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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 00:04

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L’Algérie, lorsque j’usais mes fonds de culotte sur les bancs de l’école primaire Ste Marie à la Mothe-Achard, dans nos livres d’histoire et de géographie, était française : 4 départements : Alger, Oran, Constantine et un peu plus tard celui de Bône (redécoupage du département de Constantine) et les Territoires du Sud. En 1941, ils furent numérotés à la suite des départements français de 91 à 94. Ironie de l’histoire, le 93 fut attribué au département de Constantine qui fut le foyer de l’insurrection du
1er novembre 1954. C'est la «Toussaint rouge». Les seules victimes européennes sont un couple de jeunes instituteurs Guy et Janine Monnerot. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Le ministre de l'Intérieur de l’époque François Mitterrand, promet de mettre tout en oeuvre pour arrêter les «hors la loi» et il déclare le 12 novembre 1954 : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement. C'est la Constitution et c'est notre volonté». Le gouvernement de Guy Mollet va y envoyer le contingent. Le service militaire va être porté à trente mois et les effectifs engagés dans ce que l'on appelle les «opérations de maintien de l'ordre» ne tardent pas à atteindre 400.000 hommes.

Contrairement au conflit indochinois où ce n’étaient que des « engagés volontaires » cette sale guerre qui n’en portait pas le nom nous touchait de près : nos voisins, nos frères partaient en Algérie. Mon frère aîné, Alain, affecté sur la ligne Morice, sera de ceux-là. Nous attendions ces lettres avec angoisse et plus encore nous redoutions de voir le maire ou les gendarmes s’encadrer dans la porte pour annoncer une funeste nouvelle. Nous ne comprenions pas trop les enjeux de cette Algérie française, si lointaine, avec ses colons, grands et petits, sa population européenne bigarrée, ces « indigènes » dont nous ne connaissions pas grand-chose et ces « fellaghas » contre lesquels nos frères allaient en opération dans le djebel. Mon frère est rentré. Il n’a guère parlé de sa « guerre », c’était une tradition familiale Louis mon grand-père : 4 années de guerre s’ajoutant à 3 de service militaire et Arsène mon père blessé en 1939, ne nous ont jamais abreuvé du récit de leur temps sous les drapeaux.

Moi je n’ai jamais porté l’uniforme mais j’ai effectué mon Service National comme VSNA, 18 mois à l’Université de Constantine comme maître de conférences. J’ai donc vécu deux années en Algérie sous le régime « socialiste » du colonel Boumediene affligé de toutes les tares de la bureaucratie et de la toute puissance des militaires. Comme dans tous les régimes dictatoriaux à discours marxisant la dérision entre 4 murs était le seul oxygène de mes étudiants et étudiantes ( parmi lesquelles il y avait la petite fille de Ferrat Abbas le pharmacien de Sétif) : la plaisanterie la plus prisée étant, lorsque nous faisions la queue pour obtenir une bouteille de gaz, « pour qui sonnait le gaz ? » en référence à la Société Nationale en charge du Gaz : la Sonelgaz qui, dans un pays recelant de fabuleuses ressources de gaz naturel trouvait le moyen de créer la pénurie. Pour mettre un peu de gaîté dans l’atmosphère pesante il nous restait plus qu’à faire partager à nos invités le verre de l’amitié en débouchant une bouteille de cuvée du Président achetée chez le seul entrepositaire de Constantine qui ne pouvait le vendre qu’aux coopérants.

Pourquoi me direz-vous revenir sur cette histoire douloureuse en y rajoutant des souvenirs personnels ? Tout simplement pour ne pas verser dans un penchant bien français de réécrire l’Histoire ou de porter sur des évènements, sommes toutes proches, un regard contemporain. Dans l’histoire du vignoble français, le vignoble algérien des années coloniales a joué un rôle capital dans l’émergence d’un grand négoce assembleur, embouteilleur de place, à Paris tout particulièrement. La « saga du gros rouge » s’appuyant sur un vignoble moderne, industriel, une sorte de préfiguration du vignoble du Nouveau Monde, est une réalité qui a modelé l’image du vin dans notre pays en créant une césure, que nous n’avons pas encore effacée, entre le litre syndical 6 étoiles et la bouteille de vin bouché, les Vins de Consommation Courante et les Vins Fins. Nos concurrents du Nouveau Monde et les consommateurs qu’ils ont créés n’ont pas eu à surmonter ce handicap. N’oublions pas que dans Mythologies lorsque Roland Barthe écrit « le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre. » il fait référence au vin de tous les jours « pour le travailleur, le vin sera qualification, facilité démiurgique de la tâche (« cœur à l’ouvrage »). Pour l’intellectuel, il aura la fonction inverse : « le petit vin blanc » ou le « beaujolais » de l’écrivain seront chargés de le couper du monde trop naturel des cocktails et des boissons d’argent. » Réduire ce « vin populaire » à une affreuse piquette relève de l’erreur historique, il était dans sa grande majorité d’une qualité correspondant aux attentes de ses consommateurs. Vin de tous les jours et vin du dimanche et fêtes, l’examen des magnifiques Catalogues de la maison Nicolas montre qu’à cette époque les marchands de vin vendaient du Vin, des Grands, même des très grands et des Petits, sans se prendre le chou...

À suivre...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 17 juillet 2010 6 17 /07 /Juil /2010 00:09

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Il fumait des « Disque Bleu », beaucoup. C’était un fou de foot. «Il a même offert des maillots à la Jeunesse sportive lourmarinoise ». En 1958, avec le chèque du Prix Nobel, il s’offre une ancienne magnanerie à Lourmarin. «Il a retrouvé ici la lumière et les couleurs de son Algérie natale». Chaque fois que je séjourne sur le plateau des Claparèdes un matin je descends à Lourmarin. Il y ait enterré. Le restaurant Ollier, où il avait coutume de boire son pastis, n’est plus tout à fait ce qu’il était. Chaque matin, de très bonne heure, il partait faire son « tour de plaine » sur la route de Cavaillon « dans cette campagne austère, lumineuse, paisible, qui a bien peu changé en un demi-siècle » Lors de mon dernier passage, j’ai acquis à la librairie « Le Thé Dans L'encrier » rue de la Juiverie un petit opus de José Lenzini « Les derniers jours de la vie d’Albert Camus » publié chez Actes Sud.

  

 

À lire absolument !

 

Le domaine viticole Le Chapeau du Gendarme

 

« Tout avait passé si vite depuis le 7 novembre 1913. Albert était né à 2 heures du matin. Beaucoup de souffrances par une nuit froide et boueuse, dans cette charrette qui n’en finissait pas de s’enfoncer et de gémir sur des chemins détrempés. Et puis il était venu. Sagement. Sans pousser le moindre cri. Un deuxième garçon après Lucien qui avait déjà trois ans... C’était bien ! Le père était content. Elle aussi. Tout était prévu pour accueillir le bébé dans la petite maison de Mondovi. C’est là, au domaine viticole Le Chapeau du Gendarme que le père travaillait comme caviste. Ce village agricole situé dans l’Est de l’Algérie, près de Bône, était bien agréable. On y vivait bien. On avait le bon air de la campagne. Et il n’y avait presque plus de malaria »

 

Le foot

 

« Il quitte la grande maison sans éteindre le poste de radio qui crachote des informations sportives « ...ah ! vraiment une belle rencontre que celle qui a opposé le Racing à Angers, malgré... » Il sait, pour avoir entendu un précédent bulletin, que le terrain était gras, que les Parisiens ont largement dominé grâce à Ujlaki, Majhoub ou Bollini.

« Pas sûr qu’ils renouvellent l’exploit aujourd’hui contre Strasbourg ! »

(...)

« Ce sera sans doute un beau match, lance Camus dans une volute de fumée.

- Et vous voyez quel score ?

- Pas facile... Mais actuellement le Racing est en jambes : 72 buts en 22 matches, c’est un record ! Par contre, faudrait voir du côté d’Angers... Ils risquent de tenir la dragée haute au Stade de Reims !

- Vous croyez ? Avec Kopa, Fontaine, Piantoni ou Jonquet... ça devrait être une balade de santé !

- Pas sûr, au foot, il ne suffit pas d’avoir des vedettes, il faut se battre. Et en équipe ! »

 

La danse

 

« C’était un après-midi où le mois de mars précédait un printemps de glycines. Moins casanière qu’à son habitude, sa mère avait accepté de l’accompagner pour une balade au grand air, du côté de Sidi-Ferruch. Mais à peine avait-il dépassé les Bains Padovani qu’il avait souhaité s’arrêter « juste un moment » dans une de ces salles où les grands animateurs du moment, Dany Romance ou bien Lucky Starway et son Grand Orchestre de Radio Alger, menait la cadence. La halte se prolongea jusqu’à la fin de la soirée, pour la plus grande joie de Mme Camus qui, pourtant, était restée sur sa chaise immobile, mais qui le lendemain confia à une de ses voisines : « L’Albert, c’est que... il dansait bien ! », joignant le geste d’une main virevoltante à sa parole saccadée pour se faire bien comprendre. Albert était fier et ému. Faute de pouvoir apprécier ses qualités littéraires, sa mère avait dit son admiration pour le danseur. Elle était même sortie de son mutisme pour le dire. »

 

Le Nobel et son pantalon froissé

 

Marcel Camus entreprend de raconter à sa mère « ces journées mémorables » de la remise du Nobel « Il extirpait de sa serviette des coupures de presse, lui montrait des photos... Là, c’était lui en habit, avec un col cassé et un nœud papillon... »

 

« (...) Soudain d’un geste de la main, elle lui fit signe de s’interrompre, se leva et lui dit de sa voix hésitante : « A’bert...ton pa’talon froissé. Faut repasser. Enlève ! »

Alors que la vieille installait sur la table de la salle à manger une couverture et un vieux drap jauni des stigmates du fer brûlant, il défit sa ceinture et enleva son pantalon qu’il tendit à sa mère. Bientôt le fer, au contact de la pattemouille, se mit à souffler comme un chat énervé, libérant des odeurs de roussi et de chemin d’hiver. Il était là, en chaussures, chaussettes et slip, finissant sa cigarette, un sourire aux lèvres : il imaginait l’un de ses détracteurs parisien découvrant la scène.

Son repassage terminé, la mère posa délicatement le pantalon sur un dossier de chaise. Albert savait qu’il lui fallait attendre un peu pour éviter qu’il ne se fripe à nouveau s’il l’enfilait trop vite. Il retrouva cette hâte d’adolescent avec les habits propres et repassés du lundi matin qu’on s’empressait de revêtir pour humer la bonne odeur  chaude du propre qui, une fois par semaine, sentait le neuf. »  pt24880.jpg

« Le 6 janvier 1960, une foule d’anonymes et quelques amis se retrouvent devant la grande maison de Lourmarin où le corps d’Albert Camus a été transporté dans le nuit. Quatre villageois portent le cercueil que suivent son épouse, son frère Lucien, René Char, Jules Roy, Emmanuel Roblès, Louis Guilloux, Gaston Gallimard et quelques amis moins connus, parmi lesquels les jeunes footballeurs du village. Le cortège avance lentement dans cette journée un peu froide et atone de ce « pays solennel et austère » - malgré sa beauté bouleversante. »

 

« Je commence à être un peu fatigué de me voir, et de voir surtout de vieux militants qui n’ont jamais rien refusé des luttes de leur temps, recevoir sans trêve leurs leçons d’efficacité de la part de censeurs qui n’ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l’histoire, je n’insisterai pas sur la sorte de complicité objective que suppose à son tour une attitude semblable. »

 

En janvier 1960 je n’avais que 11 ans mais par la suite, vous le comprenez en me lisant chaque matin, entre Camus et Sartre, pour moi, « il n’y a jamais eu photo ».

 

 

 

 

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /Juil /2010 00:09

Soit Gary Vaynerchuk un fils d’émigrés soviétiques, « un gamin du New Jersey, un gars de la côte Est des Etats-Unis avec une grande gueule, qui ne sait pas être discret, qui frise l'odieux », qui ose poser des questions aussi subtiles que « Quel vin prenez-vous avec vos céréales ? », qui dirige l'un des dix premiers réseaux de distribution indépendants de vin aux Etats-Unis, qui énerve les puristes mais qui, au travers de son émission vidéo quotidienne, « tente de mettre le vin à la portée de tout le monde, de le démystifier, de le rendre moins intimidant. Le plus important pour moi n'est pas de faire le pitre mais de faire comprendre que le vin ce n'est pas seulement le Bordeaux et le Cabernet. Ma démarche va bien au-delà de la volonté de m'amuser en parlant du vin. Il y a un effort délibéré de ma part de sensibiliser le palais du public américain. »

Et moi, modeste chroniqueur freenchie du vin. Qu’avons-nous en commun ?

À priori rien, face à sa gouaille new-yorkaise j’ai vraiment l’air, en dépit de mes efforts pour jouer dans la cour de l’humour, d’avoir avalé mon pébroc. Certes y’a chez lui du Michaël Young mais comme il le souligne « je suis dans le business du vin depuis l'âge de 15 ans, je sais aussi que je maîtrise mon sujet. Et que lorsque je parle d'un Chinon ou d'un Bourgueil, je sais de quoi je parle. » Gary est donc tout sauf un bouffon. Certes il en fait des tonnes mais il renouvelle le vocabulaire de la dégustation « des arbres brûlent dans votre nez quand vous reniflez ce vin ! » tout en s’essuyant la bouche d’un revers de manche. Bien sûr, les belles âmes vont me reprocher de céder à la vulgarité, de verser dans une forme de démagogie populacière. Je suis prêt à en convenir mais il y a un mais, un gros mais.

En effet, Gary Vaynerchuk et moi partageons la même ambition, même si nous n’empruntons pas les mêmes sentiers : « L’extension du domaine du Vin » Que déclare-t-il en effet ? « Grâce à l'utilisation des réseaux sociaux - j'ai 850 000 fans sur Twitter ! - et aux émissions de télévision grand public, j'ai accédé à la "culture pop" aux Etats-Unis. J'atteins ainsi des gens qui n'avaient jusque-là jamais été exposés au vin. Et j'en suis fier. Je suis fier aussi du fait qu'il n'y ait pas beaucoup d'autres acteurs aux Etats-Unis qui ont créé autant de nouveaux amateurs de vin. Je dis bien créer car le secteur du vin a tendance à recycler les mêmes individus. On voit toujours les mêmes spécialistes, dans les mêmes forums, qui parlent toujours aux même gens. J'ai réussi à toucher les 20-30 ans et à amener au vin des gens qui ne le connaissait pas. »

Que voulez-vous moi ça me plaît bien plus que les jérémiades de ceux qui psalmodient « nous ne pouvons rien faire à cause de la loi Evin », que les recettes éculées de ceux qui nous servent et resservent les mêmes baratins. Tant que nous n’aurons pas compris, comme le note très justement Gary que nous recyclons toujours les mêmes individus, ce que j’appelle moi en bon fils de paysan la surpâture, nous continuerons de nous réconforter dans nos petites chapelles ou nos grandes cathédrales, de nous plaindre que le monde entier nous en veut, que nous sommes des incompris, de camper sur notre haute conception du vin.

Ecoutons encore notre déconoclaste à propos des vins français aux USA « Quand les gens pensent aux vins français, ils pensent aux grands crus comme Lafite, Latour ou les Châteauneuf-du-Pape. Toutefois, ils représentent une infime minorité des vins produits en France. En revanche, quand je pense à la France, je pense plutôt aux Languedoc, aux Madiran, au Cahors et à Gaillac. Pour moi, un Morgon ou un Moulin-à-Vent sont parmi les meilleurs rapports qualité prix au monde. Pour environ 120 dollars, on peut se procurer un grand cru du Beaujolais, c'est incroyable ! Même parmi les Bordeaux, il y a tellement de petits châteaux dont le prix ne dépasse pas 20 dollars la bouteille. A mon avis, les vins français sont très mal promus aux Etats-Unis car ils sont perçus comme étant chers. Qui sait que l'on peut acheter un Côte du Rhône 2007 pour dix dollars ? C'est prodigieux pour un aussi bon cru. »

Attention, lisez-moi bien, je ne pratique pas le sport national français : la division en laissant à penser que le style Gary Vaynerchuk doit devenir la norme. Bien sûr que non, c’est un plus, une autre voie, un autre style : quand saurons additionner nos forces, admettre la puissance de la différence assumée ? Ma réponse est sans appel : lorsque ceux qui se disent en charge de la promotion du vin français : interprofessions ou grands opérateurs auront l’audace de soutenir en pur mécénat des initiatives innovantes sur le Net. Des trucs qui décoiffent, qui sortent des sentiers battus, autre chose que des messieurs propres sur eux qui ont l’air d’avoir des balais dans le cul ! Suis-je vulgaire ? À mon sens bien moins que le sommelier Enrico Bernardo qui déclare du haut de sa suffisance que 80% des vins français ne valent pas mieux que le caniveau et que beaucoup de vignerons feraient mieux de cultiver des carottes... »

Je suis remonté et candidat déclaré pour produire un truc du genre « la minute de Monsieur Cyclopède » revisitée par les Gary Vaynerchuk français sur le Net. Merci aux décideurs de ne pas trop se bousculer pour me répondre...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 00:09

Cette importante interrogation, certes formulée sous une forme triviale, disons populaire, m’a été inspirée par le « Ben moi parfois je me dis « c'est en buvant n'importe quoi, que l'on devient n'importe qui » de Jean-Baptiste posté en commentaire sous ma chronique inoubliable du 14 juillet « C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui » que j’avais confiée en images à l’inimitable Rémi Gaillard.

  

En effet, puisque Jean-Baptiste, au plus profond de lui-même, pense que ceux qui boiraient n’importe quoi deviendraient des n’importe qui, laisse à penser que la nature de la boisson, sa qualité, même plus encore – je pousse la logique à l’extrême – son authenticité, transforme les hommes.

 

Attention, j’exclue de mon champ d’investigation à la fois les boissons non alcoolisées afin d’éviter la facilité du « Coca rend con » et les enfileurs de degrés, les grands avaleurs, les adeptes du shoot, qui bien évidemment boivent souvent n’importe quoi. Pour autant, même si ça déplaît aux prohibitionnistes, je n’utiliserai pas à l’appui de mon exclusion le célèbre adage « Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » car il y a ivresse et ivresse. Je reviendrai dans une prochaine chronique sur l’Ivresse.

 

Mon buveur à moi, c’est monsieur et madame tout le monde, pas un pilier de bistrot ni une alcoolique mondaine, pour qui boire un verre fait parti des petits plaisirs de la vie. Au risque de les froisser je fourre dans mon grand sac les grands amateurs de vins qui, après tout, eux aussi, même s’ils sont passés maîtres dans les figures imposées de la dégustation, boivent.

 

La population de mon étude étant cernée – je cause riche ce matin – il ne me reste plus qu’à circonscrire son rayon d’action. Pour faire bref, pour ne pas vous prendre la tête, je vais laisser de côté la bière et tous les alcools TGV (Tequila-Gin-Vodka) pour m’en tenir au Vin et aux quelques bouteilles qui traînent dans le bar de votre beau-père pour l’apéritif et le digestif.

 

Me voilà maintenant au pied du mur et, pour tout vous dire, bien embarrassé par l’extrême flou des concepts utilisés : c’est quoi le n’importe quoi et c’est qui le n’importe qui. Croyez-vous qu’avec un tel vocabulaire je pourrais postuler pour une chaire au Collège de France ? Comme vous vous tamponnez de mes hautes ambitions, afin d’affiner, comme dirait mon fromager, je vais commencer par tenter de vous dire qui est le qui du n’importe qui ?

 

Le n’importe qui c’est le premier venu, l’inconnu, le tout venant, le beauf, ou pour rester dans le vulgaire le premier con venu. Le père Sartre, toujours sympa, le souligne « C’est dur, hein, de se sentir n’importe qui ? »

 

Pour le n’importe quoi c’est plus simple puisqu’il s’agit d’une tendance lourde des temps présents : dernier exemple la grève de l’entraînement des joueurs professionnels de l’équipe de France annoncée par leur entraîneur lisant un communiqué soi-disant rédigé par eux dans un car.

 

Mes concepts étant à point comme le dit mon fromager de son Pont-l’Evêque et de son Livarot je vais tenter de pousser le bouchon du n’importe quoi vers les rives agitées de nos vins. Pour ce faire je vais soumettre 5 cas pratiques à votre réflexion pour que vous puissiez insérer le produit et ceux qui vont le consommer dans la bonne catégorie :

 

1° Marcel et sa Ginette sortent de leur supérette avec leur pack de « Vieux Papes », de « Listel » et quelques bouteilles de « Kriter » dans leur cabas, y z’ont aussi tout ce qu’il faut pour leur barbecue du dimanche dans le jardin du pavillon. Y sont contents pour une fois que tous les gamins seront là avec leur marmaille.

 

2° Paul-Henri et son épouse Hildegarde achètent leur GCC de Bordeaux en primeurs, ça les excite, c’est vraiment bien mieux que la Bourse avec ses produits toxiques ou pourris, ils s’en donnent à cœur joie même que pour le millésime 2009 c’est de la folie. Vont-ils être obligés de vendre l’un de leur Dufy ou de céder la moitié de leur pur-sang à l’Aga Khan ?

 

3° Chico et Pâquerette, lui est dans la pub, elle dans la mode, sont dans tous leurs états, ils viennent de jeter leur dévolu – acheter est vulgaire pour des alter – sur une superbe petite lignée de vins natures que leur a déniché Paul-Louis un ancien trader reconverti en courtier de vins non-sulfités. Ils bichent, au prochain croque carottes avec leurs potes ceux-ci seront verts...

 

4° Marin et César sortent du salon des VIF de la Porte de Versailles, ils ont fait une belle moisson de petites bouteilles de petits vignerons de petites appellations et ils sont vraiment contents de leur virée. Leur chien Droopy frétille lui aussi. Bonne pioche encore cette année.

 

5° Dumichon qui vit seul sort de chez Lidl avec son BIB de vin de pays d'Oc. C'est un monsieur bien propre, discret, qui lit le Parisien et écoute les Grosses Têtes sur RTL. Son petit verre lui égaie un ordinaire bien ordinaire. Moumousse son gros Persan, lui, il lui offre du Sheba. Et dire que ses enfants ne l'appellent même pas. 

 

Donc, chers lecteurs, que des gens heureux, ou presque !

 

Exemples tendancieux, excommunication immédiate par les zélotes de Bourdieu, je cours et j’assume le risque. Et, pour ceux qui pensent que je n’ai pas répondu à la question de mon titre: « boire bon rend-il moins con ? » ils n’ont pas tout à fait tort mais ils peuvent convenir avec moi que c’était vraiment une question à la con.

 

En effet, derrière tout ça, en parodiant François Mauriac et sa célèbre phrase à propos du « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es », « il est vrai. Mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis » ce qui est sous-jacent est bien le besoin de représentation sociale que beaucoup cherchent dans le vin et sur laquelle beaucoup de gens du vin surfent et il facile d’arriver jusqu’au « Si tu bois et rebois n’importe quoi c’est que t’es n’importe qui... »

Détrompez-moi, Benoît !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 00:09

Sacré gaillard que ce Rémi Gaillard, sans nul doute un proche parent d'une de nos plus importante célébrité vinicole nationale :  François Gaillard du couple Gilbert&Gaillard. Afin de fêter dans l'hilarité notre nationale fête du 14 juillet je vous propose deux séquences cultes du Rémi : l'une consacré au poil à Poil dans la Nièvre chère au père François - pas Gaillard mais Mitterrand - et l'autre au Tour de France du côté du Pic St Loup. Bonne dégustation, bon feu d'artifice et : « C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui» comme braillent Rémi et ses amis...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 00:09

Dans Terre de Vins un journaliste de Sud-Ouest, Christian Séguin, se pose une question à lui-même « Pourquoi Bordeaux serait-elle objectivement la capitale mondiale du vin ? » avant d’y répondre avec une certaine pertinence « il existe des raisons de penser que le titre est juste. Le titre de capitale mondiale n'a pas été attribué à Bordeaux par la viticulture internationale reconnaissante. Il s'est imposé localement comme une intime conviction. Une suffisance bordelaise de plus, disent les envieux. » 

  http://www.sudouest.fr/2010/07/06/bordeaux-capitale-mondiale-du-vin-en-toute-objectivite-133223-2780.php

 

Si je me permets d’affirmer qu’il se pose une question à lui-même c’est qu’une rapide revue de presse sur la Toile montre que majoritairement ce sont les journalistes qui décernent dans leurs titres les brevets de capitale de... J’y reviendrai.  1951344264.jpg

Mais avant ce petit voyage je ne résiste pas au plaisir de citer mon homonyme, Patrick Berthomeau (présenté comme un sociologue, barbu – ce qui est un pléonasme pour un sociologue post-soixante-huitard – amoureux du vin « ce qui lui fait pardonner bien des choses » qui « promène sa gentillesse et son ironie, chacune corrigeant l’autre, à travers les grands procès et les reportages pour le journal Sud-Ouest », qui dans un N° Spécial du Crapouillot de l’automne 1980, chroniquait avec gourmandise, « Le Winegate de 1973 » épingle la capitale mondiale du Vin. Donc un collègue de Christian Seguin officiant comme médiateur à Sud-Ouest.

 

Je cite Patrick Berthomeau « L’été 1973 était radieux. Le monde politique avait déserté Paris et l’on parlait moins de l’état de santé de Georges Pompidou. Depuis dix-huit mois, le bordeaux ne cessait d’augmenter mais le super valait encore 1,20 F et nul ne se doutait que la guerre du Kippour allait avoir lieu. Un seul feuilleton demeurait régulier : il racontait les aventures de Richard Nixon, pris au piège de Watergate.

EN ce début de juillet, Bordeaux sommeillait. C’est à peine si la ville se souvenait qu’un an auparavant, lorsque Jacques Chaban-Delmas avait quitté Matignon, un coup de tonnerre l’avait sortie pour deux ou trois jours de sa torpeur. Bordeaux avait perdu son Premier Ministre.

En juillet 73, rien n’annonçait une telle déroute en surface au moins. Car, dans les milieux professionnels, chez les courtiers et les négociants, on savait que Pierre Bert était « tombé » fin juin et que la brigade de la Répression des Fraudes s’agitait comme jamais. Du côté des Chartrons, une nervosité certaine se manifestait ; ça grouillait et grenouillait, rien encore n’émergeait.

Il fallut attendre le mois d’août pour que les premiers échos de ce qu’un journal anglais baptisa « Winegate », apparaissent dans la presse. Ce n’est qu’au mois d’octobre que furent signifiées les premières inculpations et, le secret de l’instruction aidant, l’escalade des rumeurs se calma quelque peu.

Cependant, l’essentiel de la fraude était connu : porté par le climat d’euphorie et de spéculation qui régnait sur le marché de bordeaux rouge depuis la fin71, une manière d’homme providentiel, Pierre Bert, avait mis en circulation des vins qui n’avaient de bordeaux que le nom et qui, dans le meilleur des cas, venaient du Midi. Il avait trouvé preneur chez plusieurs négociants et comptait notamment pour client une des plus anciennes et des plus prestigieuses maisons de Bordeaux, la maison Cruse dont les deux principaux dirigeants, Lionel et Yvan, allaient partager avec lui la vedette su procès d’octobre 1974. »

 

Tout ça à presque 40 ans donc c’est a rangé au rayon des vieilleries, et il n’y a de ma part aucune malice, mais comme un scandale des vins de Bordeaux ne pouvait que se voir attribuer une étiquette prestigieuse en référence à la capitale Washington de la plus grande puissance mondiale, c’était à noter. De plus, Patrick Berthomeau, visionnaire, dans sa conclusion, écrivait « On voit d’ailleurs apparaître ici et là le vin des technocrates que définissent, à partir d’études de marché, des petits jeunes gens buveurs de jus de tomate et de Coca. Ils repèrent des « créneaux de goût » (sic). Les œnologues font le reste. » puis plus loin « Avec un peu de pessimisme ou de lucidité, on imagine ce que sera demain le meilleur des mondes pinardiers ; on fabriquera des vins, comme des bébés-éprouvettes, le mot lui-même ne sera plus qu’un signe pour repérer une marchandise ; les couleurs et les saveurs ne seront qu’un souvenir bientôt effacé par les standards. Il est permis de cauchemarder : il y a déjà pas mal de temps que le pire est toujours le plus probable. » et de finir « «En attendant ces jours sinistres, les vins français aurons à faire face à d’autres dangers qui pourraient bien les aider à faire face à trouver la voie du salut

Depuis toujours, la contemplation de notre nombril vinicole nous a ravis, et du même coup détourné de notre visage. A force de répéter qu’aucun terroir au monde ne vaudra jamais le sol de notre beau pays, nous sommes exposés à toutes les déconvenues. »

 

Comme dirait l’autre, y’a boire et à manger dans la prose de l’autre Berthomeau, très caractéristique d’une forme de journalisme d’opinion à la française, un peu péremptoire, catastrophiste, le temps est parfois bien cruel avec les textes. Les miens subiront sans doute un sort identique, pour l’heure celui qui ma valut le titre envié de rapport Berthomeau tient le choc. Mais moi je ne suis pas journaliste...

 

Pour l’attribution du titre envié de capitale mondiale ci-joint ma glane :

 

Quand Bordeaux était une capitale mondiale de l'art contemporain le 24 mars 2010 ... Le Monde.fr

« Cette exposition fleuve vient rappeler que Bordeaux, dans les années 1970 et 1980, quand une bonne partie de ces œuvres fut achetée, était à la pointe du combat de l'art » actuel, dans une France alors timorée en la matière. La réputation de la ville fut même mondiale... Cette réputation a été construite par Jean-Louis Froment. »

Genève, capitale mondiale du journalisme d’investigation La Tribune de Genève 18 avril 2010

 

CONFÉRENCE | Des journalistes en provenance de plus de 80 pays doivent se retrouver à Genève dès jeudi pour parler de leur métier. Avec, en invités-vedettes, Roberto Saviano, Seymour Hersh et Baltasar Garzon.

 

Paris, capitale mondiale des maths le Journal du CNRS

 

« Avec un effectif de près de 1 000 chercheurs, la Fondation Sciences mathématiques de Paris (FSMP), dans laquelle est impliqué le CNRS, constitue le plus grand vivier de mathématiciens au monde. Tout aussi impressionnant que le nombre de ses chercheurs : son niveau d'excellence, couronné par de nombreuses distinctions internationales.»

 

Au Pakistan, la capitale mondiale des ballons de foot Mardi 16 Mars 2010 Slate

 

« Sialkot, au Pakistan, est le reflet d'un des nombreux visages de la mondialisation: 40 millions de ballons de football, soit environ 70% de la production mondiale, y sont cousus à la main chaque année, un chiffre qui peut grimper à 60 millions les années de Coupe du monde. »

 

Téhéran capitale mondiale du rouge à lèvres le Monde 11 avril 2010 11 avril 2010 blog le Monde : « Dentelles et tchadors »

 

« Durant mes deux années iraniennes, à chaque fois qu’un collègue ou ami français a posé un pied en République islamique, il était tout d’abord frappé par une seule et unique chose (hormis la chaleur de la population): le maquillage ultra prononcé des Iraniennes, malgré le voile qu’elles sont obligées de porter depuis plus de trente et un ans. Ainsi, à chaque fois qu’elles apercevaient une de mes amies françaises à Téhéran, les Iraniennes étaient tout estomaquées. “Mais qu’elles sont pâles! Elles sont encore moins maquillées que certains de nos garçons! Où sont passés les Audrey Tautou et Catherine Deneuve? “. »

 

Cyber-espionnage : la capitale mondiale est chinoise Clubic.com mars 2010

 

« Ville de l'est de la Chine comme capitale du cyber-espionnage. Shaoxing, c'est son nom, se taille donc une solide réputation de paradis des pirates »

 

Arles, capitale mondiale de la photographie Françoise Bare RTBF.be info

 

« Arles se sont donc des promenades dans les vieux cailloux, un Rhône lent et large, la Camargue au bout et des photographes connus, moins connus, des amateurs et des professionnels.

Etrange mélange car les premiers grands noms sont aussi arrivés pour les rencontres photographiques. Les 41ème du nom. Ils prennent le frais sur la place du Forum. Là on croise un Jean-Marie Perrier qui est venu parce ses photos de Mick Jagger sont exposées avec des dizaines d'autres talentueux portraitistes dans un événement qui s'appelle simplement MICK. C'est la première exposition de ce type et le Jagger a accepté pour Arles. Au détour d'une ruelle, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, là-bas Marin Karmitz qui a laissé sa belle collection se montrer dans l'église des frères prêcheurs. Et bien-sûr dans les fameux ateliers de réparation des locomotives, les plus grands ateliers de France, une belle friche réinvestie après la fermeture de nombreuses années, des jeunes qui montent ... »

 

Le titre de Capitale mondiale du livre est accordé à une ville chaque année par l'UNESCO en reconnaissance de la qualité des programmes municipaux pour promouvoir le livre et la lecture. 2010 : Ljubljana (Slovénie Slovénie) et depuis l’origine en 2001, jamais une ville française. C’est sans doute parce que le siège de l’Unesco est à Paris. Et si Bordeaux candidatait ?

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 00:02

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Ce matin 12 juillet je me suis levé de bonne heure. Certains parlent du privilège de l’âge, celui que je viens d’atteindre ce jour colle à l’air du temps puisqu’il va être gravé dans le marbre de la loi me dit-on : la retraite à 62 ans ça sonne moins bien que le chiffre rond de Tonton. Et pourtant moi je n’y suis pas encore mais c’est normal puisque n’ayant point travaillé de mes mains je peux ajouter encore quelques années à mon compteur. Reste que pour moi l’âge n’est rien, sauf sans doute dans le regard des autres, et je dois vous avouer que je dois en permanence réfréner mes ardeurs. Rassurez-vous je ne fais pas le jeune homme, ce serait grotesque, mais je partage la conviction d’Albert Camus que « ceux qui aiment toutes les femmes sont ceux qui sont en route vers l’abstraction. Ils dépensent ce monde quoi qu’il y paraisse. Car ils se détournent du particulier, du cas singulier »

 

Comme beaucoup d'entre vous le savent maintenant je suis né dans un pays de Blancs qui se sont battus contre les Bleus, de ma vie je n’ai été ni Rouge, ni Vert, ni Jaune, mais d’un Rose peu prisé, trop pâle sans doute. Dans ma vêture je déteste le minimalisme Gris sur Gris et je n’ai que peu de goût pour le Noir. À Roussillon j’ai appris à manier les ocres, peindre à la chaux, ocre jaune, ocre rouge sur les murs qui changent avec les saisons. Reste l’Orange que maman mettait dans mes souliers de Noël. J’ai horreur du Beige et du Marron, le beigeasse et le marronnasse, mais j’adore les bas chamois, souris, tourterelle, ivoire, cendres, anthracite, bronze, sable, tabac, ambre, champagne, chair... et pour les dessous seul le blanc immaculé plaît à mes mains. Pour le Violet, le souvenir des chaussettes de Mgr Cazaux qui m’a confirmé en l’église St Jacques le Majeur de la Mothe-Achard l’a cantonné en un pull cachemire que je bichonne et cette année à mes espadrilles; quand à la Pourpre cardinalice elle m’a toujours rebutée : j’exècre le gouvernement de l’Eglise catholique et romaine avec sa pompe, son hypocrisie, ses égarements. Pour le vin, le Blanc est plutôt Jaune, et pour le Rouge le Bordeaux en est une teinte, reste le Rosé qui n’est pas une couleur et vire souvent au saumoné. Du côté fric le billet vert continue de dominer le monde alors que dans la rue la langue verte se durcit et prend des allures de cocktails Molotov. Du côté des bières elles sont blondes, brunes, rousses ou ambrées alors que les cigarettes furent brunes et ne sont plus que blondes. Deux couleurs en berne : le bleu des Bleus et le havane des Puros de Blanc. Le Maillot Jaune est un peu beaucoup bodybuildé. Quand aux chemises politiques elles furent bleues pour la Phalange de Franco, brunes pour les nazis, noires pour les faisceaux de Mussolini et vertes pour les démagogues ruraux de Dorgères, alors que Pierre Poujade se contentait d’enlever la sienne. J’aime les photos sépia. Reste la lanterne rouge du peloton. Pour terminer, si je vous gonfle avec mes digressions matinales, vous pouvez sortir soit un carton jaune ou même directement le rouge tout court !

Cette année est pour moi une année bleue, j'y reviendrai pendant congepés en chroniquant sur le pastel qui ressemble à une sorte de grosse salade verte. Lavées, séchées et broyées, les feuilles sont ensuite façonnées en boules (les fameuses cocagnes). Après fermentation, elles donnent l'agranat, pâte granuleuse noirâtre, qui sert à obtenir la précieuse teinture d'un bleu très soutenu. Le pays de Cocagne...

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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 02:09

À cette époque la descente d’avion se faisait à l’aide d’une passerelle et lorsque nous descendîmes, officiellement pour l’escale, un Studbaker beige stationnait tout en bas. Le comité d’accueil, deux officiers américains en uniforme et un gros type moustachu en imperméable qui mâchouillait le tuyau d’une pipe qui nous fît signe, à Jeanne et à moi, de les suivre. Pas de doute c’était le français de service qui me tendait sa paluche velue « Bouzeron de l’ambassade... » Les deux américains montèrent à l’avant et Bouzeron et moi encadrâmes Jeanne à l’arrière. Nous roulâmes jusqu’au salon d’honneur qui se situait en retrait de l’aérogare. Bouzeron empestait le tabac froid et il se curait le nez avec beaucoup de soin. Jeanne lui jetait des regards furibards qui ne le troublaient guère. J’évitais d’engager la conversation avec lui car il me paraissait n’être là que nous réceptionner. Dans le hall du salon d’honneur, Bob Dole, avec l’un de ses éternels pantalons de velours finement côtelé et ses derbys gold astiquées comme les cuivres d’un yacht, me tendait sa main fine aux ongles manucurés. Bouzeron restait en retrait avec les deux officiers. Dole s’emparait de mon bras et m’entrainait dans un petit salon. Il m’offrait une Lucky Stricke sans filtre que je refusais. « Vous ne fumez plus cher ami... »  Je me laissais choir sur un grand canapé Chesterfield. « Et si vous me donniez une petite explication sur toute cette histoire ? » Dole lâchait quelques volutes de fumées bleues. « Nous vous avons sauvé la mise cher ami et ça n’a pas été simple mais tout est maintenant rentré dans l’ordre puisque l’exfiltration s’est déroulé sans anicroche... » Je le sentais venir avec ses gros sabots de ricain « Que vous dois-je en échange mon cher Bob ? » Sa moue, qui se voulait ironique ne m’empêchait pas de poursuivre « entre nous je ne vous dois rien car c’est Jeanne qui vous intéressait... » Dole s’approchait du meuble-bar « vous dites des conneries, dans cette affaire c’est vous qui vous êtes mis dans la panade. Que faisiez-vous à l’Est ? » Je ricanais «Je me baladais...» Son rictus m’indiquait qu’il ne goûtait guère mon je-m’en-foutisme. « Allez crachez le morceau... »


Dole souriait à nouveau. « Je vous ai fait une petite surprise pour emporter votre adhésion cher ami... » En quelques pas il se portait au fond du salon et ouvrait une porte. « Suivez-moi ! » Je m’exécutai. Il empruntait un couloir qui débouchait sur une salle à manger. La table était dressée et tout au bout Chloé se tartinait un toast. Je jurais « Merde ! Qu’est-ce que c’est encore que cette manigance ?» Chloé me répondait « Nous partons ensemble pour le Chili mon beau car le camarade Allende cause du souci à nos amis américains... » Je sentais un grand abattement me gagner car je ne pouvais m’empêcher de penser que toute l’histoire que nous venions de vivre Jeanne et moi n’était qu’un coup monté par les américains. D’un ton rogue j’interpelais Dole « Où est Jeanne ? » Il haussait les épaules « Elle retourne à Berlin... » J’allais exploser mais Chloé se levait pour m’empêcher de sauter au colbac de Dole. « Calme-toi mon grand nous n’avons pas le choix nous sommes cernés par des ordures bien propres qui passent leur temps à foutre le bordel là où la situation leur échappe. Monsieur Dole nous tient alors va pour un petit voyage pour Santiago mais nous lui garderons un chien de notre chienne a cet empaffé. » Je retrouvais Chloé dans toute sa splendeur. Dole faisait comme s’il n’avait rien entendu de sa diatribe. Je m’asseyais. Chloé me servait un verre de vin. « Du Cos d’Estournel mazette notre Bob nous gâte... » Un maître d’hôtel surgissait de je ne sais où pour prendre ma commande. J’avais envie de me taper de la viande rouge, une belle entrecôte. Bob Dole était aux anges.


Chloé m’annonça que nous ne prenions pas une ligne régulière mais un charter qui ferait escale aux Açores avant de gagner Lima. Ça ne me plaisait qu’à moitié car les zincs des compagnies de charters n’étaient pas de toute première jeunesse. C’était un Boeing qui présentait encore assez bien mais nous restâmes pendant plus d’une heure à attendre l’autorisation de décollage. Le service était réduit au strict minimum : deux hôtesses peu souriantes qui nous distribuèrent des plateaux-repas immondes. La population de l’appareil était essentiellement constituée de traîne-lattes chevelus, de vieilles pouffes peinturlurées et de quelques familles avec des chiarres braillards. À côté de Chloé, une mémère incroyable, peroxydée, perchée sur des semelles compensées, la salopette ouverte sur une poitrine fellinienne passait son temps à aller et venir dans le couloir pour draguer. Elle jeta son dévolu sur un jeune éphèbe maigre comme un coucou qui ne se fit pas prier pour la peloter avec frénésie. Elle gloussait comme une pintade et trémoussait son gros popotin. Lorsque l’avion commença d’entamer sa descente vers Santa Maria des Açores le gamin entreprenait de la téter et la vieille se mit à lâcher des petits cris de plaisir. Une fois posé le coucou allait se garer face à un hangar qui servait de hall d’embarquement et nous restions ainsi plus d’une heure en stationnement. Plus de ventilation, une chaleur moite, poisseuse, la tension montait, des gens fumaient. La vieille lubrique tout seins dehors s’agitait. N’y tenant plus je propulsait dans la cabine de pilotage pour demander que nous puissions descendre. Le commandant parlementait avec le contrôle. « Ok vous allez pouvoir descendre » Un espèce de petit tracteur amenait la passerelle. Le troupeau s’expulsait de la carlingue et fonçait vers la salle d’attente. Chloé et moi restions sur le tarmac à regarder le ciel étoilé. Je la prenais par la taille et soupirais « je suis fatigué de tout ce rien j’ai envie que ça s’arrête... »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 00:08

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Vin couleur de jour,

Vin couleur de nuit,

Vin aux pieds de pourpre ou sang de topaze,

Vin, fils étoilé de la terre,

Vin lisse comme une épée d’or,

Doux comme un velours froissé,

Vin enroulé en spirale et suspendu,

Amoureux, marin,

Tu n’as jamais tout à fait contenu dans un verre,

Dans un chant, dans un homme, 

Corail, tu es partout,

Et dans l’intime aussi.

 

 

Tu te nourris parfois de mortels souvenirs,

Nous allons, sur ta vague, de tombe en tombe,

Tailleur de pierre, de sépulcre glacé,

Et pleurons des larmes provisoires,

Mais ton bel habit de printemps est différent,

Le cœur grimpe aux branches,

Le vent agite le jour,

Rien ne reste dans ton âme immobile. 

 

Le vin excite le printemps,

Fait croître la joie comme une plante,

Les murs s’écroulent, et les rochers,

Les abîmes se comblent, le chant naît.

Oh toi, jarre de vin,

Dans le désert avec ma délicieuse aimée,

Disait le vieux poète.

Que la cruche de vin

Au baiser d’amour ajoute le sien.

Mon amour, ta hanche tout à coup

Est la courbe pleine du verre,

Ta gorge la grappe,

La lueur de l’alcool ta chevelure,

 

Les raisins le bout de tes seins,

Ton nombril le sceau pur imprimé

Sur ton ventre d’argile,

Et ton amour la cascade d’inextinguibles vins,

La clarté qui illumine mes sens,

La splendeur terrestre de la vie.

 

 

Tu n’es pas seulement l’amour,

Baiser brûlant ou cœur brûlé

Tu es, vin de vie,

L’amitié, la transparence,

Le chœur bigarré, l’abondance de fleurs. 

 

 

J’aime sur une table, quand on parle,

La lueur d’une bouteille de vin intelligent.

Buvez-le, et souvenez-vous qu’en chaque goutte d’or

Ou coupe de topaze, ou cuillère de pourpre,

L’automne a travaillé pour remplir de vin ces flacons

Et apprend, homme obscur,

Dans le cérémonial de ton commerce, à te souvenir de la terre

Et de ce qui lui est du, et à célébrer le cantique du fruit.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /Juil /2010 00:09

D’abord il y a des guillemets, ensuite il vaut mieux attendre avant de dégainer car je vais, comme toujours, m’expliquer. Le football sud-américain se porte bien : Brésil, Argentine, Chili, Uruguay... ça prend un petit air de pied-de-nez à deux grands pays du vin : la France et l’Italie sortis sans gloire pour le second, et avec les quolibets mérités pour le premier. Comparaison n’est pas raison mais nous payons le prix de nos non-choix, ici comme ailleurs.

Donc revenons à l’Amérique du Sud, continent qui a toujours semblé à la remorque, avec cette minuscule accroche tranchée par le canal de Panama, du mastodonte rondouillard yankee. Ces pays s’émancipent, ne sont plus ou presque sous la botte d’un quelconque Général Tapioca, pèsent, surtout le Brésil, dans le concert mondial, alors nous les vieux pays fourbus, immobiles, serions bien inspirés de les voir tels qu’ils sont et de ne pas nous contenter de leur coller nos vieilles images.

Comme je ne suis pas ennemi du paradoxe, ce matin, dans mon vieux cahier d’images du géographe Armand Perrin sur « les paysages viticoles du monde » d’avant 1939 je vous propose de découvrir le vignoble du Chili de ce temps-là replacé dans le Grand Continent Sud-Américain.

 

« Le vaste continent Sud-Américain mâche la coca, boit le maté et le café, achète son vin en Europe, soit des vins frais (vins verts) au Portugal, soit des vins de qualité en Espagne, au Portugal, en Italie et en France. Le continent présente peu de vignes sauvages utilisables ; aussi la quasi-totalité du vignoble brésilien, uruguayen, argentin, chilien et péruvien, est-il d’importation européenne (...)

Toutes conditions politiques exceptées, il y a là un fait qui rappelle la croissance du vignoble algérien et sa rivalité avec le midi de la France. Cette ressemblance apparaîtra encore plus nettement si l’on veut bien réfléchir que le Brésil, Etat indépendant, reçoit annuellement un fort contingent d’émigrants portugais, espagnols et italiens qui apportent en terre américaine leur « mentalité viticole » qu’ils n’hésitent pas à tourner contre l’économie de leur pays d’origine (...)

 

« Un document de 1551 signale l’existence d’un commerce de raisins à Santiago et à la Serena ; un autre de 1594 note une importante progression des plantations. Nous avons donc ici un type de vignoble d’origine coloniale. La vigne est venue d’Espagne par l’intermédiaire du Pérou ; de Santiago elle s’est étendue vers Conception et Angol. Nul doute qu’elle fut une « culture attirante » ; mais le fait colonial devait jouer contre elle et malgré un climat très favorable, elle ne fit point tache sur le Chili. Susceptible de concurrencer l’une des productions essentielles de la métropole, la vigne fut englobée dans un réseau de restrictions qui caractérisa l’exploitation coloniale espagnole : les planteurs furent taxés, les licences de plantation et de vente refusées, le vin européen imposé au pays. Vint l’indépendance au début du XIXe siècle : ce fut aussi la libération de la vigne ; les grands propriétaires s’associèrent en 1838 aux fondateurs de la société d’agriculture et cette société améliora le vignoble par une propagande constante.

Tandis que le système colonial avait tiré d’Espagne les cépages à planter au Chili, l’Indépendance alla surtout les chercher en France. Aujourd’hui les français sont nombreux (1/3) autour de Santiago et de Lontué ; les plants bordelais alternent avec ceux de Bourgogne ; mais les anciens plants persistent (2/3) surtout dans les zones les plus aventurées, au nord dans les vallées et oasis de Copiapo, d’Huasca, d’Elqui ; au sud on les trouve jusqu’à Bio-Bio. Leur vitalité est telle que certains sont devenus de vraies vignes sauvages accrochées aux arbres des forêts et fructifiant.

La viticulture est peut-être plus attirante au Chili qu’ailleurs en l’état actuel des choses ; tandis que beaucoup de paysans européens sont rebutés par la nécessité de traitements fréquents et coûteux, leur collègue chilien ignore à peu près totalement les cryptogames destructeurs, oïdium et Mildiou et les chenilles de Pyrale, Cochyllis et Eudémis.

C’est un vignoble progressif, 50 000 hectares, qui commence à fournier un vin acceptable et donne 23% de la récolte sud-américaine : 2.925.000 hectolitres. Comme le vignoble du Pérou, il prend place dans la catégorie « vignoble colonial » ; pour le qualifier encore plus complètement nous l’appellerons « vignoble à noyau colonial irradié par l’indépendance »

 

L’Amérique du Sud est une colonie viticole de l’Europe ; elle n’est pas elle-même ni un foyer local de ceps, ni un centre d’irradiation comme sa voisine du nord. L’homme, le colon, Espagnol ou Portugais, a installé la culture attirante chez lui et soit par l’exemple, soit par l’association forcée du travail indigène, l’a fait adopter par l’Indien ; ici donc, la part de l’homme est essentielle, celle de la plante purement passive sauf au Chili où la vigne s’est créé en climat idéal une vraie nature personnelle. Cette colonisation à sens unique, s’est faite en deux vagues : la vague coloniale, faible, brisée, occupant un espace réduit ; la vague de l’indépendance, puissante, attirée par le charme irrésistible du vin et du raisin. »

 

Pour la 3ième vague c’est une autre histoire en train de s’écrire...  Le Chili un vignoble à la conquête du monde par Raphaël Schirmer http://com.revues.org/index299.html

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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