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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 08:00

 

Alors que le PS de Mitterrand est subclaquant, qui se souvient de Guy Mollet dernier secrétaire-général de la SFIO ?

 

Pas grand monde et pourtant : lors de la campagne pour les élections législatives du 2 janvier 1956, il anime, aux côtés de Pierre Mendès France, François Mitterrand et Jacques Chaban-Delmas, le « Front républicain », coalition réunie sur un programme de modernisation économique et sociale et de paix négociée en Algérie, qui obtient une courte majorité. Alors que le président René Coty propose à Pierre Mendès France de former un gouvernement en 1956, celui-ci refuse et lui suggère Guy Mollet. Il est le dirigeant du Front républicain et la guerre d'Algérie est pour lui « imbécile et sans issue » ; l'indépendance est dictée par le bon sens.

 

 

L’Humanité le journal du PCF écrit :

 

Guy Mollet, à peine nommé chef du gouvernement, limoge le gouverneur général d’Algérie, Jacques Soustelle, trop proche des tenants de l’Algérie française. Il décide dans la foulée de se rendre sur place. Les activistes algérois lui ont préparé un comité d’accueil musclé.

 

Chacun connaît la formule de Marx : « L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme tragédie, la seconde comme comédie. »

 

Démonstration : l’histoire politique française a connu deux 6 février : en 1934, à Paris, les troupes fascistes tentèrent de prendre d’assaut la Chambre des députés – et faillirent réussir (drame) ; le 6 février 1956, à Alger, un président du Conseil socialiste capitula honteusement face à des manifestants ultras, décidés à tout faire pour garder « leur » Algérie française (mauvaise comédie). ICI 

 

 

 

La Delahaye du président du Conseil vient de quitter l'aérodrome de Maison-Blanche. Guy Mollet tire sur la cigarette qu'il a nerveusement allumée. Tout au long des vingt kilomètres qui le séparent d'Alger, il aperçoit le cordon de policiers et de soldats qui lui font une haie d'honneur, mais surtout un rempart. Le gouvernement a dépêché sur place le directeur de la Sûreté nationale, Jean Mairey, et fait acheminer de métropole douze compagnies de CRS, par Bréguet deux ponts et DC 4. Paris se méfie d'Alger.

 

Le secrétaire d'État aux Forces armées, Max Lejeune, qui l'a devancé de deux jours, a prévenu le président du Conseil : «Ton arrivée sera mouvementée.» Guy Mollet a seulement accepté de modifier l'heure de son départ, dans l'espoir, dérisoire, de tromper les manifestants. Parti de Villacoublay sous la bruine, le SO Bretagne s'est posé vers 15 heures à Alger. «Je lance un appel de paix à tous les esprits sages, à tous ceux qui ne se laissent pas entraîner par la passion, déclare-t-il au pied de la passerelle. J'ai vu avec surprise et tristesse des hommes s'interroger : « La France va-t-elle abandonner l'Algérie ? » Que signifie la présence du président du Conseil, sinon l'affirmation encore renouvelée du caractère indissoluble des liens entre l'Algérie et la métropole ?»

 

Pour les Français d'Algérie, la victoire du Front républicain n'est pas une bonne nouvelle. Ils ne veulent pas des élections au collège unique que le gouvernement prétend organiser alors que la paix n'est pas revenue. Ils se souviennent que Guy Mollet a dénoncé cette «guerre imbécile et sans issue», dans l'organe officiel de la SFIO, le Populaire. Ils se méfient de son ministre d'État, Pierre Mendès France, qui a mis fin à la souveraineté française sur l'Indochine en 1954. Surtout, ils récusent le général Catroux, que Mollet veut leur imposer comme ministre résident : ils l'accusent d'avoir préparé la "capitulation" de la France au Maroc en négociant le retour à Rabat de Mohammed V, en novembre 1955. Pour eux, Catroux est «le symbole de l'abandon».

 

Le 2 février, ils ont fait un triomphe romain à son prédécesseur, Jacques Soustelle qui, s'il a tenté des réformes, a refusé de négocier avec les fellaghas : 80.000 personnes l'accompagnent sous les vivats jusqu'au bateau qui le ramène en France. On crie «Soustelle avec nous», «Catroux à la mer».

 

Comment Guy Mollet n'y penserait-il pas ce lundi 6 février, en roulant vers Alger sous un ciel gris ?

 

Tomates pour le Président

 

C'est dans une ville morte que pénètre le cortège officiel : les commerçants européens ont baissé le rideau de fer de leurs boutiques. «Fermé pour cause de deuil», affichent les devantures. Les Français d'Algérie ont suivi les consignes du Comité d'entente des anciens combattants, travaillés par Me Biaggi, un héros de la résistance «si grièvement blessé en Alsace qu'on en a fait un officier de la Légion d'honneur à titre posthume», raconte Claude Paillat dans Vingt ans qui déchirèrent la France (Robert Laffont). Il faut aussi compter avec les troupes du "chouan de la Mitidja", Robert Martel, et celles du cafetier du Forum, Jo Ortiz, le patron du groupe action du mouvement poujadiste. Sept cents hommes décidés à faire entendre la voix d'Alger à Guy Mollet.

 

Le président du Conseil a prévu d'aller déposer une gerbe au monument aux morts, situé au centre d'un escalier-jardin qui dévale du gouvernement général jusqu'à la mer. 20.000 manifestants l'y attendent. Quand il descend de sa Delahaye, on n'entend plus rien que le grondement assourdissant de la foule en colère. «Guy Mollet à Paris !», «L'armée avec nous !», «Al-gé-rie fran-çaise !» Des balcons s'abat sur le cortège une pluie de légumes et de tomates mûres. Plusieurs s'écrasent aux pieds du président du Conseil qui, bien que livide, parvient à se maîtriser. La minute de silence ne dure que quelques secondes, avant que les officiels ne regagnent prestement leurs voitures «dans l'odeur piquante des grenades lacrymogènes», écrit l'envoyé spécial du Figaro, Serge Bromberger.

 

 

Il était temps ! Un groupe d'étudiants réussit à rompre le cordon de police et met en pièce la gerbe que Guy Mollet vient de déposer auprès de la stèle. L'émeute s'étend aux alentours du Palais d'Été où s'est réfugié le président du Conseil. Il appelle l'Élysée, bouleversé par la révolte du petit peuple d'Alger. «Je suis ému, je suis ému profondément, dit-il à René Coty. Les manifestations que nous craignions se sont déroulées. Mairey ne répond pas du maintien de l'ordre si Catroux persiste à vouloir venir». La démission du général Catroux est connue peu après 17 heures. Alger, en liesse, réclame aussi celle de Guy Mollet, mais les manifestants qui tentent d'investir le Palais d'Été dans la soirée seront dispersés sans l'obtenir.

 

Dans la presse, le revirement du président du Conseil est diversement apprécié.

 

«M. Guy Mollet n'a pas pris la foudre. Il a pris des tomates pourries, mais sur le nez. Et si ce n'était que sur le sien, nous nous serions fait une raison. Mais c'est l'État qui a reçu cet outrage», grince François Mauriac dans l'Express, cependant que Combat affirme : «Le terrain est ainsi déblayé pour un nouveau départ».

 

Pour remplacer Catroux, Guy Mollet choisit Robert Lacoste : «Toi seul peux nous sauver. Tu es un homme de caractère. Viens !» Militant syndicaliste, élu socialiste de Dordogne, Lacoste est un lutteur. «Un ventre confortable, un langage truculent, du rire mais aussi d'effroyables colères, écrit Claude Paillat. L'empire colonial, qu'il ne connaît pratiquement pas, a été construit par des gens de gauche : à Alger, il ne l'oubliera pas. Il réagira donc en conservateur d'un legs familial».

 

De retour à Paris, Guy Mollet justifie sa décision devant l'Assemblée nationale, le 16 février. La «douloureuse manifestation» d'Alger, dit-il, était «l'expression de sentiments profonds et hautement respectables : l'attachement à la France, l'angoisse d'être abandonnés». Surtout, il proclame «l'inébranlable volonté française à la fois de présence en Algérie et d'évolution». En mars, les députés, communistes compris, autorisent le gouvernement à prendre par décret toutes mesures relatives au développement économique de l'Algérie ainsi qu'au rétablissement de l'ordre. C'est la loi sur les pouvoirs spéciaux. ICI

 

NB. François Mitterrand est le Garde des Sceaux de Guy Mollet

 ICI 

 

 Le 1er février 1956. A un ministre de l'intérieur florentin succède un garde des sceaux autoritaire et répressif. C'est le onzième portefeuille de François Mitterrand. Dès le premier conseil des ministres du gouvernement Guy Mollet, à la mi-février, le garde des sceaux fait partie de ceux qui donnent leur accord pour que soient appliquées "des" condamnations à mort prononcées par les tribunaux. Pierre Mendès France, Gaston Defferre, Alain Savary se sont prononcés contre.

Un mois plus tard, le même François Mitterrand signe les décrets des "pouvoirs spéciaux". Désormais, les tribunaux militaires prennent le pas sur les juridictions civiles. La loi autorise la "traduction directe devant le tribunal militaire permanent des forces armées, sans instruction préalable, des personnes prises en flagrant délit de participation à une action contre les personnes ou les biens, même si ces infractions sont susceptibles d'entraîner la peine capitale". Ce faisant, rappellent les auteurs, François Mitterrand approuve une mesure que son prédécesseur, Robert Schuman, avait refusée car il y voyait une "négation du droit de la défense".

A juridiction d'exception, verdict d'exception. Les condamnations à la peine capitale pleuvent. La guillotine, jamais utilisée contre un nationaliste depuis le début des "événements", fait son office à Paris comme à Alger. Les têtes des fellaghas tombent à une cadence oubliée depuis l'Occupation allemande : jusqu'à cinq certains jours. Sans résultat probant sur le plan sécuritaire : loin de réduire la violence, la "Veuve" la nourrit.

Avant chaque exécution le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont la vice-présidence est assurée par le garde des sceaux, se réunit pour conseiller le président de la République sur les recours en grâce des condamnés à mort. Pendant des décennies, on a ignoré dans quel sens s'était prononcé François Mitterrand au cours des seize mois où il fut ministre de la justice. Ses biographes assuraient que la peine de mort lui répugnait, et qu'il avait sauvé des têtes.

L'examen du registre des grâces (partiellement ouvert depuis 2001) contredit cette image : "Sur les quarante-cinq dossiers d'exécutés lors de son passage Place VendômeFrançois Mitterrand ne donne que huit avis favorables (cinq autres avis sont manquants). On peut le dire autrement : dans 80 % des cas connus, il a voté la mort."

 

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