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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 06:00

Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain  les tient tous dans sa main. - Juvelize - Moselle

S’assurer proclame le chœur des assureurs !

 

 

La côte a éteint ses bougies. Les hélicoptères se sont posés. La vague d’émotion se tasse. Dans le silence et la transparence regagnée de l’air, la sérénité revenue, on s’attend à d’autres propos que l’émotion et la compassion, une vision plus à distance. Une vaque de froid traverse la France. Nous prenons, nous citoyens, politiques, journalistes, administrations etc. d’un coup tous conscience de la fragilité des exploitations agricoles : quelques degrés en moins, un coup de grêle, trop d’eau, pas assez, et le revenu d’une année  s’évapore. Je dis bien le revenu, car le travail est toujours là. Ce n’est pas lui qui disparaît. Mais est-ce aussi accidentel, aussi fatidique que ce que l’on se plait à croire ? Ne s’agirait-il pas plutôt de la fragilité structurelle des exploitations qu’il faudrait évoquer ? Les vieux réflexes veillent. Les technocrates,  les chercheurs, les politiques, ont dans leur chapeau quelque palliatif tout prêt. Tous se penchent sur notre petit monde maintenant avec compassion,  commisération mais aussi parfois avec une certaine goujaterie.  

 

Deux articles sur le sujet, au moins, cette semaine m’ont interpellé. Du premier, j’ai juste le titre, mais il donne le ton ICI

 

Le second, paru dans The Conversation, pourra être l’objet d’une autre chronique.

 

 

https://images.lindependant.fr/api/v1/images/view/607d5497d286c26fa2136456/hd/image.jpg?v=1

 

 

M. Assemat est président de Groupama Aude. Nous prend-il pour des dindons ? Sa phrase est assez crue, et assez subtilement méprisante, non ? 

 

J’ai caressé un moment le projet d’une assurance production. Ce ne sont pas les montants qui m’ont arrêté ni une attirance particulière pour les tracteurs. En fait, plus que le prix, c’est l’analyse de fond qui pousse à mettre en place cette assurance  fond qui pose question. Les discussions ultérieures avec les assureurs ont achevé de me convaincre de ne pas le faire.

 

Bien sûr, le montant de la prime est assez élevé. Et il dépend aussi de ce qu’on assure. Car la question est bien là : qu’assure-t-on ? Les coûts de production, le manque à gagner ou le chiffre d'affaires ? Je veux bien assurer juste les coûts de production, mais je ne vis pas de mes coûts de production. Je vis de ce que dégage comme résultat mon exploitation. Pas très facile d’assurer son revenu, non ? Admettons que l’on y mette juste les coûts de production. Dans ceux-ci, entrent les fermages ou les locations. On les assure aussi. Si je suis propriétaire des terres, j’assure tout ou partie de mon revenu. Si elles sont louées, on assure une rente. Là aussi, c’est douteux… Donc l’objet de l’indemnisation est assez mal cerné. Dans mon projet, j’avais assuré le coup de production, les fermages – revenus familiaux - et mes revenus propres, incluant les remboursements d’emprunt. Quelle franchise choisir ? 10 % ? 30 % Quel seuil d’intervention ? Tout devient très compliqué. En cas de perte complète - elle peut survenir – quel capital estimer du coup ? Parce qu’avec 30 %, on ne touche que 70 % du montant assuré. Il faut gonfler les montants pour être certain de couvrir ses frais et assurer du vent. Rien de très clair juridiquement.

 

2 autres éléments viennent perturber le système d’assurance. Déjà le versement des indemnités. Il survient dans l’année en cours. Dans le cas d’un vignoble comme celui de la Côte de Nuits, les conséquences économiques dus à un accident climatique surviennent généralement un an, voire 2 ans après. Les indemnités surviennent donc  à contretemps, à un moment où il y a du revenu – donc imposition et taxation sociale – puis ne sont pas là quand on en a besoin. 

 

Le deuxième élément est le mode de calcul de la production. Jusque-là, nous avons parlé argent. Nous allons parler du volume de production. Pour savoir ce qui a été perdu, on part d’une moyenne calculée sur les 5 années antérieures, dont on détourne l’année de plus forte production et celle de plus faible. Moyenne sur 3 ans disons en fait. 3 années de grêle de suite sur la Côte de Beaune, une de gel. On élimine le gros millésime, il en reste 2 petits et un moyen. C’est à ce niveau qu’achoppent les discussions entre les producteurs et les assureurs. Mais si je partage le point de vue de mes collègues, j'adhère à la logique de l’argument des assureurs. Ils ne sont pas là pour assurer une production qui n’est pas adaptée au lieu. Assez logique, mais pas facile à comprendre dans un vignoble, plantation pérenne, et d’appellation de surcroît.

 

J’en suis donc resté avec le projet. Aux préliminaires, pour filer subtilement la métaphore de M. Assemat.

 

Car pour moi, il y a un leurre. L’assurance est un outil tout trouvé, efficace sans conteste, mais ce n’est qu’un outil. En assurant un capital, peut-être un jour un revenu, on évite de se poser véritablement les questions sur la stabilité et la pérennité de son exploitation. « Une stratégie de d’évitement » me dit souvent un ami Bruno, professeur de révérenciel bondissant.

 

Et l’évitement n’est en aucun cas la bonne méthode

 

 

© Jean-Christophe Bott/Keystone

 

Après l’épisode de gel de fin avril 2017, il y a celui de mi-avril 2021. Les pertes sont considérables pour l’agriculture. Ces événements désastreux sont-ils appelés à se répéter plus souvent en raison du changement climatique, qui entraîne un réveil de la végétation toujours plus précoce?

Les experts répondent par la négative

Grégoire Baur

Publié dimanche 25 avril 2021

 

Mamert, Pancrace, Servais et Boniface. Ces noms ne vous disent peut-être rien. Ils représentent les saints de glace, qui correspondent, en Europe centrale, aux journées du 11 au 14 mai. Traditionnellement, ils font référence à une croyance d’un refroidissement des températures durant ces quatre jours. Cette période traversée, le gel ne représente plus de risque pour l’agriculture. Certaines coutumes ajoutent d’autres dates, comme la Saint-Urbain, autrefois célébrée le 25 mai, qui une fois passée, selon le dicton, rassure le vigneron. Mais ces traditions sont mises à mal par le changement climatique. Et si l’on voulait toujours parler de saints de glace, il faudrait alors changer les dates.

 

 

Au fil des décennies, et en raison du réchauffement climatique, le démarrage de la végétation s’est décalé dans le temps. Le réveil de la nature est ainsi plus précoce au printemps. Cette réalité pourrait donc entraîner un risque accru face au gel. Il n’en est pourtant rien, pour l’instant. Du moins en plaine, à moins de 800 mètres d’altitude, assure Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches WSL.

 

 «On lutte donc plus tôt, mais pas plus souvent»

 

Autrice de deux études récentes sur l’impact du gel sur les cultures, la climatologue souligne que «sur les 150 dernières années, il n’y a pas de tendance à une péjoration de la situation». Et pour cause: le décalage du réveil de la végétation se fait en parallèle et approximativement à la même vitesse que celui de la date du dernier gel. «On lutte donc plus tôt, mais pas plus souvent», résume Danilo Christen, le responsable du groupe production fruitière en région alpine à l’Agroscope de Conthey, qui a cosigné l’une des deux études avec Martine Rebetez. Cela se ressent dans les dates de différents grands épisodes de gel: celui de 1867 a eu lieu fin mai, en 2017 c’était un mois plus tôt et cette année, mi-avril déjà.

 

Pour certains arboriculteurs, c’est le travail de toute une année qui a été détruit ces dernières semaines. Sur le coteau valaisan par exemple, les dégâts dus au gel concernent la quasi-totalité des abricotiers. En moyenne cantonale, la perte de récolte du prince du verger avoisine les 70%. Le bilan provisoire dressé par le service valaisan de l’agriculture est supérieur aux 50% de pertes de production dues à l’épisode dévastateur de 2017. Au niveau national, un état des lieux est en cours de réalisation, indique Fruit-Union Suisse. Il sera communiqué ce mardi.

 

Si l’arboriculture a été touchée de plein fouet, la viticulture n’est pas forcément mieux lotie. En Valais, les cépages les plus précoces, comme l’emblématique cornalin, ont également été touchés, dans une proportion qu’il n’est pour l’heure pas possible de mesurer. Et ce n’est pas fini. «La période de gel printanier n’est pas encore terminée et de nouveaux épisodes pourraient survenir», prévient l’Etat du Valais.

 

Des arbres pas adaptés à nos régions

 

Pour Martine Rebetez, cette triste réalité n’est pas une surprise. «Les arbres fruitiers proviennent de régions, comme l’Iran, où une fois l’hiver terminé il n’y a pas de retour en arrière. Ils ne sont donc pas tout à fait adaptés à nos régions, où l’afflux d’air du nord entraîne régulièrement des vagues de froid après des périodes douces», appuie-t-elle. Ces épisodes de gel ne vont donc pas s’arrêter. Ils reviendront périodiquement, sans que l’on puisse prédire quand.

 

Pour y faire face, les agriculteurs ont recours à la lutte par aspersion, l’utilisation de bougies à la paraffine ou encore celle de brûleurs au gaz. Mais, on l’a vu cette année, cela ne suffit pas toujours. «Les agriculteurs doivent faire face à de nombreux aléas climatiques. Après le gel, il peut y avoir la grêle, la sécheresse ou des précipitations trop intenses au moment de la récolte. Si les pertes sont trop lourdes et qu’elles ne peuvent pas être compensées par les bénéfices des bonnes années, les producteurs et productrices pourraient devoir cesser leurs activités ou changer de cultures», souligne Martine Rebetez.

 

Des arbres dont la floraison est plus tardive?

 

Une autre solution paraît toutefois envisageable. Favoriser des arbres dont la végétation se réveille plus tardivement serait bénéfique, puisque l’impact du gel est moins fort en tout début de végétation. «Pour l’heure, nous n’avons pas focalisé nos recherches sur ces types de variétés, car nous avions d’autres urgences, notamment celle liée à la résistance aux maladies», indique Danilo Christen, qui reconnaît peut-être «une erreur de ne pas avoir lancé des recherches liées au gel». L’ingénieur agronome assure que cette anomalie sera corrigée.

 

L’objectif est donc de trouver des arbres dont la floraison est plus tardive, mais dont la récolte des fruits demeure aux périodes actuelles. En d’autres termes, le cycle végétatif doit être plus court. «Prenons les abricots, ce sont des fruits d’été. S’ils arrivent sur les étals à fin août, le marché n’en veut plus. Ce sont d’autres fruits, comme les poires ou les pruneaux, que l’on retrouve dans les rayons», appuie Danilo Christen.

 

Le marché semble dicter sa loi à la nature. Cela ne peut-il pas évoluer? «Si le marché change, c’est que le consommateur a changé. Seul le comportement de ce dernier peut avoir un effet», répond Danilo Christen. Un avis que ne peut que partager Martine Rebetez: «Il faut sensibiliser la population pour qu’elle soutienne la production locale et qu’elle ne veuille pas, à tout prix, les premiers fruits qui arrivent d’autres pays, comme l’Espagne. Nous devons être capables d’attendre, par exemple, les abricots locaux. La qualité d’un fruit cueilli à maturité n’est absolument pas comparable à celle d’un fruit cueilli vert et transporté vers la Suisse.»

 

© Sebastien Salom-Gomis/AFP Photo

 

En France, un «quoi qu’il en coûte» viticole

 

La vague de gel du début avril a contraint les viticulteurs français touchés à demander l’aide de l’Etat. Un milliard d’euros ont été débloqués

Richard Werly

La réponse budgétaire ne s’est pas fait attendre, conforme au «quoi qu’il en coûte» devenu, en France, le mot d’ordre pour la réponse économique à la pandémie et aux aléas du confinement. Un milliard d’euros débloqués le 17 avril 2021 pour les viticulteurs, après une vague de gel sans précédent sur leurs exploitations. Selon les premières estimations, 80% du vignoble français, toutes régions confondues – sauf le littoral azuréen (vallée de la Loire, Bourgogne, Bordelais, Champagne, Sud-Ouest…) – a subi un redoutable refroidissement des températures entre le 5 et le 10 avril. Les maraîchers sont aussi touchés. «Le seul sentiment possible est celui de la fatalité face à une telle dévastation naturelle», commentait, début avril, Anne Colombo, du centre œnologique des Côtes du Rhône.

 

«Quoi qu'il en coûte»

 

Pour le secteur français du vin et des alcools, cette «épidémie» de gel est venue aggraver les problèmes de l’autre pandémie: celle du Covid-19 qui a entraîné la fermeture, fin octobre, des cafés et restaurants. S’il n’est pas encore chiffré pour ces derniers mois, l’impact de la crise sanitaire est estimé, pour 2020, à des ventes diminuées de 60% pour les contrats d’achat en sortie de chais. Environ 500000 personnes sont, en France, employées dans la viticulture. 4,2 milliards de litres de vin français sont sortis des cépages de l’Hexagone en 2019, soit 17% de la production mondiale. Or qui dit pandémie dit aussi plongée des exportations, sur fond de guerre commerciale avec les Etats-Unis, où Donald Trump avait, en 2019, augmenté les taxes d’importation de 25%. La mesure, suspendue par Joe Biden dès son entrée en fonction, aurait entraîné une baisse de 14% des exportations et un manque à gagner de 400 millions d’euros. «La réalité, c’est que nous enchaînons les calamités l’une après l’autre, déplore, au téléphone, le propriétaire d’une appellation Pouilly Fumé, dans le nord de la Nièvre. En Saône-et-Loire, le gel qui s’est infiltré dans les bourgeons prêts à éclore a ruiné de la future vendange. C’est une question de survie.»

L’expression «quoi qu’il en coûte» résume, depuis l’apparition du coronavirus, la doctrine économique française. Entre 160 et 170 milliards d’aides tous secteurs confondus ont été distribués dans le pays en 2020. Raisonnable, alors que la dette dépassera sans doute les 120% du produit intérieur brut? Robert Vidal, responsable d’une cave coopérative près de Montpellier, a justifié cet effort lors d’une conférence de presse: «Le vignoble, c’est en enjeu d’avenir. C’est un secteur où beaucoup de jeunes, nos propres enfants, se démoralisent et vont arrêter. Depuis 2015, on n’a pas eu une année de récolte normale.»

 

Dans le Bordelais où la Cité du Vin de Bordeaux (inaugurée en 2016) est fermée comme les autres lieux publics, un autre phénomène inquiète: la possible désaffection des investisseurs internationaux, surtout ceux d’Extrême-Orient, une fois passé le tunnel de la pandémie. Trois pour cent des surfaces viticoles de la région appartiennent à de riches Chinois: «Le monde d’avant, celui de la spéculation viticole, est clairement ébranlé, juge un conseiller financier en investissements fonciers agricoles. Les domaines très endettés, et très dépendants de l’exportation, vont en faire les frais.»

 

Le gel des vignobles du début avril a trouvé un ardent avocat: le premier ministre français Jean Castex, originaire des Pyrénées et ancré dans le terroir. Il avait déjà, en 2020, annoncé des aides exceptionnelles de 80 millions d’euros lors d’une visite sur le site de Sancerre. En se faisant au passage le défenseur de futures restructurations foncières, et d’une possible diminution de la production. Un tournant que la catastrophe climatique du printemps pourrait bien accélérer.

 

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commentaires

P
Dans la série « yaka faukon » quelques observations

1) La réflexion sur « quoi assurer » explique bien la difficulté de savoir quoi assurer
et surtout déceler les échappatoires glissé dans les contrats.
Vous glisser sur une limace et vous vous retrouvez à l’hôpital. Vous voulez mobiliser « la garantie limace » de votre contrat multirisque habitation : question de l’assureur la couleur de la limace s’il vous plait ( sont polis ces gens là) Réponse verte la limace. Verdict : désolé vous n’êtes assuré que pour les limaces rouges. Mais sachez que j’ai aussi un contrat pour les limaces rouges…
2) Une fois de plus les assureurs ne sortent pas grandis avec leurs résistances à l’égard de leurs assurés restaurateurs aux quels souvent, la justice a donné gain de cause.
3) Il est étonnant que depuis le temps ce problème d’assurance ne soit pas réglé.
4) Pour pouvoir assurer un risque l’assureur doit connaître sa fréquence et le quantifier (combien le sinistre moyen peut coûter) Pour cela ils s’appuient sur des actuaires qui
maîtrisent à fond les problèmes de probabilités et de statistiques.
5) Je ne vois pas pourquoi on n’y arriverait pas. On a l’exemple de la garantie « catastrophe naturelle » qui date de 1983. Elle est obligatoire et s’adosse au contrat multirisque habitation des souscripteurs. Et cela, même si, habitant en étage dans un immeuble qui n’est pas dans une zone à sismicité possible vous ne risquez ni la tempête , ni les inondations et ni un tremblement de terre. C’est ce type de « mutualisation » qui permet d’assurer ce que les contrats de base excluent à savoir, des risques non appréciables par les actuaires.

Peut être que le Taulier nous fourniras des explications dans la future chronique annoncée sur le sujet et que nous saurons alors, à quel saint nous vouer.
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