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30 janvier 2021 6 30 /01 /janvier /2021 06:00

 

Quand les réseaux sociaux font la loi

 

LES CHOIX DE “COURRIER” CLAIRE CARRARD

 

Plus de 20 000 soldats de la garde nationale déployés, Washington barricadée, une cérémonie sous haute tension : l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier, s’annonçait hors norme.

 

Nos conditions de bouclage (les pages sont envoyées à l’imprimerie le mardi) ne nous permettant pas de couvrir cet événement, nous avons choisi de revenir sur les événements gravissimes du Capitole, qui risquent de marquer durablement les débuts de la présidence Biden. “Insurrection le 6 janvier, impeachment le 13, investiture le 20” : pour le New York Magazine, “les trois premiers mercredis de l’année 2021 sont autant de marques sur le visage de l’Amérique”.

 

La semaine dernière, nous nous demandions comment Joe Biden allait “réparer” l’Amérique. Cette fois, c’est la censure inédite des réseaux sociaux contre le président sortant et ses partisans que nous avons choisie de décrypter car, là aussi, c’est la démocratie américaine (et pas qu’elle) qui risque d’être un peu plus fragilisée. C’est d’abord Twitter qui a frappé fort en annonçant la suppression du compte de Donald Trump. Un compte aux 88 millions d’abonnés. Puis, dans la foulée, Facebook, TikTok… Par ce geste, les géants de la Silicon Valley ont devancé le Congrès et mis le locataire de la Maison-Blanche hors d’état de nuire, explique The Atlantic. “Donald Trump, célébrité et homme d’affaires, avait promis de purger le marigot qu’est, selon lui, Washington.

 

Il échappera à toute forme de sanction dans cette ville, mais il est rattrapé par la justice du secteur privé”, écrivait le magazine à la veille du vote de la Chambre des représentants en faveur d’une nouvelle procédure de destitution. Le problème, c’est que les Gafam qui censurent aujourd’hui Trump ont largement contribué à la radicalisation de ses partisans. Pourquoi réagir aujourd’hui et pas dès 2016 ?

 

Pourquoi des autocrates comme le président philippin Duterte, le Premier ministre indien Modi… ont-ils encore des comptes, eux, se demande ainsi The Atlantic dans un autre article ? Twitter pratique une politique de “deux poids, deux mesures” en censurant les comptes conservateurs et en tolérant les “incivilités graves, [les messages] d’incitation à la violence et même de haine raciale” émanant d’“individus considérés comme appartenant au bon côté, au camp progressiste”, estime un éditorialiste de UnHerd dans une opinion tranchée traduite sur notre site. Le réseau social Parler – refuge des conservateurs et des complotistes – a été l’autre grande victime du “nettoyage”des géants de la tech. Et même s’il renaîtra sans doute très vite ailleurs, ce bannissement interroge sur la surpuissance d’Amazon et consorts. “Si on cherchait une preuve que ces géants sont des monopoles, qui agissent en violation de la réglementation antitrust et élimineront toute tentative de concurrence, on ne saurait trouver mieux que le fait qu’ils aient employé leur puissance à détruire un concurrent émergent”, analyse sur son blog Substack Glenn Greenwald, le journaliste célèbre pour avoir publié les révélations d’Edward Snowden. Tout le débat est là.

 

Est-ce à des entreprises privées de fixer les limites de la liberté d’expression ?

 

Sûrement pas.

 

Mais comment réguler l’information en ligne ?

 

Pour Quartz, il faudrait gérer Internet comme un service public. “Près de quarante ans après la création d’Internet, la question de savoir quand et comment des entreprises privées peuvent utiliser leur puissance pour contrôler le flot d’informations et d’idées n’est pas tranchée. Et les événements récents ont démontré à quel point il est important de réfléchir à des mécanismes de réglementation et de supervision des infrastructures Internet et de réclamer plus de transparence sur les décisions des entreprises qui les gèrent – ou de créer de véritables entreprises d’utilité publique.” Autre question récurrente : comment limiter la propagation des opinions extrémistes en ligne ?

 

Et qui est responsable ?

 

Après avoir reconnu un ex-collègue du site Buzzfeed parmi les manifestants du Capitole, Ben Smith, chroniqueur media du New York Times, prend sa part : “Son évolution me pousse à m’interroger sur la part de responsabilité que nous portons aujourd’hui, nous les pionniers de l’information sur les réseaux sociaux. Avons-nous contribué, ainsi que les créateurs de ces plateformes, à ouvrir une boîte de Pandore ?” Cette question, tous les médias peuvent se la poser

 

 

 

C’est la “big tech” qui a destitué Trump en premier ICI 

 

En privant Donald Trump de ses plateformes préférées, des entreprises privées comme Facebook, Snapchat, Twitter et consorts ont devancé les élus du Congrès et mis le locataire de la Maison-Blanche hors d’état de nuire, constate The Atlantic.

 

 

Gérer Internet comme un service public ICI 

 


QUARTZ - NEW YORK

Publié le 24/01/2021 - 08:32

On ne peut pas abandonner le contrôle des opinions et des informations circulant en ligne à de grands groupes privés, estime ce site américain, qui dresse un parallèle avec la gestion de l’eau ou de l’électricité.

 

 

De l’ivresse du buzz à l’assaut du Capitole

 

Parmi les insurgés du Congrès, le chroniqueur médias du New York Times a reconnu un ex-confrère. Il s’interroge sur la responsabilité des pionniers de l’information virale dans la radicalisation des réseaux sociaux. —

 

The New York Times (extraits) New York

 

Rien ne le distinguait particulièrement, dans notre studio de Los Angeles, des autres personnages iconoclastes, ambitieux et doués d’un talent peu ordinaire qui travaillaient là. Tous avaient un don pour faire des vidéos capables de créer le buzz. Il s’appelait Anthime Joseph Gionet, et sa valeur ajoutée pour BuzzFeed était évidente : il était prêt à tout pour un bon Vine, la plateforme de vidéos qui a brièvement connu la gloire avant d’être écrasée par Instagram et Snapchat en 2017.

 

Un jour, il s’est renversé 3 litres de lait sur la tête et la vidéo de cet exploit a été vue des millions de fois. C’était l’époque où les blagues potaches de ce genre amusaient les internautes américains. En ce sens, il était naturellement fait pour BuzzFeed quand il est arrivé au printemps 2015, alors que j’étais rédacteur en chef du site. Embauché pour gérer le compte Vine, son travail consistait à condenser en six secondes les vidéos les plus drôles et les plus improbables concoctées par ses collègues.

 

À l’époque, nous étions les meilleurs en matière de création de contenus pour les réseaux sociaux, la plupart du temps des listes, des quiz, de courtes vidéos, et à l’occasion des retransmissions en direct, comme celle où deux de mes collègues ont fait exploser une pastèque à grand renfort d’élastiques.

 

Et c’est pourquoi j’ai reconnu le ton de Gionet, aujourd’hui âgé de 33 ans, le mercredi [6 janvier]: “Vous êtes plus de 10 000 à nous suivre en direct, allez, c’est parti!” disait-il avec ferveur. Anthime Joseph Gionet se trouvait alors [au Capitole], dans le bureau dévasté du sénateur de l’Oregon Jeff Merkley, et faisait une vidéo en direct pour l’une des rares plateformes ne l’ayant pas encore banni, lui et d’autres fidèles de Donald Trump. Cela ressemblait à la conclusion logique d’une évolution professionnelle que certains pourraient qualifier de faiseur de farces sur Internet ou de spécialisation en trolls, mais qu’on pourrait décrire plus justement comme de la violence performative.

 

Après avoir vu Gionet, j’ai appelé quelques anciens collègues. Ils se souviennent de lui avec un mélange de dégoût et de perplexité. Ils décrivent un homme susceptible, en perpétuelle quête de popularité, mais qui pouvait aussi se montrer très contrarié si l’on se moquait de sa grosse moustache et de sa coupe de cheveux mulet. Deux de ses amis au bureau avaient d’autres origines ethniques que lui et ne se considéraient pas du même genre, et ils se sentaient parfois unis par le sentiment de ne pas faire partie du clan. L’un d’entre eux évoque un homme triste dont les opinions politiques ne dépassaient guère la culture plutôt rugueuse et sexiste de Vine, et qui était hanté par une enfance très solitaire en Alaska. Il semblait vide à l’intérieur.

 

Pendant la campagne [présidentielle] de 2016, il a commencé à se construire un personnage de militant politique. Il a d’abord posé la photo de Bernie Sanders sur son bureau, puis s’est mis à arborer une casquette MAGA [“Make America great again”, le slogan de Donald Trump] au bureau. Cela n’a pas manqué de faire sourciller certains collègues plus progressistes – bien que relativement apolitiques –, mais c’était encore l’époque où certains pensaient que l’on pouvait être “ironiquement” d’extrême droite.

 

Quelques mois plus tard, quand il a quitté BuzzFeed pour devenir l’“agent” de Milo Yiannopoulos, coqueluche de l’“alt-right” raciste et antisémite, ses collègues sont restés cois. Puis ils ont remonté son fil Twitter et découvert que ses messages de plus en plus nauséabonds étaient retweettés par des personnalités d’extrême droite et que son évolution n’était donc en fait pas si surprenante.

 

Il ne s’agit pas ici de faire le portrait d’un homme sympathique qui aurait mal tourné. L’histoire parle selon moi d’autre chose, comme si les réseaux sociaux étaient désormais dotés d’une sorte de pouvoir que nous avons contribué à affûter avec BuzzFeed.

 

Pour ceux qui n’ont jamais vu un de leurs contenus littéralement embraser les réseaux sociaux, il est difficile de comprendre l’attrait de cette incroyable montée d’adrénaline. Vous vous retrouvez soudain au centre de la galaxie numérique, observé par une foule de gens inimaginable.

 

Après son renvoi en 2014 de BuzzFeed pour plagiat, il a poursuivi sa carrière en prenant la tête de Turning Point USA, sorte de mouvement de jeunesse trumpiste, et en animant une émission sur Newsmax [un site d’information et d’opinion conservateur]. Il met désormais ses talents de “spécialiste de la narration politique en ligne”, affûtés avec nous à BuzzFeed, au service d’une nouvelle génération de personnalités d’extrême droite comme Lauren Boebert, représentante du Colorado, qui s’est notamment fait connaître en jurant de venir travailler au Congrès avec son arme. (Ni Anthime Joseph Gionet ni Benny Johnson n’ont souhaité répondre à nos sollicitations.) Alors que nous affinions ces nouvelles pratiques des réseaux sociaux chez BuzzFeed, nous avons mis du temps à comprendre que l’extrême droite suivait attentivement notre travail et nous imitait. John Peretti, fondateur du Huffington Post et de BuzzFeed, a été stupéfait d’entendre Steve Bannon, alors responsable du site Breitbart [porte-étendard de la droite radicale], déclarer qu’il s’était inspiré de son travail pour définir la stratégie de campagne de Donald Trump en 2016. Avant les élections, Steve Bannon m’avait d’ailleurs confié son étonnement de voir que nous n’avions pas transformé BuzzFeed en machine de guerre pour Bernie Sanders, ainsi que Breitbart l’était devenu pour Donald Trump. “Certaines des techniques innovantes que nous avons lancées, plus adaptées au fonctionnement des réseaux sociaux et des médias numériques, ont été reprises par des mouvements d’extrême droite, des groupes racistes et les partisans MAGA”, reconnaît mon ancien patron Jonah Peretti [après l’assaut du Capitole]. Optimiste invétéré, Peretti souligne néanmoins que ces mêmes dynamiques ont également joué un rôle crucial dans la mobilisation de mouvements progressistes ces dernières années, comme Black Lives Matter ou #MeToo.

 

J’entends déjà deux théories apparemment divergentes pour expliquer ce qui s’est passé à Washington [le 6 janvier] : pour les uns, cette foule majoritairement blanche et ouvertement raciste est l’incarnation d’un mal américain profondément enraciné et toujours présent; pour les autres, les réseaux sociaux ont radicalisé les identités de base de certains Américains.

 

La trajectoire d’Anthime Joseph Gionet montre que ces deux explications ne s’excluent pas mutuellement. Un homme dont les anciens collègues se souviennent comme d’un être à la dérive s’est construit une identité reflétant de vieux démons de l’Amérique et est devenu ce que de nombreux Américains voulaient qu’il soit.

 

Ben Smith Publié le 10 janvier

 

 

 

 

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commentaires

pierre 30/01/2021 14:13

Biden’s sign language interpreter has translated far-right misinformation A gesture meant to boost unity and inclusion inspired divisiveness, after news emerged that a White House American Sign Language interpreterwas a Donald Trump supporter who has interpreted videos rife with misinformation.
ET CELLE Là A FAIT MA SEMAINE

pierre 30/01/2021 14:06

on trouve 3 vaccins en moins d'un an , là où il en faut 10 au oins d'habitude voire plus , mais vous trouverez toujours des chercheurs et des trouveurs de guerre de retard (une obligatoirement voire deux ce qui est le top en matière de retard de guerre, on ne le dira jamais assez).
Qu'un variant californien ayant produit 5 sous variants nettement plus agressif et hyperplus contaminant, ceci après être resté disimulé depuis plus de 5 mois, ne fera pas changer d'avis le spécialiste de la guerre de retard.

ça a fait ma journée

pax 30/01/2021 08:16

« Père, gardez-vous à droite! Père, gardez-vous à gauche! »

C’est ce que ce que criait Philippe (dit le Hardi), 14 ans, à son père le roi Jean II (dit Jean Le Bon), lors de la bataille de Poitiers. *

Par soucis de santé mentale des populations on pourrait clamer « Gardons nous de Fesse de bouc, gardons nous de Cuicuiter » tant la chronique du jour nous révèle, à nous les candides, des mœurs insoupçonnées et effarantes du moins quand il s’agit de manipuler les foules, et qui ne font avancer ni la société ni la civilisation. Ces gens prolifèrent comme des champignons sur du bois mort.
Il faut reconnaître que ces outils ou leurs semblables peuvent devenir intéressants quand la jeunesse s'en empare pour brouiller les cartes et intervenir comme un chien dans un jeu de quilles. Confère la récente affaire « Gamestop » à la Bourse de New York ou des jeunes ont fait mordre la poussière aux spéculateurs installés (fonds de pension et autres) habitués à jouer « à la baisse » Joli coup qui pose, à présent de sérieux problèmes de toutes natures à ce petit monde d’un entre soit ronronnant.

* Si vous aimez vous faire du mal, consultez sur Wikipédia l’article « Bataille de Poitier » (732) Sanglante et cruelle défaite militaire française inaugurant le palmarès « Crécy » (1345) « Azincourt » (1415). Mêmes causes, mêmes effets, qu’on retrouvera en 1870,1914 et 1939.
C’est exactement la même chose qui arrive à la France et à l’Europe, en matière de pandémie en générale et de vaccin en particulier. Toujours en retard d'une guerre ! Vieille habitude jamais perdue.
Consolons nous, l’histoire se termine toujours bien puisque nous sommes toujours là.
Mais à quel prix hélas !

So long’

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