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6 janvier 2021 3 06 /01 /janvier /2021 08:00

 

J’ai reçu, par les bons soins d’Hervé Neveu-Derotrie, le beau livre de photographies de Michelle Neveu-Derotrie : Regards de femme. L’Île d’Yeu au début du XXe siècle.

 

 

J’en profite pour vous faire découvrir une activité qui a disparue : les soudiers, les ramasseurs de goémon.

 

 

« En ce moment à la pointe nord on s’agite énormément, on travaille ferme, on n’a point  comme on dit vulgairement, les deux pieds dans le même sabot, que dis-je ? les sabots sont relégués au second plan ; pieds nus, le long râteau à la main, hommes et femmes recueillent avec ardeur le précieux goémon que la grosse houle détache des rochers, roule dans ses tourbillons et jette dans toutes les criques et sur toutes les grèves. 

 

C’est un va et vient perpétuel des modestes porteurs aux longues oreilles qui, toujours graves, toujours pensifs, vont sous la conduite des femmes et des enfants, déposer la récolte tout humide sur le gazon où elle devra sécher un peu avant d’être mise en barge. Pour être pittoresque, le travail n’en est pas moins très pénible. Avant que le goémon soit transformé en soude il aura fallu supporter bien des fatigues.

 

Ne  serait-il pas fâcheux, bien fâcheux que des efforts si méritoires et si dignes de respect, ne fussent récompensés que par un peu d’argent ? Qui que vous soyez, travailleurs, restez chrétiens, remplissez les devoirs du chrétien, gardez vos âmes pures et votre travail, offert à Dieu, méritera des récompenses éternelles.»

 

La Croix de l’Ile d’Yeu, 15 mai 1898

 

11 novembre 2019

37 - Le goémon nourricier du Loch ICI 

 

Le brûlage du goémon

 

   Les fours à goémon (forn zoud) consistaient en une tranchée de forme rectangulaire à section trapézoïdale, creusée dans le sol, longue de 6 à 9 mètres, large de ± 60 cm, profonde de ± 50 cm. Les parois et le fond de cette tranchée étaient dallés de pierres plates et lisses, assemblées avec de l'argile.

 

   Le brûlage avait lieu à la fin de l'été et pouvait durer 20 jours, en fonction de la quantité de goémon séché et du nombre d'opérateurs. L'allumage du four avait lieu vers 7 heures. Il se faisait, dans chaque compartiment, avec des fagots de genêt ou d'ajonc ; puis le goémon était jeté par petites poignées dans le brasier qu'il fallait alimenter sans interruption toute la journée. Des goémoniers défaisaient les tas, apportaient les algues sèches, d'autres s'occupaient du four. Les opérations se faisaient dans une chaleur d'enfer, toujours opposées au vent de façon à éviter les fumées épaisses et âcres. Pendant les brûlages, amers, rochers et falaises devenaient souvent invisibles. Ce qui obligea les instructions nautiques de l'époque à mentionner la dangerosité de certaines côtes.

 

L'art de l'incinération consistait à réguler le tirage du foyer sur toute sa longueur : la température devait être suffisante pour faire fondre les cendres des algues, mais sans être excessive pour éviter l'évaporation de l'iode, très volatil.

 

 

 

En fin d'après-midi, le four était rempli de cendres en fusion. On homogénéisait cette masse incandescente (à l'aspect de lave) en la brassant et en la malaxant (meska ar zoud). Ce travail pénible, appelé « pifonnage » durait une à deux heures. Il s’achevait lorsque la soude, se refroidissant et s'épaississant progressivement, devenait compacte. Le magma obtenu recevait alors sa forme à coups de houe.

 

  Si la soude en fusion n’était pas bien remuée, elle se solidifiait mal et restait granuleuse et cassante. Par contre, ce malaxage prolongé provoquait l'évaporation de l'iode. Pourtant, malgré les recommandations des usiniers, les soudiers étaient plus sensibles à la présentation de leurs blocs, de leurs pains de soude, qu'à la teneur en iode de leur fabrication !

 

   Traditionnellement, on cuisait les repas sur la bouillie brûlante. On posait, sur les blocs, pommes de terre, poissons, berniques et oignons qui s'imprégnaient du goût incomparable de l'iode. La journée pouvait se terminer fort tard. Le reste de la nuit, les pains refroidissaient lentement, sans surveillance.

 

   Le lendemain matin, vers cinq ou six heures, on procédait au démoulage des pains. Armés de barres à mine et de piques, les goémoniers extrayaient les blocs du four (8 à 10 pains de 60 à 80 kg chacun). Pour ce faire, et pour éviter de casser les blocs de soude, ils commençaient par démolir une des extrémités du four. La section trapézoïdale du four facilitait quelque peu les opérations. Les pains de soude, grisâtres, étaient entreposés près des fours, sous une bâche (la soude ayant tendance à s'effriter dès qu'elle prenait de l'humidité). Il restait à reconfigurer le four et à préparer la place pour une autre fournée.

 

   En douze heures, on brûlait en moyenne 3 tonnes de goémon sec pour le transformer en 600 Kg de soude. Une fois traité à l'usine du Stum on pouvait obtenir ainsi 6 à 9 Kg d'iode.

 

 

A l’usine

 

    Les pains étaient transportés en char à banc jusqu’à l'usine du Stum, puis pesé. Le goémonier était ensuite payé en fonction de la teneur en iode de sa production après prélèvement et analyse d'échantillons sur chaque pain réalisé par le laboratoire de l'usine.

 

Le traitement des pains de soude pouvait débuter, il se prolongeait tout l'hiver. Diverses opérations permettaient d'extraire l'iode de la soude. Les pains étaient d'abord concassés par des femmes et passés très lentement à l'eau pour en extraire les iodures, les chlorures de sodium et de potassium. Puis, par chauffage, on provoquait l'évaporation de l'eau et la séparation des chlorures ; on éliminait les sulfures avec de l'acide sulfurique ; on recueillait alors l'iode en « produit pur ». Par vent de nord, les habitants d'Audierne et de Poulgoazec recevaient des bouffées d'hydrogène sulfuré (odeur d’œufs pourris), mal odorantes mais sans danger ! Les sous-produits extraits des pains de soude étaient revendus comme engrais

 

Mathurin Joseph Meheut


(1882, France - 1958, France)

 

Ramasseurs de goémon

 

[1912]

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