Avant de partir au bord de la mer, formule consacrée des congepés de ma jeunesse allant les passer du côté des Sables d’Olonne ou de Bretignolles-sur-Mer, en Frégate ou en 4 CV, chevauchant mon vélo j’ai aperçu sur le flanc d’un bus de la RATP une affiche annonçant la sortie prochaine du film La Daronne et, ô surprise, c’est la très bourgeoise Isabelle Huppert qui revêt les oripeaux de Patience Portefeux « veuve sans histoire, quinqua, précaire, interprète franco-arabe spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des stups à Paris, qui la paie au noir. Mais Patience doit aussi trouver chaque mois un nouveau stratagème pour payer l’Ehpad de sa mère. Un jour, elle intercepte une conversation, court-circuite les go fast sur un coup de tête et se retrouve avec une énorme cargaison de haschich. Pour écouler la came planquée à la cave, la bourgeoise pincée va devoir se métamorphoser. »
J’ai lu et beaucoup aimé le roman d’Hannelore Cayre ICI, mais comme tout lecteur qui entre dans un roman, le vit, j’avais tracé dans ma tête un portrait bien différent de celui que me présente l’affiche « Abaya et foulard panthère, chaînes en or et solaires géantes, en planque devant le Louxor à Barbès, elle tient d’une main un sac Tati bouffi de pains de shit et de l’autre, un berger allemand »
Je suis en total désaccord avec les critiques du POINT JULIE MALAURE ET JEAN-LUC WACHTHAUSEN qui écrivent : « Qui a lu le roman éponyme d’Hannelore Cayre, prix Le Point du Polar européen en 2017, dont le film est tiré, saura que le rôle-titre était fait pour Isabelle Huppert. Du sur-mesure, même, cousu main par Jean-Paul Salomé, qui place l’icône rousse du cinéma français dans ce registre rigide qu’elle adore – la bourgeoise coincée – pour mieux lui faire lâcher la bride. Huppert, formidable... »
Dans le roman, Patience Portefeux, n’est en rien une bourgeoise coincée mais une nana paumée qui se démerde comme elle peut pour sortir de sa mouise. Mais il semblerait que l'auteur du livre soit à l'origine de ce choix (voir plus bas), je ne suis pas certain qu'elle est visée juste.
Un vrai casting, c’est-à-dire, un choix fait sur un profil qui colle au roman, aurait sélectionné une actrice peu connue, car qu’on le veuille ou non, Isabelle Huppert semble plus se déguiser que d’entrer dans la peau de Patience Portefeux. On va me rétorquer que je juge à priori, avant même d’avoir visionné le film. J’en conviens aisément et je ne suis pas certain d’avoir envie d’aller m’asseoir dans une salle obscure pour voir La Daronne de Jean-Paul Salomé.
La Daronne, c’est elle !
La très classe Isabelle Huppert en championne de l’économie parallèle, vous n’osiez pas l’imaginer ? Entre trafic de shit et bonnes manières, la mordante comédie La Daronne l’a fait. On l’a rencontrée.
Le Point 3 Sep 2020 PAR JULIE MALAURE ET JEAN-LUC WACHTHAUSEN ICI
Le Point : L’anarchie, le mélange shit et bonnes manières, c’est ce qui vous a séduite dans le personnage ?
Isabelle Huppert :
Un peu des trois, enfin beaucoup des trois, surtout le shit ! Non, je plaisante… Et son prénom : Patience ! Tout un programme… Tout arrive à qui sait attendre. Et ce qui lui arrive est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Enfin si, quelqu’un l’a imaginé, c’est Hannelore Cayre, l’autrice du roman. Donc Patience saisit une occasion, pas n’importe laquelle – le trafic de drogue –, et s’engage dans l’affaire de manière totalement irréfléchie. Rien n’est prévisible dans sa trajectoire, ça m’a plu. Et puis, c’est très cinématographique cette métamorphose en dealeuse.
Critique publiée par CinemaTogether13 le 4 septembre 2020
Vu à la clôture du festival d'Angoulême, un film qui manque de nerf et de rythme. Le début est long, mais long !... Et puis Huppert se déguise et on se réveille un peu, on sourit mais c'est tout.
La mise en scène est plate, paresseuse. Huppert fait tous les efforts du monde pour dynamiser les choses et nous rappeler que c'est une comédie. On dirait qu'elle est la seule à y croire.
Franchement, on peut se contenter de découvrir le film un soir lors d'une diffusion télé : il aura là beaucoup plus sa place.
Télérama n’a pas encore visionné le film à l’heure où j’écris cette chronique, je prends le pari qu’en vertu d’une jurisprudence très faux-cul, il y en aura une pour et une contre, on ne touche pas aux icônes chez les bien-pensants de la vraie gauche.
L'interprétation d'Isabelle Huppert est solide mais elle pâtit des rôles secondaires, pas assez écrits et qui tombent dans le cliché.
CINÉMA
Rencontre avec l'écrivaine et avocate française à l’occasion de la sortie de «La Daronne», adaptation par Jean-Paul Salomé de son roman à succès
Votre roman est sorti il y a trois ans seulement. Est-ce Jean-Paul Salomé qui vous a rapidement sollicitée pour l’adapter?
Je suis propriétaire des droits d’adaptation, et non ma maison d’édition. C’était donc à moi de trouver la configuration idéale pour qu’un film se fasse. Et comme je viens à la base du monde du cinéma, je sais très bien que, souvent, les droits restent dans des tiroirs et que les films ne se font jamais, ce dont je ne voulais absolument pas. Pour La Daronne, j’ai eu presque une centaine de demandes d’achat des droits, venant de la télé, de jeunes producteurs qui pensaient être les seuls à avoir lu le livre, d’acteurs ou encore de grands réalisateurs beaucoup plus célèbres que Jean-Paul Salomé. J’ai rencontré tout le monde et j’ai adoré le premier contact avec Jean-Paul. Il est arrivé avec gentillesse et humilité, loin de la pénible pathologie du réalisateur narcissique. Jean-Paul est super gentil, il avait un vrai projet et, en plus, il a amené dans la corbeille de mariage Isabelle Huppert, qui est une actrice extraordinaire.
Et correspond en plus à l’image de Patience qu’on peut se faire en lisant le roman…
Oui, absolument. Quand on écrit un livre, on est à quelque part dans tous les personnages, et surtout dans son héroïne; j’ai d’ailleurs mis un peu de ma jeunesse et d’expérience personnelle dans cette histoire. Mais je ne suis pas une personne très chaleureuse, je ne m’approche pas trop des gens – et c’est peut-être pour cela que je n’ai pas attrapé le covid alors que je ne me suis pas vraiment confinée… Je ne suis pas dans l’effusion et Isabelle Huppert non plus. Quand on s’est rencontrées, on s’est reconnues comme deux femmes assez froides. Dans certains rôles, elle est assez flippante… Et les copains de mes enfants ont souvent dit que je leur faisais peur.