www.berthomeau.com

    Vin&Cie,

             l'espace de liberté

berthomeau1.jpg

Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

Pour recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter, colonne de droite, c'est gratuit. 

Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.

Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme à ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.   

 

 

 

 

 




 

Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 00:03

Quand j’ai appris que Catherine Bernard étiquetait sa cuvée 2009 sous la bannière des « Vin de Pays de l’Hérault » je me suis dit qu’elle voulait ainsi donner un coup de chapeau au « bougon des cépages », le Languedocien de l’Hérault, le héraut des CAV, le chantre de l’Occitanie, qui pendant des décennies présida aux destinées des Vins de Pays de notre doulce France qui n'aime rien tant que les présidents à succursales multiples basés dans ma bonne ville de Paris (ça les change de la vie à StDrézéry) 

 

Caillou-8394.JPG 

 

Comme d’ordinaire je raconte n’importe quoi pour faire l’intéressant, le calamantran dirait les provençaux. Mais trêve de galéjades revenons à notre vigneronne de Saint-Drézéry.

 

Saint qui ? Drézéry en occitan Sant Dreseri, Saint-Drézéry est petit village à 15 km au nord-est de Montpellier de 2093 habitants dont les vignes sont nichées sous la bannière des Coteaux-du-Languedoc. Au même titre que : Cabrières, Grès de Montpellier, La Méjanelle, Saint-Christol, Vérargues, Saint-Georges-d'Orques, Saint-Saturnin, La Clape, Quatourze, Montpeyroux, Pic-Saint-Loup et Picpoul-de-Pinet, Saint-Drézéry est une appellation sous-régionale qui a fort envie de devenir une communale. Si vous n’avez pas tout compris prière de s’adresser à l’ami David Cobbold qui raffole de nos villages gaulois.

 

Mais comment puis-je vanner Saint-Drézéry alors qui est sis une star, un chouchou des « longs nez et des becs fins » : Gérard Bru l’homme du Château Puech-Haut qui a droit cité sur le site communal en compagnie de la coopé « Les Grès du Bérange » à Vendargues et le domaine du Caratà. Mais pas de trace de Catherine Bernard et de ses 3 hectares plantés de grenache, marselan et mourvèdre. N’aimerait-on pas les « estrangères » madame le maire ? Je suis sûr que non et je suis persuadé que dans la prochaine édition elle sera référencée comme elle est vient de l’être à la Contre-Etiquette. De plus, le simple fait de se voir dédier une chronique signée du seul « dégustateur imposteur » de la Toile la hisse sur des hauteurs qui ne peuvent que porter haut la renommée de Saint-Drézéry.

 

Mais qu’est-ce donc la Contre-Etiquette ?

 

Une petite boutique de marchands de vins d’abord virtuelle, puis tout ce qu’il y a de matérielle, un petit chouia naturelle, composée de Bons Vivants, de gens que j’aime, des gars qui bossent pour l’extension du domaine du vin. La maison a du changer de nom : c’est plus ochato c’est maintenant la contre-étiquette www.la-contre-etiquette.com . J’ai chroniquer sur elle y’a quelque temps et comme je suis un peu fainéant je vous conseille de vous reporter à mes admirables écrits : « Et si j’allais faire la foire o vins ochato : Nashville ou Belleville... »link  Chaque fois que je monte dans le bas de Belleville j’ai toujours le même sentiment d’y être un peu chez moi.

 

Rue Ste Marthe, Christophe Guitard, disponible, m’attend pour déguster la dernière cuvée de l’ignorée des édiles de Saint-Drézéry, la susdite : Catherine Bernard. Bon comme je suis nul en dessin je ne vais pas vous en faire un mais je suis toujours heureux lorsqu’une intuition débouche sur une histoire. L’histoire d’une rencontre entre une vigneronne passionnée qui ne verse pas dans les outrances, et un marchand de vins qui aime ses vignerons.

 

Catherine Bernard et moi, nous sommes un peu pays, mais nous nous sommes rencontrés la première fois sur une terrasse d’un café de la place de la Comédie, chère au cœur du Grand Jojo le statuaire, juste après la publication de mon fichu rapport link et depuis qu’elle est devenue vigneronne.

 

Goûter le vin de ses amis est chose bien plus aisée qu’on le pense : la flatterie n’a pas sa place dans l’amitié. Le vin de Catherine lui ressemble, il est s’en flafla, rieur, généreux mais avec la discrétion qui sied aux gens de chez nous, loin du paraître et des artifices. Cet esprit commence dès l’étiquette d’un minimalisme frisant la coquetterie janséniste. Même si certain vont m’accuser de copinage, le vin de Catherine a une âme terriblement humaine, avec ses grandeurs et ses imperfections. Que ce vin de pays de l’Hérault soit comme le dit avec sa franchise désarmante Catherine « le fruit d’une succession d’erreurs », non agréé par les instances Igépiennes, en définitive un assemblage de ce qui ne pouvait être selon elle ni un coteau-du-Languedoc ni un vin de table, peu me chaut. Ce qui compte au bout du compte c’est que vin a mené une double vie, qu’il a même eu plusieurs vies, et que lorsqu’il se présente à moi je me dis que ce gars de Saint-Drézéry n’est ni un patapouf, ni un rustaud, mais jeune luron délicat, souple et plein de fraîcheur qui fait la nique aux soi-disant icones du cru qui peuplent les étendues glacées des magasines. En plus, c’est un plaisir abordable mais attention faut vous dépêcher car la Catherine ne fait pas dans la grande série... Caillou-8393.JPG

 

Pour les amateurs de détails techniques voici la fiche technique de la cuvée 2009 de Catherine Bernard Vin de Pays de l’Hérault :

 

À la vigne

Trois hectares à Saint-Drézéry plantés de grenache, marselan et mourvèdre en AOC Coteaux du Languedoc

Deux fois trente ares de cinsault à Montaud.

Terroir argilo-calcaire, très argileux et très calcaire, allégé par des galets roulés du Rhône

Vignes travaillées en agriculture biologique, en cours de certification, doses de cuivre inférieures à celles autorisées grâce à des tisanes de prêle et d’ortie.

Vendange manuelle en caissettes

 

À la cave

Vinification en vendange entière sur un fond d’égrappé.

Courte macération préfermentaire à froid

Cuvaisons courtes et  extractions légères.

Levures indigènes

Sans sulfite, non filtré, non collé, non dégazé

 

Composition du vin

Production cette année d’une seule cuvée, assemblage du cinsault (un tiers), du grenache (un quart), du marselan (un quart), et du mourvèdre (un tout petit quart)

 

Esprit du vin

2009 est l’un de ces millésimes chauds et secs du Languedoc après un printemps pluvieux donnant une végétation importante.

J’ai fait le choix de vendanges précoces pour garder de la fraîcheur, du fruit croquant et un degré alcoolique réel raisonnable (13,4°).

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 06:28

Comme tout le monde n’a pas forcément accès à l’Indépendant, sauf quelques privilégiés qui crèchent à quelques encablures de la gare de Perpignan « le centre cosmique de l’univers » je propose à votre lecture la réaction de l’ami Pascal Frissant vigneron au château Coupe Rose à La Caunette, avec Françoise Le Calvez, membre de la Commission Nationale viticole de la Confédération Paysanne (lire sa lettre de 2008 lors de sa démission  de l’office des Vins http://www.berthomeau.com/article-21080606.html 20040203 OBS5429

CARCASSONNE Pascal Frissant Vous êtes membre de la commission nationale viticole de la Confédération Paysanne : comment avez-vous réagi à cette action anti-OGM ?


Pascal Frissant Vous êtes membre de la commission nationale viticole de la Confédération Paysanne : comment avez-vous réagi à cette action anti-OGM ?

 

« L'Inra de Colmar est une station que nous connaissons bien. Ses chercheurs sont très sérieux et planchent sur des sujets primordiaux, tels que la sélection de nouvelles variétés de vigne. Nous sommes bien sûr opposés à l'usage d'OGM dans la viticulture, mais nous faisons confiance aux scientifiques œuvrant pour mieux connaître ces organismes. Le problème, c'est qu'il existe au sein de la Confédération un petit noyau d'activistes  

qui n'a pas compris la différence entre viticulture et céréales. Or cibler l'Inra, outil où les spécialistes ont quand même pas mal d'indépendance, est à mes yeux une grosse connerie. On sent une volonté d'en découdre : je ne peux que condamner ce type d'attitude idiote.

 

Quel a été selon vous l'élément déclencheur de ce coup de force ?

 

« Il y a eu sans aucun doute la visite sur le site de Colmar du ministre de l'Agriculture, qui a annoncé à tort que ces plans de vignes transgéniques seraient rapidement commercialisés. Il cherchait sans doute à rassurer les exploitants inquiets à cause du court-noué : cette opération politique fondée sur une information erronée a servi de prétexte à ce groupe de faucheurs volontaires qui attendait l'occasion de passer à l'acte. Il n'empêche que leur action relève d'une sorte de dérive sectaire, semblant dictée par une poussée limite obscurantiste. Ça commence quand même à m'inquiéter un peu. »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 02:09

Plutôt que de répondre à la relance de Chloé je lui prenais la main et l’entrainais dans Huerfanos, l’avenue chic de Santiago sur laquelle les salles de cinéma alternaient avec les vitrines de luxe et les bars.  Dans El Mercurio j’avais lu que la plus grande salle d’Huerfanos présentait : El primer aňo. Face à la caisse Chloé se regimbait «Tu ne crois-pas que nous avons déjà eu notre dose ! » Je la rassurais en ramassant ma monnaie « C’est la dernière avant notre reconversion ma belle... » Pour la première fois de la journée elle me souriait. Je venais de marquer mon premier point. La salle était bondée. Dans la meilleure tradition de la propagande officielle, chère aux démocraties populaires, le film retraçait les étapes d’une année de gestion de l’UP : la flopée de nationalisations, le charbon, le cuivre, l’acier... très bandant... mais je n’ironisais pas lorsque la voix off qualifiait le jour du cuivre de symbole de la dignité nationale. Chaque apparition à l’écran du bon docteur Allende, gentil et bonnasse, un chouïa Vincent Auriol en plus raide et moins bon vivant, se voyait ponctuée d’une bordée d’applaudissements. Comme la journée du cuivre, Allende symbolisait la dignité, c’était le père noble de la Nation. En revanche, l’omniprésente armée, en toile de fond, élément central du décor, n’était ni applaudie, ni sifflée. Le clou du spectacle, l’anti-Allende, le socialisme en battle-dress léopard, Fidel dont la barbe tenait lieu de pensée révolutionnaire, nous offrait un numéro de grande pute de la Révolution. Hors lui point de salut pour la Révolution. Pas de pitié pour tous ceux qui voulaient dénaturer les idéaux de la révolution castriste. Les cubains crucifiés à Cuba en savaient quelque chose. Chloé glissait sa main sous ma chemise. « Il nous balade, c’est à vomir... »

Huerfanos la nuit, la foule, un peu d’air frais venu des Andes, je prenais Chloé par la taille « Maintenant ma belle nous allons aller nous vautrer à nouveau dans les délices du bon vieux capitalisme... » Direction le Cintra où le maître d’hôtel nous accueillait avec une certaine circonspection eu égard à notre allure négligée mais mon français truffé d’espagnol hésitant et les belles manières aristocratiques de Chloé levaient ses appréhensions et le poussait même à nous installer à l’une des meilleures tables de la salle. Mon pourboire royal mais discret en billets verts consolidait notre position. Autour de nous que des vieux, des presque vieux, des déjà vieux flanqués d’une progéniture en passe de l’être. Chloé qui avait ôté son pull informe aspirait l’attention de ces messieurs, Dieu que les failles de son débardeur laissaient à voir une poitrine ample dépourvue de tout soutien. L’arrivée, d’une bouteille de Laurent Perrier Grand Siècle parachevait notre statut de gosses de riches venus s’offrir à bon compte une cure de Révolution démocratique. Chloé adorait le Champagne. J’embrayais. « Je suis persuadé que dès ce soir notre ami Bob Dole va recevoir un télégramme crypté annonçant que nous sommes arrivés à bon port à Santiago...

-         C’est pour cela que nous sommes ici ?

-         Non petit cœur, nous sommes ici pour renouer avec nos riches heures parisiennes. Foin des groupuscules, de la bouffe pourrie, des parlottes interminables, nous allons goûter aux plaisirs de la caste qui rêve de faire la peau du bon docteur Allende.

-         C’est ça ton plan mon génial légionnaire ?

-         Ne raille pas fille de peu de foi, attend au moins que je te révèle les arcanes de mon machiavélisme...

Nous passions notre commande, Chloé avait choisi les plats, moi les vins. Homard à l’américaine et faux-filet pommes en l’air arrosés d’un Montrachet dont j’ai oublié le millésime et d’un Ducru-Beaucaillou 1953. Le patron du Cintra se fendait d’une visite pour s’enquérir de l’état de conservation du Montrachet. Son bulletin de décès provenait sans aucun doute de son voyage, de son séjour ici et de son grand âge et je demandais gentiment à notre hôte empressé de le remplacer par une production locale. Ce qu’il fit en se répandant en excuses. Chloé se gondolait. « Vous les français vous vous la jouez avec le service du vin...

-         D’accord ma belle mais dans le cas présent goûte et tu comprendras...

-         Boua...

-         Alors je suis snob ?

-         Non, qu’est-ce qui lui est arrivé ?

-         Assassinat ou non assistance à personne en danger... De toute façon c’est un crime inexcusable...

-         Je t’aime comme ça...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 00:09

 

 

Enfin ce coup de sonnette se fit entendre.

Le majordome revint bientôt avec cette note qu’accompagnait un autre mets :

 

« Râles de genêts rôtis sur une croûte à la Sardanapale.

Ne manger que les cuisses er le croupion des râles ; ne pas couper la cuisse, la prendre par la patte qui la termine, la saupoudrer légèrement de sel, trancher net au-dessus de la patte, et tout broyer, chair et os.

Mastiquer largo et fortissimo ; manger presque simultanément une bouchée de la rôtie brûlante, enduite d’un condiment onctueux dû à la combinaison de foies et de cervelles de bécasse, de foies gras de Strasbourg, de moelle de chevreuil, anchois pilés, épices de haut goût, etc.

Boire deux verres de clos Vougeot de 1817.

Verser ce vin avec émotion, le boire avec religion. »

Après ce rôti, digne de Lucullus ou de Trimalcyon, et savouré par le chanoine avec idolâtrie et une faim inassouvie, le majordome reparut avec deux entremets que le menu signalait ainsi :

 

« Morilles aux fines herbes et à l’essence de jambon ; laisser fondre et dissoudre dans la bouche ce champignon divin.

Mastiquer pianissimo.

Boire un verre de vin de Côte-Rôtie 1829 et un verre de Johannisberg de 1729 (provenant de la grand’ foudre municipale des bourgmestres de Heidelberg).

Aucune recommandation à faire à l’endroit du vin de Côte-Rôtie ; ce vin est fier, impérieux, il s’impose.

À l’égard du vieux Johannisberg de cent-quarante ans, l’aborder avec la vénération qu’inspire un centenaire, le boire avec componction.

 

Deux entremets sucrés.

Bouchées à la duchesse, à la gelée d’ananas.

Mastiquer amoroso

Boire deux ou trois verres de ce vin de Champagne frappé de glace (Sillery sec, année de la comète).

Dessert :

 

Fromage de brie de la ferme d’Estrouville près de Meaux ;

Cette maison a eu pendant quarante ans l’honneur de servir la bouche de M. le Prince de Talleyrand, qui proclamait le fromage de Brie le roi des fromages (seule royauté à laquelle ce grand diplomate soit resté fidèle jusqu’à sa mort).

 

Boire un verre ou deux de vin de Porto  tiré d’une barrique retrouvée sous les décombres du grand tremblement de terre de Lisbonne. 

 

 

Bénir la Providence de ce miraculeux sauvetage, et vider pieusement son verre.

N.B. Jamais de fruits le matin, ils réfrigèrent, chargent et obèrent l’estomac aux dépens du repos du soir ; se rincer simplement la bouche avec un verre de crème des Barbades de madame Amphoux (1780), et faire une légère sieste en rêvant au dîner. »

 

 

 

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 11:00

« J’en avais marre de l’eau […] de son sérieux, de sa fadeur, de sa pureté et, par-dessus tout, de son IMPORTANCE. Un impérieux besoin de PLAISIR m’était soudain venu. Le genre d’appel auquel je n’ai jamais su résister, et moins encore aujourd’hui que l’âge vient.

Bref j’avais envie d’une récréation.

Voilà pourquoi, le 17 janvier 2008, je pris le train pour Dijon, en savante compagnie de mes amis du bureau de l’Académie du vin de France, pour l’une de ces « voyages d’études » qui agrémentent fort l’existence. Bernard Pivot s’était fait excuser. Une mauvaise bronchite. Oh ! comme nous l’avons plaint.

En Bourgogne, on appelle »climat » une entité géographique : composition, texture et profondeur du sol ; mais aussi exposition de la parcelle, altitude, degré d’inclinaison… Le mot « climat » dit mieux et plus que le mot « terroir ».

Le climat que je veux saluer se trouve sur les Côtes de Nuits, à mi-pente, comme tous les grands crus. Plus haut, l’eau ruisselle trop, la terre s’assèche trop vite. Plus bas, l’eau stagne.

Ce climat mesure 1,8 hectare et ne produit que six mille bouteilles (les bonnes années, car les mauvaises, comme en 1968, on ne vinifie rien…).

Le prénom de ce climat, c’est Romanée, par référence à l’occupation romaine… Son nom, c’est Conti : il vient de la famille qui, longtemps, posséda le domaine.
Sous la conduite du maître des lieux, Aubert de Villaine, nous avons parcouru les vignes. Puis, dans la cave, à la lumière des bougies, religieusement dégusté. Comme à son habitude, Jacques Puisais, notre génial chimiste promenait son pendule sur les millésimes pour tenter d’en percer les mystères.

Les autres vins soulignent les saveurs ou les parfums qu’ils offrent. Ils font la roue. Ils bavardent, commentent, précisent : maintenant je sens la violette ; vous avez reconnu le goût de griotte ? Et là, que dites-vous de cette bouffée de framboise ? Soyez francs, aimez-vous cette brève irruption de pain grillé, de vieux cuir ?

La Romanée Conti rassemble. Bien malin – ou menteur – celui qui distingue. Chacune des composantes est trop intimement liée aux autres. On passe de l’une à l’autre insensiblement, les barrières des frontières sont levées. On qualifie la Roman ée Conti de « vin complexe ». À l’évidence. Mais qu’est-ce-que la complexité sans l’union ? Et qu’est-ce que la diversité sans l’équilibre ?

Les autres vins s’épuisent, même les plus riches. Il arrive un moment où l’on arrive au bout des saveurs. Fin du parcours.

La Romanée Conti poursuit. Nous nous promenons parmi les fruits, nous voici dans la forêt, à humer les sous-bois. Le gibier n’est pas loin. Bientôt, nous plongerons dans la terre, en nous approchant de la truffe. Et voici que nous partons pour une nouvelle escale, la réglisse. D’autres vont suivre. Heureusement que notre planète est ronde, nous ne reviendrions jamais.

Et puis, brusquement, alors que vous croyiez avoir épuisé tous les plaisirs connus, vous arrive un miracle, une caresse, une douceur, le souffle d’un pétale de rose juste avant quelle ne fane.

De tout cœur, je vous souhaite ce voyage une fois, rien qu’une fois dans votre vie. »

 

20ième Question : Quel le nom et le prénom de l’auteur de ces lignes et dans quel livre les a-t-il écrit ?

 

Caillou-8298.JPG

Caillou-8299.JPG

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Concours
Voir les 0 commentaires
Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 07:54

Ce journaliste scientifique suit sur son blog ce dossier depuis l’origine et, pour avoir lu ses écrits précédents, je trouve que son approche et ses analyses sont pertinentes, bien documentées et dépourvues de tout manichéisme. Je vous propose donc de lire ce qu’il écrit à propos du texte de la fédération Sud-recherche (ici en pdf.) sur la destruction des ceps de vigne transgénique de Colmar.

 « Il ne comporte aucune appréciation négative sur la destruction de l'essai, ce qui est déjà étrange. Mais sa lecture montre surtout à quel point la dérive idéologique - au sens du refus catégorique d'examiner en pratique les problèmes posés mais à se contenter d'une phraséologie générale - rend tout débat public sur la transgénèse végétale utilisée en agriculture (rien que la formule OGM utilisée sans précision signale, chez les partisans comme chez les opposants, la volonté de s'évader du côté de l'idéologie...) quasi impossible.

Ainsi, le texte de Sud-recherche ne comprend aucune information sur la maladie visée par l'essai (même pas le nom), et surtout le présente dans les termes suivants : «SUD-Recherche EPST a toujours soutenu que les OGM ne constituaient pas une solution d’avenir pour l’agriculture en France, comme ailleurs. Outre les risques sanitaires et environnementaux non maîtrisés, le modèle agricole dans lequel ils s’inscrivent est celui d’une agriculture toujours plus intensive, de type industrielle, qui est destructrice pour l’environnement mais aussi pour la profession d’agriculteur. (...) Nous avons constamment interpellé le ministère de la recherche et la direction de l’INRA pour qu’ils affichent comme priorité le développement d’un autre modèle agricole, basé sur le respect de l’environnement, des consommateurs, qui refusent les OGM dans leur assiette, et de ceux qui produisent ces ressources. Alors que d’autres voies de recherche sur les pratiques culturales restent sous-exploitées, l’utilité des essais sur les vignes transgéniques est aujourd’hui contestée par des viticulteurs qui ont aussi compris que l’image du vin en souffrirait. (...) Plus largement, nous sommes inquiets de la brevétisation du vivant, centrale dans la stratégie OGM, au même titre que la logique d'innovation marchande à court terme imposée par le gouvernement

Quels problèmes posent de telles affirmations ? D'abord la phrase «les OGM ne constituent pas une solution d'avenir pour l'agriculture». Elle est complètement vraie et complètement absurde. Vraie parce que d'innombrables problèmes de l'agriculture française n'ont rien à voir avec les OGM, donc leur solution non plus. Et absurde parce que personne, absolument personne, ne pense que les OGM puissent constituer une telle solution générale. Idem pour le modèle d'une agriculture «intensive de type industriel, destructrice pour l'environnement.» Ce modèle existe, par exemple la grande culture du blé, du maïs, de la betterave, l'élevage industriel de poulets.... Mais : quel rapport avec les vignes transgéniques de Colmar ?

L'idée selon laquelle de telles vignes puissent transformer la viticulture française en activité agricole de type industriel est indéfendable. La structure agraire de la viticulture, son usage des produits phytosanitaires et son intensité (production à l'hectare) ne peuvent en aucun cas être affectées dans le sens craint par Sud Recherche au cas où des pieds ou porte-greffes transgéniques résistants au  court noué seraient utilisés (et de toute façon, la vigne étant une culture pérenne, son renouvellement est particulièrement lent).

Quant à la crainte de la brevétisation du vivant, je n'ai jamais vu de plante transgénique manifester pour exiger d'être soumise à un brevet. Cette technologie est compatible avec toutes les formes d'organisation existantes et imaginables des systèmes agraires, du collectivisme total au modèle Monsanto. Qu'elle soit utilisée par tel ou tel acteur économique à son profit, qu'elle facilite ou défavorise son intérêt dans un cadre donné est évident... mais le cadre lui même résulte de rapports de production, donc de l'organisation des sociétés et in fine de la politique. Pas de la technologie. Il est assez piquant de voir des scientifiques réunis dans Sud recherche développer un point de vue sur les relations entre technologies et organisation sociale qui relève de la vulgate stalinienne du matérialisme historique.

Que les vignes transgéniques de Colmar puissent être utilisées à des fins de conviction auprès de la population par les partisans de l'usage massif de la transgénèse végétale dans des stratégies de domination et de profits financiers est une évidence. Mais faut-il répondre à ce risque par un discours similaire, symétrique, au mépris de la vérité ? Est-il nécessaire pour dénoncer les risques agronomiques, environnementaux et l'effet sur les structures agraires des semences de Monsanto tolérantes à son herbicide au glyphosate  (la majorité des plantes transgéniques actuelles) de raconter des sornettes sur un essai de vignes transgéniques résistantes à un virus aujourd'hui traité par des méthodes chimiques brutales ? Une maladie dont les dégâts se chiffrent en centaines de millions d'euros chaque année pour la France affirme l'INRA. Est-il honnête de cacher que l'INRA de Colmar a entamé un programme de recherche de dix ans sur une stratégie alternative à la transgénèse - l'usage de plantes tuant les nématodes transportant le virus - ce qui permet de comparer avantages et inconvénients des deux méthodes ? Est-il honnête de cacher que l'INRA expose sans tricher ses résultats, y compris que les trois premières années d'essai ont montré que le porte-greffe transgénique ne fait que retarder de 1 à 3 ans l'apparition de la maladie ?

On peut trouver des arguments autrement plus précis, sur le site de la Confédération paysanne, ici sous la plume de Guy Kastler. Ces arguments doivent alimenter un débat... mais la destruction de l'essai interdit de savoir qui a raison. Par exemple Kastler affirme que le transgène va se transférer spontanément du porte greffe au greffon puis au raisin et au vin. L'INRA affirme que la surveillance n'a montré aucun transfert sur la période de l'essai. Peut-être que sa continuation aurait donné raison à Kastler... mais on ne le saura pas puisque les vignes sont détruites. Idem pour toutes les discussions sur un éventuel transfert ailleurs ou des recombinaisons génétiques. On peut dire que la stratégie des faucheurs est d'évoquer tout une série de risques possibles, puis d'interdire leur vérification, ou non, en détruisant les essais qui permettent de savoir. Qui a peur des résultats ? Après tout, l'INRA pouvait très bien observer que le transgène n'était pas si protecteur que cela - l'essai en champ a déjà démontré que la résistance est moins bonne que dans un essai en serre... et donc démontrer que ce n'était pas une bonne piste.

Le plus gros problème posé par la stratégie de lutte des "faucheurs" n'est pas qu'ils puissent être efficaces. L'évolution des cultures transgéniques dans le monde et surtout l'explosion du nombre des plantes sur lesquelles sont conduites des recherches utilisant la transgenèse en Chine par exemple, montrent que le blocage de cette technologie n'est pas à leur portée. En revanche, elle contribue (modestement, Monsanto ou les fanas des OGM, y compris des politiques, en sont bien plus responsables) à empêcher un débat public rationnel : "nous voulons bien de cette plante transgénique là, mais nous ne voulons pas de celle-là" fondé sur les avantages et inconvénients de chacune. Or seule cette approche rationnelle peut déboucher sur l'interdiction de telle ou telle plante transgénique, justement parce qu'elle en autorise d'autres. Et que cette interdiction soit fondée sur les effets agronomiques, environnementaux, sanitaires ou sociaux. »

 

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/08/vignes-ogm-de-colmar-divergences-syndicales.html#tp

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 00:09

Investi de la haute mission de vous cultiver chers lecteurs estivaux, si assidus, si fidèles, je vous propose en 2 leçons, l’art et la manière d’accorder plats et vins par l’écrivain Eugène Sue. Ce texte tiré du livre Les 7 péchés capitaux est publié dans la cuisine des écrivains de Johan Faerber aux Editions Inculte. C’est savoureux, donc à lire avec délectation.

Eug-C3-A8ne_Sue.jpg

Bientôt le majordome reparut.

Il marchait d’un air solennel, portant sur un plateau un petit réchaud d’argent de la grandeur d’une assiette, surmonté de sa cloche.

À côté de ce plat, on voyait un petit flacon de cristal rempli d’un liquide limpide et couleur de topaze brûlée.

Pablo, tout en s’avançant, approchait parfois son long nez de la cloche comme pour aspirer les miasmes appétissants qui pouvaient s’échapper ; enfin, il plaça sur la table le petit réchaud, le flacon et un petit billet.

« Paolo, - demanda le chanoine en indiquant du geste le réchaud surmonté de la cloche, - qu’est-ce que cette argenterie ?

-         Elle appartient à M. Appétit, seigneur ; sous cette cloche est une assiette à double fond, remplie d’eau bouillante car il faut surtout, dit ce grand homme, manger brûlant.

-         Et ce flacon, Paolo ?

-         Son emploi est indiqué sur ce billet, seigneur, qui vous annonce les mets que vous allez manger.

-         Voyons ce billet, dit le chanoine, et il lut :

Œufs de pintades frits à la graisse de caille, relevés d’un coulis d’écrevisses. N.B. Manger brûlant, ne faire qu’une bouchée de chaque œuf, après l’avoir bien humecté de coulis.

Mastiquer pianissimo.

Boire, après chaque œuf, deux doigts de ce vin de Madère de 1807, qui a fait cinq fois la traversée de Rio-de-Janeiro à Calcutta.

Boire ce vin avec recueillement.

Il m’est impossible de ne pas prendre la liberté d’accompagner chaque mets que je vais avoir l’honneur de servir au seigneur dom Diego d’un flacon de vin approprié au caractère particulier du mets susdit.

-         Quel homme ! s’écria le majordome avec une expression d’admiration profonde ; quel homme ! Il pense à tout. » [...]

Après la note qui annonçait les œufs de pintade, se déroule successivement le menu suivant, dans l’ordre où nous le présentons.

 

« Truites du lac de Genève au beurre de Montpellier, frappé de glace.

Envelopper hermétiquement chaque bouchée de ce poisson exquis dans une couche de cet assaisonnement de haut goût.

Mastiquer allegro.

Boire deux verres de ce vin de Bordeaux (Sauternes 1834) ; il a fait trois fois la traversée de l’Inde.

Ce vin veut être médité.

-         Un peintre ou un poète eût fait de cette truite au beurre de Montpellier, frappé de glace, un portrait enchanteur, avait dit le chanoine à Pablo. Vois-là, cette charmante petite truite à la chair couleur de rose, à la tête nacrée, voluptueusement couchée sur un lit d’un vert éclatant, composé de beurre frais et d’huile vierge, congelés par la glace, auxquels l’estragon, la ciboulette, le persil, le cresson de fontaine ont donné cette gaie couleur d’émeraude ! Et quel parfum ! Comme la fraîcheur de cet assaisonnement contraste délicieusement avec le haut goût des épices qui le relèvent ! Et ce vin de Sauternes !

Quelle ambroisie si bien appropriée, comme dit ce grand homme de cuisine, au caractère de cette truite divine qui me donne un appétit croissant ! »

Après la truite vint un autre mets accompagné de ce bulletin :

 

« Filets de grouse aux truffes du Piémont (émincées crues).

Enchâsser chaque bouchée de grouse entre deux rouelles de truffe, et bien humecter le tout avec la sauce à la Périgueux (truffes noires), servies ci-joint.

Mastiquer forte, vu la crudité des truffes blanches.

Boire deux verres de ce vin de Château-Margaux 1834 (il a aussi fait le voyage des Indes.)

Ce vin ne se révèle dans toute sa majesté qu’au déboire. »

Ces filets de grouse, loin de l’apaiser, excitèrent jusqu’à la fringale l’appétit toujours croissant du chanoine, et sans le profond respect que lui inspiraient les ordres du grand homme de cuisine, il eût envoyé Pablo devancer le coup de sonnette et chercher un nouveau prodige culinaire.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 11:00

* la formule est attribuée par les auteurs à Pierre Le Grand qui boit brutalement « à la cosaque »

 

« ....... ........  nous apparaît comme un amateur de bonne chère et de valeurs fleurant bon la France rurale, celle de la gastronomie et des vins qu’ils soient grands crus ou simples vins de terroirs. Il aimait autant les repas pris à la campagne que les dîners mondains. Selon les tables, il s’y montrait en dégustateur averti de grands crus ou curieux des plaisirs gouleyants de vins robustes ou d’appellations régionales […]

 

[…] C’est ainsi que sous sa présidence en 1973, le Château Mouton-Rothschild bouleversera l’ordre immuable du classement de Grands Crus du Médoc en se voyant autorisé à passer au rang de 1er Grand Cru de Pauillac sur arrêté ministériel, signé alors par Jacques Chirac en charge de l’Agriculture. »

 

19ième Question Quel est le nom et le prénom de ce Président de la République et quel était son vin préféré selon Corinne Lefort et de Karine Valentin : « Grands Palais 2500 ans de passion du vin » ?

L-Esprit_de_Pennautier_Rouge_2003.jpgimage001 P Pour cette 19ième Question de vrais entrepreneurs du Languedoc sur de beaux terroirs du Languedoc : Miren de Lorgeril Château de Pennautier en Cabardès, Gérard Bertrand château l’Hospitalet La Clape et Château d'Anglès La Clape de la famille Fabre.

Ch-Hospitalet-ADV-Rose-sm-detoure.jpgLogo-Gerard-Bertrand-72dpi.jpgChateaudAngles-Gamme_exterieur.jpgLogo_800x600.jpg

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Concours
Voir les 0 commentaires
Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 07:15

Par les bons soins de Samuel Passarini, j’ai lu sur le site d’Europe Solidaire le point de vue de la Confédération Paysanne que je verse au dossier. Je signale que j'ai ouvert pour débattre et comprendre, les allergies anti-Bové ou autres ne sont pas de mise. J’ai pris contact avec l’INRA de Colmar pour que ses chercheurs s’expriment, pour l’heure sans succès. Tous les points de vue seront publiés. Qu’ils s’expriment ! N’attendez pas le mien, je joue ici le rôle de modérateur, j’ai cependant publié une chronique le 30/05/2010« Reprise de l’essai sur porte-greffe OGM de vigne à Colmar et les OGM en débat ouvert en Chine : étonnant non ! » http://www.berthomeau.com/article-les-ogm-en-debat-ouvert-en-chine-etonnant-non-46743339.html Enfin, les arrachages dit sauvages, même par un commando pacifique, fortement médiatisés relèvent d’une démarche qui n’est pas mienne : je désapprouve ! « Dura lex sed lex » sinon les anti-IVG, que ça plaise ou non comme parallèle, seraient eux-aussi justifiés dans leurs actes de « résistance » à loi commune.    

 

La manipulation génétique ne modifie pas que le porte-greffe mais l’ensemble de la vigne cultivée, le raisin et le vin.

 

Conscient de la catastrophe commerciale que cela pourrait engendrer, les vignerons ne veulent en aucun cas courir le risque du moindre soupçon d’une possible présence d’OGM dans leurs vins. Pour leur faire accepter son expérimentation, l’INRA prétend que la manipulation génétique du porte-greffe ne modifie pas la vigne qui produit le raisin (le greffon). Pourtant, dès 2008, Jean Masson, directeur de la station viticole de l’INRA de Colmar, reconnaissait dans le journal Les échos ses doutes sur lesquels il n’est bizarrement jamais revenu : « Les chercheurs estimaient il y a quelques années impossible que le transgène passe du porte-greffe au cépage. Nous ne l’excluons plus. »

Il est vrai qu’il ne pouvait pas ignorer les travaux de ses collègues de l’INRA de Versailles qui dès 1997, soit bien avant le début de son expérimentation à Colmar, avaient montré sur le tabac la transmission très importante de « produits » du transgène du porte-greffe au greffon [1].

Il ne pouvait pas non plus ignorer les soucis de la société civile sur ce problème clairement évoqué dans la publication du collectif CCC-OGM : « OGM-Vigne, Opinion Grossièrement manipulée ». Depuis, de nouveaux travaux ont confirmé la fréquence de ce passage [2]. Le Comité Scientifique du HCB a pointé lui aussi ce problème en soulignant que les analyses réalisées par l’INRA de Colmar sont insuffisantes pour le documenter correctement (annexe 1).

Toute manipulation génétique engendre de nombreux risques aujourd’hui non maîtrisés.

Au-delà de l’impact sanitaire ou environnement du transgène lui-même, toute insertion par transgénèse provoque des réarrangements non intentionnels du génome ou de ses relations avec son environnement (épigénétique), générant des effets non intentionnels pouvant passer inaperçus. La plupart des problèmes sanitaires engendrés par des OGM et aujourd’hui documentés ne sont pas dus directement au transgène, mais à ce type de réarrangement.

La manipulation génétique du porte-greffe de l’INRA de Colmar engendre des risques de recombinaison virale particulièrement importants

Christian Vélot, Docteur en Biologie et en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud explique : « Le véritable danger de cette vigne (comme toutes les plantes transgéniques résistantes à des virus), c’est qu’elle est un véritable réservoir à virus recombinants. Il s’agit de plantes transgéniques dans lesquelles le transgène est un gène viral. La présence de ce transgène les protège contre le virus en question ainsi que contre les virus apparentés (sans qu’on n’en connaisse vraiment les mécanismes intimes). Or, les virus ont une très grande capacité à échanger spontanément leur ADN (phénomène de recombinaison) : les séquences d’ADN viral sont très recombinogènes. Par conséquent, quand cette plante est victime d’une infection virale, il peut se produire très facilement des échanges entre l’ADN du virus infectant et l’ADN du transgène, ce qui conduit à l’apparition de virus dits recombinants dont on ne maîtrise rien et qui vont pouvoir se propager dans la nature. Il est là le vrai danger avec ces plantes, ! Avec des plantes conventionnelles, une telle situation ne peut se produire que si la plante est infectée simultanément par deux virus. Avec ces plantes transgéniques, au contraire, un seul virus suffit et on augmente donc considérablement la probabilité de ces évènements. Tout ceci est expliqué en détail dans mon livre (OGM : tout s’explique) aux pages 140 à 142. »

L’expérimentation menée à Colmar générait des risques importants et non maîtrisés de dissémination dans l’environnement

A la demande du Comité de Liaison et de Surveillance (CLS), l’INRA a annoncé avoir pris toutes les précautions nécessaires pour les risques de dissémination dans l’environnement. On peut déjà s’interroger sur la durée de l’efficacité d’une bâche enfouie dans le sol pour empêcher le passage hors du périmètre de l’expérimentation de tout nématode porteur du virus du court-noués, ou de tout microorganismes du sol, bactérie ou virus… modifiés par la vigne OGM. La suppression des fleurs empêchait toute dissémination éventuelle par le pollen. Mais elle n’empêchait pas la dissémination par les insectes piqueurs-suceurs dont le rôle important dans la dissémination des maladies virales dans la vigne est largement connu. Le responsable d’une station viticole de l’INRA ne pouvait pas ignorer ce risque depuis que la flavescence dorée, maladie transmise par un de ces insectes piqueurs suceurs, a justifié l’obligation réglementaire de nombreux traitements insecticides dans le vignoble français. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes de disséminer des éléments du transgènes ou les produits d’éventuelles recombinaisons génétiques ou virales provoquées dans le porte-greffe et/ou le greffon. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes à contaminer l’ensemble du vignoble à partir de l’échappement d’un seul agent pathogène. Il est curieux qu’il n’en ait informé ni les « citoyens » consultés lors de la première expérimentation sociologique précédant le premier essai, ni le CLS.

Le déroulement de l’essai en milieu ouvert empêchait de répondre aux questions scientifiques les plus importantes

L’INRA de Colmar prétend qu’il était indispensable de mener cet essai en milieu ouvert pour que le sol et la vigne puissent subir directement les influences du climat afin de vérifier « en conditions réelles » l’efficacité de la transgénèse vis-à-vis de la maladie et d’évaluer les risques de dissémination dans le sol. Ces deux questions sont certes importantes, mais méritent-elles de courir les risques qui ont été pris ? Les sommes dépensées par l’INRA pour faire semblant de « sécuriser » cet essai au prétexte qu’il se déroulait en milieu ouvert ont en effet largement dépassé ce qui aurait été nécessaire à la construction d’une serre simulant correctement les influences climatiques les plus pertinentes. Et surtout, ces deux questions sont-elles pertinentes tant qu’on n’a pas répondu aux questions des risques de recombinaison génétique ou virale, de passage du porte-greffe au greffon, au raisin ou au vin, de dissémination dans l’environnement de parties ou de produits de l’OGM, et des conséquences sanitaires, environnementales ou commerciales de tous ces risques ? Or, en coupant les fleurs avant floraison, non seulement il devenait impossible de vérifier un éventuel passage au raisin et au vin, mais en plus on a modifié le métabolisme de la vigne en supprimant l’induction florale (première étape de la maturité), ce qui rendait peu pertinent tout résultat scientifique concernant l’efficacité du transgène sur le développement du court- noué dans la vie de la vigne. Il est clair que les questions scientifiques primordiales posées par un tel essai ne peuvent être correctement étudiées qu’en milieu confiné, en gardant les fleurs.

Le but du déroulement de l’essai en milieu ouvert était avant tout commercial et non scientifique

Le syndicat Sud-Recherche dénonce avec justesse les intentions commerciales de l’INRA mal camouflées derrière les discours sur une recherche prétendue neutre : « La communication développée aujourd’hui par la Direction de l’INRA sur le sujet nous interpelle :elle affirme simultanément que cet essai sur la vigne vise à maintenir « l’existence d’une expertise impartiale au-delà de celle des entreprises internationales », mais aussi que sa destruction fait prendre le risque de « voir la France incapable de développer des produits alternatifs à ceux des grandes firmes ». Alors, nécessité (bien compréhensible) de connaissances nouvelles ou objectif (déjà annoncé) de valorisation commerciale ? C’est justement le débat de fond ! »

Le premier essai mené en champagne avait révélé une profonde irrégularité de l’efficacité de la manipulation génétique pour conférer une bonne résistance au virus du court-noué. Le but de l’INRA de Colmar était de repérer les clones réellement résistants et de se donner les moyens d’améliorer la production de tels clones dans les conditions exigées pour l’obtention de l’autorisation de commercialisation (essai CTPS en milieu ouvert pour l’inscription au catalogue). Cette précipitation mercantile s’est faite au détriment d’une recherche en milieu confinée indispensable pour se donner en préalable le moyens de répondre aux questions scientifiques que pose l’acceptabilité sanitaire, environnementale, économique, sociale ou éthique d’une telle production.

Les travaux de l’INRA sont destinés à conforter les profits de Monsanto ou d’autres entreprises qui exploiteront les brevets protégeant la technologie utilisée

Christophe Bonneuil et Christophe Thomas indiquent dans leur ouvrage « Gènes, pouvoirs et profits » (édition Quae-FPH) : « En 1985, Monsanto dépose une demande de brevet sur une stratégie de résistance des plantes aux virus par introduction du gène de la protéine capsidaire. A cette date, seule est réalisée expérimentalement l’insertion du gène de protéine de la capside d’un virus de TMV, dans le tabac. Mais cette première application est mise en avant pour démontrer la validité générale de la stratégie. Monsanto ne revendique pas simplement ce qui est réalisé au moment du dépôt du brevet, mais demande que le brevet couvre l’utilisation de cette stratégie de résistance aux virus pour toutes les plantes et tous le virus ! Quand dans les années 1990, un consortium réunissant l’Inra, le Cnrs et LVMH développe des porte-greffes de vigne résistants au virus du court-noué, Monsanto se signale à leur attention : Monsanto les prévient que dès lors qu’une commercialisation des vignes transgéniques serait envisagée, il faudra obtenir une licence car ils travaillent sous la dépendance du premier brevet. (Joly P.B., 2002) »

La stratégie de résistance virale utilisée pour la production des porte greffe résistants au court-noué n’a donc pas été inventée par l’INRA, mais avait été mise au point et protégée par un brevet avant le début de son essai. Ce premier brevet s’épuisant en 2005, Monsanto en a déposé un nouveau en 2003 dont la protection s’étend jusqu’en 2023. En 2010, l’Université de Cornell a déposé un nouveau brevet concernant une stratégie de protection virale spécifiquement ciblée contre le court-noué de la vigne. Il est clair que les travaux menés par l’INRA de Colmar ne serviront pas « le public » ou « la Science », mais avant tout ceux qui exploiteront ces brevets et/ou un éventuel nouveau brevet déposé par l’INRA lui-même.

Le court noué est une « maladie commerciale » aggravée par la politique agricole

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA (communiqué du 27 mai 2010), le virus du court noué n’est pas une maladie qui « provoque la mort des vignes et rend les terres impropres à la viticulture ». Le court noué est sans incidence sur les vignes françaises plantées sans porte-greffe (actuels greffons). Ses dommages ne se manifestent que dans les vignes greffées sur porte-greffe américain suite à l’épidémie de phylloxéra depuis bientôt un siècle. Ces vignes ne sont pas mortes et les terres où il s’est manifesté ne sont pas devenues impropres à la viticulture. Son incidence n’est économiquement insupportable que dans les vignes à haut rendement qu’il pénalise trop. Dans les vignobles de qualité conduits avec des méthodes naturelles, notamment en biodynamie, il ne menace pas la survie de la parcelle et est au contraire un régulateur de rendement qui permet les années trop productives de conserver une bonne qualité du vin. Dans les vignobles de production de masse, les vignerons ont depuis longtemps appris à vivre avec en pratiquant des rotations de culture suffisamment longues (8 à 10 ans) entre deux plantations afin que les nématodes qui le propagent disparaissent tous, avant de replanter avec des plants sains. Seuls ceux qui veulent replanter vigne sur vigne sans aucune période de repos du sol n’ont pas aujourd’hui de solution sanitaire satisfaisante face au court noué. A l’heure où la viticulture européenne se trouve confrontée à une crise permanente de surproduction, on peut s’interroger sur la pertinence de la Politique Agricole Commune qui dépense chaque années des milliards d’€ pour diminuer le potentiel de production. Elle élimine ainsi de nombreux vignerons qui vont directement ou indirectement grossir le rang des chômeurs, alors qu’une aide au repos du sol entre deux plantations aurait la même incidence sur les surfaces en production, tout en aidant les vignerons à faire face aux maladie de la monoculture comme le court noué et en maintenant un nombre de paysans bien plus nombreux. La « solution magique » de la vigne OGM résistance au court-noué n’est qu’un expédient destiné à encourager des pratiques viticole anti-agronomique, anti-sociales et anti-économique.

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA, il existe de nombreuses alternatives à la solution OGM

Il y a longtemps que les vignerons ont appris à vivre avec le court noué grâce à une multitude de pratiques agronomiques de respect des sols et d’assainissement des plants de vigne, chacune adaptée à chaque terroir et à chaque type de conduite du vignoble. En 2009, l’INRA de Colmar a découvert l’une d’entre elles et communique depuis sur ses importants efforts de recherche sur les alternatives aux OGM, alors qu’il n’a installé qu’une petite parcelle d’essai chez un vigneron bio. Il s’agit de l’implantation de plantes nématicides, certes intéressante mais dont l’efficacité nécessite la complémentarité d’autres pratiques comme le repos des sols, la conduite à rendement modéré favorisant la qualité des vins, ce que les vignerons savent depuis longtemps… En effet, ces plantes n’agissent que sur la premières couches superficielles du sol alors que le nématode vecteur du court-noué peut se réfugier jusqu’à plus d’un mètre de profondeur. Contrairement aux recherches officielles d’un pays comme la Suisse, jamais l’INRA n’a daigné s’intéresser à la globalité des pratiques de chaque vigneron qui seule permet de vivre avec la maladie, pratiques toutes gratuitement disponibles pour tous. Il ne s’intéresse qu’à quelques recettes brevetables et toutes totalement insuffisantes dans la plupart des situations.

Le plus surprenant reste l’absence totale de communication de l’INRA sur la mise au point par pollinisation dirigée et non avec des OGM d’un porte greffe résistant au court-noué par un chercheur de l’INRA de Montpellier, Alain Bouquet, porte-greffe qui disposera très prochainement d’une autorisation de commercialisation démontrant l’inutilité totale de la solution OGM.

Les citoyens et professionnels participant à « l’expérience pilote de co-construction de ce programme de recherche » qui a précédé cet essai, puis du Comité de Liaison et de Surveillance, n’ont jamais été informés des réelles questions scientifiques posées. On les a laissés (volontairement ?) ignorants des résultats scientifiques déjà connus sur le passage du porte greffe au greffon, sur l’instabilité des transgènes, sur les rôle des insectes piqueurs suceurs dans la transmission des maladies de la vigne, sur les enjeux commerciaux découlant de la Politique Agricole ou des brevets déjà existant sur ces manipulations génétiques et sur l’existence de réelles alternatives. L’entêtement de l’INRA et du gouvernement à poursuivre cet essai, n’ont pour but encore une fois que de manipuler l’opinion publique afin de forcer l’acceptation des OGM par des vignerons, des citoyens et des consommateurs qui n’en veulent pas.

Guy Kastler, le 23 août 2010


Annexes 1 : extrait du rapport du Comité scientifique du HCB

3.3 Matériel faisant l’bjet de dissémination

Le matériel proposéau champ correspond aux porte-greffes transgéniques G68, G77, G206, G219 et G240 sur lesquels sont greffés des scions, ou greffons, provenant de la variété non transgénique Pinot Meunier de vigne cultivée (Vitis vinifera L). Les greffons ne contiennent donc pas de transgènes, mais il serait vraisemblable d’en retrouver certains des produits de transg鈩èns (mRNA, siRNA, protéines) par circulation dans le phlo ?e1 à partir du porte-greffe où ils sont initialement produits (Mlotshwa et al., 2008 ; Palauqui et al., 1997). Les analyses réalisées par le pétitionnaire par ELISA et RT-PCR n’ont pas mis en évidence d但RNm ou de protéines dans les feuilles ou les inflorescences de scions, analysées après leur arrachage.

Concernant la détection des protéines, le CS indique que les analyses ELISA effectuées ne sont pas les plus sensibles. En effet, si un tel transfert avait lieu, il s’effectuerait par le phlo鑪e, qui représente une portion infime (de l弛rdre de 2 à 3 %) des extraits qui ont été analysés par le péitionnaire.

Le seuil de détection de protéines dans le phlo鑪e par la méthode utilisée n’est pas préisé mais il semble inadapté au CS. Des méthodes permettant de pallier l’effet de dilution des protéines seraient plus appropriées. Le péitionnaire projette judicieusement de faire une analyse par immuno- localisation

.1 Tissu conducteur dans lequel circule la sève 駘abor馥, transportant entre autres des acides aminés et des sucres, et également des peptides et des acides nucléiques.


 Guy Kastler

Notes

[1] Palauqui J.-C., Elmayan T., Pollien J.-M. & Vaucheret H. (1997) Systemic acquired silencing : transgene specific post-transcriptional silencing is transmitted by grafting from silenced stocks to non- silenced scions. EMBO J. 16, 4738-4745
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/art...

[2] Exchange of Genetic Material Between Cells in Plant Tissue Grafts Sandra Stegemann and Ralph Bock, Science 1 May 2009 : Vol. 324. no. 5927, pp. 649-651

* Guy Kastler représente la Confédération paysanne au CEES du HCB.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
Ecrire un commentaire - Voir les 17 commentaires
Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 00:09

Comme je n’ai point de fils nul ne pourra me soupçonner d’être l’auteur de ce libelle provoquant sous le pseudonyme de Laurent Léguevaque. Le susdit existe et je ne l’ai jamais rencontré sauf sur une page de Libé. Son portrait brossé par Luc Le Vaillant m’a de suite incité à tomber dans ma maladie chronique : chroniquer. Dès l’entame du papier savoir que ce quidam, revendiquant un alcoolisme libérateur, fut pendant treize longues années juge d’instruction ça ne me disait rien de bon. Certes y’a pas de sot métier mais y’en a quand même des où jamais je n’aurais jamais osé pousser mon bouchon. Faire son Droit n’oblige pas à endosser les oripeaux des « petits juges » versus Bruay-en-Artois et là où coule la Vologne. C’est un peu comme si moi je m’étais laissé aller à embrasser le « beau métier » d’Inspecteur des Impôts (un de ces jours je vous raconterai l’histoire).

cure.jpg

Mais à tout pécheur miséricorde, Le Vaillant plaide pour lui « il commence à se fatiguer de « la fréquentation de la misère humaine ». Il finit par se défier de cette justice qui « protège les riches et s’acharne sur les pauvres ». Et, atypisme aidant, il reste en marge d’un milieu qu’il décrit comme « docile envers les forts et sévère à l’égard des faibles » et le voilà démissionnaire pour écrire. D’abord un polar dans la série noire chez Gallimard Accusez, couchez-vous publié en 2003. Débouché normal pour un ex-juge qui honnêtement « admet que la vérité se double souvent d’un plaisir voyeuriste peu ragoûtant. Vous allez me dire : l’éreintage va-t-il continuer ? Fichtre non, car Léguevaque, dixit Le Vaillant, « justifie ainsi cette adresse transgressive, perturbant une époque où les papas se font plus de tracas que d’œufs aux plats : « Pour moi, éduquer, c’est apprendre la liberté. Apprendre aux enfants à décider de leurs actes. Et donc de leurs ivresses. »

Reiser-avamieux.jpg

Vous ne connaissez, transgression, responsabilisation, apprentissage de la liberté ça me plaît alors qu’est-ce je fais : j’achète l’opus du sieur Léguevaque 13 euros au Cherche Midi. Je le lis bien sûr et, je dois l’avouer – normal face à un ex juge – comme le dit le principal intéressé, son fils aîné, auquel le libelle est adressé « C’est très convaincant ». Oui, c’est convainquant même si, toujours comme son fils, face à ce plaidoyer pro domo, je ne peux m’empêcher de mettre un bémol sur « son cas » dont l’extrémisme sympathique, chaleureux, ne m’apparaît pas comme le seul à opposer à celui des hygiénistes. Pour avoir commis une chronique « Au risque de choquer : modération et tolérance ne sont guère mes tasses de thé … j'suis tendance bon vivant et accueillant... » http://www.berthomeau.com/article-29416108.html je ne crois pas que se bourrer la gueule avec constance, être un « pochard invétéré » soit le fin du fin de la libération. Comme dirait l’autre, si t’as besoin de te désinhiber avec l’alcool Léguevaque c’est que t’es inhibé alors ne fait pas de ton cas un cas d’école sinon tu verses dans un forme le moralisme qui stigmatise le bon vivant que je suis.

pinard.jpg

Ceci écrit, cette adresse est emplie de morceaux de bravoure que j’ai apprécié avec délectation, c’est jubilatoire, franc, j’m’en foutiste, plein de verve, allègre, c’est libertaire et que voulez-vous lorsqu’il affirme que boire lui réussit c’est pour moi la quintessence du bras d’honneur à nos sinistres hygiénistes. Ça vaut son pesant de provocation et je trouve que ça aère, ça ventile les neurones, et j’estime que le coût de l’achat du livre de Léguevaque : Lettre à mon fils lui expliquant les excellentes raisons de boire devrait être remboursé par la sécurité Sociale car il est, à sa manière, d’utilité publique.

 

Un beau morceau «  Oserais-je te rappeler que le vin est fondateur de l’humanité telle que nous la concevons ? Demande à tes profs : sans la viticulture, nous serions condamnés au nomadisme. Parce que la vigne, à la différence d’autres plantations, met quatre années avant de donner ses fruits. C’est grâce à elle que les chasseurs-cueilleurs-cultivateurs ont été forcés de s’implanter durablement sur un sol. Vinification et civilisation sont sœurs jumelles depuis bien avant Rome... »

 

Une belle histoire « Tiens à propos de ce dernier – Hervé Chabalier – je participais récemment à un tournage avec des reporters et techniciens de l’agence Capa – dont Hervé Chabalier est le boss. Une fine équipe. Hors caméra, je dis à l’un d’entre eux, pour rire, l’admiration que je voue à Hervé Chabalier depuis sa croisade contre son alcoolisme surmonté. L’autre me coupe et lâche :

-         On voit bien qu’il n’est pas votre patron. Nous, on aimait mieux quand il buvait. »

 

Une brève de comptoir plus drôle que celles de Gourio « ... Perdre des heures au bistrot du quartier. Tu as dû t’interroger : qu’est-ce papa fait donc de si passionnant là-dedans ? C’est que, mon fils, voilà le seul endroit du monde où je peux entendre un préposé des postes en uniforme, droit comme un « I » derrière le comptoir, son courrier dans le besace et un monaco en main, à onze heures du matin, dire :

-         C’est malheureux de payer autant d’impôts, avec le peu que je bosse ! »

 

Le premier verre J’ai huit ans. Quelle est la raison de ce banquet ? La communion solennelle de ta tante – ma sœur – je crois. Deux tréteaux reliés par une large planche couverte d’une nappe jonchée d’assiettes et de verres, une table désertée : les adultes s’étaient éloignés pour consommer digestifs et cafés à l’intérieur de la maison. Demeuré seul dans le jardin, je prends une décision : essayer. Je me lance, avale en catimini quelques fonds de vin blanc, rouge, et de porto. Puis cours me cacher pour guetter l’effet produit sur moi. Garçonnet déjà enclin à la rêverie – comme toi, d’ailleurs –, je fais alors connaissance avec la méditation. L’ineffable délectation de contempler ses pensées. Les sentir défiler dans la torpeur euphorique de mon corps alcoolisé, l’esprit extatique : un éblouissement. Je crois n’avoir jamais éprouvé de nouveau une telle plénitude physique et morale, sinon la fois, où, bien plus tard dans ma vie... avec cette fille-là... Passons. »

 infra20090527_10748371_0.jpg

Je m’en tiens là. C’est un livre à lire car le père Léguevaque il n’est pas du genre à se ménager, à se présenter sous son meilleur jour « Soyons sérieux toutefois. Tu es mon fils, je te dois la vérité. L’ivrognerie, c’est aussi les misères du corps. Pas forcément la dégénérescence cérébrale et le delirium tremens, mais au moins : les oublis qui agacent, les lapsus qui dérangent, les sphincters qui trahissent et le coude qui dérape. Vomir, déféquer quand on ne s’y attend pas. Bafouiller. Ou trembler. On fait avec, en artiste, plus ou moins péniblement, Au risque de te choquer, je me suis déjà retrouvé à quatre pattes. J’ai déjà parlé à quelqu’un comme si c’était quelqu’un d’autre. Gênant... quand il d’agissait de ta mère... »

Voilà, vous êtes prévenu, mais croyez moi ce type au nom à coucher dehors, même si on ne sait pas par quel bout le prendre, tient un discours qui vaut la peine d’être tenu. Et pour finir la dédicace de son livre :

« La parfaite raison fuit toute extrémité

Et veut que l’on soit sage avec sobriété. »

Molière, Le Misanthrope

 

Pour ceux qui s'étonneraient de voir au frontispice de mon Espace de liberté se pavaner une vache je leur signale qu'il s'agit d'une vache allaitante primée by UE arpentant la D1, en compagnie de quelques consoeurs, du côté de Vico et que j'adore les vaches, et plus encore les vaches en liberté qui occupent les départementales, que haïssait tant Jean Yanne, pour démontrer leur existence aux grands méchants bureaucrates de Bruxelles qu'adore Périco Légasse.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Derniers Commentaires

Archives

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés