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22 mai 2021 6 22 /05 /mai /2021 08:00

Campagne à Paris

Notre périple sous terre, tels des lombrics entrelacés, teintait d'un plaisir malsain mon blues matinal. Ici, dans cette ville grouillante, indifférente, me fondre dans son magma serait un jeu d'enfant. Ma nouvelle vie de merde se présentait sous les meilleurs auspices. Pour la première fois depuis notre arrivée je souriais. Ambrose, ma mère poule, sentait que je me détendais, il en profitait pour m’annoncer : « Nous allons porte de Bagnolet dans un petit village au coeur de Paris. Tu vas voir nous t’avons préparé une belle surprise. » Je ne relevai ni le nous, ni l'indication de notre point de chute, ça m'importait peu, tel un Giovanni Drogo vieillissant face à la frontière d'où nuls envahisseurs n'avaient jamais surgi, je me sentais las. Aurais-je encore le courage de me colleter à la vie ? De le faire sans complaisance ni masochisme. De le faire, tout simplement, n’être qu’une insignifiante trace dans ces années de fric corrupteur. « T'es bien trop petit mon ami » chantait le pépé Louis. Une irrésistible envie d'envoyer valdinguer tout ce fatras de souvenirs me saisissait. Sortir ! Ne pas céder à la lassitude. Voir des gens. Les sentir. Les entendre. Leur parler. Avoir de nouveau la sensation d'être vivant.

 

Moche la porte de Bagnolet, rien qu’un nœud de bitume plein de bagnoles, de bruit, de pestilence sulfurée, Ambrose sur son petit nuage, me guidait, dissertait : « Oui mon ami, difficile de croire que nous sommes dans le XXe arrondissement, même si ça t’étonne, la Campagne à Paris, c’est bien le nom du quartier perché sur les hauteurs où nous allons nous installer ; un petit village créé, sur l’ancienne commune de Charonne, en une vingtaine d’années, au début du XXe siècle, un  îlot situé sur des anciennes carrières souterraines et composé d’une demi-douzaine de jolies ruelles, à l’origine organisé en coopérative : il permettait à la classe ouvrière d’accéder à une centaine de pavillons construits spécialement pour eux et proposés à des prix abordables. Feu la classe ouvrière ! Bien avant les bobos, comme à la Mouzaïa, ce fut le nec plus ultra des nouveaux bourgeois intellos parigots... » Nous montions des escaliers, une fois en haut des ruelles pavées, des petites maisons en brique ou en meulière, jardinets fleuris et verdoyants. Tout ce je trouvai à dire « C’est une annexe de la grande muette, y’a plein de capitaines : Ferber, Marchal… » Ambrose me prit par les épaules « Nous allons rue Jules Siegfried, un industriel havrais, préoccupé par le sort des plus pauvres qui chercha à promouvoir l’habitat social. Ainsi, la « loi Siegfried » du 30 novembre 1894 encourage la création d’organismes d’habitations à bon marché. C’est auprès de cet homme politique influent, « le plus représentatif de l’esprit havrais » selon René Coty, que ce dernier entama sa carrière politique. » Ambrose est ainsi, le roi du  détail, le champion de la logistique.

 

La surprise d’Ambrose : le père de Marie se tenait sur le perron d’un charmant pavillon, il m’enveloppa de ses grands bras « Mon fils : bienvenue au logis de Marie, c’était ma dot, comme on le dit chez les bourgeois, voici les clés, ce n’est pas un mausolée, Marie c’était mon bébé, l’amour de ma vie, un rayon  de soleil que tu as su capter, foin d’émotion mon garçon, gardes-là dans ton cœur c’est un ordre ! » Je balbutiai je ne sais plus trop quoi, Ambrose rayonnait « Comme tu es le roi de la brocante nous allons chiner pour la meubler » Nous fîmes le tour du propriétaire, le père de Marie et Ambrose s’entendaient comme deux larrons en foire, je planais. « En attendant votre installation je vous héberge ! » Nous repartîmes dans sa vieille Jaguar Mk2, aux fragrances de vieux cuir et de havane, conduite à  droite, éphèbe café crème à la manœuvre, moi à la place du mort, les deux comploteurs sirotant sur la banquette arrière un Cognac Delamain hors d’âge.

 

En pénétrant dans le grand penthouse de l’avenue de Breteuil, elle, partout, son rire, ses taquineries, ses allures de gazelle, son lit de jeune fille, des photos d’elle sur les murs blancs, je tanguais. Le grand homme, prévenant, flanqué d’un Ambrose plus mère poule que jamais, m’encadraient, silencieux. Se ressaisir. « Je vais prendre une douche… » Mon jeans, mon tee-shirt me collaient à la peau, mes Clarks cocotaient. Je les flanquais à la poubelle. Nu comme un ver je farfouillais dans ma maigre garde-robe, un pantalon ample de lin, un sweet-shirt, des tennis blanches. En m'enfournant dans le futal la rouille de mes genoux me rappelait à l'ordre. Je marmonnais « Si tu continues, mec, t'es bon pour Saint-Anne. Bouge ton cul ! » Le miroir de la salle de bains confirmait le diagnostic, en pire. Le désastre fondait sur moi. Un vrai naufrage. Me récurer. Tailler dans le poil. Sentir bon. Ambrose, au sortir de la salle de bains, ne me laissa pas le choix « Je t’invite à dîner au Pied de Fouet, nous avons à causer mon grand… » C’était à deux pas, au cul du jardin de l’hôtel Matignon, nous nous y rendîmes à pied.

© tasogareningen / Instagram

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commentaires

pierre 22/05/2021 11:10

y a pas à dire, y cause riche son dabe à la Marie, j'arrive même à ne pas y croire! 'est dire

pax 22/05/2021 08:36

Un Penthouse, du cul a bouger , du cul au jardin, une mère poule, un parfum de cocotte c’est plus une histoire d’amour. On vire au porno chic avec un soupçon de sado masochisme quand on prend son pied au fouet ou en pas de deux ou encore qu’on taille dans le poil. Maintenant ce qui se passe à l’arrière de la bagnole, jeux de la main , jeux de vilains ou règlement de compte de la main à la main ? C’à relèverait il pas de La Mondaine tout ça ?
Du coup, pas étonnant le blues du narrateur . Arrêtons nous là car quand on parle d’une vie de merdre* ça tourne à la scatologie.
Quoi, comment ? La mouche du coche n’a rien compris , elle ne sait plus lire entre les lignes ? Alors c’est Folcoche ** Ca doit être pour cela que le narrateur évoque Sainte Anne.

* Comme ne cesse de répéter le père UBU
** La mère dans « Vipère au poing » d’Hervé Bazin

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