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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 06:00

 

 

Mardi, Éric Piolle le maire de Grenoble est venu apporter son soutien à la mesure décidée par son confrère écologiste Grégory Doucet à Lyon, qui a annoncé aux élus d'arrondissements qu'à compter de cette rentrée des vacances de février, on ne proposerait plus aux élèves qu'un menu unique non-carné dans les cantines. Sur le plateau des Quatre Vérités de France 2, mardi, celui-ci a ainsi déclaré: « En 1954, Pierre Mendès France avait créé un tollé incroyable en voulant remplacer le vin par du lait dans les cantines scolaires, il y avait eu des polémiques incessantes. Qui aujourd'hui donnerait du vin dans les cantines solaires ? »

 

Nouvelle controverse.

 

Imposer !

 

Le ver est dans le fruit, même bio, les nouveaux verts, sûrs d’eux et dominateurs, s’insinuent dans notre intimité, le choix de ce que doivent manger les enfants est du ressort des parents, pas d’élus municipaux ou autres, le menu des cantines scolaires se doivent d’offrir des choix  aux enfants.

 

L’important me semble surtout d’en finir avec la malbouffe dans les cantines scolaires alimentées par des cuisines centrales. Un retour au local s’impose, une gestion au plus près qui responsabilise parents, la communauté éducative.

 

Bref, ces sinistres verts ont un goût prononcé pour les méthodes des démocraties populaires. Foutez-nous la paix !  Pour autant, je ne m’extasie pas sur la viande proposée dans les cantines scolaires, c’est souvent du haché, du poulet triste, mettre en avant les légumes et les fruits serait salutaire. Du côté poisson c’est pire : le pané carré règne en maître.

 

Petit détail à souligner : chez nos chères têtes bl… (Interdit d’écriture trop genré) l’attraction du big mac-frites est difficile à contenir.

 

Revenons au vin à la cantoche, selon une jurisprudence solide ça fait un bail que j’ai abordé le sujet. 

   

  

19 février 2016

« Un certain nombre de parents mettent dans le panier de l'enfant la boisson de leur choix et qui est souvent 1/2 litre de vin, ou de cidre, ou de bière suivant la région » Dr Suzanne Serin, chef de clinique en hôpital psychiatrique ICI 

 

À la Mothe-Achard, dans mes jeunes années, je n’ai pas fréquenté la cantine pour la bonne et simple raison qu’il n’y en avait pas. De toute façon je n’ serais pas allé car j’habitais à deux pas de l’école. J’étais un gars du bourg (sans jeu de mots car le lieu-dit de la maison familiale était le Bourg-Pailler). Ceux des fermes mangeaient à la gamelle sous le préau de l’école.

 

Je n’ai aucun souvenir de mes petits camarades biberonnant du rouge. Et pourtant, en ce temps-là en Vendée presque tout le monde possédait des bouts de vigne. 10ième département viticole et 2ième pour l’alcoolisme juste derrière le Calvados.

 

Pierre Mendès-France fut baptisé Mendès-lolo pour sa distribution de lait dans les écoles en 1954, une décision radicale afin d’éradiquer la présence de l’alcool à l’école. Il s’est aliéné ainsi le vote de ceux qui lui reprochait sa croisade contre les bouilleurs de cru et a été vilipendé dans les campagnes.

 

 

Le recours du sieur Piolle à PMF n’est pas innocent, Mendès-France alors député de Grenoble avec 54% des voix en 1967, affronta Jean-Marcel Jeanneney après la dissolution de l’Assemblée nationale de juin 68. Jean-Marcel Jeanneney, bien aidé par les communistes, est élu avec 0,2% d’écart après une campagne indécente et violente.

 

Deux remarques :

 

Pierre Mendès France (1/4) : une exigence morale en politique - Le Blog de  Sylvain Rakotoarison

 

- pour avoir suivi le parcours de PMF à la loupe je peux souligner que le sieur Piolle n’eut pas été sa tasse de thé, son côté Mélenchon rouge l’aurait rebuté, les communistes ne l’ont jamais ménagé.

 

- Le maire emblématique de Grenoble fut Hubert Dubedout (1965-1983) dont le sieur Piolle se revendique l’héritier ICI doit goûter modérément cette captation d’héritage, il était plus proche de Rocard que de Mélenchon.

 

Revenons à la controverse vin-cantine vs menu végétarien.

 

Sur Twitter, l'éditorialiste Dominique de Montvalon a tancé Piolle : « Incroyable d’ignorance ce que dit Éric Piolle: jamais Mendès-France n’a remplacé en 1954 le vin (sic) par le lait dans les écoles. Il n’y avait aucun vin! Comme il y avait des surplus de lait, Mendès avait fait distribuer aux enfants du baby-boom pour le goûter du lait chocolaté! »

 

L'initiative du maire de Lyon a allumé la fureur du ministre de l'Agriculture Julien Denormandie, bientôt rabroué par Jean Castex.

 

Pourtant, Pierre Mendès-France, président du Conseil entre juin 1954 et février 1955 a bien écarté par une directive l'alcool des tables des cantines scolaires, comme l’a confirmé auprès de BFMTV.com Didier Nourrisson, historien spécialiste de la santé et de l'éducation et notamment co-auteur avec Jacqueline Freyssinet-Dominjon de L’école face à l’alcool. Un siècle d’antialcoolisme scolaire (1870-1970).

 

 

« Mendès-France avait engagé une politique de santé publique qui commençait par la lutte anti-alcoolique en 1954. Il avait bien commencé par interdire le vin dans les cantines scolaires, où il était commun depuis 1882 et Jules Ferry », développe l'universitaire qui nuance: « Il l'a interdit pour les moins de 14 ans, les élèves âgés de plus de 14 ans ont conservé le droit de boire du vin coupé d'eau ».

 

 

Deux ans plus tard, Pierre Mendès-France, qui n'est plus chef du gouvernement mais éphémère ministre d'Etat dans celui de Guy Mollet, emprunte sa voie lactée. L'homme politique impose la distribution d'un verre de lait, assorti d'un morceau de sucre, dans les écoles pour chaque élève, à 10h et 16h. Le verre de lait succède donc bien au vin mais ne le remplace pas à table.

 

Il faudra d'ailleurs attendre 1981 pour que l'alcool soit formellement banni du déjeuner des lycéens.

 

Il faut d'ailleurs voir dans ce choix mendésiste un signe de son parcours politique. « Il a été élu député dans l'Eure à partir des années 1930. Il était donc très proche des milieux agricoles et des éleveurs. Il est marqué ici du sceau du lobby laitier. Ce qui n'est pas une tare d'ailleurs car à l'époque, deux lobbies s'affrontaient au Parlement : le lobby viticole et celui du lait », souligne Didier Nourrisson.

 

Il réfute des visées politiciennes : « Il y avait des excédents de lait qu'il a fallu placer mais il s'agissait aussi d'une manière d'éduquer la jeunesse à un nouveau goût ». En revanche, l'historien estime que la politique pèse davantage dans le menu concocté par la mairie lyonnaise: « Le menu sans viande, lui, n'est pas une mesure de santé publique, c'est une mesure prise pour des raisons peu compréhensibles, se faire un nom chez les écolos ».

 

Le vin et le lait : chutons avec les Mythologies de Roland Barthes.

 

Le vin est senti par la nation comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses trois cent soixante espèces de fromages et sa culture. C'est une boisson totem, correspondant au lait de la vache hollandaise ou au thé absorbé cérémonieusement par la famille royale anglaise. Bachelard a déjà donné la psychanalyse substantielle de ce liquide, à la fin de son essai sur les rêveries de la volonté, montrant que le vin est suc de soleil et de terre, que son état de base est, non pas l'humide, mais le sec, et qu'à ce titre, la substance mythique qui lui est le plus contraire, c'est l'eau.

 

 

 À vrai dire, comme tout totem vivace, le vin supporte une mythologie variée qui ne s'embarrasse pas des contradictions. Cette substance galvanique est toujours considérée, par exemple, comme le plus efficace des désaltérants, ou du moins la soif sert de premier alibi à sa consommation ("il fait soif"). Sous la forme rouge, il a pour très vieille hypostase, le sang, le liquide dense et vital. C'est qu'en fait, peu importe se forme humorale ; il est avant tout une substance de conversion, capable de retourner les situations et les états, et d'extraire des objets leur contraire : de faire, par exemple, d'un faible un fort, d'un silencieux, un bavard ; d'où sa vieille hérédité alchimique, son pouvoir philosophique de transmuter ou de créer ex nihilo.

 

 

étant par essence une fonction, dont les termes peuvent changer, le vin détient des pouvoirs en apparence plastiques : il peut servir d'alibi aussi bien au rêve qu'à la réalité, cela dépend des usagers du mythe. Pour le travailleur, le vin sera qualification, facilité démiurgique de la tâche" ("le coeur à l'ouvrage"). Pour l'intellectuel, il aura la fonction inverse : le "petit vin blanc" ou le "beaujolais" de l'écrivain seront chargés de le couper du monde trop naturel des cocktails et des boissons d'argent (les seules que le snobisme pousse à lui offrir) ; le vin le délivrera des mythes, lui ôtera de son intellectualité, l'égalera au prolétaire ; par le vin, l'intellectuel s'approche d'une virilité naturelle, et pense ainsi échapper à la malédiction qu'un siècle et demi de romantisme continue à faire peser sur la cérébralité pure (on sait que l'un de mythes propres à l'intellectuel moderne, c'est l'obsession "d'en avoir").

 

 

 Mais ce qu'il y a de particulier à la France, c'est que le pouvoir de conversion du vin n'est jamais donné ouvertement comme une fin : d'autres pays boivent pour se saouler, et cela est dit par tous ; en France, l'ivresse est conséquence, jamais finalité ; la boisson est sentie comme l'étalement d'un plaisir, non comme la cause nécessaire d'un effet recherché : le vin n'est pas seulement philtre, il est aussi acte durable de boire : le geste a ici une valeur décorative, et le pouvoir du vin n'est jamais séparé de ses modes d'existence (contrairement au whisky, par exemple, bu pour son ivresse "la plus agréable, aux suites les moins pénibles", qui s'avale, se répète, et dont le boire se réduit à un acte-cause).

 

 

 Tout cela est connu, dit mille fois dans le folklore, les proverbes, les conversations et la Littérature. Mais cette universalité même comporte un conformisme : croire au vin est un acte collectif contraignant ; le Français ; le Français qui prendrait quelque distance à l'égard du mythe s'exposerait à des problèmes menus mais précis d'intégration, dont le premier serait justement d'avoir à s'expliquer. Le principe d'universalité joue ici à plein, en ce sens que la société nomme  malade, infirme ou vicieux, quiconque ne croit pas au vin : elle ne comprend pas (aux deux sens, intellectuel et spatial, du terme). A l'opposé, un diplôme de bonne intégration est décerné à qui pratique le vin : savoir boire est une technique nationale qui sert à qualifier le Français, à prouver à la fois son pouvoir de performance, son contrôle et sa sociabilité. Le vin fonde ainsi une morale collective, à l'intérieur de quoi tout est racheté : les excès, les malheurs, les crimes sont sans doute possibles avec le vin, mais nullement la méchanceté, la perfidie ou la laideur ; le mal qu'il peut engendrer est d'ordre fatal, il échappe donc à la pénalisation, c'est un mal de théâtre, non un mal de tempérament.

 

 

Le vin est socialisé parce qu'il fonde non seulement une morale, mais aussi un décor ; il orne les cérémoniaux les plus menus de la vie quotidienne française, du casse-croûte (le gros rouge, le camembert) au festin, de la conversation de bistrot au discours de banquet (...)

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commentaires

Denis Cottin 04/03/2021 16:48

Il y a bien longtemps qu'on en a fini avec les 300 et quelques fromages. L'affiche du congrès de Congrilait à Paris en 2002 citait 1200 fromages il y a 20 ans déjà,

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