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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 06:00

 

10 corbillards d'enfer ! - Blog Autosphère

Ce dernier jeudi, il ventait très fort sur Paris, mon balcon, tel la passerelle d’un cargo, essuyait de violentes rafales, j’étais fort contrarié car j’avais programmé des semis de fleurs pour gazon japonais, de Lupin, d’Ipomée, de Cobée grimpante bleu violet, de Capucine grimpante.

 

Face à l’adversité du ciel je dus faire retraite à l’intérieur. Après avoir pondu quelques chroniques, je me suis dit : et si tu écoutais sur nibuniconnu L'interview de @EricMorain  sur l'INAO.

 

  • La Loi peut-elle protéger le Terroir ? L’INAO doit-elle se mêler du goût ? A-t-elle su choisir entre la valorisation du patrimoine et la protection d’intérêts financiers considérables ?

 

  • Lien vers le podcast : ICI  

 

Ce que je fis.

 

N’attendez pas que je commente cette interview par de gentils et braves pioupious, je ne suis plus dans le coup et surtout, pour moi,  l’INAO a passé l’arme à gauche en même temps que son ancien président réformateur René Renou.

 

20 juin 2006

Rupture sans préavis

 

René Renou est mort. En cette circonstance, moi qui les aime tant,  je n'aime pas les mots : ils sont trop petits ou trop boursouflés, je leur préfère le silence du recueillement. Alors ce matin je m'incline devant ton courage face à la maladie René, je salue en connaisseur ton anticonformisme : nous nous sommes tant côtoyés à la tribune, je m'associe à la douleur et à la peine des tiens, je me permets de t'offrir la chanson du bougon enterré dans le cimetière marin de Sète les copains d'abord  et le premier vers d'une tragédie de Sophocle « C'est une vérité depuis longtemps reconnue des hommes, que nul ne peut savoir, pour aucun mortel, avant l'instant de sa mort, si la vie lui fut douce ou cruelle » Adieu René, avec ceux qui t'aimaient bien nous lèverons nos verres car la vie continue et nous essayerons de faire fructifier ton héritage...

 

Je me trompais lourdement, avec la reprise en mains de la Droite-RPR, commencée avec Hervé Gaymard, le complexe agricolo-politique personnifié par la FNSEA de Jacques Gravegeal allait mettre la main sur les AOC devenue AOP, fourguer ses IGP, porter sur le pavois le dénommé Despey ex-président du CNJA et vice-président de la FNSEA. Les syndicats d’appellation trépassaient pour laisser aux ODG où les vignerons sont obligés d’adhérer, la maison INAO, devenue INAOQ, se dépouillait au profit des professionnels des contrôles (contrôleur-général je fus chargé d’auditer les organismes de contrôle, 15 jours après le directeur de cabinet du Ministre de l’Agriculture  intimait l’ordre à mon chef de corps de m’exfiltrer, je dérangeais), cette vieille maison n’était plus que le bras de l’administration. Comme le dit plaisamment Me Morain, une tranche supplémentaire du millefeuille bureaucratique.

 

L’INAO subsiste mais comme nous le disions à propos du vieux crabe stalinien  Althusser : Althusser à rien !

 

Je l’ai dit avant son départ à la retraite à un Jean-Luc Dairien fort mari de mes positions sur le classement de Saint-Emilion (il fut conseiller technique au cabinet dont j’étais le directeur)

 

La nouvelle directrice de l’Institut, Marie Guittard, celle qui m’a dit après la première lecture de mon rapport : « on ne va pas publier ça ! », et ce fut publié sur le Net sans une virgule de changée, qui a tenu le quinquennat de Hollande à Matignon comme conseillère agricole, bis repetita, est allé se fourvoyer à nouveau dans cette galère, sans doute sous l’amicale pression de la conseillère du Président.

 

La notion d’appellation d’origine est morte par dilution, je ne vais pas entonner mon éternelle chanson. Ça fait un bail que les GCC de Bordeaux s’en sont exonérés, le nom de leur château est une marque bien plus puissante que l’AOP et, il est assez cocasse, de voir le bel Hubert de Boüard, et son Angelus, jouer les vierges effarouchées quant à son rôle au Comité National de l’INAO pour la genèse des règles du dit classement.  

 

Par ailleurs je ne vois le bénéfice pour les vignerons de vin nu de s’être pliés aux désidératas de l’INAO et de la DGCRF, pour leur syndicat des vins méthode nature. Pour l’heure, je n’ai encore jamais croisé chez les cavistes de vin nu, un flacon estampillé du logo.

 

L’INAO est verrouillé par le complexe politico-professionnel, et sans vouloir jouer les rabat-joie je ne vois pas qui, le rapport de force est bien trop inégal, sera en capacité de le réformer en ouvrant grandes ses portes et ses fenêtres afin que les minoritaires aient voix au chapitre. À quoi bon user son énergie dans un combat sans issue.

 

L’issue, elle existe, elle est sous nos yeux de consommateurs, c’est à nous consommateurs d’imposer nos choix, nos goûts, en acceptant de nous tourner vers des vins qui nous agréent, en étant conscient que les contraintes, auxquelles se soumettent les vignerons pour nous proposer des vins nu, ont un coût qui doit se répercuter dans le prix des vins, nul besoin de label pour nous rassurer, nous réassurer – l’AOC des pères fondateurs n’en était pas un – à quoi bon se blottir sous le pavillon d’une maison qui estampille la masse des AOP-IGP à deux balles vendus dans les tristes rayons de la GD ?

 

Dans Cap 2010 nous avions osé lancer un pavé dans la mare : le vin de France territoire d’un espace de liberté, beaucoup de vignerons s’y sont engouffrés, se sont fait un nom, une notoriété, ont créé un lien de confiance avec leurs clients, une proximité qui a déjoué les railleries des prescripteurs patentés, c’est une brèche que les conservateurs n’ont pu colmater, que les politiques devront prendre en compte. Patience et longueur de temps valent mieux que force et que rage. Foin des ayatollahs des deux bords, ils calcifient le débat, font le lit de l’immobilisme. Marquons l’INAOQ à la culotte face à ses velléités uniformisatrices, enterrons la typicité air de famille, laissons les barbons des OPA faire leur petite tambouille dans leurs vieux pots.  

 

L’avenir est là, les petits ruisseaux peuvent vivre leur vie loin des grands lacs de vin, et comme je suis un provocateur-né j’affirme que les vins nu seront les GC de demain et je veux bien aller à Montreuil sous les fenêtres de l’INAOQ chanter le Dies Irae…

ou mener à la baguette comme Désiré Dondeyne dirigeant L'Orchestre des gardiens de la paix

 

La Grande Symphonie funèbre et triomphale

 

d'Hector Berlioz.

 

Image associée

7 avril 2019

Que voulez-vous, je suis accroc de cette symphonie qui pète, pardon, les cuivres, les percussions, caisses claires, timbales, cymbales. J’aimerais qu’on me porte en terre en la jouant mais ce n’est pas très discret et je n’ai pas les moyens de m’offrir plusieurs centaines de  musiciens : instrumentistes et choristes.

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commentaires

MARC MIANNAY 16/03/2021 08:05

Détruire le terroir… et ouvrir un nouveau marché ?
La semaine passée s’est ouverte sur un nouveau psychodrame alimentant le Bordeaux-Bashing et l’anti Grande Distribution primaire : l’enseigne Lidl proposait un Bordeaux à 1,69 € pour l’ouverture de sa Foire aux Vins de Printemps.
Faut-il y voir un nouveau coup des enseignes envers les vignerons bordelais ? Probablement pas, il suffit pour ce de se référer aux objectifs de l’Interprofession bordelaise. Le Cabinet Solving à la demande, de l’interprofession et des AOC avait en effet proposé une autre vision du marché…
On reproche souvent aux "politiques" de ne pas tenir leurs promesses, reconnaissons au CIVB d'avoir atteint son objectif pour les petits bordeaux, engagés par l'organisme sur la voie du Basic en ces termes « le prix le plus bas possible et un minimum de qualité ».
Un peu plus d’une décennie s’est écoulée, la surproduction à grands renforts d’apports pour booster la vigne a effacé toute notion de terroir sur des zones déjà passablement éreintées par des décennies de pratiques quasi-industrielles.
Les précurseurs d’arômes n’existent plus au vignoble ? La panoplie corrective entre en scène.
Un élevage en barrique (100 /hl) est impossible à cause de la faiblesse des raisins, les copeaux (2 €/hl) remplaceront le dispendieux travail du temps pour aller gagner des parts de marché.
Le consommateur ne suit pas ? L’élevage sous douelles (8 €/*hl) corrigera un peu plus en rééquilibrant la structure, la sucrosité et la complexité pour faire des vins que l’on peut vendre, notion sensiblement différente de plaisir et typicité que devrait garantir la notion même d’appellation d’origine.
L’on ne peut que féliciter les courageux acheteurs de l’enseigne d’avoir acquis, à prix bas, ce lot lui épargnant ainsi la distillation, à la charge, elle, du contribuable. Il leur faut également endosser l’habit du « méchant » et recueillir les griefs des initiateurs même du choix stratégique.
Il est temps de mettre au pas les champenois !
Dans le même tempo on peut découvrir sur le site de Sophie Claeys, de dangereux rebelles champenois se lançant dans la recherche de la géo-sensorialité dans les bois d’élevage. Les moyens engagés sont proprement délirants allant jusqu’à creuser des fosses pédologiques en forêt. Dans un premier temps, ils se réunissent, choisissent la forêt d’un vigneron, Benoît Dehu, convoquent le tonnelier Jérôme Viard (La Tonnellerie de Champagne), le tout managé, coaché par un dangereux activiste Geoffrey Orban, spécialiste du terroir.
Pourtant tous les outils existent pour reproduire cette notion de terroir, ce vestige du passé attaché à la création des AOC dans un autre siècle. C’est à portée de pipette, c’est économique, pratique, tout en quadrichromie sur catalogue.
Non, le trio s’entête et se met en marche vers la forêt pour comprendre la microtoponymie (une marque de copeaux ?) de la forêt au Breuil dans la Vallée de la Marne, découvrir le lien organoleptique entre le sous-sol d’un vin et le vin dans un fût issu du même arbre.
Après avoir décrit et remis à disposition des vignerons le lien entre goût de la terre et goût du vin, l’expert va proposer à la dégustation une décoction du bois de l’arbre choisi pour découvrir les qualités du merrain et son corollaire dans le vin.
Aucune stratégie validée par un Cabinet conseil, on peut que s’interroger sur ces dérives… L’on peut échouer avec un bon cabinet pourquoi s’entêter à réussir avec du bon sens et un peu beaucoup de goût ?
N° 2020-12 - Marc Miannay, le 14 mars 2021

Séraphin Varga 15/03/2021 10:06

https://www.marianne.net/agora/la-france-malade-des-parisiens
Des vins nus, aussi nus que quand je vais à la plage nudiste en caleçon ...

JACQUES BERTHOMEAU 15/03/2021 10:33

ça vaut mieux pour vous... et les parisiens vous savez ce qu'ils vous disent : camembert !

Patrick Baudouin 15/03/2021 09:27

Jacques je partage tes sentiments, mais je considère que ton combat, sur lequel nous nous sommes appuyés, avec celui de René, et SEVE, n'a pas été vain et qu'il continue sous de multiples formes. Des vignerons sont sortis des aoc, d'autres continuent de s'y battre, et ensemble contribuent à créer les conditions de la naissance d'un autre monde du vin. Mon point de vue, et une proposition de bilan, sur mon site, avec en particulier mon intervention au colloque d'Avignon en juillet 2018, "l'appellation est morte, vive l'appellation" : https://www.patrick-baudouin.com/SEVE-LA-REFORME-DES-AOC.html?lang=fr
Amitiés, bonne journée, Patrick

Rémy Bossert 15/03/2021 08:44

Entièrement d'accord sur l'avenir des vins nus, biodynamique,.. si le marketing des gros metteurs en marché ou l'opportunisme de certains vignerons n'avaient pas flairé un bon filon à exploiter. Et pour les cuvées labellisées Vin Méthode Nature, c'est ici: https://vinmethodenature.org/cuvee/
Amicalement
Rémy

pax 15/03/2021 07:03

Sacré Taulier, il ne désarme pas. Avec cette nouvelle chronique il semble assigné à sa tâche, tel Hercule pour son deuxième travail, à combattre l’Hydre de Lerne, ce monstre aux multiples têtes venimeuses qui repoussaient par deux dés que l’une était tranchée.
Ecoutez le ton de cette chronique qui démarre sereinement et quimonte, au fur et à mesure de son développement. La passion revient et l’emporte au point d’accompagner la force de son propos et d’en terminer par là, avec cette symphonie si chère à son cœur comme il nous le rappel de temps en temps.
On ne classera pas cette chronique dans la catégories des « Saintes Colères du Taulier ».C’est plus un constat désolant qui, entre autre, souligne « À quoi bon user son énergie dans un combat sans issue »
C’est cela qui est pitoyable. Aucun recul, aucune réflexion. On continue son train train, comme le siège administratif de Thyssen ou Krupp, dans la Ruhr, continuait de fonctionner lors de la Deuxième Guerre Mondiale alors que les usines étaient en ruines pilonnées par l’aviation alliée.
Il est des entêtements qui peuvent se comprendre, par l’âge de l’entêté par exemple. On ne va pas secouer le cocotier pour faire tomber ce vieux fou qui ne fait de mal à personne. On sait que la page sera tournée dés sa disparition naturelle.
Mais là, entrainer autant de monde dans un combat perdu d’avance, sans voir que les temps change, c’est ahurissant !
Ce ne serait pas si triste, on les comparerait à Laurel et Hardy dans « Têtes de pioche » On y voit Stan Laurel qui, vingt ans après l'armistice de 1918, ne sait toujours pas que la guerre est terminée. Il reste dans les tranchées comme on lui avait ordonné quelques années auparavant. Un jour, quelqu'un le retrouve par miracle après qu'il ait tiré sur un avion français croyant remplir son devoir militaire.
Quel devoir remplissent ces laborieux de l’inutile ?

So long’

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