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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 06:00

 

Mon père,  Arsène Berthomeau, pendant les battages...

 

Au temps où je servais la messe, en l’église Saint Jacques le majeur, messe basse au petit matin, pour quelques ouailles au féminin, comme le dimanche, la grande masse chantée, je pilotais pour le curé-doyen Bailly, l’opération de transmutation du pain et du vin, les deux burettes, la cloche au moment de l’élévation : « ceci est mon corps, ceci est mon sang », pourtant le vin était blanc.

 

Et puis, il y avait le sac de grain donné à l’évêché de Monseigneur Cazaux, pour le soutien aux nombreux séminaires de la Vendée, et aussi le pain béni distribué dans une grande panière (le pain étant fourni chaque dimanche par une famille).

 

Et puis, il y avait mon père, maître des batteries – battage en vendéen – avec sa grosse vaneuse – batteuse en vendéen – le grain égrené, ensaché, taré à 80 kg, pesé, partagé entre le maître et le métayer, tout le symbole d’une Vendée crottée sous le joug du curé et des maîtres.

 

Tout comme les hommes, j’adorais croquer le grain de blé, eux c’était pour en apprécier son poids spécifique (Le poids spécifique (PS) des céréales à paille est un critère plus commercial que physiologique ou technologique, en partie hérité d'une période où les transactions commerciales se basaient plus sur le volume que sur le poids. Il conserve actuellement un intérêt logistique, et reste une base des contrats commerciaux. En pratique, le poids spécifique est mesuré au moyen d'une tasse cylindrique d'un demi-litre et d'échantillons de grain pesés au gramme près. Le poids en grammes par demi-litre est ensuite converti en kg/hl à l'aide du tableau de conversion du poids spécifique établi pour chaque type de grain.), moi c’était pour réduire les grains en pâte, forme de chewing-gum naturiste.

 

Et puis, il y avait le fournil du petit Louis Remaud le boulanger, le grain devenu farine à « La minoterie Brianceau a joué un grand rôle localement. Elle a été en activité dès 1914 et jusqu’en 1971. Elle a été démolie en 1992 pour laisser place à l’ancien funérarium, lui-même fermé aujourd’hui ». Y’avait aussi la coopé, avec les agriculteurs, située dans la montée de la gare où habitaient les Troussicot, fondée dans les années 30, initiative originale, c’est monsieur Lancier, président du syndicat agricole départemental, qui en était l’initiateur. Elle n’avait pas bonne presse, elle sera fermée en 1958. « Contre 80 kg de blé, on recevait 57 kg de pain pesé ou 60 kg de pain non pesé »

 

Le pain était vendu au poids et sa coche. La coche du boulanger était une petite baguette en bois de noisetier, fendue en deux, « les coches que le boulanger effectuait servaient à compter les pains vendus à crédit. À la fin de la semaine, le boulanger demandait son dû à son client en vérifiant ses coches. » Le gros pain de 4 livres, la coche qui pour nous paysans comptabilisait l’échange grain-pain.

 

Être réduit au pain sec, je n’ai jamais connu ce régime, le pain sec, à partir du XVIIème siècle est du pain non accompagné d’un quelconque aliment. Au XIXème siècle, la notion de pain sec est une sorte de punition le plus souvent infligée aux enfants et plus tard aux prisonniers en s’accompagnant d’eau. Selon certaines interprétations, l’expression être réduit au pain sec puiserait ses origines  dans le monde religieux chrétien où les personnes pieuses comme les moines ne mangeaient que du pain avec de l’eau pour se mortifier.

 

La tartine du pain embeurrée du goûter où mémé Marie émiettait du chocolat Menier ou Poulain.

 

La bouchée de pain saucée du beurre de sardines de la poêle, salée, « attention tu vas te brûler. »

 

Les grillées embeurrées couvertes d’une belle couche de mogettes.

 

Mes sandwiches jambon-beurre et mes hot-dog d’étudiant, à Nantes, baguette croustillante, petit prix, bien mieux que les burgers de McDo.  

 

Le grain, le bon grain reconquis par les pionniers de la méthode Lemaire-Boucher, le bon pain, ont toujours occupé dans ma vie une place privilégiée, bien plus que le vin.

 

Alors, pour les fêtes, si vous partagez mon avis, offre-vous ou offrez à vos êtres chers :

 

L'Homme et le grain ; Une histoire céréalière des civilisations - P. Benoît Vermander sj et Alain Bonjean

ALAIN BONJEAN BENOÎT VERMANDER

L'Homme et le grain

Une histoire céréalière des civilisations ICI 

 

Cet ouvrage retrace la longue histoire des interactions entre l’Homme et les céréales.

 

Depuis les premières tentatives de domestication jusqu’aux applications agronomiques les plus contemporaines de la génomique, depuis les gestes de partage qui scandent le quotidien jusqu’aux rituels agraires les plus élaborés, Alain Bonjean et Benoît Vermander dévoilent la diversité des espèces productrices de grain et celle des sociétés qui s’organisent autour de leur culture.

 

La domestication des orges, exemplaire du travail poursuivi entre la nature et l’humanité ; la naissance des blés dans le croissant fertile, leur introduction en Europe puis dans le monde entier ; la précoce mise en valeur des millets et l’exubérance du répertoire mythique qui les accompagne ; les transferts et les drames qui ont marqué l’échange colombien, depuis l’introduction du maïs en Europe jusqu’à celle de techniques culturales africaines en Amérique du Nord ; le répertoire élaboré des riz asiatiques et des rituels associés ; la diversité maintenue des céréales africaines, celle des espèces andines trop longtemps négligées, gage d’espoir pour l’humanité... Telles sont quelques-unes des étapes de ce livre, qui ouvre des perspectives inédites sur les rapports entre l’homme et le végétal et sur les crises qui marquent aujourd’hui pareille relation.

 

  

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commentaires

P
Naturellement on ne s’etonnera pas de voir la mouche du coche ajouter son grain de sel.ce sera à propos du vin de messe. Le Taulier, certes ce n’est pas le sujet de la chronique, reste bien silencieux sur les facéties aussi gourmandes que pleines de curiosités des enfants de chœur à l’égard du vin de messe dont ils remplissaient les burettes.
Sait on que l’église de Banyuls-sur-Mer a été construite grâce aux bénéfices du commerce du vin de messe initié par l’Abbe Rous, François de son prénom.

Constatant que la vieille église romane de la Rectoria est trop petite pour accueillir tous ses fidèles. Il lui faut l’agrandir et la restaurer. Alors le curé imagine un moyen de financer ses projets sans faire appel à la générosité publique. En 1873 le vin de messe revient à l’abbé Rous. C’est ainsi qu’il se lance dans le commerce des vins, appelés par ses soins « l’œuvre du vin de messe ». L’affaire devint vite une affaire prospère avec 400 000 francs-or de l’époque, en chiffre d’affaires. L’abbé Rous joua un grand rôle pour la mise en valeur du vignoble et promoteur du cru du vin de Banyuls-sur-Mer. Il imagina alors un moyen de financer ses projets et organisa un négoce. Son premier souci et d’acquérir des celliers où il entreposerait des vins du cru mais aussi des vins de la plaine, ce qui lui donnerait la possibilité de fournir des vins de qualité qu’il pourrait laisser vieillir et qui feraient les délices des ecclésiastiques. En effet, il faut savoir que le clergé de France constitue pour son entreprise un bon réseau de distribution et une clientèle fort appréciable. De ce fait il doit normalement suivre certaine règles dont la suivante : être un vin naturel et pas trafiqué. Dès ce moment-là l’œuvre du vin de messe devint rapidement une affaire commerciale prospère. En 1872, le ministère des Cultes jugea que l’on pouvait laisser le curé continuer en paix son commerce.
Ainsi le curé put construire assez rapidement son église, acheter un presbytère, entretenir deux puis trois vicaires, soutenir des œuvres paroissiales, aider la toute nouvelle paroisse de Cerbère et faire de larges aumônes pour les pauvres et aider les personnes dans le besoin. Sa table était toujours ouverte à ceux qui avaient faim. C’est ainsi qu’il aida largement à vivre Aristide Maillol, jeune artiste peintre à ces débuts puis sculpteur ensuite et qui le remercia en peignant un tableau représentant l’abbé Rous grandeur nature. Mais en 1879 tout fut remis en question avec la montée de l’opposition républicaine dans la politique française. La municipalité ainsi que 28 négociants et propriétaires commencèrent à prendre ombrage de ce négoce, jugeant que l’abbé leur faisait un grand préjudice financier. Ceux-ci adressèrent une violente dénonciation au ministre des Cultes. En 1888, le conseil général des Pyrénées-Orientales lui interdit de commercer. Sous la pression après toutefois une résistance et une persévérance, l’abbé Rous doit se résigner. Il meurt en 1896. L’œuvre disparaîtra avec lui.

Reste à ce jour l’église de Banyuls-sur-Mer et ce tableau peint par Aristide Maillol.
( Wikipedia )
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