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Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

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Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /Fév /2010 03:25

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Comme ce matin je file vers Bordeaux direction ensuite Listrac pour honorer l'invitation du Président de l'ODG Médoc, Haut-Médoc, Listrac à causer devant son AG j'en profite pour chroniquer sur un personnage de l'autre rive : Robert Boulin.


Le bref passage, de juillet 1968 à juin 69, au 78 rue de Varenne de Robert Boulin dernier Ministre du Général de Gaulle dans le fantomatique gouvernement Couve de Murville, a bien sûr beaucoup moins frappé les esprits que sa tragique et énigmatique fin dans un étang de la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979. Résistant dès 1941 dans le réseau Navarre dont il deviendra le chef, il est engagé volontaire en 1943 et à la Libération il devient avocat à Bordeaux puis à Libourne. Sa carrière politique débute en 1958 quand il devient député UNR de la Gironde, puis maire de Libourne un an plus tard. Il sera constamment réélu député et maire jusqu'à sa mort. Il va aussi exercer des fonctions ministérielles pendant plus de quinze ans. Les lignes qui suivent s’inspirent d’un texte du Professeur Hubert Bonin issu d’une communication lors du colloque Robert Boulin en politique (1ier-3 octobre 2009 à Libourne).

 

La 5ième République, avec la déferlante UNR post 58, puis ses technocrates énarques, a érigé le « parachutage » en adoubement des nouveaux barons du régime et de ses jeunes turcs. Venus du « ciel » les nouveaux arrivants se devaient pour survivre de s’enraciner dans le terroir de leur circonscription. Le cas Boulin est intéressant du fait des spécificités du « pays Libournais ». En effet, celui-ci montre « une sensibilité aigue, voire épidermique, face aux autres territoires girondins et à la métropole de Bordeaux » Qu’une petite ville 10 fois moins peuplée que sa voisine soit doté d’une succursale de la Banque de France, d’une Caisse Régionale de Crédit Agricole indépendante de celle de la Gironde (le St-Émilionnais est rattaché à cette dernière), d’une Chambre de Commerce et d’Industrie témoigne d’un  « patriotisme de clocher » dont le « parachuté » Boulin doté d’une envergure nationale à du tenir compte en « jouant le jeu » des spécificités du monde du vin libournais.

 

Plus intéressant encore « il a dû également prendre en compte les rivalités de territoires, entre les appellations, les « bons » terroirs et les terroirs banals, « les gros » et les « petits », nombreux dans un Libournais caractérisé souvent par de petites exploitations dotées d’un relief pentu qui compliquait le travail de la vigne, les concurrences multiples d’images de marque, de caractéristiques vinicoles, les rivalités entre le monde du négoce et celui des coopératives (désormais relativement puissantes quoique, à cette époque, fragmentées). Il a dû aussi respecter le chauvinisme du St-Émilionnais, marqué à la fois par un « petit peuple » de vignerons et certaines appellations moins prestigieuses et par une « bourgeoisie » articulée autour de domaines et appellation renommés et surtout d’un réseau de sociabilité dense (compagnonnage, Crédit Agricole) animé à cette époque par la dynastie Capdemourlin : Jean Capdemourlin présidait le Syndicat viticole de St-Émilion et animait la Jurade (recrée en 1948). »

 

Toute la « finesse » du politique, au-delà de ses positions idéologiques et politiques (attitude que j’ai observé auprès d’un Louis Mermaz considéré à Paris un socialiste intransigeant et qui était si souple dans sa bonne ville de Vienne) tient dans sa capacité à donner de lui-même une image qui fédère des courants sociologiques parfois antagonistes. « Le fait d’être catholique et d’aller à la messe à Libourne favorisait indirectement son image dans les cercles de St-Émilion depuis longtemps cimentés par des convictions catholiques sociales » souligne Gérard César son 3ième suppléant. Là encore, la constitution d’un couple « l’avocat Boulin, homme politique parisien, le citadin de Libourne et d’une personnalité issue du vignoble » est capitale pour l’exercice d’enracinnement. Tel sera le cas du 1ier Jacques Boyer-Andrivet, qui cumulait l’avantage d’être centriste, viticulteur à Saint-Pey-de-Castets, et président de la cave coopérative de Génissac. Quand à Gérard César son profil était lui aussi idéal viticulteur et président de la cave de Rauzan.

 

L’autre facette de l’action de Boulin en faveur du monde du vin tient aussi à son positionnement par rapport à Chaban-Delmas, l’homme de Bordeaux, et le restant du personnel politique local, tel le centriste Aymar Achille-Fould. Il devient le « passeur » des demandes des professionnels, « il se voit investi d’une mission indicible mais réelle de porte-parole des campagnes au sein de la majorité parlementaire et auprès de la technocratie des Ministères. Ce lobbying viticole très territorialisé va marquer durablement la perception qu’auront nos concitoyens du monde du vin et faire accroire qu’il existe un lobby puissant du vin alors qu’il ne s’agit qu’un conglomérat de circonstances de baronnies locales.

 

Intéressant aussi, dans l’aire de rayonnement politique de Boulin, est la concentration de « figures » du mouvement paysan « Il était encerclé par des personnalités de haute volée » déclare Gérard César.  L’une des ces figures est celle de Pierre Martin, sans doute aujourd’hui tombée dans l’oubli auprès des nouvelles générations, mais qui a fédéré les Caves Coopératives vinicoles avec la CNCV qu’il présidera de 1943 à 1972 (c’est l’ancêtre de la CCVF qui n’a connu que 3 présidents en 67 ans outre Pierre Martin, Antoine Verdale et Denis Verdier. Le vin ça entretien la santé des Présidents).  « Du côté des forces contestataires et contestant l’ordre établi, qu’il soit syndical, institutionnel ou social [...] : André Lurton, président du Cercle de jeunes agriculteurs de France, dont le CNJA était l’héritier, était actif tout près, à Grézillac : « J’avais relancé le Syndicat viticole de l’Entre-deux-mers en 1952 avec une équipe de collègues ; je faisais un petit peu l’agitateur avec les Jeunes Agriculteurs et le Syndicat. Vers 1958/59, on a reconstitué le Syndicat de Bordeaux et Bordeaux supérieur qui était entre les mains de braves gens qui laissaient courir » déclare l’intéressé.

 

Pour conclure ce bref tour d’horizon, notons que c’est Robert Boulin, ministre délégué de l’Économie et des Finances, qui cosigne le 7 juillet 1977 la loi validant des décrets du 18 novembre 1966 et du 16 février 1976 « portant réorganisation du CIVB ». Le décret de 1966, œuvre d’Edgar Faure Ministre de l’Agriculture, avec son Directeur de Cabinet Jean Pinchon, marque l’entrée des contestataires, tel André Lurton, dans les instances du CIVB.  30 ans déjà, ne serait-il pas temps de passer la tête de loup dans les toiles d’araignées du CIVB ?

 

CNCV : Confédération Nationale des Caves Coopératives

CCVF : Confédération des Caves Vinicoles Françaises

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 00:05

C’est l’histoire d’un type, moi, simple plumitif dépourvu de tout signe de qualités attestant que je fusse capable de distinguer un Pinot noir bien né d’un Gamay de bonne extraction, qui débarque avec ses Richelieu bien cirées en un cénacle peuplé de ce qui se fait de mieux de longs nez et de gorges profondes, formes de moines civils dont la vie est entièrement dédiée à la glorification des grands vins, qui sont eux en capacité de trier le bon grain de l’ivraie, de précipiter dans la géhenne les mécréants, de porter au paradis les méritants, de laisser moisir au purgatoire même les puissants. Je n’ai qu’un regret c’est que pour l’heure, aucun d’entre eux, même Michel Bettane qui est capable de vous dire dans quelle douelle un vin a fauté, n’ait pu changer de l’eau en vin. Bref, comme vous le constatez moi je ne suis qu’un plaisantin invité par le jovial François du Grand Jury Européen à venir enquêter sur les tenants et les aboutissants de 27 vins impétrants, des vieux conçus en 1990 et des petits jeunes de 2005, en provenance de l’opulente Bourgogne et d’un Beaujolais qui doute.
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Lorsque j’entre dans le Saint des saints ce qui me frappe de prime abord c’est le silence monacal qui règne en ce lieu mais sitôt les effluves chaudes des nectars montent à mes narines et j’ai l’impression d’être un tout petit poisson plongé dans un immense aquarium de vin. Qu’il est beau ce croissant de verres enserrant les grands-prêtres de la dégustation. Ils hument. Ils agitent d’un poignet ferme. Ils se gargarisent les papilles. Ils en appellent à leur bibliothèque sensorielle, sollicitent leur logiciel, couchent sur le papier leurs commentaires. Je suis impressionné. Pour vous mettre dans l’ambiance plus que mes mots je vous propose le choc de mes photos (voir en Wine News N°69 en haut à droite). François me propose de me jeter dans le grand bain à la table N° 10 juste devant Bernard Burtschy. Je décline l’offre pour deux raisons : une bonne que j’avoue in situ « je suis enrhumé », une mauvaise que je révèle aujourd’hui « je ne me sens pas à la hauteur, moi le petit poisson nommé Wanda jeté dans le bocal des grands barracudas du GJE » À la réflexion : j’eus du car j’aurais, dans la somme des subjectivités chère au père François, apporté la touche de l’ignare du type de celle d’un pékin ne lisant que des romans de gare propulsé soudain au sein du jury du Goncourt.

Tom-6988.JPGPuis vint le temps du débriefing numéro par numéro mené par François le Débonnaire interrogeant un à un les jurés : Pinot or not Pinot ? Beaujolais ou Bourgogne ? Gamay ? Vos commentaires. Avant de leur révéler bouteille en main le pedigree du producteur. Je dois avouer que là encore je fus impressionné par l’encyclopédisme de Bettane qui lui, contrairement à moi, tel un arpenteur du vignoble des 2 B en connaît, du cep aux chais, tous les secrets : « ah les barriques pourries de Raymond de Ladoix ! ». Pour moi Michel Bettane est un bon marqueur de la réalité profonde de ces pays qui sont, au-delà des terroirs, des communautés humaines terreaux de l’Histoire. Qui veut comprendre la détresse actuelle de beaucoup de vignerons du Beaujolais se doit de passer par une connaissance fine du mode de faire valoir lié à la propriété foncière. Moi le petit vendéen né dans un pays de métayage où le métayer arrivait sur les terres avec les bras de sa famille et son balluchon je le rejoins dans cette connaissance intime que beaucoup de mes collègues ausculteurs de crise négligent au profit des séries statistiques ou des gloses des préposés aux mondanités interprofessionnelles.

 

Comme d’habitude je digresse mais ne trouvez-vous pas que c’est ce qui fait mon charme – faut bien que je cirasse de temps en temps mes belles pompes puisque vous êtes si avare de compliments. Je vous comprends vous êtes sans doute tellement esbaudi par la magnificence de mon œuvre que vous en restez coi (sans t bien sûr) – mais pour résumer la profusion des commentaires seul un François le Débonnaire pourrait, de sa plume experte, en tirer la substantifique moëlle. J’ai pris des notes certes mais entre les crus du Beaujolais de l’excellente maison Jadot qui « pinotent » ou le N°17 qui a la casquette sur l’oreille ou bien encore le Chiroubles du domaine Cheysson manifestement à porter au fichier des disparus, mon « grand esprit de synthèse » - encore un coup de nénette sur mon ego – jette l’éponge faute de pouvoir en quelques formules bien ciselées comme toujours – là ça sent l’encens – mettre en valeur les pépites. Cependant pour résumer beaucoup de 90 étaient fatigués, évolués dit-on  pour les jeunes encore bien fermés et beaucoup de Bourgogne manquant de matière. Dans

 

le lot 2 vins semblent avoir fait l’unanimité :

-         le N°14 : Beaujolais Domaine Georges Viornery Côte de Brouilly vieilles vignes 2005

-         le N°23 : Bourgogne Bouchard Beaune Marconnets 1ier cru 1990

 

Après le turbin nous sommes passés à table où, comme de bien entendu, pour honorer la présence d’un petit poisson nommé Wanda au milieu des barracudas du GJE il fut servi un grand Château des Jacques Grand clos de Rochegrès Moulin à Vent 1962. Comme je suis un grand brasseur de vent qui n’aime rien tant que les compliments j’ai apprécié l’attention à sa juste valeur. Salut à toi François le Débonnaire (référence au roi Louis 1ier dit le Pieux ou le Débonnaire, fils de Charlemagne, né en 778 et mort le 20 juin 840. Inhumé auprès de sa mère à l’abbaye de Saint-Arnould de Metz).


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Une esquisse d'images comparatives entre crus du beaujolais et crus bourguignons, sur 2 millésimes : 2005 et 1990.

 

Liste des vins dans l'ordre de service :

 

Bourgogne

Faiveley

Corton Clos des Cortons GC

2005

1

Beaujolais

Jadot

Côte du Py Château des Lumières

2005

2

Beaujolais

Domaine Daniel Bouland

Morgon VV

2005

3

Beaujolais

Jadot

Moulin à Vent "La Roche"

2005

4

Bourgogne

Jadot

Bonnes-Mares GC

2005

5

Beaujolais

Domaine Coudert

Fleurie, Clos de la Roilette “Cuvée Tardive”

2005

6

Beaujolais

Domaine Labruyère

Clos du Moulin à Vent

2005

7

Bourgogne

Frédéric Mugnier

Nuits St Georges 1er cru Clos de la Maréchale

2005

8

Bourgogne

Taupenot-Merme

Saint-Romain

2005

9

Bourgogne

Bouchard

Beaune Marconnets 1er cru

2005

10

Beaujolais

Domaine JM Burgaud

Morgon, Côte du Py “James”

2005

11

Beaujolais

Jadot

Clos du Grand Carquelin

2005

12

Bourgogne

Taupenot-Merme

Auxey-Duresses 1er cru "Les Grands Champs"

2005

13

Beaujolais

Domaine Georges Viornery

Côte de Brouilly VV

2005

14

Beaujolais

Jadot

Clos de Rochegrès

2005

15

Beaujolais

Domaine Janin Père & Fils

Moulin-à-Vent Clos du Tremblay

1990

16

Bourgogne

Bonneau du Martray

Corton GC

1990

17

Bourgogne

Jadot

Chambertin Clos de Bèze

1990

18

Beaujolais

Jean Georges

Moulin à Vent

1990

19

Bourgogne

Faiveley

Corton Clos des Cortons GC

1990

20

Beaujolais

Château Thivin

Côte-de-Brouilly

1990

21

Beaujolais

Domaine Emile Cheysson

Chiroubles

1990

22

Bourgogne

Bouchard

Beaune Marconnets 1er cru

1990

23

Beaujolais

Jadot

Clos de Rochegrès

1990

24

Beaujolais

Domaine Coudert

Fleurie Clos de la Roilette (mg)

1990

25

Bourgogne

Château de Pommard

Pommard

1990

26

Bourgogne

Jean-Marc Pavelot

Savigny-les-Beaune La Dominode 1er cru

1990

27

 

 

LISTE DES DEGUSTATEURS :

 

AHM

BETTANE

BOURGUIGNON

BURTSCHY

DUHR

HERBIN

JANSSEN

MILLET

PAYNE

ROGER

VIALETTE

WILHELM

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 02:08

J’émergeais dans le grenier à peine éclairé par une baladeuse pendouillant d’un plafond bas mangé par des toiles d’araignée. Je tendais la main à Chloé pour la hisser. Devant nous, telle une galerie de mine, s’étendait un long couloir sombre tout au bout duquel nous apercevions un quarteron, deux hommes, deux femmes, penchés sur un établi métallique couvert de cartes d’état-major et de bouteilles de bière. Les contours des corps étaient flous, vacillants sous la lumière jaunasse de bougies plantées sur des chandeliers d’église. Ils murmuraient. Nous nous avancions avec précaution. Le plus grand des types, genre Barberousse, levait les yeux vers nous sans donner le moindre signe d’inquiétude. À sa droite, l’une des filles, une brune au visage dur et ingrat agitait ses larges mains sous le nez d’une sorte de gnome aux épaules étroites dont la tête, couverte d’un béret noir enfoncé jusqu’aux sourcils, branlait en permanence. La seule se tenant immobile était une blonde bien en chair dont le pull de laine écrue soulignait la générosité de sa poitrine. Pour moi, aucun doute, Sacha c’était ce petit hanneton rabougri dont nous commencions à percevoir les phrases hachées « restez groupé... affrontez ces porcs toujours à découvert... l’important c’est que les caméras filment ce qu’ils nous font... nous sommes des pacifistes...» Sa voix nasillait. De ses mains de petit baigneur Colin, rose orangée, couvertes d’un duvet frisotant, il repliait les cartes donnant ainsi le signal de la fin de la séance d’état-major. La blonde en profitait pour se relever langoureusement afin de se plaquer son long corps le long du Viking qui lui empoignait les fesses.

« Je vous attendais ! » C’était bien lui Sacha, nabot et impérial. La brune peu gâtée par la nature jetait sur Chloé des regards noirs. Nous subîmes un examen de passage en règle. Les questions pétaient. Mes réponses, comme au catéchisme, je les ânonnais sans grande conviction. L’une d’elle où j’affirmais vaillamment qu’il nous fallait résister par tous les moyens à toute autorité irrationnelle me valait une volée de bois vert « Irrationnelle ? Pourrais-tu m’expliquer ce qu’est une autorité rationnelle ? Toute autorité est irrationnelle ducon ! » Il commençait à me chauffer les oreilles. Je contre-attaquais « tu partages l’avis de Marcuse lorsqu’il affirme que le positivisme logique c’est de la merde ? » Il encaissait en pinçant ses lèvres fines. J’avais marqué un point. Il enchaînait sur la révolution permanente des masses estudiantines contre les forces contre-révolutionnaires. Elles renouaient avec le passé spartakistes de l’ancienne capitale du IIIe Reich. Je ne l’écoutais plus vraiment plus intéressé par le manège de la grande blonde qui, tout en se laissant peloter par Barberousse, me lançait des œillades appuyées. Sacha stoppait sa diarrhée verbale et d’un geste impérieux congédiait son monde. Tout le monde s’enfournait dans la trappe, y compris Chloé qui déclarait vouloir aller dormir à l’étage de la nursery. La brune laide lui signifiait que tout était prévu pour nous. Sacha me retenait par la manche alors que la blonde des blés, me susurrait à l’oreille son prénom, Karen, en plaquant son bassin tout contre moi. Le Viking me tapait sur l’épaule « T’en fais pas ce sont des gouines... »

Lorsque nous nous retrouvâmes seuls Sacha me demandait, de sa petite voix nasillarde, si j’avais apporté du vin. J’éclatais de rire car, lorsque le père de Marie m’avait proposé d’emporter dans mon sac à dos un Latour 59, et que je lui avais rétorqué que ça ne me semblait pas être le breuvage emblématique des « larges masses », sa réponse me revenait en mémoire « tu as encore beaucoup à apprendre mon garçon. L’avant-garde de la classe ouvrière est toujours l’antichambre des nouveaux maîtres... » Sacha caressa la bouteille, la serra contre son gros pull et me déclara « avec de la saucisse ce serait un outrage aux bonnes mœurs... Nous carburerons à la vodka... » Et nous carburâmes à la vodka. Sacha s’épanchait. Il affirmait qu’il fallait d’abord « nettoyer l’ardoise de l’homme », en français postmoderne on dirait aujourd’hui « changer de logiciel ». La bonne méthode : la purgation ! J’objectais « lavage de cerveau ». Il rétorquait « purification, désintoxication ». Je renâclais. Sacha sortait un bocal de caviar d’un vieux frigo américain. Il tartinait du pain noir. « Faut tirer la chasse pour débarrasser les cerveaux des inhibitions, des préjugés, des pulsions ataviques... » La vodka avait du être distillée en fraude par des cosaques réactionnaires, elle décapait. Je reprenais l’initiative « d’accord tu cures les tinettes. Tu laves plus blanc que blanc. Tu fais place nette mais une fois que c’est nickel chrome tu mets quoi à la place ? » La question qui tue. Sacha me contemplait avec une moue dégoutée « tu es un affreux petit français matérialiste. Quand nous aurons purgé tout ce qui est vieux et pourri nous bâtirons une société harmonieuse, fraternelle, spontanée... » Je pouffais. « Je suppose que dans ton grand nettoyage tu ne touches pas au classement de 1855 » Sacha goûtait à demi mon humour de petit bourgeois français.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 00:00

Anne Roumanoff Radio Bistrot et la Grippe [fun] VDP 100509
envoyé par peanutsie. - Plus de vidéos fun.

Les gens du vin, si prompt à gésir, à se plaindre du peu de cas des grands médias pour honorer à sa juste valeur notre nectar de terroir, devrait saluer dans une grande campagne d’affiches le Radio Bistrot d’Anne Roumanoff avec son ballon de rouge bien en évidence tout au long de sa prestation chez Drucker à Vivement Dimanche qu’elle lève toujours fièrement au moment de la chute de son « On ne vous dit pas tout ». 
En tant que Secrétaire Perpétuel autoproclamé de L'Amicale du Bien Vivre dite des Bons Vivants je lui décerne le Grand Prix d'Excellence de www.berthomeau.com  soit le Ballon de Rouge de Rubis qui lui sera remis le jour en mains propres par moi-même le jour où elle en aura envie à la buvette de l'Assemblée Nationale en présence d'une brochette de Bons Vivants invités par leur député.
 

La chronique d’Anne Roumanoff renoue avec le meilleur de la tradition des chansonniers qui savaient assaisonner la sauce politique avec les épices de l’insolence, de l’impertinence, des mots de la rue, sans pour autant rendre le plat lourd et indigeste. Dans les textes de Roumanoff on sent la patte de Bernard Mabille bon observateur du marigot politique. Rire fait du bien, rire des « puissants » leur fait du bien. C’est de l’esprit gaulois mais par rapport au niveau moyen de ce que proposent les grandes chaînes c’est un tout petit peu d’air frais.

À ce propos, Anne Roumanoff qui tient une chronique dans le Journal du Dimanche épingle avec férocité La Ferme des Célébrités qui passe sur TF1. J’avoue ne jamais avoir vu ce type d’émission dont le concept même me semble propre à flatter notre penchant naturel pour les histoires de chiottes.

 

« Les has been, les never been et les want to be passent leur temps à se quereller pour savoir qui va nourrir les girafes. Dans le zoo humain, la caméra est surtout cruelle pour les femmes qui ne sont pas de la première fraîcheur. Au réveil, sans éclairage flatteur, les cernes sont apparents et les visages gonflés par les nuits trop courtes. Claudine Dion est une sympathique québécoise ménopausée qui ressemble parfois à sa sœur Céline. Aldo Maccione qui est devenu un vieux monsieur de 75 ans perclus de rhumatismes a démissionné (chez Endemol on dit « quitter l’aventure »). La très américaine Brigitte Nielsen, qui ne cessait de répéter « I’m so happy to be here. It’s such a great experiment » (qui veut dire « Je suis très heureuse d’être là, ça me rapporte beaucoup d’argent ») s’est fait éliminer par le public. On en regretterait presque la fraîcheur de la première Ferme des Célébrités. Dans cette Afrique de pacotille, les personnages ne sont ni drôles, ni attachants. »

 

Anne Roumanoff vient de déclarer récemment qu’elle n’est pas certaine de refaire sa chronique « On ne nous dit pas tout » la saison prochaine, en soulignant « que peut-être il est préférable de s’arrêter quand tout va bien... » Si telle était sa décision, même si elle ajoute qu’elle pourrait revenir pendant la Présidentielle, nous perdrions notre petit ballon de rouge du dimanche, si vif, si primesautier... Nous ne garderions plus que l’inusable Drucker et, pire en encore, le héraut de Leader Price, notre incomparable Jean-Pierre Coffe...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 00:00

Chou 6973Pauvre andouille, faire l’andouille, triple andouille, je ne citerai pas afin d’éviter de choquer les bonnes âmes d’autres fonctions évoquées par tante Thyne dans sa cuisine enseignée aux jeunes filles ICI->  , je ne me gausserais pas d’un Ministre d’ouverture payant des figurants pour son colloque en le qualifiant d’andouille de Vire, je ne ferai pas comme notre ami Gus des jeux de mots à faire rougir sous leurs coiffes les pieuses bretonnes avec cette pauvre andouille de Guéméné, je serai charitable avec la femme du charcutier de la Mothe-Achard qui, pour que le mot ne lui écorchasse pas la bouche puisque la proximité du d avec le c sonnait comme un péché de chair, la dénommait andeille je me contenterai de tirer de l’oubli  l’andouille du Val d’Ajol et celle de Jargeau dotée d’une confrérie des Chevaliers du Goûte-andouille pour vous conter les rapports intimes que j’ai eu avec cette charcuterie composée de la ventrée complète de porc : gros intestin (40 % environ), menus (environ 43%), estomac (environ 17 %) sans adjonction de gras ni liants, avec addition de sel, poivre, épices et aromates (celle de Jargeau qui ne fait rien comme les autres c’est 60 % de viande de porc et 40 % de tripes.

 

Étudiant sans le sou, une année je fis le livreur des campings de la charcuterie Morineau sise à la Mothe-Achard pour mettre un peu de beurre dans mes épinards. Le patron était sympa, la patronne un tyran à tête de cheval qui me serrait de près vu que je draguais la nénette qui servait au dépôt de Brétignolles/Mer. Avant de partir pour ma tournée au volant de ma 4L je m’enfournais des sandwiches agrémentés de charcuterie maison. J’étais fou, non du chocolat Lanvin, mais de l’andouille du père Morineau qu’était goûteuse et bien épicée. Et pourtant, sans vouloir en rajouter, le processus de fabrication de l’andouille dans sa phase de préparation, quand il faut briquer la tripaille, a de quoi lever les cœurs fragiles. Les fragrances naviguent entre le fétide et le merdique. Pour reprendre l’expression de mémé Marie : y’ a de quoi asirer (dégoûter) tous les adorateurs de l’incolore, de l’inodore et du sans saveur. Bref, l’andouille, d’où qu’elle vienne, laisse son empreinte, marque son territoire, appelle un breuvage de terroir.

 

Et dans ce cas la prescription ne souffre d’aucune contestation : c’est un Muscadet sur lie Château de la Preuille qui s’impose.

Pourquoi me direz-vous ?

Pour un tas de raisons que je vous livre en vrac :

- C’est du bon c’est un grand blanc « 37 ha de vignes âgées de 40 ans, rendements modestes, pas d’engrais chimiques, levures indigènes et selon le Ribaut du Monde « une complexité aromatique tout à fait rare »  Pour Bettane « ce cru développe des arômes subtils et complexes de thé, de coing et une exceptionnelle longueur en bouche, qui signet un grand terroir. »

- L’ami Michel Smith que n’est pas un cul béni lui trouve « des touches de chèvrefeuille, d’amande grillée et de menthe sauvage. »

- C’est un vin qui, contrairement à moi, a fait ses Pâques sur lie fine.

- C’est un Muscadet vendéen : Saint-Hilaire de Loulay.

- L’un de ses concepteur de nomme Maisondieu

- La bouteille lourde est le flacon ancien du Val de Loire dit « Bouteille du curé »

- C’est un vin de Philippe et Christian Dumortier, héritiers de onze générations, qui m’ont accueilli, vu mon pedigree, au Salon des Vins de Loire au « mortier » ce qui m’a donné l’occasion de leur répliquer, d’abord au canon sans concession, puis de poursuivre avec eux sur le ton de la conversation une joute de entre gens au caractère bien trempé.

- C’est un vin d’un lieu chargé d’histoire le château de Preuille existait en 1515.

- C’est un vin qui irait bien avec un bar au beurre blanc façon maman.

- C’est le grand frère d’un Gros Plant fils d’une Folle Blanche qui irait bien avec une douzaine d’huîtres de Bouin.

- C’est un vin que je n’ai pas dégusté vu que je n’ai fait que bavasser avec les Dumortier. Allez, à la prochaine du côté de Saint-Hilaire de Loulay haut-lieu de mes exploits avec les basketteurs de la Vaillante Mothaise. N’oubliez pas de saluer le grand Philippe connétable du Haut-Bocage et dites-lui que le Mont des Alouettes existait bien avant son accession au trône...

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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 16:06

Je suis un plaisantin que d’aucuns prennent au sérieux. En Post-scriptum de la « lettre » du cousin Gagnon de la Belle Province «Honte à la presse du vin de France » j’avais signalé que  « l’entame et la formule de politesse sont pure fiction » ce qui signifiait que je ne faisais que reprendre à ma sauce « espace de liberté » un édito du journaliste québécois. Mais comme on ne prête qu’aux riches j’ai reçu en retour le courrier électronique suivant, très pincé, en forme de droit de réponse que j’accorde volontiers. Dans cette affaire je n’ai fait que mon métier sans introduire un quelconque commentaire sur le fond. « Sans la liberté de blâmer il n’y a pas d’éloge flatteur ». Je ne suis ni journaliste, ni éditorialiste, ni même redresseur de torts, mais tout bêtement un homme qui s’essaie à ouvrir des espaces de liberté. Merci de m’accorder ce crédit minimal y compris à l’APV.

Cher Monsieur

Suite à la publication de la lettre de Marc André Gagnon, sur votre blog, merci de publier la réponse du président de l'APV Michel Bettane.

Cordialement,
Barthélèmy

Réponse à Marc André Gagnon

Dans un récent bloc Jacques Berthomeau reproduit une lettre envoyée par un « cousin du Québec » Marc André Gagnon, qui critique sévèrement le principe et le déroulement de la remise des Prix de la Presse du Vin que l’association que je préside a organisée Lundi 8 février dans le Salon Napoléon du Sénat. Il les juge incompatibles déontologiquement avec les principes du journalisme et jette l’opprobre sur la façon dont ce métier est assuré en France, en procédant à des amalgames avec la promotion des certains « produits culturels » à la radio ou à la télévision. Cette lettre hélas ne prouve qu’une seule chose, bien malvenue chez quelqu’un qui s’intéresse autant au journalisme, à savoir une méconnaissance totale de notre métier, et une déformation aussi totale dans le compte rendu des faits incriminés ! Le journalisme du vin ne peut en effet se diviser en deux branches, l’Information et la « Chronique ». La diversité des média, le grand nombre d’angles sous lesquels le vin, son économie, ses produits, sa place dans notre société et dans notre culture peuvent être abordés, réunit dans une même profession des journalistes généraux, des journalistes spécialisés, des spécialistes de l’investigation, des spécialistes du goût, des rapporteurs de faits, des dégustateurs, des historiens, des philosophes, des scientifiques, agronomes ou œnologues, des médecins, mais aussi des grands amateurs. Tous, à partir du moment où ils occupent  un espace de communication sur le sujet (et donc Marc André Gagnon lui-même) peuvent être réunis dans notre association qui regroupe toutes les pratiques que je viens de citer. Certains sont bons, d’autres un peu moins bons, certains ont une large audience, d’autres ont une audience plus limitée mais c’est la même chose dans de nombreux métiers et l’Association  fédératrice par son principe n’a pas en tenir compte. Mettre en doute leur indépendance ou leur honnêteté est très facile, tout comme il serait facile de mettre en doute les motivations qui ont poussé Monsieur Gagnon à réagir de la sorte. Une chose en revanche est encore plus facile, celle de montrer que son compte rendu des faits est indigne même d’un journaliste débutant. Les prix que nous avons décernés l’ont été librement, par le libre choix des membres du jury, tous membres de l’Association.  Ces prix sont complètement et absolument honorifiques, sans aucune contrepartie douteuse, et n’ont comme seul but que la reconnaissance par les journalistes du vin du talent et du travail de tous ceux qui constituent l’univers du sujet qui les réunit, le Vin. Je ne vois pas en quoi ce type de récompenses serait moins moral que lorsqu’il est délivré par le public  et encore moins comment on peut le mettre sur le même plan que celles  délivrées  par un organisme commercial. Et relayer dans la presse ou dans tout autre média les noms des lauréats ne relève pas de la communication publicitaire ou de la « promotion » mais bien de l’information. En revanche j’accorde volontiers à Monsieur Gagnon que l’exactitude dans la recherche des faits et dans leur mise en forme informative est une qualité essentielle d’un bon journaliste. C’est la raison pour laquelle nous avons délivré un prix Citron à des confrères qui dans un reportage ont hélas fait étalage de leur superficialité dans la connaissance du sujet, de leur manque de rigueur dans la recherche des faits et d’une évidente démagogie dans la manipulation par le montage des interventions de nombreux participants (voir mon éditorial du 09/10/09 sur le blog du site web de l’association : presse-vin.com). Ils ont trahi les fondements moraux de leur profession en confondant, comme le font hélas beaucoup de soi disant journalistes indépendants, le journalisme d’enquête et le journalisme d’opinion. La volonté de « défendre » le public est un aveu naïf de cette confusion : dénoncer est déjà une déformation de l’acte d’informer puisqu’il lui donne une dramatisation théâtrale  et simplificatrice, avec à la clé des dommages importants par rapport aux métiers de la viticulture qui sont parfaitement honorables.

Michel Bettane

Président de l’Association de la Presse du Vin (APV)

 

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Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /Fév /2010 00:01

Les temps sont difficiles pour beaucoup de vignerons, y compris ceux qui n’en laissent rien paraître, et il serait malvenu de ma part de leur reprocher de faire feu de tout bois pour vendre leur vin. Pourtant je ne peux me départir d’un sentiment de malaise lorsque je relève dans ma boîte e-mail le flot ininterrompu des sollicitations de dégustation qui ne fait que s’enfler. Je précise tout de suite que je ne vise pas ici des manifestations comme le récent salon millésime bio mais les micros dégustations. Pourquoi diable me direz-vous car, en première analyse, l’importance du flux, et son accélération, devraient être considérés comme des signes marquant le dynamisme commercial des vendeurs. Présenter son produit, se présenter, nouer des contacts, enregistrer des commandes, je n’y trouve rien à redire bien évidemment. Ce qui me gène aux entournures, sans que je puisse le vérifier, c’est qu’en trainant mes guêtres en ces lieux j’ai du mal à cerner la qualité des dégustateurs présents. Qui sont-ils ? Des duglandos de mon espèce ? Des amateurs désœuvrés qui racontent leur vie ou étalent leur science ? Des cavistes ? Des agents ? Des restaurateurs ? Des journalistes ? De simples particuliers ? Bref, l’origine de mon malaise est fondée à la fois sur ma vieille expérience de chineur et ma fréquentation d’acheteurs professionnels.

Je m’explique.

Un acheteur a, si vous me permettez l’expression, la gueule de l’emploi. Il ne baguenaude pas. Il sait ce qu’il veut. Il cherche. Il fouine. S’il trouve ce qu’il cherche il aborde vite la question quantité-prix. À noter que la promiscuité, qui semble être la règle dans beaucoup de lieu de dégustation, ne pousse ni l’acheteur, ni le vendeur, à se livrer à l’exercice. Certains vont me rétorquer que tout ça se passera ailleurs. Je veux bien mais un client ça se travaille au corps, à chaud. La plupart du temps, le vigneron vendeur me semble réduit à n’être qu’un verseur de vin et qu'un tendeur de tarif. Rares sont ceux qui vous demandent qui vous êtes, engagent le dialogue pour vendre. Beaucoup attendent, avec une forme de résignation, que ça se passe. Dans beaucoup de cas, la dégustation est organisée par un gentil organisateur ou une gentille organisatrice qui se chargent de rameuter le chaland, et plutôt que quelques amuse-gueules, qu’un simple pointage à l’entrée, un effort de professionnalisation de la dégustation serait souhaitable : distinction entre les vrais acheteurs et les autres ou réservation de tranches horaires pour les stricts professionnels ; aménagement de lieux de négociation ; catalogue des vins proposés à la dégustation accompagné d’une fiche sur le vigneron (nul besoin de papier glacé) ; meilleure disposition du lieu de dégustation ; matériel adapté et pratique pour le délicat exercice de rejet du vin... Je n’ai rien contre la bonne franquette ou le côté nous sommes entre nous, nous nous connaissons tous, mais je me mets à la place du vigneron qui donne de son temps et de son argent pour ce genre d’exercice, le retour sur investissement ne me semble pas toujours à la hauteur des ambitions affichées et surtout de ce que les vendeurs pouvaient espérer. 

Peut-être que mon sentiment de malaise est infondé, que mes réflexions sont totalement à côté de la plaque et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de la commercialisation des vins « cousus mains ». Je suis preneur de tout éclairage sur ce qui m’apparaît comme une boîte noire. Peut-être que le sujet est tabou dans la mesure où braquer le projecteur mettrait en lumière des circuits qui alourdissent les prix de vente ou/et rognent les marges des vignerons.

Je crains que nous fussions face à un phénomène de mécanique des fluides où, face à un afflux concomitant de vignerons sur le même segment de marché, déjà fort encombré, ça bouchonne (sans jeu de mots bien sûr) Sur les autoroutes, tous les spécialistes vous le diront, afin d’éviter le phénomène il faut tout à fois accélérer le flux de ceux qui sont en aval et réguler la vitesse de ceux qui sont en amont. Appliqué au marché des vins cousus main, comme des autres d’ailleurs, ça signifie que pour ceux qui ont de l’avance la conquête du marché export est capital, pour eux comme pour les nouveaux entrants. Ceux-ci en effet avec la saturation de leur marché de proximité cherchent à étendre leur chalandise au marché domestique national. Le problème en ce moment c’est que, eu égard aux mauvais résultats à l’export, tout le monde se replie en désordre sur le marché national. Effet de thrombose garanti et, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, l’effet retard de la crise en France risque d’amplifier l’effet d’embouteillage (sans jeu de mot là aussi). 

La réalité se situera sans doute, non pas à égale distance entre mon pessimisme que certains jugeront outrancier et l’optimisme de rigueur affiché, mais dans une zone grise qu’il serait bon d’éclairer pour que les principaux intéressés, les entreprises vigneronnes, puissent se préparer  à piloter dans les meilleures conditions avec une visibilité incertaine. Pour ce faire, sans vouloir resservir encore le même plat je me permets de remettre sur la table mon projet de Fonds d’Investissement pour le secteur du Vin en écartant de suite l’objection que les micros entreprises ne bénéficieraient pas de l’action de se fonds. Elle ne tient pas car en effet, plus nous renforcerons les locomotives régionales (PME ou domaines), plus nous favoriserons l’émergence d’un poids lourd national, afin d’affronter les défis des marchés en expansion, plus nous désencombrerons notre marché domestique, lieu privilégié de vente pour les vignerons. Ce n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité mesurable qui devrait éveiller chez les responsables une prise de conscience de l’urgence de la mise en place de ce type d’outil. Comme il ne s’agit pas de faire du replâtrage, du sauvetage, ce Fonds, à l’image de celui du sieur Beigbeder, devrait être constitué d’un tour de table d’investisseurs privés ayant des racines agricoles ou régionales, suivez mon regard, que nous aurions su convaincre, qu’à moyen terme, avec la nouvelle donne des vins sans IG, des vins IGP, le secteur du vin sera un fort vecteur de croissance, d'emplois et de création de valeur à l'exportation. Sinon nous nous replierons sur le haut de gamme, l'épicerie fine et il n'y aura pas de place pour tout le monde. L'enjeu est de taille. La France a besoin d'une industrie du vin forte de sa diversité et de sa capacité à couvrir tous les créneaux du marché. Qui le dit, qui s'en soucie... pas grand monde... Chacun dans son coin, chacun pour sa peau...

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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 11:13

À la télévision, la critique cinématographique a laissé la place à la promotion des films par, en général, deux des acteurs : un gars une fille les plus emblématiques de la production accompagnés parfois par le réalisateur. Les premiers y vont pas dire, les pauvres, si je puis m’exprimer ainsi, qu’ils ont joué dans un navet. Quant au dernier il ne peut que se draper dans le génie de son œuvre. Bref, bande annonces, autopromotion : no crédible !

Revenons au Vin de France ou d’ailleurs et au pince fesses organisé au Sénat par l’APV pour promouvoir le vin de qualité. Je n’y fus point invité n’étant ni encarté, ni un happy few mais rassurez-vous je n’en suis pas pour autant chagriné. Cependant ayant reçu dans mon courrier virtuel le 10 février 2010 une « lettre » de Marc André Gagnon, un Québecois, sobrement titrée « Honte à la presse du vin de France » je la verse au dossier, sans commentaire de ma plume, en espérant récolter en retour la tempête dans un verre de vin.

 

Cher Berthomeau,

 

Je ne fais pas souvent des éditoriaux, mais ici je ne peux résister.

L'Association de la presse du vin de France vient de remettre au Sénat de ce pays les Grands prix de la presse du vin.

On dit qu'on donne ces prix à ceux qui ont contribué à «promouvoir le vin de qualité».

Étrange! Est-ce que le rôle de la presse est de promouvoir?

Je croyais et crois encore que le rôle de la presse est d'informer.

La promotion ne relève-t-elle pas des agents de relations publiques, du marketing, etc?

Le groupe qui a donné les prix ajoute, tel que rapporté par Claire en France, vouloir «contrer ainsi une désinformation sur les supposés dangers qu'entrainerait une consommation, même modérée, du précieux liquide...»

De plus cette association donne même un prix citron «aux responsables d'Envoyé spécial (France 2) pour un reportage sur le vin jugé malhonnête, partial, et contribuant ainsi à cette désinformation...»

Pourtant, est-ce que ces gens de France 2, en cherchant la vérité, et non la promotion, ont peut-être été ceux qui ont vraiment fait un travail journalistique.

Dans le site de l'Association de la presse du vin de France ont lit que «L'AFJEV/APV réunit 250 membres adhérents journalistes, chroniqueurs et écrivains du Vin et des Spiritueux, ainsi que 110 membres associés, attachés de presse et chargés de relations publiques.» Le président est Michel Bettane.

Comment voulez-vous avoir confiance en ces gens de la presse du vin de France s'ils font de la promotion au lieu du travail d'information journalistique?

Malheureusement, dans le monde dit de la presse du vin il y a souvent ce genre de confusion entre information et promotion. Ce sont deux choses totalement différentes.

Il y a aussi confusion entre journaliste et chroniqueur. En gros le journaliste recherche et publie les faits, le chroniqueur donne son opinion.

Est-ce que les membres de la presse du vin devraient travailler pour les producteurs ou pour les consommateurs? Qui est notre client? Le projet de code de déontologie des journalistes de France dit bien que le journaliste «refuse toute confusion entre information et promotion ou publicité.» À moins que je me trompe, ce code n'a pas encore été adopté.

«Le rôle essentiel des journalistes est de rapporter fidèlement, d'analyser et de commenter le cas échéant les faits qui permettent à leurs concitoyens de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent.» Guide de déontologie des journalistes du Québec.

À mon humble avis, la presse du vin comme la presse en général ne doit pas chercher à promouvoir les produits des producteurs de vin, mais plutôt viser à informer le lecteur consommateur.

 

Bien à vous cher Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’Amicale du Bien Vivre.

 

Marc André Gagnon

 

PS : l’entame et la formule de politesse sont pure fiction.image001.jpg

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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 00:00

Chou-6248.JPG
Dans une chronique du 10 avril 2007 « Chaud devant » ICI->http://www.berthomeau.com/article-6218738.html 
je m’inquiétais du peu d’intérêt que soulevaient les scientifiques lorsqu’ils abordaient les effets du « réchauffement climatique » sur la vigne et le vin. Depuis lors c’est devenu un sujet à la mode et les grands manieurs de médias du type de Greenpeace s’en sont emparés (chronique 14/10/2009 « Chaud devant : nus dans les vignes, quand le cul se substitue au QI c’est qu’ya le feu au lac » ICI->http://www.berthomeau.com/article-chaud-devant-nus-dans-les-vignes-quand-le-cul-se-substitue-au-qi-c-est-qu-ya-le-feu-au-lac-37346528.html)  

 

Dans son livre « Coup de chaud sur l’agriculture » chez delachaux et niestlé Bernard Seguin responsable à l’INRA de la Mission sur le changement climatique et l’effet de serre et qui contribue aux travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat) note dans son chapitre 7 consacré à la vigne : « S’il est un secteur qui se prête à la boutade facile, c’est bien celui de la viticulture, donc de la vigne et, surtout du vin. Voici, d’ailleurs, quelques-unes, qui fleurissent facilement dans la bouche des journalistes ou des clients du café du Commerce : à la fin du siècle, de la vigne en Suède ou en Finlande et même pourquoi pas au Danemark ? Quand il fera trop chaud, délocaliser le champagne dans le sud de l’Angleterre, et produire le bordeaux en Alsace ? Alors, remettez-m’en une petite dernière ! »

L’auteur souligne, et c’est intéressant pour nous les gens du vin qu’ « il est étonnant de voir comme l’avenir de la vigne et du vin cristallise la curiosité et l’imagination. Au bas mot, il représente plus de la moitié des questions posées par les journalistes sur les conséquences du réchauffement climatique pour l’agriculture. Même si l’on s’habitue à cet intérêt des médias, on est toujours un peu surpris que les demandes proviennent de la BBC, de Radio-Canada, du Guardian ou du Washington Post, sans oublier les télévisions japonaises. » D’ailleurs l’éditeur ne s’y est pas trompé puisque c’est une grappe de vigne qui orne la couverture avec un stick rouge proclame « du Bordeaux en Champagne ? »

Avant d’aller plus avant, comme le fait l’auteur, la polémique sur la crédibilité du GIEC lancée lors du Sommet de Copenhague par des lobbies puissants, relayé par le Mammouth aux gros sourcils qui enrage de ne pas avoir eu de maroquin, qui le qualifie de « groupe d’idéologues écologistes » doit être purgée. Je suis de ceux qui fuient comme la peste les extrémistes de tout poil et qui s’en remettent à des approches scientifiques. Celles-ci existent, elles font l’objet de publications et en cela elles nourrissent le débat public et permettent aux décideurs publics de faire des choix.

De la page 105 à 137 dans son chapitre 7 : « La vigne : 1 ou 2°C en plus, ça va ; plus, bonjour les dégâts ! » Bernard Séguin fait un  tour d’horizon de la question que je vous invite à lire en vous procurant l’opus : 19 euros.

Comme il est de tradition sur cet espace de liberté, à nul autre pareil, je vous propose des bonnes feuilles – de vigne bien sûr – pour vous mettre non l’eau à la bouche, ce qui serait un comble, les neurones en éveil ce qui est bon pour la santé surtout si votre lecture est accompagnée d’une douceur en bouteille.

 

Le Tango des dates de vendange 

 

L’Histoire du climat depuis l’an mil, ouvrage publié dans se première édition par E. Le Roy Ladurie en 1983, s’appuie en premier lieu sur les glaciers, dont on conçoit aisément qu’ils avancent quand il fait froid et reculent quand il fait chaud (même si la mécanique réelle de cette relation est plus complexe, car faisant intervenir le bilan de masse des glaciers, donc les précipitations neigeuses, et introduisant une certaine inertie dans le système). On conçoit ainsi aisément que, quand l’été est chaud, le raisin mûrisse plus rapidement et que les dates de vendange soient précoces ; inversement, à été frais, vendanges tardives. Le Roy Ladurie a utilisé conjointement ces deux indicateurs, après avoir pris connaissance des travaux d’Angot, publiés en 1883, sur les dates de vendange. Ils avaient déjà été repris par un ingénieur de la Météorologie Nationale (ancien nom de Météo-France), Marcel Garnier, qui avait pu, en se basant sur les observations qu’ils décrivent, affirmer que le climat ne se refroidissait pas, mais, au contraire, traduisait un léger réchauffement après la Seconde Guerre mondiale. Les dates de vendange lui avaient permis d’attribuer certaines constatations dans ce sens à l’effet de chaleur dégagé par l’ilot urbain. Il avait noté qu’il fallait évidemment introduire certaines réserves quand à une interprétation entièrement biophysique de ce déterminisme des dates de vendange, qui font intervenir également des facteurs humains et sociaux : d’abord sur la signification de ces bans, sans doute édictés par les seigneurs de l’époque pour éviter des récoltes trop précoces ; ensuite parce que, comme cela a été observé de 1650 à 1740, la recherche d’une meilleure qualité avait pu conduire à retarder les vendanges le plus possible. À l’inverse, certaines années, la crainte de mauvaises conditions pour la récolte ou d’attaques parasitaires massives avait pu conduire à les avancer. Il existe donc une légère dispersion due à ces causes de variabilité temporelle des vendanges, mais la relation entre la date de vendange et la température du printemps s’est avérée solide et fiable.

Un pas en avant, deux pas en arrière... C’est ce qui a été observé pour l’extension des glaciers. Parallèlement, les vendanges ont d’abord été plus tardives, puis de plus en plus précoces depuis la fin du XIXe siècle. La tendance de fond que met en évidence L’Histoire du climat depuis l’an mil est celle d’un petit âge glaciaire (PAG), qui aurait succédé au petit optimum médiéval (POM) du XIe siècle ou, plus largement, des XIe-XIIe siècles et aurait été prédominant de 1303 à 1860. Au-delà, le climat de notre époque est, en partie au moins, sous l’influence de l’homme –on a pu parler d’Anthropocène, par une analogie très évocatrice avec les qualifications des périodes historiques, pour celle ayant succédé à la dernière glaciation et connue sous le nom d’Holocène. »

 

Bonne lecture à ceux qui s’intéressent à ces questions.

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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 00:00

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À la maison, au Bourg-Pailler, le vin rouge de Mareuil et de Rosnay jouissait d’une très belle réputation auprès de mon père. C’était du vin bouché servi pour les grandes occasions. Pour aller de la Mothe-Achard à Mareuil s/Lay nous passions par la Chapelle-Achard patrie de maman, Grosbreuil où nous avions des cousins, Saint Avaugourd des Landes et les Moutiers les Mauxfaits. Le Mareuillais, comme l’écrit Jean Huguet dans Vignes et Vignerons de Vendée est « en partie bocain » et il occupe  « un pan du modeste versant occidental hercynien, incliné, depuis les hauteurs de la Mainborgère, vers les sillons de l’Yon, du Graon, du Lay surtout, paraphe hydrographique d’un paysage à la fois sincère et altier. » Plus au sud s’étend la plaine de Luçon (siège de l’évêché le plus crotté de France cher à Richelieu) puis le marais poitevin. Neuf communes pour ce fief : au nord Saint Florent-des-Bois, Chaillé-sous-les-Ormeaux, Château Guibert, Le Tablier, Rosnay ; au sud Mareuil « la capitale du royaume », La Couture, Champ-Saint-Père et Corpe. Cette énumération sonne à mes oreilles comme une leçon de géographie de la Vendée avec le frère Pothain.

 

 

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Depuis des années je suis de près les vins de la maison Mourat, Jean d’abord et maintenant son fils Jérémie. Lorsque j’étais retourné à Mareuil, voici quelques années, arrivé dans le bourg de Mareuil, j’ai dans mon souvenir, la haute bâtisse au toit recouvert de tuiles nichée tout près du pont qui enjambe le Lay et de la rue du Puy sans Tour qui file le long de la rivière. Ce jour-là j’avais acheté du château Marie du Fou et des flacons du fameux cépage « ragoutant » plus communément connu sous le nom de Négrette. À chaque Salon des Vins de Loire je ne peux les rater vu leur situation géographique et j’ai toujours un grand plaisir à constater l’évolution positive des vins et le remarquable travail de gamme doublé d’un réel souci d’innovation dans le packaging. Respecter son terroir ne rime pas forcément avec ringard. Sur le stand mon chaperon c’est Thierry Libessart qui prend toujours le temps, avec précision et gentillesse, de me présenter toutes les évolutions de la maison Mourat. Après tout je ne suis qu’un petit chroniqueur, certes vendéen, qu’il en soit remercié. Ayant sauté la précédente édition du Salon en 2009, mon passage sur le stand de la maison Mourat s’est révélé plus encore très fructueux.

 

Avant d’aborder le vif du sujet je cite de nouveau Jean Huguet « Parmi ces grands, Jean Mourat est de ceux qui interrogent avec le plus d’insistance, depuis les hauteurs de Mareuil, l’avenir des Fiefs Vendéens. Le « fermier des Ardilliers » n’est pas un viticulteur comme les autres. Non seulement il a reçu la formation la plus complète à laquelle un professionnel de la viticulture puisse prétendre, celle d’œnologue, diplômé de l’Institut d’œnologie  de la Faculté de Bordeaux, mais aussi la formation la plus singulière, son père, Roger Mourat, ayant été l’un des principaux négociants en vins du département. Le négociant est pour le producteur viticole, ce que le mareyeur est pour le patron-pêcheur, un homme que l’on redoute mais dont on ne saurait se passer – du moins jusqu’à ce jour. » Ce texte date de 1992 et depuis beaucoup d’eau a coulé entre les berges du Lay.

 

Les vins de J.Mourat se déclinent en 4 gammes : Collection, Château Marie du Fou, les Anticonformistes (les OVNI) et Mouratus qui s’étagent de 4,85 euros à 7,95 euros. Pour visionner plus précisément ces gammes allez sur le site de la maison Mourat www.mourat.com. Ce matin, si vous me permettez l’expression, je vais m’intéresser au haut du panier des vins « Made in Mourat » avec l’arrivée du Clos Saint André dans le giron de la maison. C’est le rêve de gosse de Jérémie que ce Clos situé à 500 mètres des chais de Marie du Fou, autrefois propriété de la famille Taittinger, en friche depuis 1968. Belle endormie sous son manteau de ronces et de genêts, c’est une page blanche pour Jérémie, la réhabilitation d’un terroir viticole historique. C’est une aventure que de restructurer ces coteaux dominant le marais poitevin et la plaine de Luçon, en respectant la géopédologie du lieu. Terre vierge donc, lieu unique, indemne de ma chimie, qui tout naturellement se voit destiné à la culture biologique. Les vignes sont donc labourées, chaussées et déchaussées au cheval depuis 2009. Ça me rappelle la Nénette, le pépé Louis et la décavaillonneuse... ICI->  

 clos-StAndre.jpg


Donc je résume le haut de gamme des Mourat :

-         Le Clos Saint André 100% Chenin est en Agriculture Bio, les grappes vendangées à la main, en plusieurs passages, sont pressées entières et le jus fermente soit dans des foudres de chêne de 3hl500, soit dans des grands œufs de béton d’argile reproduisant les « dolia » de l’Antiquité. Mis en bouteille en lune vieille (je sens Bernard souffrir).

-         Les Parcellaires eux aussi AB et en 2 couleurs : Terres Quarts c’est du Chenin 1700 bouteilles et Grenouillère c’est de le Négrette vieilles vignes de 85 ans 7500 bouteilles.

-         Mouratus blanc et rouge est donc maintenant 100% Pinot Noir.

 

De la très belle ouvrage que j’ai dégustée sous la houlette bienveillante de Thierry Libessart. Les Mourat portent de plus en plus haut l’étendard des vins Vendéens en redonnant au terroir historique de Mareuil ses lettres de noblesse. Si vos pas vous amène du côté de chez moi, la Loire Méridionale – concept qui met du Sud dans le vin vendéen – mettez vos pas dans les miens et faites une halte chez Mourat père& fils, vous ne serez pas déçu du voyage. Pour clore ce court chapitre vendéen je vous offre les premiers vers de « Vendanges à Mareuil » écrits par un enfant du pays: Gaston Herbreteau dont les parents possédaient sur la colline des Ardilliers un petit vignoble.

 

Sept heures, chemin des Ardilliers.

Charrette cahotante,

Basses qui s’entrechoquent,

Voix de basse du roulier.

Mi-endormi, mi-réveillé.

Coteau noyé de brume,

Spectre de la vigne.

En haut ciel bleu.

Vallée noyée.

Soleil.

Et tout s’éveille

De cep en cep. [...]

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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