! Qu’il agitât les chiffons rouges sous le nez des bestiaux ! Quand il se contente de chanter les louanges d’un Raymond Dumay, franc buveur, mais avare de mots si prisés par nos plumes vineuses, on le salue poliment avant de passer aux choses sérieuses.

 

Moi je passais des jours tranquilles à Buoux après m’être échiné sur des travaux peu gratifiants et je n’avais guère l’âme guerrière. Et puis je me suis dit toi qui n’a rien appris, rien compris, qui n’est dans le milieu qu’un intrus, qu’un corps étranger, qu’un gugusse qui la ramène sur tout et rien, tu peux tout de permettre, même de donner la parole à Bruno Quenioux. Ce garçon je ne l’ai jamais vu, ni entendu, mais quand un sage tel Yves Legrand me parle avec passion de sa démarche moi je prends. Peu m’importe s’il enfourche un cheval qui n’est pas le mien, ce qui me plaît, n’en déplaise à certains, c’est qu’il en ait un. David a ouvert le feu, a tiré plusieurs salves. Les puceaux furent même appelés à la rescousse. Puis le rustre a ri, grand bien lui fasse, moi qui n’ai peu de goût pour les buffets rustiques avec napperons et bouquets de fleurs séchés j’ai frôlé l’épectase. Pour compléter le tableau un dialogue en anglais entre Jacqueline et Michel m’a comblé : que va bien pouvoir dire Hervé Bizeul ? Même Marcel Proust fut convoqué pour mon plus extrême plaisir. Enfin, suprême plaisir sur le forum de la LPV ce GC – traduire Gros Cracheur – d’Audouze m’attribue la paternité du texte de Bruno Quenioux pour mieux déverser sa logorrhée bilieuse sur ma petite personne (faut le comprendre sa vue baisse et il a eu du mal avaler ma récente chronique) sans doute viendra-t-il la prochaine fois avec son chauffeur pour m’administrer sa potion. Vraiment je me gondolais comme à Venise face à un tel activisme.

 

Et pendant ce temps-là moi je ne bougeais pas même le petit doigt j’étais à Châteauneuf heureux comme un Pape. Que voulez-vous j’avais fait mon boulot, honnêtement alors me demander d’entrer dans la mêlée c’était trop me demander car je ne me sentais pas concerné. Ponce Pilate ? Non, hors jeu, ni arbitre, ni acteur, rien que le metteur en page d’un espace de liberté. Libre à vous de commenter, de tailler Quenioux en pièces, de le trouver pontifiant, irritant, gonflant, mais sur le fond de la question j’ai tout de même l’impression d’avoir mis les pieds sur les sables émouvants de vos prés carrés. Comme je suis bon bougre je n’aurai pas l’audace d’organiser un concours de commentaires de dégustation car ça pourrait me faire tomber dans l’affliction.

 

 Dialogue imaginaire dans le secret du confessionnal des catholiques romains :

 

-         Mon père j’ai péché...

-         Seul ou avec d’autres ?

-         Seul.

-         En pensée ou en action mon fils ?

-         J’ai joui par ma seule pensée mon père...

-         Vous repentez-vous mon fils ?

-         Non mon père...

-         Alors comment voulez-vous obtenir l’absolution mon fils ?

-         Je ne la sollicite pas car si j’ai péché je n’ai pas fauté mon plaisir était pur...

-         Aucun plaisir ne peut se prévaloir de la pureté mon fils...

-         Détrompez-vous mon père celui-ci n’était que jouissance intellectuelle...

-         La pire mon fils car elle souille l’âme...

-         Oui mon père celle des pharisiens !

-         Vous blasphémez mon fils !

-         Non mon père je chronique...

-         Alors allez au diable mon fils !

-         Oui mon père sauf s’il organise des dégustations avec Audouze...

-         Vous êtes incorrigible mon fils...

-         Oui mon père c’est qui fait mon charme...

-         ...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /Juil /2010 00:09

« Beaune, le 12 mai 1837. À la sortie de Dijon, je regarde de tous mes yeux cette fameuse Côte-d’Or si célèbre en Europe. Il faut se rappeler le vers :

              Les personnes d’esprit sont-elles jamais laides ?

Sans les vins admirables, je trouverais que rien au monde n’est plus laid que cette fameuse Côte d’Or...

La Côte d’Or n’est donc qu’une petite montagne bien sèche et bien laide ; mais on distingue les vignes, avec leurs petits piquets et, à chaque instant, on trouve un nom immortel : Chambertin, le Clos Vougeot, Romanée, Saint-Georges, Nuits. À l’aide de tant de gloire, on finit par s’accoutumer à la Côte d’Or.

Le général Bisson, étant colonel, allait à l’armée du Rhin avec son régiment. Passant devant le Clos Vougeot, il fait faire halte, commande à gauche en bataille, et faire rendre les honneurs militaires. »

En citant Stendhal Dumay souligne qu’il le mérite comme l’une des rares personnes qui n’aient craint d’être désagréable pour les Bourguignons. » En effet, beaucoup d’auteurs l’ont célébrée « qui voyaient peut-être avec les yeux de l’amour, je veux dire l’amour du vin. L’ivresse leur a fait déclarer le flacon admirable. » Lui, le Replongeard, il parle de la vigne avec les mots de l’amour « Assise dans sa robe aux grands plis, la tête ombragée par quelque bouquet de châtaigniers, la vigne de Bourgogne ressemble à ces femmes de quarante ans que l’on dit mûres et qui le sont en effet, gourmandes, sensuelles, savoureuses, infatigables au lit aussi bien qu’au travail et auxquelles, diton, les vrais amoureux ont toujours rendu les armes... »

Dumay trouve toujours les mots, la référence, justes « À Gevrey-Chambertin, la maison de Roupnel ouvre ses fenêtres sur la place du village. Ici, toute la beauté se réfugie dans les caves. N’est-ce pas Alceste qui prononce cette phrase si déchirante et si simple ? « On ne voit pas les cœurs. »

Pour tous ces pays aux noms triomphants que je traverse, je dirai avec la même mélancolie : on ne voit pas les vins. »

« Beaune, beau nom à la sonorité assourdie qu’on ne peut prononcer sans entendre les futailles rouler dans les caves. Bon vin au corps de femme de trente ans, souple et ardent. On ne le recommande pas aux malades, ni aux jeunes filles, mais aux vivants. »

« Le vin, comme la musique, parle un langage international. Il est même curieux de constater qu’ici, comme dans l’art, c’est l’ultra-particulier qui devient universel. L’emplacement des crus est délimité au mètre près » Quelle superbe réplique aux pourfendeurs de la complexité, encore faut-il que celle-ci fut bien réelle.

Pour, non pas clore, mais simplement vous laisser le loisir de découvrir le vagabondage de Dumay dans sa Bourgogne, encore deux traits de lumière : « J’arrive chez Jacques Copeau un peu avant la tombée de la nuit. Il est assis à une petite table sous les arbres, devant sa maison qui ouvre sur un cirque de vignes et de collines, calanque de Collioure à laquelle manque la mer. »

« Mme Copeau me tend un grand verre d’eau fraîche, boisson qui m’est aussi chère que le vin. »

Prochainement sur mes lignes : « Ma route en Languedoc » du même Dumay et, en refermant son livre de 1948, je ne puis m’empêcher de penser que remettre mes pas dans ceux de Dumay, me glisser dans les plis de la France, prendre les mêmes chemins de traverse qui s’entortillent comme les vipères, m’asseoir en bout de table, savourer un grand verre d’eau fraîche puis entamer la conversation, casser la croute, s’en jeter un derrière la cravate. Mais existe-t-il encore des Giono, sur qui Dumay à ce mot magnifique « Il ne pèse pas sur lui-même. » ou des René Char « le surréaliste du terroir » ? Et puis, quel éditeur s’y risquerait dans un monde où triomphe le papier glacé des magasines fabriqués pour la cohorte des gens qui font genre...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Jeudi 1 juillet 2010 4 01 /07 /Juil /2010 00:07

DSC00547-Quenioux.gifRappelez-vous, c’était un des rares beaux jours de juin, j’étais allé, à midi, faire des photos dans la vigne d’Yves Legrand link, celle qui s’accroche aux flancs de la ligne C du RER à Issy-les-Moulineaux la patrie d’un des Leader Maximo des Hauts de Seine. Nous avions excellemment déjeuné sur la terrasse de la Guinguette et surtout j’avais gentiment cuisiné Yves sur sa soirée de la vieille chez Anne-Claude Leflaive. Pensez-donc, « désapprendre à déguster », pour un mécréant comme moi c’était du pain béni, par avance je me pourléchais les babines rien qu’à la pensée que des sommités telles JC Rateau, Christine et Eric Sorel, Alain Moueix, Jean-Luc et Andrée Trappet... puissent, sous la houlette de Bruno Quenioux et du frère Jean, se colleter à un si beau sujet.

 

En effet, nous sommes à l’heure des « Apprendre à faire l’amour en 10 leçons », « 5 conseils pour déguster un GCC avec son beau-père », « Comment marier sans risque un maquereau mariné avec un verre de Mouton-Cadet ? ». Foin de l’apprentissage sur le tas – si je puis m’exprimer ainsi à propos du premierthème –,des premières émotions, des premiers gestes maladroits mais spontanés, des râteaux et des gamelles, des chemins de traverse où l’on s’égare... il faut, c’est une obligation, savoir tout sur tout, être un puits de science, avant même d’avoir approché le bout de son nez du bord d’un verre ou ses lèvres d’une bouche pleine de mystère. Les maîtres et leurs zélotes édifient l’élite du troupeau, c’est le triomphe de l’œnologue qui, que je sache, à acquis son savoir à la Faculté de Pharmacie – les potards m’ont toujours fait rêvé et j’ai même été amoureux d’une belle étudiante en pharmacie qui, la dernière fois que je l’ai vue dans son officine, y vendait de la choucroute diététique avec son mari – sur l’œnophile.  

 

Entendez-moi bien, pour un petit vendéen qui a usé ses fonds de culotte courte sur les bancs du seul lieu qui pouvait le sortir de sa condition : l’école, apprendre à toujours été un plaisir. Mais que diable on n’apprend pas que dans les livres scolaires, il suffit de lever son nez, d’écouter, d’observer de sentir, de goûter, de toucher, de se plonger dans un roman, d’admirer une toile, d’aller se faire une toile, de s’immerger dans la musique, d’aimer, de laisser folâtrer son imaginaire, de ne pas toujours avoir les pieds sur terre. Bref, boire le vin – j’insiste sur le boire – est un plaisir trop important pour le confier aux seuls maîtres de la dégustation, qu’ils fussent œnologues ou non !

 

Comme Yves Legrand m’avait confié que l’essentiel était d’« écouter le chant de son corps... » alors, comme Maxime Le Forestier qui chante le « pays de ton corps », je me suis dit que ce retour à la chair, celle qui vibre, qui souffre, qui jouit, ne pouvait que m’aller. Pourquoi toujours penser, calculer, mesurer, encadrer, codifier, émasculer... et surtout, pourquoi toujours prendre plutôt que de recevoir, d’accueillir, de recueillir. La dégustation c’est de la technique, et les professionnels se doivent de la posséder, de la maîtriser, mais moi je ne suis qu’un amateur qui préfère écouter le corps de ses partenaires plutôt que de le prendre, de l’annexer. Communier se transmuter, être l’autre, c’est pour moi grimper au 7ième ciel sans ascenseur.     

 

Comme d’ordinaire je me suis trop épandu. Je confie les derniers mots de cette chronique à Bruno Quenioux. Le présenter est facile, son nom est associé à la  fondation en 2000 du département vin de Lafayette Gourmet. Inventeur et précurseur ce blésois, homme du vin, dont toute la vie professionnelle est consacrée au vin, associé caviste de la Cave Saint Clair, premier caviste chez Legrand Fille&Fils, acheteur national vin des Galeries Lafayette, va au-delà du vin, l’investit dans ses profondeurs et surtout tente de lui redonner sa vraie place, loin des idolâtres, celle du cœur. Installé face à l’Agro, rue Claude Bernard, Bruno Quenioux explore des champs ignorés, ose braver la pensée unique, progresse tel nos anciens maîtres adeptes de la leçon de choses, de la découverte, et si vous souhaitez partager avec lui sa fenêtre sûr allez donc sur www.philovino.com  

 

« Si l’on prend à la lettre les théories de l’œnologie moderne, le vin est une composition chimique un peu complexe. Rien de vibratoire, au mieux quelques bactéries encore vivantes.

Pour moi, cette compréhension (que je ne renie pas) est une réduction et ne reflète en rien ce que je perçois lorsque je goûte des vins issus de productions nobles.

Le vin est un souffle vibratoire qui fait osciller les sels minéraux ; eux même révèlent un chant d’arômes. C’est ce souffle qui donne la légèreté, la simplicité. Le vin est un moyen pour l’homme de marier l’univers souterrain et le monde des saveurs qui l’entourent.

L’intellectualisation de la dégustation enferme l’individu dans des paramètres et ne permet pas un ressenti ouvert et personnel du vin.

Le vin n’est pas un objet de dégustation, c’est un moyen de révéler à l’homme son unité. Il est pourtant entré dans le monde de l’idolâtrie.

Goûter le vin, c’est d’abord se laisser pénétrer par lui, au cœur de nos profondeurs. C’est commencer par le laisser s’unir à notre salive (qui a un goût unique pour chacun d’entre nous). Là seulement, après quelques instants de silence, de candeur, il offrira son cristal sous-jacent, son essence profonde ou peut-être la malheureuse résultante d’une momification. Cette perception ne peut être appréhendée par la dégustation intellectuelle. Il faut réapprendre à se laisser surprendre (Frère Jean) pour laisser la place à tous les possibles, Laisser le vin devenir soit. Une grande intimité se réalise alors entre le vin et soit.

Prenons un promeneur en forêt qui reçoit les effluves d’un chèvrefeuille en fleur ; l’émotion inattendue est profonde, puissante. Il n’avait pas de protection, pas de filtre, il était seulement vivant, en état de recevoir. Il cherche immédiatement la fleur qui lui a procuré cette vibration, la trouve et sent. Là, c’est une autre histoire, la fleur sent bon mais elle n’ira pas envahir ses profondeurs. C’est une illustration que tout le monde à vécu, une expérience pour faire la différence entre le non-agir et l’agir.

Plus que notre mental, notre corps sait…. Peu à peu nous creuserons les profondeurs de notre propre goût comme pour mieux nous connaître. »

 

Nous sommes en juillet et il ne vous est pas interdit de caresser votre mulot dans le sens du poil pour faire un petit commentaire....

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 00:07

Les mots tête de lard, ceux qui semblent n’en faire qu’à leur tête, ramenard, fêtard, pétard, hasard, regard, dès qu’un petit nouveau me tombe sous la main, c’est l’extase. Celui-ci est unique, il a en plus les pieds dans le terroir, et son R majuscule le distingue du commun des têtes de lard puisque c’est un nom propre. Un Replongeard c’est un gars qui est né à Replonges au pied de la roche de Solutré, dans la Bresse mâconnaise. Dumay Raymond en est un, berger et instituteur – deux beaux métiers – puis journaliste à la « Gazette des Arts », entre nous ça pose plus son homme que chroniqueur à la RVF – je suis mauvaise langue – il va enfourcher sa Terrot qu’il surnommait « Pégazou », en hommage au cheval ailé de la mythologie, « après avoir sifflé chaque matin un verre de blanc, pour aller, chasser nez au vent, les poètes, les jolies filles, les bons vins, les grands textes, les buissons de queues d’écrevisses et les perdrix de mer flambées au Cognac. » *

* dans le sous-titre de la chronique de Jérôme Garcin sur la réédition des livres de Dumay on le qualifie de romancier et d'oenologue. De grâce épargnez-nous l'oenologie pour un bon buveur, merci à Gérard Muteaud de faire le nécessaire pour que le Nouvel Obs s'en tienne aux oenophiles... 

 

TERROT 350 HCTL 1952

 

Dumay chevauchant son « Pégase de liaison » va s’enfoncer, au lendemain des années noires de l’Occupation, dans la France profonde des « petits chemins sinueux comme des vipères entortillées ». Deux mots sur la Terrot, une moto bien française, Dijonnaise, râblée, vaillante, pas pour un sou élégante avec ses selles larges comme le cul d’Andréa Ferréol dans la Grande Bouffe, ses pneus minus, Dumay disait qu’elle était dotée d’une « forte personnalité ». Bien évidemment rien à voir avoir avec le feulement de la Harley de Dennis Hopper dans « Easy Rider », la fille de Dijon pète, ahane plus qu’elle n’halète, mais Dumay n’en a cure, lui qui ne fait pas sien le proverbe bourguignon « On aime mieux y croire/ Que d’aller y voir » va aller y voir en commençant par arpenter, dès 1948, sa Bourgogne natale « terre mystique de vins puissants et de chantantes eaux ».

 

Lire l’été soit sous les charmilles, avant et après une sieste réparatrice, soit à la fraicheur du matin face à la mer avant d’aller prendre un bon bain est, n’en déplaise au sieur Ted Stanger, un vrai plaisir à la française. Alors des vagabondages de Dumay «qui empruntent à Bachelard et à Vialatte» de 1948 à 1954 vont naître 4 livres : Ma Route de Bourgogne, Ma Route d’Aquitaine, Ma Route de Languedoc, Ma Route de Provence, des livres euphorisants, capiteux, publiés par René Julliard et qui, il faut le souligner, connaîtront le succès. La Table Ronde les réédite et, comme le note Jérôme Garcin, « s’ils ont peu vieilli, si on avec un tel bonheur, et un peu de mélancolie, c’est que ce ne sont pas des guides touristiques, mais plutôt des promenades érudites et primesautières. » Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire très chers lecteurs.


Son premier « road movie » part de Paris : « il est difficile de faire lâcher prise à Paris. On part, on roule et la ville est toujours là, collée contre vos flancs, avec ses postes d’essence, ses cafés-tabacs défraîchis, ses maisons à bon marché, ses villas. De temps en temps une ferme, un pré vous donnent quelque espoir, mais aussitôt surgissent un lotissement, une  usine ou un gros autobus vert qui se dandine au milieu de la chaussée. » Chez Dumay le trait va toujours à l’essentiel « Avon est une petite ville qui trouve le moyen d’être laide au milieu d’une belle forêt. ». Lorsqu’il raconte la rencontre de Stevenson, à l’hôtel Chevillon, de Gretz-sur-Loing, en 1876, avec l’américaine Fanny Osbourne, fille de pionniers, une femme avec une volonté de fer, des idées bien ancrées, des partis violents » sa plume s’envole « Ce fut le coup de foudre réciproque, aidé peut-être par la qualité du Bourgogne pour lequel Stevenson avait un faible. Bien qu’elle fût son aînée de dix ans, il sentit qu’il ne lui échapperait jamais. Lui qui, jusqu’à sa mort, devait rechercher la pureté, il rencontra à vingt-six ans, sur le bord de la petite rivière d’herbes et de poissons, cette femme qui « appartenait à l’enfance de l’humanité ».

 

À Saint-Sauveur, Dumay cherche la rue des Vignes. La rue de Colette, pour y trouver « sa maison, la maison. ». Il rencontre madame Jolivot « qui a été à l’école avec elle » et M. Jolivot qui a assisté à la campagne électorale du capitaine, celle qui conduisit une fillette de sept ou huit ans dans les cafés de village où elle trinquait au vin rouge avec les fermiers et les maquignons.


- Il n’y avait pas beaucoup de monde aux réunions du père de Colette. C’était  un soldat du Second Empire qui se présentait comme un candidat conservateur. Or, la Puisaye a toujours été rouge. »

« On m’avait dit à Noyers : « Pour aller à Auxerre prenez par Chablis. La route est un peu plus longue, mais en meilleur état. Quand vous aurez franchi la porte, quand vous serez en France, prenez à droite » (...)

À l’heure du dîner, j’arrivai à la ville. Pouvais-je la traverser sans saluer ce vin blanc qui sert, dans le monde des vignerons, à désigner certain cru léger, fruité et d’une belle ligne. »

 

Ce vin de Chablis Dumay écrit que son plus beau titre est de dire de lui « qu’il a de l’amour ». Le voilà aux portes de la Bourgogne et moi  non pas pour « faire genre » mais vous donnez soif, soif de lire, je vous réserve la suite pour demain sur mes lignes.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 00:09

Je gardais ma botte secrète bien au chaud. Je dégaine ! Tire sans sommation. Mais non, je suis un gentleman : «  messieurs les anglais tirez les premiers ! » Je laisse ma plume acérée à Susy Atkins. C'est en l'année 2000, juste avant que je n'écrive mon rapport. Même que j'ai cité Susy Atkins dans la conclusion de celui-ci mais comme le dit Hervé "je n'aime pas l'anglais" Désolé la maison n'a pas les moyens de se payer une traduction simultanée. Si Michel veut s'y coller ou David...

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 The Big Yin

 

There isn’t red variety that brings such wild, untamed exuberance to the world of wine as Grenache. It’s a Billy Connolly among grapes: big, bold end crude but somehow friendly, loveable end appealing. No surprise that it’s the second most widely planted vine on the planet.

 

The reign of Spain

 

The days, Grenache is seen as a southern French variety, at home on the southern Rhône delta, Roussillon and along the Mediterranean coast. In fact, like Mourvèdre, it was originally from Spain and spread into France as the kingdom of Aragon expander its borders, which seems a very civilised way to take over another country. Yup, Garnacha is Grenache.

 

So why isn’t it famous?

 

It’s been planted the “wrong” places. Grenache as been seen as a blender, with none the finesse of Bordeaux or Burgundy varieties. It’s another Mediterranean grape that’s been sneered at by the wine snobs who believed that only Cabernet, Merlot and Pinot Noir were capable of making top-quality wine – remember Syrah as only recently been accepted into the premier league.

There’s another problem. Get low-yielding, dry-farmed old Grenache vines end you have a wine that’s packed full of sweet, rich, chocolatey, spicy, black-fruited flavours. Trouble eis, it’s been planted in irrigated areas where producers either wanted high-yielding for table wine or super-ripe raisins for fortified production. Result ? Most Grenache/Garnacha is thin in fruit, light, light in colour, and, unfortunately, weedy in flavour.

 

Moving on up

 

Recently there’s been a revival. The Rhône has become hip, big flavours are in, and now quality winemakers using the simple formula of old vines, no irrigation, low yields and careful handling are showing that Grenache can make exuberant, exciting wines. They may not last as long as Syrah but boy, are they fun mouthful.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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