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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 06:00

 

« Valéry Giscard d’Estaing est mort mercredi, à l’âge de 94 ans, des suites du Covid-19. Après une ascension politique menée à un rythme soutenu, le président de la « société libérale avancée » a laissé place à l’homme marqué par l’échec de 1981, trouvant dans l’Europe un autre rôle à sa mesure. »

 

«La postérité ne retiendra rien de moi, nos sociétés sont sans mémoire. Mais je l’accepte sans difficulté, disait-il dans un documentaire de William Karel intitulé VGE, le théâtre du pouvoir (2002)

 

Avec la disparition de Giscard d’Estaing, le paysage politique français perd une figure singulière :

 

« Trop jeune, trop intelligent, trop chanceux… Le malheur de Valéry Giscard d’Estaing fut peut-être d’arriver trop tôt au sommet. Et d’assister trop longtemps au spectacle de successeurs occupant un poste, dont il se jugeait plus digne – et il ne s’en cachait pas. Moins de vingt ans pour conquérir la plénitude du pouvoir. Sept petites années pour l’exercer. Plus de vingt ans pour le pleurer. »

Laurent de Boissieu et Corinne Laurent, La Croix

 

« Bien sous tous rapports. Pas sérieux et plus de quarante ans s'abstenir. » On croirait le nouveau ministre des Finances recruté dans une rubrique de petites annonces : Grand, mince, les traits fins dans un visage de dolichocéphale, le cheveu noir mais le front élégamment dégarni (à la manière des « têtes d’oeuf » américaines), l'air intelligent, le langage choisi, châtié, « ce qui, fait-il remarquer, n'est pas toujours sans risque »

 

Le jeune ministre des Finances de trente-six ans Valéry Giscard d'Estaing, conduit lui-même sa DS.

 

On a dit aussitôt que c'était un ministre nouvelle vague. Nouvelle vague ?

 

Certainement pas par ses théories qui n'ont rien de révolutionnaire. Car c'est un ministre parfaitement rassurant, dans la tradition bourgeoise si chère à la rue de Rivoli. Il n'a d'ailleurs en apparence, dans l'immédiat, qu'un seul problème à régler : celui des prix qui ont une certaine tendance à suivre le boeuf, cet animal à vocation d'alpiniste. » La suite ICI

 

« On ne gouverne pas avec des mais… » 11 mai 1967 de Gaulle en conseil des Ministres

 

Dans les six premiers mois qui suivent son départ du Ministère des finances, et pendant les mois et l'année qui suivent, Valéry Giscard d'Estaing continue, il a qualifié sur le mode badin ses incommodes alliés de « cactus » en parodiant Jacques Dutronc. 

Après les banderilles, c’est l’estocade, en avril 1969. Au général de Gaulle, qui a lié son sort à celui d’un référendum, il répond « non »« tout compte fait, avec regret mais avec certitude ». Le « non » l’emporte, exit le Général

 

Giscard, qui a apporté son soutien à la candidature victorieuse de Georges Pompidou, retrouve son poste de ministre de l’économie et des finances, où il sera reconduit jusqu’en 1974. La tactique reste la même, avec un partage des rôles adapté : VGE laisse à ses lieutenants – et notamment à Michel Poniatowski – le soin de décocher des flèches contre les « copains et coquins » de l’UDR, maître d’œuvre du pouvoir auquel il participe. Et se contente pour sa part de rares déclarations politiques. Dont celle-ci, le 10 octobre 1972, à Charenton : « Assurée de sa majorité, la France souhaite être gouvernée au centre. »

 

Georges Pompidou décède le 2 avril 1974. Le 8, à Chamalières, Valéry Giscard d’Estaing se porte candidat à sa succession : « Je m’adresse à vous tous de cette mairie de la province d’Auvergne pour vous dire que je suis candidat à la présidence de la République… » Minutieusement préparée et pensée bien avant l’heure, sa campagne est d’une redoutable efficacité. Dans le droit-fil de l’ancien ministre, qui s’était distingué du gaullisme sans rompre avec lui, le candidat incarne « le changement dans la continuité ». Il est à la fois jeune (48 ans) et expérimenté ; moderne mais rassurant.

 

À sa mort, en plein exercice, VGE, 48 ans, 1,89 mètre, se lance dans une campagne blitzkrieg, embauche des publicitaires inspirés par la communication kennedienne, pose aux côtés de sa fille Jacinte, 13 ans, sur son affiche électorale, embauche des vedettes trentenaires, Alain Delon, Brigitte Bardot ou Johnny Hallyday, qui arborent des T-shirt, « Giscard à la barre » . Le 5 mai 1974, il terrasse le candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas et la semaine suivante, à l’issue d’un débat télévisé ponctué d’une réplique cinglante – « Vous n’avez pas le monopole du cœur » –, bat sur le fil le candidat de la gauche, François Mitterrand. La suite est pénible pour les jeunes gens de l’époque, qui regardent d’un air narquois ou consterné le grand bourgeois descendre à pied les Champs-Élysées, remplacer lors des cérémonies officielles la jaquette par le veston pied-de-poule, organiser pour les éboueurs de son quartier un petit déjeuner à l’Élysée, et s’inviter à dîner chez « les Français moyens », tout en jouant de l’accordéon. 

 

DANIEL JANIN/AFP

N’empêche. Le 5 juillet, Giscard abaisse la majorité civique à 18 ans – ouvrant le droit de vote à 2,5 millions de jeunes… majoritairement à gauche. Le 7 août, il démantèle l’ORTF et abolit le monopole public de la radio et de la télévision. Le 14 octobre, faisant face au premier choc pétrolier de 1973, il indemnise les récents licenciés économiques sur la base de 90 % de leur dernier salaire pendant un an. Le 21 octobre, il élargit la saisine du Conseil constitutionnel. Il met aussi fin aux écoutes téléphoniques, à la censure dans le cinéma. La France sort peu à peu du Moyen Âge.

 

La loi qui légalise l’avortement...

 

Mais l’action de VGE la plus forte est assurément en direction des femmes. Ayant choisi Jacques Chirac comme Premier ministre (qui, très vite, s’employera à provoquer sa perte), il nomme Françoise Giroud, 57 ans, alors directrice de la rédaction de L’Express, secrétaire d’État à la Condition féminine, et surtout la magistrate Simone Veil, 47 ans, ministre de la Santé. Le 28 novembre, sous les menaces de l’extrême droite et d’une partie de la droite, Simone Veil fait adopter avec le concours des députés de gauche, la loi qui légalise l’avortement. Le 4 décembre, une nouvelle loi autorise la délivrance de la pilule contraceptive aux mineures sans l’autorisation de leurs parents. Dès lors, Giscard est assuré de perdre sept ans plus tard une bonne partie de l’électorat catholique. D’autant que, libéral en matière économique comme sur le terrain des mœurs, il introduit ensuite le divorce par consentement mutuel, instaure le collège unique afin de favoriser un égal accès de tous les enfants à l’enseignement, généralise la mixité dans les écoles…

STF/AFP

Mort de Valéry Giscard d'Estaing : sa vie en 15 photos ICI

Mort de Valéry Giscard d’Estaing : le destin facétieux du « président moderne »  ICI

Par 

RALPH GATTI/AFP

Valéry Giscard d’Estaing, le président des « seventies » ICI

Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, alors premier ministre et candidat à l’élection présidentielle, à Aulnat (Puy-de-Dôme), le 6 mai 1988.

Mort de Valéry Giscard d’Estaing : « VGE le monarque » vs « Chirac l’agité » ICI

Valéry Giscard d'Estaing, «au revoir» ICI

 

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DÉCÈS

L'ancien président français est décédé des suites du covid, indique son entourage. Il incarnait la modernité lorsqu'il accéda à l'Elysée à l'âge de 48 ans. Son septennat, puis la suite de sa carrière politique, démontra son incapacité à transformer la France

2005, Valéry Giscard d'Estaing vient d'acquérir le château.

Mort de Valéry Giscard d'Estaing : en Aveyron, Estaing a perdu son châtelain ICI

Le musée d'Orsay renommé VGE? L'idée monte chez certaines personnalités ICI

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commentaires

pax 09/12/2020 09:45

Aller, encore une couche.
Parmi les faits et geste de ce grand humaniste n'oublions pas le refus de commuer la peine de mort à laquelle Christian Ranucci alors qu'il existait de nombreux éléments instituant le doute de manière certaine. Et le doute doit toujours bénéficier à l'accusé et ici, au moins sursoir à son exécution, privilège du chef de l'état.

pax 04/12/2020 08:45

Vivement que je meurs pour enfin entendre dire un peu de bien sur ma misérable personne.
Les panégyriques me font rire et m'emmerde. 0n oublie trop souvent les " bêtises" des grands hommes car elles les rendent moins grands (et ça, c'est moins bon pour la copie, Coco)
Place donc à la langue de pute uniforme souvent enfilé par la mouche du coche.
1) L'Emprunt Giscard
Un emprunt public à 7 % de taux d’intérêt, indexé sur l’or. L’histoire a retenu, à juste titre, son coût exorbitant pour les finances publiques : 90 milliards de francs courants de remboursements – dernier paiement en 1988 – pour un emprunt de 6,5 milliards…
Gribouille n’aurait pas fait mieux !
2) La dette
Elle passe de 12 % du PIB en début de mandat à 22 % en fin de mandat
3) L’état providence
Responsable de tous les maux toujours et encore. Antienne du libéralisme échevelé dont sont adeptes, envers et contre toutes nos élites.
4) Flexibiliser le monde du travail. Ca commence par l’intérim puis les délocalisations.
Novateur, le Grand Flandrin le fût assurément en rompant avec l’économie d’après guerre mais en se contentant des recettes ultra libérales qui fleurissent jusqu’à ce jour et que le Président Micron veut nous faire ingurgiter de force (réforme des retraite pas morte, si on en croit les bruits de couloirs.)
Cerise sur le gâteau, n’oublions pas le Viandard qui tire sur tous ce qui bouge. Il voulait absolument accrocher un ours à son tableau de chasse. Les Polonais lui firent se plaisir et le conduisirent sur un terrain de chasse approprié ,avec l’ours dans la soute de l’avion !
Pour moi, Giscard, illustre ce que tout un chacun peut observer dans la vie. Plus tôt on prend de menues claques de l’existence plus on a l’espoir de vivre une peu tranquille. Plus tard elles
arrivent plus elles sont grandes et font mal . Ainsi le génie chuintant d’Auvergne, au parcours impeccable et sans erreur jusqu’à son élection à la « magistrature suprême » (si jeune, le brave petit) se prit publiquement une claque magistrale et publique celle là : son échec devant le Père François.
Enfin, cette sottise de vouloir débaptiser une édifice publique ! Déjà on rebaptisa la « Place de l’Etoile » Place Charles de Gaulle (pourtant général à 2 étoiles) Même chose pour l’Aéroport de Roissy . Mais les Parisiens n’ont pas changé leurs habitudes et les pilotes de lignes ne parlent que de « Charly airport » Quel hommage !
Mais pour ce que j’en dis…

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