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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 06:00

Résultat de recherche d'images pour "photos de rené Char et Camus" Albert Camus ( 1913-1960) et René Char ( 1907-1988) dans le Vaucluse à l'Isle-sur-Sorgue. Rue des Archives/©Rue des Archives/RDA

Sur la Toile il suffit d’un clic sur des sites de citations pour étaler, comme la confiture, sa culture  sur face de bouc.

 

Il  est loin le temps des livres de sa bibliothèque que l’on sauve de la mort en les ouvrant pour relire  les soulignés au crayon de papier.

 

Au risque de paraître membre de la caste, dites des élitistes, je revendique sans honte ma passion des livres, de leur lecture, du soin que je prends d’eux, à ma capacité de retrouver dans ma mémoire, encore vive en dépit de mon âge, non pas une citation mais la magie des mots d’un auteur, une phrase qui m’a touchée ou irritée, je ne sais…

 

 

J’ai pendant des années arpenté le Luberon, l’Isle-sur-Sorgue de René Char où il s’installe en 1935 rompant avec la vie parisienne pour « retrouver les eaux claires de la Sorgue et les paysages familiers de sa ville natale, et le Lourmarin d’Albert Camus  où il est enterré tout près de cette maison dont il n'a guère profité et que sa fille Catherine habite depuis de nombreuses années.

 

« Demain, oui, dans cette vallée heureuse, nous trouverons l'audace de mourir contents ! »

 

Camus à René Char

 

« Camus me proposa de venir à l'Isle (où je lui demandai) et il arriva un matin. J'allais le chercher en gare d'Avignon. Ce devait être dans l'automne 1946. La belle animation de la fin de la guerre durait encore, quoique légèrement abaissée. Les rapports entre les gens qui s'étaient connus pendant la Résistance restaient chaleureux, empreints du besoin de se retrouver, peut-être plus de se voir que de se parler, de respirer l'air nouveau, d'en étaler la liberté. »

 

Et puis un jour j’ai acheté dans je ne sais plus quelle brocante un tout petit carnet :

 

 

« Le Trousseau de Moulin premier », de René Char

 

« C'est un livre unique, composé, écrit et édité à un seul exemplaire, en 1937, par René Char (1907-1988) et aujourd'hui disponible en librairie grâce à sa veuve Marie-Claude Char et aux éditions de la Table ronde.

 

 

De quoi s'agit-il ?

 

D'une collection de cartes postales anciennes montrant L'Isle-sur-la-Sorgue, ce gros bourg du Luberon pénétré par la campagne et ses odeurs, divisé par les bras de cette rivière où l'on pêchait autrefois des écrevisses, piqueté de grands moulins répandant un "incendie blanc" sur toits et champs environnants.

 

 

Ce jeu de cartes postales, nous le feuilletons avec la sensation que René Char vient de nous le remettre, nous lisons dans ses marges ou au dos des cartes l'écriture du poète : le premier jet du poème "Versions", des vers aphoristiques que l'on retrouvera dans son recueil Moulin premier. D'où le titre de cet objet singulier : Le Trousseau de Moulin premier. Au charme des reproductions s'ajoute celui de la couverture de l'album, ornée d'un dessin à la plume du poète.

 

 

Mais au fait, pourquoi René Char s'est-il donné tant de mal ?

 

Pour qui ce cadeau tout à la fois modeste et somptueux ?

 

 

Pour Greta Knutson, une jeune peintre suédoise dont il est épris et qu'il veut initier aux charmes de sa ville natale. Sans tricher. Ainsi cet ensemble tient-il du guide amoureux, mais un guide où les images sont parfois corrigées par des annotations sévères. En contrepoint, on redécouvre à quel point la passion des cartes postales était déjà vive, largement répandue chez les surréalistes. A la demande de ses amis, et notamment de Paul Eluard et d'André Breton, Char écumait la Provence avec voracité. Il y trouvait des merveilles qu'il offrait généreusement à ses proches.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "photos de rené Char et Camus"

 

Vingt ans plus tard, René Char délaisse les cartes postales. Une jeune photographe suisse, Henriette Grindat, lui rend visite. Il lui fait découvrir son pays. Elle en tire des photographies qui le touchent. René Char décide d'en faire un livre puis renonce et passe le témoin à Albert Camus. Ce dernier en rédige le texte en 1952, comme une respiration dans la polémique qui l'oppose à Jean-Paul Sartre à propos de L'Homme révolté. Enigme des compagnonnages : Camus fait du Char, adopte les images du poète qu'il place publiquement au niveau de Rimbaud et d'Apollinaire : « La matin est radieux ; la lumière pique. Renonce à ta visite. Ils peuvent attendre, et non ta joie. »

 

Une série d'aléas laissent le livre à l'état de projet.

 

Dans sa postface, Franck Planeille, spécialiste des deux œuvres, indique que Camus dira à son ami, quelques jours avant sa mort : « René, quoi qu'il arrive, faites que notre livre existe. »

 

René Char s'acquittera de son devoir : 120 exemplaires verront le jour. Une misère. Des exemplaires pour happy few. Il aura fallu attendre plus de cinquante ans pour lire La Postérité du Soleil chez soi, dans un grand format où les photographies respirent.

 

Par Laurent Greilsamer ICI Publié le 04 février 2010 

 

 

« Marqué par la poésie de Char qu’il admire profondément, il utilise l’aphorisme et cultive le tutoiement dans une forme parfois impérative : « Le matin est radieux ; la lumière pique. Renonce à ta visite. Ils peuvent attendre, et non ta joie. »

 

On observe dans l’ensemble une brièveté syntaxique, des phrases courtes relevant davantage de l’asyndète. L’ensemble dégage une impression de vitesse, de fulgurance. Les manuscrits révèlent qu’au moment de l’édition – dévolue à Char par la force des choses – le poète n’hésitera pas à corriger légèrement tel ou tel fragment. Les thèmes sont ceux de l’imaginaire camusien : ferveur de l’instant, tension entre les forces contraires, nostalgie des origines : « Le Premier amour t’attend à la fin des jours ».

 

 

Ce beau livre, désormais dans la Pléiade (tome IV), commence par un poème de Char, De moment en moment, et se clôt par l’un des rares textes que le poète ait consacrés à son ami Camus, Naissance et jour levant d’une amitié. »

Anne Prouteau

 

29 septembre 2018

Besoin de la lumière de Lourmarin «Chaque matin, de très bonne heure, je préparais son café à M. Camus et il partait faire son « tour de plaine » dans cette campagne austère, lumineuse, paisible, qui a bien peu changé en un demi-siècle » ICI 

René Char à Camus: «Je veux parler d'un ami» ICI

LES ARCHIVES DU FIGARO - Mort le 19 février 1988, René Char est l'un des plus grand poète français du XXe siècle. Proche de très nombreux écrivains, il entretient une profonde amitié avec Albert Camus. Le texte que le poète adresse au Figaro littéraire en 1957 en l'honneur de l'écrivain tout juste décoré du prix Nobel, en est un magnifique témoignage.

Le coronavirus dope les ventes de « La Peste » d’Albert Camus en Italie ICI

Le roman du prix Nobel 1957 connaît une hausse spectaculaire de ses ventes. Le phénomène est moins flagrant en France, mais un frémissement se fait sentir

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commentaires

peyronnet 10/03/2020 16:19

Il faut lire la passionnante biographie de René Char par Laurent Greilsamer, parue chez Perrin (collection de poche Tempus), et en Folio la correspondance Char-Camus.

pax 10/03/2020 09:12

Passion partagée avec le Taulier. Passion intellectuelle pour les livres mais aussi parfois plaisir physique, l'excitation quand en librairie on demande un ouvrage ,la plus part du temps ne figurant sur aucune liste, et que la vendeuse ,après avoir consulté son ordinateur, annonce : nous l'avons. Plaisir renouvelé quand on le déballe à la maison, quand on a eu la patience de ne pas entrer dans le premier café venu pour commencer la lecture et/ou retrouver le passage lu par ailleurs et qui a motivé cet achat. Vivre entouré de livre dont ,parfois on contemple, avec satisfaction l’amoncellement et la rassurante présence avec le même bonheur que celui du collectionneur regardant ses tableaux garnissant ses murs.
Malheureusement, mon amour des livres, contrairement au Taulier est loin de leur témoigner le soin dont notre chroniqueur nous fait part. J’ai toujours « plusieurs fers au feu » et ils s’empilent et se répandent ca et là , ouverts ou pleins de marques pages, comme autant de sons qui se répondent. Parfois je les réorganise, curieusement, par collection ( c’est plus beau sur une étagère) Quelques un de mes auteurs préférés sont, eux rassemblés.
La lecture du « Je déballe ma bibliothèque » de Walter Benjamin ne ma été d’aucune aide et je vis parmi mes livres avec heureusement un belle mémoire visuelle qui m’aide à m’y retrouver. J’ai souvent imaginé trouver la mort enseveli sous le poids des piles de livres qui se seraient effondrées sur moi. Vengeance pour les avoir si mal traités physiquement ou signe d’affection que d’être au plus près d’un de ceux qui les a aimé à la folie.
Mais la chronique du jour prête admirablement le flan à l’éternelle querelle : Choisir entre l’homme et l’œuvre ou l’homme ou l’œuvre.
Pour ma part cela sera toujours l’œuvre et non l’homme car dans le cas contraire il faudrait faire la fine bouche comme beaucoup devant le Voyage au bout de la nuit de Céline. En effet,
que dire ou penser de l’idolâtrie de Paul Eluard pour Staline et de ses appels aux meurtres. Que dire ou penser de cette bonne conscience de René char qui voulait faire exploser la maison de Giono alors qu’il confondait l’irréductible pacifisme de Giono pour de la collaboration. Giono, très jeune avait fait la guerre de 14 et dans les tous premiers jours avait perdu son ami d’enfance ce qui le laissa inconsolable. A la libération les divers tribunaux d’épuration lavèrent Giono de tout soupçons et, au contraire, mirent en évidence des actes discrets d’aide aux résistants et/ou juifs pourchassés.
Mais si comme je le propose il faut préférer l’œuvre à l’homme Char ne trouve pas grâce à mes yeux. A part quelques formules telles « Aujourd’hui est un tigre, demain verra son bond » Il n’y a pas grand chose à sauver dans une œuvre aussi grandiloquente que laborieuse et qui ne s’impose que par son entourage, ses amis, ses compagnons de résistance mais aussi des « Stars » comme Blanchot ou Camus ( lequel était la générosité même)
On lira avec intérêt « Contre René Char » de François Crouzet qui, très honnêtement et avec beaucoup d’humour démystifie le grand homme.

JACQUES BERTHOMEAU 10/03/2020 11:24

J’ai toujours « plusieurs fers au feu » et ils s’empilent et se répandent ça et là , ouverts ou pleins de marques pages, comme autant de sons qui se répondent. Chez moi mon bureau est un capharnaüm et au bord de mon lit c'est une muraille de Chine.

Char ne trouve pas grâce à mes yeux. Pour moi idem

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