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17 juillet 2022 7 17 /07 /juillet /2022 06:00

Paul Ricard, Robert Murphy | 9781681884462 | Boeken | bol.com

 

Bien évidemment, nous avions détourné le slogan en : « 1 Rocard sinon rien… »

 

10 juillet 2009

Un Rocard sinon rien : l'été sera chaud !

 

Comme pour le célèbre anis de Marseille, cher à mon ami Pierre Pringuet, DG du groupe éponyme, je vous propose ce matin, pour vous rafraîchir les neurones, de noyer une dose d'humour dans plusieurs volumes de sérieux et de déguster le tout sous la tonnelle... Jugez par vous-même.

 

La suite ICI 

 

Le Monde, qui ne recule devant rien, lui aussi, dans ses sagas de l’été titre :

 

LE MONDE PASSE À TABLE

VINS & AUTRES PLAISIRS LIQUIDES

 

L’enivrante aventure de la maison Ricard ICI   

 

Par Michel Guerrin Publié le 10 juillet 2022 à 06h00

 

RÉCIT

 

L’entreprise créée par Paul Ricard en 1932 à Marseille fête ses 90 ans. Et son magistral succès. Cette réussite, impulsée grâce au sens du commerce, du marketing et de la communication du patriarche, n’a fait que se renforcer au fil des années : le groupe familial est aujourd’hui numéro deux des spiritueux dans le monde.

 

J’ai, au temps de la SVF (Société des Vins de France), filiale du groupe Pernod-Ricard, lors d’une convention du groupe, animée par Jean-Marie Cavada (un ménage), côtoyé les « boys » de Ricard, ceux qui avait la foi en « Monsieur Paul », qui y ont aussi laissé leur foie, les « pousseurs », les gars de la pétanque, ils adoraient le roi du pastis. Dans mes relations avec des collègues de cabinet ministériel, l’un d’eux, bossant pour Georgina Dufoix (désolé), était intarissable sur « Monsieur Paul », le mas de Méjanes, les Ambiez…

 

Bref, je connais la maison, et je vais me permettre de placer des réalités pour souligner que, notre chroniqueur, tout à sa volonté de célébrer « Monsieur Paul » fait 2 oublis.

 

Le premier, c’est que le pastis, Ricard, Pastis 51, Pernod, ne fait guère recette auprès  des nouvelles générations, c’est l’apéro des pépères, bob, marcel, pétanque et farniente. La photo titre prise sur un abri bus parisien montre bien la volonté du groupe  de conquérir les bobos, à mon avis en vain.

 

Le marché du pastis continue à perdre du terrain, avec des volumes en recul de - 7,3 % en 2018 versus 2017 et des ventes en valeur en baisse, à - 5,9 %. Néanmoins, il reste un poids lourd, puisqu’il occupe sur le marché global la deuxième place des spiritueux, derrière les whiskeys (23,5 % PDM vol vs 35,5 % PDM vol.) et pèse en CHR 11,7 % du volume des alcools, le plaçant à la 4e place derrière les whiskeys, les rhums et les vodkas.

 

Le moment apéritif reste d’ailleurs très fort en France, avec 26 millions de moments de consommation d’alcool par semaine, mais « l’émergence de la bière et des vins rosés au moment de l’apéritif a impacté le marché des anisés », analyse Marc-Antoine Hornecker, group brand manager du pôle apéritif chez Pernod. Autre raison de ce recul, les anisés souffrent d’une image vieillissante : « Les jeunes adultes n’entrent pas facilement dans la consommation d’alcool par les anisés et le goût plaît peu aux femmes. C’est un alcool typé plutôt masculin et d’une autre génération », renchérit Jean-Louis Denis, directeur commercial hors-domicile de Bardinet La Martiniquaise.

 

Ironie de l’Histoire, le pastis a envoyé les Vins Doux Naturels dans le cimetière des éléphants, Bartissol, Byrrh, Dauré…. Et aujourd’hui, lui aussi se voit détrôné par le vin rosé piscine.

 

 Le second, est que si le socle de Pernod-Ricard fut l’œuvre de « Monsieur Paul », sa deuxième place des spiritueux dans le monde, n’est pas l’œuvre d’n Ricard, mais de deux hommes : Thierry Jacquillat, branche familiale Pernod, directeur-général qui a étendu le groupe vers les whiskies et les vins ( vin australien ); Pierre Pringuet, X-Mines, ancien du cabinet de Michel Rocard, qui a mené tambour battant la diversification dès 2004, il mène en 2005 avec succès l’acquisition d’Allied Domecq, puis son intégration (Martell, Perrier-Jouet, Mumm) . En décembre de la même année, il devient Directeur général délégué du Groupe. En 2008, il conduit l’acquisition de Vin&Sprit (V&S) et de sa marque Absolut qui parachève l’internationalisation de Pernod Ricard.

 

Fais vite, ne traîne pas en route - broché - Thierry Jacquillat, Livre tous  les livres à la Fnac

28 avril 2021

Au temps où j’étais le porte-plume de Thierry Jacquillat le DG de Pernod-Ricard : Ararat son Cognac arménien était menacé aujourd’hui Le « cognac » arménien prié de changer de nom par l’UE. ICI 

 

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16 décembre 2009

Entretien avec Pierre Pringuet DG du groupe Pernod-Ricard «nous restons dans la Rioja...» ICI 

 

Rencontrer Pierre Pringuet est toujours pour moi un réel plaisir. Notre compagnonnage amical date du cabinet Rocard à l’Agriculture. Depuis l’X Mines qui nous faisait nous élever au-dessus des crises du porc ou de la tomate lors des séminaires du cabinet, qui se tenaient à la MJC de Conflans Ste-Honorine, a fait son chemin puisque, après avoir conduit toute sa carrière privée dans le groupe, le voilà, depuis que Patrick Ricard a pris du recul en présidant le CA, à la tête du co-leader mondial des Vins&spiritueux, un des poids lourds du CAC 40. Le journal La Tribune lui a déjà fait le coup du « de Rocard à Ricard » mais l’image souligne l’un des traits de caractère de Pierre c’est d’être fidèle en amitié.

 

Bandeau du bulletin de l'association MichelRocard.org

Dernier point, Pierre préside : l’Association Michel Rocard.org, ICI ça ne doit pas plaire au leader maximo de la NUPES, ex-député de Marseille.

 

L'enivrante aventure de la maison Ricard

L’enivrante aventure de la maison Ricard

Par Michel Guerrin

Publié le 10 juillet 2022

 

Alexandre Ricard règne sur 19 000 salariés dans le monde et il semble prendre plaisir à diluer son autorité, comme le pastis dans l’eau. Le patron du groupe Pernod Ricard, numéro deux mondial des spiritueux, affiche à 50 ans un visage adolescent, un sourire angélique, une courtoisie extrême, y compris quand une question peut l’agacer. Costume sobre, pas de cravate. Il se fond dans les équipes. Vous n’avez pas rendez-vous dans son bureau, il n’en possède pas. Comme les 1 000 salariés du siège parisien, près de la gare Saint-Lazare, le patron s’installe à une table ­commune dans un open space et range ses affaires en fin de journée dans un casier.

 

Avec un tel nom, on s’attend à autre chose. Il est le petit-fils de Paul Ricard (1909-1997), qui a lancé l’aventure familiale dans le pastis en 1932 à Marseille. Dans son livre de souvenirs, au titre convenu alors que lui ne l’était pas, La Passion de créer (Albin Michel, 1983), le fondateur assène qu’un patron ne doit pas avoir de bureau, que les équipes ont les clés, qu’il faut faire simple et se laisser guider par le bon sens. Troublante ressemblance.

 

Elle s’arrête là. Paul Ricard piquait des colères à faire trembler la Canebière alors qu’il est difficile d’imaginer Alexandre Ricard dans ce registre. Le fondateur, ancré à Marseille, diplômé de l’école de la rue, a fait fortune dans le pastis et incarnait l’apéro anisé avec deux slogans géniaux : « Un Ricard sinon rien » et « Garçon, un Ricard ! ».

 

 

Pendant la guerre, Paul Ricard se replie avec une partie du personnel en son domaine de Méjanes, en Camargue, qu’il transforme en corne d’abondance, produisant du riz, des jus de fruits, du vermouth, une eau, alimentant au passage la Résistance en alcool pour ses voitures.

 

Son petit-fils, diplômé de la réputée université Wharton, aux Etats-Unis, bien de son temps et mondialisé, pilote toujours le pastis, mais ­surtout 240 marques d’alcool, de la vodka au whisky en passant par le cognac. Au gré des acquisitions, le petit jaune rétrograde au rang numéro six dans le chiffre d’affaires de Pernod Ricard. Devant, on trouve la vodka suédoise Absolut, le whisky irlandais Jameson, le whisky écossais Ballantine’s, la liqueur au goût coco Malibu, le rhum cubain Havana Club.

 

Le recul s’explique. Ricard est vendu à 90 % en France alors que les marques de tête sont mondialisées. Si Paul Ricard, génie de la communication, n’a pas réussi à exporter son pastis, c’est que c’est vraiment impossible. Le pourtour ­méditerranéen est imprenable, chaque pays possédant son propre anisé. Ailleurs dans le monde, le goût peut rebuter et l’eau du robinet est ­souvent trop chlorée.

 

Les mille vies de Paul Ricard

Mais, en France, Ricard est la star du pastis, accaparant 51 % du marché ; 51, comme le nom de l’autre célèbre pastis de Marseille, également détenu par le groupe Pernod-Ricard, jolie coïncidence. Ricard vole au-dessus de la mêlée, elle est même, tous produits alimentaires confondus, la marque numéro un en valeur dans les supermarchés. Mieux que Coca-Cola ou Nutella.

 

Et puis l’anisé occupe une place spéciale au sein d’un groupe hanté par son fondateur. Chaque année, aux beaux jours d’avril, de 700 à 800 cadres accourent de 70 pays et se retrouvent pour discuter stratégie sur l’île des Embiez, au large de Toulon, que le fondateur a achetée en 1958. Les retrouvailles ont lieu autour d’un apéro-terrasse. « Chacun déguste ce qu’il veut, ce n’est pas ce qui manque, mais tout le monde ou presque demande un Ricard, même ceux qui n’aiment pas, par plaisir de l’instant et respect pour nos valeurs », explique Alexandre Ricard. Les 19 000 salariés connaissent-ils l’histoire du grand-père ? « Je crois que oui. »

 

Paul Ricard a eu mille vies à côté du pastis. Pendant la guerre, il se replie avec une partie du personnel en son domaine de Méjanes, 600 hectares en Camargue, qu’il transforme en corne d’abondance, produisant du riz, des jus de fruits, du vermouth, une eau (en Ardèche), alimentant au passage la Résistance en alcool pour ses voitures.

 

Les années passant, il construit un aérodrome et un circuit de formule 1 sur un plateau varois. Il aménage deux îles qu’il acquiert (les Embiez pour le tourisme, Bendor pour la culture, les deux pour la famille). Il invente un Institut océanographique dans les années 1960, ferraillant contre les boues rouges rejetées dans la Méditerranée par l’usine Péchiney (son slogan : « La Grande Bleue ne deviendra pas la mer Rouge »). Il lance une fondation d’art et joue les mécènes. Il peint 1 500 tableaux, crée un club taurin, produit des films, dont D’où viens-tu Johnny ? (1963), avec Johnny Hallyday, devient maire du village de Signes.

 

Il endosse, pendant quelques mois, en 1968, l’habit du gardien de chèvres, après avoir claqué la porte de son entreprise, non pas en réaction à la révolte étudiante, mais parce qu’il en a marre de la bureaucratie d’Etat, puis se replie, jusqu’à la fin de ses jours, dans une bastide blanche sur le piton de La Tête de l’Evêque, dans le Var. On en oublie sûrement.

 

L’alchimiste de l’anis

 

Paul Ricard trouve même le temps de faire ­fortune dans le pastis. Cette aventure naît d’une douleur. Nous sommes dans les années 1920. Il veut être peintre. Son père, négociant en vin, balaie le rêve et l’embarque dans ses tournées des bistrots. Il constate alors que les cafetiers servent sous le manteau de l’absinthe, la boisson anisée coupée avec de l’eau, interdite depuis 1915 tant elle fait des ravages.

 

Paul Ricard y voit le signe que l’anis reviendra dans la lumière. « J’ai passé ma vie à répondre aux besoins des autres. » Il a encore en bouche l’anisé exquis que lui avait fait goûter le père Espanet, courtier en vin et braconnier à ses heures perdues. Il veut en retrouver le goût. Il multiplie les essais en son fief familial de Sainte-Marthe, quartier excentré de Marseille – il fait même exploser un jour son laboratoire –, puis les teste auprès de cafetiers avant de les noter dans un cahier.

 

La formule serait gardée secrète dans un coffre, comme une bombe atomique. Un mythe ? « Disons un demi-mythe. Un bon chimiste doit pouvoir la reproduire », sourit Patricia Ricard, petite-fille du fondateur.

 

En 1932, l’alcool anisé est de nouveau autorisé. Paul Ricard est prêt. Il a 23 ans et il commercialise son « vrai pastis de Marseille », alors que cet apéritif se boit partout en France. C’est la première fois que le mot « pastis » est inscrit sur une bouteille. Mais, surtout, il lui donne son nom. On lui dit que c’est une folie, il répond : « Donner son nom est une garantie de qualité. »

 

La recette ne bougera jamais : 45 degrés d’alcool, anis de fenouil de Provence, anis étoilé de Chine, réglisse du Moyen-Orient et une flopée de plantes aromatiques de Provence. « Vous la changez, vous êtes mort », sourit Caroline Casta, qui veille sur les archives de la maison. La formule serait gardée secrète dans un coffre, comme une bombe atomique. Un mythe ? « Disons un demi-mythe. Un bon chimiste doit pouvoir la reproduire », sourit Patricia Ricard, petite-fille du fondateur et présidente de l’institut océanographique. Elle ajoute : « L’essentiel, c’est que la qualité soit immuable. »

 

« Le pastis est le meilleur ami de l’eau. »

 

Quelques chiffres disent le triomphe. La première année, Paul Ricard vend 250 000 bouteilles de son pastis, ce qui est remarquable pour un nouveau-né ; 3,6 millions en 1939, grâce en partie aux congés payés du Front populaire ; 9 millions en 1951 ; 20 millions en 1961 ; 60 millions en 1972 ; 106 millions en 1993 – le record – ; autour de 40 millions ces dernières années, dans un contexte de forte baisse de la consommation de tous les alcools en France.

 

« Personne ne fait un meilleur pastis que le mien », écrit Paul Ricard dans son livre de souvenirs. Les consommateurs font-ils vraiment la différence avec un 51 et une autre marque ? « Moi, je la fais en goûtant à l’aveugle », affirme Patricia Ricard. La réglisse, outre qu’elle génère la légendaire couleur jaune, donne de la gourmandise et de la rondeur à cet anisé, les plantes faisant le reste, indique Cédric Modica Amore, ­responsable marketing de Ricard.

 

Paul Ricard impose une autre révolution : les ­subtilités aromatiques et la fraîcheur de son anisé sont à leur meilleur quand il est fortement dilué. Sept doses d’eau et non cinq. Il a cette formule osée : « Le pastis est le meilleur ami de l’eau. » Le pastis pour se désaltérer… On lui dit qu’il est dingue, qu’il va tuer le marché si une bouteille dure plus longtemps, qu’il s’en vendra moins. Il s’en vendra davantage.

 

L’invention d’un capitalisme populaire

 

Paul Ricard met en place pour son pastis un réseau de commerciaux d’un nouveau genre. Ils doivent faire leur tournée avec l’habit du dimanche, arborer un sourire permanent et multiplier les kilomètres jusqu’à plus soif afin qu’on les appelle « le monsieur de Ricard » et pas par leur nom. Charles Pasqua, avant de devenir une figure droitière de la politique, est un de ces représentants. Lors de son entretien d’embauche, il emporte le morceau en lâchant son ambition : « Aller aussi loin que je pourrai, Monsieur. »

 

Alors qu’il était enfant, Alexandre Ricard se ­souvient d’avoir accompagné son grand-père qui, le mardi, se rendait en Lada au Géant Casino d’Hyères pour prendre la température des ventes. Il était ravi quand le chef du rayon des spiritueux saluait son représentant avant les autres. « Parce qu’ils étaient devenus amis. » Lors d’un voyage de quarante jours aux Etats-Unis, en 1946, Paul Ricard, plus à l’aise avec le provençal que ­l’anglais, comprend ce qu’est une entreprise efficace et le rôle central des équipes. Sa devise devient : « Fais-toi un ami par jour. » Son petit-fils la cite souvent.

 

Un patron paternaliste ?

 

Patricia Ricard cite un ancien employé : « Le paternalisme, c’est comme le camembert. Pour certains, ça pue, mais, pour d’autres, c’est délicieux.»

 

Paul Ricard invente un capitalisme populaire à partir d’un principe : des « collaborateurs » (on ne dit pas « salariés ») heureux travailleront dix fois mieux. Il est pionnier sur les salaires élevés, l’intéressement des employés aux bénéfices, les vacances étirées et les congés payés en des lieux-maisons, à la mer ou à la montagne. Il invente son propre PEL pour que les employés puissent être propriétaires de leur logement. « Les commerciaux avaient une vie rude, il fallait des contreparties », explique Patricia Ricard. Elle ajoute : « J’ai dû attendre mes 12 ans pour comprendre, en vacances, si une personne était salariée de l’entreprise ou membre de ma famille. »

 

Un patron paternaliste ? Patricia Ricard cite un ancien employé : « Le paternalisme, c’est comme le camembert. Pour certains, ça pue, mais, pour d’autres, c’est délicieux. » Il aime l’ordre, l’effort et goûte peu les éducateurs chevelus. A la lutte des classes il préfère la collaboration de classes. Il se tient à distance des organisations patronales et confie un jour : « Les patrons qui ne laissent rien après eux, je les plains. »

 

Michel Braudeau, qui l’a rencontré en 1997 pour Le Monde, dessine un « dictateur bienveillant », qui se sent bien au milieu du peuple. Un train de vie modeste, pas de costume de luxe. Il achète ses blousons en grande surface – comme le pastis. « Il ne possédait pas de yacht mais un chalut dessiné par lui. Pas de chevaux de course, il montait ceux de Camargue. Il ne collectionnait pas de tableaux, il les peignait », raconte Patricia Ricard.

 

Publicitaire hors pair

 

Le fondateur sait qu’un bon produit ne suffit pas, il faut « lui donner une âme ». Susciter le désir. Là, il est champion. Les théories du publicitaire ­britannique David Ogilvy (1911-1999), notamment sur l’imaginaire d’une marque, sont une révélation. Le patron imprime son nom sur tout ce qu’il crée. « Le mot Ricard doit supplanter le mot pastis et devenir un nom commun. » Mégalomanie ? Plutôt un art du marketing : une marque totale sert les intérêts de chaque branche – du pastis à la formule 1.

 

« Paul Ricard est mon père de pub », dira Jacques Séguéla, qui a élaboré l’image de François Mitterrand en 1981. Pour son logo, le Marseillais utilise le bleu pour la mer et le jaune pour le soleil, deux couleurs qui se voient de loin. Il invente ensuite une gamme d’objets associés au petit jaune, dessinant lui-même, en 1935, un broc d’eau couleur « pain brûlé », obtenue après une erreur de cuisson de la céramique. Suivent des verres, des cendriers, des bobs…

 

Ses goûts esthétiques ne sont pas modernes. Sa peinture ne vaut pas un clou – figurative, académique. Michel Braudeau comparait l’architecture touristique des Embiez à des camps de vacances dans l’ex-Yougoslavie. « Il avait le sens du spectacle », rétorque Patricia Ricard. Pour les affiches, se méfiant de la modernité épurée des années 1930, il opte pour des créateurs maison, qu’il peut contrôler, concoctant des images ­efficaces, colorées, à partir de mannequins souriants.

 

Il crée un service de dessin industriel, installe une imprimerie pour les publicités, jusqu’au papier à lettres. Et surtout, il arrose. Dès 1938, il lance une première campagne d’affichage nationale. L’année suivante, rebelote à la radio et dans les journaux. Cendriers et bobs s’invitent dans les manifestations populaires, les plages, les fêtes de village. On raconte encore que le patron a glissé une pièce de monnaie entre le goulot et le bouchon de chaque bouteille pour séduire les cafetiers. En 1948, Ricard devient la première marque partenaire du Tour de France.

 

En bon catholique, Paul Ricard est reçu au Vatican avec trois trains de « ricardiens » auxquels le pape Jean XXIII donne sa bénédiction – à son pastis aussi.

 

Au final, le patron marseillais réussit un tour de force : faire d’un alcool assez basique une boisson culturelle. « Il a mis en bouteille un imaginaire », estime Caroline Casta. Celui de la Provence, du compositeur Vincent Scotto, de l’écrivain Marcel Pagnol, de l’acteur Fernandel, du chanteur Tino Rossi. De Darcelys, surtout, qui vante en chansons le « vrai pastis de Marseille » : Une partie de pétanque, Un pastis bien frais ou C’est le Ricard.

 

La paix entre les deux coqs du pastis

 

Le fondateur de la marque reconnaîtrait-il son entreprise aujourd’hui ? Les bâtiments, non. La direction du groupe a emménagé en 2020 dans un immeuble élégant et lumineux dessiné par l’architecte Jacques Ferrier près de la gare ­Saint-Lazare. Mais il retrouverait accroché dans le hall La Pêche au thon (1967), de Salvador Dalí, l’un des rares tableaux qu’il avait achetés. Le siège de Pernod Ricard France, lui, est toujours à Marseille, mais il a quitté, en 2020, le site historique de Sainte-Marthe pour les Docks, à deux pas du port et de la mer.

 

Ce visage immobilier, l’un marquant l’ancrage marseillais, l’autre l’expansion mondiale, est le résultat d’un moment-clé et d’une évolution. En 1975, d’abord, l’alliance avec Pernod met fin à la guerre sans merci que se livraient les deux coqs du pastis. « C’était un peu comme les O’Timmins et les O’Haara [les deux clans familiaux en conflit dans un album de Lucky Luke] et ça devenait impossible », confie Patricia Ricard. Et puis, au cours des dernières décennies, Pernod Ricard est devenu un géant des spiritueux coté en Bourse. Avec 8,8 milliards de chiffre d’affaires et des bénéfices de 1,3 milliard en 2021, cette stratégie « visant à grandir » par acquisitions de marques continuera, confie Alexandre Ricard.

 

Certaines choses n’ont pas changé. En premier lieu, c’est toujours un Ricard aux manettes. Après son retrait, en 1968, Paul confie les clés à son aîné, Bernard, qu’il vire un peu plus tard, puis au cadet, Patrick, non sans garder un œil sur les comptes. « Toutes les semaines, il surlignait au Stabilo Boss vert ou rouge les ventes en volume et par marque. S’il y avait trop de rouge, il passait un coup de fil… », sourit Alexandre Ricard.

 

Ce dernier, fils de Bernard et neveu de Patrick, pilote le groupe depuis 2015. Il est le guide d’une famille dont une cinquantaine de membres sont réunis au sein de la société anonyme Paul Ricard, qui détient 14,05 % du capital et 20,71 % des droits de vote. Alexandre Ricard a été choisi pour « son talent », répète-t-on, pas sur son nom. Ce dernier insiste : s’appeler Ricard n’est pas un ­critère d’embauche. Et si après lui personne ne s’impose dans la famille, le patron sera recruté en dehors.

 

Une lente érosion des ventes

 

En son sein régnerait un bon esprit. Le contraire serait un peu déplacé, d’autant que les dividendes sont appréciables. « Nous sommes bien conscients d’être des privilégiés », indique Patricia Ricard, qui vient d’intégrer le conseil d’admi­nistration. En 2018, quand le groupe a dû ­affronter l’entrée inamicale au capital du fonds activiste américain Elliott, en appelant à une fusion avec un autre géant des alcools, la famille s’est avérée un atout de stabilité.

 

La tribu familiale veille aussi sur l’héritage du grand-père – elle était quasiment au complet, aux Embiez, pour fêter les 90 ans de la marque. Mais, voilà, le pastis en général subit une lente érosion des ventes en raison de l’attractivité d’autres apéritifs. Pernod Ricard s’en sort le mieux, puisque son anisé gagne des parts de marché, mais la marque a dû supprimer 10 % des effectifs en 2019, au moment de la fusion définitive avec Pernod.

 

Comme son grand-père, Alexandre Ricard veut ancrer son pastis dans les apéritifs tendance à dimension culturelle, notamment auprès des jeunes adultes. La bouteille, relookée en 2011, est un bel objet d’une couleur feuille-morte. La marque se veut aussi à la pointe de l’environnement et de l’écologie, tant au niveau des produits que des sites de production. Les lancements récents d’un anisé issu de plantes fraîches ou de Ricard fruité bio (citron et amande) vont dans ce sens.

 

Le groupe a également ouvert, en 2020, dans les Docks, quatre espaces au design branché, à la gloire de l’anis sous le concept Mx (« M » pour Marseille, « x » pour mélange) : une exposition immersive (8 euros l’entrée tout de même) pour raconter le pastis, une boutique, un bar à cocktails avec cours de pastisologie et un restaurant. C’est un mélange des genres digne du grand-père, l’art de raconter le pastis et de vanter la marque.

 

Pour son anniversaire de 90 ans, la maison a mis le paquet – à se demander ce que ce sera pour les 100 ans. Le slogan franglais « Born à Marseille en 1932 » est décliné par le designer Yorgo Tloupas sur une bouteille en édition limitée, un verre et une carafe. Pour l’occasion, le célèbre cruchon de 1935 a été réédité.

 

Cela fait des années que Pernod Ricard fait appel à des designers (Garouste et Bonetti, le Studio 5.5 ou Marc Newson) avec pour mission de donner un coup de jeune à la bouteille ou au broc. On retrouve le même esprit avec la fondation d’art, installée au pied du siège parisien, réputée pour soutenir les artistes émergents.

 

Alexandre Ricard semble évoquer un fantôme quand il veut « une entreprise humaniste, à la pointe du social et de l’intéressement des équipes ». Comme son grand-père, il est friand d’un apéro Ricard-olives-saucisson. Comme lui, il ne veut pas rater un wagon de la nouveauté – il a beaucoup lu sur le métavers. Il passe ses vacances estivales aux Embiez. Sur l’île, pas loin, Paul Ricard est enterré avec une bouteille à son nom.

 

Michel Guerrin

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commentaires

P
Bravo Taulier, voilà d’la chronique pour un dimanche matin. C’est plein d’idée pour oublier, autant que faire se peut une canicule qui commence à nous taper, jour et nuits, sur les nerfs.<br /> Vie généreuse et picaresque que celle de Paul Ricard qui se révèle être un touche à tout de grand talent. <br /> Seule ombre au tableau pour une mouche du coche jamais contente, avoir permis à Môssieur Pasqua de prendre son essor. Cette âme damnées de la droite tendance « SAC» qui avait tout compris et se faisait régulièrement élire pour se mettre à l’abri de toute poursuite. La comparaison à peine outrée avec de chien Droopy de Tex Avery qui , la mine la plus navrée possible vous explique : « You know what ? I am happy » est un antidote pour oublier la nature profondément mafieuse de l’individu *<br /> Mais , tout le reste est réjouissant et estival en diable.<br /> Aller garçon ! Remettez nous ça…<br /> <br /> P.S Dans la chronique on évoque le publiciste David Ogilvy. Il inventa ou au moins révolutionna la publicité contemporaine. On lui doit une publicité pour Rolls Royce qui vantait le silence de ces limousines de grand luxe : « Au maximum de sa vitesse ce qui fait le plus de bruit dans la voiture c’est le tic tac de la montre du tableau de bord » <br /> En entendant ça le chef de produit de chez Rolls, avec tout le flegme britannique possible aurait très simplement remarqué : « C’est vrai, cela fait déjà un moment que je dois me pencher sur le bruit de cette foutue montre »<br /> Si c’est inventez , c’est une belle histoire non ?<br /> Allez bronzez bien ! Sans oublier les écrans à indice fort pour ne pas brûler. Puisqu’on vous propose de quoi vous protéger, il faut vous en servir. Comparez, il n’existe rien de tel contre les loufoqueries de la mouche du coche vous voyez comme c’est gênant.<br /> <br /> <br /> <br /> * Si vous finissez par ne plus entendre parler de la mouche du coche, si elle ne répond plus aux amicales et fidèles relances d’un Taulier inquiet et plein de sollicitude, vous pourrez, à présent, imaginer une fin comme celle d’Alain Delon dans – de mémoire – « Mort d’un pourri » 1977 de Georges Lautner.
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