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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 06:00

Dans la cour de la Sorbonne à Paris, le 21 octobre.

Dans la cour de la Sorbonne à Paris, le 21 octobre. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

 

Emmanuel Macron a rendu hommage à ce prof fils de profs, qui croyait en la République, ainsi qu’à tous les maîtres et professeurs, appelant à considérer et à défendre tout le corps enseignant.

 

Un professeur, mercredi 21 octobre, a été honoré à la Sorbonne. Un prof discret et humble, prof de collège, prof de banlieue, passionné d’histoire, de géographie, de livres et de connaissances, le goût de la liberté et celui de la pédagogie chevillés au corps.

 

Un prof fils de profs, qui croyait en la République, en la laïcité, en l’éducation civique, dans les vertus du dialogue. Un professeur magnifique, assassiné vendredi 16 octobre par un islamiste pour avoir fait consciencieusement son métier. Un « héros tranquille », selon les mots du président de la République, Emmanuel Macron, qui n’aurait jamais imaginé recevoir un jour pareil hommage dans ce temple de savoir universel, ce lieu si symbolique des humanités et de la transmission.

 

Le silence s’est brusquement imposé et alors que la nuit avait envahi la cour, tout le monde s’est levé. Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le président de la République venait de remettre la Légion d’honneur et les palmes académiques à titre posthume à Samuel Paty, devant sa famille et sans la moindre caméra.

 

A 19 h 30 précises, le cercueil du professeur, porté par des gardes républicains, est entré dans l’enceinte, suivi de sa photo, crayon en main, visage expressif, tourné vers ses élèves dans une salle de classe. Et un air du groupe U2, One, a résonné dans la cour. Une chanson sur la force et la difficulté de l’amour, une chanson compliquée ; une chanson qu’aimait le professeur et qui finit ainsi : « Un sang, une vie, l’amour, il faut en payer le prix. Une vie avec l’autre, nos frères, nos sœurs, nous deux, nous ne faisons qu’un. Chacun doit soutenir l’autre, soutenir l’autre. Un. Un. »

Enfin, une élève de 14 ans a lu la lettre envoyée par Albert Camus à son ancien instituteur, Louis Germain, son maître à l’école communale de la rue Aumerat à Alger.

Cette lettre a été écrite le 19 novembre 1957, quelques jours après que l’écrivain a reçu le prix Nobel de littérature. Albert Camus l’a destinée à Louis Germain, son premier instituteur, à qui il souhaitait rendre un hommage appuyé.

 

19 novembre 1957

 

Cher Monsieur Germain,

 

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur.

 

On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous.

 

Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.

 

Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.

 

Je vous embrasse, de toutes mes forces.

 

Albert Camus

L’hommage au « héros tranquille » Samuel Paty et à tous les professeurs, qui « font des républicains » ICI

Par Annick Cojean

 

RÉCIT Emmanuel Macron a rendu hommage à ce prof fils de profs, qui croyait en la République, ainsi qu’à tous les maîtres et professeurs, appelant à considérer et à défendre tout le corps enseignant.

 

Un professeur, mercredi 21 octobre, a été honoré à la Sorbonne. Un prof discret et humble, prof de collège, prof de banlieue, passionné d’histoire, de géographie, de livres et de connaissances, le goût de la liberté et celui de la pédagogie chevillés au corps.

 

Un prof fils de profs, qui croyait en la République, en la laïcité, en l’éducation civique, dans les vertus du dialogue. Un professeur magnifique, assassiné vendredi 16 octobre par un islamiste pour avoir fait consciencieusement son métier. Un « héros tranquille », selon les mots du président de la République, Emmanuel Macron, qui n’aurait jamais imaginé recevoir un jour pareil hommage dans ce temple de savoir universel, ce lieu si symbolique des humanités et de la transmission.

 

La justesse de la cérémonie conçue par sa famille et le chef de l’Etat a semblé, un bref instant, rassembler et unir toute la communauté nationale. C’est en tout cas ce qu’a ressenti le public, environ 400 invités à l’intérieur de la cour pavée de la Sorbonne, et quelques centaines d’autres, massées devant l’édifice sous un écran géant.

 

Tout y contribuait : l’élégance, l’histoire et la solennité du lieu ; les textes, courts et puissants, lus par des proches ou des collègues de Samuel Paty ; le discours d’Emmanuel Macron, hommage vibrant aux maîtres, aux professeurs, à tout le corps enseignant, et engagement fougueux à les considérer, à les défendre, à les soutenir afin qu’ils continuent, selon l’expression de Jean Jaurès, de « faire », au sens de « former », des « républicains ».

 

« Rassembler la communauté des Français »

 

A gauche de la cour, une centaine d’élèves venus de nombreux établissements scolaires, dont celui de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), avaient pris place timidement, tandis qu’à droite se retrouvaient côte à côte, près des membres du gouvernement, anciens premiers ministres, députés, sénateurs, chefs de parti politique, représentants des cultes religieux, des syndicats d’enseignants, recteurs d’académie, présidents d’université, représentants d’associations d’aide aux victimes d’attentats, etc. « On a besoin de ces moments d’union, a dit François Hollande. Besoin d’instants solennels pour rassembler la communauté des Français, mobiliser la jeunesse, lui donner le sens de l’engagement citoyen. »

 

L’ancien chef du gouvernement Alain Juppé s’est félicité du choix du lieu de la cérémonie : « L’université, l’alma mater, le symbole des Lumières, le lieu de la transmission du savoir et surtout de l’apprentissage du libre arbitre. » Ancien ministre de l’éducation, Vincent Peillon a rappelé avoir été à l’origine des cours sur « la morale laïque », devenus l’enseignement moral et civique (EMC), et confié même s’être senti « une part de responsabilité dans ce qui s’est produit », Samuel Paty ayant montré les caricatures sulfureuses dans le cadre de ce cours. « Un programme pourtant modéré, responsable, raisonnable, fait justement pour unir les élèves », a estimé l’ancien professeur en jugeant « crucial qu’on protège davantage nos profs et qu’on pacifie la société autour d’eux ».

 

Mais le silence s’est brusquement imposé et alors que la nuit avait envahi la cour, tout le monde s’est levé. Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le président de la République venait de remettre la Légion d’honneur et les palmes académiques à titre posthume à Samuel Paty, devant sa famille et sans la moindre caméra.

 

A 19 h 30 précises, le cercueil du professeur, porté par des gardes républicains, est entré dans l’enceinte, suivi de sa photo, crayon en main, visage expressif, tourné vers ses élèves dans une salle de classe. Et un air du groupe U2, One, a résonné dans la cour. Une chanson sur la force et la difficulté de l’amour, une chanson compliquée ; une chanson qu’aimait le professeur et qui finit ainsi : « Un sang, une vie, l’amour, il faut en payer le prix. Une vie avec l’autre, nos frères, nos sœurs, nous deux, nous ne faisons qu’un. Chacun doit soutenir l’autre, soutenir l’autre. Un. Un. »

 

« L’innocent qu’on tue, je ne m’habitue pas »

 

Devant le cercueil déposé sur de fins tréteaux, un ami et collègue de Samuel Paty, Christophe Capuano, maître de conférences en histoire à Lyon, a alors lu d’une voix ardente un texte de Jean Jaurès – dont on oublie souvent qu’il fut professeur de philosophie – adressé « aux instituteurs et institutrices ». Une succession de « conseils » auxquels Samuel, a-t-il dit, a toujours été fidèle.

 

« Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits elle leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin, ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fermeté unie à la tendresse (…). » Et l’ami de lancer : « Adieu Samuel ! »

 

A son tour, une autre professeure, Marie Cuirot, s’est avancée vers l’estrade installée entre les statues massives de Victor Hugo et de Louis Pasteur. Et c’est avec force, rage, qu’elle a déclamé un court poème écrit par Gauvain Sers, chanteur creusois, lui-même fils d’un professeur de mathématiques, publié sur Twitter, au lendemain de la décapitation de Samuel Paty

 

« Paraît qu’on s’habitue, Quand l’infâme est légion, Tous ces hommes abattus, Pour les traits d’un crayon. Paraît qu’on s’habitue, A défendre à tout prix, Les trois mots qu’on a lus, Aux frontons des mairies. Paraît qu’on s’habitue, Quand on manque de savoir, Par chance, on a tous eu, Un professeur d’histoire (…) Paraît qu’on s’habitue, Aux horreurs qu’on vit là, Mais l’innocent qu’on tue, Je ne m’habitue pas. »

 

Une lettre de Camus à son ancien instituteur

 

Enfin, une élève de 14 ans a lu la lettre envoyée par Albert Camus à son ancien instituteur, Louis Germain, son maître à l’école communale de la rue Aumerat à Alger. Elle est datée du 19 novembre 1957, quelques jours après sa réception du prix Nobel de littérature, et elle est devenue virale, sur les réseaux sociaux, depuis la mort de Samuel Paty.

 

« Cher Monsieur Germain,

 

J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous
assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. »

 

D’un pas lent, Emmanuel Macron s’est alors dirigé vers le pupitre et a entamé un hommage vibrant à celui qu’il a constamment appelé « monsieur le professeur ».

 

Pas question, a-t-il dit, de parler ce soir des terroristes et des lâches qui ont commis ou permis l’attentat. « Non. Ce soir, je veux parler de votre fils, je veux parler de votre frère, de votre oncle, de celui que vous avez aimé, de ton père. Ce soir, je veux parler de votre collègue, de votre professeur tombé parce qu’il avait fait le choix d’enseigner, assassiné parce qu’il avait décidé d’apprendre à ses élèves à devenir citoyens. » Un de ces professeurs « qu’on n’oublie pas ». Le professeur dont rêvait Jean Jaurès. « Celui qui montre la grandeur de la pensée, enseigne le respect, donne à voir ce qu’est la civilisation. Celui qui s’était donné pour tâche de faire des républicains. » Tâche, a-t-il estimé, plus essentielle et plus actuelle que jamais et pour laquelle il faut redonner aux professeurs autorité, formation, considération, soutien et protection.

 

« Je voudrais que ma vie et ma mort servent à quelque chose », aurait dit un jour Samuel Paty. « Comme par prescience. » Alors, a demandé le président : pourquoi Samuel a-t-il été tué ? « Parce que les islamistes veulent notre futur et qu’ils savent qu’avec des héros tranquilles tels que lui, ils ne l’auront jamais. Eux séparent les fidèles des mécréants. Samuel Paty ne connaissait que des citoyens. Eux se repaissent de l’ignorance. Lui croyait dans le savoir. Eux cultivent la haine de l’autre. Lui voulait sans cesse en voir le visage, découvrir les richesses de l’altérité. » Samuel Paty, a-t-il dit, « est devenu vendredi le visage de la République, de notre volonté de briser les terroristes, de réduire les islamistes, de vivre comme une communauté de citoyens libres dans notre pays, le visage de notre détermination à comprendre, à apprendre, à continuer d’enseigner, à être libres, car nous continuerons, Professeur ! (…) Nous continuerons, oui, ce combat pour la liberté et pour la raison dont vous êtes désormais le visage parce que nous vous le devons, parce que nous nous le devons, parce qu’en France, Professeur, les Lumières ne s’éteignent jamais. »

 

« J’ai pris de la force, ce soir »

 

L’orchestre à cordes de la garde républicaine a alors joué La Marseillaise, chantée à l’extérieur par un public bouleversé, trop impatient d’applaudir le professeur, et même de l’applaudir à tout rompre, pour observer la minute de silence. A 20 h 15, les gardes républicains emportaient le cercueil, suivis de la famille de Samuel Paty et du président. Déclarée cas contact d’une personne contaminée au Covid-19, Brigitte Macron, ancienne professeure, avait dû renoncer à assister à la cérémonie.

 

Parmi les lycéens présents dans la cour, Enora, 17 ans, venue d’Orléans, s’est sentie galvanisée. « J’ai pris de la force, ce soir. Je vais me battre. Pour la tolérance. Pour le dialogue. Pour la liberté. Les islamistes ne voleront pas mon futur ! »

 

Raphaël, 17 ans, parisien, était complètement sous le choc. « Quel moment. Quelle gravité ! Je m’en souviendrai toute ma vie. Heureusement que ce discours nous donne un objectif, et même une mission. Car je vous avoue que je trouve l’horizon bien sombre, et l’humanité très stupide. » Il veut être chirurgien, parce qu’il adore la science. Et prof, quand il sera « vieux ». Prof de français ou de philo. Mais pourquoi donc quand il sera vieux ? « Parce que j’aime l’idée d’avoir successivement deux métiers, et deux vies. Et que si je risque d’être assassiné, il vaut mieux que ça m’arrive à un âge avancé… »

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