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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 06:00

 

« Bouge pas comme ça, tu me fatigues », lance Alexandre à son chien. « Toi aussi, faut que tu remues, que tu cavales, mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? On a le temps. Faut prendre son temps. Faut prendre le temps de prendre son temps. »

 

 

Alexandre le Bienheureux c’est Philippe Noiret dans le film d’Yves Robert sorti un an avant 1968, hymne à la paresse à travers le portrait d’un homme qui, à la mort de sa femme, décide de tout plaquer et de se reposer enfin, au grand dam des autres.

 

Bertrand Russell dans son Éloge de l’oisiveté : « Le fait de croire que le travail est une vertu est la cause de grands maux dans le monde moderne ; (...) la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. »

 

J’ai toujours été un paresseux qui a travaillé par pure nécessité, enfant je me rêvais roi fainéant, mollement allongé sur un char-a-bancs tiré par des bœufs indolents.

 

L’heure de la retraite ayant sonné je peux goûter avec délice, sans opprobre, l’art de ne rien faire…

 

Et pourtant, me direz-vous, chaque jour que Dieu fait, je ponds deux chroniques. Pourquoi ?

 

Tout bêtement, pour éviter de voir mes neurones se rouiller, j’écris comme je pédale sur mon vélo, s’arrêter c’est serait me casser la gueule…

 

Donc ce matin j’exerce mon droit à la paresse.

 

L’homme qui voulait faire de Taïwan un pays viticole

Par Alice Hérait

Publié le 02 mars 2021 à 18h00

REPORTAGE Dans son île au climat subtropical, Chien-hao Chen s’est battu contre typhons et moussons pour développer son vignoble. Et produire un rouge et un blanc distingués par les plus grands œnologues.

 

Comment imaginer développer la viticulture sur des terres qui ne connaissent pas l’hiver et sont meurtries par cinq typhons par an en moyenne ? L’île de Taïwan est en effet bien plus réputée pour son thé et sa street food que pour ses vignes. Produire du vin, c’est toujours possible, mais du très bon vin, c’est une autre histoire. Du reste, la plupart des bouteilles que l’on trouve dans le pays sont plus proches de la piquette que des grands crus.

 

C’est dans ce contexte que le Vino Formosa, un vin blanc liquoreux, et le Vino Formosa Rosso, son équivalent en rouge, conçus par l’excentrique Chien-hao Chen, font exception – leur nom évoque l’ancienne appellation de l’île, Formose. Nous avons rencontré le vigneron de 53 ans à la fin du mois d’octobre 2020, sous un soleil qui tapait fort. Le domaine viticole a pour nom Shu-sheng, il est situé en périphérie de Taichung, la deuxième ville de Taïwan avec 2,8 millions d’habitants. Chien-hao Chen nous fait visiter ses cinq hectares de vignes. A l’exception des caractères chinois qui indiquent le nom du domaine, nous pourrions facilement nous imaginer passer un après-midi d’été dans la région de Perpignan.

 

Dans un français quasi parfait et teinté d’un accent taïwanais bien reconnaissable, celui qui cumule les métiers d’œnologue, de viticulteur et de sommelier – ce n’est pas courant – nous résume son parcours atypique. Il part en Suisse pour trouver sa voie et débute sa formation aux métiers de bouche en 1992 à l’école hôtelière Les Roches dans le Valais. C’est de là que date sa première gorgée de vin. Il en retient un épisode qui l’amuse encore : il avait suscité l’indignation d’un de ses professeurs en lui proposant naïvement de couper le vin avec du jus d’orange. Il travaille un an comme chef dans un restaurant asiatique à Lausanne. Puis part en 1996 étudier plus précisément le vin à Dijon et obtient un diplôme universitaire de technicien en œnologie. Il est le seul élève asiatique de sa classe. Et doit s’imposer, faire entendre sa voix parmi les enfants de viticulteurs.

 

Seul diplômé en viticulture

 

Chien-hao Chen peut alors retourner à Taïwan, prêt à travailler la vigne, dans un pays où tout est à faire. Nous sommes au milieu des années 2000. La production d’alcool en indépendant n’y est autorisée que depuis 2002. Auparavant, elle était un monopole d’Etat. Et c’est l’Etat qui invite M. Chen, seul diplômé en viticulture de Taïwan, à diriger la production des vignes du domaine Shu-sheng. D’un abord enjoué, le nouveau viticulteur précise dans un rire : « Après la libéralisation de la production d’alcool, j’étais le seul Taïwanais à avoir étudié l’œnologie et la viticulture en France ! »

 

M. Chen ne possède pas les vignes du domaine Shu-sheng, elles appartiennent à la famille Hung depuis quatre générations. Elles datent de l’époque de la colonisation japonaise, entre 1895 et 1945. « Ce sont les Japonais qui ont, les premiers, choisi la région de Taichung, explique le vigneron. Ils n’ont pas choisi au hasard : ces vignes disposent du meilleur sol, dans une région où les nuits sont les plus fraîches. Mais durant la période du monopole d’Etat, le vin qu’on y produisait était très banal, il y avait peu de recherche œnologique. Et quand les Chinois ont repris l’île, après la Seconde Guerre mondiale, ils ont continué ce système. » La propriété, en réalité, ne faisait pas son propre vin : la récolte était destinée aux entreprises étatiques qui le fabriquaient – un peu comme le système de coopérative en France.

 

Dès son arrivée en 2005, Chien-hao Chen a pour ambition de faire un grand vin. Il lui a donc fallu composer avec le climat, qui a de quoi refroidir les ardeurs. Le principal frein au développement de la production viticole à Taïwan qui, selon une importatrice de vin, se résume à celle de M. Chen, d’un autre vigneron et surtout aux bouteilles sorties des usines nationales.

 

M. Chen a d’abord dû surmonter la chaleur. Il nous montre une souche de cépage riesling, qui pousse très mal. « Le pied souffre, il fait trop chaud. » Il a dû s’adapter aussi aux quatre mètres de précipitations annuelles, ce qui est beaucoup. Mais ce passionné adore expérimenter, tâtonner, trouver. Afin d’aérer au mieux les sols et d’éviter le pourrissement du fruit, les vignes sont alors conduites sur pergola, en hauteur. « Le cycle végétatif de la vigne est de six mois, comme en France, à la différence que nous avons les premiers bourgeons en janvier et les vendanges en juillet. »

 

Mais juillet est lourd en menaces. Qui viennent du ciel. L’été est la saison des typhons à Taïwan et il faut parfois procéder aux récoltes dans l’urgence, trop tôt même, pour éviter une tempête annoncée qui viendrait balayer un long travail. « Il nous arrive de récolter des raisins pas assez mûrs mais l’acidité reste, cela donnera un vin très frais », soutient Chien-hao Chen.

 

Vignes à la sauce madère

 

Le vigneron concède néanmoins qu’avec un climat compliqué à dompter, « les débuts ont été difficiles ». C’est pourquoi il est parti chercher l’inspiration et des réponses dans des régions subtropicales similaires à Taïwan. « J’ai commencé par regarder le plan mondial de la viticulture et j’ai remarqué qu’on faisait du vin à Tahiti, se rappelle-t-il. Un viticulteur, sans doute un peu fou comme moi, y cultivait du grenache et de la syrah. Je n’ai alors pas hésité à débourser 400 dollars pour me faire importer une de ses bouteilles. Mais le vin n’était pas bon. »

 

C’est finalement en 2007, lors d’un voyage à Madère, qu’il trouve la clé pour cultiver sa vigne dans son île natale. M. Chen profite alors de ses multiples casquettes. Il est professeur en sommellerie à l’Institut supérieur d’innovation et culture culinaire de Kaohsiung, troisième ville de Taïwan, et se rend régulièrement à l’université polytechnique de Hongkong pour enseigner la viticulture. M. Chen est aussi journaliste pour des revues gastronomiques taïwanaises, et c’est à ce titre qu’il part en reportage dans l’ensemble des domaines de l’archipel portugais et en profite pour poser toutes les questions techniques. Il revient de Madère convaincu. « Dès 2008, je disais à tout le monde que nous allions gagner des prix avec notre vin ! », se souvient-il.

 

Lors de la visite de son chai, on remarque que les fûts sont importés de Bourgogne, un clin d’œil à sa formation. Le vin doux naturel y mature selon des méthodes similaires aux vins du Sud-Ouest, tel le muscat de Frontignan. Soit autour de huit ans. Sauf que pour ces bouteilles made in Taïwan l’étape du vieillissement doit affronter une autre difficulté climatique : le volume d’alcool qui s’évapore s’élève à 10 %, contre 1 % à 2 % pour des vins français.

 

Dans la cour des grands

 

Mais le travail et l’acharnement paient. En 2014, le Vino Formosa blanc reçoit une médaille d’or au prestigieux concours des Vinalies internationales. En 2019, c’est au tour du rouge d’être primé. M. Chen constate avec fierté qu’il peut jouer dans la cour des grands. Nous lui demandons de décrire son rouge liquoreux : « Il y a une très bonne concentration au nez. Au goût, on retrouve tous les fruits exotiques, des fruits rouges, un peu de fruits confits, du chocolat, du caramel… C’est très complexe, avec une bonne fraîcheur et de l’acidité. »

 

La réputation des vins de M. Chen a passé les frontières, au point qu’ils se retrouvent à la carte du restaurant multi-étoilé des chefs Michel et Sébastien Bras, à Laguiole dans l’Aubrac. Mais les 6 000 bouteilles produites chaque année par le domaine Shu-sheng sont insuffisantes pour répondre à une demande qui désormais fuse. Aussi, à l’exception de quelques restaurants implantés en Asie, les acheteurs sont essentiellement des particuliers à Taïwan. « Nous n’avons pas assez de bouteilles pour les vendre à l’étranger ! », regrette M. Chen.

 

Comme la consommation de vin est en essor dans le pays, les Taïwanais achètent quasi exclusivement des bouteilles importées, françaises avant tout. Les amateurs locaux les plus mordus, qui ne désespèrent pas de partager le travail de M. Chen, doivent s’inscrire sur une longue liste d’attente et patienter jusqu’à trois ans pour recevoir un flacon de Vino Formosa.

 

Alice HéraitTaichung (Taïwan), envoyée spéciale

 

 
Leïla Slimani : « Le vin a fait longtemps partie de la culture musulmane » ICI

 

L’écrivaine à succès, prix Goncourt 2016, cultive un véritable amour du vin, héritage de ses origines alsaciennes et marocaines. Elle parle de la place de la culture de la vigne dans son pays natal, pas exempte de paradoxes.

Propos recueillis par 

Publié le 27 février 2021 

A 39 ans, Leïla Slimani est une romancière prolifique. Après Le Pays des autres (Gallimard), paru en 2020, elle vient de publier son neuvième livre, Le Parfum des fleurs la nuit (Stock, 128 pages, 18 euros). Née à Rabat, au Maroc en 1981, installée en France en 2000, d’abord journaliste, elle publie en 2014 un premier roman remarqué, Dans le jardin de l’ogre (Gallimard) autour de l’addiction sexuelle. Elle connaît un succès mondial dès son deuxième livre, Chanson douce (Gallimard), en 2016, pour lequel elle obtient le prix Goncourt et qui, depuis, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires.

 

Une telle renommée attire l’attention d’Emmanuel Macron, qui lui propose, l’année suivante, de devenir ministre de la culture. Elle refuse, préférant, dit-elle, garder sa liberté. Mais elle accepte de devenir la « représentante personnelle » du président de la République pour les questions de francophonie, siégeant depuis à l’Organisation internationale de la francophonie.

 

A la fois marocaine et française, Leïla Slimani envisage la culture du vin comme un patrimoine partagé qui, non sans lien avec son parcours personnel, doit se jouer des frontières. Elle garde une tendresse pour le vignoble du Maroc, un pays où une bonne partie de sa famille est installée. Elle sait pourtant qu’il n’est pas simple, notamment pour une femme, d’évoquer et de défendre une culture viticole dans le monde arabo-musulman.

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commentaires

Séraphin Varga 10/03/2021 06:56

Le vin doux naturel y mature selon des méthodes similaires aux vins du Sud-Ouest, tel le muscat de Frontignan .

??

pax 09/03/2021 07:00

" Pratique le non agir et tout rentrera dans l'ordre " Lao Tseu

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