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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 12:00

"La lutte engagee contre l'Allemagne est la lutte meme de la civilisation contre la barbarie", lancait, le 8 aout 1914 devant des academiciens, le philosophe francais Henri Bergson.

L’actualité traitée par les moulins à prière des toutologues a permis à André Comte-Sponville de faire entendre, avec courage et pondération, une certaine politesse dirais-je, une petite musique discordante.  

 

Politesse, vous avez dit politesse, mais c’est un gros mot, une incongruité, un genou à terre prosterné devant notre Jupiter, le temps est à l’invective, à l’insulte, à la grossièreté, plus c’est gras et lourd plus le buzz est au rendez-vous. Au nom d’une ironie soi-disant décalée l’heure est à traîner ses adversaires, ceux qui ne pensent pas comme vous, dans la boue.

 

N’en déplaise à  ses détracteurs, l’exécration de Macron ne peut tenir lieu d’une politique alternative, bien au contraire elle conforte, cimente le socle de ses partisans.

 

J’adore les mots crus, ils ont de la saveur, avec une pointe d’acidité, lorsqu’on débat il n’est pas interdit de décocher des flèches là où ça fait mal, Mitterrand qui n’était pas ma tasse de thé comme vous le savez, était un as en la matière, tel Talleyrand, son « Monsieur le Premier Ministre » lors de son débat face à un Chirac, grand bourrin, fut un must.

Pure hypocrisie me rétorquera-t-on, une vertu soi-disant aristocratique pour « mieux faire passer le suppositoire avec de la vaseline… »

 

Alors je me suis souvenu d’André Comte-Sponville qui eut il y a une quinzaine d’année une grande notoriété avec notamment son « Petit traité des grandes vertus » ce qui lui valut des volées de bois vert de Pierre Marcelle, journaliste à Libération, qui juge les propositions de Comte-Sponville « indigentes » et ses propos « venteux » que son « omniprésence de penseur consensuel est censée légitimer. Jacques Bouveresse, philosophe français, ne lui conteste pas son statut de philosophe mais lui reproche de faire partie de ces confrères contemporains devenus des « obligés du pouvoir ». Chronique de juillet 2015

 

Revenons donc à Comte-Sponville dont j’ai lu le Petit traité des grandes vertus (1995)

 

La politesse est la première vertu, et l'origine peut-être de [...] - André Comte-Sponville...

 

« C’est dire, sur la politesse, l’essentiel : qu’elle n’est que l’apparence d’une vertu, pour cela aussi socialement nécessaire qu’individuellement insuffisante. »

 

« Politesse », par André Comte-Sponville

Mis en ligne le 24/09/2013

 

En partenariat avec les Presses universitaires de France, Philosophie magazine propose chaque jour une entrée du «Dictionnaire philosophique» d'André Comte-Sponville. Aujourd'hui: « Politesse ».

 

« Après vous. » Dans cette formule de politesse, Levinas voyait l’essentiel de la morale. On comprend pourquoi : c’est mettre l’égoïsme à distance et court-circuiter la violence par le respect. Tant que ce n’est que politesse, l’égoïsme reste pourtant inentamé ; le respect, presque toujours, n’est que feint. Peu importe. La violence n’en est pas moins évitée, ou plutôt elle ne l’est que mieux (s’il fallait respecter vraiment pour la faire disparaître, quelle violence presque partout !). C’est dire, sur la politesse, l’essentiel : qu’elle n’est que l’apparence d’une vertu, pour cela aussi socialement nécessaire qu’individuellement insuffisante. Positivité de l’apparence. Être poli, c’est agir comme si l’on était vertueux : c’est faire semblant de respecter (« Pardon », «S’il vous plaît », « Je vous en prie »…), de s’intéresser (« Comment allez-vous ? »), de ressentir de la gratitude (« Merci »), de la compassion («Mes condoléances »), de la miséricorde (« Ce n’est rien »), voire d’être généreux ou désintéressé (« Après vous »)… Ce n’est pas inutile. Ce n’est pas rien. C’est ainsi que les enfants ont une chance de devenir vertueux, en imitant les vertus qu’ils n’ont pas encore. Et que les adultes peuvent se faire pardonner de l’être si peu.

 

La suite ICI 

Mais, comme vous voulez tout savoir sans jamais rien payer – pas très polie la remarque – cette chronique est née de mes retrouvailles avec un petit livre : La Politesse d’Henri Bergson.

 

La Politesse : Et autres essais: Amazon.fr: Bergson, Henri, Worms ...

 

Henri Bergson n’est plus aujourd’hui, pour beaucoup, qu’un puits à citations, quitte à se les approprier sans le citer.

 

La citation exacte est « J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. »

Henri BERGSON en exergue de CAP 2010

 

« Le Défi des Vins Français » le 17 mai 2002 NOTE d’ORIENTATION STRATÉGIQUE à l’attention de Monsieur le Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires Rurales.

 

« Le cœur c’est la vertu, une charité faite de modération opposée aux susceptibilités de l’amour-propre. Savoir écouter ; vouloir comprendre ; pouvoir entrer dans la vie d’autrui ; ne pas choquer, telles sont pour Bergson les composantes de la « vrai politesse ». Le respect de l’opinion d’autrui ne s’acquiert que par un effort continu pour dompter en soi l’intolérance qui est un instinct naturel. »

 

« Contemporain de la seconde révolution industrielle, aux prises avec l’idéologie ambiante caractérisée par une confiance immodérée dans les progrès de la science, Henri Bergson dénonce alors l’apparente simplification de la pensée humaine découlant des avancées de la science. Un scepticisme à l’encontre des apparences trompeuses qu’il développe magistralement à l’occasion de son cours sur la politesse.

 

Bergson est alors, à l’aube d’une brillante carrière qui le verra successivement titulaire de la chaire de philosophie au Collège de France, Président de l’académie des sciences morales et politiques, académicien et couronné du Prix Nobel de littérature.

 

Remarquable orateur, doté d’une expression d’une rare clarté, Bergson n’est pas un philosophe « révolutionnaire ». Il se méfie du positivisme d’Auguste Comte (1798-1857) et de l’école matérialiste issue de Marx (1818-1883) et de Hegel (1770-1831).

 

Il s’oppose au scientisme des positivistes et des matérialistes qui ne voient en l’homme qu’un élément d’une vaste mécanique complexe et déterminée et défend l’enseignement unitaire de la philosophie qui se voit déclassée par de nouvelles disciplines, notamment la Sociologie de Dürkheim et la psychologie. »

 

Bergson nous invite à aller au-delà des apparences et à tenter de comprendre ce que Jung nommera plus tard des archétypes. Sa philosophie nous invite poliment à la modération dans un dialogue d’une belle intelligence permettant de s’affranchir de la tentation totalitaire face au progrès.

 

ICI 

Espace Temps | Etienne Klein

Henri Bergson ou l'humanité créatrice ICI

Nadia Yala Kisukidi nous invite à découvrir Henri Bergson, grand philosophe français ayant abordé des sujets aussi divers que la liberté, la dualité du corps et de l’esprit, la morale ou encore l’évolution du vivant.

Le temps, ce n’est pas de l’espace. Simple évidence ? Telle fût pourtant la « surprise » qui attendit Bergson quand il fût conduit à analyser l’expérience même du temps.

Cette surprise saisit également le lecteur de l’œuvre du philosophe. De l’analyse du temps réel, vécu, de la durée, toute une philosophie se déploie abordant des sujets aussi divers que la liberté, la dualité du corps et de l’esprit, l’évolution du vivant, l’art, la religion, la morale, la technique, la guerre.

 

Le 6 avril 1922, Einstein rencontre Bergson pour la première fois. Un fameux débat a lieu entre eux sur la nature du temps, à la lumière de la théorie de la relativité.

 

Est-ce que le temps du physicien est le même que celui du philosophe?

 

Le conflit entre les deux perspectives est alors inévitable, et la controverse entre Bergson et Einstein devient l’emblème des relations difficiles entre science et philosophie. Les conséquences de cette fracture sont innombrables.

 

Le débat entre Einstein et Bergson le 6 avril 1922 s'est très mal passé. Einstein a dit que Bergson ne comprenait rien à la physique. Bergson, quant à lui, voyait chez Einstein une philosophie, et même une métaphysique, dont l'élaboration laissait à désirer.

 

L'avantage de refaire les conférences du passé, c'est qu'on peut les infléchir. Grâce à deux spécialistes de Bergson et de l'histoire de la physique, Elie During (Nanterre) et Jimena Canales (Harvard), nous allons donc reprendre le dialogue comme si Einstein et Bergson avaient eu la vraie discussion qu'ils n'ont pas eue en 1922 sur leurs métaphysiques respectives.

 

Est-ce le monde de Bergson qui inclut celui d'Einstein ou le monde d'Einstein qui inclut celui de Bergson ?

 

Afin d'arbitrer le débat, nous demanderons à l'artiste Olafur Eliasson, dont toutes les œuvres portent sur cette question d'inclusion et d'exclusion de l'art et de la science, de nous expliquer comment il s'y prendrait pour composer la relation du monde et des sciences.

 

Le débat Bergson / Einstein

Bruno Latour, Olafur Eliasson, Elie During, Jimena Canales ICI

 

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pax 09/05/2020 16:39

Vivement la fin du confinement sinon on va se demander jusqu’ou va nous emmener cet exigeant Taulier qui nous amène à fréquenter de ces pointures dans les disciplines les plus diverses.
Après Bruno Latour, Jean-Dominique Michel et Jean François Collin C’est le tour aujourd’hui de Bergson, Levinas, excusez du peu et Comte-Sponville. Et pas une chronique pour chacun, non tout, tout de suite comme s’il fallait épuiser les stocks avant l’arrivée, avant l’échéance. C’est ce pauvre lecteur que va épuiser ce maître exigeant de Taulier.
La mouche du coche a lu et suivi Comte-Sponville dés 1984 avec la parution du 1er tome de son Traité du désespoir et de la béatitude. Je me souviens de cette lecture au soleil de terrasses de café reprise le soir dans ma chambre. Je me souviens des éblouissements provoqués par ce que je pouvais y lire et du plaisir et de la fierté à comprendre ce qui était proposé à notre réflexion. C’était plus que réconfortant pour quelqu’un qui avait obtenu son bac après trois lamentables échecs.
A la même époque je découvrais Emmanuel Lévinas avec son ouvrage très accessible « Difficile liberté » *en livre de poche chez Gallimard.
L’un des thèmes essentiels de la pensée de Levinas est celui de la responsabilité « Ma responsabilité » totale et entière de « l’autre » du simple fait de son existence, quand bien même il ne m’aurait rien demandé. Le « visage » de l’autre, dés qu’il se « dévoile » m’impose sans autre forme cette responsabilité.
Ma lecture béotienne est la suivante.
Soldat, on m’enseigne l’usage de la baïonnette. Et que j’éventre des sacs de sable suspendus dés que l’ordre m’en est donné et cela se répète jusqu’à en devenir un automatisme. Quand il ne s’agit plus d’exercice mais que l’on se retrouve à bondir, sur ordre, hors de la tranchée pour aller embrocher l’ennemi comme à la parade, l’automatisme s’arrête dés que devant moi ce n’est plus une autre forme de sac de sable qui se présente mais soudain, un visage qui retient mon geste au risque de me faire perforer moi même. Et si ce n’est pas le cas c’est que pour « l’autre », je suis moi même « un autre ». C’est ce que, pour moi, j’appel l’intersubjectivité, autre grand thème de Lévinas.
Pour justifier la justesse de sa proposition de « responsabilité » Levinas conclut, si ne n’était pas le cas, nous ne tiendrions même pas une porte à quelqu’un.

On peut aussi résumer la pensée de Lévinas par cette citation de Dostoievski: “Nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres“

J’aspirais à la fin du confinement , dés demain bien sur, comme nous tous mais surtout pour que soit mis un terme à cette avalanche d’ ouvrage déclenchée par un Taulier qui joue à l’apprenti sorcier, prêtant à son lectorat plus de capacité que peut être, il n’a pas.
Mais ce dernier, plein de malice, sait aussi retenir ce lectorat en lui proposant quelque rareté tel « La politesse » de Bergson que je ne connaissais pas. Sadique va ! Mais paraphrasant la Chimène de Rodrigue force m’est de dire « Va, je ne te hais point »

Plus sérieusement, faut pas pousser ! Il y a politesse et politesse.
Ainsi, si on voit un monsieur tenir une portière de voiture à une dame, de deux chose l’une, ou c’est la voiture qui est neuve ou c’est la dame.

* On y trouvera, entre autre, une réponse à la célèbre petite phrase du général de Gaulle en parlant des juifs en 1967 « ce peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur »

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