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30 mai 2020 6 30 /05 /mai /2020 06:00

Dans Fonds de tiroir en 1967 Patrick Modiano, écrit les paroles d’une chanson Les Escaliers :

 

«  Il y a tant d’escaliers dans ma mémoire, tant d’escaliers

Dans mon passé

Que je monte le cœur battant

Tant d’escaliers que je descends,

Sur la pointe des pieds. »

 

« Rejoignant Balzac, Breton ou Perec, Sue et Simenon, Modiano fait du Paris intra-muros son terrain d’expression, à la fois prison et espace de liberté. Un Paris obsessionnel, méticuleux, où le passé et le présent se confondent, mêlant les années noires de l’Occupation aux années grises de la décennie 1960. »

 

« Le Paris où j’ai vécu et que j’arpente dans mes livres n’existe plus, déclare Modiano au Nouvel Observateur en 2007 »

 

« J’ai l’impression d’être tout seul à faire le lien entre le Paris de ce temps-là et celui d’aujourd’hui, le seul à me souvenir de tous ces détails. Par moments, le lien s’amenuise et risque de se rompre, d’autres soirs la ville d’hier m’apparaît en reflets furtifs derrière celle d’aujourd’hui. » Dora Bruder

 

À mon arrivée à Paris, en 1975, pour trouver mes marques, j’ai arpenté à pied le Paris des quartiers, et c’est ainsi que j’ai trouvé mon premier appartement rue Mazarine. C’était encore, plus pour très longtemps, un village. L’école maternelle de ma fille se situait rue du Jardinet, et tous les matins nous passions par la superbe cour de Rohan. Je me rendais ensuite à pied rue Barbet de Jouy où logeait, face au bâtiment historique du 78 rue de Varenne, la direction de la Production et des Échanges du Ministère de l’Agriculture. Il y avait même un tunnel qui reliait les deux adresses, fermé pour cause de trop nombreux rendez-vous galants dans les nombreux recoins bourrés d’archives poussiéreuses.

 

Avec le déconfinement je me suis remis en selle sans avoir de buts précis et c’est ainsi que je me suis retrouvé rue du Jardinet face à l’école élémentaire de ma fille. J’ai pris des photos avec mon smartphone et je lui ai envoyé : SOUVENIRS.

Rien n’avait changé…

 

La séquence pourrait se terminer là, sauf que, comme vous le savez j’étais en train de lire Unité 8200 de Dov Alfon.

Unité 8200 - Dov Alfon - Babelio

 

 

Dimanche soir, bien décidé à terminer ce roman politico-policier haletant, j’arrive page 318, chapitre 99 (le roman est découpé en chapitres très courts) :

 

Le portail se trouvait au coin de l’allée sur la droite. Il était verrouillé, et un panneau en quatre langues annonçait qu’il s’agissait d’une cour privée.

 

- Ce n’est pas tout à fait exact, expliqua le policier de patrouille à l’équipe de Léger.

 

Il était intimidé, saluant à la fin de chaque phrase, et les hurlements de Léger n’avaient rien pour le rassurer. Mais il avait beau bégayer et rougir, ses informations étaient solides. Cette allée reliant la rue Saint-André-des-Arts à l’Odéon, appelée la cour du Commerce-Saint-André, était le territoire qu’il arpentait trois fois par jour. L’endroit était en général bourré de touristes : ils venaient pour le Procope, le café le plus ancien de Paris voire du monde. Les trois mousquetaires s’étaient battus à cet endroit, et une partie des pavés d’origine existait encore.

 

 

Mais dissimulée sur la droite se trouvait l’entrée de la cour de Rohan, une série de cours intérieures entourées de deux immeubles prestigieux. L’un d’eux abritait la fondation Giacometti, et l’autre appartenait à la ville de Paris, qui s’en servait pour héberger des invités étrangers.

 

- Le panneau est trompeur, dit le jeune homme à Léger. Les cours sont situées dans l’espace public et la porte doit rester ouverte pendant la journée pour l’école élémentaire du Jardinet et le lycée Fénelon. Mais en dehors des horaires scolaires, ils ont le droit de fermer le portail.

 

Mes souvenirs resurgissaient. Je suivais les protagonistes du roman pas à pas.  (chapitre 100)

 

Abadi courut le long de la rue désertée, regardant les fenêtres allumées, les voitures qui passaient, écoutant les sons. Tous les cafés devant lequel il passait étaient obscurs et verrouillés. Le marché de la rue de Buci était désert, et sur la place Saint-Germain-des-Prés deux clochards et quatre chiens étaient allongés. Rue de Seine, rue Mazarine, rue Dauphine, rue Bonaparte, ces rues bondées pendant la journée ressemblaient à cette heure à celles  d’une ville fantôme. »

 

[…]

 

Le ciel commençait à s’éclaircir, la pluie cessa et le froid se fit sentir. Abadi allongea le pas, tant pour se hâter d’aller combattre les forces du mal que pour se réchauffer. En tournant rue Jacob il tomba sur la place Furstenberg, l’endroit qu’il préférait à Paris. Les portes vertes de l’abbaye étaient encore fermées, les portes rouges du bar à vin (1) à côté étaient closes. C’était comme si la ville dressait ses murailles contre lui.

 

Il poursuivit sa route, tourna à gauche rue des Saints-Pères, et il trouva ce qu’il cherchait….

 

L’image contient peut-être : boisson

 

(1) Le bar à vin s’appelle la dernière goutte. 6, rue de Bourbon le Château ICI 

 

Cour de Rohan, voyage immobile à travers l'Histoire – VIème : très beau reportage avec 1 très belle iconographie

 

Cour de Rohan - Eugène Atget - 1915            Cour de Rohan, le puits - dessin de Jules-Adolphe Chauvet - 1878

 

La Cour de Rohan, voie semi-publique aux allures de village provençal, est une intrigante curiosité parisienne, un lieu où l'écho de l'histoire résonne encore à travers l'architecture. Vestiges médiévaux, construction Renaissance, bâtiment Louis XIII, cette succession de trois courettes pavées et arborées reliant la rue du Jardinet à la cour du Commerce Saint André depuis 1791, a souvent été menacée de destruction. Repère d'artistes dès 1930, elle est aujourd'hui un summum du luxe, celui sans pareil d'un confetti champêtre en plein cœur de Saint-Germain-des-Prés.

 

A l'origine de la cour de Rohan se trouve un ensemble de bâtiments construit par Henri II (1510-1559) pour sa favorite Diane de Poitiers (1499-1566). La première des trois courettes formant la cour de Rohan s'ouvre sur la rue du Jardinet. A condition que les grilles ne soient pas fermées ce qui est assez rare depuis la décision de la copropriété en 2015 de restreindre l'accès au public. Cette première enclave dont les bâtiments de faible hauteur évoque les lignes pures de l'époque Directoire est dotée d'un puits à margelle orné d'une gargouille et surmonté d'une poulie datant du XVème siècle.

 

La suite ICI 

 

Repaire d'artistes, la cour de Rohan a abrité l'atelier de Balthus mentionné plus haut dès 1936. Georges Bataille qui y a vécu pendant la guerre organisait dit-on des fêtes dantesques durant lesquelles se réunissaient Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Leiris, Raymond Queneau… Dans les années 70, David Hockney a fait un séjour cour de Rohan avant de repartir pour la Californie. Au 3bis s'est installée la sculptrice américaine Sheila Hicks et le metteur en scène canadien Robert Carsen y a séjourné également. Prolongeant la tradition créatrice, la Fondation Alberto et Annette Giacometti a pris place dans l'hôtel particulier légué par Annette Giacometti veuve de l'artiste au n°3 de la cour.

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commentaires

pax 31/05/2020 17:28

Cour de Rohan ! Elle n’a de Rohan que le nom et encore, par déformation de Rouen en Rohan. Halte là, on ne touche pas aux Rohan comme cela.
On ne fait pas l’andouille avec Louis René Édouard de Rohan-Guéméné (1734-1803, prince de Rohan, cardinal, archevêque de Strasbourg, membre de l'Académie française, grand aumônier du roi et proviseur de la Sorbonne. C’est notre Rohan à nous autres Alsaciens, le célèbre naïf, candide victime de l’affaire du Collier de la Reine.
Strasbourg s’enorgueilli du Palais des Rohan en bordure de l’Ill avec, « coté jardin » une superbe terrasse donnant sur la rivière. Ce petit pauvre avait également une magnifique résidence secondaire le Château des Rohan, à Saverne avec , hélas, des jardins à la française amputés, au fond, d’une partie, lors de la construction du canal de la Marne au Rhin. Sans oublier le délicieux petit Château à Mutzig à deux pas du « Lutzelhouse » de la mouche du coche.

Plus sérieusement en matière d’escalier, chacun le monte comme il l’entend.
Pour Georges Clemenceau « Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier »
Ce qui est doublement vrai car avec l’âge, arthrite, arthrose et tous les bobos de la vieillesse il n’est question de monter l’escalier, ou rarement , alors l’amour, pensez donc !

Autrement dit, le cynisme du Vieux Tigre en moins.

Quand je monte, je monte, je monte, je monte chez toi
J'ai le cœur qui saute, qui saute, qui saute de joie
Et dans le petit escalier
Qui n'en finit pas de monter
Oh j'aime, j'aime, j'aime, j'aime venir chez toi
Même, même, même si c'est haut chez toi
Aussi ne t'étonne pas
Si j'ai le cœur qui bat
Quand je monte, je monte, je monte, je monte chez toi

Tu n'as qu'un petit septième de banlieue
Et tout près d'un lit de bois
Un joli carré de ciel toujours bleu

Qui s'allume sur les toits
Là -haut, je sais que tu m'attends
Et je prends tout mon temps
{Break}
Quand je monte, je monte, je monte, je monte chez toi
J'ai le cœur qui saute, qui saute, qui saute de joie
Et dans le petit escalier
Qui n'en finit pas de monter
Oh j'aime, j'aime, j'aime, j'aime venir chez toi
Même, même, même si c'est haut chez toi
Aussi ne t'étonne pas
Si j'ai le cœur qui bat
Quand je monte, je monte, je monte, je monte
Je monte, je monte, je monte chez toi

(Henri Salvador)

Aussi haletant que la lecture du polar du moment de notre rêveur de Taulier, non ?

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