www.berthomeau.com

    Vin&Cie,

             l'espace de liberté

 

 

photo581   

 

   
   

 

9782246807728 (1)


       

 

 

photo583   

 

 

Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

Pour recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter, colonne de droite, c'est gratuit. 

Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.

Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme à ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.   

 

 

 

 

Photo du Taulier de Ludovic Carème © http://www.ludoviccareme.com/ 




 

Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 00:03

 

Oui   chers lecteurs, tout arrive à qui sait attendre, Périco Légasse et moi, pour une fois, nous nous  accordons, et de belle manière, sur les vins et plus particulièrement le grand blanc de « mourredon ». Le mont-rond sur le plateau qui surplombe Châteauneuf-du-Pape, c’est le château Mont-Redon où Jean Abeille et Didier Fabre œuvrent pour nous proposer une palette de vins que je qualifierais de vins de gentlemen, d’une élégance sobre, sans être austères, dépourvus d’afféterie, précis et raffinés, loin de l’ostentation propre à l’air du temps, étonnamment modernes, « gorgés de fruit et de fraîcheur » comme le note Périco pour le blanc 2007, alors qu’ils ne sacrifient en rien aux modes. En effet, les hommes de Mont-Redon font, ce qui peut paraître une évidence alors que ce n’en est pas une, à chaque millésime, le vin du Château Mont-Redon pour chacune de leurs appellations (Chateauneuf-du-Pape, Lirac, Côtes de Provence, Côtes-du-rhône) : une cuvée par couleur. Choix courageux, assumé, face à « l’impérialisme » de ce cher Bob Parker qui n’aime rien tant que les cuvées « dé à coudre ».  

                                    
Sans vouloir taquiner mon éminent et très médiatique « confrère » je crois que je l’ai précédé dans mon amour pour le Châteauneuf blanc du Château-Mont-Redon. Je m’explique. Un beau matin de fin de siècle, adoubé par une missive ministérielle, j’ai débarqué au volant de la petite auto de la DDAF du Vaucluse, à Dallas, pardon dans le charmant village de Châteauneuf-du-Pape « gouverné » d’une poigne de fer par un maire au nom prédestiné, pour tenter d’y ramener la paix. Le terrain était miné : un POS très orienté, une déviation bizarre, des scuds entre les 2 syndicats, des histoires autour de la bouteille écussonnée, j’en passe pour ne pas vous lasser. Plein de gens importants, dont une Garde des Sceaux qui lorgnait sur la cité des Papes, il fallait que je fasse gaffe. Alors, qu’ai-je  fait pour ne pas me retrouver à faire la manche sur les trottoirs du festival d’Avignon ? J’ai d’abord écrit une missive à chacun des vignerons pour leur proposer de me rencontrer pour tailler une bavette ; puis je me suis enfermé dans les locaux de l’INAO d’Avignon pour me plonger dans les archives de l’appellation chère au BARON PIERRE LE ROY DE BOISEAUMARIE. Ensuite ce fut une histoire pleine de surprises et de rebondissements mais c’est dans ce contexte « agité » que je suis allé rencontrer Jean Abeille au Château Mont-Redon.


La fonction de médiateur public a des exigences particulières où il faut, bien sûr,  ne pas prendre parti pour ou contre l’une des parties tout en préconisant un compromis le plus proche possible de l’intérêt général. Pour ce faire il est nécessaire de s’appuyer sur des hommes droits qui avancent et tenter d’éviter les hommes courbes qui se défilent. Sans conteste, dès notre premier contact, je rangeais Jean Abeille dans la première catégorie. L’homme a des angles, des convictions, mais surtout une ligne de conduite lisible : celle d’un vigneron toujours en recherche, précis, perfectionniste qui ne se paye pas de mots. Que n’avais-je entendu comme « horreurs » sur le terroir urgoniens, le 3ième de Châteauneuf après les fameux galets roulés du haut et les sables du bas, et, avec lui, je découvrais un vignoble planté sur des urgoniens respectueux de son environnement, mené avec intelligence, qui donnait naissance, à mon humble avis, à l’un des très grand Châteauneuf-du-Pape blanc.


Pour autant Jean Abeille ne tire pas la couverture à lui, l’œuvre est commune avec Didier Fabre que je connais moins bien – c’est pour cela que ma plume reste discrète à son propos – et il a donné beaucoup de son temps au collectif de l’appellation avec Jérôme Quiot, Alain Jaume et le regretté Paul Avril. De plus, et c’est important dans les entreprises familiales, la transmission générationnelle est sur les rails avec Pierre Fabre qui est le jeune vinificateur et éleveur des différents domaines, Yann Abeille qui, après 2 années passées en Australie et Nouvelle-Zélande, s’occupe de la partie culture et parc matériel. Pendant ce temps-là Christine Fabre travaille à Paris pour O.Bertrand distribution, Jérôme Abeille circule dans les USA en tant que VIE pour le compte de 4 caves et Patrick Abeille se forme à l’INSEC de Bordeaux.


À tous ceux, financiers de hedges funds et rentiers des fonds de pension, qui n’ont à la bouche que le fameux concept de création de valeur alors qu’ils passent leur temps à la détruire je dis venez donc salir vos escarpins dans ces petits morceaux de France où des hommes entreprenant en créant, eux, de la valeur, la fixent au sol, générant de l’emploi et de l’activité réelle se traduisant dans les chiffres de notre balance commerciale. À tous ceux aussi qui, crise aidant, trouvent commode de ne voir que ce qu’ils ont envie de voir en rêvant d’un monde englouti, j’écris que le dynamisme de nos territoires ruraux passe aussi par des « modèles » Château Mont-Redon.

Et oui 170 ha d’un seul tenant dont 100 en vignes sur les trois terroirs de Châteauneuf : 60 dans la partie haute des galets roulés avec ses cépages puissants qui donnent au vin sa charpente, 20 dans les sables dont les cépages syrah, cinsault, mourvèdre confèrent au vin ses saveurs de fruits rouges et 20 sur les urgoniens ces cailloux calcaires qui, avec un cocktail de 40% de grenache, 20% de Clairette, 20% de Bourboulenc, 10% de Roussane et 10% de Picpoul, offrent à Périco et à votre serviteur leur grand blanc. Avec une telle diversité, une telle palette de terroirs, des volumes significatifs, chaque millésime du Château Mont-Redon peut toucher bien plus qu’un petit cercle d’initiés fortunés. Beaucoup d’amateurs peuvent ainsi inscrire sur leurs tablettes de superbes vins de Châteauneuf  sans pour autant casser leurs tirelires. Cet aspect des choses, trop souvent négligé par les faiseurs de guide, de l’accessibilité par le plus grand nombre aux grands vins, est capital pour l’avenir du vin dans notre pays.


Mais Mont-Redon ne s’est pas fait en un jour. Lorsqu’Henri Plantin hérite en 1923, de 2,5 ha de vignes en 12 parcelles sur une zone boisée qu’il va défricher avec des treuils à vapeur achetés aux stocks américains pour être le premier à y planter des vignes, rien n’est évident. Travail de pionnier, cette ténacité et cette clairvoyance que l’on retrouve encore dans le travail de Jean Abeille et de Didier Fabre est comme une empreinte génétique marquant l’esprit Château Mont-Redon. Dans un temps où beaucoup se préoccupent, à juste raison, des questions d’environnement je suis admiratif du travail d’horloger mené sur ce beau terroir. Précision, réflexion, souci des grands équilibres, la démarche est pensée et se traduit par exemple dans le traitement des effluents : domestiques (le château reçoit 25 000 visiteurs par an), de cave, des phytosanitaires, totalement autonome. Remarquable ! À voir par tous ceux qui se contentent de blablater. Un détail, qui n’en est pas un, sur l’absolue nécessité de protéger la santé des travailleurs de la vigne, à Mont-Redon c’est une réalité vérifiable dans les procédures mises en place pour éviter le contact. De même les bâtiments HQE (haute qualité environnementale, tout est recyclable) témoignent de ce souci du durable. Je sais que certains vont m’accuser d’une forme d’hagiographie mais si le monde de la vigne et du vin désire, face aux attaques dont il fait l’objet, au lieu de brailler, apporter du concret en réponse, seules des démarches comme celles-ci sont en capacité de convaincre.


J’ai encore tant de chose à écrire sur le surgreffage, dans la partie Côtes du Rhône, des vieux ceps de Carignan avec de la Counoise afin de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques ; sur les nouvelles tables de tri visioniques expérimentées cette année ; sur l’avenir du secteur qui préoccupe Jean Abeille et Didier Fabre... mais il est temps de conclure. Je vais le faire en évoquant le père de Jean Abeille qui a quitté sa confortable fonction d’Inspecteur Général des Eaux et des Forêts pour l’aventure du Château Mont-Redon car, dans un temps où la transmission héréditaire de charges publiques revient au goût du jour, il me semble qu’il est important de distinguer ceux qui se contentent d’hériter et ceux qui créent. Mon cœur tout autant que ma raison penchent pour ces derniers ; pour les autres je me dis dans ma petite Ford intérieure qu'à 23 ans j’étais Docteur en Droit Public et... j’ai construit ma vie...  



                                                                                                 

 


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 00:05

 

Les courants étaient portants, nous nous posâmes à Campo del Oro, débaptisé au profit du grand homme d’Ajaccio, avec un quart d’heure d’avance. Pendant le vol Jasmine s’était assoupie, la tête posée sur mes genoux, et le rythme régulier de sa respiration m’avait empli d’une grande paix intérieure. Le ciel était pur et l’air d’une tendre douceur. En tongs et chapeau de paille d’Italie Raphaël nous attendait dans le hall. La Méhari, même si elle peinait dans les lacets, nous porta en douceur jusqu’à notre maison de Tiuccia. Le déjeuner était prêt car Raphaël avait recruté une jeune marocaine pour tenir notre intérieur. Je retrouvais sitôt mes marques. Jasmine ouvrait une bouteille de rosé du Clos d’Alzeto pendant qu’Aïcha taillait, sans se soucier de la proximité impure du « ralouf », des tranches de saucisson corse. À l’aéroport, Raphaël avait acheté la presse parisienne. Moi qui ne lisais jamais le Figaro, en le feuilletant négligemment, je tombai coup sur coup sur deux infos qui me mirent en joie. La première concernait le projet cher à notre Président et à son porte-flingue à l’égo plus large que la porte d’Aix : Christian Blanc, le Grand Paris. J’adore les petits meurtres entre anciens amis : Blanc et Huchon sont de ceux-là, Michel Rocard fut leur étoile. Je passe sur les détails mais, à propos d’un transfert à la hussarde des actifs du Syndicat des Transports Parisiens, dont il est le président, le tout rond Huchon, criait au hold-up en concluant : « On revient au temps de Pompidou et de l’affaire Aranda, la République sert maintenant les affaires privées... »

« Tu as un sens aigu d’être au bon endroit au bon moment. Tu devrais te reconvertir soit en stratège, soit en gourou... » me conseillait un Raphaël qui, tout en me charriant, appréciait tout particulièrement la plastique pulpeuse de notre Aïcha qui elle aussi ne restait d’ailleurs pas insensible à son empressement à la seconder dans ses tâches ménagères. Jasmine absorbait un cocktail de fruits mixé à quatre mains par les deux larrons. Mon « Ah ! Ben merde alors ! C’est vraiment le jour d’Aranda concentra tous les regards sur moi. Le titre de l’article pétait pour moi comme une claque sur la gueule du minus habens réfugié en Suisse « Comment les services secrets anglais ont recruté Mussolini » Quand je pense que du temps de Pompidou notre Archange, avec son bouquin délirant, « La Stratégie soviétique dévoilée »  soutenait que « Mussolini, le « Duce » ne fut même en 1940 qu’un « agent communiste » ! au service « d’un vaste plan machiavélique conçu à Moscou » pour mettre la main sur le monde. Là, dans le Figaro, Peter Martland, un historien de Cambridge, qui s'est plongé dans le passé d'agent jusque là mal connu du Duce, écrivait « qu’en 1917, le MI5 a payé pendant un an le futur dictateur, alors jeune journaliste, pour faire campagne en faveur du maintien de l'Italie aux côtés des alliés pendant la Première Guerre mondiale » Raphaël rengaina derechef ses railleries pour me décerner l’Oscar du meilleur dénicheur de scoops. Nous descendîmes sans coup férir la bouteille de Clos d’Alzeto.

Jasmine qui n’avait pas pipé mot pendant nos congratulations vint se poser sur mes genoux. « Si tu veux bien écouter mon avis, à propos de ce que tu m’as confié ce matin, garde ton secret bien enfoui. N’écris rien tant que ta plume s’y refusera. Tel que je te connais je suis persuadée qu’un jour tu délieras ce nœud sans aucune espèce de difficulté. Quand j’étais petite j’adorais embrouiller les écheveaux de laine de ma grand-mère comme si c’étaient des spaghettis juste cuits, mous et fluides, pour mieux les démêler avec la patience d’une araignée tissant sa toile. »  Je lui caressais la nuque en soupirant « il faut que tu saches ma belle que tout homme à un prix, pour Benito c’était 100 £ de l’époque par semaine, soit 4 misérables millions d’anciens francs, et tout ça, sans doute, pour entretenir ses maîtresses... Le cul tient les hommes par les couilles et ceux qui écrivent l’Histoire avec un grand H sont bien dépourvus face à la toute puissance des femmes... » Aïcha qui dressait la table me contemplait en écarquillant ses grands yeux noirs. Me prenait-elle pour un démon ou pensait-elle à tout le parti qu’elle pourrait tirer de ces paroles pour mener ce grand nigaud de Raphaël par le bout du nez ? Je me crus obligé, pour la rassurer, d’ajouter « c’est un juste retour des choses, les femmes utilisent au mieux les armes dont elles disposent... » Jasmine me tambourinait la poitrine en protestant « tu te trompes il est aussi des femmes qui aiment pour aimer tout simplement... »    

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 00:00

L’horreur des meurtrissures des incendies de forêt : tout un massif sur les flancs de la route qui mène à Péri, paysage calciné, arbres pétrifiés... puis, de nouveau, lors d’un voyage vers les dentelles de Bavella, sitôt Petreto-Bicchisano, sur la route du col de Tega, sur des kilomètres un paysage d’apocalypse sous le soleil naissant. Ça sent la cendre. Ça sent la mort. Des blocs de fougères vert tendre, ça et là, accrochés aux flancs carbonisés, affichent la vie.

 

L’hippodrome de Zonza, niché au cœur de la Corse, le temps de mon vieil ami Jacques Geliot et le lancement de la 1ière Journée Nationale du Cheval, qui fêtait ses 20 ans cette année le 20 septembre  www.journeeducheval.ffe.com, mais qui se souvient des pionniers qui l’ont lancé ? Personne !    


En descendant sur la côte orientale, près de l’étang d’Urbino, le domaine de Pinia, souvenirs...
Rapport N°1077 fait au nom de la Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur l’utilisation des Fonds Publics et la Gestion des Services Publics en Corse présidée par Jean Glavany « L’affaire du domaine de Pinia à Ghisonaccia dans la plaine orientale l’illustre parfaitement (les liens entre certains milieux nationalistes et les institutions en charge de l’agriculture en Corse.)  «Ce domaine, exploité d’abord par des agriculteurs rapatriés, a été occupé en 1979 par un groupe d’éleveurs corses. Le domaine a alors été racheté par une filiale du Crédit agricole, la Segespar, qui l’a d’abord donné à bail à la SAFER. Devant l’impossibilité de l’allotir, celle-ci suspend le bail. En 1985, la Segespar le donne à bail à la SCA Di a Pieve di castellu, fondée par des militants nationalistes et dont le gérant est M. Mathieu Filidori. Cette société a bénéficié d’importants crédits de la caisse régionale du Crédit agricole, de subventions publiques ainsi que des « mesures Balladur » et Juppé. Comme l’indique le rapport de l’Inspection générale des finances, la société «  exerce une activité assez réduite compte tenu de la taille du domaine de Pinia qui lui est donné à bail (880 hectares). En revanche, (elle) est au cœur d’un écheveau de sociétés regroupant les mêmes associés, qui exercent des activités diverses (restauration, chasses, gestion immobilière en association avec un groupe italien (…) ».
C'est ce même Mathieu Filidori qui à la Préfecture, derrière ses petites lunettes cerclées de métal, me lançait des regards méprisants, en me traitant de représentant du pouvoir colonial.


Lu, entre autres, le livre d’Ariane Chemin, « Fleurs et couronnes » chez Stock. Six enterrements, de Georges Marchais, le 20 novembre 1997, à Rafaël Kuderski, un SDF débarqué de Pologne à Paris, inhumé le 15 janvier 2008, en passant par Gérard Brach, Maurice Kriegel-Valrimont, Alain Robbe-Grillet et Robert Feliciaggi enterré le 13 mars 2006.

 

« On s’embrasse devant l’église Saint-Pancrace. On se salue dans l’air piquant de Pila-Canale, en attendant le convoi qui monte d’Ajaccio. Au pied des micocouliers, on ressuscite le mort, le temps d’un baiser. « Robert lui aussi embrassait toujours tout le monde. 

[...] Robert n’était pas un voyou comme certains sur son île, pas non plus un parrain comme le furent un ou deux de ses amis. C’était un « homme à services » - un omu a manu -, comme on dit. Faire un geste pour un « petit parent » en quête de subventions, payer de sa poche un ancien footballeur professionnel pour devenir le président du Gazélec d’Ajaccio et même donner un coup de pouce pour que la Bible soit traduite en Corse...

[...] Dans quelques minutes, l’évêque d’Ajaccio va bien résumer les choses : «  Ici, ce n’est pas un rassemblement de gens parfaits. Mais que Dieu nous pardonne nos péchés. » Et chacun avait profité de cette absolution collective pour se signer avec empressement.

[...] Pour « Robert », on est « monté » au village bien avant l’heure des obsèques, sachant que les places seraient rares. Les voitures se serrent les unes contre les autres le long de la route, garées dans le sens du départ : précaution de montagnards ou de monte-en-l’air, indispensable sur la route du Taravo.

[...] Tout ce que le département compte de notabilités s’est habillé pour l’occasion. Les commerces sont « fermés pour cause d’enterrement », et mêmes les agences bancaires observent le deuil. Les Ajacciennes ont sorti la fourrure et les belles pièces de chez Lily B., grande amie du disparu, dont la boutique, avenue du Premier-Consul, au-dessus de la place des Palmiers, est un must de la cité impériale. Devant le tabernacle de bois sculpté, elles affichent au village leurs cheveux brillants, leurs ongles vermillon et leurs parfums musqués.

Pantalons à pinces et manteaux d’alpaga, jeans repassés et parkas mi-saison, les hommes se tiennent dehors, comme au temps des maquignonnages, sans jamais franchir la porte de l’église : en Corse, le passage des âmes appartient aux femmes, de la naissance à la mort.

[...] On a tout de suite « su », pour le « pauvre Robert ». Dans la nuit, les téléphones ont sonné. « Anu tombu Robert ! » « Ils ont tué Robert ! » Le lendemain matin, tous ont vérifié dans Corse-Matin, le quotidien de l’île, qu’ « u tintu Robert » était bien mort. Chacun a échafaudé une hypothèse, mais l’a gardée pour l’oreille de son voisin. La Corse affiche plus volontiers sa dignité qu’elle ne manifeste son indignation. L’île ne connaît pas les marches blanches : devant la mala morte – la mort soudaine et violente -, elle préfère cultiver le noir et la pudeur, le sentiment du sort et sa couleur. »

 

6 belles chroniques, à lire absolument ; un seul reproche à Ariane Chemin, ou à son éditeur, page 88, lors du déjeuner offert, fin 1982, par JP Elkabbach à Georges Marchais chez le Divillec, la cantine du François de Jarnac, comment peut-on laisser passer une telle coquille « Pour le vin, il n’avait pas hésité : un Latache. C’était la bouteille la plus chère. »

« La Tâche balaie de haut en bas toute la zone des grands crus, sur une superficie totale de 6 ha. La Tâche et la Romanée-Conti rivalise de complexité, mais se sont des complexités différentes. A son fruit, La Tâche allie de manière caractéristique des senteurs plus végétales, des souvenirs de tendres labiées, de foin fraîchement coupé, de feuille de thé, de salades sauvages, la fumée de bois fruitiers, les feuilles en décomposition... La Tâche est élégance et vigueur. La Tâche, sous la fréquente dureté des tannins, la passion brûle, maîtrisée par une élégance de cour ».

Mon ami Gérard Muteaud à du travail à faire au sein du Nouvel Obs. ?

à suivre... 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 00:07

 

Dans le prolongement de ma chronique « Faut-il sauver le soldat Bio ? » http://www.berthomeau.com/article-34775411.html , je vous propose trois rubriques tirées du livre de 3 journalistes : Christophe Labbé et Olivia Recasens du Point et Jean-Luc Porquet du Canard Enchaîné « Vive la Malbouffe » chez hoëbeke. Dans cet opus, assez bien documenté, le vin, qui ouvre le bal, n’est pas trop mal loti, les 4 chroniques qui lui sont consacrés ne cassent pas 3 pattes à un canard. Pour le reste c’est assez « goûteux » et moi qui ne suis pas adepte de la bouffe toute prête pour micro-ondes ou autre surimi ou pizza Hunt j’ai pu y faire des découvertes pleines d’enseignements.

1-    Le poulet fade c’est meilleur

« Il y a trente ans pour faire grossir le poulet d’un gramme, il fallait lui en verser cinq dans la gamelle, alors qu’aujourd’hui deux grammes de nourriture font l’affaire. Un carburant hyper-énergétique qui permet au volatile industriel d’atteindre son poids d’abattage en 40 jours contre 84 pour son cousin élevé en plein air. Du coup la viande pousse tellement vite qu’elle n’a pas le temps de maturer. Ce qui donne un poulet fade et dur à mâcher. Excellent pour les muscles maxillaires ! »

2-    Une viande plastique c’est bon

« Un jour, les ingénieurs agronomes* ont découvert que pour produire un gramme de gras, un cochon devait ingurgiter quatre fois plus d’aliments que pour produire un gramme de muscle. Au nom de la rentabilité donc, exit le gras et vive le muscle. Grâce à la sélection génétique, les élevages industriels se sont mis à fabriquer des animaux à « viande maigre » bâtis comme des athlètes. Le porc, par exemple, a gagné en quinze ans 9% de muscle et perdu dans le même temps onze millimètres de lard sur le dos.

Les ingénieurs ont juste oublié un paramètre : le goût de la viande. C’est en fait le gras constitué à 85% de lipides qui fixe les arômes et, ce faisant, donne la saveur à la viande. Comme les muscles contiennent 70% d’eau, le consommateur écope en prime d’une viande qui s’évapore dans la poêle ! Quand elle arrive dans l’assiette, la côtelette industrielle est plus dure à mâcher, et sa saveur persillée a pris un goût plastique. Ce qui est vachement moderne ! »

·       * disons plutôt les zootechniciens

3-    Le goût c’est dégoutant

« Malgré tout ce que l’on nous rabâche sur les vertus des fruits et des légumes, les Français en mangent de moins en moins. Et c’est encore plus vrai quand on n’a pas un radis : les plus pauvres en avalent trois fois moins que les riches. Est-ce uniquement une question de prix ? Dans un rapport pondu en 2007, l’INRA a fait son mea-culpa, reconnaissant en termes fleuris que « la qualité nutritionnelle  n’a été que rarement un critère de sélection direct, sauf pour contre-sélectionner des aspects défavorables » ou des « caractéristiques gustatives défavorables ». En clair, pendant des années, la quantité de vitamines et autres antioxydants a été le cadet des soucis de l’INRA. Idem pour le goût. Ses ingénieurs étaient sans doute trop occupés à mettre au point, pour l’agro-alimentaire et la grande distribution, des variétés tape-à-l’œil, à haut rendement, longue conservation, parfaitement calibrez, avec une peau bien épaisse pour résister aux chocs. Prenez la fraise des bois : son pouvoir antioxydant est trois fois plus élevé que celui de sa cousine industrielle. Et la pêche sauvage ? Elle a plus de polyphénols (une molécule anti-maladies cardio-vasculaires) que la pêche sélectionnée de nos supermarchés. Et que dire de la tomate ? Dans les années 1990, on l’a dotée d’un gène qui lui a permis d’allonger de trois semaines sa durée de vie après cueillette. Sauf que plus une tomate squatte les étals, plus sa vitamine C fiche le camp. Cerise sur le gâteau, ce gène « longue vie » dépouille la tomate de ses arômes et lui donne une chair farineuse. Tout l’inverse des petites tomates bannies des rayons pendant des années parce que leur cueillette coûte 2,5 fois plus cher en main d’œuvre. Sans compter qu’avec tout ça, la biodiversité en a pris un sacré coup. Alors qu’il existe en France plus de 300 variétés de tomates, le choix en grande surface tourne autour d’une dizaine de modèles standardisés. À l’INRA, on jure avoir fait marche arrière toute. Exemple : on trouve en rayon des tomates « cœur de bœuf », du nom d’une ancienne et goûteuse variété ; mais comme elles sont industrielles, elles sont presque aussi fades que les autres, ouf ! »

4-    Merci Pr Maraninchi de l’Inca

« Diminuer de 40% la quantité de pesticides vaporisés dans les champs et les vergers, c’est ce qu’on fait les Scandinaves. Et nous ? Avec 77 000 tonnes utilisées chaque année, la France est champion européen de la catégorie. Au Grenelle de l’environnement, un groupe de travail a planché sur la réduction des pesticides. D’un côté, la majorité des participants (une cinquantaine) souhaitait une diminution de 25 à 50% ; de l’autre, ceux qui pensaient qu’il suffisait de retirer les molécules les plus toxiques. Les « autres » en question étant le président du groupe, Dominique Maraninchi (par ailleurs, patron de l’Inca), les représentants du ministère de la santé et, comme c’est curieux, de l’industrie agrochimique. Bilan du Grenelle : plus question de diminuer les quantités utilisées. Décision est prise de se contenter de d’éliminer les pesticides les plus dangereux… »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /Oct /2009 00:01


Dans mes souvenirs d’élève en blouse grise, doigts tachés d’encre violette, croix d’honneur au revers – c’était tout de même mieux qu’un abonnement pour les gradins de l’OM – le Puy de Dôme 1.465 m. n’était pas la vedette du Massif Central, en effet le big Puy c’était le Puy de Sancy 1886 m. le plus haut sommet de l’intérieur de la France. Au temps de la Fac de Droit nous charrions ceux d’entre-nous qui, ayant réussi le concours d’Inspecteur des Impôts – en ce temps-là l’Administration payait les études pour attirer les candidats – car ils allaient devoir rejoindre Clermont-Ferrand où le déplumé de Chamalières, le futur séducteur de Lady Di, avait relocalisé, lorsqu’il régnait sur les Finances rue de Rivoli, l’École Nationale des Impôts. C’était aussi les pneus Michelin de ma 1ière Deudeuche fille naturelle du très secret François Michelin. Plus tard encore, et j’implore l’absolution de Guy Salmona, au temps des ors de la République, ce patronyme départemental était synonyme du gros Charasse, maire de Puy Guillaume, ses bretelles, ses cigares, qu’aimait tant la chasse avec son copain Guy Ligier. Que voulez-vous, avec Chambord, Auberive, Rambouillet, petit et gros gibier, le Ministère de l’Agriculture et l’ONF avaient des charmes cachés pour les fines gâchettes.

 

Mais jamais au grand jamais je n’associais au Puy de Dôme une vision de vignes. Je connaissais bien sûr le St Pourçain dans l’Allier et le Marcillac dans l’Aveyron. Oubli impardonnable réparé le jour où une charmante stagiaire de la cave de St Verny – la seule cave coopérative créée à l’initiative du puissant groupe semencier Limagrain – sollicita mes « lumières » pour son mémoire de fin de stage. Depuis tout s’est accéléré : le site www.winetourismfrance.com en octobre propose sur son site un circuit de découverte en 4 étapes d’Aubières à Boudes du vignoble des Côtes d’Auvergne. J’y découvre qu’avant le phylloxéra et le mildiou c’était un riche vignoble de 45 000 ha, alors qu’aujourd’hui il n’en compte plus que 1500. Dès le départ, à Aubières qui jouxte Clermont-Ferrand, le musée de la vigne et du vin de Basse Auvergne vous instruira sur un vignoble du XIe siècle et où vous pourrez visiter le Quartier des Grandes de Caves, que des caves à vins : plus de 900, les plus anciennes datant du XVIIe siècle. Du côté de Montpeyroux, l’un des plus beaux villages de France, Philippe Gallon se dit « passeur de terroir ». Pour plus de détails un petit clic.

 

Reste le dernier épisode lié à mon passage dans les bas de Belleville du côté des jeunes pousses d’Ochato www.ochato.com où je découvre sur leurs étagères : L’arbre Blanc de Frédéric Gounan. C’est Olivier ou Sylvain, ma mémoire défaille, qui me parle de cet anticonformiste pur jus. L’homme fut le promoteur du projet de moto 100% française, la Voxan, dont il a conçu le châssis mais c’est un artisan lorsque l’affaire prend une taille industrielle il plaque la moto     pour relever un autre défi celui de faire du vin à Saint Sandoux, son village natal. Beau défi que de partir d’un vin de village pour se colleter avec l’élaboration d’un vin que je qualifierais de vin d’espace de liberté. En effet, Frédéric Gounan tourne d’emblée le dos à l’AOC Côtes d’Auvergne car celle-ci impose une culture mono cépage sur base de Gamay. Lui qui s’est formé aux métiers du vin en Bourgogne, le pays du pinot noir est revenu convaincu que « le pinot saura étonner en terre auvergnate. » comme l’écrivent sur leur blog les enthousiastes d’Ochato. Il a donc planté du pinot noir pour faire un vin de pays du Puy du Dôme sans Gamay. Original mon cher Watson ! Pour ma part, qui suis comme chacun sait un homme sage et conformiste, j’ai acquis une bouteille de la cuvée L’Arbre Blanc 2005 Vieilles Vignes, donc élaboré à base de Gamay pour la faire goûter à mon ami Pierre, un homme du Cantal qui aime le vin, sans lui dire le prix, les clichés ont la vie dure car un auvergnat reste un auvergnat...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 00:05

J’en conviens aisément l’expression « parle à mon cul ma tête est malade... » ne fait guère dans le raffinement mais je la trouve très appropriée à l’opération hyper médiatisée de Greenpeace des nus dans les vignes pour, dixit cette ONG, elle-même fort médiatique, sensibiliser avant le sommet de Copenhague sur le climat les décideurs du monde sur l’urgence qu’il y a d’agir concrètement. L’opération était assortie, dit-on sur un site qui fait du buiseness vert http://www.treehugger.com/ d’une lettre adressée, aux chefs d’Etat, notamment Barack Obama et Angela Merkel rédigée en ces termes : « Nous ne vous demandons pas de vous déshabiller à Copenhague, mais nous attendons de vous que vous signiez un accord juste, ambitieux et encadré pour préserver le futur de la planète ». J’adore ce notamment qui est encore une perfidie albionne vis-à-vis de notre Président.

Ceux qui me connaissent savent que je suis tout sauf un pudibond. Que des mecs et des nanas, vignerons ou non, posassent à poils dans des vignes en Bourgogne moi ça ne me choque pas, bien au contraire je trouve l'idée originale et fort plaisante. Que l’opération, par la grâce d’un photographe star Spencer Tunick, dont le nu en des lieux improbables est le fonds de commerce, nous donne à voir des photos bien léchées rien de plus normal dans nos sociétés où le cul fait vendre. La pub dénude, surtout les femmes, pour un oui ou pour un non. Les grands news magasines l’ont compris depuis fort longtemps en proposant des photos alléchantes de femmes dénudées à leurs lecteurs sur des sujets dit de société. Par exemple Sharon Stone très photo shopisée pour illustrer le nouveau printemps des femmes de 50 ans.  Tout le monde s’y met depuis que les gros bras du Stade Français se sont dépoilés sur un calendrier. Même les paysans  Le nu : la nouvelle arme de la minorité paysanne... http://www.berthomeau.com/article-12941425.html C’était en 2007 dans la patrie de la Bécassine du Poitou-Charentes. Dernière en date à se livrer à l’exercice la bien en chair Marianne James, ex-juré de la Nouvelle Star sur M6.


Donc le nu paye toujours. Ce qui m’effare ce n’est pas la prolifération du nu, son exploitation, mais  la ruée des grands médias sur l’opération
des nus dans les vignes. Normal me direz-vous elle était fabriquée pour cela. D’accord mais, pour autant, cette surexposition va-t-elle avoir une influence sur les décisions prises à Copenhague ? L’opinion publique soudain sensibilisée par cette vision de corps nus dans les vignes, effarée par le risque que les terroirs ne «survivent» pas au réchauffement, va-t-elle faire pression sur ses dirigeants ? La réponse est clairement non. Ce ne sont que des images, rien que des images, qui défilent sur les écrans, coincées entre un forcené qui dézingue quelques voisins et la météo. « Chic il fera encore beau demain pour notre week-end ! » Réchauffement climatique mon cul, ils vont prendre leur petite auto tous ensemble pour se ruer sur l’autoroute de l’Ouest ou pour aller chez Carrefour qui positive de nouveau. D’ailleurs, sans vouloir jouer les ramenards : quelle a été l’emprunte carbone des 730 pékins qui se sont déplacés dans les vignes ? J’espère qu’ils y sont venus à pied ou à vélo pour se dépoiler...

En définitive, le seul bénéfice important que je vois à cette opération c’est qu’elle va faire monter d’un cran l’ire de ce très gros con de Claude Allègre – y’a des jours où je me dis qu’il doit avoir décroché ses diplômes dans une pochette-surprise – Je lui suggère pour protester contre « cet imbécile de Hulot » dixit l’ex-copain de Jospin,  lui qui voulait dégraisser le Mammouth, de poser en homme des cavernes (fine allusion à la situation que les Verts nous préparent selon lui) en fin de journée sur la Place de la Concorde au beau milieu des bagnoles à la queue leu leu, en plus ça lui ferait du bien aux bronches de respirer le bon air de Paris. Toutefois, certains raccourcis simplistes telle cette question choc lue dans le Nouvel Obs : «faudra-t-il, par exemple, pour préserver la qualité des vins de Bourgogne, remplacer le Pinot noir précoce particulièrement sensible aux conditions climatiques, par la syrah, plus endurante, de la vallée du Rhône.» ne peuvent qu'apporter de l'eau à son moulin.

Je plaisante à peine puisque maintenant la forme prend toujours le dessus sur le fond. Il faut frapper les esprits par des images chocs me dit-on. Je doute que ce soit l’esprit que l’on frappe, les images sont là pour déclencher l’émotion, une forme d’empathie passagère vite chassée par une autre compassion qui ne se traduit que très rarement par le passage à l’acte citoyen. Dans le récent conflit du lait les animateurs du mouvement l’ont très bien compris en organisant sous l’œil fasciné des caméras des journées blanches : celle de la baie du Mont St Michel était un modèle du genre. Pour autant, le grand public a-t-il vraiment pris conscience des enjeux de la production laitière ? Je n’en suis pas certain, lire ou relire : « Mes voisins veulent voir des vaches dans le pré et des vignerons dans la vigne... » http://www.berthomeau.com/article-36874600.html

Pour terminer cette chronique sur une note d’humour je reprends ma casquette de Secrétaire-Perpétuel de l’Amicale du Bien Vivre, dites des Bons Vivants, pour vous poser une question angoissée : devrons-nous un jour nous résoudre à poser nus dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale pour que nos très chers élus prennent enfin conscience du caractère vital de notre combat contre le refroidissement des relations entre les hommes ? Comme de bien entendu je donne l'exemple et si vous me plébiscitez demain je montre le bas... 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 00:03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce début d’automne étonnamment chaud laissait aux femmes un répit, elles offraient, en cette fin de journée, leurs bras et leurs épaules couleur pain d’épices aux dernières ardeurs du soleil déclinant. Les hommes, en Lacoste ou Fred Perry, pantalons de toile et espadrilles s’empressaient autour d’elles. Certains papillonnaient. D’autres, verres à la main, se laissaient aller à philosopher. La vendange était en chais. L’alchimie du vin se faisait. Des parfums mêlés de terre grillée, d’herbes, de feuillages roussis, de fruits mûrs flottaient sous les ramures du grand parc du château de Siaurac. L’air était tendre. Charme d’une nature préservée, loin des gens pressés, je gravissais les marches du perron et, cédant à l’esprit du lieu, dans le grand salon, j’imaginais un piano à queue Steinway ouvert et, dans mon oreille, « La Fantaisie pour piano à 4 mains en fa mineur, op. 103 D 940: Allegro molto moderato » de Frantz Schubert évoquait, en un étrange patchwork d’images, le bleu barbeau des yeux effarouchés de Michel Pfeiffer dans les Liaisons Dangereuses de Stephen Frears et le charme latin du grand virtuose italien Arturo Benedetti Michelangeli. Pour lire en musique cliquer


/

Oui, ce lundi matin, loin des écrits vaseux du « Rougé pas frais », j’ai l’âme romantique en vous proposant les réponses au questionnaire de Proust d’Aline et Paul Goldschmidt. Pour ceux qui fréquentent depuis peu mes chroniques, ou ceux qui ont oublié, la lecture d’Aline au pays des merveilles : la saga de la Baronne Guichard s’impose http://www.berthomeau.com/article-19261133.html . Tout deux ont gentiment accepté ma proposition de se confronter ensemble à ce questionnaire. Je les en remercie. Et, pour aiguiser votre appétit de lecteur, je souligne que mes deux amis vous ont gâté. Surprise !


Votre vertu préférée


-       Aline : la générosité

-       Paul : la volonté

 

Vos qualités préférées chez l'homme :

-       Aline : l’intelligence et l’humour

-       Paul : le rationnel

 

Vos qualités préférées chez la femme :

-       Aline : l’intelligence et l’humour

-        Paul : l’irrationnel

 

Votre occupation favorite :

-       Aline : créer

-       Paul : notre bibliothèque

 

Votre caractéristique maîtresse :

-       Aline : être vraie

-       Paul : la volonté

 

 Votre idée du bonheur :

-       Aline : l’amour partagé, une bonne bouteille à deux, dans un lit, au bord de la mer

-       Paul : l’amour et une belle bouteille

 

Votre idée du malheur :

-       Aline : l’enfance bafouée/un glaçon dans un verre de mon Château Siaurac

-       Paul : la maladie et un très bon vin bouchonné

 

Vos couleurs et votre fleur préférées :

-       Aline : toutes les teintes de terre, rouge pivoine, noir et blanc, rose ancienne odorante, arum, fleur d’oranger...

-       Paul : rouge pivoine











Si

vous n'étiez pas vous-même, qui voudriez-vous être ? :

-       Aline : un dauphin dans les eaux du lagon de Fakarava ou alors Shakespeare, pas de demi-mesure !

-       Paul : Picasso

 

Où aimeriez-vous vivre ? :

-       Aline : n’importe où, du moment que le bonheur est là.

-       Paul : en Italie

 

Vos auteurs préférés en prose :

-       Aline : ceux dont le style, l’imagination et l’humour sont au diapason, marcel Aymé, Nancy Mitford, Saki, Elisabeth Goudge, Ben Hecht , Jérôme K Jérôme, Alexandre Vialatte, Stendhal, Victor Hugo, Balzac, Edgar Poe,  Joyce Carol Oates, Alison Lurie, Ray Bradbury, Robin Hobb, et tant d’autres...

-       Paul : Leiris et Proust et Flaubert   

 

Vos poètes préférés :

-       Aline: Marceline Desbordes Valmore, Victor Hugo, Whitman, Shakespeare.

-       Paul : Baudelaire et Mallarmé et Valery

 

Vos peintres et compositeurs préférés :

-       Aline: Velasquez, Zurbaran, Zao Wou Ki, Vallotton, Chillida, Rothko, jasper Johns, Mitchell, et tant d’autres... Ligeti, Sibelius, Brahms, Chostakovitch, et tant d’autres...

-       Paul : Ernst et Stravinsky

 

Vos héros préférés dans la vie réelle :

-       Aline: mon fils Nathan, et tous les hommes qui se battent pour vivre leur idéal

-       Paul : Casanova

 

Vos héroïnes préférées dans la vie réelle :

-       Aline: Aung San Suu Kiy, et toutes les femmes qui se battent pour vivre leur idéal

-       Paul : ma maman

 

Vos héros préférés dans la fiction :

-       Aline: « un cavalier qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop ». Calvin et Hobbs, Bartleby,  le capitaine Alatriste...

-       Paul : Ulysse

 

Vos héroïnes préférées dans la fiction :

-       Aline: Dina (dans « le livre de Dina »),

-       Paul : Shéhérazade

 

Votre mets et votre boisson préférés :

-       Aline : tarte sablée à l’abricot maison et notre rosé Rose de Plaisir, salade de tomates cœur de bœuf de mon jardin, gigot d’agneau de Pauillac, grosses frites maison, et notre château Vray Croix de Gay

-       Paul : Foie Gras et Clos Parantoux 
 


















Mon rêve
 :

-       Aline : Nuage de foie gras et tartare de figues confites,  chapon tendre à la purée de truffes, et un Haut Brion 1945, ou un château Latour 1947 ! Une fois dans ma vie, je voudrais goûter  à ces vins mythiques !

(Parenthèse) :

je suis venue au vin très tard, vers 30 ans, car j’ai eu des problèmes hépatiques dans ma  jeunesse et n’étais pas attirée par l’alcool; un soir, des amis  fous de vin, fêtant leur anniversaire de mariage,  ont sorti leur seule bouteille  de Laffitte 1959 ; nous étions huit...... on m’a servi un demi verre en me disant que si je ne goutais pas à ce vin, je serai la dernière des idiotes ;  piquée au vif, j’ai goûté... et succombé immédiatement ; je me souviens m’être dit  velours, j’ai du velours dans la bouche, comment  se fait-il que je ne veuille pas avaler cette gorgée mais la garder et la mâcher comme un fruit mur dont on écrase les senteurs sur son palais...

Ce que j’aime ,c’est qu’un ami me fasse gouter le vin qu’il aime en me vantant ses vertus ; même si mon palais n’est pas d’accord par la suite, j’ai eu une rencontre avec le fruit d’une terre, du travail d’un homme et un échange passionné avec cet ami : le bonheur, quoi.

Comment peut-on confondre l’alcoolisme, maladie épouvantable, et le plaisir hédoniste des sens et de l’esprit devant un très grand vin ?  Je comprends le combat des AAA et le respecte entièrement, mais c’est comme si un diabétique obèse en venait à faire interdire les pâtissiers ! Comment transformer  ce breuvage de vie, de joie, et de convivialité, à un message de mort et de stress : notre pays, soit disant civilisé, abdique en oubliant l’éducation élémentaire... et préfèrent vanter les principes de précaution, qui ne sont que des principes de paresse absolue politique : je ne fustigerai jamais assez la vitesse : il faut réfléchir lentement profondément et appliquer vite ensuite ! L’alcoolisme touche des hommes et des femmes en mal-être qui ont  très certainement une addiction génétique plus prononcée que d’autres à l’alcool.  ET QUELS ALCOOLS, PERSONNE N’EN PARLE DANS LES DÉBATS !


Je refuse que le vin prenne sur ses épaules  la responsabilité de l’alcoolisme par exemple des adolescents qui me préoccupe énormément  et qui touche  les alcools forts en absolue majorité : gin, vodka, tequila, et  la bière : je défie quiconque de venir faire la tournée des bars à 4h du matin ou des raves ou des soirées d’ados et de voir des cadavres de  bouteilles de vins !

 

Mon dilemme :


-       Paul : choisir entre ses vins, impossible c’est comme choisir entre ses enfants (cf. Salomon, Sophie’s Choice etc.) ou alors les 2010 of course puisque chaque année nous progressons. Sinon les 2006 car c’est notre premier millésime.

 

Vos prénoms préférés :


-       Aline : Marie, Eugène, Madeleine, Louis, les prénoms de mes 4 grands parents qui m’ont élevée et chérie toute leur vie.

-       Paul : Aline

 

Votre bête noire :

-       Aline : la mauvaise foi, le manque d’humour... la grêle et la pollution chimique mondiale  qui tue nos arbres, nos sols et nos défenses immunitaires.

-       Paul : le capricorne qui a dévoré notre chêne pyramidal

 

Quels personnages historiques méprisez-vous ? :

-       Aline : tous les chefs de guerre.

-       Paul : Staline et Hitler

 

Quel est votre état d'esprit présent ? :

-       Aline : créatif

-       Paul : optimisme

 

Pour quelle faute avez-vous le plus d'indulgence ? :

-       Aline : les fautes de goût

-       Paul : la gourmandise

 

Votre devise préférée :

-       Aline : changement d’herbage réjouit le veau. Et aussi ;  croire à la terre, respecter son futur.

-       Paul : croire à la terre, respecter son futur

 

Questions subsidiaires :

 

Le don de la nature que je voudrais avoir ? :

-       Aline : la sérénité

-       Paul : renaître de mes cendres

Comment j’aimerais mourir ? :

-       Aline : j’aimerais ne pas mourir, mais puisque c’est inévitable, le plus tard possible, en dormant paisiblement

-       Paul : c’est sous le chêne pyramidal que j’aimerai mourir Y mettre de toute façon mes cendres en espérant que cela l’aidera à vivre deux jours de plus.


:

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 00:09

Bonjour à tous,

Même si je reste poli et policé, je suis très chiant.

Très, très, très chiant...

Dans ma vie j’ai eu droit à tout : arrogant, distant, fainéant, suffisant, provocant...

J’assume tout !

Même ma Légion d’Honneur...

Toutes mes contradictions... et elles sont, je vous le concède, permanentes et récurrentes.

Je ramène ma fraise à propos de tout et de rien mais lorsque, même gentiment, certains me demandent de dire ce que je n’ai pas envie de dire, alors je deviens aussi muet qu’un trappiste.

Je suis orgueilleux, et comme l’affirme un honorable correspondant « je cultive une nostalgie un peu ostentatoire sur mon passé sous les ors de la République »

Oui, et alors, devrais-je marcher en rasant les murs, la queue basse, en me battant la coulpe, en me couvrant la tête de cendres, en m’excusant d’avoir été, tout socialo que j’étais, « un profiteur de la République » avec chauffeur ?

Non, je suis très fier de mon cursus de méritocrate non fonctionnaire, non encarté, ayant occupé des postes en général occupés par des hauts fonctionnaires issus des grands corps de l’Etat.
J'ai fait le boulot, au mieux.
Je fais aussi très bien la tarte aux pommes. 

Pour autant je ne cultive aucune nostalgie. Lorsqu’en 1992 Jean-Pierre Soisson, par la grâce du vieux François, vint s’installer au 78 rue de Varenne j’ai tourné la page sans le moindre regret. D’ailleurs, lorsque Le Pensec occupa le poste en 1997, au grand étonnement des hiérarques agricoles : Luc Guyau et Yves Barsalou qui m’appelèrent dans l’heure qui suivit sa nomination, et même si le grand Louis était mon ami, je préférai aller arpenter pour son compte les fins fonds de la France de la vigne plutôt que de poser mes fesses dans un grand bureau. Mes pas me menaient plutôt dans des salles minables à Trouillas ou à Segonzac que sur les moquettes de haute laine des palais nationaux.

Les 2 Bernard, Dauré et Guionnet, peuvent en témoigner.
Mes années chaussures à semelles de crèpe m'ont ravi. J'habitais dans les bois avec ma chienne Justine. Le brame du cerf sous mes fenêtres ça me changeait des lamentations des grands présidents. 

Entre nous, le 78 rue de Varenne n’était pas un lieu de tout repos, bien au contraire les tomates y sont rarement sur canapé et il est très rare d’y sabrer le champagne avec les confédérés paysans.

Je suis donc très chiant mais je n’ai pas la prétention d’avoir toujours raison.
J’aime débattre.

J’aime convaincre.

J’écoute.

J’argumente.
J'aime réfléchir sur mon vélo.
 

Je me tiens bien à table aussi.
Je bois de bons coups.
 

Je sais me taire aussi.

Mais une fois la porte de mon bureau refermée ou l’écran de mon ordinateur éteint je tourne la page. Je vis ma vie sans me prendre le chou.

Mes chroniques matinales sont le fruit de cet état d’esprit.

J’y vagabonde.

J’y baguenaude.

Je m’échauffe parfois.

Je déconne souvent.

Je suis ce que je suis et ne m’en demandez pas plus.

Chaque matin je tente de m’exprimer sur un espace de liberté ouvert, convivial, où je cause avec tout le monde car j’exècre l’esprit de chapelle, les adorateurs du blanc et du  noir, les pratiquants du yaka fokon, les qui ne se sont jamais foutus les mains dans la bouse – je n’écris pas le cambouis car je suis nul en mécanique – les qui lavent plus blanc que blanc et toutes les engeances qui se prennent pour le centre du monde.

Je suis tout sauf modeste mais je ne piétine personne.

J’aime beaucoup les femmes mais je ne sais jamais si, elles, elles m’aiment.

Je ne me lève jamais le matin en disant non.

Pour autant je ne dis pas toujours oui.

Je ne suis pas un homme facile.

Je cause avec tout le monde sauf ceux à qui je ne serre même pas la main pour incompatibilité avec leurs conceptions  de la vie en société.
C’est mon élevage vendéen qui veut ça.

Ça m’est arrivé une fois, au Sénat, face à un élu qui me la tendait. Face à mon refus signifié à haute voix, l’homme m’a menacé, eu égard à sa position, des pires représailles. Il est des lignes jaunes que je m’interdis de franchir.

Le « Rougé pas frais » entre dans la catégorie des infréquentables.

Alors, pourquoi faire allusion à son livre me direz-vous ? Tout bêtement pour vous faire part de mon dégoût. Libre à vous ensuite de me suivre ou non, la démonstration par citations me semble superfétatoire.

Bref, un gus qui qualifie Bastien-Thiry – l’homme qui a tiré sur de Gaulle au Petit-Clamart – de héros et qui ose écrire que « l’alcool, c’est infaillible et sans coup férir, avilit le sale type sans porter atteinte à l’honnête homme. L’homme faux et mauvais, sous l’empire de l’ivresse restera laid, tandis que l’homme loyal et droit conservera son intégrité morale » * vaut pour moi la chasse d’eau.
* un lecteur me signale que cette phrase est du Brillat-Savarin mais comme elle était sans guillemets chez le Rougé pas frais elle est et reste pour moi d'une profonde stupidité... 

Comme à l’ordinaire j’ai été long, trop long, égotique sans aucun doute, mais, de temps à autre, me défouler me fait du bien. J’espère que vous me le pardonnerez.

Je profite de l’occasion pour répondre à une question qui ne m’a pas été posée : pourquoi n’ai-je pas chroniqué sur la fameuse émission de la 2 « Envoyé Spécial » ?

3 raisons :

-         je ne l’ai pas visionnée et je n’ai nullement l’intention de le faire.

-         je n’ai nulle intention de le faire parce que j’ai de moins en moins de doutes sur la réponse à la question «Les journalistes français sont-ils si mauvais ?»   http://www.berthomeau.com/article-31922860.html  

-         je ne souhaite pas joindre ma voix à un concert de hauts cris dont certains des interprètes sont « responsables » de ce type de comportement des médias. Le déni de réalité ne change pas la réalité mais laisse la porte ouverte à des émissions à charge alimentées par des spécialistes qui eux n’entretiennent que leurs fonds de commerce.

Et c'est signé d'un type qui s'est autoproclamé Secrétaire-Perpétuel d'une Amicale du Bien Vivre dite des Bons Vivants...
 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 00:06

 

« Tiens mon beau papa-gâteau, en allant acheter mes magasines de nanas j’ai trouvé ce bouquin pour toi... » Du fond de son grand cabas de fille, insondable gouffre où elle enfouissait tout ce que nécessite la vie d’une femme au quotidien, Jasmine retirait un livre à la jaquette noire. Sous le nom de l’auteur, un patronyme me fit l’effet d’un électrochoc : Markovic. Ma colère rentrée contre les rouleurs de caisse se transformait en un tête à queue brutal qui me projetait dans l’un des nœuds caché de mon récit. L’auteur, Francis Zamponi, au nom quasi-prédestiné, affichait la couleur : 69, année politique. Face à mon désarroi Jasmine s’inquiétait « ça va ? » Je lui serrais fort l’avant-bras « oui, bien sûr que ça va... » Elle sursautait « ça n’en a pas l’air, ta main est glacée... et tu es blanc comme un linge... » J’accrochai un maigre sourire sur mes lèvres pour la convaincre du contraire. « Tu le connais ce Zamponi ? » Je soupirai « pas vraiment, c’est sans doute un ancien des RG, mais je suis certain que ce dont il parle dans son bouquin touche de près à mon histoire... » Jasmine me tirait jusqu’au bar et me commandait un Cognac. Elle me questionnait inquiète « tu crois qu’il parle de toi dans son livre ? » Je la rassurai « ne t’en fais pas petit cœur, tout ça c’est de l’histoire ancienne qui n’intéresse plus personne et, de toute façon, je n’ai pas trempé dans l’affaire Markovic ». Alléchés par ce qu’ils croyaient être un début d’embrouille entre Jasmine et moi  les trois petits mecs s’accrochaient à nous comme des morpions en venant se planter devant le bar.

J’aurais pu leur en donner pour leur argent, leur foutre la trouille de leur vie en passant un petit coup de fil à un vieux collègue officiant à la PAF d’Orly pour qu’il les fasse appeler pour une petite fouille au corps, mais c’eut été petit et mesquin, le jeu n’en valait vraiment pas la chandelle. Le cognac, une mixture colorée au caramel, me brulait la gueule. En les toisant avec mépris j’entraînai Jasmine jusqu’à une table proche pour qu’elle s’asseye. « L’affaire Markovic c’est de la merde mon petit cœur, c’est l’exemple même du coup tordu dont raffolaient certains milieux barbouzards gravitant dans les soupentes du régime. Ses instigateurs voulaient barrer la route de l’Elysée à Pompidou. Viansson-Ponté dans son histoire de la République gaullienne écrira que « l’ennemi appartient à la famille, tapi dans l’obscurité, manipulant les cartes et truquant la partie. » Pompidou a tenu bon mais il savait, ou croyait savoir d’où les coups venaient. « Capitant par bêtise, Vallon par méchanceté et Couve a laissé faire. » avait-il confié à son ami Michel Bolloré avec son art de la formule choc. Dans son livre « Pour rétablir la vérité » Pompidou écrira « Ni place Vendôme, chez Capitant, ni à Matignon chez M. Couve de Murville, ni à l’Elysée, il n’y a eu la moindre réaction d’homme d’honneur. » Moi bien sûr, à cette époque-là, je n’étais qu’un petit flic miteux de banlieue mais, par la suite, par la grâce de la mère de Chloé, mon protecteur à l’Elysée, ce très cher Secrétaire-Général qui m’a propulsé là où je suis, savait. Et Pompidou savait qu’il savait. Un biographe du jeune loup Chirac l’affirmait « on sait que Georges Pompidou à toujours gardé sur lui, dans son portefeuille et écrite à la main, la liste de ceux qui, selon lui, avaient eu une responsabilité dans cette odieuse calomnie ». D’après lui trois noms, dont celui du Secrétaire-Général de l’Elysée. »

Jasmine me contemplait avec une petite pointe d’angoisse dans le regard « Donc toi tu sais... » Je soupirais « je sais ce que j’ai lu dans les notes manuscrites que j’ai eu entre les mains. C’est ce qui m’a valu de faire un long séjour à Ste Anne pour échapper aux griffes d’un protagoniste dont le nom n’a jamais été cité dans cette affaire... » Toujours inquiète Jasmine me pressait « tu crois que ce Zamponi va révéler ce nom ? » Je la rassurais en lui souriant « non, ce type est un deuxième couteau qui ne sait que ce que la Grande Maison savait, presque rien, donc je ne risque rien. Mon problème, si tant est que ce fusse un problème, c’est que ne sais pas si moi j’aurai le courage ou la connerie de coucher ce nom dans mes écrits... » Jasmine avait alors ce cri du cœur « surtout que maintenant tu vas être père... » qui me faisait fondre. De nouveau je la rassurais « Même si je révélais ce nom je ne risquerais rien, sauf un procès de la part de ses rejetons qui, aujourd’hui encore, sont des membres connus de la majorité présidentielle. Ce qui me retient est plus intime... » « Chloé... » J’opinais. « Dès que nous serons arrivés dans notre tanière corse je prendrai mon courage à deux mains et je jetterai tout sur le papier. Tu liras et nous déciderons. » Jasmine rayonnait « j’aime ce nous... » Je posai mes mains sur son gros ventre « lui y compris... » Le rire haut de Jasmine fit sursauter le trio des rouleurs qui vraiment ne comprenaient plus rien au film.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 00:06

« Allez vieux fous,

allez apprendre à boire

on est savant quand on boit bien

qui ne sait boire ne sait rien… »

 

Nicolas Boileau

De la part d'un écrivain, satiriste et critique, affichant un tel patronyme - je laisse aux esprits malicieux le lien avec le prénom - je trouve cette adresse d'une grande élévation et surtout, appliquée à notre temps savant, un beau pied de nez à nos nouveaux Docteurs de la Loi, pharisiens des temps post-moderne.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Articles récents

Liste complète

Derniers Commentaires

Archives

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés