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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 08:00

 

Le matin nous allions à vélo, par le sentier côtier, jusqu'à l'anse des Soux. Au soleil levant l'eau, d'une extrême transparence, semblait de pur cristal. Marie l'intrépide s'y plongeait sans la moindre hésitation et, de son crawl fluide et silencieux, elle filait vers le large. Moi je m'adossais à la pente sableuse pour lire. De temps à autre je relevais les yeux pour repérer le point blanc du bonnet de bain de ma naïade favorite. La montée du soleil m'emplissait d'une douce chaleur mais je ne pouvais réchauffer la pointe d'angoisse qui ne disparaîtrait que lorsque Marie serait de nouveau à portée de ma brasse minable. L'océan, avec ses airs paisibles, me déplaisait. Je connaissais sa nature profonde, charmeuse et hypocrite comme celle de tous les puissants. À la fin juillet, en un accès de rage soudain, de ses entrailles obscures, il avait enfanté une tempête féroce. Avec Marie, blottis dans la faille d'une falaise, à l'abri du vent et des embruns, pendant des heures, nous nous étions grisés de ses outrances. Dans le grand lit de la Ferme des Trois Moulins, ce soir-là, pour conjurer ma peur, j'avais pris Marie avec une forme de rage désespérée. Après, blottie dans mes bras, elle m'avait dit « Tu m'as baisé mon salaud, c'était vachement bon... »

 

Écrire que notre nous aurait survécu aux pires tempêtes comme à la mer d'huile du quotidien me semble dérisoire. J'en ai la certitude mais j'aurais préféré qu'il se disloquât sous nos faiblesses ou, pire, avec l'irruption d'un autre, plutôt que de le voir trancher ainsi sans appel. Même si ça emmerde tout ceux qui pataugent dans le foutre et le cul, l'amour heureux existe. Ne venez pas me faire chier avec des railleries sur l'eau de rose ou le sucre Candy et toute autre vacherie. Même maintenant que je suis au régime sec ma faculté de vous faire une tête au carré, de vous bourrer le pif, de vous foutre ma main sur la gueule, reste intacte. Marie et moi, dans la grande loterie des rencontres, étions l'exception qui aurions confirmé la règle de notre génération championne du divorce. À cet instant, alors que je m'échine à ne pas décrire par le menu nos 52 jours passés à vivre simplement ensemble, je sais que nous serions, trente ans après, les mêmes. La vie nous aurait sans doute cabossés mais les autres envieraient notre amour intact. Présomptueux me direz-vous ? Sans doute mais, je me connais, toute l'énergie que j'ai déployé à m'avilir, je l'aurais, avec encore plus de force et de pugnacité, tourné vers Marie. Quant à elle, n'y touchez pas, son coeur n'avait pas de limite et son ventre eut été fécond.

 

Le Printemps de Prague semblait résister aux grosses pattes de l'Ours soviétique. Notre PC national, toujours à l'extrême pointe de la collusion avec la nomenklatura du Kremlin, soutenait du bout des lèvres, les initiatives du parti frère. Grand progrès par rapport à l'insurrection de Budapest de 1956, où la chape de silence, la même que celle qui avait étouffé les cris de László Rajk et de ses compagnons d'infortune, exécutés à la suite des procès préfabriqués, en 1949. Le « socialisme à visage humain » d'Alexander Dubcek indisposait nos staliniens officiellement reconvertis. Marie espérait, Jean lui doutait de la capacité d'un parti unique à se réformer de l'intérieur, et moi j'avais la certitude que les gardiens du bloc ne pouvaient le laisser se fissurer. Mes talents culinaires explosaient. Moi, que ma très chère maman n'avait jamais laissé effleurer une queue de casserole, je me révélais un maître-queue inventif. Marie me charriait gentiment « Tu es l'homme parfait mon amour, où est la faille de l'armure ? » Et Jean de répondre « C'est qu'il n'a pas d'armure belle enfant... » Il avait raison, pour elle, je l’avais quittée.   

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commentaires

Pierre 12/05/2021 10:41

la première fois que vous avez publié ce feuilleton , je vous avait prévenu qu'il fallait se méfier des Marie comme de la peste, que ça pouvait vous brûler une vie: visiblement vous ne m'avez pas écouté, ça va mal finir je vous le dis

pax 12/05/2021 08:26

La mouche du coche a passé le mois d’août 68 en Tchécoslovaquie et à Prague bien sur.
Elle a pu goûter au printemps de Prague qui avait un goût de pays scandinaves.
Elle a quitté Prague le 20 août pour rentrer en France. Coup de chance, deux voitures seulement, en ce temps là on voyageait en stop, lui ont permis de regagner Strasbourg. Le lendemain matin, au réveil, les infos annonçaient l’entrée des chars soviétique à Prague.
Il y a trois choses à noter.
La première est l’amour indéfectible de ce peuple pour la France et cela, malgré le lâche abandon de notre pays lors de l’invasion par les nazis de ce pays ami avec qui nous avions des accords.
La seconde est que de tous les pays de l’Europe centrale, la Tchécoslovaquie est le seul ou
leurs communistes, qui n’avaient rien à voir avec le stalinisme, sont arrivés légalement au
pouvoir.
La troisième, enfin, est que ni Dubcek, ni les Tchécoslovaques ne voulaient la révolution
et quitter le bloc de l’est.
Comme quoi, le légalisme paisible paraît être une voie difficile à suivre. Sans doute par ce
que qu’il y a trop de fous autour de nous dans ce bas monde…

JACQUES BERTHOMEAU 12/05/2021 09:41

25 février 1948
Le «coup de Prague»
Le 25 février 1948, le président de la République tchécoslovaque, Édouard Benès (64 ans), doit céder tout le pouvoir au parti communiste et à son président, Klement Gottwald (52 ans), après deux semaines de pressions intenses des Soviétiques.
De tous les pays d'Europe centrale qui ont été libérés des nazis et occupés par les Soviétiques, la Tchécoslovaquie était le seul qui avait une tradition démocratique et un parti communiste puissant. Celui-ci avait obtenu 38% des suffrages aux élections de 1946 et tenait une place importante au gouvernement.

En juillet 1947, le gouvernement tchécoslovaque accepte à l'unanimité l'octroi d'une aide américaine, dans le cadre du plan Marshall. Mais voilà que Staline y met son veto ! Il est vrai que les Tchécoslovaques n'ont guère la possibilité de lui résister, l'Armée rouge (soviétique) occupant son territoire depuis la chute du nazisme.

Là-dessus, à l'automne 1947, les communistes tchécoslovaques s'activent à tous les échelons. Ils font capoter un projet d'alliance avec la France. Le pays commence à s'isoler de l'Occident.

Une enquête policière met à jour des tentatives d'assassinat contre des dirigeants non communistes. Les communistes répliquent en dénonçant un complot de « fascistes slovaques » visant à assassiner le président Benès. Mais ils commencent à s'inquiéter d'un tassement de leur électorat.

Le ministre communiste de l'Intérieur place de jeunes militants à tous les rouages de la police. Par décret, il remplace d'un coup huit commissaires de police de la région de Prague. Jugeant que cela dépasse les bornes, les ministres non-communistes exigent le 17 février 1948 l'abrogation du décret.
Le 19 février, le parti communiste appelle ses militants à se mobiliser. Le lendemain, les ministres modérés du gouvernement mettent leur démission dans la balance en signe de protestation.

Le dimanche 22 février, tandis que le président Benès se repose à la campagne (!), plusieurs régiments de police marchent sur Prague, sur ordre du ministre de l'intérieur, et effectuent de premières arrestations.

Le mercredi 25 février, épuisé, le président de la République se laisse convaincre d'appeler Gottwald lui-même à former un nouveau gouvernement. La légalité est sauve. Dans les faits, il s'agit d'un coup d'État qui a pu réussir grâce à la naïveté des démocrates tchécoslovaques.

Le 30 mai suivant, des élections sur liste unique donnent près de 90% de suffrages aux communistes. Le 14 juin, Gottwald est porté à la présidence de la République.

Le ministre des affaires étrangères Jan Masaryk, fils d'un champion de l'indépendance de la Tchécoslovaquie (1918), est retrouvé mort sous les fenêtres de son appartement, le 10 mars 1948, sans doute tué pour s'être opposé au coup d'État. Édouard Benès, autre champion de l'indépendance tchécoslovaque, s'éteint le 3 septembre 1948.

Le pays plonge dans l'obscurantisme pour quarante ans, sauf une brève parenthèse à l'occasion du « printemps de Prague » de 1968.

Menace de conflagration mondiale
À l'Ouest, le coup de Prague est perçu comme un premier pas vers une troisième guerre mondiale. En Allemagne, les zones d'occupation alliées évoluent chacune de leur côté et Staline tente, mais en vain, d'asphyxier Berlin-Ouest par un blocus terrestre.

Le 4 avril 1949 est signé le traité de fondation de l' OTAN, alliance militaire de toutes les démocraties occidentales. La guerre froide entre dans une phase active et durera jusqu'à la fin des années 80.

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