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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 12:00

 

Tout a commencé lorsque je me suis retrouvé, pour la première fois, face à une copie d’examen : ce que l’on nommait alors la première partie de bac. C’était l’épreuve de français, grande pourvoyeuse, grâce à son lourd coefficient, d’une note apte à vous faire passer aisément l’obstacle.

 

La veille de l’examen j’avais dormi comme un loir, nulle angoisse, j’allais enfin affronter un bel obstacle. Il en sera de même lors de l’élimination au laser, de mon syndrome de Kent, à Lariboisière, « non merci, je n’ai besoin de rien pour m’endormir ».

 

À l’appel, le B de mon patronyme me faisait asseoir dans la salle d’examen parmi les premiers. L’attente qui suivit me laissa le temps de rêvasser, puis vint la distribution des copies et enfin celle des sujets. Mon choix fut rapide. « Si vous aviez à choisir un rôle quelle œuvre choisiriez-vous et, comment l’interpréteriez-vous ? »

 

Molière !

 

Le Misanthrope !

 

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3 heures…

 

Et partir de là me voilà parti à la recherche de ma première phrase, l’entame est essentielle, elle conditionne l’envoi, je passai donc une petite heure à me laisser féconder sans souci de l’horloge.

 

Et puis, me saisissant de ma plume je me lançais dans la rédaction sans brouillon.

 

Je n’ai nul souvenir de cette première phrase et, je ne pense pas avoir remis, au bout des trois heures, plus un peu de rab, un chef-d’œuvre. Ce fut un accouchement sans douleur. Mon interprétation du Misanthrope plu aux correcteurs, ils me notèrent grassement.

 

Pour l’épreuve de philo, l’année suivante, plus encore dotée en coefficient, « Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ?», 4 heures, je suivis le même chemin. Les correcteurs furent généreux à l’endroit d’un gamin dont le bagage philosophique tenait dans une petite musette.

 

Par la suite, propulsé « plume à discours de Ministre » il en fut encore ainsi : il me fallait affronter l’absolue nécessité de rendre ma copie en temps et en heure tout en la rédigeant au tout dernier moment.

 

Aux premières heures de mon blog je rédigeais mes chroniques à l’arrache comme le disent les jeunes d’aujourd’hui.

 

Pour mon roman, dit du dimanche, même modus operandi.

 

Je n’écris que sous l’empire de la nécessité.

 

Le problème c’est que, là où j’en suis arrivé dans ma vie, je n’ai à faire face à aucune impérieuse nécessité si ce n’est, sur mon espace de liberté, de continuer à aligner des phrases, tel un cycliste qui sait que s’il cesse de pédaler il se cassera la gueule.

 

Pour autant, pourquoi diable me mettrais-je en tête d’affronter les affres de l’écriture d’un roman ? Se lever tôt, mettre sur le métier son ouvrage, affronter ses personnages, souffrir, produire de la bouillie pour chat ou contempler sa page blanche, non merci. Autre obstacle majeur, je lis beaucoup de bons auteurs : c’est le meilleur antidote à la prétention de vouloir accoucher d’un premier roman qui finirait dans la poussière suite au retour des éditeurs en état de saturation dû au Covid 19.

 

Mais, comme toujours avec moi, il y a un mais, et ce mais c’est que le virus de l’écriture me tombe dessus tel la vérole sur le bas-clergé. C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai pondu ma chronique sur les soi-disant restaurants clandestins. Tout s’est enchaîné à la vitesse d’un TGV et je me suis retrouvé avec un bébé sur les bras.

 

Qu’allais-je en faire ?

 

Le confier dans un couffin, tel Moïse, aux eaux noirâtres de la Seine ?

 

En assumer la paternité, l’élever ?

 

Pour ne rien vous cacher je ne savais que faire de ce projet de m’exfiltrer de Paris, sans être inquiété par la maréchaussée.

 

Le vivre et écrire, au jour le jour, le scénario d’un road-movie ? J'aurais sans douté été un bon scénariste.

 

Ou, rester bien au chaud chez moi et pondre, soyons modeste, une petite nouvelle, sur ce périple ?

 

Pour meubler ce temps d’incertitude j’ai tenté d’embrouiller le commentateur en chef avec des signes de piste imbitables : la filière blanche, deux extraits de mon fameux roman du dimanche…

 

J’ai réussi mais, bon prince, je me suis attelé à cette 3e chronique * pour éclairer sa lanterne, technique du lamparo, si je suis capable de trouver une première phrase qui me convienne je conterai mon périple déjà tout tracé dans ma vieille tête fatiguée.

 

Pour faire genre, je cite en chute Fernando Pessoa« Chacun de nous appareille vers lui-même et fait escale chez les autres.»

 

L’écriture est un voyage incessant et immobile, elle nécessite la solitude et même l’isolement

 

*Dans l'émission Historiquement vôtre, Stéphane Bern se penche sur les racines d'une expression du quotidien. Il nous emmène sur les traces de la locution pas très mathématique jamais deux sans trois, qui puise son origine au XIIIe siècle. ICI 

 

 

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commentaires

Pax 15/04/2021 13:34

Et bien voilà, tout rentre dans l’ordre, ou presque.

1) Ce n’était que pour escagasser l’auteur de polar en chambre que référence fut faite à l’ouvrage en chantier. A l’annonce de cette nouvelle tâche à laquelle il entendait s’attacher le Taulier avait bien précisé que ce n’était qu’à usage interne et ne concernait pas le blog.
2) Je n’osais dire que ce matin pour cette chronique,tout cela me paraissait du foutage de gueule car, bien qu’il soit mon cadet je continue à avoir du respect pour le bonhomme.
3) Il n’empêche, manque toujours à l’appel ce qu’il y avait éventuellement de nouveau à dire sur les Riceys
4) Et cerise sur le chat ( gato en catalan) il nous semble que « jamais deux sans trois »* est un lieux commun évoqué dans une chronique de ce matin.

Tout se complique d’autant que, paraît il me faudrait pondre un commentaire justement sur ces lieux communs.
Au secours. N’en jeter plus. La cour est pleine. On ne va bientôt plus pouvoir suivre.

So long’

* Pourtant Peugeot s’y est mis et avec succès je pense.

P.S.
J’aurais mieux fait de me taire pour ne pas avoir à relire la brillante scolarité de ce serein Taulier. Al ’image de ce que fut la mienne , cinquante cinq ans plus tard, je bave d’envie et, oui, j’en ai encore honte.

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