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Un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes...

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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 00:09

Puisque me voici déchu de mon titre de Secrétaire Perpétuel de l’ABV http://www.berthomeau.com/article-vignette-le-secretaire-perpetuel-autoproclame-de-l-amicale-du-bien-vivre-s-evapore-57243804.htmlpour manquement grave à la bienséance qui sied entre gens de bonne société je suis en quête de réhabilitation. Que devrais-je faire pour redorer mon lustre évaporé tel la Part des Anges chère à nos Eaux-de-vie d’Appellation Contrôlée ? Brosser mes pourfendeurs dans le sens du poil, c’est-à-dire flatter leurs papilles avec la promesse de nectar au goût de vanille ? Non, ce serait là un procédé indigne, digne pourtant d’un mécréant de mon espèce. Faute de pouvoir jouer sur le velours du registre de la flatterie il ne me restait plus qu’à confier mes intérêts bien compris à la grande loterie du hasard. Ce que je fis. Bien m’en a pris.

 

Ce fut au cœur d’une profonde nuit et ça m’a jeté à bas de mon lit. L’automne jetait aussi sur Paris ses premières pluies lorsque j’ouvris à la page 168 les écrits du fameux Replongeard, l’homme à la Pégazou, celui qui un beau jour débarqua du train de Paris, à la gare de Carcassonne, à six heures trente-deux.

 

Qu’y lis-je ?

 

« Au village d’Aramon, nom qui sonne médiocrement aux oreilles des buveurs, naquit le 11 novembre 1660, jour de la Saint-Martin où il est de tradition de goûter le vin nouveau, François de Posquières. Le nouveau-né portait sur le front une tache de vin en forme de grappe.

En 1703, veuf, retiré du service du roi et possesseur d’une belle fortune, il s’installa dans un manoir de Villeneuve-lès-Avignon. Recevant des amis fins de gueule et d’esprit, la conversation tomba sur les sociétés vineuses : l’ordre de la Treille, en honneur au temps de la Fronde, l’ordre des Coteaux, cher au duc de Mortemart et cité par Boileau :

Certain hâbleur à la gueule affamée

Qui vint à ce festin, conduit par la fumée

Et qui s’est dit profès dans l’ordre des Coteaux...

l’ordre de la Grappe, récemment fondé à Arles, celui de la Méduse de Toulon, voire celui du Beef-Steak, fort rn vogue à Londres. La plus grande licence régnait dans la plupart de ces assemblées et ce fut – en partie – pour rendre au vin sa dignité que fut fondé l’Ordre de la Boisson d’étroite observance.

Du château de Ripaille, nom que prit désormais le manoir, les statuts furent rapidement promulgués, en vers comme il se devait. Plaisants et sévères ils interdisaient l’accès de la compagnie aux buveurs d’eau, aux ivrognes, aux sots et aux méchants, et se terminaient sur ce quatrain :

Enfin quand vous serez des nôtres,

Dans vos besoins secourez-vous,

Le plaisir de vous le plus doux,

C’est de faire celui des autres.

Les armoiries représentèrent une main versant du vin dans un verre avec la devise entourée de pampres : Donec totum impleat (Jusqu’à ce qu’il soit plein). Le Grand Conseil était composé d’un grand-maître, d’un garde des sceaux, d’un secrétaire, d’un garçon major des caves et de quatre baillis. Chaque nouveau membre après avoir vidé la coupe des cérémonies, verre pantagruélique de dix pouces de diamètre, recevait un diplôme scellé d’un cachet de cire rouge aux armes de l’Ordre.

Donné gratis vaille que vaille

Dans notre bureau de futaille

Les réunions ordinaires s’appelaient les Tables et les réunions générales les Tables assemblées. M. de Posquières, François Réjouissant, les présidait assis sur son fauteuil en forme de tonneau et revêtu d’un costume de cérémonie. Il portait le grand collier de l’Ordre, composé de quarante-huit petits verres attachés de six en six par une petite bouteille. Ces jours-là, le castel de la Ripaille arborait sur son balcon, en guise d’étendard, une énorme dame-jeanne peinte de vermillon et c’était là « le pronostic infaillible d’un grand abattis de bouteilles ». Le premier repas, composé de cinq services complets, dura quatorze heures.

L’Ordre, bientôt connu dans toute la France et à l’étranger, se divisa en cercles, comme les tonneaux. Il y eut les cercles de Champagne, de Bourgogne, de Guyenne, du Rhin, d’Espagne, d’Italie, de l’Archipel...Tous payaient un tribut en nature à la cave du grand maître. Les Nouvelles de l’Ordre de la Boisson qui sortaient des presses du maître Museau Cramoisy à l’enseigne du Papier Raisin fournissaient la nourriture spirituelle. Ses deux principaux collaborateurs furent François Morgier, un avocat à l’esprit étourdissant et (on l’attendait !) le chanoine de Charnes, doyen du chapitre de l’église collégiale de Villeneuve-lès-Avignon, qui avait écrit une Vie du Tasse, toute ironie écartée.

On sait ce qui fait la force d’un journal et d’un homme : une idée et une seule. Les Nouvelles ne connaissaient que le vin. La politique étrangère était commentée suivant un principe plus simple que celui des nationalités. Remportait-on une victoire ? C’étaient de nouvelles bouteilles à l’horizon : « Nous venons de nous rendre maître des rives, par conséquent des vignobles Nekre : nous le ferons sous peu de ceux du Rhin ; c’est le vrai moyen de subjuguer les peuples et l’on ne saurait mieux les désarmer qu’en leu ôtant le vin.

À la barbe des ennemis

Villars s’est emparée des lignes ;

S’il vient à s’emparer des vignes

Voilà les Allemands soumis »

Faut-il dire que ces francs-buveurs avaient trop de sagesse pour ne pas aimer la paix comme le plus grand des biens. Voici en quelques termes la Gazette rend compte d’une Table donnée en l’honneur d’une bataille : « Le grand maître a fait clôture de l’assemblée avec autant de sang-froid que s’il eût été à jeun : il a conjuré les frères de se voir souvent le verre à la main ; leur disant qu’il y a un charme attaché à la bouteille, que c’est le vrai ciment de l’amitié fraternelle. Il les a exhortés à se tranquilliser en attendant que la paix ramenât le bon temps et multipliât les cabarets. »

L’Ordre disparut en 1740, ayant vécu près de quarante ans. Son fondateur était mort en 1735, à soixante-quinze ans. »

 

 

 

 

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas,

 

 

 

NOUVELLES DE L'ORDRE DE LA BOISSON (1703-1709?)

 

http://c18.net/dp/dp.php?no=1014

 

 

Académie de Nîmes. François de Posquières et l'Ordre de la Boisson, par G. de Pougnadoresse [Reliure inconnue]

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 08:00

Ce soir à minuit pile ce sera fini. Alors pour ne pas avoir de remords vous pouvez en cette dernière journée poster vos réponses sur berthomeau@gmail.com . Bonne chance aux retardataires, à bientôt sur mes lignes.

 

1-                  Ne vous prenez pas le cigare répondez à la 1ière Question du Grand Concours de l’été http://www.berthomeau.com/article-ne-vous-prenez-pas-le-cigare-repondez-a-la-1iere-question-du-grand-concours-de-l-ete-54348609.html

2-                  « Beth s'envoyait en l'air avec un oenologue plein aux as » l’énigme de la 2ième Question du Grand concours de l’été. http://www.berthomeau.com/article-ne-vous-prenez-pas-le-cigare-repondez-a-la-1iere-question-du-grand-concours-de-l-ete-54350638.html

3-                  C’était le genre de chose que l’on attendait de lui, un gros vin poussif et pompeux, la 3ième Question du Grand concours de l’été vanne sec ! http://www.berthomeau.com/article-c-etait-le-genre-de-chose-que-l-on-attendait-de-lui-un-gros-vin-poussif-et-pompeux-la-3ieme-question-du-grand-concours-de-l-ete-vanne-sec-54351648.html

4-                  « Une seule qualité, la première », telle est ma devise depuis le premier jour. Honneur aux femmes pour la 4ième Question du Grand concours de l’été http://www.berthomeau.com/article-une-seule-qualite-la-premiere-telle-est-ma-devise-depuis-le-premier-jour-honneur-aux-femmes-pour-la-4ieme-question-du-grand-concours-de-l-ete-54352448.html

5-                   Qui c’est qui a acheté la pièce de charité Pommard 1er Cru « Dames de la charité » ? La 5ième question du Grand concours de l'été est bourguignonne     http://www.berthomeau.com/article-qui-c-est-qui-a-achete-la-piece-de-charite-pommard-1er-cru-dames-de-la-charite-la-5ieme-question-est-bourguignonne-54354130.html

6 - «Rien ne lui a semblé trop beau pour ses bœufs et pour son vin...» puisqu'il leur a bâti un château à Bordeaux… la 6ième question fait dans l’exotisme

http://www.berthomeau.com/article-rien-ne-lui-a-semble-trop-beau-pour-ses-boeufs-et-pour-son-vin-puisqu-il-leur-a-bati-un-chateau-a-bordeaux-la-6ieme-question-fait-dans-l-exotisme-54357397.html

7 - « Ce fut le coup de foudre réciproque, aidé peut-être par la qualité du Bourgogne » la 7ième question fait dans le road-movie

http://www.berthomeau.com/article-ce-fut-le-coup-de-foudre-reciproque-aide-peut-etre-par-la-qualite-du-bourgogne-la-7ieme-question-fait-dans-le-road-movie-54358254.html

8 - Oser l’extase au pays de naissance de Pierre Abélard : des vignerons polissons donnent matière à ma 8ième Question

http://www.berthomeau.com/article-oser-l-extase-au-pays-de-naissance-de-pierre-abelard-des-vignerons-polissons-donnent-matiere-a-ma-8ieme-question-54359491.html

9 - Lorsque mon espace de liberté se voulait libertin il parlait du vin Papal, c’est la 9ième Question qui vaut excommunication

http://www.berthomeau.com/article-lorsque-mon-espace-de-liberte-se-voulait-libertin-il-parlait-du-vin-papal-c-est-la-9ieme-question-qui-vaut-excommunication-54360159.html

10 - « La soif wallonne n’a jamais été dédaignable » nos amis belges ont toujours aimé les vins français pour preuve la 10ième Question

http://www.berthomeau.com/article-la-soif-wallonne-n-a-jamais-ete-dedaignable-nos-amis-belges-ont-toujours-aime-les-vins-francais-pour-preuve-la-10ieme-question-54360948.html

11 « Le vin a-t-il encore une âme ? Tout est dans la 11ième Question du grand concours de l’été »

http://www.berthomeau.com/article-le-vin-a-t-il-encore-une-ame-tout-est-dans-la-11ieme-question-du-grand-concours-de-l-ete-54362869.html

12 -  « La Vigne arrachée » la 12ième question puise ses racines dans mon petit terroir maraîchin

http://www.berthomeau.com/article-la-vigne-arrachee-la-12ieme-question-puise-ses-racines-dans-mon-petit-terroir-maraichin-55294778.html

13 -  Le 1ier Congrès de l'Origine, qui le présida ? À vous de répondre à la 13ième Question du Grand Concours de l’été

http://www.berthomeau.com/article-le-1ier-congres-de-l-origine-qui-le-presida-a-vous-de-repondre-a-la-12ieme-question-du-grand-concours-de-l-ete-54368090.html

13 bis - Un bien étrange amateur de grands crus classés... la 13ième Question bis n’est pas pour les « âmes sensibles »

http://www.berthomeau.com/article-un-bien-etrange-amateur-de-grands-crus-classes-la-13ieme-question-n-est-pas-pur-les-ames-sensibles-54368166.html

14- Un spécialiste de médecine sportive comme on en fait plus, la 14ième question plonge dans les archives de l’INA

http://www.berthomeau.com/article-un-specialiste-de-medecine-sportive-comme-on-en-fait-plus-la-14ieme-question-plonge-dans-les-archives-de-l-ina-54368239.html

15 - Le courrier commercial d'une propriétaire très vieille France... une 15ième question à contre-courant du bling bling

http://www.berthomeau.com/article-le-courrier-commercial-d-une-proprietaire-tres-vieille-france-une-15ieme-question-a-contre-courant-du-bling-bling-54368358.html

16 - Au « Canard Enchaîné » : on ne boit pas, on se désaltère... la 16ième Question donne la plume à une vieille gloire du Canard aujourd’hui disparue

http://www.berthomeau.com/article-au-canard-enchaine-on-ne-boit-pas-on-se-desaltere-la-16ieme-question-donne-la-plume-a-une-vieille-gloire-du-canard-aujourd-hui-disparue-54368442.html

17- « Les notes de Robert Parker, sont parmi les plus grosses conneries de la planète » dit-il, la 17ième question vous permettra de lever le voile sur son identité.

http://www.berthomeau.com/article-les-notes-de-robert-parker-sont-parmi-les-plus-grosses-conneries-de-la-planete-dit-il-la-17ieme-question-vous-permettra-de-lever-le-voile-sur-son-identite-54368507.html

18 - «Condrieu il y a plus malheureux comme nom de ville » la 18ième Question fait une incursion dans la critique gastronomique.

http://www.berthomeau.com/article-condrieu-il-y-a-plus-malheureux-comme-nom-de-ville-la-18ieme-question-fait-une-incursion-dans-la-critique-gastronomique-54368600.html

19 - « Qui sait boire sait régner *» la 19ième Question s’attaque au vin présidentiel

http://www.berthomeau.com/article-qui-sait-boire-sait-regner-la-19ieme-question-s-attaque-au-vin-presidentiel-54368676.html

20 - Escapade à la Romanée Conti d’un académicien avec la 20ième Question le Grand Concours de l’été finit en beauté

http://www.berthomeau.com/article-escapade-a-la-romanee-conti-d-un-academicien-avec-la-20ieme-question-le-grand-concours-de-l-ete-fini-en-beaute-54368752.html

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Concours
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Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 00:09

L’indigène du 7ième, si je puis qualifier ainsi le résident de l’avenue de Breteuil, c’est l’anti-bling-bling, pour lui l’ostentation est péché mortel, l’exhibition des signes extérieurs de richesse une grave faute de goût. Même si leur maire, adepte du lapsus linguae, détonne un peu dans le paysage avec sa quincaillerie, il n’en laisse rien paraître. La Grande Épicerie du Bon Marché est donc à son image, très Rive Gauche – ne pas confondre avec la Gauche caviar – et, chaque année, le rituel qualifié partout ailleurs dans les Surfaces de basse extraction, Foire aux vins, prend ici une toute autre appellation. En cet automne déjà saisi par la froidure, le frontispice affiche sur fond de flacons une étrange interrogation : Quel âge avez-vous ?  Caillou-9160.JPG

Pour éclairer ma lanterne sitôt j’entre illico dans ce temple de consommation où l’on me propose sur un présentoir le fascicule noir de la maison. Beau, de bon goût, à l’image du terreau social de son territoire de chalandise. Le concept d’âge, se traduit ici par une formule simple « Car, il est en vin comme de toute chose : chaque âge a ses plaisirs » Je laisse aux concepteurs la responsabilité d’une affirmation bien lapidaire, l’intensité et la qualité du plaisir ne m’ont jamais semblé être une question d’âge. Je ne suis pas ici pour philosopher mais pour rapporter.

Que vis-je donc ?

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-         L’âge des promesses : « les amateurs de vin le savent : plus on est patient, plus on est récompensé. Voici donc des grands millésimes, à conserver encore pendant une quinzaine d’années. » Sancerre Monts Damnés 2008 Domaine Dagueneau 76,90€

-         Le premier âge : « Voici des vins fougueux, mordants, croquants. Quelle que soit leur région d’origine, ces vins de plaisir, à boire sur la fraîcheur, ont l’humeur à la fois joyeuse et sereine [...] Buvons-les maintenant ! » Nuits Saint Georges « Les Damodes » 2007 36€

-         L’âge tendre : « Evolués, sans défauts, ces vins ont l’insolence de l’élégance. Leur présence est rassurante, ils pourront être débouchés sans risques pour un repas entre amis, un déjeuner de famille ou un dîner chic... » Châteauneuf du Pape/Domaine de la Janasse rouge 2007

-         Le bel âge : « Un flacon, un nom, un millésime : tout ce qui apparaît sur ces bouteilles fait rêver. Et pour cause : ces vins, osons-le dire, sont parfaits. Avec les formidables potentiels de leurs terroirs, ils se sont épanouis avec le temps et, bravant les années ingrates de l’adolescence, sont arrivés à maturité. » Château Palmer 1998/Margaux 120€

-         L’âge de raison : « Voilà de beaux millésimes, des valeurs sûres issues de toutes les régions de France, des crus sympathiques qui ont atteint l’âge de raison. Alors courage, cessez de les regarder, et ouvrez-les ! »Meursault Poruzots 2004 Henri Boillot 46€

-         L’âge d’or : « Pendant des décennies, ces alcools et ces vins doux naturels ont été surveillés, travaillés, bichonnés. [...] Les voici prêts à être découverts dans toute leur richesse, leur plénitude et leur générosité. » Cognac de Grande Champagne N°22 : 488€

 

Voilà c’est dit mais entre-nous soi dit tout cela est un peu tiré par les cheveux, confus un peu comme l’âge du capitaine, la bonne question eut été : Quels âges ont-ils ? Les vins bien sûr et, en ce qui concerne le plaisir, ce sont eux qui nous le donnent et non nous qui le générons. Je cesse de pinailler mais bon mais pourquoi faire compliqué lorsque l’on peut faire simple. Un détail : l’âge de raison c’est 7 ans, ni plus, ni moins, mais bon passons aux choses sérieuses.

 

Les choses sérieuses pour moi c’est l’irruption dans ce catalogue de beaux flacons de 12 représentants du Roussillon sur 18 vins de la région Languedoc-Roussillon. Beau retour en force.

Je les cite dans l’ordre du catalogue :

Collioure

  • Domaine de la Rectorie : « Argile » 2008 blanc 2009 22€ et « Coté Mer » 2008 blanc 14,50€ (premier âge)

Côtes du Roussillon

  • Domaine Gardiés « Les Millières » 2008 rouge 11,40
  • Domaine Gauby « Muntada » 2003 rouge 58€ (l’âge de raison)
  • Domaine Gauby « Vieilles Vignes » 2005 rouge 21,50€ (l’âge tendre)
  • Domaine Laguerre « Le 20 » 2009 blanc 8,50€
  • Domaine Olivier Pithon « Laïs » 2009 rouge 16,50€
  • Domaine Vaquer « Les Aspres » 2006 blanc 14€
  • Domaine Alquier « Les Bastides » 2006 rouge 19€

Maury

  • Mas Amiel Vintage 1969 57€ (l’âge d’or)
  • Mas Amiel Vintage 1954 180€ (l’âge d’or)

 

Et pour faire plaisir à l’ami Jean-Baptiste Senat :

Minervois

  • Domaine Senat « Bois des Merveilles » rouge 2008 16,90€ (l’âge tendre)
  • Domaine Senat « Mais où est donc Ornicar » rouge 2009 9,30€

Et encore une étrange appellation qui va faire plaisir au grand Jacques :

Vin de Pays Languedoc

  • Domaine Gauby Vieilles Vignes 2004 21,50

 

Au plan pratique, les vins du catalogue sont exposés sur des présentoirs circulaires ou des tables dans tout le magasin. Cette mise en avant est de bon aloi car ainsi tout un chacun peut être tenté de s’intéresser à une belle bouteille. Ainsi donc, mon catalogue en main, je me la jouais façon inspecteur du Michelin : discrétion, anonymat et patati et patata... lorsque dans mon dos un « bonjour monsieur Berthomeau » me mettait à découvert. L’auteur de cette apostrophe, planté derrière un comptoir de dégustation arborait un large sourire et un tablier noir floqué aux couleurs du Roussillon. Présentation faite, l’homme aux vins du Roussillon était Olivier Raynal le créateur des Caves du Roussillon www.lescavesduroussillon.com . Que je fusse encore un peu connu du côté de Perpignan n’a rien d’étonnant dans la mesure où au temps où j’y jouais les médiateurs ma tronche de cake s’étalait souvent dans l’Indépendant de Perpignan. Donc pas de quoi faire enfler les chevilles.

Olivier se révèle être un excellent ambassadeur des vins du Roussillon et bien sûr me voilà embarqué dans la dégustation des vins du jour : 2, ce qui vous en conviendrai est une quantité à ma portée de dégustateur de petite extraction. Les vins étaient ceux d’Éric Laguerre www.domainelaguerre.com , un blanc : « Le 20 » Cotes du Roussillon 2009 (40% de Vermentino, 20% de Roussane, 20% de Marsanne et 20% de Maccabeu et un rouge « Le 20 » Cotes du Roussillon 2008 (60% Syrah, 30% Grenache et 10% de Carignan). La position géographique de ce domaine dans les Fenouillèdes proche de l’Ariège le place dans une situation qui met mal à l’aise les partisans de « l’air de famille » à l’intérieur d’une appellation, ici en l’occurrence les Cotes du Roussillon. Les vins d’Éric Laguerre peuvent surprendre, surtout le rouge où le fruit prédomine, par leur atypicité par rapport aux canons parfois un peu lourds des Cotes du Roussillon. Sous ma plume ce n’est pas une critique mais plutôt un hommage à la diversité. J’ai commencé par déguster le « Le 20 » blanc qui m’a conquis par son extrême fraîcheur, sa gourmandise acidulée qui pour moi font de lui à la fois un vin que l’on a envie de boire sur une terrasse ensoleillée en lisant un bon livre et un vin compagnon d’un bar au beurre blanc ou d’une sole grillée. Pour 8,50€ c’est un plaisir accessible. Pour « Le 20 » rouge je vais proférer une énormité mais, comme diraient certains, c’est mon ressenti : il a tout d’un vin de Loire et il donne envie d’en boire. Il est gouleyant, plein de fruit, de fraîcheur, de vivacité... un de ces vins qui ne se prennent pas la tête à se poser des questions sur leur adaptation au marché car ils sont adaptés au marché de ceux qui cherchent la simplicité.

 

Pour en finir avec le Roussillon, en plus de sa sélection automnale, dans le « fonds de rayon », c’est l’appellation officielle pas très sexy, à l’année les vins du Roussillon sont assez présents sur les beaux rayons de la Grande Epicerie du Bon Marché : comme par exemple le Château de Jau et les vins d’Hervé Bizeul : Les Petites Sorcières et de battre mon coeur s'est arrêté, Coume del Mas, domaine de Vénus, domaine Roc des Anges et bien sûr les Gauby, Parcé et quelques autres.. Quoi qu'il en soit belle initiative que cette montée à Paris d'Olivier Raynal pour faire déguster à la Grande Epicerie du Bon Marché quelques beaux représentants du renouveau du Roussillon.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 00:09

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J’adore les mots, leur son, leur origine et la variété de leur signification alors vous comprendrez que, dans ma Vendée crottée, isolée, fermée, Le petit Larousse illustré fut pour moi un compagnon de tous les jours. Avec son côté petit pavé, sa dualité séparée par les pages saumon des locutions latines et étrangères Vanitas vanitatum, et omnis vanitas, d’abord la langue française : les noms communs puis les noms propres, l’histoire et la géographie : les grands hommes, les pays, les départements... mon petit dictionnaire m’accompagnait dans ma boulimie de mots et de connaissances.

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Et puis son fameux logo : le pissenlit, avec ses feuilles dent-de-lion, si amères en salade, qu’adoraient les lapins de mémé Marie, sa fleur jaune pétante et ses fameuses aigrettes en boule sur les lesquelles nous aimions souffler. Le « Je sème à tout vent » la fameuse devise due à Émile Reiber, architecte et décorateur français (1826-1893) illustrait bien sa volonté d’ensemencer nos petites têtes. « Le passage du pissenlit à la « semeuse » qui souffle sur les aigrettes du pissenlit est dû à une idée de Georges Moreau (cofondateur de Larousse [1853-1934]). Partant du croquis dessiné par celui-ci, Eugène Grasset (peintre, graveur, illustrateur d’origine suisse [1845-1917]) réalisa en 1890 la première « semeuse »…   

Pierre Larousse né d’un père charron-forgeron et d’une mère cabaretière à Toucy dans l’Yonne, brillant élève, boursier de l’Université, revient sitôt ses études faites, en son pays natal à 20 ans à peine, pour être instituteur à l’école primaire supérieure. Pendant trois années il cherchera à renouveler la pédagogie en faisant appel à la curiosité des enfants. Autre temps, autre ambition que celle de faire Polytechnique pour devenir trader. 52825 Big

Et puis, à la maison dans la famille des Larousse il y avait aussi le Cuisine et Vins de France de Curnonsky de maman que je feuilletais pour décrypter les recettes de mon cordon bleue de mère et le Larousse Agricole (première édition en 1921 et la dernière en 2002) de mon père où j’allais enrichir mes maigres connaissances sur les veaux, vaches, cochons, couvées... que je côtoyais à la ferme de mon grand-père. Une anecdote : je croyais encore à 7 ans, l’âge de raison, que les enfants naissaient dans les choux alors que j’avais vu vêler les vaches du pépé Louis.

GRAND-Larousse-VIN

Selon une tradition bien ancrée chez moi je digresse avant de vous entretenir de la sortie du Grand Larousse du Vin.  Rassurez-vous, je ne touche aucun pot de vin de la grande maison de la rue du Montparnasse pour faire de la réclame pour ses ouvrages et ce pour 2 raisons : elle n’en propose pas, et moi je ne bois pas de ce vin-là. Plaisanterie mise à part, nous entamons le dernier trimestre de 2010 qui va aller s’échouer sur les rives des fêtes enguirlandées où il faut trouver des petits paquets à mettre dans les petits souliers. Bonne pioche avec cette nouvelle édition :

-         Elle est belle, d’une élégante beauté, du bon goût sans ostentation, un chic assumé avec juste ce qu’il faut d’originalité ;

-         Elle est dans l’esprit maison : encyclopédique, donc complète, précise et éducative ;

-         Elle est riche d’une iconographie superbe ;

-         Elle est comme le vin lui-même une invitation au voyage (Olivier Poussier dans sa préface);

-         Elle est d’un bon rapport-qualité/prix : 39,90€ (ça c’est pour faire genre Que Choisir ?);

-         Elle a été rédigée par une belle équipe de spécialistes (je cite ceux que je connais : David Cobbold, Michel Dovaz, Sébastien Durand-Viel, Mathilde Hulot...) sous la houlette de Georges Lepré ;

-         Elle est d’une lecture ludique et s’adresse aussi bien au néophyte qu’à ceux qui s’estiment des amateurs éclairés ;

-         Elle aime bien les vins que j’aime (peu de références commerciales, et c’est bien) : Clos d’Alzeto, Antoine Arena page 351, La Canorgue page 333, Chante-Alouette Ermitage de Michel Chapoutier page 327, Altenberg Bergheim de l’ami Jean-Michel Deiss page 309...

-         Une seule critique : un manque essentiel, une béance absolue : aucune référence n’est faite à l’œuvre majeure de la décennie : Cap 2010, le défi des vins français. Désolé, je n’ai pas trouvé mieux !

 

Voilà, ma messe est dite, et plutôt que de continuer de la chanter je préfère laisser la place aux images :

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Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 08:31

À Marciac, dans ce Gers où le bonheur est dit-on dans le pré, les nourritures y sont de toutes natures : matérielles, spirituelles, intellectuelles... Comme l’ami Michel on peut y aller goûter le meilleur du jazz et les vins d’à côté mais comme en France, même si certains s’en défendent, nous avons un goût immodéré pour les controverses : j’en suis à la fois le témoin et l’initiateur puisque mon blog devient chaud bouillant lorsque j’en provoque une parfois sans l’avoir voulu. Bref, à Marciac, chaque année, de beaux esprits mobilisent leurs neurones pour controverser.

Ça tombe bien pour mon petit « Espace de Liberté » qui, tout naturellement, a accueilli vos avis suite à l’affaire dite « des faucheurs OGM » de la vigne expérimentale de l’INRA de Colmar. Grâce à la Mission d’Animation des Agrobiosciences je porte à votre connaissance les Actes de cette « Controverse de Marciac : OGM : ces débats qu’on malmène ».  http://www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=2888 . Je joins aussi la revue de presse à propos du saumon transgénique : La FDA fera-t-elle mariner le saumon transgénique

 

 

« OGM : ces débats qu’on malmène ». Une table ronde animée par Bernard Chevassus-au-Louis (modérateur) Directeur de recherche INRA, avec Alain Toppan, directeur de recherche en génétique végétale, Matthieu Calame, ingénieur agronome au sein de la Fondation Charles-Léopold Mayer, Philippe Martin, Député du Gers et Président du Conseil général. Dans le cadre de la 12eme Université d’été de l’innovation rurale (Les Controverses de Marciac), Territoires ruraux : comment débattre des sujets qui fâchent ? (Télécharger les Actes)

 

La FDA fera-t-elle mariner le saumon transgénique ? (article revue de presse)

Libération, Le Monde, le Figaro

 

educol.net

Il atteint sa taille adulte deux fois plus vite que ses congénères "classiques", ce qui diminuerait nettement son coût de revient, et résisterait aux eaux les plus froides. Son nom : Aqu’Advantage... Cela fleure le marketing et sonne comme un slogan, qu’il est toutefois aisé de détourner en un haussement d’épaules : Aqu’oibon ?

 

Comprenez en tout cas qu’il s’agit là, selon ses concepteurs - la firme américaine AquaBounty Technologies - d’un "super" saumon, doté de deux gènes empruntés à d’autres, l’un reproduisant une hormone de croissance, repéré chez le saumon royal du Pacifique, le plus grand de son espèce ; l’autre, agissant tel un antigel, identifié chez une tout autre espèce, le tacaud, que l’on trouve notamment dans la Manche et en Mer du Nord,

S’il obtient le précieux feu vert de la Food and Drug Administration, il sera le premier animal transgénique à passer à table. Du coup, toutes les firmes qui travaillent sur d’autres animaux génétiquement modifiés, tels que le cochon, sont sur les starting-blocks.
Pas gagné ? Dans les médias, certains soulignent les réticences du comité d’experts indépendant sollicité par l’Agence américaine. Lequel comité est partagé sur les risques accrus d’allergies alimentaires que pourrait présenter ce saumon, et recommande à la FDA d’approfondir les analyses, notamment sur un temps plus long. Vous me direz, vus les taux de composants chimiques que contiennent les saumons d’élevage conventionnels (PCB, dioxines et autres substances) et sachant que seul 1% du saumon d’Atlantique consommé provient de la pêche - quotas obligent pour sauvegarder l’espèce - nous n’en sommes plus à un risque près. Et puis, de toute façon, l’avis de ce comité étant purement consultatif, la FDA a tout loisir de passer outre. D’ailleurs, selon Libération, la réponse devrait être positive. Dès lors, le saumon transgénique devrait apparaître dans les linéaires des supermarchés américains d’ici deux à trois ans.

Cela dit, il faut également compter sur la mobilisation d’une trentaine d’organisations de défense de consommateurs et de l’environnement. Lesquelles réclament entre autres un étiquetage spécifique, ce que la loi américaine ne prévoit pas.

Mais au fait, où et comment ce saumon sera-t-il élevé ? AquaBounty Technologies ne craint pas de livrer sa "recette" : les œufs transgéniques sont incubés au Canada, dans l’une de ses fermes aquacoles, puis réfrigérés pour être transportés jusqu’au Panama, où nos petits salmonidés s’épanouiront (sic) au sein de citernes posées à terre. Si la société se félicite de respecter ainsi les mesures de confinement, palliant ainsi tout risque de dissémination dans les eaux douces ou salées, souvenons-nous que le nom même du saumon est tiré du verbe "sauter" !

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 22 septembre 2010

Sources :

 Le Monde : Saumon OGM : des experts préconisent plus d’études avant sa commercialisation
 Libération : Des saumons OGM bientôt dans nos assiettes ?
 Le Figaro : Le saumon transgénique sur la sellette

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Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 00:09

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Michel Onfray (pour la photo* se reporter à la fin de ma chronique) qui pratique « une philosophie de maître nageur vexé... » dixit Michel Crépu vient d’envoyer, dans un article publié dans le Monde du 10 juillet, un coup de pied que je ne qualifierai pas d’âne – j’aime trop cet animal intelligent – à ses amis corses. Il fut en son temps chroniqueur dans Corsica, où certains articles sont en langue corse (faut bien vivre, faire des piges, quitte à pisser ensuite le long de la raie de ceux qui l’ont hébergé). Dans cette tribune libre, où il ne reconnaît aucun intérêt à l’usage des langues régionales, ce qui est son droit, il délivre pour argumenter sa démonstration une phrase qui en dit plus long qu’un long discours sur le niveau de cet atrabilaire de supermarché pour préretraités : «... j’ai eu des amis corses qui, le vin aidant, oubliaient un instant leur religion et leur catéchisme nationaliste pour avouer qu’un berger du Cap Corse ne parlait pas la même langue que son compagnon du cap Pertusato ! »

Que l’Onfray du bocage normand estimât que «... la multiplicité des idiomes constitue moins une richesse qu’une pauvreté ontologique et politique. » libre à lui, mais entre nous « on n’en a rien à péter de son avis » ; qu’il invoquât pour ce faire le mythe Babel, outre que ça en jette dans l’amphi du 3ième âge, est fort plaisant pour un « athéologue » de comptoir ; que ce reclus honnissant les rives fétides de Saint-Germain-des-Prés en vienne à affirmer que défendre une langue « minoritaire » serait une « entreprise thanatophilique » en précisant que « son équivalent en zoologie consisterait à vouloir réintroduire le dinosaure dans le quartier de la Défense ou le ptérodactyle à Saint-Germain-des-Prés. » me plonge dans un océan de plaisir freudien : parisianisme rentré ? Bref, tout ce tintamarre médiatique me gonfle car, le « dégorgement » quasi-permanent du sieur Onfray, son auto-saisine via le flux continu des Tribunes Libres qui permettent à leurs auteurs d’entretenir leur fonds de commerce, frise le mercantilisme le plus méprisable.

 

Pour ma part je confesse ma totale incompétence sur le fond de la question, donc je ne vais pas vous abreuver sur ce point, sauf à dire que la langue est à la fois véhicule et réceptacle et que si la défense d’une quelconque langue se fondait sur le repli sur soi, le tribalisme, la guerre contre l’universalisme je contesterais le bien-fondé de cette lutte. Ma vision est plus positive, je suis partisan du libre choix, du droit pour chacun de disposer des langues et de sa langue. En Corse, les « crétins » qui barbouillent le nom français des villes et villages sur les panneaux indicateurs pour ne laisser subsister que les noms en langue corse, sont les meilleurs alliés du pourfendeur Onfray, ça s’appelle l’effet boomerang ! L’impérialisme de la langue française ne se situe pas au niveau d’un panneau indicateur qui n’est là que pour s’adresser au plus grand nombre, aux gens de l’extérieur qui cherchent leur chemin. Ce n’est pas faire injure à la langue corse que de faire remarquer que la langue française est plus répandue qu’elle et que pour un étranger elle sert de lien. Oui le lien, les liens, au-delà des phraséologies, des analyses profondes, revenons à la simplicité du lien qui permet l’échange, l’enrichissement mutuel... 

 

* « C’est bien Michel Onfray qui se planquait sous la citation du 2 mai. «Il faudrait psychanalyser le métier de journaliste. C’est quand même une profession remplie de minables» avait-il déclaré dans son interview publiée par « Le Monde 2 » du 2 avril. Voir l’extrait en question et lire «Michel Onfray, l’athéologue prêchi-prêcha» dans «c’est pour dire+plus+», filiale de la présente holding. » http://cpourdireplus.over-blog.com/article-330222.html

 

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Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 09:30

En Alsace il y a bien sûr les Vins d’Alsace et aussi les Dernières Nouvelles d’Alsace. Les éditorialistes de la PQR cités dans les revues de presse nationales sur les radios généralistes valent souvent la peine d’être lus. C’est le cas ce matin de l’édito d’Olivier Picard des DNA. Bonne semaine à vous.

 

« Il faut toujours se méfier des hommes politiques quand ils se mettent à parler vrai. C'est à ce moment-là qu'ils sont le plus dangereux. Quand ils fendent l'armure et baissent la garde... Enfin, ils sont eux-mêmes. Il y avait cet inévitable mélange contradictoire de soulagement - le combat est bientôt fini - de mélancolie - l'exercice du pouvoir est attachant - et de légèreté - celle de la liberté retrouvée - dans la confession de François Fillon hier sur France 2.

 A l'heure du rôti du dimanche, le Premier ministre n'a pas hésité à mettre les pieds dans le plat. Mais avec la manière. Ce garçon est trop bien élevé pour se laisser aller à une amertume tonitruante. Avec la délicate cruauté de la bourgeoisie de province, il a juste pourri l'ambiance familiale avec quelques petites remarques lâchées comme ça, au détour d'une réflexion. Très chic.

 Bah, ce n'était certes pas l'assassinat politique du siècle. On le savait bien, et depuis longtemps, que Nicolas Sarkozy n'était pas son mentor, et que son « alliance » avec le candidat de 2007 était le fruit d'une stratégie lucide plus que d'un coup de foudre sentimental. Seulement, on ne s'attendait pas à ce qu'il le rappelle maintenant, et aussi clairement, après avoir fait preuve, en toutes circonstances, d'une loyauté sans faille à l'égard du président de la République. L'orgueil ne meurt donc jamais ?

 Plus significatif, François Fillon a spectaculairement réhabilité la fonction de chef de gouvernement, cette « tour de contrôle » de Matignon dont il avait théorisé l'effacement, pourtant, dans le paysage institutionnel, et qui a révélé son envol. Une fois de plus, la très plastique Veme République a réussi à inventer une nouvelle pratique de ses principes. C'est un Premier ministre « retourné », pleinement convaincu, désormais, de l'importance de son rôle, qui quittera ses fonctions dans quelques semaines si le président décide, comme cela semble probable, de le remplacer.

 Il faut entendre une critique - ou au moins un doute - sur l'extrême présidentialisation du régime. A mots couverts, on a compris que l'omniprésente tutelle de l'Élysée pouvait contrarier l'art de gouverner rationnellement l'État dans ce pays de 64 millions d'habitants. Sur ce point, les témoignages de prédécesseurs de M. Fillon concordaient dans une réserve élégante présentée poliment dans un onctueux emballage.

 On a décelé l'appétit du Premier ministre mais aussi une pointe de chagrin à l'idée de tourner la page. De déception aussi ? Le remaniement avec préavis bloque manifestement les effusions de ses ministres. Aucun d'entre eux n'ose dire qu'en l'état, Fillon est irremplaçable pour son camp. C'est la presse, pas toujours tendre avec lui, pourtant, mais convaincue de son envergure, qui l'écrit. »

 

Olivier Picard

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Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 00:09

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Je ne suis pas amateur de sushis mais à Paris comme dans beaucoup de grandes métropoles ils colonisent de nouvelles populations : au restaurant, dans les cocktails, et même à la maison. Pour autant, pour conquérir des palais peu initiés au poisson cru et des flores bactériennes vierges du  gène leur permettant de mieux digérer les algues rouges utilisées pour envelopper les sushis. (Lire un article de Libération « Les Japonais, les sushis, la bactérie » http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/04/les-japonais-les-sushis-la-bact%C3%A9rie.html#tp ) les sushis japonais se sont-ils adaptés à notre goût ?

 

La réponse est assurément non !

 

D’ailleurs en a-t-il été autrement en notre beau pays pour des plats venus de nos provinces : la choucroute par exemple, ou de cette Algérie qui 50 ans après l’indépendance déchaîne toujours les passions, le couscous ? Sauf à considérer que les pâles copies de l’industrie agro-alimentaire sont des adaptations, ces plats se sont imposés en conservant leur goût d’origine. La fameuse mondialisation du goût, l’uniformisation des habitudes alimentaires de notre planète, est un fantasme qui ne résiste pas à une analyse sérieuse de la réalité. Bien évidemment, loin de moi de méconnaître l’effet rouleau compresseur des produits de grande consommation, ce que certains en un raccourci réducteur résume en l’effet Coca Cola, mais les produits typés, ceux qui ont conservé leur goût originel, font mieux que résister, ils imposent parfois aux fameux marqueteurs un retour aux fondamentaux : pour preuve l’exemple de Nespresso qui, sur la base d’une technologie innovante, a fondé son succès sur la redécouverte des crus du café.

 

Alors à tous ceux qui prêchent pour la nécessaire adaptation du vin français au goût de ces consommateurs venus d’ailleurs, les chinois et les indiens touts particulièrement, je dis halte au feu. Sortons des généralités qui provoquent des débats stériles qui nous paralysent ! Tout d’abord, le vin français n’existe pas, comme tous les pays producteurs, y compris ceux du Nouveau Monde, nous produisons des vins, des grands comme des roturiers, héritiers de notre histoire et de nos traditions.

Que ceux qui se revendiquent de l’AOC, d’un réel lien au terroir, veuillent s’adapter aux fameux goûts venus d'ailleurs touche non pas à l’hérésie, mais à la connerie la plus grave. En effet, ces nouveaux consommateurs comme tous les néo-consommateurs de vin n'ont aucune idée du goût, qui rappellons-le s'acquiert aux abords de l'âge adulte. Dans ce domaine il s'agit plus de culture alimentaire, de mode de consommation et de codes sociaux, bien plus que le goût au sens gustatif(cf. ma chronique récente sur le Japon).

Le problème ne se pose donc pas en termes d’adaptation du vin AOC au goût des consommateurs mais en termes d’adaptation de la ressource raisin aux vins qu’attendent les marchés. C’est radicalement différent ! C’est assumer notre héritage de vignoble généraliste. C’est faire des choix au cep. C’est sortir de la culture du vin-papier. C’est abandonner la revendication que l’AOC est un droit acquis. C’est accepter la dualité non conflictuelle  de deux démarches : celle des vins dit technologiques, plus faciles, et celle des vins de tradition qui, comme les sushis japonais, restent tels qu’en eux-mêmes.

 

En octobre 2006 j’ai commis une chronique : « Le bon beurre de la tante Valentine » http://www.berthomeau.com/article-4302753.html je vous le reproduits ci-dessous sans en changer une virgule.

  

« Lorsque la sonnette de l'écrémeuse commençait à tinter, ma chambre était au-dessus de la laiterie, je savais que la crème allait commencer de s'épandre dans le tarasson. La tante Valentine, préposée au beurre, après en avoir fini avec l'écrémeuse, déposait le tarasson de crème au frais et lorsque celle-ci était raffermie, elle y jetait une poignée de gros sel, puis assise sur une chaise paillée, à la main, elle baratait avec un pilon de bois.

C'était long. De temps en temps, elle évacuait le petit lait du tarasson. Quand la motte avait atteint une bonne fermeté, la tante la tassait dans un moule de bois ovale et dentelé. C'était le beurre de chez moi, avec une belle vache et des petites fleurs dessus. Le seul que j'acceptais de manger.

Dans mon bocage profond j'accompagnais papa lorsqu'il faisait la tournée de ses clients de battages. J'y voyais souvent faire le beurre. Comme on disait chez moi, j'en étais « aziré » (dégoûté). C'était crade et pourtant, ce beurre, emmailloté dans du papier sulfurisé, était vendu tous les vendredis, aux BOF, lors du marché de la Mothe-Achard. Du bon produit traditionnel, artisanal et, comme disait ma grand tante, en parlant de certaines fermières « ces gens là n'ont pas de honte ». Bref, j'ai été élevé exclusivement au beurre salé de vache normande baratté par la tante Valentine.

Passé à l'âge adulte, devenu un rat des villes, j'ai du subir la morne plaquette Président, ma bourse plate ne me permettant pas d'accéder à la motte de beurre vendue chez le crémier du coin. J'en consommais peu. En fin d'année, je contemplais avec horreur le beurre de Noël, tout droit issu des frigos d'intervention de la CEE, le summum du gâchis. Et puis, petit à petit, dans les froides allées de la grande distribution, le rayon beurre s'est diversifié : on retrouvait du beurre cru, on barattait à nouveau, la coopérative d'Isigny Ste Mère offrait du bon beurre à un prix raisonnable. On avait à nouveau le choix. On pouvait même s'offrir un Échiré ou un beurre de Baignes pour faire un extra. Même la plaquette Président s'est mis de nouveaux habits : beurre de Campagne, Gastronomique, du marketing mais après tout chacun fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut.

Tout ça pour dire que je ne crois pas à la vision apocalyptique de la CP. L'avenir du vin, disons traditionnel pour faire court, n'est en rien menacé, bien au contraire la clarification que je réclame ne peut que favoriser la prospérité de ceux qui ont choisi cette voie. Je respecte toutes les analyses. Je m'étonne seulement qu'on travestisse la réalité et qu'on réécrive l'histoire. Une part de notre vignoble n'est pas prise en compte dans l'approche de la CP, il est occulté comme s'il dérangeait. On ne va pas transformer nos milliers de coopérateurs ou de producteurs individuels qui vendent en vrac en petits artisans-commerçants. Moi je ne dis rien de plus : notre vignoble issu des vins de table, s'il veut rester dans la compétition mondiale, doit s'adapter, sinon il disparaîtra. Alors, j'aime bien Jean Ferrat (pétitionnaire contre les vins industriels), sa montagne est toujours belle, mais son poulet aux hormones n'existe plus, les gens mangent du poulet de Loué ou d'ailleurs. Ce n'est pas le poulet de mémé Marie, qui grattait dans la cour, c'est un poulet élevé selon un process rationnel moderne. Tout le monde ne peut pas manger du poulet de Bresse ou de la Géline à crête pâle. »

 

Si vous souhaitez mieux vous informer sur la position de la CP vous pouvez aller sur le site www.contrelesnaufrageursduvin.org

 

Sur la carte d'un restaurant de sushis à Toulouse envoyé par un lecteur édifiant aussi !

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 02:00

Au Cintra sans le savoir, ni le vouloir d’ailleurs, Chloé et moi, venions de nous placer au bon endroit, au bon moment. Dans la partie de colin-maillard, jouée entre eux, par les hiérarques de l’armée chilienne, où tout le monde se méfiait de tout le monde, entre les différentes armes, les états-majors, les commandants de région, notre venue créait des passerelles, des connexions entre ce tout petit monde. Rejetons d’une bourgeoisie européenne, gâtée, revenue de tout, nous étions supposés neutres ou du moins manipulables à souhait. Face à cet état de fait, nos amis américains adeptes de la préparation maximale, de la mise en œuvre de moyens lourds et qui détestent par-dessus tout l’improvisation, se retranchèrent dans un silence exaspéré. Jouant le tout pour le tout, pour leur forcer la main, leur montrer ma capacité à agir sans eux, je télégraphiai au père de Marie pour qu’il me débloquât des fonds afin que nous puissions affirmer notre statut social de gosses de privilégiés. Le soir même tout était réglé avec en prime l’annonce par le grand artiste de sa future arrivée à Santiago pour examiner de près l’expérience Allende. Chez les gaullistes historiques tout ce qui prenait l’allure d’un bras d’honneur à l’impérialisme américain avait une saveur particulière. Notre installation dans une charmante villa de Las Condes, l’acquisition auprès d’une vieille aristocrate franquiste déjetée, veuve d’un grand propriétaire du Sud,  d’un coupé 404 Peugeot aussi rouge que flambant neuf, notre réception dans le premier cercle des généraux, provoqua une douloureuse et rapide révision stratégique de la Centrale. Bob Dole flanqué, comme à Berlin-Ouest, d’une flopée de conseillers débarqua, sans s’être annoncé, à l’heure du déjeuner.    

 

Rentrés au petit matin d’une fête à laquelle la crème de la jeunesse dorée de Santiago nous avait conviés, Chloé et moi petit déjeunions sur la terrasse.  L’irruption de deux limousines aussi longues et imposantes que des corbillards napolitains ne passa pas inaperçue dans notre quartier de rupins ce qui renforça plu encore notre aura auprès d’eux. Entendons-nous bien, la classe dirigeante chilienne n’appréciait pas outre mesure les américains mais leur exécration du régime d’Allende balayait leurs réticences : l’urgence commandait qu’on se débarrassa au plus vite de ces communistes alliés de Castro, de leur cortège de populace brailleuse et revendicative embrigadée par des « enragés » disciples du Che Guevara. Sur le gazon, en file indienne, tous en costume-cravate sauf bien sûr notre vieille connaissance de Berlin-Ouest, Eva Harriman, la blonde aux cuisses de velours avec ses faux airs de Veronica Lake qui, avait troqué son tailleur anthracite pour un ensemble pantalon Yves Saint Laurent en flanelle grise. La présence au sein de cette fine équipe de gros bras de Robert J. Parker, le grand black versus Sidney Pottier mieux qu’une déclaration d’intention démontrait que la Centrale de Langley nous prenait au sérieux. Dolorès les introduisit sur la terrasse où Chloé les accueillait en français d’un « Messieurs vous auriez pu vous faire annoncer. Vous savez, surtout lorsqu’on est demandeur, c’est plus qu’une simple règle de politesse c’est une obligation... » Parker, sans broncher, dégainait un large sourire qui dévoilait une denture étincelante tout en s’inclinant face à elle pour lui faire un baisemain de haute-école « Veuillez nous excuser de cette intrusion matinale. L’urgence en est la seule justification... » Miss Harriman, elle, fusillait Chloé du regard mais je crus déceler dans ses yeux un léger trouble lorsqu’ils se posèrent sur moi. « Profiter de la brèche au plus vite ! »

 

L’exposé de ma stratégie « d’un pied dans chaque camp » séduisait d’emblée Harriman mais laissait ma future proie sceptique. Loin de m’émouvoir ce partage des rôles, si prévisible, me permettait de concentrer mon tir sur la blonde platinée. Je lui donnais d’emblée du « chère Eva » en soulignant qu’en effet le point faible de mon dispositif se nichait dans ma capacité de convaincre les dirigeants du MIR de ma bonne foi. Pour autant je disposais de deux atouts déterminants : l’aura de la Révolution de mai et le fric ! Même Parker sursauta à mon évocation du nerf de la guerre. Plus directe Eva me lançait « les financer, vous n’y pensez pas ! » Chloé, vacharde, lui rétorquait « il fait plus qui penser, il l’exige ! D’ailleurs, chère madame, ce ne sera pas le seul prix que vous aurez à payer... Ce prédateur a des exigences que vous seule pourrez satisfaire... » Parker, à nouveau, ne put réprimer sa stupéfaction mais cette fois-ci je crus déceler dans son regard une forme de jouissance. La peau d’Eva, déjà lactée, devenait diaphane avant de se teinter d’une touche fine de rose sur la pointe de ses pommettes. Pour faire diversion je me lançais dans une explication de gravure sur le financement du MIR « pour eux le fric n’a aucune odeur et, quand bien même il en aurait, l’important à leurs yeux c’est qu’ils en ont un furieux besoin. De toute façon c’est la seule manière de nouer des liens réguliers et durables. Il nous faut leur faire y prendre goût, ensuite j’arriverai bien à dégoter dans le lot un Judas qui lui en croquera pour son compte... » Marché conclut. Chloé leur proposait un café à l’italienne. Parker acceptait, Eva, un peu pincée, déclinait mais je ne sais quoi dans la tension de sa poitrine moulée dans sa veste cintrée, une fine palpitation, me donnait à penser que la flèche de Chloé opérait son œuvre.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 00:09

La Toile, ses surfeurs, ses bloggeurs, mes lecteurs : ce dernier possessif ne fait pas de vous, loin s’en faut, ma propriété – je ne suis guère possessif, je préfère jouir des choses plutôt que de me les approprier – mais marque les liens qui se tissent, qui se nouent, entre vous et moi. Vous m’écrivez, vous m’interpeler, vous me remettez à ma place, vous m’encouragez, bref vous êtes celles et ceux qui ouvrez mes messages matinaux avec une régularité qui me stupéfie. De tous ces liens qui se créent ceux qui me touchent le plus sont ceux qui me relient avec des gars ou des filles de mon pays. Tel est le cas avec Henri-Pierre Troussicot, le fils du grand Alfred de la perception, et le frère de Gervais et de Jack mes copains, qui m’a retrouvé un jour au hasard de ses pérégrinations sur le Net. Lui et moi nous ne sommes guère connus à la Mothe-Achard car c’était un grand mais avec lui je retrouve « mes jeunes années rêveuses et sauvageonnes » http://www.berthomeau.com/article-non-je-n-ai-pas-la-nostalgie-de-mon-pays-natal-de-ma-jeunesse-sauvageonne-oui-55951976.html et ce doux parfum d’enfance.


Henri-Pierre écrit des nouvelles. En voici une qu’il m’a envoyée récemment. « Les batteries », les battages de la moisson avec la tournée des métairies – c’était le temps du métayage – c’est mon enfance dans la trace de papa et de sa batteuse Merlin. « T’es le fils d’Arsène ! » me disaient les gars des sacs. J’opinais. J’étais fier. Henri-Pierre écrit sur le temps de la locomobile http://www.berthomeau.com/article-5229329.html , moi je n’ai connu que le Société Française Vierzon http://www.berthomeau.com/article-1714340.html , mais l’ambiance qu’il fait revivre dans sa nouvelle est bien celle que j’ai connue. Temps englouti retrouvé sans nostalgie au fil des lignes. Merci Henri-Pierre. Bonne lecture...

La nuit venue, un ultime coup de sifflet avait annoncé le dernier sac de la dernière métairie depuis déjà un moment. A vrai dire on ne termine pas si tard, mais pour ne pas avoir à démarrer pour peu de temps on a poussé un peu plus loin ce soir.

     Il était presque onze heures du soir, lorsque du bas de la Doucerie il a fallu atteler quatre paires de bœufs pour tirer la « vapeur » et autant pour la Mécanique qui est presque aussi lourde et pour hisser tout cela jusqu’au haut de la Marière et mettre en chantier pour le lendemain matin. 

                                                  oooOooo  

     Le soleil n'est pas encore levé ; des reflets violacés teintent l'horizon. Un voile de brume éphémère s'élève encore des prés bas où dort l'Auzance en accrochant aux peupliers et aux fougères la fraîcheur de l'aiguail. L'étang est immobile, rien ne bruit aux alentours, la brise est même trop fragile pour troubler les roseaux et c'est tout juste si, venant de là-bas, en bout de la grande prairie, le couplet des oiseaux qui s'émoustillent dans les taillis du bois de Lézardière nous rappelle que la nature s'éveille...

     Les hommes finissent le casse-croûte sans trop traîner ni  chanter haut. La journée s'annonce longue comme celle d'hier où trois borderies ont été battues... C'est à cinq heures solaire comme d'habitude que le premier coup de « subiet » a retenti. Arsène Boucard chauffe toujours plus tôt que les autres...

       Il a une longue ronde à faire durant les cinq semaines que vont durer les batteries et tant que le beau temps est là il faut en faire le plus possible.

     Le gerbier de la première borderie, la Marière n'était pas bien haut et la vanneuse a eu tôt fait de digérer le blé mûr.

     Le prochain chantier sera d’une autre envergure ! 

     L'aire de « Pied-Sec » a été préparée à grands coups de balais de « peune » et de « fragonnette ».

     Deux énormes gerbiers derrière les tourettes d'avoine qui seront battues en premier, ont été édifiés à se regarder, laissant entre eux un passage étroit où dans quelques instants la vanneuse Merlin-Vierzon va tout juste se glisser.

     Le grand Hubert a rincé la « baillote » et l'a installée tout près de là ; ce sera à peine suffisant pour abreuver la locomobile et y aurait rien de drôle que quelques-uns se retrouvent de corvée d'eau en plus du travail habituel.

     Pour le temps que va durer les batteries, Gustin Chagneau va perdre son autorité  sur sa métairie. C'est une bonne trentaine de gaillards qui suivent le matériel et vont se mettre à l'ouvrage aux différents postes.

     Que je vous dise les noms de quelques-uns qui seront là et que nous allons retrouver : les Poissonnet de la Proutière, Rapiteau de la Rocherie, Barreau de Pointindoux, Félicien Ficeleau de la Morinière, Elie Buton du Renou, Gustave Louineau de la Vregnaudière, Léon Martineau du Déffent, les Potier, Perrocheau, Guesdon, Chabot etc...

     C'est toujours dans une tonitruante ambiance que le cortège de la Mécanique fait son entrée dans la ferme.

     Le père Barreau et son gars piquent les parthenais qui « haricotent » dur devant la vanneuse. Quelques mètres en arrière les grands bœufs jaunes ont autant de peine à tirer « la Noire » encore chaude de ses premières heures tandis que suit la guimbarde où s'entassent tuyaux, cales, grilles, baquets et autres ustensiles qui dringuaillent tant et plus à la cadence des deux paires de bœufs que Jouzé asticote sans arrêt en braillant des chapelets de Farino-Biandin!... Jaunet-Lapin !... ponctués de cent mille bondioux... et j'en passe.

     Les roues en fer de tout ce matériel écrasant les cailloux du chemin projettent aux alentours un vacarme tellement assourdissant que la volée de gamins courant autour n'entend pas les avertissements des gars qui montent en vélo, la fourche posée sur le guidon et un pion tenu dans le cadre du porte-bagages.

     D'autres ont coupé à pied à travers champs en sifflant Fauvette la chienne de la Marière affolée par l'événement. 

                       oooOooo 

     La batteuse qui date de 1936 aime à préciser  Arsène a trouvé  facilement sa place, reste à aligner « la Noire ». Avec renfort de crics, de cales et barres à mine, arrosé de plus de jurons que pourrait en contenir l'enfer, à chaque fois c'est une sacrée suée que prennent le chauffeur et ses deux ou trois compagnons pour bloquer la locomobile... " - A drète encore ! Encore un poué ! Cale darère Victor! Là, de même !...

     Cet énorme coléoptère aveugle va être raccordé à la vanneuse par la grande courroie.

     Plaisir des yeux de gosses que de suivre la languette de raccordement de cette grande courroie qui transmettra à toute vitesse le mouvement au batteur en calligraphiant interminablement un grand huit aux balancements réguliers.

     Ces yeux de gosses s'ouvrent aussi bien grands maintenant qu’Arsène tourne la manivelle pour dresser le tuyau de la locomobile et pour déployer le monte-paille ; cette mise à la verticale fait frémir, souffle coupé, gorge sèche...

     La remorque se vide de tout son fatras de grilles, de courroies, tuyaux, etc... tout cela venant s'accrocher, s'emboîter, se visser ou suspendre à des places bien précises.

     Chauffe la machine ! ...Arsène tire un bon coup sur son ceinturon qui n'a pas dû le quitter depuis qu'il a fait son temps à Épinal et tous poils dehors s'active comme un beau diable.

     Tel le chauffeur de l'Expresse les Sablés-Paris qui charge à grandes pelletées le foyer de sa locomotive, embrasant étrangement la nuit à l'arrêt de la Mothe, Arsène, maître du feu, gave sa machine et part pour une nouvelle aventure qui le conduira aujourd'hui encore aux portes de l'illusion …

     Noir comme grelet, il devra être là, à casser la briquette, alimenter le fourneau, surveiller le manomètre, jouer de la burette ... Il faut que ça ronfle !...

     Trois coups de sifflets, tout le monde en place !…

     Le chauffeur a « lancé » le volant... La vanneuse vient d'avaler la première bouchée de son monstrueux festin...

     Par équipe de quatre, où je reconnais Joseph Robin du Moulinet, Riri Poissonnet, Elie Buton, les hommes lancent les gerbes sur la machine.

     Fernand Breluzeau de la Boutière est sur la vanneuse à passer les gerbes sur la table, on ne tient pas à ce qu'il soit à l'engrenage en raison de son penchant pour la bouteille... L'endroit est dangereux. Y a pas si longtemps encore qu'un gars de Beaulieu s'est fait emporter une main dans le batteur et en remontant dans le temps on en retrouverait bien trop, des hommes victimes de cette machine...

     Véritable opération à ciel ouvert sur la table d'engrenage, le coup de serpette de Gustave Louineau libère les épis qui se trouvent tout de suite démêlés comme il faut. Riquet de la Martinière a la place la plus exposée ; c'est lui qui, à grandes poignées, par gestes précis et réguliers, engrène dans la vorace mécanique. Riquet a le coup pour ça et il est rare qu'avec lui, la machine s'engoue. Faut dire que quand cela arrive tout le monde perd son temps, sans compter que presque à chaque coup, les retours de poulies font sauter la grande courroie, ce qui ne manque jamais de faire vociférer toute l'équipe, Arsène en tête, qui tient au bon fonctionnement de ses machines et à sa réputation d'entrepreneur...

     La sueur coule sous les chapeaux de paille, l'atmosphère autour du pailler s'alourdit dans la poussière, la chaleur et le bruit. En « braumant » à intervalles irréguliers, la batteuse vomit d'énormes brassées de paille que là-haut, sous la visière du monte-paille les hommes saisissent à grandes fourchées.

     Abel Rapiteau qui a noué son mouchoir autour du cou passe à Marcel Renolleau de la Guilmandière le litre de noah qu'Odette vient de leur jeter dans un geste précis. Bue au goulot, la bouteille fait le tour du pailler.

     Monter ce pailler est un travail qui doit être bien fait.  Manuel Charrieau à l’ oeil et, d'en bas, il guide l'affaitage avec autorité. Si le pailler a belle allure l'honneur lui en reviendra. Il ne s'agirait pas que le tas chavire à la première bourrasque, et sait-on qui s’y abritera à un prochain rendez-vous, derrière le pailler ?

     Les bouteilles vont et viennent aussi sur le gerbier et la vanneuse ; Jeanine a même amené du café pour ceux qui ont besoin de nerfs !...

     Marcelin Boiliveau et ce pauvre fils de vesse de « Gnouf-Gnouf » méritent bien de boire un coup, car, à raballer la menue paille au raccord de la vanneuse et du monte-paille, dans ce nuage de poussière et de débris, ils n'ont pas la meilleure place. Autrefois, c'était encore plus pénible, lorsqu'il fallait dégager le ballet plus loin, à pleines bernes ou au moyen de « balles » de châtaigner, immenses paniers sans anse que les « penassous » de chez nous fabriquent encore.

     Aujourd'hui le « ballet » est soufflé depuis la vanneuse jusqu'à quinze ou vingt mètres plus loin. Les gosses buffant dans des subiets de sureau vont se faire cingler les mollets à la sortie du tuyau et se mettre nues pattes pour aller s'enfoncer jusqu'aux fesses dans l'énorme tas qui se forme ainsi.

     Au début de la batterie, Simone et Victoria sont allées remplir leurs pleines « dornes » de balle d'avoine; on peut en avoir besoin pour rembourrer les « balines » des nouveaux nés avant la saison prochaine. 

                       oooOooo  

       L'animation qui règne du coté des bâtiments est tout autre. Depuis la veille on a descendu du grenier les tréteaux, les bancs et les planches que l'on va aligner dans le grange pour nourrir les hommes, refaire leurs forces. La mère Pérou a autorité et savoir et à « Pied Sec » comme à la Guilmandiere ou la Rocherie tous les ans on la demande pour préparer ces ripailles. Couper les ragoûts ou cuire la volaille et les sauces.

     Depuis déjà deux jours on a sorti la vaisselle des coffres, celle qui sert aux batteries, aux vendanges et de temps en temps à la noce... on à tué la volaille, préparé les bouillons de soupe et coupé les viandes de ragoût qu'il faudra mijoter longuement. Pendant que les hommes sont en plein travail, on met la dernière main aux préparatifs. On va couper les tranches de lard froid, surveiller la mogette ou les petits pois... Les femmes de la maison mettent un point d'honneur à « bien soigner » le personnel!

     C'est qu'à Pied-Sec il va y avoir le repas de midi avec ceux de la Marière et souper ce soir vu l'importance de l'ouvrage.

       Dans la fraîcheur des laiteries et des chambres on aligne « tarassons » et platées de caillebottes ou de millet .

     Cette agitation n'empêche pas les éclats de rires de jeunesse qui se joignent aux criards empressements des femmes qui popotent. La bonne humeur aide à supporter la tension du moment.

     Un bruit de galopade derrière la grange ; on s'amuse dans ce coin là. Pendant qu'il avait le dos tourné, Néné Guesdon n'a pas trouvé plus drôle que de glisser une bonne poignée de grain dans la culotte à Léon Martineau du Déffant. Pas pour longtemps cette rigolade... 

     « te vas voir si j't'attrappe »

     On aura bien la revanche, mais les sacs attendent.

     Au cul de la vanneuse trois ou quatre hommes s'affairent aux sacs de grains. Hilaire Chabot et son inséparable conscrit Octave Millet tiennent toujours ce poste. Un sac est plein - allez Hop on ferme le «pot » en attendant d'en mettre un vide à la place. Tenant d'une main la goule du sac, de l'autre le bout du « rollon », on le porte jusqu'à la bascule.  

     Le grand âge de Léon Giraudeau ne lui permet plus de travailler de force et l'estime que lui vouent les paysans du coin fait que c'est à lui que revient le devoir de tarer. Le sac marqué du sigle du Syndicat est pesé. Trop plein, pas assez, - on ajuste le poids et chaque homme qui passe par là, dans le parfum du blé mûr plonge la main dans la récolte et l'égrené en donnant l'avis de circonstance...et les sacs prêts à être mis à l'abri sont alignés à quelques pas de là.

     Monsieur ROY, le régisseur de tout l'aménage de la famille LOUVET de SAINT GEORGES veille à ce que la partie de la récolte qui revient au Maître soit bien chargée dans la charrette du Logis, c'est encore le temps du métayage.

     Ce sont des gaillards jeunes et vigoureux qu'il faut pour monter la récolte au grenier de la ferme. Adrien Perrocheau de la Noue, le grand Michel de Moque-Souris, un gars capable à lui tout seul de monter un brabant sur un tombereau, vont gravir l'escalier de pierre avec 80 kg sur le dos autant de fois qu'il y aura de sacs à porter...

     Les sacs sont entreposés en attendant que boulanger et minotier en prennent livraison pour garantir la fourniture en pain de toute la maisonnée pour l'année à venir. Chacun apportera sa « coche », mais c'est une autre histoire.  

                                                                         oooOooo

                     

     Observateur paresseux, dans les prés qui bordent l'Auzance, une tige d'ivraie sauvage entre les dents, vos rêves perdus dans l'azur s'accompagnent du refrain des cricris et de la clameur confuse des batteries.

     A Pied-Sec on a battu jusqu'au soir...

     Harassés, les hommes ont soupé et fait honneur aux plats et aux boissons que Gustin offre fièrement. Malgré la fatigue, Octave a chanté des chansons à ripouner pendant que Fernand Breluzeau et Jouzé tenaient le pari à qui mangerait la plus grosse assiettée de fraissure...  

                   oooOooo 

     La Mécanique est partie, fleurie d'un énorme bouquet de passe roses et de pieds-d'alouette, la « noire » devient « la mariée ». La Mécanique est partie... un tas de mâchefer fume encore à l'endroit où a été tisonnée le fourneau...

     Demain la volaille aura de quoi picorer pendant que, par économie, les femmes venteront les ramassures de l'aire sur laquelle redescendent du firmament les odeurs de paille, de terre et de fumée.

     L'écho d'un clairon se répercute d'une métairie à une autre C'est René de la Chapodière qui s'exerce pour le défilé du préveil de Sainte-Flaive le prochain dimanche...

     Sous la nuit étoilée, un sommeil de plomb va  refaire le corps et la volonté des gars qui dans quelques heures vont repartir à l'ouvrage lorsque ça va encore « subier » pas loin d'ici... 

                          Henry-Pierre TROUSSICOT

 

 

 

 

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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