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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 06:40

 

Le paisible bourg d'Yvorne, classé parmi les plus beaux villages de Suisse Chantal Dervey

Nature, vous avez dit vin nature, pardon vin méthode naturelle avec un gros cahier des charges syndical… qu’il est loin le temps de l’aventure, le temps des défricheurs de l’espace de liberté, des « on s’en bat les couilles » des rets des vins formatés… ils voulaient faire la Révolution, renverser la table, respirer l’air vif du grand large et les voilà qui finissent, sérieux comme des papes, assis dans les tristes bureaux de la DGCCRF face à ceux qui sauront manier le procès-verbal, flanqués qu’ils sont des contrôleurs de l’INAO, ceux qui savent mesurer la hauteur de l’herbe dans des vignes dont les raisins devenus vin finiront à la chaudière pour faire du gel hydro alcoolique.

 

 

Triste fin !

 

 

À l’aridité, aux barbelés, à l’encre épaisse du cahier des charges je préfère la poésie, la légèreté des mots, ceux de Charles-Ferdinand Ramuz dans son petit livre Vendanges

 

 

Vendanges

 

Souvenirs d'enfance de Charles-Ferdinand Ramuz, sa participation à la saison des vendanges à Yvorne, dans le Chablais vaudois, vers 1890. Durant trois semaines en octobre, à date fixe, les écoliers du Collège classique cantonal de Lausanne passaient des vacances à faire les vendanges, où l'on sortait de ses devoirs d'écolier pour s’atteler aux travaux des hommes.

 

 

Un texte poétique magnifique, empreint de la nostalgie d'instants précieux. Ces petits riens qui transforment des jours de labeur en un émerveillement.

 

 

 

 

« Ce n’est pas au bord du lac. Ce n’était pas ce vignoble de Lavaux tombant à pic et d’une seule haleine vers cette petite mer intérieure qui est notre mer à nous. Il fallait quitter ses rivages et s’engager dans la vallée, où le grand Rhône n’était plus vu qu’à peine, bien qu’il y fût toujours le même Rhône, mais il se trouvait là réduit aux pauvres dimensions s’un torrent dont le cours devenait presque secret derrière ses hautes berges, au milieu des roseaux. C’était pourtant là-bas un vignoble fameux ; il était, parmi les plus renommés du pays. Seulement la renommée des vins, tout comme celle des hommes, est pleine de vicissitudes, d’insécurité, de renversements ; et aujourd’hui l’Yvorne n’ose même plus porter son nom, je crois ; la mode s’est déplacée.

 

 

[…]

 

 

Toutes les modes passent ; et c’est ainsi que ce beau vin doré d’alors semblerait suspect aujourd’hui que la mode est au « vin gris », comme on l’appelle, c’est-à-dire un vin sans couleur, un vin pour gens qui ne savent pas ce que c’est que du vin, un vin pour clientèle étrangère, un vin pour buveurs d’eau ou pour buveur de goutte. L’Yvorne de l’ancien temps était comme du soleil, il était couleur de bouton d’or, couleur de fleur de pissenlit ; et ce n’était pas du vin fait seulement avec la pulpe du raisin, mais avec la gousse, c’est-à-dire que c’était du vin « complet », et donc du vrai vin. Par la suite, nos temps d’hygiène et de prophylaxie en sont venus à se méfier de tout ce qui est complet, c’est-à-dire vivant. On pasteurise, on sépare, on décante ; on confond pureté et stérilisation.

 

 

Par le progrès d’une civilisation à rebours, essentiellement scolaire, la complexité de toute saveur véritable est devenue synonyme de grossièreté et d’imperfection ; le dépouillement naturel des choses a cédé la place aux opérations brusquées de la chimie ; la peur maladive des « germes » ou des microbes l’a emporté pour finir sur toute espèce de délectation. Ainsi on sépare le miel de la cire ; on ne consomme plus que du miel « coulé », qui n’est plus du miel. ET de même on fait du vin qui doit d’abord avoir l’aspect de l’eau chimiquement pure si on veut qu’il passe encore pour du vin, c’est-à-dire si on veut le vendre : et, les vignerons étant bien forcés de vendre le vin qu’ils font et par conséquent de suivre la mode, même quand ils la désapprouvent, le bel Yvorne bouton d’or de mon enfance a été détrôné par un vin qui ne s’appelle plus de l’Yvorne, mais de l’Aigle et est devenue un « vin gris ».

 

Yvorne, classé parmi les plus beaux villages de Suisse

Située dans le Chablais vaudois, la commune d’Yvorne compte un peu plus de 1’000 habitants qui se répartissent dans plusieurs hameaux : Versvey, Vers Morey, Vers-Monthey.

 

 

Ses 1’200 hectares s’étalent des berges du Rhône aux contreforts des Tour d’Aï, à près de 2’000 mètres d’altitude. Plaine agricole, coteaux viticoles, forêts et pâturages s’y mèlent en une douce harmonie.

 

 

Avec près de 160 hectares de vignes, Yvorne est l’une des plus grandes communes viticole du canton. Vignoble connu dans tout le pays et même au-delà de nos frontières, la réputation de ses vins blancs et rouges n’est plus à faire. La production se répartit entre l’Association viticole, quelques négociants en vin, et plusieurs encaveurs privés.

 

 

Les crus issus des vignobles propriété de la commune sont élevés et embouteillés au sein des installations sises au sous-sol de son bâtiment administratif, au coeur du village.

 

 

Si la viticulture et ses dérivés sont la principale source économique, notons qu’une importante surface agricole fait partie de son territoire. S’étendant sur les terres parfaitement plates de la plaine du Rhône, on y pratique la culture intensive sans bétail.

 

 

Véritable embellie florale connue loin à la ronde, plusieurs entreprises horticoles cultivent de nombreuses spécialités distribuées et vendues sur l’ensemble du territoire national. Ces entreprises cultivent sous serres une surface qui est la plus importante de suisse.

Carte détaillée Yvorne - plan Yvorne - ViaMichelin

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commentaires

pax 17/06/2020 10:43

Il paraît qu’il ne faut pas montrer une photo du Canigou à un Catalan, en exil parisien par exemple. Vous lui causeriez immédiatement un spleen incompréhensible pour quiconque n’est pas de la région. Cela peu aller jusqu’à une irrépressible envie de retour au pays qui le fait sauter dans le premier train venu.
Sous Louis XIV Il était interdit de jouer le Ranz des vaches sous peine de mort car à l’écouter les mercenaires Suisse désertaient.
Il en va un peu ainsi avec cette chronique bucolique à souhait qui me rappel des séjours enchanteurs dans cette partie fabuleuse et sereine de la Suisse. J’ai envie de sauter dans la voiture laissant à peine le temps à Marie Louise de fermer la portière et d’y filer avec le même désir que l’on a de reprendre souffle quand on est en apnée.
C’est ce qu’il nous est arrivé de faire pour retrouver par exemple Chatillon en Diois et l’ami Jancou. Hop, escamoté Collioure et sa douceur de vivre et vive, pour un temps, le Vercors et la Drome.
Mais, pour cette fois, je me conterai de relire le livre de Ramuz si justement cité par le Taulier
Noter par ailleurs que, pour chacune de ces régions il s’agit de pays de vins !



P.S Par solidarité avec cette France à la météo mitigée, Collioure, pour ces prochains jours, s’habille de la même couleur. Tant pis pour le p’tit vernis

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