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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 06:00

 

Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer Olivier Duhamel, mon seul lien avec lui était mon ami Guy Carcassonne (voir son texte plus bas). 

 

 

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A Sciences Po, l’onde de choc de la démission d’Olivier Duhamel

 

Le politologue, visé par des accusations d’inceste, a quitté ses fonctions lundi 4 janvier. Il présidait la Fondation nationale des sciences politiques depuis 2016. ICI 

Par Soazig Le Nevé

Publié le 06 janvier 2021

 

Une déflagration s’est abattue sur Sciences Po, lundi 4 janvier. Dans l’après-midi, le politologue Olivier Duhamel met fin à toutes ses fonctions, dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), l’instance chargée de la gestion financière et des orientations stratégiques de l’institut d’études politiques parisien.

 

Dans la foulée, Le Monde publiait un article révélant des accusations d’inceste le visant. Dans un livre, à paraître le 7 janvier (Seuil, 208 pages, 18 euros), intitulé La Familia grande, la juriste Camille Kouchner accuse son beau-père d’avoir agressé sexuellement pendant plusieurs années son frère jumeau, alors adolescent.

 

S’adressant par mail aux vingt-quatre membres du conseil d’administration de la FNSP, le président démissionnaire explique sa décision. Il dit être « l’objet d’attaques personnelles » et affirme son désir de « préserver les institutions dans lesquelles [il] travaille ». Entre toutes, « l’institution » Sciences Po est sans doute celle qui lui est la plus chère depuis plusieurs décennies. Celle où il a fait carrière en formant des générations d’étudiants lorsqu’il enseignait le droit constitutionnel et les sciences politiques.

 

« Il était intouchable »

 

Conseiller du président du Conseil constitutionnel, membre du Comité consultatif pour la révision de la Constitution, député européen (PS), membre de la Convention sur l’avenir de l’Europe, membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République, fondateur et directeur de la revue Pouvoirs, mais aussi animateur et chroniqueur sur LCI et Europe 1, président du club Le Siècle et membre du comité directeur de l’Institut Montaigne… Le constitutionnaliste Olivier Duhamel, 70 ans, a marqué les trente dernières années par son engagement public.

 

Mais celui que Sciences Po présente sur son site Web comme « expert dans l’étude des institutions, de la vie politique et de leurs influences réciproques » aurait fini par en incarner une forme de dévoiement, selon ses détracteurs, qui voudraient profiter de l’occasion pour dépoussiérer la gouvernance de l’école. En 2015, son prédécesseur, Jean-Claude Casanova, avait été renvoyé devant la cour de discipline budgétaire et financière, à la suite de l’affaire du salaire mirobolant de l’ancien directeur Richard Descoings. En 2016, l’arrivée de M. Duhamel à la tête de la FNSP – dont il était membre du conseil d’administration depuis 1995 – avait fait naître un espoir qui reste déçu. Loin des préoccupations pédagogiques et stratégiques de l’école, son mandat illustrerait simplement l’influence de l’entre-soi et d’une caste déconnectée des réalités.

 

C’est uniquement sous le couvert de l’anonymat que les langues se sont déliées au sein de l’institution de la rue Saint-Guillaume. « Il était intouchable, relate un membre du conseil d’administration de la FNSP, composé de dix femmes et de quinze hommes. Duhamel était le président d’une espèce d’aristocratie et les membres enseignants et étudiants n’avaient aucun pouvoir sur lui. » « C’était à l’image des conseils d’administration du CAC 40, poursuit un autre. Des gens qui se fréquentent, ont des relations entendues et policées, mais dont la plus-value des décisions reste très minime pour le projet académique de Sciences Po. »

 

« Stupeur » du directeur

 

« Olivier Duhamel est quelqu’un à qui on ne s’oppose pas, confirme une autre source au sein de l’école. Il aimait raconter qu’il était copain avec tout le monde dans le microcosme politique. »

 

« Ça ne va pas redorer le blason de notre école », déplore Arthur Moinet, membre du conseil d’administration de la FNSP entre avril 2018 et novembre 2020. L’ancien élu étudiant garde le souvenir d’une instance « duale ». « Nous étions deux étudiants et trois professeurs, et presque tout le reste, c’était des proches d’Olivier Duhamel », rapporte-t-il estimant ce modèle de gouvernance « complètement dépassé ».

 

Dans un message adressé aux enseignants, salariés et étudiants de Sciences Po, le directeur, Frédéric Mion – qui n’a pas donné suite à notre demande d’entretien, pas plus qu’Olivier Duhamel –, a fait part, mardi, de sa « stupeur ». « Le respect absolu de la personne, de sa dignité, de son intégrité morale et physique, de son consentement, est une valeur cardinale de notre institution », a-t-il simplement déclaré.

 

Mardi 5 au soir, Sciences Po a modifié la liste des membres du conseil d’administration de la fondation. En lieu et place de la photo et du nom d’Olivier Duhamel figurent une silhouette rouge et la mention « président(e) en cours de désignation ».

 

Un conseil d’administration extraordinaire nommera, le 13 janvier, un président intérimaire, parmi les neuf membres « représentants des fondateurs », indique l’école. Y figurent notamment Louis Schweitzer, président d’honneur de Renault, Henri de Castries, président de l’Institut Montaigne, Marc Guillaume, préfet de Paris et d’Ile-de-France, et Laurence Parisot, directrice associée de Gradiva. Cette dernière a déclaré sur Twitter, mardi : « L’inceste devrait être un crime imprescriptible. Point. »

 

Soazig Le Nevé

 

Sciences Po, cœur du pouvoir d’Olivier Duhamel  ICI

 

 

Le constitutionnaliste, accusé d’inceste, influence depuis trente ans l’école des élites et ses directeurs, de Richard Descoings à Frédéric Mion.

 

Par Raphaëlle Bacqué

 

Les accusations d’inceste de Camille Kouchner contre son beau-père Olivier Duhamel ont décapité d’un coup ce qui fait le cœur des élites françaises : Sciences Po et Le Siècle. Autant dire l’école du pouvoir et le club de la nomenklatura. Au sommet de l’une et de l’autre de ces deux institutions, le constitutionnaliste, visé par une enquête pour « viols et agressions sexuelles », y incarnait une forme de permanence des coteries françaises, transpartisanes et intemporelles. Au Siècle, on lui trouvera sans difficulté un remplaçant. Mais l’affaire ébranle bien plus durement Sciences Po dont il était, à travers la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), l’un des dirigeants influents.

 

Dans cette école, qui a vu passer cinq présidents de la République, des quantités de ministres, bon nombre de patrons et des journalistes en pagaille, le scandale paraît toujours raconter – même injustement – les travers de la fine fleur du pays. Il résume en tout cas ce qu’était le pouvoir de ce professeur que rien n’a ébranlé pendant si longtemps.

 

Science du réseau

 

A Sciences Po, Olivier Duhamel est une sorte de diva depuis plus de trente ans. Bien avant de devenir l’un de ses dirigeants, il y a donné le cours-phare sur les institutions publiques, dispensé aux premières années. Mais il a toujours été bien plus qu’un bon pédagogue. Au sein de l’école de l’élite, il appliquait ce qu’il ne dispense pas dans ses cours : une science du réseau qui est, plus efficacement que la connaissance du droit, le moteur du pouvoir.

 

A son arrivée, à la fin des années 1980, il n’est pourtant que simple maître de conférences. Mais ce fils de ministre tutoie tout de suite les instances dirigeantes. Tout va ensuite très vite. En 1991, c’est à lui que le patron de Sciences Po, Alain Lancelot, s’adresse pour parrainer au Siècle, dont il est membre depuis plusieurs années déjà, celui qui passe pour son dauphin, le jeune Richard Descoings. Bon investissement. En 1996, « Richie », comme les étudiants surnomment Descoings, devient directeur de Sciences Po. Et choisit Olivier Duhamel comme « conseiller spécial ».

 

C’est la première fois qu’un directeur est épaulé par un « special advisor, comme en ont les présidents américains », se flatte Olivier Duhamel. La nomination fait pourtant tiquer quelques-uns. Dans les fiches d’évaluation que les étudiants remplissent chaque année sur leurs profs (la réforme a été impulsée par Richard Descoings), plusieurs élèves ont expliqué que le professeur Duhamel utilisait leurs travaux pour écrire des pans entiers de ses livres… Péché véniel, balaie « Richie », qui s’enthousiasme : « Olivier connaît tout le monde ! »

 

C’est vrai. Duhamel n’appartient pas à la haute fonction publique comme le conseiller d’Etat Descoings, mais il possède mieux qu’un passeport au sein des grands corps de l’Etat : une camaraderie de longue date avec bon nombre de ministres, de patrons, de journalistes en vue. Le Parti socialiste l’a d’ailleurs investi, en 1997, pour devenir député européen.

 

Cela ne l’empêche pas de continuer à assurer ses cours sur le droit constitutionnel et la politique comparée. Au sein du conseil d’administration de la FNSP, il est toujours là pour défendre les transgressions de son patron. Des parents viennent en effet se plaindre. « Richie » envoie des messages enflammés à leur fils, élève de première année. « Le garçon est majeur ! », répond Duhamel à une secrétaire de l’administration qui s’inquiète d’une possible accusation de harcèlement et d’un abus de pouvoir.

 

Soutien de DSK

 

Lorsque Descoings propose de confier à Dominique Strauss-Kahn (DSK) son grand cours d’économie de première année, pour la rentrée 2000, Olivier Duhamel, ami de DSK et surtout d’Anne Sinclair, mène campagne dans les médias et au sein de l’institution pour l’ancien ministre de l’économie.

 

Le conseil d’administration, en effet, hésite. Un an et demi plus tôt, DSK, pris dans le scandale de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF), a dû démissionner de Bercy. Il est alors soupçonné de « corruption passive » dans l’affaire de la mutuelle étudiante, mais aussi mis en examen pour « recel d’abus de biens sociaux » dans l’affaire Elf. Peut-il, dans ces conditions, enseigner à des étudiants ? « Achetons-le à la baisse et, s’il devient président de la République un jour, ce sera formidable », répète Duhamel.

 

A Strauss-Kahn, Descoings et son conseiller spécial passent tout. L’ancien ministre de l’économie se voit accorder une prime exceptionnelle et l’on ferme les yeux sur sa manie de draguer les étudiantes. Une fois directeur général du Fonds monétaire international (FMI), DSK continue d’ailleurs d’aider Sciences Po en animant, avec Anne Sinclair, de Washington, des soirées de récolte de fonds pour l’école.

 

Quand, un an après la chute du patron du FMI, accusé de viol par une employée du Sofitel de New York, Richard Descoings est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel de Manhattan, Olivier Duhamel est encore là pour défendre le bilan de « Richie » et les primes faramineuses que ce dernier s’est octroyées, ainsi qu’à son épouse, Nadia Marik, et aux membres de la direction. Le constitutionnaliste le fait avec la morgue qui est dans son caractère. Dans Libération, le voilà qui s’emporte contre les journalistes, « érigés en procureurs des mœurs », qui enquêtent sur DSK et s’interrogent sur Descoings.

 

Duhamel agace, avec ses manières tour à tour enjôleuses ou brutales, mais Sciences Po est un petit monde où les intérêts s’entrecroisent. Avec le président de la FNSP d’alors, Jean-Claude Casanova, et celui du conseil de direction, Michel Pébereau, tous deux des libéraux affirmés, l’ex-élu socialiste Olivier Duhamel se démène pour organiser la succession de Descoings et empêcher tout droit d’inventaire sur un héritage qui est aussi le leur.

 

Directeur général de l’enseignement scolaire, ancien recteur de l’académie de Créteil, Jean-Michel Blanquer paraissait être le meilleur candidat ? Il est éliminé d’emblée. Comme le professeur de sciences politiques Dominique Reynié, le président de l’université Paris-II Louis Vogel, l’économiste Jean Pisani-Ferry ou le directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot.

 

Invité des Macron à La Rotonde

 

L’ancien compagnon de Richard Descoings et patron de la SNCF Guillaume Pepy, mais aussi le secrétaire général du Conseil constitutionnel, Marc Guillaume, qui codirige la revue Pouvoirs avec Olivier Duhamel, ont une autre idée : Frédéric Mion. Conseiller d’Etat comme l’était Descoings, il a autrefois dirigé la section Service public de Sciences Po. Pour autant, il n’a pas postulé lors de la première procédure de recrutement. Son projet tient d’ailleurs en trois pages de pures généralités. Aucune importance.

 

« Manifestement, ce qui se jouait n’avait rien à voir avec une quelconque réforme de l’institution. C’était même le contraire », témoigne l’un des recalés de l’époque. Duhamel n’a jamais eu peur de s’engager. Il fait donc campagne pour ce quadragénaire qui promet d’être plus policé que « Richie » et de préserver son héritage. En 2013, Frédéric Mion est nommé directeur de Sciences Po.

 

Un an plus tôt, l’élection de François Hollande à la présidence de la République a renforcé l’entregent d’Olivier Duhamel. Il connaît le nouveau chef de l’Etat de longue date, comme le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Pierre Jouyet. C’est d’ailleurs Duhamel qui plaide auprès du président, avec la nouvelle directrice de la stratégie et du développement de Sciences Po, Brigitte Taittinger, épouse de M. Jouyet, pour que le ministère de la défense vende à Sciences Po l’hôtel de l’Artillerie, au cœur de Paris. Bernard Arnault, le patron de LVMH, qui en proposait un prix plus élevé, doit s’incliner.

 

 

Autant dire qu’en 2016, lorsque Jean-Claude Casanova cède la présidence de la FNSP, personne ne conteste Olivier Duhamel. C’est un poste d’influence, plus que de véritable décision. Frédéric Mion s’en accommode fort bien : il n’aime ni les conflits ni l’inconnu.

 

Avec son habituel sens des réseaux, le constitutionnaliste a rencontré, grâce à Laurent Bigorgne, qui fut autrefois le second de Descoings et dirige désormais l’Institut Montaigne, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, et son épouse, Brigitte. En février 2017, alors que son épouse, Evelyne Pisier, meurt, il se noie dans la campagne électorale. Au mois de mai, Sciences Po est aux anges : Duhamel a été l’un des invités des Macron à La Rotonde, dans l’entre-deux-tours, et Frédéric Mion est un ami intime du futur premier ministre Edouard Philippe.

 

Lors des conseils d’administration de l’école, les deux hommes se font la bise et se donnent du « cher ami ». En 2019, l’ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti a pourtant rapporté au directeur de Sciences Po les accusations d’inceste dont le président de la FNSP fait l’objet. Jean Veil, l’avocat dont Olivier Duhamel est l’associé, a-t-il confié à ce dernier que Frédéric Mion s’en était inquiété auprès de lui ?

 

Le constitutionnaliste ne montre en tout cas aucune inquiétude. Pas plus que le patron de Sciences Po, qui lui confie même la leçon inaugurale à la rentrée 2020. Tous deux continuent à diriger l’école du pouvoir. Comme si de rien n’était.

 

Raphaëlle Bacqué

 

« Les larmes ne donnent pas d'encre Quarante ans que nous vivions amis. Amis absolus, à s'appeler jour ou nuit, pour un oui de question juridique, pour un non d'interrogation de vie, ou l'inverse. Nous déjeunions tous les trois une fois par mois, et blaguions sur qui écrirait le premier la nécrologie de l'autre. L'un de nous deux l'aimait comme un frère choisi, l'autre adorait son éblouissante intelligence. Tous ceux qui l'ont connu ont apprécié son humour, sa générosité, son degré d'exigence pour lui qu'il instillait si bien aux autres, son inaltérable optimisme. Il est mort à 62 ans, dimanche 26 mai à Saint-Pétersbourg, en Russie, où il était en voyage avec son épouse, la dessinatrice Claire Bretécher. Il a succombé à une hémorragie cérébrale.

 

 

 

Guy Carcassonne, à la différence de nombre de ses collègues, est un self-made-man – notre pays d'héritiers n'a pas su traduire cette expression. Son père, déporté à Drancy dont sa mère réussit à l'extirper, est mort quand Guy n'avait que 7 ans, laissant sa famille démunie. Marié avec la Catalane Kika Sol, Guy fait sa thèse sur la transition démocratique en Espagne, tout en élevant leurs deux joyeux enfants, Marie et Nuria. Afin de payer le loyer, il fait, la nuit, des dossiers pour un avocat au Conseil d'Etat. Et quand vient le moment de payer les charges sociales, son compte bancaire à sec, il écrit sur son chèque des chiffres et des lettres différents. La Sécu doit donc le lui renvoyer – quelques semaines de gagnées.

 

 

 

La difficulté à joindre les deux bouts n'altère ni sa joie ni sa confiance en la vie. Tout au contraire. Puisqu'elle lui fut dure en ses débuts, il n'a de cesse de l'aimer, de la rendre belle, élégante et libre, jusque dans le choix de chaussettes disparates.

 

 

 

Malgré son originalité, l'université finit par lui reconnaître ses talents hors normes : en 1983, il est reçu major à l'agrégation de droit public. La même année, il rencontre Claire Bretécher, leur fils Martin naît un an après. Guy Carcassonne joue au droit comme d'autres aux échecs, au go ou au poker. Pour le plaisir d'anticiper, d'encercler, de bluffer. Dans son temps libre, il préfère s'adonner au hasard de la roulette. Et aussi, voir ses enfants, ses petits-enfants, bien manger, voyager avec Claire, dévorer des livres, partager avec ses amis.

 

 

 

Plusieurs résistants chiliens trouvent refuge auprès de lui. Technicien hors pair, il devient le meilleur des consultants. Finis les chèques mal libellés, il se met à bien gagner sa vie, ce qui lui permet de donner libre cours à sa générosité sans bornes. Cela n'entame en rien ses convictions, en un monde qui n'en connaît déjà plus guère. Il se consacre au service de Rocard, des premières espérances de 1981 à la révocation de 1991. Et sans Carcassonne, le gouvernement Rocard serait tombé lors du vote de la CSG. C'est alors que l'avocat Tony Dreyfus l'accueille dans ses bureaux. Leur complicité amicale ne connaît aucune faille.

 

 

 

« RICH LONESOME »

 

 

 

Guy Carcassonne compte de grands avocats parmi ses intimes, tels Gilles August et Jean-Alain Michel. Il ne s'inscrit cependant jamais au barreau, refusant de dépendre d'un ordre. Toujours cette exigence de liberté. Il devient un « rich lonesome » juriste dans toutes les branches du droit public. Constitutionnaliste reconnu, il est sollicité dans de nombreux pays. Il répond – en ces cas toujours gracieusement. Malgré un grand talent d'écriture, il répugne à s'aventurer au-delà de l'article. Il préfère suggérer des textes pour la revue Pouvoirs, ou, parfois, en écrire quelques-uns. Il faudra insister pour lever ses pudeurs et passer aux livres.

 

 

 

Il le fait sur la QPC, la question prioritaire de constitutionnalité – pour laquelle nous nous sommes tant battus. Il participe à la continuation de l'Histoire de la Ve République, de Jean-Jacques Chevallier (Dalloz), au-delà de la période 1958-1974 initialement traitée par ce grand auteur. Et, surtout, en 1996, il produit son maître ouvrage : La Constitution (Seuil) – onze éditions poche de ce commentaire savant et drôle, préfacé par le doyen Vedel qui le chérissait. Il exerce sa verve critique contre nombre de règles et us du régime, tonne contre les parlementaires utilisant trop peu leurs prérogatives, pourfend le cumul des mandats... Mais il ne cesse de défendre la Ve République, grâce à laquelle un pouvoir, choisi par le peuple, peut enfin s'exercer.

 

 

 

Indépendamment des prestiges de la République, d'abord au groupe socialiste à l'Assemblée, puis aux côtés de Michel Rocard, au-delà de ses consultations recherchées, il n'eut qu'une passion, l'université. Etudiant, assistant, maître-assistant, professeur, il fut toujours fidèle à Nanterre, malgré tous les appels du pied de Paris I-Sorbonne ou de Sciences Po.

 

 

 

La réussite d'un étudiant « fils de rien », comme disait Brel, lui procurait le plus grand de ses bonheurs. Artiste du droit et de la vie, il lui restait tant à nous apporter. Sa mort est, comme souvent, trop injuste. Sa vie, comme rarement, exemplaire. »

 

« Les cons finis du confinement », par Olivier Duhamel ICI

Par Olivier Duhamel, Président de la Fondation nationale des sciences politiques, membre du Club des juristes

Les élites françaises, Des Lumières au grand confinement

Les élites sont aujourd'hui rendues responsables de tout. Mais n'en a-t-il pas toujours été ainsi? Dans ce livre dont l'approche est inédite, Eric Anceau retrace, de 1720 à 2020, la grand histoire des élites françaises : de la crise de l'Ancien Régime au drame sanitaire de cette année. En passant par la Révolution, la tentative napoléonienne de fusion de la France monarchique et de la France républicaine, les révolutions de 1830 et 1848, l'effondrement du régime de Napoléon III en 1870, le scandale de Panama, l'Affaire Dreyfus, la crise des années 1930, la Deuxième Guerre mondiale, la refondation gaullienne et, enfin, les tensions sociales des trente dernières années. Outre d'être une extraordinaire fresque de l'histoire de France, cet ouvrage est aussi une réflexion magistrale sur la nature de la relation entre les élites et le peuple, laquelle a toujours été frappée, selon l'auteur, du sceau de la défiance.

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