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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 06:00

Crédit photographique : © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Man Ray Trust / Adagp, Paris

Mon titre vous a sans doute « enduit » en erreur, le bar dont il est question c’est le poisson et non le lieu de perdition où les aventuriers se racontent face à leur verre de whisky.

 

Qui est donc Alice Toklas

 

Alice B. Toklas, témoin parisien de la " génération perdue "

 

ALICE B. TOKLAS, dont " le Monde " a annoncé la mort le 9 mars 1967, aura survécu vingt et un ans à Gertrude Stein, dont elle partagea l'existence pendant près de quarante ans : de 1970, date de son arrivée à Paris, à 1940, date de la mort de Gertrude Stein.

 

Celle-ci a raconté, dans l'Autobiographie d'Alice B. Toklas (écrite en 1933), ce que furent ces années parisiennes, et a bien montré quel rôle était réservé à sa compagne : « J'ai toujours aimé les travaux d'aiguille et le jardinage », lui fait-elle dire à la première page, et, à la dernière : « Je suis assez bonne maîtresse de maison, assez bonne secrétaire. »

 

Dans l'ombre, soumise et fidèle, la maîtresse-de-maison-secrétaire réglait les problèmes matériels, les " relations publiques ", disait parfois non (aux importuns, aux fournisseurs) pour permettre à Gertrude Stein de dire toujours oui, pour permettre au génie de produire son œuvre.

 

En juin 1965, le Centre culturel américain organisa, rue du Dragon, un hommage à Gertrude Stein. Alice Toklas, malade, ne s'y rendit pas. W.G. Rogers, journaliste américain, ami de longue date de Gertrude Stein (il a écrit un livre de souvenirs : When this you see remember me), était venu à Paris à l'occasion de l'hommage. Resté affectueusement fidèle à Alice Toklas, il lui rendit visite quelques jours plus tard. Marie-Claire Pasquier, qui prépare un travail sur Gertrude Stein, l'accompagnait. Elle rapporte ici l'entretien et esquisse le portrait, en vieille dame, de cette ombre fidèle mais nullement effacée.

 

Par MARIE-CLAIRE PASQUIER. Publié le 22 mars 1967 ICI

 

Alice B. TOKLAS : Quand la recette de cuisine se fait littérature ...

 

En 1954, Alice Toklas publie un livre mêlant souvenirs et recettes sous le titre The Alice B. Toklas Cookbook. La recette la plus connue (qui lui a été soufflée par son ami l'écrivain Brion Gysin) s'appelle haschisch fudge, un mélange de fruits secs, d'épices et de « canibus sativa » [sic], d'où l'appellation de certaines préparations à base de cannabis et de chocolat : Alice B. Toklas brownies. Un second livre de cuisine paraît en 1958 : Aromas and Flavors of Past and Present. Elle écrit par ailleurs différents articles dans The New Republic et The New Yorker.

 

 

EXTRAIT : Du bar pour Picasso

 

Un jour que Picasso déjeunait avec nous, je  décorai un poisson d’une manière qui, je le pensais, l’amuserait. Je choisis un beau bar rayé et le fis cuire selon une théorie de ma grand-mère qui n’avait aucune expérience culinaire et mettait rarement les pieds  dans la cuisine mais qui avait des théories sans fin sur la cuisine, comme sur bien d’autres choses d’ailleurs. Elle prétendait qu’u poisson qui avait passé toute sa vie dans l’eau ne devait plus, une fois pris, avoir de contact avec l’élément dans lequel il était né et avait grandi. Elle recommandait de la griller ou de le pocher dans du vin, de la  crème ou du beurre.

 

C’est ainsi que je fis un court-bouillon de vin blanc avec des grains de poivre, du sel, une feuille de laurier, un brin de thym, un peu de macis, un oignon piqué d’un clou de girofle, une carotte, un poireau et un bouquet de fines herbes. Tout cela fut cuit doucement dans la casserole à poisson pendant une heure, puis mis à refroidir. Ensuite le poisson fut placé sur la grille et la casserole couverte. Le court-bouillon fut lentement porté à ébullition et le poisson poché pendant 20 minutes. Puis il fut laissé à refroidir dans le court-bouillon. Il fut ensuite soigneusement égoutté, séché et disposé sur le plat à poisson. Peu de temps avant de le servir, je le couvris d’une mayonnaise ordinaire et le décorai à la douille avec une mayonnaise rouge, colorée non pas au ketchup – horreur suprême ! – mais au concentré de tomates. Ensuite, je fis un dessin avec des œufs durs passés au tamis, blancs et jaunes séparés, des truffes et des fines herbes hachées.

 

J’étais fière de mon chef-d’œuvre quand il fut servi et Picasso s’exclama devant sa beauté. « Mais, dit-il, il aurait dû être plutôt en l’honneur de Matisse, auquel il aurait mieux convenu que moi.

gs Carl Mydans, Liberation of Gertrude Stein. Author Gertrude Stein (R) walking with Alice B. Toklas (L) and their dog. Septembre 1944, Culoz (Ain).

LA FEMME À LA FRANGE, ALICE B.TOKLAS ICI 

 

Voici comment Gertrude Stein, faisant parler Picasso, décrit sa compagne Alice Toklas dans son livre «Autobiographie d'Alice B. Toklas: «La miss Toklas, celle qui a des petits pieds comme une espagnole et des boucles d'oreilles de bohémiennes et dont le père est roi en Pologne comme les Poniatowski...».


Alice Babette Toklas était de San Franscisco comme les Stein et son père était effectivement d'origine polonaise. Elle était restée auprès avec son père et son jeune frère au décès de sa mère en 1897 et ils s'étaient tous installés chez son grand-père maternel, veuf lui aussi. Elle s'occupait de tenir la maison sans réel plaisir et dans l'indifférence familiale générale. Aussi, quand, après le grand tremblement de terre de San Franscisco en 1906, sa cousine Annette Rosenshine part avec Sarah et Michael Stein à Paris, Alice se décide pour l'aventure parisienne avec en poche suffisamment d'argent pour tenir un an. Elle part en compagnie d'Harriet Levy son amie et voisine de San Francisco qui avait étudié avec Sarah Stein au Mark Hopskins Institute of Art.

 

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commentaires

Olivier De Moor 10/08/2020 18:36

En conséquence un extrait de "Paris est un fête"

Les riches, comme les requins, ont une sorte de poisson-pilote qui les précède. Sa vue est parfois basse et son
oreille dure, mais il a le nez fin. Le poisson-pilote parle ainsi, affable et hésitant : « Je ne sais pas trop. Non, bien
sur, pas vraiment. Mais je les aime. Je les aime tous les deux. Seigneur ! c'est vrai, Hem' ; je les aime pour de bon.
Je vois ce que vous voulez dire, mais je les aime vraiment, et il y a quelque chose de merveilleux en elle. (II
I'appelle par son nom qu'il prononce avec amour.) Non, Hem', ne soyez pas stupide et ne faites pas d'histoires. Je
les aime vraiment. Tous les deux, je vous le jure. Vous I'aimerez, lui (id se place un surnom intime et puéril) quand
vous le connaitrez. Je les aime tous les deux, vraiment. »

Puis les riches sont là et rien n'est plus comme avant. Le poisson-pilote s'en va, bien sur. II va toujours quelque part
ou vient de quelque part, et il ne reste jamais longtemps. II fait de la politique ou du théâtre ou cesse d'en faire, a
peu près comme il traverse les pays ou les existences des autres, s'il est encore jeune. On ne I'attrape jamais et il
n'est jamais attrapé par les riches. II ne se laisse prendre par rien et seuls ceux qui lui ont fait confiance sont pris et
tués. II a la formation précoce et irremplaçable d'un enfant de salaud, et un amour latent, qu'il s'entête a nier, pour
I'argent. II finit lui-même dans la peau d'un riche, après avoir mis a gauche chaque dollar qu'il a gagné. "

...

"Les riches vinrent, guidés par le poisson-pilote. Un an plus tôt, ils ne seraient jamais venus. Rien n'était encore sur,
alors ; certes il y avait eu déjà du bon travail de fait, et le bonheur était même plus grand qu'il ne le fut ensuite,
mais il n'y avait pas encore le roman, de sorte que les riches ne pouvaient miser a coup sur. Ils ne gaspillaient
jamais ni leur charme ni leur temps avec des gens qui n'étaient pas pour eux des valeurs sures. Pourquoi en aurait-
il été autrement ? Picasso était une valeur sûre et I'avait été bien avant qu'ils eussent jamais entendu parler de
peinture. Ils étaient très surs d'un autre peintre aussi. De beaucoup d'autres. Mais cette année-la ils acquirent une
certitude a notre égard, avertis par leur poisson-pilote, qui les introduisit auprès de nous pour que nous ne les
traitions pas en intrus, ni avec trop de réticences. Le poisson-pilote était un ami qui nous voulait du bien,
naturellement. "

pax 10/08/2020 09:07

Quelle langue de pute cette mouche du coche. Toujours des arguments à charge pour illustrer ses propos. Comment a t’elle pu omettre de signaler cet événement capital de la vie artistique européenne de ces dernières années : Les aventures de Keff Koons et de la Ciciolina ! Ah ces artistes…

pax 10/08/2020 07:12

Qu’est ce qu’on savait s’amuser ou vivre, c’est la même chose, en ces temps là !
Imagine t’on nos artistes con temporains dans de telles situations ? Que nous laisserons les Damien Hirst, Paul McCarthy, Anish Kapoor et autre Koons ? Et nos mécènes Bernard Arnault dit « Le coffre » et le petit malin qui lui glisse de temps en temps des peaux de bananes sous les pieds, François Pinault ? Même notre omni présent représentant en toile de stores, l’immense (par le métrage de l’œuvre produite) Buren. Il y a t’il encore des échanges entre tous ces gens là, qui soit autre chose que de la correspondance d’affaire ? Il y a t’il encore une vie culturelle à Paris autre que les mondanités ou il faut être vu et qu’on oublie aussitôt passées pour ne se préoccuper que de la suivante ? Des mondanités qui font autant si ce n’est plus la promo de celui qui l’organise en lieu et place de l’artiste qui n’est plus qu’un faire valoir. L’histoire ne nous laisseras peut être que le portable de untel, « Celui avec lequel Il a confirmé l’achat du « Plug Anal » On ne connaît aucune anecdote sur ces gens là, aucun bon mots, silence radio. On ne peut pas à la fois compter et recompter ses sous et courir le guilledou avec Fabienne Verdier. Dans le monde de l’art actuel on cherche en vain les petites querelles comme celle entre Picasso et Matisse qui émaillèrent celui du début du XX éme siècle. À partir de 1907, Picasso et Matisse prennent l’habitude de s’échanger leurs toiles. Ils choisissent l’œuvre la moins intéressante de l’autre .Quand un invité se penche chez l’un sur l’œuvre de l’autre la réponse distraite et détachée : « Pas vraiment en forme en ce moment, le pauvre , non ? Picasso s’intéresse tout particulièrement au portrait de Marguerite, la fille unique de Matisse, âgée d’environ 12 ans à l’époque. La rumeur dit alors que Picasso et ses admirateurs, qui visitent son atelier, le Bateau-Lavoir, à Montmartre, se servent de cette peinture comme cible à l’aide de fléchettes à ventouse ! Voilà pour aujourd’hui. Ah si encore un mot, vous le croirez ou non, mais cette nuit je songeais à Picasso. Je me posais la question de savoir à quoi il pouvait bien penser pendant ses insomnies ? So long’

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