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Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 00:09

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Jean Clavel, c’est Philippe Doutreme-Puich, un compagnon de mes deux années de coopération constantinoise, membre du cabinet du Président du Conseil Général de l’Hérault de l’époque : Gérard Saumade qui entretenait avec le Grand Jojo des relations orageuses,  qui me l’a présenté au temps où j’arpentais le Languedoc pour le compte de Michel Rocard Ministre de l’Agriculture de l’époque. Il était directeur du Syndicat des Coteaux du Languedoc (voir bio http://jean.clavel.pagesperso-orange.fr/portrait.htm ) C’est un sage, l’un des grands artisans du renouveau des appellations du Languedoc, l’un de ceux qui savent mieux que quiconque que derrière les ceps il y a des femmes et des hommes qu’il faut, en toutes circonstances, respecter car leur labeur en vaut bien d’autres qui si se veulent plus nobles et qui attirent la lumière autour de laquelle beaucoup de lucioles et de gros bourdons se pressent.

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Jean  a 2 fils vignerons l'un en Languedoc (Mas de Périé Assas,  www.vins-clavel.fr ,  l'autre dans le Ventoux en cultures familiales diversifiées, vignes en cave coop, cerisiers et autres fruits, oliviers pour huile, lavande...Comme Jean me l’écrit et je me permets de le porter à votre lecture: « Ils fonctionnent très différemment l'un et l'autre. Pierre et sa femme Estelle sont sur une exploitation viticole de 35/40 ha de vigne bio en AOP sur 3 terroirs Pic Saint Loup, Saint-Christol et Méjanelle en vente directe, principalement export, bon niveau de compétence, jeune œnologue plein temps, stagiaires venant de l'agro, très bon équipement cave vinif, élevage, conditionnement, régulations des températures, après 2 années plus difficiles mais bénéficiaires, nette reprise de l'export. Ils ont 2 fils.

Loïs est sur l'exploitation venant des beaux parents et aide sa compagne qui est chef d'exploitation, en zone de montagne, les parents retraités agricoles sont encore très actifs. La logique d'entreprise est,  pas de salariés, culture très soigneuse, on récolte ce qu'on peut au maximum, s'il reste des fruits sur les arbres on les laisse, le fonctionnement de la coopérative d'Apt ne les satisfait pas, mais ils restent dans ce contexte, l'autoconsommation des produits bio de l'exploitation est la règle, il y a des gites loués en été, ils vivent confortablement mais modestement, et ont aussi 2 fils. »

 

Jean conclue « Je vis donc au travers de toutes ces expériences, directement au contact de la réalité quotidienne languedocienne et un peu provençale... »

Caillou-9152.JPG       Transformations viticoles en Languedoc:

 

« Lorsqu'on voyage dans notre région, on constate, maintenant, la réduction importante des surfaces des vignobles, et le mitage des paysages. Vu de l'autoroute A9, vers Béziers, des parcelles de vignes de grande surface à droite et à gauche sont arrachées et les tas de souches mortes sont encore présents sur ces terrains. Mais ce n'est pas seulement dans les grandes exploitations biterroises que l'on peut constater cette situation. J'ai été grandement surpris, il y a quelques semaines, au cours d'un contrôle effectué dans le cadre de l'ODG Languedoc (Organisme de gestion qui a remplacé le syndicat des Coteaux du Languedoc, dont je dirai quelques mots en annexe), dans la commune de Neffiès. Cette commune est située au nord de la zone viticole de la future appellation « sous régionale AOP » «  Pézenas ».

              J'avais, de Neffiès l'image et le souvenir d'une commune viticole dynamique, dont la cave coopérative était le moteur principal, ayant initiée il y a une vingtaine d'années une zone de reconquête viticole de garrigue, dans les hauts de la commune, entre Neffiès et Cabrières, d'une centaine d'hectares,  plantée en cépages recommandés dans le cadre de l'AOC Coteaux du Languedoc. La municipalité de la commune avait aidé cette initiative située sur des biens communaux, et avait conclu des baux emphytéotiques à prix modéré,  pour éviter aux vignerons d'avoir à supporter le poids du foncier.

              Première surprise, nous avions rendez vous à la cave coopérative du village, dont on m'annonça qu'elle avait cessé  de fonctionner, alors qu'elle avait modernisé ses installations. Deuxième surprise, le magnifique vignoble de coteaux de la défriche est tout mité.

2009: arrachage volontaire  subventionné de 6 ha,

2010: 13 ha nouveaux arrachés, et m'a t-on dit ce n'est pas fini. Ces plantations avaient eu l'aide du département de l'Hérault, de la région LR, de l'État français, et de l’UE. 20 ans après on subventionne les arrachages !!!Quelle tristesse !!

              On annonce la fin de nombreuses caves coopératives, dont certaines subsistent en attirant des coopérateurs voisins qui cherchent une solution à la défaillance de leur propre cave. Mais le plus souvent ce sont des apports de vendanges sans adhésion aux statuts, ce qui confirme leur caractère provisoire et précaire. Les conflits entre adhérents concernant la gestion des caves se multiplient, ce n'est pas le première fois que l'on voit un président de cave, lassé de ne pouvoir faire évoluer positivement l'ensemble des adhérents, abandonner la présidence et créer sa propre cave indépendante, c'est arrivé récemment dans les Grès de Montpellier, près de Lunel. Les situation aberrantes se multiplient, une coopérative en difficulté de gestion, s'offre à une absorption par une autre cave coopérative, la solution serait la réunion de 2 caves voisines, mais le plus souvent des conflits de voisinage avaient marqué l'histoire ancienne des deux villages et la cave en difficulté choisit un partenaire parfois très éloigné, ce qui multiplie les frais de transport de la vendange et surtout la participation des adhérents de la cave absorbée à la gestion de la cave absorbante, ce qui entraîne alors la réduction du vignoble de la commune dont la cave a disparu. L'absence d'une politique collective de la coopération viticole, d'une concertation entre caves et d'une intervention de l'État qui a financé, anciennement, le développement de la coopération viticole et se désintéresse maintenant de son avenir, compromet la mise en oeuvre de solutions intelligentes.

              Certains responsables politiques régionaux disent, officieusement, que 10 caves coopératives par département seraient suffisantes pour satisfaire les besoins!! Il y en avait 560 en 1970 en Languedoc Roussillon dont 155 dans l'Hérault. Il en resterait actuellement 80 dans ce département, mais combien en survie ??  

              En parcourant le territoire de Neffiès, en direction de Caux, une cave particulière en construction démontre que tout n'est pas perdu, et que des couples jeunes, venant d'autres régions, ayant confiance dans un avenir vinicole local et dans le terroir, investissent dans le vignoble, et dans l'immobilier, car n'ayant pu obtenir un permis de construire de l'habitation à côté de la cave et du caveau de vente, ils ont acheté une maison dans le centre du village. Est ce que ça démontre que le milieu humain vinicole languedocien traditionnel n'a plus, en général, l'énergie pour surmonter les difficultés du moment ?

              Mais il y a d'autres signes de changement, j'étais hier dans les Corbières en visite dans mon village natal, qui proche de Narbonne,  et situé sur un axe de communication, voit son territoire agricole se réduire rapidement, et des zones  d'activité artisanales ou industrielles se multiplier. Après quelques visites, nous avions convenu de nous retrouver à l'Abbaye de Fontfroide, très proche, qui me rappelle tant de souvenirs de jeunesse, de parcours en vélo, de visite du domaine alors très accessible et  au travers des immenses bois ou nous allions à la rencontre de bâtiments abandonnés qui avaient servi à des activités disparues, comme la collecte des résines des pins dans des gobelets en terre cuite, qui nous emportions comme des trophées.

              L'Abbaye revit grâce à l'initiative de ses propriétaires et d'une jeune branche familiale qui a repris la gestion directe, a renouvelé le vignoble millénaire dans l'AOP Corbières, la cave, a organisé l'accueil de milliers de visiteurs,  anime les lieux prestigieux par des activités culturelles, et aménagé dans une magnifique et ancienne bergerie un restaurant maintenant réputé, qui à partir de menus faisant appel aux produits locaux et aux vins du domaine reçoit une clientèle particulière et des groupes louant des espaces pour des activités collectives , des réunions, des congrès. La qualité est présente partout, y compris dans la gestion du vignoble, et les prix non excessifs.

              Ces solutions nouvelles permettant le maintien dans le système privé de monuments historiques prestigieux dont l'entretien est très coûteux, et de vignobles réputés, se développent rapidement. Valmagne, autre magnifique abbaye cistercienne des  Grès de Montpellier, après un intense effort de reconstruction rénovation à long terme pour assurer son avenir, la recréation d'un jardin des simples et de production légumière bio, a ouvert depuis peu, son restaurant et y sert les vins bios du domaine.

              Flaugergues, à Montpellier,  lieu historique  privilégié et protégé malgré la croissance de l'urbanisme tentaculaire qui l'entoure et l'enserre, résiste et prend l'initiative d'accueillir un public nombreux venu découvrir les vins du domaine ou participer à des initiatives de réception, dans les espaces couverts ou de jardins aux plantes et arbres remarquables et depuis peu le restaurant, situé à côté du caveau de vente, moyen d'un chiffre d'affaire salvateur.

              Le succès de ces initiatives prestigieuses et d'autres plus modestes en cours de développement, démontrent qu'il y a des ressources vigneronnes capables d'engager le Languedoc dans des voies d'avenir.

 

Annexe: La réforme de l'organisation viticole française, imposée par le gouvernement sans trop de concertation,  par  une ordonnance en date du 6/12/2006 (issue l'article 73 de la loi d’orientation agricole du 5/01/2006) a profondément modifié l'organisation des vins en France. L'OCM, (organisation commune de Marché européenne) mise en oeuvre par un règlement du 29 avril 2008, bouleverse les pratiques françaises, introduisant un libéralisme de fonctionnement opposé aux normes de production nationales. (Exemple: la décision de supprimer le cadastre viticole et les droits de plantation, base de l'organisation viticole française.)  Les syndicats viticole 1884 à adhésion libre,  base de l'organisation viticole française, ont été remplacés par des administrations à adhésion obligatoire (ODG) aux fonctions limitées. Des administrations de contrôle indépendantes effectuent les fonctions dévolues aux syndicats. L'INAO qui avait une certaine indépendance par rapport au ministère de l'agriculture et avait joué un rôle historique, direct et indirect, important,  dans la notoriété des vins français dans le monde, a été remplacé par un organisme administratif sous tutelle, chargé de gérer les signes de qualité de tous les produits agricoles et agro-alimentaires. Cette évolution technocratique de la viticulture française est devenue d'une complexité telle, que sa cohérence en souffre. Les administrations intervenantes, douanes qui ont succédé à l'administration des contributions indirectes anciennement chargée de la viticulture, n'ont pas la même interprétation que Agrimer qui a repris l'activité de ONIVINS, souvent en contradiction avec la DDEA, résultat de la fusion de la DDAF (direction départementale de l'agriculture et de la forêt) avec la DDE(Direction départementale de l'Équipement) On peut s'interroger sur la pertinence de tous ces bouleversements administratifs, est ce que ça aide au développement du marché international des vins français ??

 

Jean Clavel 20/09/2010

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 22 septembre 2010 3 22 /09 /Sep /2010 00:09

J’eus pu, dès mardi dernier passé, surfer sur la vague Michel Rolland puisque la veille, sous un franc soleil, chevauchant mon fier destrier, j’enjambais la Seine sur le pont Royal – normal je suis le fou des Rois – pour me rendre au Saint-James&Albany goûter des breuvages étrangers à l’invitation de Suzanne Méthé. Je liais les rênes de ma monture face à la vitrine de Colette là où la moindre jupette écossaise, haute comme un abat-jour de lampe de chevet, vaut 2350 euros.

 

En effet, sitôt entré, je tombais nez-à-nez avec le ban de Michel Rolland Collection où était exposé un échantillon de ses vins bien à lui qu’il produit dans trois pays : l’Afrique du Sud (Remhoogte 2005 et Bonne Nouvelle 2003), l’Espagne (Campo Alegre 2007) et l’Argentine (Mariflor 2007, Val de Flores 2004, Yacochuya 2005). Donc, après m’être présenté : nom, âge et condition : mis à l’index pour outrage aux bonnes mœurs de l’amicale des ouvriers de la 25ième heure défenseurs de l’adaptation des vins français au marché, j’y fis ma 1ière station sous la conduite fort plaisante et compétente de David Lesage, gendre de Michel Rolland.  

 

Si je ne fis cette mise en ligne dans la foulée, même si j’en avais eu fort envie, c’est que dans ma situation chahutée je risquais fort de me voir taxer d’opportuniste. J’eus pu tout de même, en rappelant qu’il y eut des socialistes opportunistes, les socio-démocrates, s’opposant aux socialistes révolutionnaires, mais là je ne suis pas certain que mes références à Rosa Luxembourg vous eusses convaincu de ma bonne foi. J’eus pu enfin, me référer à Jacques Dutronc mais là c’eut été une autre chanson.

 

Bref, avant même de vous entretenir de mes notes de dégustation – ne vous réjouissez pas trop vite vous n’aurez droit qu’à mon coup de cœur – il m’a fallu tempérer mon ardeur naturelle, que je me répétasse à l’envi la maxime de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord « patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage... » pour ne pas publier illico le texte suivant signé de Michel Rolland bien plus en phase avec sa philosophie que celui – de seconde main – qui avait provoqué mes petits lazzis et les motions de soutien de l’amicale des qui sont toujours du bon côté du manche.

 

« La notion de « cru » a toujours existé par contre la notion de « terroir » est plus récente, cependant elle est prédominante. En effet, quand nous nous demandions pourquoi certains vins étaient souvent meilleurs que d'autres, on faisait justement intervenir la notion de terroir. Il y a toujours eu, bien sûr, l'influence des hommes avec leur culture, leur philosophie, la tradition, mais au travers du temps, certains crus dominaient régulièrement.

On peut dire qu'en intégrant cette notion de « terroir » qui est une combinaison de la nature du sol et du climat ambiant, on a pu développer un concept d’œnologie qui s'adaptait aux qualités et insuffisances du terroir.

Evidemment, la hiérarchie est toujours respectée au niveau de la qualité des vins si le meilleur terroir est le mieux « travaillé ». Cependant, d'autres, plus modestes ou inconnus à priori peuvent produire des vins d'un grand intérêt.

C'est ainsi que sont nés tous les travaux d'amélioration du vignoble : taille adaptée, effeuillages, vendanges vertes (pour un meilleur contrôle des rendements), à la recherche de la maturité. Les sols et la vigne ont été mieux compris, avec moins d'amendements, une lutte raisonnée contre les maladies, un palissage mieux conduit, la plantation de porte-greffes mieux adaptés, etc... Toute cette réflexion dans un seul but : améliorer la qualité du raisin produit quel que soit l'endroit où est cultivée la vigne. Car, c'est de la qualité du raisin que viendra la qualité du vin et c'est le respect de ce fruit tout au long de sa transformation, le respect du vin dans son élaboration et son élevage qui préserveront cette qualité.

L'objectif n'est pas de produire des premiers crus partout dans le monde, ni des vins identiques, mais seulement permettre au vin d'avoir la meilleur expression de son terroir.

Ainsi, avec tout l'acquit familial, l'enseignement scientifique, la curiosité, l'intuition, nous avons dû comprendre ou essayer de comprendre tous les facteurs influents, de la terre aux hommes de toutes les terres, tâche assez complexe mais intéressante d'où peuvent naître l'enthousiasme, la passion et l'envie de les faire partager dans un verre de vin, pour le Plaisir. »

 

J’en reviens à mon coup de cœur pour ce Pinot Noir des Andes : le Mariflor de la Valle de Uco à Mendoza. Tout le monde le sait, mais le géographe qui sommeille en moi trouve que ça va mieux en le disant, la province de Mendoza, située à l’Ouest dans le ventre de l’Argentine, limitrophe du Chili, est typiquement une province andine et elle rassemble la plus grande part du vignoble argentin.

 

Pour mémoire, le projet « Clos de los Siete » où, à l’initiative de Michel Rolland, un groupe de ses amis, tous propriétaires à Bordeaux, ont acquis avec lui Le Campo de Clos de los Siete, propriété qui s'étend sur 850 hectares, au coeur de l'immense plaine de Vista Flores, dans la Vallée de Uco, aux pieds de la fabuleuse et imposante Cordillère des Andes. Le domaine est « une entité de gestion collective, divisée en vignobles à caractère individuel ; chacun contribuant à l'élaboration du vin-phare « Clos de los Siete », et chacun produisant également, de façon indépendante, son propre vin, sous son propre nom, dans sa propre bodega, à la manière d'un château bordelais. »

 

Mariflor est une des parcelles de 4 ha plantées de Pinot Noir en 2002 - site tout proche du petit vignoble de vieux Malbec de « Val de Flores » -  située sur la bordure la plus haute du campo, la plus proche des Andes, à 1000 mètres d'altitude, couvrant 100 hectares dont 60 sont déjà plantés de Malbec, Cabernet Sauvignon, Syrah, Merlot et Sauvignon Blanc et dont la production des cépages rouges contribue au « Clos de los Siete ».

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C’est donc, avec le particularisme de son encépagement, ses dimensions, sa position d’altitude, si je puis m’exprimer ainsi « un confetti de l’empire ». Ce Mariflor, contraction de Marie, prénom de l’une des filles de Michel et Dany Rolland, et flor ou flores : fleur, qui sonnait déjà joliment à mes oreilles puisque Marie-Flore fut mon premier amour – j’avais 15 ans et elle 18, ce qui mis en émoi le clan des femmes lorsque mon père, ami du père de Marie-Flore, rapporta l’information à la maison. Pour le pays Henri-Pierre elle était de Sainte-Flaive des Loups – m’a de suite ravi, enchanté. C’est un vrai petit bijou, tout en finesse, de belle tenue,  et avec cette Mariflor j’avais le sentiment d’être installé au bord d’un podium de défilé de mode et de découvrir enfin un top model qui aurait des formes naturelles, fluides, défilant avec une aisance désarmante, sans chichi ni morgue, avec la fraîcheur et le naturel d’une jeune fille, j’ose l’écrire, en fleur.

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Nous sommes plus au temps des fables mais plutôt dans une époque où l’instantanéité, le buzz, peut parfois provoquer des éruptions, des irritations, des incompréhensions, alors rien ne vaut le retour à la leçon de choses de notre enfance, toute bête, toute simple. Même si je ne suis pas le modèle-type du dégustateur patenté, mes émois face à ce Pinot Noir des Andes, cette Mariflor aux accents juvéniles, valent mieux que des mots alignés dans une polémique d’arrière-cour. J’assume tout mais de grâce faites-moi la grâce de ne pas taxer mon enthousiasme de contrition. J’en suis bien incapable. Je suis venu, j’ai dégusté, j’ai aimé Mariflor, j’ai écrit cette chronique et la page est tournée...

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 05:00

Ce sage précepte que me serinait ma mémé Marie lorsque ma vivacité à river le clou de mes petits camarades ou des grands dépassait ce que dans ma bonne Vendée, assez portée pour la génuflexion et la révérence, on se devait de garder pour soi, permet de dire ou d’écrire le fond de sa pensée sans utiliser les mots qui font plaisir, bien tranchants, bien saignants, mais qui blessent inutilement. Réfléchir avant de parler, ici en l’occurrence d’écrire, ne vaut pas censure de ses propos. Ce temps de réflexion distille la fureur du premier mouvement, évite le plaisir carnassier de river le clou à celui qui vient de vous porter un coup, un peu bas, que vous n’attendiez pas. Comme le soulignait l’ami Jérôme, rompre des lances, même vivement, se fait dans le respect de son interlocuteur.

 

Même si ça insupporte certains, mon expérience de ce qu’on appelle d’une expression un peu galvaudée les relations humaines, tant dans l’entreprise en gérant par exemple un plan social avec pour interlocuteur majeur la CGT, que dans mes fonctions dites officielles avec le dialogue omniprésent rue de Varenne avec les blocs syndicaux professionnels rugueux, mais aussi dans mes fonctions de médiateur sur des dossiers difficiles, m’a rendu peu sensible aux coups. J’ai le cuir très tanné mais un seul procédé me fait voir rouge : la disqualification de son interlocuteur. C’est un grand classique : dit-donc toi t’es qui pour te permettre de ramener ta fraise ? Tu sors d’où ? Tes propos sont ceux d’un envieux, d’un aigri, d’un représentant de la France ranci ! J’ai été le témoin de cette morgue lorsque François Guillaume, au Congrès de la FNSEA de Narbonne, plaçait Michel Rocard plus bas que terre parce que son extraction urbaine le disqualifiait en tant que Ministre de l’Agriculture. Toute proportion gardée bien sûr c’est le procédé utilisé, d’une façon qui se voulait pateline, à mon endroit pour soi-disant défendre Michel Rolland.

 

Tout ça pour mettre un point final à une escarmouche bien dérisoire mais qui révèle tout de même une forme d’esprit de clan, celle qu’on reproche tant à la classe politique. Cependant, rassurez-vous, si tant est que vous eussiez besoin de l’être, lorsque j’ai écrit : « à l'avenir je prendrai le temps avant de riposter, ça m'évitera de déraper mais bonne parole n'est point parole molle... et bien sûr je serai plus circonspect de là où je mets les pieds. » je ne changerai rien à ma ligne de conduite. Ma seule requête c’est que chacun assume ses écrits dans le respect de son interlocuteur, moi y compris. C’est tout mais c’est beaucoup même si mon Espace de Liberté est qualifié de cour de récréation. Après tout la cour récréation c’est plutôt sympa, on y joue, on y cause, on s’y crêpe le chignon, et c’est un lieu qui en vaut bien d’autres dont le sérieux cache souvent la vacuité.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 00:03

Je le fais avec des gants beurre frais pour ne pas froisser l’épiderme si fragile de notre orgueil national. En effet, nous sommes un peu revanchard dans notre beau pays, ce n’est pas moi qui l’écrit mais de concert l’éditorialiste de Terre de Vins et Véronique Raisin dans l’Express : « Cette revanche traduit avec brio – enfin ! – l’extraordinaire travail accompli dans le vignoble hexagonal depuis la pitoyable défaite. » Comme le rappelle fort judicieusement mon honorable consœur, vigneronne de surcroît, Catherine Bernard pour ceux qui n’ont suivi le film de la chronique judiciaire des différents France/USA « Depuis la publication de l’enquête du journaliste américain George M. Taber sur le jugement de Paris, nul n’est censé ignorer ce jour de l’année 1976 où des vins californiens supplantèrent de grands bordeaux et bourgogne. » Je passe sur « Cocoriccoooo, le vin français le meilleur du monde » il ne relève pas de mon appel mais de la plus pure franchouillardise. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jugement_de_Paris_(vin)

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Qu’est-ce-que je conteste et qui motive mon appel :

1-     12 prévenus étrangers (USA : 5, Australie : 2, AFS : 1, Chili : 1, Chine : 1, Argentine : 1, NZ : 1) contre 7 français. Pourquoi une telle dissymétrie ?

2-    Les 7 français sont tous des bordelais, pourquoi cette exclusivité ? les GCC de Bordeaux sont-ils la France du Vin, même du Grand, à eux seuls ?

3-    Qui a convoqué les 7 bordelais : les 5 juges ? Si oui, sur quels critères objectifs ont-ils fait cette sélection et pourquoi n’a-t-on pas respecté la séparation entre l’instruction et la formation de jugement ?

4-    Qu’entend-on par « les USA (Californie), l’Argentine, le Chili, L’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, ont envoyés leurs champions. » ? Prière de nous indiquer, là aussi, les noms et raison sociale de ces sélectionneurs ?

5-    Si ce sont les 5 juges eux-mêmes qui ont fait ce choix, prière de répondre sur les mêmes bases que le point 3.

6-    Pour quelles raisons, contrairement au premier jugement de Paris de 1976, aucun bourguignon n’a été convoqué ?

7-     Et les autres régions françaises sentent-elles le gaz ?

8-    Pourquoi, dans la mesure où le cercle s’est élargi, les autres pays producteurs européens n’ont-ils pas envoyé de champions ?

9-    Leur a-t-on demandé ?

10-                       Ont-ils refusé ?

11- Pourquoi, même si la formation de 1976 se présentait sur le même mode, les 5 juges sont-ils tous français : Marie-Louise Banyols, Michel Bettane, Thierry Desseauve, Denis Hervier et Guillaume Puzzo ?

12- L'internationalisation des prévenus impliquait le recours à la forme Tribunal Pénal International avec des membres non membres des Etats dont sont issus les convoqués et les envoyés. Pourquoi ne pas avoir eu recours à cette solution levant toute suspicion de favoritisme gustatif ?

13 - Et les consommateurs dans tout cela, ils sentent le gaz ?  

14-Les 5 juges connaissaient-ils l’identité des 19 prévenus ?

15 - Pourquoi utiliser le terme impropre de jury qui s'applique en France à une Cour d'Assises qui donne à un jury populaire encadré de juges professionnels la capacité de rendre un verdict, à une formation rassemblant que des juges professionnels ? 

16-Si oui, leur jugement n’a-t-il pas été faussé par cet « anonymat » bien orienté ?

17-L’émission de France 2 Envoyé Spécial du 18 septembre qui diffusera la séance de dégustation répondra-t-elle à l’ensemble de ces questions ?

18-Je souligne que je fais appel en dépit de ce qu’écrit Véronique Raisin dans l’Express « La dégustation au sommet de cet été – élargie à tout le nouveau Monde – rend aux crus tricolores leur suprématie... Sans appel... » En effet, lorsqu’il est question de suprématie il me semble qu’il vaut mieux ne pas se payer de mots car c’est ainsi qu’on perd la guerre, si tant est que nous soyons en guerre, peut-être que celle-ci n’est qu’une guerre en dentelles pour amuser la galerie...

19 - Je précise, afin de ne pas être taxé par ceux qui me trouve trop acide, que j'agis ici en tant qu'avocat d'un plaignant ni convoqué ni envoyé pour être jugé à Paris.

20 - Il s'agit du Pinot Grand Vin de Feenwick dont le vignoble est situé dans les Alpes, coincé entre la Suisse et la France, un confetti qui continue de vivre en sous une forme d’économie bucolique http://www.berthomeau.com/article-pinot-42908099.html 

21 - Je viens de recevoir à l'instant une nouvelle requête de mon client : les vins du Nouveau Monde présents dans le box des prévenus sont-ils certifiés sans OGM ?

22 - Je viens de recevoir à la seconde un coup de téléphone de José Bové qui s'étonne de l'absence d'Eva Joly dans le jury !

 

Pour les commentaires de dégustation se reporter sur  http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/vin/les-meilleurs-vins-du-monde-testes-a-l-aveugle_917760.html

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 18:48

Désolé de vous importuner encore mais je pense qu'il fallait que je vous transmette sans tarder cette Photo et ce texte qu'un de mes lecteurs Pierre Souillard vient de me faire parvenir.

« J'ai un peu du mal avec cette pub qui vend des terrains constructibles en montrant bien les vignes qui seront arrachées. Peut être de la plaine, peut être des vignes à « vin d'sheriff » mais quand même. Ca veut dire que nous avons échoué à faire du bon vin qui se vend bien sur une partie de territoire livrée au crépit le plus rose, aux maisons les unes sur les autres. C'est du patrimoine qui se détruit, un aveu d'échec, un paysage et une économie qui meurt pour une erreur. Ce n'était pas inéluctable, encore moins obligatoire de faire cette pub que je trouve particulièrement cynique. »

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 05:00

En son temps, lorsqu’il vint sur mon blog j’écrivais « Nous ne nous sommes, Michel Rolland et moi, jamais rencontrés, mais j'avais l'intuition, qu'au-delà de son indéniable talent, l'homme avait du panache, de la classe et, suprême qualité pour moi, l'art de dire avec légèreté des choses importantes. Ses réponses sont à la hauteur de mes espérances » Je ne retire ni n'ajoute rien à ce propos.

 

Mon récent papier, avec un titre certes provocateur, qui s’inspirait du provocateur-roi de la Toile Rémi Gaillard, était dans une veine ironique, sans doute trop, mais il ne portait aucunement atteinte à « tout ce qu’a fait Michel Rolland pour le vin ». En effet, j’ai la faiblesse de penser que, lorsqu’on s’adresse aux Grands, et à sa manière Michel Rolland en est un, comme le fou du Roi, la révérence n’est pas de mise. Ma référence à Rémi Gaillard était dans la veine de la provocation en écho à celle de Michel Rolland telle que rapportée par le plumitif de Sud-Ouest.

 

J’écrivais « Provocateur l’homme l’est sans contestation mais là, de deux choses l’une, soit il prend ses interlocuteurs pour des demeurés, ce qui n’est pas à exclure, soit il ne veut pas que les médias l’oublient, donc il fait du bruit. Fort bien, grand bien lui fasse, pour l’heure, sans faire injure au grand journal de Bordeaux, ses propos n’ont éveillé que l’intérêt de Sud-Ouest du mercredi 15 septembre, et c’est page 17.

Je pense que la Toile va s'en emparer. D'ailleurs je suis en train de le faire moi-même. Que Michel Rolland veuille créer le buzz (1), faire de la provoc à 2 balles, c'est son droit de bon communicateur sur sa marque mais vraiment il aurait pu s'abstenir d'aller bourrer le mou de petits gars et de jeunes filles d'une de ces nombreuses et malheureuses écoles de commerce qui croient qu'en invitant un people ils se mettent dans les vents portants. Les pauvres, je les plains. »

 

Franchement ça ne dépassait pas les limites de l’ironie facile, nulle injure, nulle remise en cause du génie de Michel Rolland. Sous réserve que le journaliste ait fait son métier (à vérifier) je me suis cru autorisé au tacle glissant en lisant « Le terroir, paramètre sacro-saint dans le Bordelais, ne compte vraiment que pour les très grands crus, les vins naturellement complexes. Pour les autres, tout est affaire d'œnologie et de marketing. Les Indiens aiment le curry ? Fabriquez-leur un vin au goût de curry, répond Rolland. » Je m’y suis cru d’autant plus autorisé que j’ai depuis fort longtemps dit et écrit que, comme le déclare Michel Rolland « Dans l'avenir, le vin devra faire pareil : s'adapter aux différents marchés. » Pour ma part, je précise certains vins plutôt que le vin. Ce qui me déplaisait surtout, et je l’ai écrit, c’est que ces propos avaient été tenus devant des jeunes gens et jeunes filles d’une école de commerce. Mon ironie sur celles-ci était bien plus acide que celle que j’osais instiller à l’endroit de Michel Rolland.

 

Je m’attendais à tout sauf à me voir traité : d’envieux de la réussite de Michel Rolland, en étant en cela bien représentatif de la France aigrie et que l’on me rappela que le vin était un produit qui était destiné à la vente. C’est un vieux procédé : la disqualification de celui qui écrit et la condescendance à son endroit : parle de ce que tu connais coco. C'est gentil tout plein et je ne suis pas certain que Michel Rolland avait besoin d'un défenseur utilisant un tel procédé.

 

Oui j’ai pris le mord aux dents. Oui j’ai vu rouge. Oui j’ai été outrancier. Oui mes mots étaient des scuds disproportionnés. Je l’assume totalement et je conviens que j’aurais pu rester au niveau de mon interlocuteur. Défendre ses amis, oui. Je le fais moi aussi, confère l’affaire du Pinot Noir. Cependant je m’efforce de défendre aussi ceux qui ne sont pas dans la lumière mais qui sont plutôt dans la peine lorsqu’ils sont blessés par des propos ou des écrits hautains. Que l’on soit puissant ou misérable chacun à le droit d’être défendu.

 

Je conviens, qu’en définitive, tout cela se résume à un petit ouragan dans un verre à dents. La cour de récréation certes mais, tout de même, profiter de l’occasion pour en appeler à la hauteur de vue, ne doit pas pour autant, dans le respect des opinions et des personnes, transformer le débat en robinet d’eau tiède. La bienséance, la politesse, le respect, oui, la connivence, non ! L’entre-soi rassure mais je lui préfère l’expression ouverte, parfois dure, comme je l’ai admis outrancière, car elle permet ensuite de trouver des points de jonction.

 

Voilà, ni mea culpa, ni cendres sur la tête, simplement l’expression de ce que je suis, que j’assume non pour en tirer gloire, mais pour rappeler que mener certains combats, dans la pure gratuité – dans tous les sens du terme – et une certaine solitude, quand ce n’est pas l’hostilité, peut excuser, ou tout au moins aider à comprendre, que parfois je vois rouge face à des propos qui me prêtent des intentions que je n’ai pas et que je n’aurai jamais. Je n'implore ni pardon, ni soutien, je remets les choses à leur juste place. J'extirpe de mon texte les mots outranciers. La riposte se doit toujours de rester proportionnée à l'attaque - car n'en déplaise au commentateur - c'était une attaque intuitu personae. A l'avenir je prendrai le temps avant de riposter, ça m'évitera de déraper mais bonne parole n'est point parole molle... et bien sûr je serai plus circonspect de là où je mets les pieds. 

 

Bonne journée à tous.

 

(1) J'ai appris depuis cet écrit que Michel Rolland ignorait qu'un journaliste était présent dans la salle, ce qui rend caduque ma seconde hypothèse. Elle est donc nulle et non avenue. Il se peut donc que la boutade de Michel Rolland ait été montée en épingle et sortie de son contexte. Je suis prêt à en convenir mais alors comment être informé de la réalité des propos de Michel Rolland ? Je lui pose la question.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 00:09

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Michel Bettane vit en Beaujolais, il y respire, lorsqu’il ouvre sa fenêtre c’est son horizon, son port d’attache, sa terre de prédilection alors sa plume pour dire le Beaujolais dans tous ces états  exprime beaucoup plus que le point de vue d’un expert, elle dessine, mieux qu’un changement de nom, des perspectives pour que les vignerons retrouvent le cœur des consommateurs. Cet article est publié dans l’Express du 18 septembre 2010 Spécial Vin. Mon emprunt sans versement d’intérêt est justifié par l’utilité publique.

 

Beaujolais En garde ! 

 

Une mauvaise communication de l'interprofession

« Parce que le gamay produit des vins tout en fruit et parce qu'on a pris l'habitude de boire les beaujolais sans façon, sur le zinc, on croit communément qu'il ne se garde pas. Sur les rayons des supermarchés, même pour les crus, un millésime de trois ans, c'est comme une date de péremption sur un yaourt. Il fait fuir la ménagère qui craint pour la flore intestinale de toute la famille. C'est un désastre.  

Désastre de communication de l'interprofession, qui n'a jamais appris à bien boire aux Français. Désastre économique, aussi, pour les producteurs qui voient fondre sur leurs invendus les rapaces du commerce, ravis d'acheter à la baisse ce qui n'était déjà pas très cher. Alors, profitons du magnifique 2009 pour rappeler la règle du jeu. Boire bon, c'est boire au bon moment. Respectons la vitesse d'épanouissement de chaque vin. On débutera donc (il est déjà trop tard pour les finir) par les beaujolais primeurs, en principe élaborés pour donner le meilleur d'eux-mêmes aux alentours de Noël.  

"Seul le temps développera vraiment l'expression des terroirs"

A partir de Pâques, les beaujolais et les beaujolais-villages peuvent commencer à se boire, en sachant que les communes du sud de Villefranche-sur-Saône donnent des vins assez corsés et sainement rustiques dans leurs arômes et leurs tanins, qu'il faut boire après les "villages" de granit, plus souples, plus vite ouverts. Au mois de septembre de l'année suivant leur naissance, on débouche les regniés et les brouillys, souvent parfaits entre un an et deux ans. On fait de même avec les chiroubles. Dans leur troisième année, on inspecte l'état d'avancement des saint-amours, des juliénas, des côtes-de-Brouilly, des morgons les plus souples et des fleuries les plus... fleuris.  

Pour leur quatrième anniversaire, on ressort les mêmes, de terroirs un peu plus corsés, et les chénas. Enfin, et régulièrement après la cinquième année, on passe aux moulin-à-vent et aux vins des plus vieilles vignes et des meilleurs terroirs de tous les crus, voire aux beaujolais simples de montagne. Bien sûr, en année moyenne, on peut aller un rien plus vite, et en grand millésime, beaucoup plus lentement, mais seul le temps développera vraiment l'expression des Peut-on aller encore plus loin dans la conservation? Il arrive parfois que le buveur chanceux tombe sur des bouteilles étonnantes de trente ans ou plus. Le plaisir de les boire procède plus de la rareté ou de l'étonnement que du goût. En revanche, les meilleurs moulin-à-vent et quelques autres parcelles de crus produisent régulièrement des vins capables de donner (de dix à quinze ans d'âge) des bouteilles plus complexes, plus subtiles qu'à leur naissance. A condition qu'elles préservent une grande partie du fruité d'origine, qu'elles embellissent d'arômes épicés, délicatement viandés parfois, mais évoquant plus souvent la truffe, le sous-bois - un peu à la façon des vieux bourgognes, avec lesquels on les confond souvent. terroirs. Et les artifices des maquillages, même de ceux qui se vantent d'incarner le triomphe du naturel...

 

Reste la question des vins élevés tout ou partie en bois neuf. L'expérience montre que seuls quelques crus, en général du secteur de Moulin-à-Vent, supportent ce type d'élevage qui peut affiner leur tanin et leur donner un chic un peu bourgeois. Il vaut mieux alors les attendre cinq à dix ans. Mais il faudrait réserver le soin de le faire aux producteurs sachant élever sous bois. Cela éviterait bien des erreurs, et bien des horreurs. »

 

Pour consulter le liste des vins sélectionnés

http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/vin/beaujolais-notre-selection_917766.html

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 02:09

Ça ne traîna pas, dès le lendemain un honorable conseiller agricole exerçant ses honorables fonctions dans un de ces machins, dont raffolent les américains, censé aider ces pauvres chiliens à développer des cultures d’exportation, m’attendait dans le hall de l’hôtel. L’homme alliait le fripé d’une peau grêlée de vieux blond avec le froissé d’un costard en lin qui avait du être blanc. Il portait un chapeau de type panama lui aussi douteux, jauni et dès le matin auréolé de sueur, des docksides avachies et il tétait un long et fin cigare noir éteint. Ses dents fines, pourries, oscillaient entre le jaune beurre rance et un marron de jus de chique. Ce type semblait vidé de vie, revenu de tout, impression confirmée par sa poignée de main molle et son regard éteint. Les postes minables, le whisky ou le bourbon, les putes et l’ennui sans doute l’avaient réduit à l’état de détritus proche de la décharge, seule sa voix gardait des accents juvéniles, un homo refoulé peut-être. Son accent traînant du sud et son vocabulaire plein de mots compressés ou bouffés rendaient notre conversation pénible. L’arrivée de Chloé, fraîche et pimpante, le transfigurait. À peine avait-elle posé ses belles fesses sur le tabouret du bar où j’avais entraîné l’américain que celui-ci l’interpelait en italien « Italienne, hein ! » Elle opinait et le vieux chnoque s’animait, brassait de l’air avec les mains, roucoulait, racontait sa vie, ses aïeux quittant Trieste, sa seconde femme née à Vigata en Sicile,  débondé il s’épandait. De poids mort il passait a allié potentiel soit par manipulation, soit parce qu’en confiance avec Chloé il se laisserait aller à lui plaire. Les hommes sont ainsi faits.

 

Bob Dole voulait un rapport dans les 24 heures. Je lui fis répondre, par l’entremise d’Ernest J Gayne notre correspondant amorti, qu’il aille se faire mettre par une tribu d’Apaches alcooliques et qu’il veuille bien noter mes exigences : « ouverture d’un compte à la Banco de Chile avec un crédit illimité, la liste des personnages les plus influents des états-majors de l’armée chilienne, la mise à disposition d’une villa dans le quartier chic de Las Condes à Santiago et d’une voiture européenne, une 404 Peugeot si possible un coupé... » Gayne n’en croyait pas ses longues oreilles poilues, sans nul doute en plus de trente ans de carrière jamais il n’avait du entendre un type oser se payer la fiole d’un grand ponte de la Centrale de Langley d’une manière aussi désinvolte. Chloé soufflait le chaud et le froid en italien « Vous pouvez le lui dire à votre manière, avec les précautions d’usage, mais, même s’il doit commencer à le comprendre maintenant, assurer-le que ce type est incontrôlable et qu’il serait préférable qu’il fasse droit à toutes ses demandes... » Ernest J Gayne se renfrognait, la tournure prise par les évènements le contrariait, alors il entreprenait de se curer le nez sans se soucier de l’air horrifié de Chloé. Pour débloquer la situation je lui proposais de rédiger ma demande, en français puisque Dole le parlait et le lisait couramment, « ça vous dédouanera puisque vous pourrez toujours vous abriter derrière le fait que vous ne saviez pas ce que vous transmettiez... » L’ombre se retirait de sa sinistre tronche mais un nouveau dilemme l’agitait : comment se débarrasser de son butin nasal ? Un instant je balançais de lui suggérer de bouffer ses crottes de nez mais, faute de maîtriser correctement sa langue, je m’abstenais. Gayne optait pour le revers de l’accoudoir de son siège. Chloé était à deux doigts de gerber.

 

L’efficacité de mon plan tenait, selon moi, à ce que ma stratégie ne se calquait pas sur les schémas traditionnels des deux camps extrêmes : le MIR et la haute hiérarchie de l’Armée chilienne. Pour le premier, ses militants vivaient dans les campamentos comme des poissons rouges dans un aquarium et, toute tentative extérieure pour entrer en contact avec eux se heurtait à une méfiance très légitime. Bien sûr dans les manifs les drapeaux rouges et noirs siglés MIR flottaient mais ils étaient brandis par des comparses, des minettes ou des gamins, les meneurs n’allaient pas prendre le risque de se faire repérer par les flics ou les services de renseignements des militaires. Plutôt que de les aborder en excipant une appartenance à un groupuscule gauchiste européen j’allais, depuis ma villa de Las Condes, leur lancer ouvertement une invitation en me présentant comme une sorte de mécène européen mettant sa cassette au service des Révolutionnaires radicaux. Même si ça peut vous paraître étrange les animateurs du MIR, très majoritairement issus de la petite bourgeoisie, restaient fascinés par ce type de grand seigneur traître à sa classe. Du côté des galonnés je jouais la carte de l’homme d’affaires qui prépare l’avenir avec les futurs détenteurs du pouvoir. Foin de politique l’important consistait à donner à ces messieurs de belles perspectives d’arrondir leurs soldes lorsque seraient détricotés les nationalisations d’Allende. Sociétés écrans, paradis fiscaux, comptes en Suisse, tout l’arsenal du parfait entremetteur bien introduit dans la lointaine, mais si séduisante, Europe. Chloé sur ce point constituait mon meilleur dépliant de réclame : les culottes de peau allaient baver comme de vieilles haridelles face à une pouliche dotée d’un splendide pedigree. Restait à convaincre le sieur Bob Dole que je continuais à jouer pour son camp et ça n’était pas couru d’avance...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 00:09

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« Par tempérament, Giscard est plutôt frugal. Mais il se pique d’être gourmet, curieux de saveurs neuves, et encourage son chef aux innovations. On voit ainsi apparaître aujourd’hui à la table présidentielle des plats qu’à mis à la mode « la nouvelle cuisine » : ragoûts de homards ou de fruits de mer, feuilletés de loup, de sole ou de jambon.  Reste que Giscard – quel que soit le raffinement de menu – souhaite comme ses prédécesseurs rester moins d’une heure à table. » Le Président choisit pour chaque réception lui-même les menus dans l’éventail que lui propose Marcel Le Servot. Il les annote.

Pour la petite histoire, Giscard fit une entorse à son goût pour le service rapide lors du fameux déjeuner imaginé par Bocuse le 25 février 1975, pour la remise de sa Légion d’Honneur par le Président lui-même. « Ce jour-là, dix grandes toques, dont Le Servot lui-même, prirent place à la table du chef de l’Etat pour savourer la soupe aux truffes de Bocuse, l’escalope de saumon des frères Troisgros, le canard en gelée de Michel Guérard, la salade du moulin et la barquette de fraises des bois de Roger Vergé, et le gâteau au chocolat de J-J Bernachon. Le Château Margaux et le champagne Roederer étaient tous deux de 1926, année où naquirent Bocuse et Giscard. Eh bien cette fois-là, les photographes attendirent plus d’une heure devant l’Elysée la sortie des convives et Giscard partit très en retard enregistrer une allocution prévue pour le soir-même ! »

Reste que le plus grand fait d’armes de Giscard, hormis de jouer de l’accordéon, fut de s’inviter à la table des français sans doute pour y découvrir les joies de la cuisine familiale et le changer des zakouskis de la Nouvelle Cuisine dont il raffolait à l’Elysée...

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 08:00

Communiqué à diffuser à toutes les agences de Presse :

 

« L’ABV, œuvre d’utilité publique, n’étant pas soluble dans l’eau, ne peut donc être dissoute. En revanche, son Secrétaire-Perpétuel autoproclamé, moi-même, puisqu’il a failli, au dire de « certain » à la philosophie de l’Amicale, peut s’évaporer. C’est ce qu’il fait ce jour, à 8 heures, pour sauvegarder les intérêts supérieurs de l’ABV. Ainsi ses chroniques de brute dans un monde de tendresse ne pourront être assimilées à l’expression officielle de l’ABV. L’Espace de Liberté restera l’hébergeur de l’Amicale, la boîte aux lettres, sauf à ce qu’elle fut accueillie à l’avenir par quelqu’un d’autre. En l’occurrence le Secrétaire-Perpétuel autoproclamé n’est victime que de lui-même, de sa fougue, de sa plume trop acerbe, et non d’une quelconque cabale ou d’une demande d’exclusion émanant d’un des membres. Enfin, dans la mesure où le Secrétaire-Perpétuel autoproclamé s’évapore, deviens gazeux, nul retour à l’état solide n’est possible du fait des effets du réchauffement climatique. »

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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